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Les Paraboles cyniques/Les deux Rossignols

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Les Paraboles cyniquesAthéna (p. 223-224).
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XLIX

Les deux Rossignols.

— Aristippe, affirma Excycle, avait plus d’esprit et de grâce que Diogène.

— Les tyrans et les esclaves, remarqua Psychodore, appellent grâces de l’esprit je ne sais quelles souplesses sinueuses et qui rampent. Pour moi, je méprise Aristippe et j’admire Diogène ; car ce que je nomme grâces et surprises de l’esprit, ce sont les coups d’aile imprévus.

Mais entendez plutôt une parabole :

Un habitant de la campagne vint à Syracuse, et il entra dans le palais du tyran. Il y avait un oiseau dans une cage dorée. Le paysan l’écouta et dit :

— Pauvre bête… Son chant douloureux et qui s’efforce impuissant d’imiter la joie, crispe les nerfs. Pourtant, il semble que, libre, elle aurait une assez belle voix.

Il ajouta avec un sourire plus vif et heureux :

— Mais, cette nuit, j’ai entendu le rossignol…

Les courtisans éclatèrent de rire.

— Ô rustre, demanda l’un d’eux, est-ce que tu serais sourd et aveugle ? Ne vois-tu pas, même si tu es incapable d’entendre, que celui que tu écoutes est un rossignol ?

Le paysan fit un grand geste d’étonnement. Il s’approcha, considéra longtemps l’oiseau en silence. Puis il déclara :

— Je vois, en effet, la forme et le plumage d’un rossignol. Mais j’entends la voix d’un oiseau en cage.

— Ils chantent mieux, sans doute, auprès de ta chaumière !

Les yeux du paysan semblèrent, extatiques, regarder un paysage absent et son oreille écoutait la mélodie d’hier.

— Ah ! s’écria-t-il, le rossignol, mon voisin, son chant est une pluie de bonheur qui vous pénètre. Car il est fait d’amour et de liberté.

Il s’éloigna sans se retourner, poursuivi par les railleries des courtisans et des esclaves. Les esclaves et les courtisans croient qu’on chante mieux dans un palais qu’à la campagne et que rien, pour rendre la voix belle, ne vaut une cage dorée.