Les Quatre Évangiles (Crampon 1864)/Évangile selon S. Jean

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Traduction par Augustin Crampon.
Tolra et Haton (p. 401-523).


LE SAINT ÉVANGILE


DE JÉSUS-CHRIST


SELON

SAINT JEAN





CHAPITRE PREMIER


PROLOGUE. — TÉMOIGNAGES DE SAINT JEAN-BAPTISTE TOUCHANT JÉSUS-CHRIST (Matth. iii, 3, 11 ; Marc, i, 3, 4, 7, 8 ; Luc, iii, 3, 5, 16). — VOCATION DES PREMIERS DISCIPLES.


Au commencement était en Dieu, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu[1]. Il était au commencement en Dieu[2]. Tout a été fait par lui[3], et rien de ce qui a été fait, n’a été fait sans lui[4]. En lui était la vie[5], et la vie était la lumière des hommes[6]. Et la lumière luit dans les ténèbres[7], et les ténèbres ne l’ont point comprise[8]. Il y eut un homme envoyé de Dieu, nommé Jean[9]. Il vint en témoignage, pour rendre témoignage à la lumière[10], afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais pour rendre témoignage à la lumière. Celui-là était la vraie lumière[11], qui éclaire tout homme venant en ce monde[12]. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu[13]. Il est venu dans son héritage[14], et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu[15] ; à tous ceux qui croient à son nom, qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu[16]. Et le Verbe s’est fait chair[17], et il a habité parmi nous[18], — et nous avons vu[19] sa gloire, sa gloire comme Fils unique, né du Père[20], — plein de grâce et de vérité[21]. Jean rend témoignage de lui[22], et il dit à haute voix : Voici celui dont je disais : « Celui qui doit venir après moi a été fait plus grand que moi, parce qu’il était avant moi. » Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce[23]. Car la Loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ[24]. Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a fait connaître[25].

19 Or voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : Qui êtes-vous[26] ? Il déclara, et ne nia point, il déclara : Je ne suis point le Christ. Ils lui demandèrent : Quoi donc ? Êtes-vous Élie ? Il dit : Je ne le suis point. Êtes-vous le Prophète ? Il répondit : Non[27]. Qui êtes-vous donc ? lui dirent-ils, afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dites-vous de vous-même ? Il répondit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : « Aplanissez le chemin du Seigneur, » comme l’a dit le prophète Isaïe[28]. Or, ceux qu’on lui avait envoyés 25. étaient du nombre des Pharisiens. Ils l’interrogèrent encore, et lui dirent : Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète[29] ? Jean leur répondit : Moi, je baptise dans l’eau ; mais il y en a un au milieu de vous, que vous ne connaissez pas. C’est lui qui doit venir après moi, qui a été fait plus grand que moi ; et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. Ceci se passa à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait[30].

Le lendemain, Jean vit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde[31]. C’est celui de qui j’ai dit : Un homme vient après moi, qui a été fait plus grand que moi, parce qu’il était avant moi. Et moi je ne le connaissais pas, mais c’est afin qu’il fût manifesté en Israël, que je suis venu baptiser dans l’eau[32].

32 Jean rendit encore ce témoignage : J’ai vu, dit-il, l’Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il s’est reposé sur lui. Et moi je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’a envoyé pour baptiser dans l’eau m’a dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et se reposer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit-Saint[33]. J’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu.

35 Le lendemain, Jean était encore là avec deux de ses disciples[34]. Et voyant passer Jésus, il dit : Voici l’Agneau de Dieu. Les deux disciples l’entendirent 38. parler ainsi, et suivirent Jésus. Alors Jésus s’étant retourné, et les voyant qui le suivaient, leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Rabbi (c’est-à-dire Maître), où demeurez-vous ? Il leur dit ; Venez et voyez. Ils vinrent, et virent où il demeurait, et ils restèrent près de lui ce jour-là. Or il était environ la dixième heure[35].

40 André, frère de Simon Pierre, était un de ceux qui avaient entendu le témoignage de Jean, et qui avaient suivi Jésus. Il rencontra le premier son frère Simon[36], et lui dit : Nous avons trouvé le Messie (c’est-à-dire le Christ). Et il l’amena à Jésus. Jésus l’ayant regardé, lui dit : Vous êtes Simon, fils de Jonas ; vous serez appelé Céphas, c’est-à-dire Pierre[37]. Le jour suivant, voulant aller en Galilée, il trouva Philippe ; et Jésus lui dit : Suivez-moi. Philippe était de Bethsaïde, de la même ville qu’André et Pierre. Philippe trouva Nathanaël[38] et lui dit : Celui de qui Moïse a écrit dans la Loi[39], et qu’ont annoncé les Prophètes, nous l’avons trouvé, Jésus de Nazareth[40], fils de Joseph. Nathanaël lui répondit : Peut-il sortir de Nazareth quelque chose de bon ? Philippe lui dit : Venez et voyez. Jésus, voyant venir Nathanaël, dit de lui : Voilà un vrai Israélite, en qui il n’y a nul artifice[41]. Nathanaël lui dit : D’où me connaissez-vous ? Avant que Philippe vous appelât, lui dit Jésus, lorsque vous étiez sous le figuier, je vous ai vu[42]. Nathanaël lui répondit : Maître, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le roi d’Israël. Jésus lui dit : Parce que je vous ai dit : Je vous ai vu sous le figuier, vous croyez : vous verrez de plus grandes choses. Et il ajouta : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme[43].


CHAPITRE II


NOCES DE CANA. — VENDEURS CHASSÉS DU TEMPLE. — JÉSUS PRÉDIT SA RÉSURRECTION.


Trois jours après, il se fit des noces à Cana en Galilée ; et la mère de Jésus y était[44]. Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples[45]. Et le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont point de vin. Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il de commun entre vous et moi[46] ? Mon heure n’est pas encore venue[47]. Sa mère dit à ceux qui servaient : Faites tout ce qu’il vous dira. Or, il y avait là six urnes de pierre servant aux ablutions en usage chez les Juifs[48], et contenant chacune deux ou trois mesures[49]. Jésus leur dit : Emplissez d’eau ces urnes. Et ils les emplirent jusqu’au haut. Alors Jésus leur dit : Puisez maintenant, et portez-en au maître du festin. Sitôt que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin, ne sachant d’où il venait (mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau, le savaient), il appela l’époux, et lui dit : Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on a beaucoup bu, celui qui vaut moins ; mais vous, vous avez gardé le bon vin jusqu’à cette heure. Ainsi Jésus fit à Cana en Galilée le premier de ses miracles, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui[50]. Après cela, il descendit à Capharnaum avec sa mère, ses frères[51] et ses disciples, et ils n’y demeurèrent que peu de jours.

13 La Pâque des Juifs étant proche, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le temple[52] des hommes qui vendaient des bœufs, des brebis et des colombes, et des changeurs assis à leurs tables. Et ayant fait comme un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, avec les brebis et les bœufs, jeta par terre l’argent des changeurs, et renversa leurs tables[53]. Et il dit à ceux qui vendaient des colombes : Emportez cela d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic[54]. Ses disciples se ressouvinrent alors qu’il est écrit : « Le zèle de votre maison me dévore[55]. »

18 Les Juifs[56] prenant la parole, lui dirent : Quel signe nous montrez-vous, pour que vous fassiez ces choses ? Jésus leur répondit : Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. Les Juifs répartirent : On a mis quarante-six ans à bâtir ce temple[57], et vous, vous le relèverez en trois jours ! Mais il parlait du temple de son corps[58]. Lors donc qu’il fut ressuscité d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il leur avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture[59] et à la parole qu’avait dite Jésus.

Lorsque Jésus était à Jérusalem pendant la fête de Pâque, beaucoup crurent en son nom[60], voyant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous, et qu’il n’avait pas besoin que personne lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait lui-même ce qu’il y avait dans l’homme[61].


CHAPITRE III


ENTRETIEN DE JÉSUS ET DE NICODÈME : SECONDE NAISSANCE, MYSTÈRE DE LA RÉDEMPTION. — SAINT JEAN-BAPTISTE REND DE NOUVEAU TÉMOIGNAGE A JÉSUS-CHRIST.


Il y avait parmi les Pharisiens un homme nommé Nicodème, membre du grand Conseil des Juifs. Il vint de nuit[62] trouver Jésus, et lui dit : Maître, nous savons que vous êtes un docteur envoyé de Dieu, car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n’est avec lui. Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu[63]. Nicodème lui dit : Comment peut naître un homme déjà vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère, et naître de nouveau ? Jésus répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, s’il ne renaît de l’eau et du Saint-Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu[64]. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit[65]. Ne vous étonnez pas que je vous aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau[66]. Le vent souffle où il veut : vous entendez sa voix ; mais vous ne savez d’où il vient, ni où il va : ainsi en est-il de tout homme qui est né de l’Esprit[67]. Nicodème lui répondit : Comment cela se peut-il faire ? Jésus lui dit : Vous êtes maître en Israël, et vous ignorez ces choses[68] ? En vérité, en vérité, je vous le dis, nous[69] disons ce que nous savons, et nous attestons ce que nous avons vu, et vous[70] ne recevez point notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses qui sont sur la terre, comment croirez-vous lorsque je vous parlerai des choses qui sont dans le ciel[71] ? Et cependant nul n’est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel[72]. Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut 14. de même que le Fils de l’homme soit élevé, afin que 15. tout homme qui croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle[73].

16 Car Dieu[74] a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger[75] le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n’est pas condamné ; mais celui qui ne croit pas est déjà condamné, parce qu’il ne croit pas dans le nom du Fils unique de Dieu[76]. Et la cause de cette condamnation, c’est que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises[77]Car quiconque fait le mal, hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient découvertes. Mais celui qui fait la vérité, vient à la lumière, afin que ses œuvres apparaissent, parce qu’elles sont faites en Dieu[78].

22 Après cela, Jésus vint avec ses disciples dans la terre de Judée, et il y demeurait avec eux, et y baptisait[79]. Jean aussi baptisait à Ennon, près de Salim[80], parce qu’il y avait là beaucoup d’eau, et plusieurs y venaient se faire baptiser, car Jean n’avait pas encore été mis en prison[81]. Or, il s’éleva une question entre les disciples de Jean et les Juifs[82] touchant le baptême. Les premiers étant venus trouver Jean, lui dirent : Maître, celui qui était avec vous au delà du Jourdain, et à qui vous avez rendu témoignage, voilà qu’il baptise, et tous vont à lui. Jean répondit : L’homme ne peut rien recevoir, s’il ne lui a été donné du ciel[83]. Vous m’êtes vous-mêmes témoins que j’ai dit : Je ne suis point le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui se tient debout et l’écoute, est rempli de joie à cause de la voix de l’épouse. Cette joie est donc pleinement réalisée pour moi[84]. Il faut qu’il croisse et que je diminue.

31 Celui[85] qui vient d’en-haut est au-dessus de tous ; celui qui vient de la terre est terrestre, et son langage aussi[86]. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous ; et ce qu’il a vu et entendu, il en rend témoignage ; mais personne ne reçoit son témoignage. Celui qui reçoit son témoignage, atteste que Dieu est véridique. Car celui que Dieu a envoyé, dit des paroles de Dieu, parce que Dieu ne lui donne pas son Esprit avec mesure. Le Père aime le Fils, et il a tout remis entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit point au Fils, ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui.


CHAPITRE IV


RETOUR DE JÉSUS EN GALILÉE. — SON ENTRETIEN AVEC LA SAMARITAINE. — NOURRITURE DE JÉSUS ; LA MOISSON EST PRÊTE. — IL GUÉRIT LE FILS D'UN OFFICIER.


Jésus donc, ayant su que les Pharisiens avaient appris qu’il faisait plus de disciples et baptisait plus que Jean (quoique Jésus ne baptisât point lui-même, mais ses disciples), il quitta la Judée, et s’en alla de nouveau en Galilée[87]. Or il lui fallait passer par la Samarie[88].

Il vint donc en une ville de Samarie, nommée Sichar[89], près du champ que donna Jacob à son fils Joseph[90]. Là était le puits de Jacob[91]. Jésus, fatigué de la route[92], s’assit sur le bord du puits ; il était environ la sixième heure[93]. Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donnez-moi à boire (car ses disciples étaient allés dans la ville acheter de quoi manger). Cette femme samaritaine lui dit : Comment vous, qui êtes Juif, me demandez-vous à boire, à moi qui suis Samaritaine ? Car les Juifs n’ont point de commerce avec les Samaritains[94]. Jésus lui répondit : Si vous connaissiez le don de Dieu, et qui est celui qui vous dit : Donnez-moi à boire, peut-être lui en auriez-vous demandé vous-même, et il vous aurait donné une eau vive[95]. La femme lui dit : Seigneur, vous n’avez pas avec quoi puiser, et le puits est profond : d’où auriez-vous donc de l’eau vive ? Êtes-vous plus grand[96] que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et en a bu lui-même, et ses enfants, et ses troupeaux ? Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura jamais soif[97]. L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine d’eau jaillissante pour la vie éternelle[98]. La femme lui dit : Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus ici puiser. Jésus lui dit : Allez, appelez votre mari, et venez ici[99]. La femme répondit : Je n’ai point de mari[100]. Jésus lui dit : Vous avez raison de dire : Je n’ai point de mari ; car vous avez eu cinq maris, et celui que vous avez maintenant n’est pas votre mari[101] ; en cela vous avez dit vrai. La femme lui dit : Seigneur, je vois que vous êtes un prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne[102], et vous, vous dites que c’est à Jérusalem qu’il faut adorer. Jésus lui dit : Femme, croyez-moi, l’heure vient où vous n’adorerez le Père ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem. Vous adorez ce que vous ne connaissez point ; pour nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs[103]. Mais vient l’heure, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité[104] ; car ce sont là les adorateurs que le Père cherche. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, doivent l’adorer en esprit et en vérité. La femme lui répondit : Je sais que le Messie (c’est-à-dire le Christ) est sur le point de venir ; lors donc qu’il sera venu, il nous instruira de toutes choses. Jésus lui dit : Je le suis, moi qui vous parle. En même temps ses disciples arrivèrent, et ils s’étonnaient de ce qu’il parlait avec une femme ; néanmoins aucun ne dit : Que lui demandez-vous ? ou : Pourquoi parlez-vous avec elle ? La femme alors, laissant là sa cruche, s’en alla dans la ville, et dit aux habitants : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ ? Ils sortirent donc de la ville, et vinrent à lui.

31 Cependant ses disciples[105] le pressaient, en disant : Maître, mangez. Mais il leur dit : J’ai une nourriture à manger, que vous ne connaissez pas. Et les disciples se disaient l’un à l’autre : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, d’accomplir son œuvre[106]. Ne dites-vous pas : Encore quatre mois, et la moisson sera venue. Moi, je vous dis : Levez les yeux, et voyez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson[107]. Celui qui moissonne reçoit sa récompense, et recueille le fruit pour la vie éternelle, et ainsi celui qui sème se réjouit comme celui qui moissonne[108]. Car ici s’applique l’adage : L’un sème, et l’autre moissonne[109]. Je vous ai envoyés 38. moissonner où vous n’avez pas travaillé[110] ; d’autres ont travaillé, et vous, vous êtes entrés dans leurs travaux.

39 Dans cette ville des Samaritains, beaucoup crurent en Jésus sur la parole de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Les Samaritains étant donc venus vers lui, le prièrent de demeurer dans leur pays, et il y demeura deux jours. Et un plus grand nombre crurent en lui pour avoir entendu ses discours. Et ils disaient à la femme : Maintenant ce n’est plus sur ce que vous avez dit que nous croyons ; car nous-mêmes nous l’avons entendu, et nous croyons qu’il est vraiment le Sauveur du monde.

43 Deux jours après, il partit de là, et s’en alla en Galilée. Car Jésus lui-même a rendu témoignage qu’un prophète n’est point honoré dans sa patrie[111]. Lors donc qu’il fut arrivé en Galilée, les Galiléens l’accueillirent, ayant vu tout ce qu’il avait fait à Jérusalem pendant la fête de Pâque ; car eux aussi étaient venus à cette fête. Il vint donc de nouveau à Cana en Galilée, où il avait changé l’eau en vin.

46 Or, il y avait à Capharnaüm un officier du roi[112] dont le fils était malade. Ayant appris que Jésus arrivait de Judée en Galilée, il l’alla trouver[113], et le pria de descendre en sa maison pour guérir son fils qui allait mourir. Jésus lui dit : Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croyez point. L’officier lui dit : Seigneur, venez avant que mon fils ne meure. Allez, lui répondit Jésus, votre fils est plein de vie. Cet homme crut à la parole que Jésus lui avait dite, et s’en alla. Comme il était en chemin, ses serviteurs vinrent à sa rencontre, et lui apprirent que son fils se portait bien. L’officier s’enquit d’eux de l’heure où il s’était trouvé mieux, et ils lui dirent : Hier, à la septième heure[114], la fièvre l’a quitté. Et son père reconnut que c’était l’heure à laquelle Jésus lui avait dit : Votre fils est plein de vie, et il crut, lui et toute sa maison[115].

54 Ce fut le second miracle que Jésus fit, après être revenu de Judée en Galilée[116].



CHAPITRE V


PARALYTIQUE GUÉRI PRÈS DE LA PISCINE DE BETHSAÏDE, LE JOUR DU SABBAT. — SCANDALE DES JUIFS. — JÉSUS LEUR RÉPOND ET PROUVE SA MISSION DIVINE.


Après cela[117], le jour de la fête des Juifs étant venu, Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem est la piscine Probatique, appelée en hébreu Bethsaïde, laquelle a cinq portiques[118]. Sous ces portiques gisaient un grand nombre de malades, d’aveugles, de boiteux, d’hommes ayant quelque membre desséché[119], qui attendaient le mouvement de l’eau. Car un ange du Seigneur descendait à certains temps dans la piscine, et l’eau s’agitait ; et celui qui y descendait le premier après le mouvement de l’eau était guéri de son infirmité, quelle qu’elle fût[120]. Or, il y avait là un homme qui était malade[121] depuis trente-huit ans. Jésus l’ayant vu couché, et sachant qu’il y avait longtemps qu’il était malade, lui dit : Voulez-vous être guéri ? Le malade lui répondit : Je n’ai personne qui me jette dans la piscine dès que l’eau est agitée, et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi. Jésus lui dit : Levez-vous, prenez votre lit, et marchez. Et à l’instant cet homme fut guéri, et, prenant son lit, il commença à marcher. Et c’était un jour de sabbat.

10 Les Juifs dirent donc à celui qui avait été guéri : C’est aujourd’hui le jour du sabbat, et il ne vous est pas permis de porter votre lit. Il leur répondit : Celui qui m’a guéri m’a dit : Prenez votre lit et marchez. Ils lui demandèrent : Qui est cet homme qui vous a dit : Prenez votre lit et marchez ? Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui il était ; car Jésus s’était retiré de la foule assemblée en ce lieu. Jésus le trouva ensuite dans le temple, et lui dit : Vous voilà guéri ; ne péchez plus, de peur qu’il ne vous arrive quelque chose de pire[122]. Cet homme s’en alla, et apprit aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri. C’est pourquoi les Juifs persécutaient Jésus, parce qu’il faisait ces choses le jour du sabbat.

17 Mais Jésus leur dit : Mon Père continue d’agir jusqu’à présent, et moi aussi j’agis sans cesse[123]. Sur quoi les Juifs cherchaient encore avec plus d’ardeur à le faire mourir, parce que, non content de violer le sabbat, il disait encore que Dieu était son père, se faisant égal à Dieu[124]. Jésus donc leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit que le Père fait ; car tout ce que fait le Père, le Fils aussi le fait comme lui[125]. Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait ; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, qui vous jetteront dans l’admiration[126]. Car comme le Père ressuscite les morts et leur donne la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il veut[127]. Le Père ne juge personne[128], mais il a donné au Fils toute puissance pour juger, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père[129]. Celui qui n’honore point le Fils n’honore point le Père qui l’a envoyé. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle, et n’encourt point la condamnation, mais il a passé de la mort à la vie[130]. En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui l’entendront vivront[131]. Car, comme le Père a en soi la vie, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en soi[132] ; et il lui a donné la puissance pour juger, parce qu’il est le Fils de l’homme[133]. Ne vous en étonnez pas ; car l’heure vient[134] où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu, et en sortiront, ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de châtiment[135]. Je ne puis rien faire de moi-même. Selon que j’entends[136], je juge ; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Si je rends témoignage de moi-même, mon témoignage n’est pas véritable[137]. C’est un autre[138] qui rend témoignage de moi, et je sais que le témoignage qu’il rend de moi est véritable. Vous avez envoyé à Jean, et il a rendu témoignage à la vérité[139]. Pour moi, ce n’est pas d’un homme que je reçois témoignage ; mais je vous dis ces choses[140], afin que vous soyez sauvés. Il était la lampe ardente et luisante, et un moment vous avez voulu vous réjouir à sa lumière. Mais j’ai un témoignage plus grand que celui de Jean ; car les œuvres que le Père m’a donné à faire, ces œuvres que je fais, rendent témoignage de moi, que c’est le Père qui m’a envoyé[141]. Et le Père qui m’a envoyé a rendu lui-même témoignage de moi ; mais vous n’avez jamais entendu sa voix, ni vu sa face[142], et vous n’avez point sa parole demeurant en vous, puisque vous ne croyez point en celui qu’il a envoyé. Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez trouver en elles la vie éternelle ; elles rendent témoignage de moi, et cependant vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie. Ce n’est point que je recherche la gloire auprès des hommes[143] ; mais j’ai reconnu que vous n’aviez point en vous l’amour de Dieu. Je suis venu au nom de mon père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez[144]. Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez l’un de l’autre la gloire[145], et ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ? Ne pensez pas que ce soit moi qui vous accuserai devant le Père : votre accusateur, c’est Moïse[146], en qui vous espérez. Car si vous croyiez Moïse, peut-être me croiriez-vous aussi ; car il a écrit de moi. Mais si vous ne croyez point à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ?


CHAPITRE VI


MULTIPLICATION DES CINQ PAINS (Matth. xiv, 13 sv. Marc, vi, 30 sv. Luc, ix, 10 sv.). — JÉSUS MARCHE SUR LA MER (Matth. xiv, 22-23 ; Marc, vi, 43-82). — PAIN DU CIEL, PAIN DE VIE. — LA CHAIR ET LE SANG DE JÉSUS, NOURRITURE ET BREUVAGE. — SCANDALE DE PLUSIEURS, FIDÉLITÉ DES APÔTRES. — TRAHISON DE JUDAS PRÉDITE[147].


Jésus s’en alla ensuite de l’autre côté de la mer de Galilée ou lac de Tibériade. Et une grande multitude de peuple le suivait, parce qu’ils voyaient les miracles qu’il faisait sur ceux qui étaient malades[148]. Jésus monta sur une montagne, et s’y assit avec ses disciples. Or, la Pâque, qui est la grande fête des Juifs, était proche[149]. Jésus donc ayant levé les yeux, et voyant qu’une très-grande multitude était venue à lui, dit à Philippe : Où achèterons-nous du pain pour donner à manger à cette foule ? Il disait cela pour le tenter, car il savait ce qu’il devait faire. Philippe lui répondit : Quand on aurait pour deux cents deniers de pain, cela ne suffirait pas pour en donner à chacun un morceau. Un de ses disciples, André, frère de Simon-Pierre, lui dit : Il y a ici un jeune homme qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ? Jésus dit : Faites-les asseoir. Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille. Et Jésus prit les pains, et, ayant rendu grâces, il les distribua[150] à ceux qui étaient assis ; il leur donna de même des deux poissons, autant qu’ils en voulaient. Lorsqu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Recueillez les morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde. Ils les recueillirent, et emplirent douze corbeilles des morceaux restés des cinq pains d’orge après qu’ils eurent mangé. Ces hommes, ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : Celui-ci est vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde[151]. Sachant donc qu’ils devaient venir pour l’enlever et le faire roi, Jésus se retira de nouveau seul sur la montagne.

16 Le soir venu, ses disciples descendirent vers la mer ; et étant montés dans une barque, ils naviguèrent vers l’autre bord, pour arriver à Capharnaüm. Il faisait déjà nuit, et Jésus n’était pas venu à eux. Cependant la mer, soulevée par un grand vent, s’enflait. Lorsqu’ils eurent ramé environ vingt-cinq ou trente stades[152], ils virent Jésus marchant sur la mer et s’approchant de la barque, et ils eurent peur. Mais il leur dit : C’est moi, ne craignez point. Ils voulurent donc le prendre dans la barque, et aussitôt la barque se trouva au lieu où ils allaient[153].

22 Le jour suivant, le peuple qui était resté de l’autre côté de la mer, remarqua qu’il n’y avait eu là qu’une barque, et que Jésus n’y était point entré avec ses disciples, mais que les disciples étaient partis seuls. D’autres barques cependant vinrent de Tibériade près du lieu où le Seigneur, après avoir rendu grâces, leur avait donné à manger. Le peuple donc, ayant vu que Jésus n’était point là, ni ses disciples non plus, entra dans ces barques, et vint à Capharnaüm, cherchant Jésus[154]. Et l’ayant trouvé de l’autre côté de la mer, ils lui dirent : Maître, quand êtes-vous venu ici ? Jésus leur répondit[155] :

26 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains, et avez été rassasiés. Travaillez[156], non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure pour la vie éternelle[157], et que le Fils de l’homme vous donnera. Car Dieu le Père l’a marqué d’un sceau[158]. Ils lui dirent : Que ferons-nous, pour opérer les œuvres de Dieu[159] ? Jésus leur répondit : L’œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. Ils lui dirent : Quel miracle faites-vous donc pour que, le voyant, nous croyions en vous ? Quelles sont vos œuvres ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, ainsi qu’il est écrit : « Il leur a donné à manger le pain du ciel[160]. » Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n’est pas Moïse qui vous a donné un pain céleste, mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel[161]. Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde[162].

34 Ils lui dirent donc : Seigneur, donnez-nous de ce pain. Jésus leur répondit : Je suis le pain de vie[163] : celui qui vient à moi n’aura pas faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Mais, je vous l’ai dit, vous m’avez vu[164], et vous ne croyez point. Tout ce que me donne mon Père, viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai point dehors[165] ; car je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, la volonté de mon Père, qui m’a envoyé, est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour[166]. Oui, telle est la volonté de mon Père qui m’a envoyé, que quiconque voit le Fils[167] et croit en lui, ait la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour. Cependant les Juifs murmuraient contre lui, parce qu’il avait dit : Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. Et ils disaient : N’est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc dit-il : Je suis descendu du ciel ? Jésus leur répondit : Ne murmurez point entre vous. Nul ne peut venir à moi, si mon Père, qui m’a envoyé, ne l’attire ; et moi je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les Prophètes : « Ils seront tous enseignés de Dieu. » Quiconque a entendu le Père et appris de lui, vient à moi[168] : non que personne ait vu le Père, si ce n’est celui qui est de Dieu[169] ; lui seul a vu le Père. En vérité, en vérité, je Vous le dis[170], celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Voici le pain descendu du ciel, pour que celui qui en mange ne meure point[171]. Je suis le pain vivant[172] qui suis descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai est ma chair, livrée pour le salut du monde[173]. Les Juifs donc disputaient entre eux, disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? Et Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous[174]. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour[175]. Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage[176]. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui[177]. Comme mon Père qui est vivant[178] m’a envoyé, et que je vis par mon Père[179] : de même celui qui me mange vivra aussi par moi. Voici le pain qui est descendu du ciel, bien différent de la manne qu’ont mangée vos pères, et ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement[180]. Jésus dit ces choses dans la synagogue, lorsqu’il enseignait à Capharnaüm.

61 Plusieurs de ses disciples l’entendant, dirent : Cette parole est dure, et qui peut l’écouter[181] ? Jésus, connaissant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet, leur dit : Cela vous scandalise ? Mais quand vous verrez le Fils de l’homme monter où il était auparavant[182] ? C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie[183]. Mais il y en a parmi vous quelques-uns qui ne croient point[184]. Car, dès le commencement, Jésus savait qui étaient ceux qui ne croyaient point, et qui était celui qui le trahirait. Et il disait : C’est pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, s’il ne lui est donné par mon Père[185]. De ce moment, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et ils ne l’accompagnaient plus[186]. Jésus donc dit aux Douze : Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? Simon-Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle[187]. Nous, nous croyons et nous savons que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. Jésus leur répondit : Ne vous ai-je pas choisis tous les douze ? Et cependant parmi vous il y a un démon[188]. Il parlait de Judas Iscariote, fils de Simon ; car c’était lui qui devait le trahir, quoiqu’il fût l’un des Douze.


CHAPITRE VII


JÉSUS VA EN SECRET A LA FÊTE DES TABERNACLES. — IL ENSEIGNE DANS LE TEMPLE. — ON VEUT L’ARRÊTER. — NICODÈME PREND SA DÉFENSE.


Après cela, Jésus parcourut la Galilée, ne voulant point aller en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir[189]. Or, la fête des Tabernacles étant proche, ses frères lui dirent : Quittez ce pays, et allez en Judée, afin que vos disciples voient les œuvres que vous faites[190] ; car personne n’agit en secret, lorsqu’il désire être connu. Puisque vous faites ces choses[191], , montrez-vous au monde. Car ses frères mêmes ne croyaient pas en lui[192]. Jésus leur dit : Mon temps n’est pas encore venu ; mais voire temps est toujours prêt[193]. Le monde ne saurait vous haïr ; mais il me hait, parce que je rends de lui le témoignage que ses œuvres sont mauvaises. Vous, allez à cette fête ; pour moi, je n’y vais point[194], parce que mon temps n’est pas encore accompli. Ayant dit ces choses, il demeura en Galilée. Et, lorsque ses frères furent partis, il alla aussi lui-même à la fête, non publiquement, mais comme en secret[195].

11 Les Juifs[196] le cherchaient donc durant la fête, et disaient : Où est-il ? Et il courait à son sujet diverses opinions parmi le peuple. Les uns disaient : Il est bon[197]. Non, disaient les autres, il trompe la foule. Cependant personne ne parlait ouvertement en sa faveur, par crainte des Juifs.

14 Vers le milieu de la fête, Jésus monta au temple, et se mit à enseigner[198]. Et les Juifs étonnés disaient : Comment sait-il les Écritures, n’ayant point fréquenté les écoles ? Jésus leur répondit : Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de moi-même[199]. Celui qui parle de soi-même, cherche sa propre gloire ; mais qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, est digne de foi, et il n’y a point en lui d’imposture[200]. Est-ce que Moïse ne vous a pas donné la Loi ? Et néanmoins nul de vous n’accomplit la Loi[201]. Pourquoi, en effet, cherchez-vous à me faire mourir ? Le peuple lui répondit : Vous êtes possédé du démon ; et qui est-ce qui cherche à vous faire mourir[202] ? Jésus leur répondit : J’ai fait une seule chose[203], et vous êtes tous hors de vous-mêmes[204] ? Cependant Moïse vous a donné la circoncision (bien qu’elle soit, non de Moïse, mais des Patriarches), et vous la pratiquez le jour du sabbat. Que si, pour ne pas violer la Loi de Moïse[205], on circoncit le jour du sabbat, comment vous indignez-vous contre moi parce que, le jour du sabbat, j’ai rendu un homme sain dans tout son corps ? Ne jugez point sur l’apparence, mais jugez selon la justice[206].

25 Alors quelques-uns de Jérusalem disaient : N’est-ce pas là celui qu’ils cherchent pour le faire mourir ? Et voilà qu’il parle publiquement sans qu’ils lui disent rien. Les Princes du peuple auraient-ils reconnu qu’il est vraiment le Christ ? Celui-ci, néanmoins, nous savons d’où il est[207] ; mais quand le Christ viendra, personne ne saura d’où il est[208]. Jésus enseignait donc à haute voix dans le temple, disant : Vous me connaissez et savez d’où je suis[209] ; cependant je ne suis pas venu de moi-même ; mais il est véridique celui qui m’a envoyé, et vous ne le connaissez point. Moi je le connais, parce que je suis de lui[210], et qu’il m’a envoyé. Ils cherchaient donc à le prendre ; et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue. Mais, d’entre le peuple, beaucoup crurent en lui, et disaient : Quand le Christ viendra, fera-t-il plus de miracles que n’en fait celui-ci ?

32 Les Pharisiens[211] apprirent que le peuple tenait de lui tout bas ces discours, et les Princes des prêtres et les Pharisiens[212] envoyèrent des gardes pour le prendre. Jésus donc leur dit : Je suis encore avec vous un peu de temps, puis je m’en vais à celui qui m’a envoyé. Vous me chercherez[213], et ne me trouverez point, et où je suis[214], vous ne pouvez venir. Les Juifs dirent entre eux : Où donc ira-t-il, que nous ne le trouverons point ? Ira-t-il aux Juifs dispersés parmi les Gentils, et se fera-t-il le Docteur des Gentils[215] ? Qu’est-ce que cette parole qu’il a dite : « Vous me chercherez et ne me trouverez point, et où je suis vous ne pouvez venir ? »

37 Le dernier jour de la fête, qui en est le plus solennel, Jésus debout disait à haute voix[216] : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive[217]. Celui qui croit en moi, de son sein, comme dit l’Écriture, couleront des fleuves d’eau vive[218]. Il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui, car l’Esprit n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’était pas encore glorifié[219]. Parmi la foule qui avait entendu ces paroles, quelques-uns disaient : C’est un véritable Prophète[220]. D’autres : C’est le Christ. Mais, disaient les autres, est-ce que le Christ viendra de Galilée ? L’Écriture ne dit-elle pas : « De la race de David, et de la petite ville de Bethléem, où naquit David, viendra le Christ[221] » ? C’est ainsi que le peuple était partagé à son sujet.

44 Quelques-uns d’entre eux voulaient le prendre ; mais personne ne mit la main sur lui. Lors donc que les gardes revinrent vers les Pontifes et les Pharisiens[222], ceux-ci leur dirent : Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? Les gardes répondirent : Jamais homme n’a parlé comme cet homme. Les Pharisiens leur dirent : Vous a-t-il aussi séduits ? Y a-t-il quelqu’un parmi les Princes du peuple qui ait cru en lui ? Y en a-t-il parmi les Pharisiens[223] ? Pour cette populace, qui ne connaît pas la Loi, ce sont des gens maudits. Nicodème[224], l’un d’entre eux, celui qui était venu de nuit à Jésus, leur dit : Notre Loi condamne-t-elle un homme sans l’avoir entendu, et sans avoir instruit sa cause ? Ils lui répondirent : Est-ce que vous êtes aussi Galiléen ? Lisez avec soin les Écritures, et vous verrez que de la Galilée il ne sort point de Prophète[225].

53 Et ils s’en retournèrent chacun dans sa maison[226].


CHAPITRE VIII


LA FEMME ADULTÈRE. — JÉSUS LUMIÈRE DU MONDE. — DIVERS DISCOURS DE JÉSUS-CHRIST SUR SON ORIGINE ET SA MORT.


Jésus s’en alla sur la montagne des Oliviers[227], et dès le point du jour il retourna dans le temple, où tout le peuple vint à lui ; et, s’étant assis, il les enseignait.

3 Alors les Scribes et les Pharisiens lui amenèrent une femme surprise en adultère. L’ayant placée au milieu de la foule, ils dirent à Jésus : Maître, cette femme vient d’être surprise en adultère. Or Moïse, dans la Loi, nous a ordonné de lapider les adultères[228]. Vous donc, que dites-vous ? C’était pour le tenter qu’ils l’interrogeaient ainsi, afin de pouvoir l’accuser[229]. Mais Jésus, se baissant, écrivait sur la terre avec le doigt[230]. Comme ils continuaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle ; et, se baissant de nouveau, il écrivait sur la terre. Ayant entendu cette parole, ils[231] s’en allèrent l’un après l’autre, les Anciens d’abord ; de sorte qu’il ne resta que Jésus, et la femme qui était au milieu de la foule. Alors Jésus se relevant lui dit[232] : Femme, où sont ceux qui vous accusaient ? Personne ne vous a-t-il condamnée ? Elle répondit : Personne, Seigneur. Jésus lui dit : Ni moi non plus je ne vous condamnerai. Allez, et ne péchez plus.

12 Jésus leur parla de nouveau[233]. disant : Je suis la lumière du monde[234]. Celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres ; mais il aura la lumière de la vie[235]. Les Pharisiens donc lui dirent : Vous rendez vous-même témoignage de vous ; votre témoignage n’est pas véritable[236]. Jésus leur répondit : Quoique je rende témoignage moi-même de moi, mon témoignage est véritable, parce que je sais d’où je viens et où je vais[237] ; pour vous, vous ne savez ni d’où je viens ni où je vais. Vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne[238]. Et si je juge, mon jugement est illégitime, parce que je ne suis pas seul, mais moi, et le Père qui m’a envoyé[239]. Et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux hommes est véritable[240]. Or, moi-même je rends témoignage de moi, et mon Père qui m’a envoyé en rend aussi témoignage[241]. Ils lui dirent donc : Où est votre Père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père ; si vous me connaissiez, peut-être connaîtriez-vous aussi mon Père[242]. Jésus parla de la sorte dans le parvis du Trésor[243], lorsqu’il enseignait dans le temple ; et personne ne se saisit de lui, parce que son heure n’était pas encore venue.

21 Jésus leur dit encore[244] : Je m’en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Où je vais, vous ne pouvez venir[245]. Les Juifs disaient donc : Et-ce qu’il a dessein de se tuer lui-même, qu’il dit : Où je vais, vous ne pouvez venir ? Et il leur dit : Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut ; vous êtes de ce monde, moi je ne suis pas de ce monde[246]. Aussi je vous ai dit que vous mourriez dans votre péché[247] ; car si vous ne croyez pas que c’est moi le Messie, vous mourrez dans votre péché. Qui êtes-vous ? lui dirent-ils. Jésus leur répondit : Le Principe, moi-même qui vous parle[248]. J’ai beaucoup de choses à dire de vous et à condamner en vous, mais[249] celui qui m’a envoyé est véridique, et ce que j’ai entendu de lui, je le dis au monde. Et ils ne comprirent point qu’il disait que Dieu était son Père[250]. Jésus donc leur dit : Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez ce que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je dis ce que mon Père m’a enseigné[251]. Et celui qui m’a envoyé est avec moi, et il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît[252]. Comme il disait ces choses, plusieurs crurent en lui.

31 Jésus dit donc aux Juifs qui croyaient en lui : Si vous demeurez fermes dans ma parole, vous serez mes véritables disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres[253]. Ils lui répondirent : Nous sommes de la race d’Abraham, et ne fûmes jamais esclaves de personne[254] ; comment dites-vous : Vous serez libres ? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque pèche est esclave du péché[255]. L’esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; mais le fils y demeure toujours[256]. Si donc le Fils vous rend libres, vous serez vraiment libres[257]. Je sais que vous êtes enfants d’Abraham ; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole n’entre point en vous. Moi, ce que j’ai vu dans mon Père, je le dis ; et vous, ce que vous avez vu dans votre père[258], vous le faites. Ils lui répondirent : Notre père, c’est Abraham. Jésus leur dit : Si vous êtes fils d’Abraham, faites les œuvres d’Abraham. Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu : ce n’est point ce qu’a fait Abraham. Vous faites les œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous ne sommes pas des enfants de fornication[259] ; nous avons un seul Père, qui est Dieu. Jésus leur dit : Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, parce que je suis sorti de Dieu et que je viens de sa part ; car je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé. Pourquoi ne reconnaissez-vous pas mon langage[260] ? Parce que vous ne pouvez entendre ma parole. Vous êtes les enfants du démon, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il était homicide dès le commencement, et n’est point demeuré dans la vérité, parce que la vérité n’est point en lui. Lorsqu’il dit le mensonge, il dit ce qu’il trouve en lui-même ; car il est menteur, et le père du mensonge[261]. Et moi, si je vous dis la vérité, vous ne me croyez point. Qui de vous me convaincra de péché ? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? Celui qui est de Dieu écoute la parole de Dieu ; c’est parce que vous n’êtes pas de Dieu que vous ne l’écoutez pas.

48 Les Juifs lui répondirent : N’avons-nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain et possédé d’un démon ? Jésus répondit : Il n’y a point en moi de démon ; mais j’honore mon Père, et vous, vous m’outragez. Mais je n’ai pas de souci de ma gloire : il est quelqu’un qui en prendra soin et qui fera justice. En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort[262]. Les Juifs lui dirent : Nous voyons maintenant qu’un démon est en vous. Abraham est mort, et les Prophètes aussi, et vous dites : Si quelqu’un garde ma parole, il ne goûtera jamais la mort. Êtes-vous plus grand que notre père Abraham, qui est mort ? Les Prophètes aussi sont morts ; qui prétendez-vous être ? Jésus répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie, lui que vous dites être votre Dieu[263]. Cependant vous ne le connaissez point ; mais moi je le connais ; et si je disais que je ne le connais point[264], je serais menteur comme vous. Mais je le connais, et je garde sa parole. Abraham, votre père, a tressailli du désir de voir mon jour ; il l’a vu, et a été rempli de joie[265]. Les Juifs lui dirent : Vous n’avez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abraham[266] ? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût fait, je suis[267]. Alors ils prirent des pierres pour les lui jeter[268] ; mais Jésus se cacha et sortit du temple.



CHAPITRE IX


GUÉRISON DE L'AVEUGLE-NÉ[269].


Et Jésus vit, en passant[270], un aveugle de naissance. Maître, lui demandèrent ses disciples, est-ce cet homme qui a péché, ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle[271] ? Jésus répondit : Ce n’est point qu’il ait péché, ni ses parents, mais afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. Il faut, pendant qu’il est jour, que je fasse les œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où personne ne peut agir[272]. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Ayant dit cela, il cracha à terre, et ayant fait de la boue avec sa salive, il l’étendit sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : Allez vous laver dans la piscine de Siloé (mot qui veut dire envoyé)[273]. Il y alla, se lava, et revint voyant[274].

Les gens du voisinage, et ceux qui l’avaient vu auparavant demander l’aumône, disaient : N’est-ce pas là celui qui était assis et mendiait ? Les uns répondaient : C’est lui ; d’autres : Non, mais il lui ressemble. Mais lui disait : C’est moi. Ils lui disaient donc : Comment vos yeux se sont-ils ouverts ? Il répondit : Cet homme, qu’on appelle Jésus, a fait de la boue, l’a étendue sur mes yeux, et m’a dit : Allez à la piscine de Siloé, et vous y lavez. J’y ai été, je me suis lavé, et je vois. Où est cet homme ? lui dirent-ils. Il répondit : Je ne sais.

13 Alors ils amenèrent aux Pharisiens[275] celui qui avait été aveugle. Or, c’était le jour du sabbat que Jésus détrempa ainsi de la terre et ouvrit les yeux de l’aveugle. Les Pharisiens lui demandèrent donc aussi comment il avait recouvré la vue, et il leur dit : Il m’a mis sur les yeux de la boue, je me suis lavé, et je vois. Sur cela quelques-uns des Pharisiens disaient : Cet homme n’est point de Dieu, puisqu’il n’observe pas le sabbat. Mais d’autres disaient : Comment un pécheur peut-il faire de tels prodiges ? Et ils étaient divisés entre eux. Ils dirent donc de nouveau à l’aveugle : Et vous, que dites-vous de celui qui vous a ouvert les yeux ?. Il répondit : C’est un Prophète[276]. Mais les Juifs ne voulurent pas croire qu’il eût été aveugle et qu’il eût recouvré la vue, jusqu’à ce qu’ils eussent fait venir le père et la mère de celui qui voyait. Ils leur demandèrent : Est-ce là votre fils, que vous dites être né aveugle ? Comment donc voit-il maintenant ? Ses parents leur répondirent : Nous savons que c’est là notre fils, et qu’il est né aveugle ; comment il voit maintenant, et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons : interrogez-le ; il a de l’âge, qu’il parle de ce qui le regarde. Ses parents parlèrent ainsi, parce qu’ils craignaient les Juifs. Car déjà les Juifs étaient convenus entre eux que quiconque reconnaîtrait Jésus pour le Christ, serait chassé de la synagogue[277]. C’est pourquoi ses parents dirent : Il a de l’âge, interrogez-le. Pour la seconde fois les Pharisiens appelèrent l’homme qui avait été aveugle, et lui dirent : Rendez gloire à Dieu[278] ! Nous savons que cet homme est un pécheur. Il leur répondit : S’il est un pécheur, je ne sais ; je sais seulement que j’étais aveugle, et qu’à présent je vois[279]. Sur quoi ils lui dirent : Que vous a-t-il fait ? Comment vous a-t-il ouvert les yeux[280] ? Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit et vous l’avez entendu : pourquoi voulez-vous l’entendre encore ? Est-ce que, vous aussi, vous voulez devenir ses disciples ? Ils le chargèrent alors d’injures, et lui dirent : Sois son disciple, toi ; pour nous, nous sommes disciples de Moïse. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-ci, nous ne savons d’où il est. Cet homme leur répondit : Il est surprenant que vous ne sachiez pas d’où il est, lui qui m’a ouvert les yeux. Nous savons que Dieu n’exauce point les pécheurs ; mais celui qui l’honore et fait sa volonté, c’est celui-là qu’il exauce. Jamais on n’a ouï dire que personne ait ouvert les yeux à un aveugle-né. Si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. Ils lui répondirent : Tu es né tout entier dans le péché, et tu nous enseignes ! Et ils le chassèrent dehors.

35 Jésus apprit qu’ils l’avaient ainsi chassé, et l’ayant rencontré, il lui dit : Croyez-vous au Fils de Dieu ? Il répondit : Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? Jésus lui dit : Vous l’avez vu[281] ; celui qui vous parle, c’est lui-même. Je crois, Seigneur, dit-il, et, se jetant à ses pieds, il l’adora. Alors Jésus dit : Je suis venu dans ce monde pour exercer le jugement, afin que ceux qui ne voient pas, voient, et que ceux qui voient, deviennent aveugles[282]. Quelques-uns d’entre les Pharisiens qui étaient là, ayant entendu ces paroles, lui dirent : Sommes-nous donc aussi des aveugles ? Jésus leur répondit : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez point de péché ; mais maintenant vous dites : Nous voyons ; votre péché demeure[283].


CHAPITRE X


LE BON PASTEUR ET LE MERCENAIRE. — RAPPORT DE JÉSUS AVEC SON PÈRE


En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre point par la porte dans la bergerie, mais y monte par un autre endroit, est un voleur et un larron[284]. Mais celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis. C’est à lui que le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix ; et il appelle par leur nom ses brebis[285], et il les mène aux pâturages. Et quand il mène ses brebis, il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. Elles ne suivent point l’étranger, mais le fuient, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers.

6 Jésus leur[286] dit cette parabole ; mais ils ne comprirent point ce qu’il leur disait. Jésus donc leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des larrons, et les brebis ne les ont point écoutés[287]. Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé : il entrera, il sortira, il trouvera des pâturages. Le larron ne vient que pour dérober, pour égorger et pour détruire ; moi je suis venu pour qu’elles n'aient la vie, et une vie plus abondante. Je suis le bon Pasteur. Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, et celui qui n’est pas le Pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, laisse là les brebis et s’enfuit ; et le loup ravit les brebis et les disperse. Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et n’a point de souci des brebis[288]. Je suis le bon Pasteur, je connais mes brebis, et elles me connaissent, comme mon Père me connaît, et que je connais mon Père, et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie[289] ; il faut que je les amène, et elles entendront ma voix, et il n’y aura qu’une bergerie et qu’un Pasteur. Mon Père m’aime, parce que je donne ma vie, pour la reprendre[290]. Personne ne me la ravit ; mais je la donne de moi-même, et j’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : j’ai reçu de mon Père ce commandement[291]. Il s’éleva de nouveau une discussion parmi les Juifs à l’occasion de ce discours. Plusieurs d’entre eux disaient : Il est possédé du démon, et a perdu le sens : pourquoi l’écoutez-vous ? D’autres disaient : Ce ne sont pas là les paroles d’un homme possédé du démon, est-ce que le démon peut ouvrir les yeux des aveugles ?

22 On faisait à Jérusalem la fête de la Dédicace[292], et c’était l’hiver. Et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon[293]. Les Juifs[294] donc l’entourèrent, et lui dirent : Jusques à quand tiendrez-vous notre esprit en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous ouvertement. Jésus leur répondit : Je vous parle, et vous ne me croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi : mais vous ne croyez point, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Mes brebis entendent ma voix ; je les connais, et elles, me suivent. Je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront pas à jamais, et nul ne les ravira d’entre mes mains. Ce que mon Père m’a donné est plus grand que toutes choses[295], et nul ne peut ravir ce qui est entre les mains de mon Père[296]. Mon Père et moi nous sommes un[297]. Alors les Juifs prirent des pierres pour le lapider[298]. Et Jésus leur dit : J’ai fait devant vous beaucoup d’œuvres bonnes par la vertu de mon Père : pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? Les Juifs lui répondirent : Ce n’est pas pour aucune bonne œuvre que nous vous lapidons, mais à cause de votre blasphème, et parce qu’étant homme, vous vous faites Dieu. Jésus leur répondit : N’est-il pas écrit dans votre Loi : « Je l’ai dit, vous êtes des dieux[299] ? » Si elle appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et que l’Écriture ne puisse être démentie, comment dites-vous à celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde[300] : Vous blasphémez, parce que j’ai dit : Je suis le Fils de Dieu ? Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez point. Mais si je les fais, lors même que vous ne voudriez pas me croire, croyez à mes œuvres : afin que vous connaissiez et que vous croyiez que le Père est en moi[301], et moi dans le Père.

39 Les Juifs cherchaient donc à le prendre ; mais il s’échappa de leurs mains, et s’en alla de nouveau au-delà du Jourdain[302], où Jean avait commencé à baptiser ; et il y demeura. Un grand nombre vinrent à lui, disant : Jean n’a fait aucun miracle ; mais tout ce qu’il a dit de celui-ci était vrai. Et beaucoup crurent en lui.


CHAPITRE XI


MALADIE ET MORT DE LAZARE, SA RÉSURRECTION. — LE GRAND CONSEIL PREND LA RÉSOLUTION DE FAIRE MOURIR JÉSUS.


Il y avait un homme malade, nommé Lazare, de Béthanie, bourg de Marie et de Marthe, sa sœur[303]. (Marie était celle qui oignit de parfum le Seigneur, et lui essuya les pieds avec ses cheveux[304] ; et Lazare, qui était malade, était son frère). Ses sœurs donc envoyèrent dire à Jésus : Seigneur, celui que vous aimez est malade[305]. Ce qu’entendant Jésus, il leur dit : Cette maladie n’est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. Or Jésus aimait Marthe, et sa sœur Marie, et Lazare. Ayant donc appris qu’il était malade, il demeura toutefois deux jours encore au lieu où il était. Après cela, il dit à ses disciples : Retournons en Judée. Ses disciples lui dirent : Maître, tout à l’heure les Juifs voulaient vous lapider, et vous retournez là ? Jésus répondit : N’y a-t-il pas douze heures dans le jour ? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne se heurte point, parce qu’il voit la lumière de ce monde. Mais s’il marche pendant la nuit, il se heurte, parce que la lumière lui manque[306]. Il parla ainsi, et ensuite il leur dit : Notre ami Lazare dort[307], mais je vais le réveiller. Ses disciples lui dirent : S’il dort, il guérira. Jésus parlait de sa mort, mais ils pensaient que c’était de l’assoupissement du sommeil. Alors Jésus leur dit clairement : Lazare est mort ; et à cause de vous, afin que vous croyiez, je me réjouis de n’avoir pas été là : mais allons à lui. Sur quoi Thomas, appelé Didyme[308], dit aux autres disciples : Allons, nous aussi, et mourons avec lui.

17 Jésus vint donc, et trouva que Lazare était depuis quatre jours dans le sépulcre (Béthanie était près de Jérusalem, à quinze stades environ)[309]. Beaucoup de Juifs étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler de la mort de leur frère. Marthe ayant donc appris que Jésus venait, alla au-devant de lui ; mais Marie était demeurée à la maison. Marthe dit donc à Jésus : Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais, maintenant encore, je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous le donnera[310]. Jésus lui dit : Votre frère ressuscitera. Marthe lui dit : Je sais qu’il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour. Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie[311] ; celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra point pour toujours. Le croyez-vous ? Oui, Seigneur, lui répondit-elle, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. Et lorsqu’elle eut parlé ainsi, elle s’en alla et appela en secret Marie, sa sœur, disant : Le Maître est là, et il t’appelle. Ce qu’ayant entendu celle-ci, elle se leva aussitôt, et vint à lui : car Jésus n’était pas encore entré dans le bourg ; il n’avait pas quitté le lieu où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs donc qui étaient dans la maison avec Marie, et la consolaient, l’ayant vue se lever en hâte et sortir, la suivirent en disant : Elle va au sépulcre pour y pleurer. Lorsque Marie fut arrivée au lieu où était Jésus, le voyant, elle se jeta à ses pieds, et lui dit : Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. Jésus la voyant pleurer, et les Juifs qui étaient venus avec elle pleurer aussi, fut ému en lui-même[312], et se troubla ; et il dit : Où l’avez-vous mis[313] ? Ils lui dirent : Venez, et voyez. Et Jésus pleura. Et les Juifs dirent : Voyez comme il l’aimait ! Mais quelques-uns d’entre eux dirent : Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux d’un aveugle-né, faire que cet homme ne mourût point ? Jésus donc, ému de nouveau en lui-même, vint au sépulcre : c’était une grotte, et une pierre était posée dessus. Otez la pierre, dit Jésus. Marthe, la sœur de celui qui était mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu’il est là. Jésus lui dit : Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu[314] ? Ils ôtèrent donc la pierre, et Jésus, levant les yeux, dit : Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m’avez exaucé. Pour moi, je savais que vous m’exauciez toujours ; mais je dis ceci à cause de ce peuple qui m’entoure, afin qu’ils croient que vous m’avez envoyé. Ayant parlé ainsi, il cria d’une voix forte : Lazare, sors ! Et aussitôt celui qui avait été mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit[315] : Déliez-le, et le laissez aller.

45 Beaucoup de Juifs qui étaient venus près de Marie et de Marthe, et qui avaient vu ce que fit Jésus, crurent en lui. Mais plusieurs d’entre eux allèrent trouver les Pharisiens, et leur racontèrent ce que Jésus avait fait. Les Pontifes et les Pharisiens assemblèrent donc le conseil, et disaient : Que ferons-nous ? Car cet homme opère beaucoup de miracles. Si nous le laissons faire, tous croiront en lui, et les Romains viendront, et ruineront notre ville et notre nation. Un d’eux, nommé Caïphe, qui était grand-prêtre cette année-là[316], leur dit : Vous n’y entendez rien, et ne songez pas qu’il vous est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple, plutôt que toute la nation ne périsse. Il ne dit pas cela de lui-même ; mais, étant le grand-prêtre de cette année, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation[317] ; et non-seulement pour la nation, mais afin de rassembler en un seul corps les enfants de Dieu[318] qui étaient dispersés. Depuis ce jour, ils pensèrent à le faire mourir. C’est pourquoi Jésus ne se montrait plus en public parmi les Juifs ; mais il s’en alla dans une contrée près du désert, en une ville nommée Éphrem, et il y demeurait avec ses disciples[319].

55 Or, la Pàque des Juifs était proche[320], et un grand nombre montèrent de cette contrée à Jérusalem, avant la Pâque, pour se purifier[321]. Ils cherchaient donc Jésus, et se disaient les uns aux autres, étant dans le temple : Que vous en semble ? Est-ce qu’il ne vient pas à la fête[322] ? Car les Pontifes et les Pharisiens avaient donné ordre que si quelqu’un savait où il était, il le découvrît, afin qu’ils le fissent prendre.


CHAPITRE XII


MARIE PARFUME LES PIEDS DE JÉSUS (Matth. xxvi, 6 sv. Marc, xiv, 9 sv.). — ENTRÉE DE JÉSUS A JÉRUSALEM (Matth. xxi, 1 sv Marc, xi, 1 sv. Luc, xix, 20 sv.). — DES GENTILS DEMANDENT A LE VOIR ; VOIX DU CIEL. — INCRÉDULITÉ DES JUIFS. — LE PÈRE EST HONORÉ OU MÉPRISÉ DANS JÉSUS-CHRIST.


Six jours avant la Pàque[323], Jésus vint à Béthanie, où était mort Lazare, qu’il avait ressuscité. Là, ils lui préparèrent à souper[324] ; Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui étaient assis à table avec lui. Marie prit une livre de parfum de nard pur d’un grand prix, le répandit sur les pieds de Jésus, et les essuya avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum[325]. Alors un de ses disciples, Judas Iscariote, qui devait le trahir, dit[326] : Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, qu’on aurait donnés aux pauvres ? Il dit cela, non qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et qu’ayant la bourse, il portait[327] ce qu’on mettait dedans. Jésus donc lui dit : Laissez-la accomplir ce devoir en vue de ma sépulture[328]. Car vous avez toujours des pauvres avec vous ; mais moi vous ne m’avez pas toujours[329]. Une grande multitude de Juifs surent qu’il était là, et ils vinrent, non à cause de Jésus seulement, mais pour voir Lazare qu’il avait ressuscité d’entre les morts. Les Princes des prêtres résolurent donc de faire mourir aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs se retiraient d’eux à cause de lui, et croyaient en Jésus.

Le lendemain[330], une foule nombreuse qui était venue pour la fête, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, prit des rameaux de palmiers, et alla au-devant de lui, en criant : Hosanna ! Béni soit le Roi d’Israël, qui vient au nom du Seigneur ! Et Jésus trouva un ânon, et il s’assit dessus, selon ce qui est écrit : « Ne crains point, fille de Sion ; voici ton Roi qui vient, assis sur le petit d’une ânesse[331]. » Ses disciples ne connurent pas ceci d’abord ; mais quand Jésus fut glorifié, alors ils se souvinrent que ces choses étaient écrites de lui, et qu’ils les avaient accomplies à son égard[332]. Ceux donc qui étaient avec lui lorsqu’il appela Lazare du tombeau et le ressuscita d’entre les morts, lui rendaient témoignage[333]. C’est pourquoi aussi la foule 18. vint au-devant de lui, ayant appris qu’il avait fait ce miracle. Les Pharisiens se dirent donc entre eux : Vous voyez que nous ne gagnons rien[334] ; voilà que tout le monde va à lui.

20 Or, parmi ceux qui étaient venus pour adorer en ces jours de fête, il y avait quelques Gentils[335]. Ils s’approchèrent de Philippe[336], qui était de Bethsaïde en Galilée[337], et le prièrent, disant : Seigneur, nous voudrions voir Jésus[338]. Philippe le vint dire à André ; et André et Philippe le dirent à Jésus. Jésus leur répondit : L’heure est venue où le Fils de l’homme va être glorifié[339]. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de froment qui tombe dans la terre ne meurt, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit[340]. Celui qui aime sa vie[341], la perdra[342] ; et celui qui hait sa vie en ce monde[343], la 26. conservera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut être mon serviteur, qu’il me suive[344], et où je suis[345], là sera aussi mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera[346]. Maintenant mon âme est troublée[347], et que dirai-je[348] ? Mon Père, sauvez-moi de cette heure[349]. Mais c’est pour cela que je suis arrivé à cette heure[350]. Mon Père, glorifiez votre nom. Et une voix vint du ciel : Je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore[351]. La foule qui était là, et qui avait entendu, disait : Le tonnerre gronde ; d’autres disaient : Un ange lui a parlé. Jésus répondit : Ce n’est pas pour moi que cette voix est venue, mais à cause de vous. C’est maintenant le jugement du monde ; c’est maintenant que le Prince de ce monde sera jeté dehors[352]. Et moi, quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi[353]. (Ce qu’il disait, pour marquer de quelle mort il devait mourir). La foule lui répondit : Nous avons appris par la Loi que le Christ[354] demeure éternellement : comment donc dites-vous : Il faut que le Fils de l’homme soit élevé[355] ? Quel est ce Fils de l’homme[356] ? Jésus leur dit : La lumière est encore pour un peu de temps au milieu de vous. Marchez, pendant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous surprennent point : celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va[357]. Pendant que vous avez la lumière, croyez-en la lumière, afin que vous soyez des enfants de lumière. Jésus dit ces choses, puis il s’en alla, et se cacha d’eux[358].

Mais, quoiqu’il eût fait tant de prodiges devant eux, ils ne croyaient point en lui : afin que fût accompli l’oracle du prophète Isaïe, qui a dit : « Seigneur, qui a cru à notre parole ? Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé[359] ? » Ils ne pouvaient donc croire[360], parce qu’Isaïe a dit encore : « Il a aveuglé leurs yeux et endurci leur cœur, de peur qu’ils ne voient des yeux, et ne comprennent du cœur, et qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse[361]. » Isaïe dit ces choses, lorsqu’il vit sa gloire[362], et qu’il parla de lui. Cependant plusieurs d’entre les Princes mêmes crurent en lui ; mais, à cause des Pharisiens, ils ne le confessaient pas, de peur d’être chassés de la synagogue. Car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu.

44 Or Jésus éleva la voix et dit : Celui qui croit en moi, ne croit pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé ; et qui me voit[363], voit celui qui m’a envoyé. Moi, qui suis la lumière, je suis venu dans le monde, afin que quiconque croit en moi, ne demeure point dans les ténèbres. Que si quelqu’un entend ma parole, et ne la garde point, moi je ne le juge pas ; car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. Qui me méprise et ne reçoit pas ma parole, il a qui le juge[364] : la parole même que j’ai annoncée le jugera au dernier jour. Car je n’ai point parlé de moi-même ; mais mon Père, qui m’a envoyé, lui-même m’a prescrit ce que je dois dire et ce que je dois enseigner[365]. Et je sais que son commandement est la vie éternelle[366]. Les choses donc que je dis, je les dis comme mon Père me les a enseignées.



CHAPITRE XIII


DERNIÈRE CÈNE ; LAVEMENT DES PIEDS. — TRAHISON DE JUDAS PRÉDITE. — COMMANDEMENT NOUVEAU. — JÉSUS PRÉDIT A PIERRE SON TRIPLE RENONCEMENT.


Avant le jour de la Pàque[367], Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin[368]. Et quand se fit le souper[369], lorsque déjà le diable avait mis dans le cœur de Judas, fils de Simon Iscariote, de le trahir, Jésus, sachant que son Père avait tout remis entre ses mains[370], et qu’il était sorti de Dieu[371] et s’en retournait à Dieu[372], se leva[373] de table, déposa son manteau, et ayant pris un linge, il se ceignit. Ensuite il mit de l’eau dans un bassin et commença à laver les pieds de ses disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vint donc à Simon-Pierre[374] ; et Pierre lui dit : Quoi, vous, Seigneur, vous me lavez les pieds ? Jésus lui répondit : Ce que je fais[375], tu ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras plus tard. Pierre lui dit : Jamais vous ne me laverez les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave[376], tu n’auras point de part avec moi. Simon Pierre lui dit : Seigneur, non-seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. Jésus lui dit : Celui que le bain a déjà purifié n’a besoin que de laver ses pieds ; il est pur dans tout son corps[377]. Et vous aussi, vous êtes purs, mais non pas tous. Car il savait qui était celui qui le trahirait ; c’est pourquoi il dit : Vous n’êtes pas tous purs. Après qu’il leur eut lavé les pieds et qu’il eut pris son manteau, s’étant remis à table, il leur dit : Comprenez-vous ce que je vous ai fait[378] ? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres[379]. Car je vous ai donné l’exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi[380]. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son Maître, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. Si vous comprenez ces choses, vous serez heureux en les pratiquant. Je ne dis pas ceci[381] de vous tous, je connais ceux que j'ai choisis ; mais il faut que cette parole de l’Écriture s’accomplisse[382] : « Celui qui mange le pain avec moi, lèvera le pied contre moi[383]. » Je vous le dis dès maintenant, avant que la chose n’arrive, afin que, lorsqu’elle sera arrivée, vous croyiez à ce que je suis. En vérité, en vérité, je vous le dis : Quiconque reçoit celui que j’aurai envoyé, me reçoit, et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé[384].

Lorsqu’il eut dit ces choses, Jésus se troubla en son esprit ; et il parla ouvertement, et dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, un de vous me trahira[385]. Les disciples donc se regardaient l’un l’autre, incertains de qui il parlait. Or, un des disciples était couché sur le sein de Jésus, celui que Jésus aimait[386]. Simon Pierre lui fit signe et lui dit[387] : Qui est celui dont il parle ? C’est pourquoi ce disciple, s’étant penché sur le sein de Jésus, lui dit[388] : Seigneur, qui est-ce ? Jésus lui répondit : C’est celui à qui je présenterai du pain trempé. Et ayant trempé du pain[389], il le donna à Judas Iscariote, fils de Simon. Et à la suite de ce morceau Satan entra en lui[390] ; et Jésus lui dit : Ce que tu fais, fais-le vite[391]. Aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela. Car quelques-uns pensaient que Judas ayant la bourse, Jésus lui avait dit : Achète ce dont nous avons besoin pour la fête, ou : Donne quelque chose aux pauvres. Judas ayant donc pris le morceau de pain, sortit aussitôt[392]. Or il était nuit[393].

Lorsqu’il fut sorti, Jésus dit : Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui[394]. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même[395], et bientôt il le glorifiera. Mes petits enfants[396], je ne suis plus avec vous que pour un peu de temps. Vous me chercherez, et, comme j’ai dit aux Juifs : Où je vais, vous ne pouvez venir, je vous le dis aussi maintenant. Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres, et, comme je vous ai aimés, de vous aimer aussi les uns les autres[397]. En cela tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.

36 Simon Pierre lui dit : Seigneur, où allez-vous ? Jésus répondit : Où je vais[398], tu ne peux me suivre à présent ; mais tu me suivras un jour. Pierre lui dit : Pourquoi ne puis-je pas vous suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour vous. Jésus lui répondit : Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera point que tu ne m’aies renié trois fois.


CHAPITRE XIV


DISCOURS APRÈS LA CÈNE : JÉSUS-CHRIST EXHORTE SES DISCIPLES A LA CONFIANCE EN SON PÈRE ET EN LUI. — IL LEUR PROMET DE LEUR DONNER UNE PUISSANCE ÉGALE A LA SIENNE, ET DE LEUR ENVOYER LE SAINT-ESPRIT. — ADIEUX.


Que votre cœur ne se trouble point. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi[399]. Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père ; s’il en était autrement, je vous l’aurais dit. Je vais vous préparer une place[400]. Et lorsque je m’en serai allé et vous aurai préparé une place, je reviendrai[401], et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous soyez aussi. Où je vais, vous le savez, et vous savez la voie[402]. Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où vous allez, et comment pouvons-nous savoir la voie ? Jésus lui dit : Je suis la voie, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi[403]. Si vous m’aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père ; et bientôt vous le connaîtrez, et vous l'avez vu[404]. Philippe lui dit : Seigneur, montrez-nous le Père, et cela nous suffit. Jésus lui répondit : Il y a longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas[405] ? Philippe, celui qui me voit, voit aussi le Père. Comment dis-tu : Montrez-nous le Père[406] ? Ne croyez-vous[407] pas que je suis dans mon Père, et que mon Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais le Père qui demeure en moi fait lui-même les œuvres que je fais[408]. Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père, et que mon Père est en moi ? Du moins croyez en moi à cause de mes œuvres[409].

En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi, les œuvres que je fais, il les fera aussi, et il en fera de plus grandes : parce que je vais à mon Père[410]. Et tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils[411]. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. Si vous m’aimez, gardez mes commandements[412].

16 Et moi je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il demeure toujours avec vous[413], l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point[414] ; mais vous, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera au milieu de vous, et sera en vous[415]. Je ne vous laisserai point orphelins ; Je viendrai à vous[416]. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez, parce que je vis, et que vous vivrez aussi[417]. En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis dans le Père, et vous en moi, et moi en vous[418]. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai aussi, et je me manifesterai à lui[419]. Judas[420], non pas l’Iscariote, lui dit : Seigneur, comment se fait-il que vous vous manifestez à nous, et non au monde ? Jésus lui répondit[421] : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. Celui qui ne m’aime point, ne garde point mes commandements. Et la parole que vous avez entendue n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé, du Père[422]. Je vous ai dit ceci, demeurant avec vous. Mais le Paraclet, l’Esprit-Saint, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit[423].

27 Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas comme la donne le monde, que moi je vous la donne[424]. Que votre cœur ne se trouble point et ne s’effraye point. Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi[425]. Et je vous le dis maintenant avant que cela arrive[426], afin que quand ce sera arrivé vous croyiez. Je ne vous parlerai plus guère, car le Prince de ce monde vient[427], et il n’a rien en moi[428]. Mais afin que le monde connaisse que j’aime mon Père, et que, selon le commandement que mon Père m’a donné, ainsi je fais, levez-vous, sortons d’ici[429].


CHAPITRE XV


SUITE DU DISCOURS APRÈS LA CÈNE : PARABOLE DE LA VIGNE ET DES SARMENTS. — EXHORTATION A DEMEURER DANS LA CHARITÉ ET L’UNION AVEC JÉSUS-CHRIST. — HAINE ET PERSÉCUTION DU MONDE INCRÉDULE.


Je suis la vraie vigne[430], et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi, il le retranchera ; et celui qui porte du fruit, il l’émondera, afin qu’il en porte davantage. Déjà vous êtes purs à cause des paroles que je vous ai dites[431]. Demeurez en moi, et moi en vous. Comme le sarment ne peut porter de fruit de soi-même, s’il ne demeure uni à la vigne, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, portera beaucoup de fruit : car sans moi vous ne pouvez rien faire. Celui qui ne demeure pas en moi sera jeté dehors comme le sarment, et il séchera ; on le[432] ramasse, et on le jette au feu, et il brûle. Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et il vous sera accordé. C’est la gloire de mon Père que vous s portiez beaucoup de fruit, et que vous deveniez mes disciples[433].

9 Comme mon Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour[434]. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi-même j’ai gardé les commandements de mon Père[435], et je demeure dans son amour. Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit pleine[436]. Ceci est mon commandement[437]. que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Nul ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis[438]. Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés mes amis, parce que tout ce que j’ai entendu du Père, je vous l’ai fait connaître[439]. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis, pour que vous alliez et rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure, en sorte que tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donne[440]. Je vous commande ceci, de vous aimer les uns les autres.

18 Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait[441]. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite[442] : « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. » S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. Mais ils vous feront tout cela à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent point celui qui m’a envoyé. Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse point parlé, ils n’auraient point de péché[443] ; mais maintenant ils n’ont point d’excuse de leur péché. Celui qui me hait, hait aussi mon Père. Si je n’avais point fait parmi eux des œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient point de péché ; mais maintenant ils ont vu, et ils me haïssent, moi et mon Père, afin que soit accomplie la parole qui est écrite dans leur loi : « Ils m’ont haï sans sujet[444]. » Mais lorsque sera venu le Paraclet que je vous enverrai du sein du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi[445]. Et vous aussi vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi dès le commencement[446].


CHAPITRE XVI


SUITE DU DISCOURS APRÈS LA CÈNE : JÉSUS-CHRIST ANNONCE A SES APÔTRES LES PERSÉCUTIONS QUI LES ATTENDENT, ET LES CONSOLE PAR LA PROMESSE QU’ILS RECEVRONT L’ESPRIT-SAINT.


Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez point scandalisés. Ils vous chasseront des synagogues : et l’heure vient où quiconque vous fera mourir, croira faire à Dieu une offrande agréable. Et ils vous traiteront ainsi, parce qu’ils ne connaissent ni mon Père, ni moi. Mais je vous ai dit ces choses, afin que, lorsqu’en sera venue l’heure, vous vous souveniez que je vous les ai dites. Je ne vous les ai pas dites dès le commencement, parce que j’étais avec vous.

5 Et maintenant[447] je m’en vais à celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : Où allez-vous ? Mais parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. Cependant je vous dis la vérité : il vous est bon que je m’en aille ; car, si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra point à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai[448]. Et lorsqu’il sera venu, il convaincra le monde en ce qui touche le péché, la justice et le jugement : le péché, parce qu’ils n’ont pas cru en moi ; la justice[449], parce que je m’en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus ; le jugement[450], parce que le Prince de ce monde est déjà jugé.

12 J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez les porter à présent. Mais, lorsque sera venu cet Esprit de vérité, il vous enseignera toute vérité. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et vous annoncera les choses à venir[451]. Il me glorifiera[452], parce qu’il recevra de ce qui est à moi[453], et vous l’annoncera. Tout ce qu’a le Père est à moi. C’est pourquoi j’ai dit : Il recevra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera.

Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je vais à mon Père[454]. Sur quoi ses disciples se disaient l’un à l’autre : Qu’est-ce qu’il nous dit : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je vais à mon Père ? Ils disaient donc : Qu’est-ce qu’il dit : Encore un peu de temps ? Nous ne savons ce qu’il veut dire. Jésus, connaissant qu’ils voulaient l’interroger, leur dit : Vous vous questionnez l’un l’autre sur ce que j’ai dit : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, et le monde se réjouira[455], tandis que vous serez dans la tristesse ; mais votre tristesse se changera en joie[456]. Une femme, lorsqu’elle enfante, a de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus des douleurs à cause de la joie, parce qu’un homme est né dans le monde. Vous donc aussi, vous avez maintenant de la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau[457], et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie. Et en ce jour-là, vous ne m’interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera[458]. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé sien mon nom : demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit pleine[459]. Je vous ai dit ces choses en paraboles[460]. Vient l’heure où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous parlerai ouvertement de mon Père. En ce jour, vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis point que je prierai mon Père pour vous[461]. Car mon Père vous aime lui-même, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père[462], et je suis venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde, et je vais au Père. Ses disciples lui dirent : Voilà que vous parlez ouvertement et sans vous servir d’aucune parabole[463]. A présent nous voyons que vous savez toutes choses, et qu’il n’est pas besoin que personne vous interroge[464] : à cause de cela nous croyons que vous êtes sorti de Dieu. Jésus leur répondit : Vous croyez maintenant[465] ? Voici que vient l’heure, et déjà elle est venue, où vous serez dispersés chacun de votre côté, et où vous me laisserez seul : et je ne suis pas seul, parce que mon Père est avec moi. Je vous ai dit ces choses afin que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez des tribulations ; mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde[466].


CHAPITRE XVII


JÉSUS PRIE POUR SA GLORIFICATION (VERS. 1-5), POUR SES DISCIPLES (VERS. 6-19), ET POUR TOUS LES FIDÈLES (VERS. 20-26).


Ayant ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel et dit : Mon Père, l’heure est venue, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie[467], puisque vous lui avez donné puissance sur toute chair, afin qu’à tous ceux que vous lui avez donnés, il donne la vie éternelle. Or la vie éternelle, c’est qu’ils vous connaissent, vous le seul Dieu véritable, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ[468]. Je vous ai glorifié sur la terre, j’ai consommé[469] l’œuvre que vous m’avez donnée à faire. Et maintenant, mon Père, glorifiez-moi en vous-même de la gloire que j’ai eue en vous avant que le monde fût[470]. J’ai manifesté votre nom aux hommes que vous m’avez donnés du monde. Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés : et ils ont gardé votre parole[471]. Ils savent à présent que tout ce que vous 8. m’avez donné vient de vous[472], parce que je leur ai donné les paroles que vous m’avez données ; et ils les ont reçues, et ils ont reconnu, comme il est vrai, que je suis sorti de vous. C’est pour eux que je prie. Je ne prie point pour le monde, mais pour ceux que vous m’avez donnés, parce qu’ils sont à vous[473]. Car tout ce qui est mien est vôtre, et tout ce qui est vôtre est mien : et j’ai été glorifié par eux[474]. Et bientôt je ne serai plus dans le monde, et eux sont dans le monde, et moi je vais à vous. Père saint, conservez dans votre nom ceux que vous m’avez donnés, afin qu’ils soient un comme nous[475]. Lorsque j’étais avec eux, je les conservais dans votre nom. J’ai gardé ceux que vous m’avez donnés, et pas un d’eux n’a péri, hors le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie[476]. Mais maintenant je viens à vous, et je dis ceci étant dans le monde, afin qu’ils aient en eux la plénitude de ma joie[477]. Je leur ai donné votre parole[478], et le monde les a eus en haine, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi non plus je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que vous les ôtiez du monde[479], mais que vous les gardiez du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi non plus je ne suis pas du monde[480]. Sanctifiez-les dans la vérité[481]. Votre parole est vérité. Comme vous m’avez envoyé dans le 18. monde, moi aussi je les ai envoyés[482] dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’eux aussi soient sanctifiés dans la vérité[483]. Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, par leur parole[484], croiront en moi, afin que tous ils soient un ; comme vous, mon Père, êtes un en moi, et moi en vous, qu’eux aussi soient un en nous, et qu’ainsi le monde croie que vous m’avez envoyé[485]. Et je leur ai donné la gloire que vous m’avez donnée[486], afin qu’ils soient un comme nous sommes un. Je suis en eux, et vous en moi, afin qu’ils soient consommés en un, et que le monde connaisse que vous m’avez envoyé, et que vous les avez aimés comme vous m’avez aimé[487]. Mon Père, ceux que vous m’avez donnés, je veux que là où je suis, ils soient avec moi, afin qu’ils voient ma gloire que vous m’avez donnée, parce que vous m’avez aimé avant la création du monde[488]. Père juste, le monde ne vous a pas connu ; mais moi je vous ai connu, et ceux-ci ont connu[489] que vous m’avez envoyé. Et je leur ai fait connaître votre nom, et le leur ferai connaître, afin que l’amour dont vous m’avez aimé soit en eux, et que moi je sois en eux[490].


CHAPITRE XVIII


JÉSUS AU JARDIN. IL EST PRIS ET CONDUIT A ANNE (Matth. xxvi, 47 sv. ; Marc, xiv, 43 sv. ; Luc, xxii, 47 sv.). — PIERRE LE RENIE (ibid.). — JÉSUS DEVANT PILATE ; BARRABAS.


Après ce discours, Jésus sortit du cénacle avec ses disciples, et s’en alla au delà du torrent de Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples[491]. Judas, qui le trahissait, connaissait aussi ce lieu, parce que Jésus y venait souvent avec ses disciples. Ayant donc pris une cohorte[492] et des satellites des Pontifes et des Pharisiens, il vint là avec des lanternes, des torches et des armes. C’est pourquoi Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, s’avança[493] et leur dit : Qui cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. C’est moi, leur dit Jésus. Or Judas, qui le trahissait, était aussi avec eux. Lors donc qu’il leur dit : C’est moi, ils furent renversés et tombèrent par terre. Il leur demanda encore une fois : Qui cherchez-vous ? Ils lui dirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur répondit : Je vous l’ai dit, c’est moi ; si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci[494] : afin que fût accomplie la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que vous m’avez donnés[495]. » Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, et frappant le serviteur du Grand-Prêtre, lui coupa l’oreille droite : et ce serviteur s’appelait Malchus. Jésus dit à Pierre : Remettez votre épée dans le fourreau. Le calice que mon Père m’a donné, ne le boirai-je donc point ?

12 Alors la cohorte, le tribun et les satellites des Juifs[496] se saisirent de Jésus et le lièrent ; et ils l’emmenèrent d’abord chez Anne parce qu’il était le beau-père de Caïphe[497], lequel était grand-prêtre cette année-là. Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : Il est expédient qu’un homme meure pour le peuple.

15 Cependant Simon Pierre suivait Jésus, ainsi qu’un autre disciple[498], et ce disciple étant connu du Grand-Prêtre entra avec Jésus dans la cour du Grand-Prêtre. Mais Pierre demeura à la porte. L’autre disciple, qui était connu du Grand-Prêtre[499], sortit donc, et parla à la portière, et elle fit entrer Pierre. Cette servante, qui gardait la porte, dit à Pierre : Êtes-vous aussi des disciples de cet homme ? Il répondit : Je n’en suis point. Les serviteurs et les satellites étaient rangés autour d’un brasier, parce qu’il faisait froid, et se chauffaient ; et Pierre aussi était debout parmi eux, se chauffant.

19 Le Grand-Prêtre interrogea donc Jésus touchant sa doctrine. Jésus lui répondit : J’ai parlé publiquement au monde ; j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent, et je n’ai rien dit en secret. Pourquoi m’interrogez-vous ? Interrogez ceux qui ont entendu ce que je leur ai dit ; ils savent ce que j’ai enseigné. Après qu’il eut dit cela, un des satellites, là présent, donna un soufflet à Jésus, disant : Est-ce ainsi que tu réponds au Grand-Prêtre ? Jésus lui répondit : Si j’ai mal parlé, montrez ce que j’ai dit de mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ? (Anne l’avait envoyé lié devant Caïphe le Grand-Prêtre)[500]. Or Simon Pierre était debout se chauffant. Ils lui dirent : N’êtes-vous pas aussi de ses disciples ? Il le nia et dit : Je n’en suis point. Un des serviteurs du Grand-Prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, lui dit : Ne vous ai-je point vu avec lui dans le jardin ? Pierre le nia de nouveau, et aussitôt le coq chanta. Ils amenèrent Jésus de chez Caïphe dans le prétoire. C’était le matin ; et eux n’entrèrent point dans le prétoire, afin de ne point se souiller et de pouvoir manger la Pâque[501]. Pilate donc vint à eux dehors, et leur dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme[502] ? Ils lui répondirent : Si ce n’était point un malfaiteur, nous ne vous l’aurions pas livré. Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre Loi. Les Juifs lui répondirent : Il ne nous est pas permis de mettre personne à mort[503] : afin que fût accomplie la parole que Jésus avait dite, touchant la mort dont il devait mourir[504]. Pilate étant donc rentré dans le prétoire, appela Jésus, et lui dit : Êtes-vous le roi des Juifs[505] ? Jésus répondit : Dites-vous cela de vous-même, ou d’autres vous l’ont-ils dit de moi ? Pilate répondit : Est-ce que je suis Juif[506] ? Votre nation et vos prêtres vous ont livré à moi : qu’avez-vous fait ? Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde[507] ; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient pour que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant[508] mon royaume n’est pas d’ici. Alors Pilate lui dit : Vous êtes donc roi ? Jésus répondit : Vous le dites, je suis roi[509]. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité : quiconque est de la vérité[510] écoute ma voix. Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Et ayant dit cela, il sortit encore pour aller vers les Juifs, et leur dit : Je ne trouve en lui aucun crime. Mais c’est la coutume que je vous accorde à la fête de Pâque la délivrance d’un criminel : voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs[511] ? Alors ils crièrent de nouveau tous ensemble : Pas celui-ci, mais Barabbas. Or Barabbas était un voleur.


CHAPITRE XIX


VAINS ESSAIS DE PILATE POUR SAUVER JÉSUS. — CRUCIFIEMENT. — MARIE AU PIED DE LA CROIX. — MORT DE JÉSUS, SA SÉPULTURE.


Alors Pilate prit Jésus, et le fit battre de verges[512]. Et les soldats ayant tressé une couronne d’épines la mirent sur sa tête, et le revêtirent d’un manteau d’écarlate[513]. Et venant à lui, ils disaient : Salut, roi des Juifs ; et ils le souffletaient[514]. Pilate sortit de nouveau et dit aux Juifs : Voici que je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime. Jésus sortit donc, portant la couronne d’épines et le manteau d’écarlate ; et Pilate leur dit : Voilà l’homme[515]. Les Princes des prêtres et les satellites l’ayant vu, crièrent : Crucifiez-le, crucifiez-le. Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez ; car moi je ne trouve pas de crime en lui. Les Juifs lui répondirent : Nous avons une loi, et selon cette loi[516] il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. Ayant entendu ces paroles, Pilate fut plus effrayé[517]. Et rentrant dans le prétoire, il dit à Jésus : D’où êtes-vous ? Mais Jésus ne lui fit aucune réponse[518]. Pilate lui dit donc : Vous ne me parlez point. Ignorez-vous que j’ai le pouvoir de vous crucifier et le pouvoir de vous délivrer ? Jésus répondit : Vous n’auriez sur moi aucun pouvoir, s’il ne vous était donné d’en haut. C’est pourquoi le péché de celui qui m’a livré à vous est plus grand[519]. De ce moment Pilate cherchait à le délivrer. Mais les Juifs criaient : Si vous le délivrez, vous n’êtes point ami de César ; car quiconque se fait roi, se déclare contre César[520]. Pilate, ayant entendu ces paroles, fit amener Jésus dehors, et il s’assit sur le tribunal, au lieu appelé en grec Lithostrotos, et en hébreu Gabbatha[521]. C’était le jour de la Préparation de la Pâque[522], vers la sixième heure[523] ; et il dit aux Juifs : Voilà votre roi[524]. Mais eux criaient : Qu’il meure ! qu’il meure ! Crucifiez-le. Pilate leur dit : Crucifierai-je votre roi ? Les Princes des prêtres répondirent : Nous n’avons de roi que César[525]. Alors il le leur livra pour être crucifié[526].

17 Et ils prirent Jésus et l’emmenèrent. Et, portant sa croix, il vint au lieu nommé Calvaire, en hébreu Golgotha[527], où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate fit aussi une inscription, et la fit mettre au haut de la croix ; il y était écrit : Jésus de Nazareth, le roi des Juifs[528]. Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, parce que le lieu où Jésus fut crucifié était près de la ville, et qu’elle était écrite en hébreu, en grec et en latin[529]. Les Princes des prêtres des Juifs dirent donc à Pilate : N’écrivez point : Le roi des Juifs, mais que lui-même a dit : Je suis le roi des Juifs. Pilate répondit : Ce qui est écrit est écrit[530].

23 Les soldats, après l’avoir crucifié, prirent ses vêtements (et ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat) et sa tunique. C’était une tunique sans couture, d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas. Ils se dirent donc entre eux : Ne la divisons point, mais tirons au sort à qui elle sera : afin que s’accomplît cette parole de l’Écriture : « Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort. » C’est ce que firent les soldats.

25 Debout près de la croix de Jésus étaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas[531], et Marie Madeleine. Jésus ayant donc vu sa mère, et, debout près d’elle, le disciple qu’il aimait, il dit à sa mère : Femme, voilà votre fils. Ensuite il dit au disciple : Voilà ta mère. Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui[532].

28 Après cela, Jésus sachant que tout était accompli, afin qu’une parole de l’Écriture[533] s’accomplît encore, il dit : J’ai soif. Il y avait là un vase plein de vinaigre ; les soldats emplirent une éponge, et l’environnant d’hysope, ils la présentèrent à sa bouche[534]. Jésus ayant pris le vinaigre, dit : Tout est consommé[535] ; et baissant la tête, il rendit l’esprit.

31 Comme c’était le jour de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix le jour du sabbat (car ce jour de sabbat était un grand jour), les Juifs prièrent Pilate qu’on leur rompît les jambes et qu’on les détachât[536]. Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes du premier, et de l’autre qui avait été crucifié avec lui. Étant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau[537]. Et celui qui l’a vu en rend témoignage, et son témoignage est vrai, et il sait qu’il dit vrai, afin que vous croyiez aussi[538]. Car ces choses ont été faites afin que cette parole de l’Écriture fût accomplie : « Vous ne briserez aucun de ses os[539]. » Et il est encore écrit ailleurs : « Ils verront celui qu’ils ont transpercé[540]. »

38 Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret, par crainte des Juifs, pria Pilate de lui permettre d’enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit[541]. Il vint donc, et enleva le corps de Jésus. Nicodème, qui était venu la première fois trouver Jésus de nuit, vint aussi, apportant une composition de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres[542]. Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent dans des linceuls[543] avec des aromates, selon que les Juifs ont coutume d’ensevelir. Au lieu où il avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne encore n’avait été mis[544]. Ils y mirent donc Jésus, parce que c’était le jour de la Préparation[545] et que le sabbat était proche.


CHAPITRE XX


RÉSURRECTION ET DIVERSES APPARITIONS DE JÉSUS-CHRIST (Matth. xxviii, 1 sv. Luc, xxiv, 1 sv.).


Le jour d’après le sabbat, premier jour de la semaine, dès le matin, avant que les ténèbres fussent dissipées, Marie Madeleine vint au sépulcre[546], et elle vit qu’on en avait ôté la pierre. Elle courut donc, et vint trouver Simon Pierre et cet autre disciple que Jésus aimait[547], et leur dit : Ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre, et nous ne savons où ils l’ont mis. Pierre sortit avec l’autre disciple, et ils vinrent au sépulcre. Ils couraient tous deux ensemble, et l’autre courut plus vite que Pierre[548], et arriva le premier au sépulcre. Et s’étant penché, il vit les linceuls posés à terre ; mais il n’entra pas. Simon Pierre, qui le suivait, arriva ensuite, et entra dans le sépulcre, et vit les linges posés à terre, et le suaire qui couvrait sa tête, non posé avec les linges, mais plié en un lieu à part. Alors l’autre disciple qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi ; et il vit, et il crut[549] : car ils n’avaient pas encore compris ce que dit l’Écriture, qu’il fallait qu’il ressuscitât d’entre les morts[550]. Les disciples donc s’en retournèrent chez eux.

11 Mais Marie[551] se tenait dehors près du sépulcre, versant des larmes ; et en pleurant elle se pencha, et regarda dans le sépulcre ; et elle vit deux anges vêtus de blanc, là où avait été mis le corps de Jésus, l’un à la tête, l’autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleurez-vous ? Elle leur dit : Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis. Ayant dit cela, elle se retourna, et vit Jésus debout ; et elle ne savait pas que c’était Jésus[552]. Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleurez-vous ? Qui cherchez-vous ? Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, et je l’emporterai[553]. Jésus lui dit : Marie. Elle, se retournant, lui dit : Rabboni, c’est-à-dire Maître[554]. Jésus lui dit : Ne me touchez point, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père. Mais allez à mes frères[555], et dites-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu. Marie-Madeleine vint aux disciples, disant : J’ai vu le Seigneur, et il m’a dit cela.

19 Sur le soir du même jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où les disciples se trouvaient rassemblés étant fermées de peur des Juifs, Jésus vint, et debout au milieu d’eux[556], il leur dit : La paix soit avec vous. Ce qu’ayant dit, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur[557]. II leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. Comme mon Père vous a envoyés, moi aussi je vous envoie[558]. Ayant dit ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit-Saint[559]. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus[560].

24 Or Thomas, un des Douze, appelé Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint[561]. Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit : Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et ne mets mon doigt à la place des clous, et ma main dans son côté, je ne croirai point. Huit jours après, ses disciples étant encore dans le même lieu[562], et Thomas avec eux, Jésus vint, les portes fermées, et debout au milieu d’eux, il leur dit : La paix soit avec vous. Puis il dit à Thomas : Mets ton doigt là, et vois mes mains ; approche ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais fidèle. Thomas lui répondit[563] : Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit : Parce que tu as vu, Thomas, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont point vu, et qui ont cru[564] !

30 Jésus fit encore devant ses disciples beaucoup de miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre[565]. Mais ceux-ci sont écrits, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, croyant, vous ayez la vie en son nom.


CHAPITRE XXI


JÉSUS APPARAIT A SES DISCIPLES PRÈS DE LA MER DE TIBÉRIADE. — PIERRE, SUPRÊME PASTEUR. — IL INTERROGE JÉSUS-CHRIST AU SUJET DE SAINT JEAN. — CONCLUSION.


Après cela, Jésus apparut de nouveau à ses disciples près de la mer de Tibériade ; or il apparut ainsi. Simon Pierre et Thomas, appelé Didyme, et Nathanaël[566], qui était de Cana en Galilée, et les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples, étant ensemble, Simon Pierre leur dit : Je vais pêcher. Ils lui dirent : Nous allons aussi avec vous[567]. Ils sortirent donc et montèrent dans la barque ; et cette nuit-là ils ne prirent rien. Le matin venu, Jésus se tint sur le rivage : cependant ses disciples ne le reconnurent point. Jésus leur dit : Jeunes hommes, avez-vous du poisson ? Non, répondirent-ils. Il leur dit : Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent ; et ils ne pouvaient plus le tirer à cause de la multitude des poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C’est le Seigneur. Simon Pierre ayant entendu que c’était le Seigneur, se ceignit de sa tunique (car il était nu), et se jeta à la mer[568]. Les autres disciples vinrent dans la barque (car ils n’étaient éloignés de la terre que d’environ deux cents coudées), en tirant le filet plein de poissons. Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent des charbons allumés, et un poisson mis dessus, et du pain. Jésus leur dit : Apportez de ces poissons que vous venez de prendre. Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois grands poissons. Et quoiqu’il y en eût un si grand nombre, le filet ne se rompit point. Jésus leur dit : Venez, mangez. Et nul de ceux qui étaient assis n’osait lui demander : Qui êtes-vous ? sachant que c’était le Seigneur. Et Jésus vint, et prenant le pain, il leur en donna, et du poisson pareillement. Ce fut la troisième fois que Jésus apparut à ses disciples, depuis qu’il était ressuscité des morts[569].

15 Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de jean, m’aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Pierre fut contristé de ce que Jésus lui demandait pour la troisième fois : M’aimes-tu ; et il lui dit : Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis[570]. En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra, et te conduira où tu ne voudras pas[571]. — Il dit cela, indiquant par quelle mort il glorifierait Dieu[572]. — Et après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi[573]. Pierre, s’étant retourné, vit venir après lui le disciple que Jésus aimait, lequel, pendant la cène, reposa sur son sein, et dit : « Seigneur, qui est celui qui vous trahira[574] ? » Pierre donc, l’ayant vu, dit à Jésus : Seigneur, et à celui-ci qu’adviendra-t-il ? Jésus lui dit : Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne : que t’importe[575] ? Toi, suis-moi. Le bruit courut donc parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Et Jésus ne dit pas : Il ne mourra point ; mais : Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?

24 C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites ; et nous savons que son témoignage est vrai[576]. Jésus fit encore beaucoup d’autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde entier pût contenir les livres qu’il faudrait écrire[577].

  1. Les vers. 1-18 forment le prologue du quatrième Évangile ; on peut l’analyser ainsi :

    1° L’Évangéliste contemple le Verbe dans ses rapports avec Dieu : le Verbe est coéternel et consubstantiel au Père (vers. 1, 2).

    2° Dans ses rapports avec les créatures (vers. 3-13) : avec le monde en général (vers. 3) ; avec le monde moral, d’abord avec tous les hommes (vers. 4, 5, 9, 10), ensuite avec les Juifs (vers. 11-13).

    3° Il esquisse la venue du Verbe fait chair, et les fruits de l’Incarnation (vers. 14-18). Les vers. 6-8 sont une digression relative à saint Jean Baptiste.

    « Au commencement, dès l’origine des choses, il était ; il ne commençait pas, il était ; on ne le créait pas, on ne le faisait pas, il était. » Bossuet. Saint Jean marque ici l’éternité du Verbe. — Le Verbe, c’est-à-dire le Fils de Dieu, la deuxième des trois personnes divines. Voyez le mot Logos dans le Vocabulaire. — En Dieu. Les prépositions gr. et. lat. se rendraient plus littéralement par avec ou chez Dieu. Saint Jean marque ici la distinction des personnes entre le Verbe et le Père. Il dit Dieu, et non le Père, parce que, dans ce qui précède, il a dit le Verbe, et non le Fils. — Était Dieu. « Non-seulement le Verbe était avec Dieu, dit saint Cyrille, mais encore il était Dieu, afin que nous sachions qu’il est distinct du Père par la personnalité, et consubstantiel au Père par l’unité de nature. » Trois choses sont donc exprimées dans ce premier verset : l’éternité, la personnalité, et la divinité du Verbe.

  2. Résumé du premier verset. Saint Jean répète souvent les mêmes pensées pour les mieux inculquer.
  3. Saint Irénée appelle le Verbe la main de Dieu (Hær. iii, 21. Littér., par son moyen, avec son intervention (en lat. per, non a ou ab), ce qui indique que le Verbe n’est pas le seul et absolu créateur du monde, à l’exclusion du Père et du Saint-Esprit. Comp. Sagesse, xi, 18 ; Hébr. xi, 3 ; Ps. xxxii, 6.
  4. Saint Augustin et d’autres Pères ponctuent autrement : Et rien n’a été fait sans lui. Ce qui a été fait était vie en lui, vivait dans le Verbe par son idée et sa pensée éternelle. Cette interprétation est moins dans la génie de notre Évangéliste ; mais c’est à tort que saint Chrysostome l’appelle hérétique et dénuée de sens.
  5. Le Verbe est pour les hommes le principe de la vie et de la lumière dans l’ordre naturel et dans l’ordre surnaturel. Mais il est probable que par le mot vie, saint Jean entend surtout, ici comme ailleurs, la vie surnaturelle et divine qui commence ici-bas par la grâce, et se consomme au ciel par la gloire. Cette réflexion s’applique au mot lumière, dans le second membre.
  6. La vie, c’est-à-dire le Verbe, l’effet pour la cause. D’après le P. Patrizzi, il faudrait traduire : Et la lumière des hommes était la vie. Cette lumière, dit-il, est celle que le Verbe répand dans les âmes par sa doctrine, la lumière de la foi unie à la charité ; elle est le principe de la vie, soit de la grâce, soit de la gloire.
  7. Les ténèbres désignent ici, par métonymie, les hommes qui vivent dans l’ignorance des choses divines et dans le péché.
  8. La plupart ont refusé de la recevoir.

    Le vers. 5 doit-il s’entendre seulement des temps qui ont précéda l’incarnation, ou bien la pensée de l’Évangéliste embrasse-t-elle aussi la lumière du Verbe incarné ? Les interprètes ne sont pas d’accord. La même question se présentera pour les vers. 9-13.

  9. La pensée que la lumière du Verbe n’a pas été reçue rappelle à l’Évangéliste l’erreur des disciples de Jean-Baptiste, lesquels, refusant à Jésus le titre de Messie, le donnaient au Précurseur. De là cette digression (vers. 6-8) sur la mission de Jean-Baptiste.
  10. Au Verbe.
  11. Celui-là, le Verbe. Ce verset se rattache au vers. 4 et le rappelle, de même que le vers. 10 rappelle le vers. 5. Vraie n’est pas opposée à fausse ; ce mot signifie ici originelle, absolue, indépendante, non empruntée à une autre, par opposition à la lumière empruntée, puisée au foyer du Verbe, qui brilla dans certains sages du paganisme, dans les prophètes juifs et dans saint Jean-Baptiste.
  12. C’est-à-dire dès son entrée en ce monde, dès sa naissance. En grec le mot venant peut se rapporter à lumière, et l’on obtient ainsi un nouveau sens qui est préféré par le card. Tolet, et que ni Maldonat, ni D. Calmet, ni le P. Patrizzi ne rejettent.
  13. Le monde désigne ici les hommes pervers, attachés aux choses de la terre, et sans souci de Dieu. — Maldonat et quelques autres rapportent les vers. 10-13 aux manifestations du Verbe incarné : Comment, disent-ils, le monde aurait-il dû et pu, avant l’incarnation, connaître le Verbe ? Au contraire saint Chrysostome, saint Augustin, Ad. Maier, le P. Patrizzi, etc., pensent que jusqu’au vers. 14 il est uniquement question de l’activité du Verbe avant son incarnation ; et, avec Corn. Lapierre, ils répondent à Maldonat que saint Jean accuse le monde de n’avoir pas connu le Verbe, non comme Verbe (Fils de Dieu), mais comme Dieu créateur de l’univers (Rom. i, 19, 20).
  14. Le peuple juif (Eccli. xxiv, 5, 8, 9, 13, 15), si souvent rebelle à Moïse et aux Prophètes, et, ajoute Maldonat, hostile au Verbe incarné.
  15. Le pouvoir, l’aptitude, la faculté ; d’autres : la prérogative, l’honneur. — Dans la Bible on est fils de celui à qui l’on est uni par certains rapports, par exemple de ressemblance ; cette locution signifie donc ici : semblables à Dieu par la sainteté de la vie, et par-là même agréables à ses yeux et aimés de lui.
  16. Les Juifs étaient les enfants de Dieu (Exod. iv, 23 ; Is. i, 2, Osé. xi, 1) par-là même qu’ils faisaient partie de son peuple ; la génération naturelle leur donnait donc cette prérogative. Mais désormais la qualité d’enfants de Dieu sera attachée à deux conditions : la foi en Jésus-Christ, et la régénération, ou seconde naissance par le baptême (iii, 3 10).
  17. Et, particule continuative ; probative ou explicative, selon le card. Tolet, Maldonat, etc., qui rapportent les vers. 10-13 au Verbe incarné. — Il s’est fait. Nous avons vu plus haut ce que le Verbe était ; voici ce qu’il a été fait ; chair, c’est-à-dire homme : le mot chair exprime mieux l’abaissement et la condescendance du Verbe, et prouve contre les Docétes, que Notre-Seigneur avait un corps véritable. Jésus-Christ est donc Dieu et homme tout ensemble, ne formant toutefois qu’un seul Christ : la nature divine et la nature humaine subsistent en lui, non confondues, mais unies en une seule personne.
  18. Il a habité, en gr. comme tous une tente, allusion à l’habitation glorieuse de Jéhovah parmi les Juifs, soit au Sinai, soit dans le Tabernacle de l’alliance, soit dans le Temple. Ce que les Prophètes avaient annoncé du Messie, Dominateur, Ange de la nouvelle Alliance, qui devait paraître sur la terre et converser avec les hommes (Malach. iii, 1 ; Eccli. xxiv, 12, 13 ; Baruch, iii, 3, al.), est accompli.
  19. Jean et tous les Apôtres, ainsi que la plupart des Juifs contemporains du Sauveur, ont vu sa gloire, manifestée dans sa transfiguration, sa résurrection, son ascension, et en général dans ses enseignements et ses miracles.
  20. Qu’il s’agisse ici, non de la filiation divine par adoption, laquelle est commune à tous les enfants de Dieu ; mais d’une filiation infiniment plus excellente et propre à un seul, d’une filiation qui suppose l’unité de nature entre le Fils et le Père, c’est ce qu’indique le mot unique.
  21. Plein se rapporte au mot Verbe. La vérité, c’est la révélation parfaite, opposée aux révélations imparfaites de l’Anc. Testament ; la grâce, ce sont tous les bienfaits que l’incarnation a apportés aux hommes. Ces deux mots correspondent à la vie et la lumière du vers. 4, peut-être à la justice et à la foi de saint Paul.
  22. Ce verset, qui interrompt le récit, a la même intention et la même portée que les vers. 6-8. — Rend, pour rendait, présent historique, pour l'imparfait. — En grec, celui qui vient après moi. Saint Jean-Baptiste avait commencé à prêcher avant que Jésus, moins âgé de six mois que le Précurseur, entrât dans sa vie publique. — Sens : A la priorité d’origine et d’existence doit répondre dans le Fils de Dieu une priorité de rang et de puissance sur Jean-Baptiste. En d’autres termes : Jésus a été en son humanité glorifié au-dessus de Jean-Baptiste, parce que, par sa divinité, il est avant lui. Le P. Patrizzi et la plupart des modernes : A été fait ou est né (existait) avant moi, car il était antérieur à moi comme Verbe.
  23. L’Evangéliste reprend la parole. Plénitude, de grâce et de vérité. — Et, savoir. — Grâce sur grâce, forme hébr. du superlatif, c’est-à-dire une grande abondance de grâces. Patrizzi avec la plupart des anciens : Grâce pour grâce, la grâce de la Loi nouvelle à la place de la Loi ancienne.
  24. Dans le Nouv. Testament, outre la Loi (la vérité), il y a la grâce, et c’est ce qui le rend si supérieur à l’Ancien Les Épîtres aux Romains et aux Galates ne sont que le développement de cette pensée.
  25. Saint Chrysostome : Moïse n’a jamais vu Dieu tel qu’il est en lui-même et dans son essence ; la révélation donnée par lui est donc imparfaite et inférieure à celle du Fils de Dieu. Patrizzi : Sans doute, aucun mortel n’a vu Dieu ; mais son Fils, qui est dans son sein, a révélé lui-même les hautes vérités renfermées dans ce Prologue. — La pensée de ce verset ne serait-elle pas que Jésus-Christ a mérité aux élus la vision intuitive, le bonheur de voir Dieu face à face et dans son essence ? — « Jamais personne n’a vu Dieu ; mais son Fils unique, qui est dans le sein de son Père, va nous découvrir le secret du sein paternel. Si Jésus-Christ n’était qu’une créature, Jean en aurait-il parlé ainsi ? Qui jamais a ainsi parlé, ou d’Elie, un si grand prophète, ou de Salomon, ou de David, de si grands rois, ou de Moïse lui-même ? Aussi n’étaient-ils tous que des serviteurs ; mais Jésus-Christ est le Fils unique (Hebr. m, 5, 6). S’il est éternellement dans le sein du Père, il ne peut pas être d’une nature inférieure ou dégénérante : autrement il avilirait, pour ainsi parler, le sein où il demeure. Abaissons-nous donc à ses pieds : c’est le seul moyen de nous élever. » Bossuet.
  26. Le P. Patrizzi compte huit témoignages rendus par Jean-Baptiste à N.-S. Le premier est raconté par les trois synoptiques (Matth. iii, 11, 12 ; Marc, i, 6-8 ; Luc, iii, 15-17), tous les autres par le 4e Évangile seulement (Jean i, 15 ; 19-23 ; 24-27 ; 29-31 ; 32-34 ; 35-36 ; iii, 23-31). Le 2e (Jean i, 15) nous paraît moins un témoignage proprement dit, que le résumé de tous les témoignages de Jean-Baptiste ; le 3e et le 4e ont eu lieu après le baptème de Jésus (an XXV de l'ère vulgaire, nov. ou décembre), pendant les 40 jours passés par lui au désert ; le 5e, le 6e et le 7e, quelques jours après sa sortie du désert ; le 8e enfin après la Pâque de l'an XXVI. Saint Jean ne raconte pas le baptême de N.-S. parce qu'il le suppose connu par les autres Évangiles. — Les Juifs, les membres du Sanhédrin. — La réponse de Jésus (vers. 20) indique que les envoyés lui demandèrent s’il était le Christ.
  27. Les Juifs attendaient alors, outre Élie (Matth. xi, 14 ; xvii, 12), un prophète annoncé par Moïse (Deuter. xviii, 15), le Messie selon la plupart, Jérémie selon quelques-uns (Matth. xvi, 14. Comp. II Macch. xv, 14). Le P. Patrizzi fait remarquer avec raison que toutes ces questions n’étaient sans doute pas adressées par les mêmes personnes.
  28. Chap. xl, 3.
  29. Le droit d’initier les Juifs, par le baptême de pénitence, à un nouvel état de choses, n’était reconnu qu’au Messie et à ses précurseurs. Voy. Baptême de Jean dans le Vocabulaire.
  30. Origène, qui ne voulait pas admettre d’autre Béthanie que le village voisin de Jérusalem (voy. Béthanie dans le Vocabulaire), propose de lire ici Béthabara. Il est probable que le lieu où Jean baptisait, sur la rive orientale du Jourdain, s’appela en même temps ou tour à tour de ces deux noms, qui ont à peu près la même signification étymologique : Béthanie, c’est-à-dire lieu du vaisseau ou de la barque ; Béthabara, c’est-à-dire lieu du passage.
  31. Allusion à la prophétie d’Isaïe, comparant le Messie, victime volontaire chargée des péchés de tous, à une brebis que l’on mène à la boucherie, ou à l’agneau qui se tait sous la main qui le dépouille de sa toison (un, 7, 12). Ad. Maier pense que Jean-Baptiste avait aussi en vue l’agneau pascal. Enfin Bossuet : « Tous les jours, soir et matin, on immolait dans le temple un agneau, et c’était là ce qu’on appelait le sacrifice continu ou perpétuel. Ce fut ce qui donna à Jean occasion de prononcer ces paroles. »
  32. Comment concilier ce passage (comp. vers. 33) avec Matth. iii, 13 sv, où il est clair que Jean-Baptiste connut Jésus lorsque celui-ci se présenta pour être baptisé ? — Jean-Baptiste n’avait jamais vu Jésus avant son baptême ; mais il l’attendait, puisque Dieu lui avait révélé d’avance le signe qui devait manifester le Messie : Celui sur qui tu verras, etc. (vers. 33). Lorsque Jésus parut devant le Précurseur, celui-ci, frappé de la majesté et de la douceur de son visage, et averti sans doute intérieurement par un mouvement semblable à celui qui l’avait fait tressaillir dans le sein de sa mère (Luc, i, 44), s’écria : « C’est moi qui dois être baptisé par vous (Matth. iii, 14), » etc. ; mais ce n’était pas là le signe annoncé de Dieu, signe, ou plutôt témoignage public destiné moins à convaincre Jean-Baptiste, qu’à montrer à tout le peuple le Christ envoyé de Dieu. Jusqu’à l’apparition de ce signe, le Précurseur pouvait dire qu’il ne connaissait pas Jésus d’une manière authentique.
  33. L’Évangéliste suppose connu ce qui est dit Marc, i, 10 ; Luc, iii, 22.
  34. André (vers. 40) et Jean ; ce dernier cache son nom par modestie.
  35. Environ quatre heures après midi. « Quelle délicieuse journée ils passèrent, s’écrie saint Augustin ! Quelle heureuse nuit ! Qui pourrait nous dire les choses qu’ils apprirent du Seigneur ? »
  36. Jean et André cherchèrent Pierre ; André le premier le trouva. S. Chrysostome.
  37. Jonas est le même nom que Jean, contracté. — Céphas, mot syriaque qui signifie pierre ou rocher. Comp. Matth. xvi, 18. — Ce qui est raconté ici se passa en Judée, et précède, par conséquent, les faits rapportés Matth. iv, 18 sv. Marc, i, 16 sv. A partir du vers 43, le lieu de la scène paraît être la Galilée.
  38. C’est-à-dire Don de Dieu, Théodore, nom propre de l’Apôtre Barthélémi, fils de Tholmaï, ou Ptolémée. Ce dernier nom ou surnom (nom patronymique) était plus en usage chez les Juifs.
  39. Gén. xlix, 10 ; Deut. xviii, 13, 18.
  40. Philippe pouvait ignorer encore que Jésus était né à Bethléem. Il est vrai que cette circonstance avait été prédite par Michée (v, 2) ; mais si la plupart des docteurs juifs entendaient ainsi les paroles de ce prophète (Jean, vii, 42), d’autres y attachaient une signification plus générale, savoir, que le Messie devait descendre de la famille de David, lequel était de Bethléem : comp. vii, 27. Ad. Maier.
  41. De ce passage est venue la locution bien connue : C’est un vrai Nathanaël, pour désigner un homme franc, droit et sans artifice.
  42. C’est à l’ombre des figuiers que les Orientaux aiment à méditer, à prier, à lire, à converser avec leurs amis. Nathanaël, sous son figuier, était-il en prière, lisait-il quelque prophétie relative au Messie ? Il est impossible de rien affirmer de certain à cet égard.
  43. Allusion à la vision de Jacob (Gèn. xxviii, 12). Ce patriarche vit le ciel ouvert et une échelle mystérieuse dont les anges montaient et descendaient les degrés, allant de la terre au ciel et du ciel à la terre : c’était un symbole des soins que la Providence devait prendre de lui pendant le voyage. De même, à partir de ce moment, comme porte le grec, le ciel sera comme ouvert pour le Messie, les anges seront à son service, il commandera en maître à la nature et opérera une foule de miracles avec une divine autorité.
  44. Trois jours après l’arrivée de Jésus en Galilée. — Cana, c’est-à-dire roseau, bourg à 8 lieues de Capharnaüm, et 5 de Tibériade, aujourd’hui Kéfer Kanna. Saint Jean ajoute en Galilée, non pour distinguer ce bourg d’un autre de même nom, mais pour en indiquer la situation à des lecteurs grecs. Les noces des personnes riches se célébraient pendant sept jours. Marie était sans doute parente de l’un des époux, car nous voyons par le vers. 12 que les fils de sa sœur (la femme de Cléophas), Jacques, Joseph, Simon et Jude, les frères du Seigneur, y furent aussi invités.
  45. Nommés à la fin du chap. i. Du silence de l’Évangéliste, saint Epiphane conjecture que S. Joseph était mort à cette époque.
  46. Cette locution est souvent employée dans la Bible pour mépriser, refuser ou reprendre ; mais sa force dépend des personnes et des circonstances : le ton de la voix, un sourire, pouvait en faire disparaître toute la sévérité. Quant au mot femme, dont Jésus se sert en parlant à Marie, on sait que les Grecs et les Orientaux l’employaient envers les personnes les plus honorables, et qu’il était chez eux l’expression du respect joint à la tendresse. Comp. Xénoph. Cyrop. VII, iii, 4 ; Dion. Cass. 51.
  47. En demandant un miracle à Jésus, dit saint Augustin, c’est à la divinité que Marie s’adresse, et le Sauveur répond en Dieu. Il veut faire comprendre aux convives qu’il opérerait ce prodige, non comme (ils de la femme, ni pour des considérations humaines, mais en qualité de Fils de Dieu, quand son heure, c’est-à-dire l’heure marquée par son Père, serait venue. Le vers, suivant montre que la sainte Vierge comprit très-bien la réponse de son Fils et n’en fut pas offensée.
  48. Ils s’y lavaient les mains avant les repas, y purifiaient les vases, etc. Comp. Marc, vii, 3.
  49. Propr. métrètes, mesure attique, qui correspondait à l’épha des Hébreux, et contenait 72 xestes ou setiers, environ 39 litres.
  50. Sa gloire, c’est-à-dire sa divinité. — Crurent en lui d’une foi plus ferme. — Le Verbe est vie et lumière : il se révèle ici comme vie ; et « montre, dit saint Augustin, que c’est lui qui, chaque année, fait la même chose dans le fruit de la vigne. »
  51. Voy. Frères de Jésus dans le Vocabulaire.
  52. Dans le parvis des Gentils. Voy. Matth. xxi, 12, note.
  53. Un fait semblable, mais postérieur, est raconté Matth. xxi, 12 ; Marc, xi, 15 ; Luc, xix, 45.
  54. Il traite avec plus de douceur ceux qui vendaient des colombes, offrandes ordinaires des pauvres.
  55. Ps. lxviii, 10.
  56. Probablement des membres du Sanhédrin, qu’on avait informés de ce qui s’était passé.
  57. Hérode le Grand fit rebâtir le temple de Zorobabel d’après le style grec, et consacra à cette restauration les neuf dernières années de son règne ; mais on y travailla encore après sa mort, et l’ouvrage ne fut complétement achevé que l’an LXIV après Jésus-Christ, sous Agrippa.
  58. Le corps en général est le domicile ou la maison de l’âme (Is. xxxviii, 12) ; le corps des chrétiens est le temple mystique de l’Esprit-Saint (I Cor. vi, 19) ; dans le corps de Jésus-Christ habitait, dit saint Paul (Col. ii, 9) la plénitude de la divinité.
  59. Par ex. Ps. xv, 10 ; Osée, vi, 3 ; Jon. ii, 1.
  60. Crurent qu’il était le Messie.
  61. Jésus connaissait ces esprits mobiles et inconstants, qui s’étaient fait les idées les plus fausses sur le royaume terrestre du Messie, et qui auraient pu, en le proclamant roi d’Israël, exciter une sédition contre les Romains. Ad Maier. Saint Cyrille et d’autres Pères remarquent que c’est un des attributs de la divinité de lire au fond des cœurs.
  62. Probablement par la crainte d’encourir la haine de ses collègues. Nicodème regardait Jésus, sinon comme le Messie, au moins comme un des prophètes préparateurs de sa venue. Adressa-t-il au Sauveur quelque demande passée sous silence par l’Évangéliste, comme la réponse de Jésus le ferait supposer ; ou bien cette réponse se rapporte-t-elle aux pensées ou aux désirs secrets du Pharisien ? On ne saurait le décider. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il désirait devenir membre du nouveau royaume de Dieu, et se figurait que, vu sa qualité, il y pouvait prétendre un des premiers.
  63. De nouveau. D’autres traduisent le grec, d’en haut, c’est-à-dire de Dieu : le sens général est le même. — Le royaume de Dieu ici, c’est ce que saint Jean appelle ailleurs la vie éternelle, la grâce en cette vie, et la gloire dans l’autre. Voir le royaume de Dieu, c’est y participer, en jouir. — La réponse de N.-S. offre un résumé de la doctrine chrétienne, en mettant surtout en relief les points rejetés par les gnostiques. 1° Doctrine du baptême : sa nécessité (vers. 3), sa nature (vers. 5), ses effets (vers. 6 sv.). 2° Doctrine de la foi : sa nécessité (vers. 9-12) ; son principal objet, l’incarnation et la rédemption (vers. 13 sv.) ; son obstacle, la malice du cœur (vers. 19 sv.).
  64. Ce passage est l’un de ceux dont l’Église nous a donné l’interprétation authentique (Conc. de Trente, sess. vii, de Bapt. can. 2). Il doit être entendu de la régénération dans le baptême, dont le signe visible est exprimé par les mots de l’eau, et la grâce invisible par les mots et du Saint-Esprit.
  65. Patrizzi : Cette régénération étant, non charnelle, mais spirituelle, elle n’exige pas que l’homme rentre dans le sein de sa mère (vers. 4). Klofutar : Il s’agit donc d’une régénération spirituelle ; d’ailleurs, une seconde génération charnelle, fût-elle possible, ne servirait de rien : ne renouvelant pas l’homme intérieur, elle ne saurait rendre digne du royaume de Dieu.
  66. Ne vous étonnez donc pas, etc., c’est-à-dire n’en doutez pas comme d’une chose impossible.
  67. Que de choses incompréhensibles dans la nature ! Le vent est invisible ; on ne sait d’où il vient, etc. ; mais le bruit qu’il fait révèle sa présence. Ainsi en est-il de la régénération ; on n’en connaît pas le mode, mais on peut en constater les effets. N.-S. choisit le vent pour terme de comparaison, parce que, dans les trois langues saintes, le même mot signifie vent et esprit.
  68. Savoir, que la régénération est opérée par le Saint-Esprit, qu’elle consiste dans le renouvellement de l’homme intérieur, et qu’elle sera un des caractères distinctifs de l’avénement du royaume du Messie (Deuter. xxx, 6 ; Ps. l, 12 ; Ezech. xxxvi, 26 ; Joël, ii, 28 : Is. xliv, 3).
  69. Pluriel d’autorité, dit Théophylacte. Patrizzi : Pour en comprendre la force, comp. viii, 16-19 al.
  70. Au pluriel, parce que N.-S. a en vue les Juifs en général.
  71. Comme la Trinité, la génération éternelle du Verbe, etc.
  72. Patrizzi : Vous ne pouvez pas attendre, sur ces mystères qui sont dans le ciel, d’autre témoignage que le mien ; car, etc. Ad. Maïer : Et cependant on doit me croire lorsque j’annonce ces mystères ; car aucun homme, pas même les Prophètes, n’est monté au ciel, c’est-à-dire n’a une science parfaite des choses célestes i connaître une chose obscure et secrète, c’est, dans le langage des Hébreux, monter au ciel : comp. Baruch, iii, 29 ; Deut. xxx, 12 ; Prov. xxx, 4), si ce n’est moi seul, qui ai puisé cette science à sa source dans le sein de Dieu, et qui suis descendu du ciel dans mon incarnation, sans cesser d’y être présent par ma divinité.
  73. Il faut, en vertu d’un décret divin. — Élevé en croix. Dieu ayant envoyé dans le camp des Israélites des serpents de feu, c’est-à-dire venimeux, Moïse fit élever un serpent d’airain en vue de tous, et ceux qui le regardaient étaient miraculeusement guéris. Ainsi tous les hommes, blessés à mort par l’antique Serpent, seront sauvés en jetant un regard de foi et d’amour sur Jésus élevé en croix. — La vie éternelle, ici, c’est la justification et l’union avec Jésus-Christ, la qualité de fils et d’héritier de Dieu, la grâce en cette vie, et la gloire dans l’autre.
  74. Dans les vers. qui suiv. (16-21), à ne considérer que la forme, c’est saint Jean qui parle ; mais le contenu a été dit équivalemment par N.-S. Quoique les termes soient choisis à dessein pour combattre les hérésies que saint Jean avait en vue, l’Évangéliste ne joue d’autre rôle que celui de pur interprète des pensées de son Maître.
  75. Dans le sens de condamner.
  76. Hébraïsme : c’est-à-dire, ne croit pas que le Christ est le Fils unique de Dieu.
  77. Nous sommes faits pour la lumière, nous n’aimons que la lumière, et pourtant, par un autre côté de notre être, côté vil et honteux, nous affectionnons les ténèbres et les amassons à plaisir autour de nous. C’est qu’il existe, entre la vérité et le devoir, une liaison qui fait que les questions de l’esprit sont aussi des questions du cœur. Chaque découverte en Dieu nous menace d’une vertu, d’un sacrifice de l’orgueil ou des sens ; la faiblesse et les passions viennent au secours de l’erreur et trop souvent lui procurent la victoire. Lacordaire.
  78. La vérité pratique, le bien. — En Dieu, selon Dieu, selon son bon plaisir, son inspiration. — Nicodème est nommé trois fois dans l’Évangile de saint Jean : à l’occasion, 1° de cette entrevue avec Notre-Seigneur ; 2° d’une réflexion qu’il fait en faveur de Jésus dans le Sanhédrin (vii, 50) ; 3° de la sépulture donnée au Sauveur par lui et Joseph d’Arimathie (six, 39). L’Évangéliste nous montre ainsi les progrès de la foi dans ce Pharisien, qui passe du désir à la parole, de la parole à l’action. Voy. xix, 39.
  79. Par ses disciples. Ce baptême était-il, comme celui de saint Jean, une simple préparation au royaume de Dieu ; ou bien était-ce le sacrement de baptême, remettant les péchés et conférant la grâce ? Les SS. Pères ne sont pas d’accord, mais saint Augustin, saint Cyrille, saint Thomas, Maldonat, Corn. Lapierre, D. Calmet, Ailloli, etc., embrassent le dernier sentiment.
  80. Ennon, ou mieux Aenon, c’est-à-dire les fontaines, pluriel chaldéen de Ain. Eusèbe et saint Jérôme placent Salim à huit milles au sud de Scythopolis ; d’autres en Judée (comp. iv, 3), soit près de l’embouchure du Jourdain, dans l’oasis de Jéricho, soit dans les montagnes, aux environs d’Hébron (comp. Jos. xv, 32).
  81. Allusion manifeste à Matth. iv, 12 ; Marc, i, 14.
  82. Beaucoup de Pères et les meilleurs manuscrits : et un Juif, qui avait sans doute reçu le baptême de Jésus.
  83. Je ne puis m’arroger une dignité plus grande (la dignité de Messie) que celle que Dieu m'a donnée.
  84. L’épouse, c’est le peuple juif, et ensuite tout le genre humain ; l’époux, c’est Jésus ; l’ami de l’époux, le paranymphe, qui conduit l’époux dans les bras de l’épouse, c’est Jean-Baptiste. — L’écoute, exécute ses ordres, dit Ad. Maier ; Corn. Lapierre : s’arrête devant la chambre nuptiale, et écoute les entretiens de l’époux et de l’épouse. — La voix de l’épouse, c’est-à-dire ses entretiens avec l’épouse, dit Corn. Lapierre ; sa voix joyeuse au milieu de la noce, dit Ad. Maier.
  85. Ce qui suit, à partir du vers. 31 (32 selon Patrizzi, 33 selon d’autres), est encore, pour le fond, le témoignage du Précurseur, mais exprimé dans le style propre au quatrième Évangéliste.
  86. Ce n’est pas naturellement, mais par révélation, qu’il peut parler des choses du ciel.
  87. Vers la fin de l’an 26 de l’ère vulgaire, peu de temps après l’emprisonnement de saint Jean-Baptiste (Matth. iv, 12). N.-S., dont l’heure n’était pas encore venue, craignait que le Sanhédrin n’imitât à son égard la conduite d’Hérode Antipas envers Jean-Baptiste.
  88. Il le fallait pour suivre la route la plus courte. En général les Juifs rigoristes évitaient cette route, aimant mieux faire le long détour de la Pérée que de s’exposer aux avanies des Samaritains ou de leur demander à boire ou à manger. Voy. Samaritains dans le Vocabulaire.
  89. Sichar, c’est-à-dire lieu du sépulcre, parce que les restes de Joseph rapportés de l’Égypte y étaient déposés. La plupart identifient Sichar et Sichem, l’ancienne capitale de la Samarie, restaurée par Vespasien, en l’honneur duquel elle s’appela Flavia Neapolis ou Néapolis, d’où son nom actuel de Naplouse. Mais l' Onomasticon les distingue, et nous croyons qu’au temps de N. -S, il existait, près du puits de Jacob, un lieu appelé Sichar, bâti sur les ruines de la partie méridionale de l’antique Sichem, laquelle, bien amoindrie alors, n’avait plus qu’une enceinte assez restreinte dans la partie septentrionale de la vallée, à deux ou trois kilomètres de Sichar.
  90. Gen. xxxiii, 19 ; Jos. xxiv, 32.
  91. Jacob passait pour l’avoir creusé. On montre encore aujourd’hui aux voyageurs le Bir-Yacoub, ou puits de Jacob, près du mont Garizim.
  92. La Vulg. ajoute sic, proprem. ainsi, c’est-à-dire ainsi fatigué, ou bien : sans façon, simplement, sur le bord extérieur du puits.
  93. Midi.
  94. Voy. Samaritains dans le Vocabulaire. Ces derniers mots sont-ils de la femme ou de l’Évangéliste ? Il est difficile, mais peu important, de le décider.
  95. Le don de Dieu, l’occasion favorable que Dieu vous donne de vous entretenir avec le Messie. — On pourrait traduire le grec en omettant le mot, peut-être. On devine ce qui se cache, dans la pensée du Sauveur, sous l’image d’une eau vive : ce sont tous les biens spirituels qu’il a apportés aux hommes, sa doctrine, ses sacrements, etc., par lesquels il donne aux âmes la vie de la grâce, et les prépare ainsi à la vie plus excellente de la gloire, la vie éternelle.
  96. Plus sage et plus habile.
  97. Il ne lui manquera rien ; toutes les aspirations de son intelligence et de son cœur seront satisfaites ; en possession du bien suprême, il n’aura point la soif fatigante et insatiable de ceux qui cherchent les richesses, les plaisirs des sens, les honneurs. Dans un autre sens, on lit au chap. xxiv de l’Ecclésiastique : « Ceux qui font de la Sagesse divine leur breuvage, auront encore soif. » Mais cette soif, qui a son principe, non dans la privation ou l’indigence, comme celle dont parle Notre-Seigneur, mais dans la délectation et le désir, s’allie très-bien avec la paix, dit sainte Thérèse, et ne cause à l’âme aucun trouble.
  98. C’est-à-dire, ayant la vertu de lui procurer la vie éternelle.
  99. Notre-Seigneur veut amener peu à peu cette femme à comprendre ses paroles et à le reconnaître pour le Messie.
  100. Elle se sert d’une expression ambiguë pour dissimuler le désordre de sa vie.
  101. Sa vie déréglée l’avait sans doute fait renvoyer successivement par ces cinq époux, et l’homme avec lequel elle vivait alors, n’était pas son époux légitime.
  102. De Garizim, que sans doute la Samaritaine montrait de la main. Adorer s’entend ici de tous les actes du culte public.
  103. Ce que semble désigner l’objet du culte, c’est-à-dire le vrai Dieu, dont les Samaritains d’alors n’avaient qu’une notion altérée. Mais, dit très-bien Maldonat, le contexte exige, malgré ce que les expressions ont d’insolite, qu’on entende ce que du lieu du culte (Kuinœl : selon ce que) : Vous, Samaritains, Tous ne savez pas pourquoi Vous adorez Dieu sur cette montagne ; Vous n’avez, pour justifier cet usage, aucun témoignage dont l’histoire fasse mention. Il n’en est pas ainsi de nous, etc. — Le salut, le Messie doit naître d’entre les Juifs, comme l’attestent la Loi et les Prophètes.
  104. Lui rendront un culte plus conforme à sa nature, c’est-à-dire consistant surtout en des actes intérieurs de foi, d’espérance et d’amour, des pensées humbles et saintes, des actions de grâces, etc. Et telle est la doctrine de l’Église catholique, qui regarde les cérémonies extérieures du culte comme de simples moyens — nécessaires, il est vrai, eu égard à la nature de l’homme, qui n’est pas seulement esprit — pour exciter ces dispositions dans ses enfants.
  105. Ils étaient revenus de Sichar avec des vivres (vers. 8).
  106. L’œuvre de la rédemption des hommes.
  107. Cette œuvre, il la compare à la semence qu’on jette en terre, et les Samaritains qui accouraient à lui en foule, à la moisson. On était alors en novembre ou décembre ; peut-être la vue d’un homme qui ensemençait son champ fournit-elle à Notre-Seigneur cette comparaison.
  108. Notre-Seigneur excite les Apôtres à travailler à cette moisson spirituelle par l’espoir d’une éternelle récompense. Celui qui sème, les Prophètes, Jean-Baptiste, et surtout Jésus-Christ. — Celui qui moissonne, les Apôtres, particulièrement Pierre et Jean (Act. viii, 5). Le contraire arrive souvent dans la moisson matérielle.
  109. Notre-Seigneur rappelle ce proverbe pour montrer la facilité de l’œuvre que les Apôtres doivent entreprendre. Ad. Maier.
  110. Ai envoyés, parfait prophétique, pour le futur (Matth. xxviii, 16-20). — Travaillé, c’est-à-dire semé.
  111. La véritable patrie de Jésus, né à Bethléem, n’était pas la Galilée ; on comprend néanmoins que saint Matthieu (xiii, 57) ait donné ce nom à Nazareth, où Notre-Seigneur fut élevé, et passa la plus grande partie de sa vie. D’autres, après en Galilée, sous-entendent : mais non à Nazareth.
  112. Hérode Antipas. Avec Ad. Maier, nous faisons rapporter le mot Capharnaüm à il y avait, et non à était malade.
  113. A Cana.
  114. Une heure après midi.
  115. « Que l’on puisse obtenir de Dieu et de l’Homme-Dieu, par la prière, des actes souverains qui n’auraient pas eu lieu sans la prière, cela me semble aussi manifeste que beau. Cela veut dire que l’homme, roi du monde, par son désir et sa volonté, lorsque désir et volonté s’appuient sur Dieu, est la plus grande des forces. Dieu, dites-vous, ne changera pas, sur votre demande, le cours de la nature, et ne détruira pas les lois que lui-même a posées. Cher élève de métaphysique, écoutez-moi. Lorsque ma main soulève une pierre, est-ce qu’elle détruit quelque loi ? Non, sans doute, mais elle superpose à la loi et à la force de l’attraction, qui subsiste sans nul dommage, une autre force soumise à d’autres lois, savoir, la force de mon corps vivant que gouverne ma volonté libre. Dieu fait de même lorsqu’il superpose, par un acte libre, sa force aux forces de la nature. » Gratry.
  116. Et par conséquent le premier qu’il fit à Capharnaüm ; ce qui indique qu’il n’avait pas encore été à Nazareth après son retour de Judée (Luc, iv, 23). Patrizzi.
  117. Saint Jean, dont le but est principalement dogmatique, passe ici sous silence plusieurs événements racontés par les synoptiques, et transporte le lecteur à Jérusalem, à l’époque d’une fête, ou, d’après plusieurs manuscrits, de la fête des Juifs. Quelle est cette fête ? Saint Irénée, Corn. Lapierre, D. Calmet, Wieseler, Hug, Tischendorf, Ad. Maier, Schegg pensent que c’est la fête de Pâque ; d’autres, la fête des Purim, ou des Sorts, au mois de mars ; le P. Patrizzi, la fête des Tabernacles, au commencement d’octobre, an 27 de l’ère vulg.
  118. Ou galeries couvertes. En grec : Il y a à Jérusalem, près de la porte Probatique, ou des brebis, une piscine appelée en hébreu (Syro-chald.) Béthesda, c’est-à-dire lieu de la miséricorde, ou de la grâce.
  119. En grec, de phthisiques, selon Ad. Maier, Bûcher, etc.
  120. Autant de circonstances qui démontrent qu’il ne s’agit pas ici de guérisons opérées par la vertu naturelle de ces eaux.
  121. Probablement paralytique.
  122. Les maladies sont quelquefois la punition des péchés personnels, mais non toujours (Jean, ix, 3).
  123. Vous m’objectez la loi du sabbat, fondée sur le repos de Dieu même ; mais si l’action créatrice de mon Père a cessé le septième jour, son action conservatrice et providentielle ne fut jamais interrompue ; c’est lui qui soutient et conserve l’univers, et cela par un travail qui ne trouble pas son repos. Ainsi, moi qui suis égal et consubstantiel au Père, j’agis sans cesse, même le jour du sabbat.
  124. « Donc par le nom de Fils de Dieu les Juifs entendaient eux-mêmes quelque chose d’égal à Dieu et de même nature que lui : par conséquent cette idée de divinité est comprise naturellement dans le nom de Fils. » Bossuet. — Le discours qui suit peut se diviser en deux parties. Dans la première (vers. 19-30), Notre-Seigneur montre le rapport de ses opérations avec celles du Père, insistant surtout sur ce qu’il a le pouvoir de donner ou de rendre la vie, et la mission de juger le monde ; dans la deuxième (vers. 31-47), il prouve par des témoignages qu’en parlant ainsi il a dit la vérité, et que les Juifs doivent croire en lui.
  125. Le Père fait idéalement, c’est-à-dire veut ou décrète ; il est, comme parlent les théologiens, cause première idéale. Le Fils fait réellement ; il est cause effectrice des desseins ou décrets du Père qu’il voit, c’est-à-dire dont il a la parfaite connaissance. Il y a donc, entre le Père et le Fils, égalité de puissance et de volonté. — Bossuet : « Est-ce (le Fils) un apprenti, toujours attaché aux mains et au travail de son maître ? Toujours apprenti, jamais maître ? Les apprentis mêmes ne sont pas ainsi parmi les hommes. Qu’imaginez-vous ici, homme grossier ? Quoi ! le Père qui fait quelque chose, et le Fils qui l’imite, et fait aussi quelque chose ? Quelle folie ! Le Père a-t-il fait un autre monde que le Fils ? Y a-t-il un monde que le Père ait fait, et un autre monde que le Fils ait fait à l’imitation de son Père ? A Dieu ne plaise ! le Père fait tout ce qu’il fait par son Fils, et le Fils ne fait rien que ce qu’il voit faire, comme il ne dit rien que ce qu’il entend dire. Mais comment lui parle-t-on ? En l’engendrant ; car au Père éternel, parler, c’est engendrer ; prononcer son Verbe, sa parole, c’est lui donner l’être. De même, lui montrer tout ce qu’il fait (vers. 20), lui découvrir le fond de son être et de sa puissance, en un mot lui ouvrir son sein, c’est l’engendrer, c’est le faire sortir de ce sein fécond, et en même temps l’y retenir, dans ce sein où il voit tout, tout le secret de son Père, et d’où il veut l’apprendre aux hommes (i, 18), autant qu’ils peuvent le porter et qu’il leur convient. »
  126. Montre répond au mot voit du vers. précédent, et doit s’entendre de la communication faite au Fils soit des desseins et des décrets du Père (ses œuvres idéales), soit de la puissance de produire ces œuvres au dehors, communication qui est le résultat de la communication même de l’essence divine dans l’éternelle génération. Ad. Maier. — Celles-ci, les miracles déjà opérés par Jésus-Christ. L’Évangéliste passe ensuite du général au particulier.
  127. Les morts, soit corporellement, soit spirituellement. Les Juifs attribuaient à Dieu seul le pouvoir de donner ou de rendre la vie. — La vie, soit du corps, soit de l’âme, et pour l’âme soit la vie de la grâce, soit la vie de la gloire. C’est la première grande œuvre que le Père montre au Fils (vers. 20) ; la deuxième est exprimée au vers. suiv.
  128. Si ce n’est idéalement : voy. la note du vers. 19. comp. vers. 27.
  129. Rendent un honneur égal au Père et au Fils.
  130. La conséquence de l’honneur rendu au Fils, c’est l’empressement à l’écouter et à croire en lui, et cette foi est le commencement ou le principe de la vie éternelle. — Il a passé de la mort spirituelle à la vie spirituelle de la grâce. Bossuet : « La première résurrection se commence à la justification (Apoc. xx, 5 ; Ephés. v, 14), et se consomme lorsque, sortie de cette vie qui n’est qu’une mort, l’âme vit de la vraie vie de Jésus-Christ. »
  131. Saint Chrysostome entend ce vers. des diverses résurrections corporelles que Jésus fit pendant sa vie terrestre ; Maldonat, après saint Cyrille, de la résurrection générale à la fin du monde. Nous croyons, avec saint Augustin et Bossuet, qu’il s’agit ici de la résurrection spirituelle des âmes qui, de la mort de l’erreur et du péché, passent par la foi en Jésus-Christ à la vie de la grâce, germe de la vie de la gloire, de la bienheureuse immortalité, dont la résurrection glorieuse les mettra en possession (vers. 28).
  132. Le Père a en soi la vie, de manière à être lui-même la vie, la source et le commencement de toute vie. — Il a donné, par la génération éternelle, qui communique au Fils la substance même du Père.
  133. Le Fils de Dieu fait homme, le Messie, le Rédempteur du monde. Le jugement est comme le dernier mot de l’incarnation, car ce sera par le jugement que la séparation se fera entre la partie sainte de l’humanité, unie à Jésus-Christ comme le corps à son chef, et la partie mauvaise, gâtée par le péché, qui ne sera pas arrivée à la sainteté et au salut. Il convient donc que ce soit le Verbe incarné, l’Homme-Dieu, le Libérateur, qui soit chargé de porter la sentence finale.
  134. L’heure du dernier jugement.
  135. Pour la vie éternelle on pour l’éternel châtiment.
  136. Entendre ici a le même sens que voir au vers. 19. — Sens du vers. : Mon jugement sera très-juste.
  137. Véritable, c’est-à-dire légitime ; il est sans force et sans valeur à vos yeux. C’est par concession que Notre-Seigneur parle ainsi : comp. viii, 14. Ici commence la deuxième partie du discours : voy. la note du vers. 18. Sans doute, pendant que Notre-Seigneur parlait de son caractère divin, et de la puissance qu’il avait de ressusciter les morts et de les juger, il lut dans les yeux étonnés de ses auditeurs cette question : Comment montrez-vous que vous possédez ce caractère et ce pouvoir ? Allioli.
  138. Mon Père. Comp. vers. 27.
  139. Comp. i, 19.
  140. Je vous rappelle le témoignage de Jean-Baptiste.
  141. C’est-à-dire que je suis le Messie.
  142. La voix et la face de Dieu, qui est un pur esprit, sont mises ici par figure, et signifient la manifestation de son essence, de ses attributs, de sa volonté et de ses décrets, manifestation faite en partie dans les Écritures, en partie dans le monde, dans l’histoire, en partie dans la conscience humaine. Sens : Vous n’avez pas une vraie connaissance de Dieu : la cause en est dans les paroles qui suivent.
  143. Je dis cela, non que je recherche.
  144. Que de faux Messies les Juifs ne reçurent-ils pas dans les années qui suivirent la mort de Notre-Seigneur ?
  145. Qui recherchez la gloire humaine.
  146. Moïse, par métonymie, ce sont ses livres et toutes les Écritures de l’Anc. Testament, qui annoncent le Messie. Maldonat, Ad. Maier.
  147. Dans ce chap., Notre-Seigneur nourrissant miraculeusement cinq mille hommes, et se présentant lui-même comme un pain céleste, apparaît encore comme l’auteur et le principe de la vie.
  148. Voy. Matth. xiv, 13.
  149. L’an 28 de l’ère vulgaire.
  150. Par le ministère de ses disciples, comme le grec le porte expressément.
  151. Le Messie.
  152. De cinq à six kilomètres.
  153. Ils voulurent, ils s’empressèrent de le prendre ; car la peur les avait d’abord portés à s’éloigner. — Se trouva, par un miracle.
  154. La foule nourrie par le Sauveur passa la nuit dans le désert. Le lendemain matin, sachant qu’il n’y avait la veille sur le rivage qu’une seule barque où les Apôtres seuls étaient montés, elle en conclut que Jésus était resté près de là ; mais ne le voyant pas reparaître, elle s’imagina qu’il était retourné à Capharnaüm. C’est pourquoi un grand nombre, profitant des barques qui étaient sans doute venues pour le prendre, retournèrent à Capharnaüm, cherchant Jésus.
  155. Ce discours (26-60), où Notre-Seigneur enseigne qu’il donnera au monde un pain descendu du ciel, un pain de vie, renferme la promesse de l’Eucharistie, dont l’institution est racontée par les synoptiques, et dont l’usage parmi les premiers fidèles est décrit par saint Paul. Scion quelques-uns, ce n’est qu’à partir du vers 48 ou 49 qu’il serait question de l’Eucharistie ; tout ce qui précède devrait s’entendre uniquement dans un sens spirituel et figuré, savoir, d’une manducation de Jésus-Christ parla foi en lui. Nous pensons, avec Corn. Lapierre et Bossuet, que la différence est moins tranchée entre les diverses parties de ce discours, ou plutôt qu’il ne renferme pas, à proprement parler, plusieurs parties, mais une seule, et que depuis le commencement jusqu’à la fin Notre-Seigneur a en vue l’Eucharistie, annoncée d’abord en termes généraux, et ensuite sans aucun voile, dans un langage aussi clair, aussi simple, aussi précis que celui dont pourrait se servir un catéchiste du xixe siècle expliquant à des enfants la doctrine de l’Église sur le sacrement de nos autels. Si, dans plusieurs versets, il est question de la foi, c’est qu’elle est requise aussi bien pour l’Eucharistie que pour l’incarnation, et qu’il faut croire en Jésus-Christ qui donne sa chair à manger, comme il faut croire en Jésus-Christ descendu du ciel et revêtu de cette chair. Voici comment Kiofutar, qui résume dans son Commentaire sur saint Jean les travaux de l’Allemagne catholique, marque la gradation des pensées : 1° Promesse d’un pain céleste faite en général (vers. 26-34 ; 2° Jésus-Christ est un pain de vie (vers. 35-52) ; 3° sa chair est une nourriture, et son sang un breuvage.
  156. Cherchez à vous procurer.
  157. Dans les vers. 48 sv. il parlera plus clairement de cette nourriture.
  158. « C’est celui que le Père céleste a accrédité auprès de vous en imprimant sur lui son sceau et son caractère, en confirmant sa doctrine et sa mission par tant de miracles. » Bossuet.
  159. Et par là mériter cette nourriture.
  160. Ps. lxxvii, 24. Les Rabbins, dit Lighfoot, enseignaient que le Messie ressemblerait à Moïse, et ferait les mêmes choses que lui, mais d’une manière et dans un ordre plus excellent. On sait que la manne est un aliment miraculeux dont Dieu nourrit son peuple dans le désert.
  161. C’est improprement et par figure que la manne était appelée un pain du ciel. — Si donc vous avez cru Moïse parce qu’il vous a donné la manne, vous avez, pour croire en moi, un miracle (vers. 30) semblable, et bien plus merveilleux encore. »
  162. Ce pain est vraiment céleste, il donne au monde la vie éternelle : trois circonstances qui montrent combien il l’emporte sur la manne.
  163. Qui donne la vie, la vie de la grâce ici-bas, et la vie de la gloire dans le ciel.
  164. Faisant des miracles.
  165. Hors du royaume de Dieu. Sens : Votre endurcissement ne rendra pas vains les conseils de mon Père. Tous ceux qu’il m’a donnés, qu’il a disposés par sa grâce à croire en moi (la foi est un don de Dieu), viendront à moi en effet. Que cette prédestination soit, de la part du Père, une simple disposition ou préparation des cœurs, et non une coaction qui ôte la liberté, ou le voit chap. xvii, 12.
  166. Ajoutez : Pour la vie éternelle. « Suis-je des élus, ou n’en suis-je pas Ce n’est point à nous à nous enquérir et à nous troubler du secret de la prédestination, mais à prier et à nous abandonner à la bonté de Dieu. Mon Sauveur, je m’y abandonne ; je vous prie de me regarder de ce regard spécial, et que je ne sois pas du malheureux nombre de ceux que vous haïrez et qui vous haïront. Cela est horrible à prononcer. Mon Dieu, délivrez-moi d’un si grand mal : je vous remets entre les mains ma liberté malade et chancelante, et ne veux mettre ma confiance qu’en vous. » Bossuet.
  167. Le considère et le contemple attentivement, voit les miracles qu’il fait. Comp. vers. 36. Deux conditions sont nécessaires pour arriver à la vie éternelle : il faut que le Père attire ou dispose par sa grâce, il faut que l’homme se rende et croie en Jésus-Christ ; la première est exprimée au vers. 39, la deuxième au vers. 40.
  168. Sens des vers. 44-45. Corn. Lapierre, après S. Chrysostome : Notre-Seigneur aurait pu répondre aux Juifs : Vous ne comprenez pas ce que je vous dis, parce que vous êtes endurcis et remplis de préjugés ; mais il aime mieux les reprendre avec plus de suavité et de douceur : Personne, dit-il, n’a l’intelligence de ces choses et la foi en moi, si Dieu ne l’attire (heureux celui-là ! car, au dernier jour, je le ressusciterai pour la vie éternelle) ; or Dieu attire tous les hommes ; il est venu (vers. 45) le temps annoncé par les Prophètes (Is. liv, 12, 13), où tous seront enseignés de Dieu, éclairés et attirés par lui à la foi au Messie ; mais l’attrait de Dieu, pour être efficace, demande deux choses : qu’on entende le Père, et qu’on apprenne de lui, c’est-à-dire qu’on obéisse, qu"on se rende à ses enseignements. Donc, ô Juifs, qui avez entendu le Père vous parler par les Prophètes, par Jean-Baptiste et par moi, il ne vous manque plus que d’apprendre de Dieu, de vous rendre à son attrait et de venir à moi.
  169. Qui est né de Dieu. Comp. i, 14. Notre-Seigneur ajoute cela pour empêcher qu’on ne comprenne mal les derniers mots du vers, précédent, et en même temps pour montrer que c’est en lui qu’il faut croire, si l’on veut être pleinement enseigné de Dieu.
  170. Après avoir répondu aux murmures des Juifs, il revient à la pensée du vers. 40, qui elle-même se lie à celle du vers. 35.
  171. Ce qui doit s’entendre, non seulement de la mort spirituelle, de la mort de l’âme, mais aussi de la mort du corps ; car le pain eucharistique dépose dans le corps lui-même un germe d’immortalité et de résurrection glorieuse.
  172. Non comme la manne, inanimée et corruptible, mais vivant et donnant la vie ; le contexte semble exiger cette dernière signification.
  173. En grec, ma chair, que je donnerai, livrerai à la mort pour le salut du monde. C’est-à-dire, la même chair qui sera immolée sur la croix pour le salut du monde, je la donnerai, sous les apparences du pain, en nourriture à chaque fidèle dans le sacrement de l’Eucharistie. En grec le vers. 52 est réuni au vers. 51, en sorte que la Vulgate a, dans ce chap., un vers. de plus que le texte grec.
  174. Après avoir rapproché de ce verset les paroles mêmes de l’institution : Prenez et mangez, ceci est mon corps… Buvez-en tous, ceci est mon sang (Matth. xxvi, 26-28 ; Marc, xiv, 22-24 ; Luc, xxii, 19, 20), Bossuet ajoute : « De dire qu’il n’y ait pas un rapport manifeste dans ces paroles, que l’une n’est pas la préparation et la promesse de l’autre, et que la dernière n’est pas l’accomplissement de celle qui a précédé, c’est vouloir dire que Jésus-Christ, qui est la Sagesse éternelle, parle et agit au hasard. » Un autre rapprochement nous paraît démontrer, d’une manière plus péremptoire encore, que l’interprétation catholique de ce passage est la seule admissible, la seule même raisonnable. L’auteur du quatrième Évangile écrivit certainement après la mort de saint Paul : or, saint Paul, dans sa première Épître aux Corinthiens (xi, 23 sv.), parle en détail de l’usage du sacrement de l’Eucharistie parmi les premiers fidèles ; après avoir rapporté l’institution de ce sacrement dans les mêmes termes que saint Luc, il ajoute : « C’est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l’homme donc s’éprouve lui-même, et qu’il mange ainsi de ce pain et qu’il boive de ce calice. Car quiconque en mange et en boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant point le corps du Seigneur. » Certes, ces faits, cet usage de l’Eucharistie étaient connus de saint Jean ; il savait en outre que tous les fidèles avaient entre les mains les paroles de l’institution telles qu’elles se trouvent dans les synoptiques. Cela posé, le dernier Évangéliste, en rapportant les paroles de Notre-Seigneur qu’on vient de lire dans les vers. 52 et sv., leur suppose nécessairement le sens propre et naturel admis par l’Église. Si, dans sa pensée, elles avaient une signification métaphorique, il aurait averti ses lecteurs et prévenu ainsi une confusion inévitable. Ainsi, quand même il ne serait pas impossible de démontrer que ce passage, seul et isolé, répugne à une interprétation allégorique, nous ne craignons pas d’avancer que, mis en regard des paroles de l’institution, et surtout de l’usage de la sainte Eucharistie répandu parmi les premiers fidèles, il n’admet-pas d’autre sens que celui qu’il a reçu de la tradition unanime de l’Église catholique. La conduite de Notre-Seigneur vis-à-vis des Juifs incrédules nous fournira bientôt un autre argument non moins solide (vers. 67).
  175. « Celui, dit saint Basile, qui est régénéré, qui a la vie par le baptême, doit l’entretenir en lui par la participation aux mystères sacrés. » C’est pour cela que l’Église fait un devoir rigoureux aux fidèles de s’approcher, au moins une fois chaque année, de la table du Seigneur. Il ne suit pas d’ailleurs de ces paroles que tous doivent nécessairement recevoir le Seigneur sous les deux espèces du pain et du vin ; car, comme il arrive souvent dans le style biblique, la conjonction et est mise ici pour ou ; en outre, on sait que Jésus-Christ est présent tout entier sous chaque espèce. La communion sous les deux espèces n’est de rigueur que pour les prêtres qui offrent le sacrifice de la messe, où l’immolation du Sauveur et l’effusion de son sang sont figurées et représentées par la distinction des espèces sacramentelles. Allioli.
  176. Vraiment, non en figure. Notre-Seigneur n’indique pas ici la manière dont il donnera sa chair à manger ; il l’expliquera en instituant l’Eucharistie.
  177. Saint Chrysostome appelle cette union le mélange de Jésus-Christ avec l’homme. Saint Cyrille : Non seulement Jésus-Christ nous rend participants de son amour, mais encore de sa nature ; car comme deux morceaux de cire fondus par les ardeurs du feu s’unissent entre eux, ainsi Jésus-Christ s’unit avec nous ; il est en nous, et nous en lui. Ce vers. et le suiv. expliquent pourquoi Jésus-Christ a dit que celui qui reçoit dignement son corps et son sang aura la vie éternelle.
  178. Vivant par lui-même, et source de vie pour les autres.
  179. Par mon Père : le Père, en m’engendrant, me communique sa divinité, qui est essentiellement vie.
  180. Ce vers, est un résumé de tout le discours. Concluons avec le P. Lacordaire : « Oui, comme il y a un pain de la nature, il y a un pain de la grâce ; comme il y a un pain de la vie mortelle, il y un pain de la vie éternelle. Je crois à Jésus-Christ quand il me dit : Je suis venu pour leur donner la vie (Jean, x, 10) ; et j’y crois encore quand il me dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel, J’ouvrirai ma bouche et j’y recevrai ce pain céleste sans m’étonner : car de quoi m’étonnerais-je ? Est-ce que ma bouche n’est pas un organe spirituel, préparé d’avance pour de sublimes opérations ? Est-ce que mon âme ne l’habite point ? Est-ce que la vérité ne sort pas de ses lèvres entr’ouvertes avec le flot sacré de la parole ? Pourquoi la chair transfigurée de l’Homme-Dieu ne passerait-elle point par les portes où passe la vérité qui vient de lui ? O bouche de l’homme, vase mystérieux, ouvre-toi pour recevoir le Dieu qui t’a fait, le Dieu dont tu parles, le Dieu qui connaît les sentiers pour aller à ton âme et y commencer l’embrassement substantiel qui se consommera dans l’éternité I Ouvre-toi sans crainte et sans orgueil : sans crainte, parce que le Dieu qui vient à toi est doux et humble ; sans orgueil, parce que tu n’as pas mérité de le toucher d’aussi près. Ouvre-toi pour manger la chair du Fils de l’homme et pour boire son à sang : ce sont les termes exprès dont il s’est servi pour te convier à ce festin. Il nous a dit : Mangez et buvez ; mangez ma chair, buvez mon sang. Et s’il est des disciples qui se sont épouvantés de son discours et qui lui ont répondu : Cette parole est dure, et qui pourra l’entendre (vers. 61) ? s’il en est d’autres qui l’ont quitté pour ne plus le revoir, l’humanité n’a point obéi à leur faiblesse, ni à leur trahison ; elle est venue au banquet de la grâce, elle a dressé des tables, elle a bâti des monuments magnifiques pour couvrir d’ombre et de gloire le pain dont le Fils de Dieu avait dit : Ceci est mon corps. Elle a cru que puisqu’une mère peut porter son fils dans ses entrailles et le nourrir encore de sa substance après l’avoir mis au monde, il n’était pas impossible à Dieu d’avoir la même puissance dans la même tendresse, et de renouveler en nous et lui les miracles de la maternité. »
  181. Sans être révolté.
  182. Monter : avec son corps glorieux (Luc, xxiv, 51 ; Marc, xvi, 19). Ajoutez : Douterez-vous encore de ma parole ?
  183. Saint Cyrille : Ne croyez pas que c’est mon corps, en tant que mon corps, qui vous donnera la vie éternelle, mais l’esprit divin, la divinité qui habite en lui pour jamais. Mes paroles ne doivent donc pas être entendues de la chair seule, mais de l’esprit qui vivifie. Saint Chrysostome : Ce n’est pas une interprétation charnelle et grossière de mes paroles (comme si, par exemple, vous deviez manger ma chair coupée par morceaux), mais une interprétation spirituelle (savoir, que ma chair unie à la divinité doit être mangée comme une nourriture, mais d’une manière mystique et sacramentelle, sous les espèces du pain et du vin), qui vous donnera la vie ; mes paroles sur ce sujet doivent être entendues d’une manière spirituelle et élevée, et ainsi elles procurent la vie à qui croit et pratique. Plus simplement : Le Saint-Esprit seul peut vous donner l’intelligence et la foi de mes paroles, qui viennent de lui ; le sens humain, ou les forces naturelles de l’homme, ne sauraient vous y conduire. De ces trois interprétations, la troisième nous paraît préférable à la deuxième, et la deuxième à la première.
  184. Qui sont incrédules, non seulement sur ce point, mais sur tous mes enseignements en général. Saint Jean insinue que Judas était au nombre de ces incrédules.
  185. Voy. la note du vers. 45.
  186. Bossuet : « Tout ceci, dites-vous, n’est que mystère et allégorie ; manger et boire, c’est croire ; manger la chair et boire le sang, c’est les regarder comme séparés à la croix, et chercher la vie dans les blessures de notre Sauveur. Si cela est, mon Sauveur, pourquoi ne parlez-vous pas simplement, et pourquoi laisser murmurer vos auditeurs jusqu’au scandale et jusqu’à vous abandonner, plutôt que de leur dire nettement votre pensée ? Quand Jésus-Christ a proféré des paraboles, quoique beaucoup moins embrouillées que cette longue allégorie qu’on lui attribue, il en a si clairement expliqué le sens qu’il n’y a plus eu à raisonner ni à questionner après cela ; et si quelquefois il n’apas voulu s’expliquer aux Juifs, qui méritaient par leur orgueil qu’il leur parlât en énigme, il n’a jamais refusé à ses Apôtres une explication simple et naturelle de ses paroles, après laquelle personne ne s’y est jamais trompé. Ici, plus on murmure contre lui, plus on se scandalise de si étranges paroles, plus il appuie, plus il répète, plus il s’enfonce, pour ainsi parler, dans l’embarras et dans l’énigme. Il n’y avait qu’un mot à leur dire : Qu’est-ce qui vous trouble ? Manger ma chair, c’est y croire ; boire mon sang, c’est y penser, et tout cela n’est autre chose que méditer ma mort. C’était fait, il ne restait plus de difficulté, pas une ombre. Il ne le fait pas néanmoins ; il laisse succomber ses propres disciples à la tentation et au scandale, faute de leur dire un mot. Cela n’est pas de vous, mon Sauveur ; non, cela assurément n’est pas de vous ; vous ne venez pas troubler les hommes par de grands mots qui n’aboutissent à rien ; ce serait prendre plaisir à leur débiter des paradoxes, seulement pour les étourdir. »
  187. Vos paroles, votre doctrine procure la vie éternelle.
  188. Sens : Pierre, tu crois répondre au nom de tous les Apôtres ; mais sache qu’il en est un qui est semblable au démon, c’est-à-dire très-méchant.
  189. Notre-Seigneur ne paraît pas avoir été cette année-là (28 de l’ère vulg.) à Jérusalem pour la fête de Pâque. Saint Jean nous transporte à la fête des Tabernacles, qui se célébrait chaque année du 13 au 22 du mois appelé Tisri (septembre-octobre), en mémoire du séjour que les Israélites firent sous des tentes dans le désert d’Arabie (Lév. xxiii, 40 ; Deut. xvi, 13), et en témoignage de reconnaissance pour la récolte des fruits de la terre (Exod. xxiii, 16) ; elle durait huit jours, dont le premier et le dernier étaient très-solennels ; tous les Israélites mâles devaient se rendre à Jérusalem, comme pour la fête de Pâque et celle de la Pentecôte.
  190. Ses frères, voy. Frères de Jésus dans le Vocabulaire. — Vos disciples, ceux de la Judée et de Jérusalem.
  191. Des miracles.
  192. D’une foi ferme et assurée.
  193. Tous les temps vous sont bons, n’ayant rien à craindre à Jérusalem.
  194. Maintenant, comme l’indique le second membre.
  195. Avec un petit nombre de disciples.
  196. Surtout les membres du Sanhédrin.
  197. Véridique ; ce n’est pas un imposteur.
  198. Dans l’une des synagogues voisines du temple.
  199. Première preuve : il en appelle à l’expérience morale.
  200. Deuxième preuve. Ajoutez : Or, je ne recherche point ma gloire, mais celle de mon Père : donc, etc.
  201. Ce vers. se rapporte au dix-septième : Il n’est pas étonnant que vous ne reconnaissiez pas la vérité de ma doctrine, car nul de vous, etc. Ad. Maier. D’autres lient ce vers. au suiv. : Vous n’observez pas la loi, et vous voulez me mettre à mort comme si j’avais violé le sabbat. Comp. v, 8, 16, 18.
  202. Le peuple ignorait le complot ourdi contre Jésus par les membres du Sanhédrin.
  203. J’ai guéri un paralytique le jour du sabbat (v, 8).
  204. Indignés contre moi. Le gr. ajoute, à cause de cela ; mais la Vulg. ayant détaché ces mots du vers. 21 pour les mettre en tête du vers. 22, nous avons dû, au vers. 22, les traduire par cependant.
  205. D’autres : Sans qu’on viole la loi de Moïse, ce qui est également conforme à la grammaire ; mais le sens prohibitif, pour ne pas violer, adopté par Ad. Maier et le P. Patrizzi, est préférable. Il fallait circoncire les enfants mâles le huitième jour, et ce huitième jour coïncidait quelquefois avec le sabbat.
  206. Considérez l’esprit de la loi et l’intention de celui qui agit.
  207. Nous connaissons ses parents et le lieu de son origine.
  208. Quelques passages des Prophètes sur la génération éternelle du Messie, Fils de Dieu, avaient donné lieu à cette croyance populaire (Is. liii, 8 ; Mich. v, 2). Ce sont d’autres Juifs qui parlent au vers. 42.
  209. Concession. Vous connaissez mon visage, mon nom, mes parents, soit ; mais ce que je suis véritablement, vous l’ignorez.
  210. de lui ; et non, comme le veut Ad. Maier, envoyé par lui. Notre-Seigneur ajoute cela, dit saint Augustin, pour montrer aux Juifs par qui ils pourraient apprendre ce qu’ils ignoraient.
  211. Les Pharisiens en général.
  212. Les Pharisiens membres du Sanhédrin.
  213. Card. Tolet : « Par cette recherche du Seigneur il faut entendre, non que les Juifs, après la ruine de leur nation, invoqueront, soit de leur propre mouvement, selon l’opinion de saint Chrysostome, soit forcés par les miracles des Apôtres, comme le veut saint Augustin (et Ad. Maier), Jésus pour leur Sauveur ; — non que les Juifs, comme l’explique Rupert (et Allioli), même après la résurrection, poursuivront encore Jésus de leur haine et chercheront à le faire mourir dans la personne de ses disciples ; — mais que les Juifs, à leur manière et d’après leurs opinions, chercheront le Messie, ce qui est implicitement chercher Jésus, et ne le trouveront point, parce qu’il n’y en a pas d’autre que lui. » Comp. v, 43.
  214. Au ciel, où je suis toujours comme Dieu, et où je serai bientôt comme homme.
  215. Les Juifs regardaient les nations païennes comme indignes de recevoir les enseignements du Messie.
  216. Chacun des jours de la fête des Tabernacles, après le sacrifice du matin, un prêtre allait puiser de l’eau dans une urne d’or à la fontaine de Siloé, qui coulait au pied de la montagne du temple ; puis il l’apportait dans le parvis au son des trompettes, et la répandait sur l’autel, tandis que les autres prêtres et le peuple chantaient ces paroles d’Isaïe : « Avec joie vous puiserez de l’eau aux sources du salut, » c’est-à-dire du Sauveur. (Is. xii, 13.) La signification symbolique de cette libation était, selon quelques rabbins, de demander à Dieu des pluies abondantes ; selon d’autres, elle avait trait, soit à la doctrine bienfaisante du Messie soit à l’effusion de l’Esprit-Saint, fruit de sa venue. C'est sans doute à l’occasion de ce rit que Notre-Seigneur prononça le discours qui suit. Ad. Maier.
  217. Ma doctrine, qu’il s’abreuve de ma grâce et des dons de l’Esprit-Saint.
  218. Plusieurs prophètes ont prédit l’effusion des dons de l’Esprit Saint dans les âmes à l’époque du Messie : Is. xliv, 3 ; Joël, ii, 28 ; Ezéch. xxxvi, 25.
  219. L’union primitive du Saint-Esprit avec le genre humain ayant été rompue par le péché, ce divin Esprit ne pouvait plus être dans le genre humain comme un principe de vie, jusqu’à ce que Jésus-Christ en eût fait disparaître le péché par sa mort, et que lui-même fût glorifié dans le ciel. Le don de l’Esprit-Saint, son effusion dans les âmes devait être le fruit de sa victoire et de sa glorification. Sans doute, dans l’Ancien Testament le Saint-Esprit fut communiqué à plusieurs saints personnages ; mais alors il n’était pas donné à tout le genre humain, mais seulement à des individus, et encore dans une certaine mesure, pour un temps, et non substantiellement, comme le principe de la vie divine. Comp. Matth. iii, 11, note 3.
  220. En gr., le Prophète : comp. i, 21.
  221. Ceux qui parlent ainsi ignorent que Jésus est né à Bethléem ; mais évidemment l’Évangéliste qui rapporte leurs réflexions en est persuadé, et suppose que ses lecteurs le sont comme lui.
  222. Voy. vers. 32.
  223. Membres du Sanhédrin.
  224. Sur Nicodème, voy. iii, 2 sv. ; xix, 39.
  225. En grec, il n’est jamais sorti de Prophéte : ce qui est faux, car Jonas, Elie, Nahum et Osée étaient originaires de la Galilée. Corn. Lapierre.
  226. Ils, les membres du Sanhédrin, s’en retournèrent sans avoir rien fait.
  227. Le soir du dernier jour de la fête des Tabernacles. — Sur l’authenticité de ce récit (vers, 1-11), voy la Préface de cet Évangile, p. 382.
  228. Lév. xx, 10 ; Deut. xxii, 24.
  229. On sait qu’à cette époque les Juifs avaient perdu le droit de faire exécuter une sentence capitale sans la permission du gouverneur romain (xviii, 31). Là était le piège : si Jésus se prononçait pour la lapidation, comme les lois romaines ne punissaient pas de mort l’adultère, on l’accuserait de trouble et de rébellion ; s’il se prononçait contre, on le ferait passer pour un impie, pour un contempteur de la loi de Moïse.
  230. En signe d’indifférence et d’inattention.
  231. C’est-à-dire ici les membres du Sanhédrin. En grec, selon plusieurs manuscrits : L’ayant entendu, convaincus par leur conscience, ils s’en allèrent un à un, depuis les Anciens jusqu’aux derniers, les hommes de condition privée ou inférieure.
  232. En grec, alors Jésus se levant, et n’apercevant personne, excepté la femme, lui dit.
  233. Probablement le lendemain.
  234. Notre-Seigneur semble avoir emprunté cette image, soit, comme le veut Patrizzi, aux flambeaux nombreux qui illuminaient toute la ville pendant la fête des Tabernacles ; soit, d’après Klofutar, aux deux grands candélabres d’or qui étaient placés dans le parvis des femmes, et qu’un prêtre allumait chaque soir, pendant cette même fête, en signe de l’illumination du monde prédite par Isaïe : « Lève-toi, Jérusalem, car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur a paru sur toi. Les ténèbres couvriront la terre, et la nuit les peuples ; mais sur toi se lèvera le Seigneur, et sa gloire apparaîtra dans ton enceinte (lx, 1-3). »
  235. La lumière qui donne la vie de la grâce ici-bas, et dans le ciel la vie de la gloire.
  236. C’est-à-dire légitime, valable. Comp. v, 31.
  237. Parce que je sais que je suis le Fils de Dieu, envoyé sur la terre pour sauver les hommes, et, la rédemption accomplie, retourner vers mon Père. Ce que je dis est donc l’irréfragable vérité. Saint Augustin.
  238. Vous me jugez selon les apparences extérieures, et vous me condamnez comme un imposteur. — Je ne juge, je ne condamne : comp. iii, 17. Le P. Patrizzi, après juge, sous-entend : selon la chair.
  239. Notre-Seigneur passe de l’idée de jugement à celle de témoignage (vers. 13) ; selon d’autres (Allioli, etc.), juger est mis dans ce vers, pour rendre témoignage.
  240. Deuter. xix, 13.
  241. Ce témoignage du Fils et du Père consistait dans les œuvres de Jésus, que tout esprit sans préjugé devait reconnaître comme des œuvres divines.
  242. La réponse directe serait : Mon Père est au ciel. Jésus répond indirectement : Votre question prouve que vous ne connaissez ni, etc. — Le grec serait mieux traduit sans ajouter peut-être, comme la Vulg. elle-même le fait xiv, 7.
  243. D’après Marc, xii, 41, et Josèphe (Bell. v, 5, 3), le Trésor, ou Gazophylacium, se trouvait dans le parvis des femmes. Les Rabbins disent qu’il consistait en 13 troncs, où l’on déposait les offrandes des Juifs, soit volontaires, soit imposées par la loi, pour l’usage du temple et la subsistance des pauvres.
  244. Peu de temps après, probablement le même jour.
  245. A cause de vos péchés et de votre impénitence.
  246. Vous avez des sentiments et des affections terrestres : voilà pourquoi où je vais, vous ne pouvez venir.
  247. Comp. iv, 26.
  248. Je suis le Verbe éternel, qui se manifeste à vous. En grec, je suis tout à fait ce que je vous dis, je suis tel que mes discours le proclament, le Messie, Fils de Dieu.
  249. Mais, afin que vous le sachiez de suite et que vous croyiez, celui qui, etc.
  250. En grec, qu’il leur parlait de son Père.
  251. Élevé en croix. — Vous connaîtrez : tout vous le montrera, et les prodiges qui suivront ma mort, et ma résurrection, et mon ascension, et les dons de l'Esprit-Saint répandus dans les âmes, etc. — Je ne fais : faire, dans le sens large, comprend aussi enseigner.
  252. Le P. Patrizzi pense que les mots : Et celui — laissé seul, forment une espèce de parenthèse. Ad. Maier : La preuve et la marque que mon Père est avec moi, c’est que je fais toujours ce qui lui plaît.
  253. La vérité, toute ma doctrine. — Libres de la tyrannie du péché et des passions mauvaises.
  254. S’ils l’entendent de la liberté politique, l’orgueil national les aveugle étrangement, dit saint Chrysostome, car ils ont eu pour maîtres les Égyptiens, les Chaldéens, les Perses, les Grecs et les Romains. D’autres pensent qu’ils parlent de la liberté spirituelle, en ce sens qu’ils auraient toujours adoré le seul Dieu véritable.
  255. Et des passions.
  256. Notre-Seigneur sous-entend la seconde partie de la comparaison : Ainsi celui qui est esclave du péché n’a pas le droit de demeurer toujours dans la maison de Dieu ; il doit en être chassé. Application aux Juifs : Les Juifs ne feront plus partie du royaume de Dieu. — Le fils : sous ces expressions générales, c’est le Fils de Dieu qu’il faut voir.
  257. « Et quelle liberté vous donnera-t-il, sinon celle qu’il a voulue pour lui-même ? C’est-à-dire d’être dépendant de Dieu seul, dont il est si doux de dépendre, et le service duquel vaut mieux qu’un royaume, parce que cette même soumission qui nous met au-dessous de Dieu nous met en même temps au-dessus de tout. » Bossuet.
  258. Le démon.
  259. C’est-à-dire des idolâtres. On sait que dans la Bible l’union de Jéhovah avec son peuple est souvent représentée sous l’image d’un mariage ; le culte des idoles était donc pour la nation un adultère, une fornication spirituelle.
  260. Pourquoi ne reconnaissez-vous pas dans mon langage l’accent, le ton, le dialecte d’un envoyé de Dieu ? Pourquoi ne reconnaissez vous pas à mon langage que le ciel est ma patrie, comme vous reconnaissez un Galiléen à son accent (Matth. xxvi, 73)
  261. Enfants du démon, par l’imitation de ses sentiments et de ses œuvres. — Vous voulez, c’est-à-dire, vous êtes ardents à suivre ses inspirations. — Homicide… Il ne s’agit point du meurtre d’Abel, mais de la perte de nos premiers parents qui, séduits par le démon, furent condamnés à la mort (Sag. ii, 24). — Dans la vérité, dans son intégrité première, et s’est fait parmi les anges et les hommes le propagateur de l’erreur et du mensonge.
  262. La mort spirituelle.
  263. N’est rien : comp. v, 31. — Me glorifie, par les oracles des Prophètes qui m’ont annoncé, par le témoignage de Jean-Baptiste, par les miracles qu’il m’a donné de faire. — Lui que… Et si vous voulez savoir quel est mon Père, c’est celui dont vous dites avec orgueil qu’il est votre Dieu.
  264. Comp. vii, 28.
  265. Mon jour, le jour de ma venue sur la terre. — Il l’a vu, non-seulement par la foi, ou en figure (sacrifice d’Isaac), ou par une révélation prophétique ; mais dans le séjour des âmes, où, avec tous les pieux personnages qui ont quitté la vie, il attendait mon avènement, il a vu (appris) le jour de mon incarnation et de ma naissance, et a été rempli de joie.
  266. Notre-Seigneur était beaucoup plus jeune ; mais, dit Lightfoot, la cinquantième année était chez les Juifs le terme fixé pour l’âge viril, l’âge parfait. C’est comme s’ils avaient dit : Vous n’avez pas encore atteint l’âge parfait, et vous, etc.
  267. Saint Augustin : L’Évangéliste ne dit pas : Avant qu’Abraham fût, je suis ; mais : Avant qu’Abraham fût fait ; car Abraham fut fait, et Jésus est. Il ne dit pas non plus : Avant qu’Abraham fût fait, j’ai été fait moi-même ; car il n’a pas été fait, mais il est. Reconnaissez le Créateur, et distinguez la créature. Celui qui parle ici a bien été le rejeton d’Abraham ; mais avant qu’Abraham fût fait, il était lui-même avant Abraham. Comp. i, 6.
  268. Le temple, à cette époque, n’était pas encore achevé, et il y avait des pierres entassées dans les cours.
  269. Saint Jean raconte ce miracle pour montrer que Jésus est la lumière du monde.
  270. Devant les édifices du temple, près desquels étaient toujours assis des pauvres et des estropiés pour demander l’aumône aux passants. Ceci arriva le sabbat qui suivit la fête des Tabernacles.
  271. Beaucoup de Juifs étaient imbus de la fausse opinion que tout mal physique était la peine d’un péché personnel. Les rabbins enseignaient aussi qu’un enfant pouvait pécher dès le sein de sa mère.
  272. Le jour, c’est le temps de la vie mortelle du Christ. La nuit, c’est la mort, dont la nuit est l’image.
  273. La fontaine de Siloé était située au pied de la montagne du temple, au sud-est de Jérusalem, en dehors des murs ; il s’en échappait deux ruisseaux qui alimentaient deux piscines, l’une appelée piscine de Salomon, l’autre piscine de Siloé (comp. vii, 38). Cette dernière existe encore aujourd’hui ; et aujourd’hui encore, comme aux temps de Josèphe et de saint Jérôme, la source ne coule qu’à de certains intervalles. Quoique environnée du respect de toutes les nations, elle n’en sert pas moins aux usages profanes de la vie, et les femmes des environs y viennent emplir leurs urnes et laver leur linge.
  274. Ni la boue, ni l’ablution n’avaient en soi la vertu de produire la guérison d’un aveugle ; mais Jésus se servit de ces moyens extérieurs, soit pour éprouver la foi et l’obéissance de cet homme, soit pour apprendre aux Juifs qu’il était permis, le jour du sabbat (vers. 14), de porter aux malades des secours effectifs, soit enfin pour signifier que, dans son royaume (l’Église), les grâces intérieures seraient communiquées et produites par des signes extérieurs, les Sacrements.
  275. Membres du Sanhédrin… afin qu’ils examinassent si Jésus avait violé le sabbat ; car les rabbins enseignaient qu’il n’était pas permis ce jour-là d’oindre avec de la salive l’œil d’un malade.
  276. Un envoyé de Dieu.
  277. L’exclusion de la synagogue (des assemblées religieuses), véritable excommunication, était temporaire ou perpétuelle.
  278. Formule en usage chez les Juifs pour adjurer quelqu’un de dire la vérité.
  279. Pour constater un miracle, il n’est nullement nécessaire, au moins dans la plupart des circonstances, d’avoir une longue habitude des recherches scientifiques. Il suffit de pouvoir attester deux faits à la portée de tous, par exemple, de pouvoir dire comme cet aveugle : J’étais aveugle et maintenant je vois. « Langage plein de raison ! Vous me demandez à moi, homme du peuple, comment s’est opéré le miracle ? Je n’en sais rien, et je n’ai ni obligation, ni besoin de vous le dire. Je me borne à attester deux faits qui se sont succédé, et je les atteste de manière à défier toute espèce de démenti. Liez-les comme il vous plaira, c’est votre affaire ; pour moi, je les maintiens comme indubitables à travers toutes vos explications, et par là même que je les fais demeurer debout, il vous est impossible d’échapper au miracle. » Lacordaire.
  280. Ils interrogent encore une fois cet homme, espérant surprendre dans un nouveau récit quelque contradiction qui justifie leur incrédulité.
  281. Guéri par lui, vous avez pu le voir !
  282. Pour exercer le jugement, pour faire le discernement ou la séparation de ceux qui croient d’avec les incrédules. — Afin que ceux qui reconnaissent humblement leur ignorance soient éclairés de la lumière de ma doctrine, et que ceux qui, pleins de confiance en leur propre sagesse, repoussent mes enseignements, soient frappés de cécité spirituelle. Il ne faut pas presser la conjonction afin que L'on sait qu’elle indique souvent dans la Bible, non pas l’intention, mais l’événement ou le résultat.
  283. Vous demeurez dans votre péché d’incrédulité.
  284. Tirin : L’occasion de cette parabole fut l’exclusion de la Synagogue, bercail de Dieu avant Jésus-Christ, prononcée par les Pharisiens contre l’aveugle-né. Klofutar : Cette parabole se rattache aux derniers vers, du chap. précédent : les Pharisiens qui, par leur incrédulité et leur orgueil, s’excluent eux-mêmes du royaume de Dieu, sont de mauvais pasteurs. On peut distinguer deux parties : 1° Notre-Seigneur enseigne quel est le véritable docteur dans le royaume de Dieu (vers. 1-9) ; 2° il compare ensemble le bon et le mauvais pasteur (vers. 10-21). La parabole elle-même porte l’empreinte des usages et des mœurs de l’Orient. Dans ce pays où les brigands et les bêtes fauves guettent sans cesse les troupeaux, plusieurs bergers se réunissent le soir, et rassemblent pour la nuit leurs brebis dans un vaste espace environné de murs. Un portier veille à la porte, et comme il n’ouvre qu’à des visages connus, ce n’est qu’en escaladant les murs que les voleurs peuvent arriver jusqu’au troupeau. Dès le matin, les bergers, qui avaient passé la nuit sous des tentes avec leur famille, viennent à la bergerie ; chacun appelle le bélier, chef de son troupeau ; le bélier reconnaît la voix de son maître et se met à sa suite, entraînant avec lui toutes les brebis. Quant à l’application de la parabole, la bergerie, c’est le peuple d’Israël (vers. 16), ou l’Église ; le maître de la bergerie, c’est Dieu le Père ; la porte par laquelle on entre, c’est Jésus-Christ, qui, dit saint Paul, nous donne accès auprès du Père ; le portier, c’est le Saint-Esprit, qui prépare les cœurs à croire en Jésus-Christ ; le pasteur, c’est Jésus-Christ et tous les vrais docteurs ; le larron, ce sont les faux docteurs et les mauvais directeurs des âmes.
  285. « Il a un rôle de ses élus, ils sont écrits dans son livre. O joie ! ô bonheur incroyable ! Aimables brebis de Jésus, quelque part que vous erriez dans les chemins détournés de ce siècle, l’œil de votre Pasteur est sur vous. » Bossuet.
  286. Aux Pharisiens (Scribes) qui étaient là.
  287. Venus : le gr. ajoute, avant moi ; il faut encore sous-entendre : non envoyés par moi, la plupart des Scribes et des Pharisiens. — Les brebis, les pieux Israélites.
  288. N’ayant en vue que le salaire.
  289. Les Gentils.
  290. A condition de ressusciter le troisième jour.
  291. « Jésus-Christ prédit sa mort expiatoire et sa résurrection ; il déclare que s’il meurt et s’il reprend la vie, c’est par un décret éternel de Dieu le Père ; que le Fils s’est soumis avec amour à ce décret de toute éternité, pour l’accomplir au temps marqué, et que cet amour obéissant est le fondement de l’amour que le Père porte au Fils. » Allioli. — Bossuet : « O gloire ! ô puissance du Crucifié ! Quel autre voyons-nous qui s’endorme si précisément quand il veut, comme Jésus est mort quand il lui a plu ! Quel homme, méditant un voyage, marque si certainement l’heure de son départ que Jésus a marqué l’heure de son trépas ? De là vient que le centenier, qui avait ordre de garder la croix, considérant cette mort non seulement si tranquille, mais encore si délibérée, étonné de voir tant de force dans cette extrémité de faiblesse, s’écria : Vraiment cet homme est le Fils de Dieu ! »
  292. Cette fête se célébrait le 25 du neuvième mois, appelé Casleu (30 novembre de l’an 28 de l’ere vulg.) ; Judas Machabée l’avait instituée en mémoire de la purification du temple profané par Antiochus Epiphane (Mach. 1, iv, 59 ; II, x, 5-8.)
  293. C’était une galerie couverte, ornée de colonnes, et située dans la partie orientale du temple, le long du parvis des Gentils. Bâti par Salomon, ce portique était resté debout lors de la destruction du premier temple par Nabuchodonosor. Notre-Seigneur s’y promenait souvent dans cette saison assez rigoureuse, même à Jérusalem.
  294. Membres du Sanhédrin.
  295. Ce que le Père a donné au Fils en l’engendrant, c’est la nature divine. En grec, mon Père, qui me les a données, est plus grand, etc.
  296. Ni, par conséquent, ce qui est entre mes mains.
  297. Nous sommes indique la distinction de personnes, un, l’unité de nature et de substance. S. Augustin. — « Arius ayant enseigné que l’unité du Père et du Fils n’était qu’une unité de concorde, l’Église, au concile de Nicée, a défini comme un dogme de foi que le Fils est consubstantiel au Père, c’est-à-dire a la même substance et la même nature divine. Ce terme, qui n’était point dans l’Écriture, fut jugé nécessaire pour la bien entendre, et pour éloigner les dangereuses explications de ceux qui altéraient la simplicité de la parole de Dieu : non que l’Écriture s’explique sur ce mystère d’une manière obscure ou ambiguë ; on a voulu simplement, par ces paroles expresses, résister aux mauvaises interprétations des hérétiques, et conserver à l’Écriture ce sens naturel et primitif qui frappe tout d’abord les esprits non prévenus. » Bossuet.
  298. Comme un blasphémateur, Les Juifs comprenaient donc que Jésus, par ces paroles, s’attribuait la nature divine. En grec, les Juifs prirent de nouveau : comp. viii, 59.
  299. Dans ce passage du Psaume lxxxie, le Seigneur s’adresse à des juges iniques qu’il exhorte à juger selon l’équité, en leur rappelant qu’ils sont les représentants de Dieu sur la terre.
  300. Qu’il a destiné à remplir la fonction de Messie. On sait que le mot sanctifier, dans la Bible, signifie ordinairement retirer du commun et destiner à un usage sacré, et se dit des personnes et des choses. Ici il s’applique au Messie, appelé ailleurs le Saint de Dieu (Marc, i, 24 ; Luc, iv, 34). Notre-Seigneur argumente du moins au plus, et se hâte d’ajouter qu’il est d’ailleurs le Fils de Dieu dans le sens propre du mot, c’est-à-dire un avec le Père en substance et en nature (consubstantiel), vers. 38.
  301. Avec son essence, et par conséquent avec sa puissance et sa volonté. Cette inhabitation intime, cette pénétration mutuelle du Père et du Fils est appelée par les théologiens circuminsession.
  302. A Béthanie : comp. i, 28 ; iii, 23.
  303. L’Évangéliste ajoute cela, pour qu’on ne confonde pas ce bourg avec une autre Béthanie située au delà du Jourdain (i, 28). C’était peu de temps après la fête de la dédicace, dont il vient d’être question.
  304. Comp. Luc, vii, 37 sv. ; Jean, xii, et l’art. Marie-Madeleine dans le Vocabulaire.
  305. « Souvent on dit à Jésus dans son Évangile : Venez, Seigneur, et guérissez ; imposez vos mains, touchez le malade ; ici on dit simplement : Celui que vous aimez est malade. Jésus entend la voix du besoin, d’autant plus que cette manière de le prier a quelque chose, non-seulement de plus respectueux et de plus soumis, mais encore de plus tendre. Qu’elle est aimable cette prière ! Pratiquons-la principalement pour les maladies de l’âme. » Bossuet.
  306. Sens : Celui qui marche pendant le jour, à la clarté du soleil, marche sans danger : ainsi moi, pendant tout le temps que mon Père a fixé à ma vie terrestre, je n’ai rien à craindre des embûches des Juifs.
  307. Est mort : euphémisme usité dans toutes les langues.
  308. Didyme, c’est-à-dire jumeau, est la traduction grecque de l’hébreu Thomas. Cet apôtre n’avait pas bien compris la réponse de Jésus au vers. 9.
  309. Une demi-lieue. Ce verset explique comment beaucoup de Juifs de Jérusalem étaient venus près de Marthe, etc. Les Juifs, dit Lightfoot, avaient coutume de consoler les personnes en deuil pendant sept jours.
  310. Marthe regardait Jésus comme un prophète.
  311. Je suis l’auteur de la résurrection, etc.
  312. Les expressions gr. et lat. indiquent une forte émotion (comp. Matth. ix, 30), excitée ici par la douleur. Jésus se montre Dieu et homme tout ensemble.
  313. Jésus parle comme homme à des auditeurs dont la foi est encore imparfaite.
  314. La résurrection de Lazare, par laquelle Dieu sera glorifié.
  315. Aux Juifs qui étaient là, pour les mieux convaincre.
  316. En cette année mémorable, ce qui n’indique pas que le souverain Pontificat fut une dignité annuelle. Patrizzi : qui avait été grand-prêtre à cette époque. Voy. Caïphe dans le Vocabulaire.
  317. Cela, ce qui a trait aux effets de la mort de Jésus-Christ. — Jésus devait mourir. Dieu, qui avait plus d’une fois manifesté ses volontés par l’organe des grands-prêtres (Exod. iv, 15 ; xxviii, 30 ; Nomb. xxvii, 19 ; I Rois, xx, 10 ; xxviii, 6 al.), ne dédaigne pas de se servir de la bouche de Caïphe pour exprimer cette grande vérité, que Caïphe d’ailleurs ne comprenait pas.
  318. L’Évangéliste appelle ainsi les Gentils par anticipation.
  319. Jusqu’à la fête de Pâque. Ephrem était située à quatre ou cinq lieues au nord de Jérusalem, entré Béthel et le mont de la Quarantaine. Ad. Maier.
  320. Lorsque se passa, non ce qui précède, mais ce qui suit.
  321. Ceux qui avaient commis quelque faute, encouru quelque impureté légale, désiraient se purifier d’avance à Jérusalem, afin de pouvoir immédiatement après, sans courir le danger de contracter de nouvelles souillures, célébrer la Pâque. Allioli.
  322. Nous nous sommes rapprochés autant que possible du grec, où la pensée est plus clairement exprimée que dans la Vulgate. Tel est d’ailleurs le sens adopté par le syriaque, saint Chrysostome, Maldonat, Ad. Maier. etc.
  323. Le 12 mars de l’an 29 de l’ère vulgaire, un samedi, après le coucher du soleil, le 10° jour du mois de Nisan étant commencé (Patrizzi) ; d’autres disent : le 11 mars, le vendredi soir.
  324. Un repas semblable est raconté par saint Luc, vii, 37 sv. Faut-il identifier les deux faits ? Quelques-uns le soutiennent ; mais le P. Patrizzi, avec la majorité des interprètes, combat cette opinion, et regarde le récit de saint Luc comme se rapportant à un fait antérieur.
  325. Marie, sœur de Lazare. Voy. Marie-Madeleine dans le Vocabulaire. — Le mot pur se rapporte en grec à nard, en lat. à parfum. — Sur let pieds, et sur la tête, comme nous l’apprennent saint Matth. et saint Marc.
  326. Nous savons par saint Matth. et saint Marc que d’autres disciples partageaient, à un certain degré, le mécontentement de Judas.
  327. En grec, dérobait, ce qui parait être la véritable signification de ce passage. Le P. Patrizzi dit que le mot portait, dans la Vulgate, est employé par ironie dans le même sens. « Ce n’était pas un besoin spirituel, un noble intérêt qui avait associé Judas au Christ ; il n’était poussé que par la cupidité la plus vulgaire : il espérait une riche récompense de la part qu’il prendrait à l’œuvre du Messie telle qu’il se la figurait. Mais, plus il s’apercevait que ses espérances mondaines étaient illusoires, plus il devenait indifférent à l’égard de Jésus, et cette indifférence se transforma bientôt en haine, à mesure que la sainteté de la doctrine et de la vie du Christ irrita davantage ce cœur dominé par l’avarice. Il conçut enfin la pensée de se ranger parmi les ennemis du Seigneur, espérant trouver au moins de cette manière un profit de ses rapports avec le Sauveur. Poussé par le diable, qui s’était emparé de son cœur, il parut devant les membres du Sanhédrin qui venait de tenir conseil sur l’arrestation et l’exécution de Jésus, et la faible somme de trente sicles décida sa trahison. Cependant sa résolution n’était pas complétement arrêtée encore, et ce ne fut que lorsqu’il vit que son projet était découvert, pendant la cène pascale, que, s’abandonnant tout entier à sa pensée déicide, il quitta les Apôtres et se mit à la disposition du Sanhédrin. » Ad. Maier.
  328. En grec, laissez-la ; elle l’a réservé pour le jour de ma sépulture ; ce que le P. Patrizzi explique ainsi : Ce parfum, elle ne l’a point répandu inutilement, comme vous le pensez ; mais elle a fait la même chose que si elle l’avait réservé pour oindre mon corps avant la sépulture. Cette pieuse femme avait un pressentiment que Jésus ne serait plus longtemps sur la terre, et elle aime mieux lui donner, vivant ce témoignage de son amour, que d’attendre sa mort, dans la crainte d’en être empêchée alors par quelque obstacle.
  329. Vous n’avez qu’un court espace de temps pour me rendre ces devoirs.
  330. 13 mars, 10 Nisan, un dimanche. C’était le jour où, d’après la loi (Exod. xii, 3-6), on choisissait l’agneau qui devait être immolé pour la Pâque. N.-S. voulut entrer triomphalement dans la capitale, afin de montrer à tous qu’il était le Messie annoncé par les Prophètes, et d’attirer sur sa personne, sur sa passion et sa mort l’attention de tous ceux qui étaient alors à Jérusalem.
  331. Zachar. ix, 9. Citation libre. Fille de Sion, habitants de Jérusalem, dont la partie la plus ancienne était bâtie sur le mont Sion : hébraïsme. — Ton roi, le Messie promis : comp. Matth. ii, 2, 4. — Sur le petit d’une ânesse. Les Orientaux, surtout en temps de paix, ne dédaignent pas de monter sur des ânes ; de là vient que cet animal est le symbole de la paix, comme le cheval est celui de la guerre : comp. Matth. xxi, 5.
  332. Glorifié, ressuscité, monté au ciel et reconnu comme le Messie. — Accomplies, sans y penser.
  333. En grec, toute la troupe qui était avec lui rendait témoignage qu’il avait appelé Lazare, etc.
  334. A attendre.
  335. Probablement des Prosélytes de la porte, ou païens qui avaient quelque connaissance du vrai Dieu, et venaient, quoique incirconcis, l’adorer à Jérusalem dans le parvis des Gentils. D’autres (Patrizzi) entendent des Juifs hellénistes, c’est-à-dire vivant dans les pays où l’on parlait la langue grecque.
  336. Qu’ils avaient aperçu dans le parvis des Gentils, tandis que Notre-Seigneur était avec ses autres disciples dans le parvis des femmes. Ad. Maier.
  337. Politiquement Bethsaïde appartenait à la Gaulonitide, qui faisait partie de la tétrarchie de Philippe, et non à la Galilée, gouvernée par Antipas ; mais saint Jean ne tient pas compte de cette séparation politique de date récente ; il parle comme tout le monde, et notamment comme Josèphe : comp. Antiq. xviii, 1, 2, Bell. Jud. ii, 12. D’autres distinguent deux Bethsaïde.
  338. Comme ils habitaient hors de la Palestine, ils ne l’avaient jamais vu.
  339. Par sa résurrection, son ascension, et la propagation de son Église dans le monde entier.
  340. Ainsi moi, froment divin tombé du ciel sur la terre, je dois mourir, afin de produire des fruits abondants, une multitude innombrable de fidèles. Mes disciples seront de même condition.
  341. Jusqu’à la préférer à sa foi de chrétien.
  342. Pour la vie éternelle ; ou : perdra la vie éternelle.
  343. L’aime moins (que Dieu) : hébraïsme.
  344. Dans les persécutions et la mort même.
  345. Dans l’éternelle béatitude.
  346. D’une gloire semblable à celle du Fils.
  347. A la pensée de ma mort prochaine.
  348. Quelle prière adresserai-je à mon Père ?
  349. Cette heure, c’est-à-dire le temps de sa passion et de sa mort. Comp. Matth. xxvi, 39 ; Marc, xiv, 36 ; Luc, xxii, 42.
  350. Notre-Seigneur, qui connaissait les décrets de son Père, se représente que sa mort procurera la gloire de Dieu et le salut du genre humain, et triomphe ainsi de l’effroi instinctif qu’éprouvait sa sainte humanité en face des douleurs de la passion. Jésus se parle à lui-même : Mais c’est pour cela, c’est-à-dire pour le salut des hommes ; Patrizzi : pour la gloire de mon Père (vers. 28). — L’analogie de ce passage avec l’agonie de Notre-Seigneur au jardin des Oliviers racontée par les synoptiques, est évidente. On voit par là combien est peu fondée l’assertion d’un incrédule célèbre, savoir, que Jésus, dans saint Jean, ne laisse apercevoir aucune de ces défaillances que lui attribuent les trois autres Évangélistes, spécialement avant sa passion.
  351. Votre nom, vous-même, l’essence divine, Dieu ; c’est-à-dire, faites que je subisse la mort qui fera éclater vos attributs, la sévérité de votre justice et votre amour pour les hommes : je suis prêt. — Je l’ai glorifié par l’obéissance parfaite de mon Fils, qui s’est offert à moi tout entier pendant sa vie et s’offre maintenant d’une manière spéciale. — Je le glorifierai encore, en acceptant le sacrifice que mon Fils m’offrira sur la croix. Ainsi trois fois Dieu le Père glorifia Jésus-Christ par une voix du ciel : au baptême, à la transfiguration, avant la passion, c’est-à-dire au commencement, au milieu, à la fin de la vie publique de Jésus.
  352. Satan. La seconde proposition explique la première. Pour l’intelligence de ce verset, il faut se rappeler dans quel rapport Satan se trouvait, depuis la chute de nos premiers parents, avec le genre humain et le monde physique. Le premier homme ayant perdu par le péché la royauté qu’il avait reçue de Dieu à l’origine sur le monde physique, Satan, avec la permission de Dieu, s’empara de cette royauté, et devint, à la place de l’homme, le prince de ce monde. Ce tyran tenait sous sa domination, non-seulement l’homme, le portant au mal, lui nuisant de mille manières par le moyen des créatures, le tourmentant par la crainte de la mort (Hébr. ii, 15) ; mais encore la créature non raisonnable, détournée par lui de sa fin, qui était de glorifier Dieu par le service de l’homme : elle aussi, dit saint Paul (Rom. viii, 19 sv.), soupirait après un libérateur. Cette rédemption ou délivrance fut accomplie objectivement par Jésus-Christ lorsque, par un acte suprême d’obéissance, sa mort sur la croix, satisfaisant pour la désobéissance de l’homme, il effaça la faute du genre humain, qu’il arracha ainsi à l’empire de Satan. Elle s’accomplit subjectivement tous les jours dans l’Église, où chaque fidèle est rendu par l’Esprit-Saint participant de la rédemption objective, de telle sorte que le démon n’ait plus sur lui aucune puissance. Enfin, la rédemption de la créature non raisonnable, commencée par les miracles de Jésus-Christ et les divines bénédictions émanées de lui, se continue au sein de l’Église dans les exorcismes et les bénédictions qui se font sur les divers objets du monde physique, dans l’or et l’argent qui reçoivent le corps et le sang du Sauveur, dans les pierres de nos temples sanctifiées par sa présence, et surtout dans la matière des sacrements, l’eau, l’huile, le froment et le vin, dont les subtils atomes, fécondés par la vertu mystérieuse de l’Esprit-Saint, nous apportent, non les principes de la vie matérielle, mais ceux de la vie surnaturelle et divine, et après avoir déposé dans l’âme la grâce, semence de la gloire, se confondent de nouveau avec la masse commune de l’univers, jusqu’au jour où, le nombre des élus étant complet, et l’humanité ayant reçu sa pleine rédemption en Jésus-Christ, non — seulement quant à l’âme, mais aussi quant au corps, la créature non raisonnable tout entière participera à cette délivrance : il y aura, dit saint Jean, un ciel nouveau et une terre nouvelle.
  353. Élevé sur l’arbre de la croix. — Tout, Juifs et Gentils. « Je tirerai, j’entraînerai : considérez avec quelle douceur, mais ensemble avec quelle force se fait cette opération. Il nous tire par la manifestation de la vérité. Il nous tire par le charme d’un plaisir céleste, par ces douceurs cachées que personne ne sait que ceux qui les ont expérimentées. Il nous tire par notre propre volonté, qu’il opère si doucement en nous-mêmes qu’on le suit sans s’apercevoir de la main qui nous remue, ni de l’impression qu’elle fait en nous. Suivons, suivons ; mais suivons jusqu’à la croix. Comme c’est de là qu’il tire, c’est jusque-là qu’il le faut suivre. » Bossuet.
  354. Le royaume du Messie. Voy. Ps. lxxi, 7 ; cix, 4 ; Dan. ii, 44 ; vii, 13, 14 al.
  355. Meure sur la croix.
  356. Qui doit mourir.
  357. Au lieu de faire une réponse directe qui n’eût servi de rien à ces esprits prévenus, Notre-Seigneur les exhorte tendrement à profiter du peu de temps pendant lequel la lumière, c’est-à-dire lui-même, sera encore au milieu d’eux.
  358. Ce vers, semble correspondre à Matth. xxi, 17.
  359. Notre parole, notre prédication touchant les souffrances du Messie. — Révélé : qui est-ce qui reconnaît par la foi la puissance divine se manifestant dans le Messie, auteur de si grands miracles ? Is. liii, 1.
  360. Dieu a prévu leur endurcissement volontaire ; or il est impossible que ce que Dieu a prévu n’arrive pas.
  361. Dans le style biblique, ce que Dieu permet seulement, ou ce dont il fournit l’occasion, est souvent présenté comme s’il l’avait fait lui-même. Cela revient à dire que les Juifs ne seront amenés ni par la doctrine, ni par les miracles de Jésus, à le regarder comme le Messie. Quoique Isaïe (vi, 9) parle de ses contemporains, l’Évangéliste nous apprend que ses paroles ont un sens prophétique et regardent les Juifs du temps de Notre-Seigneur, trop semblables à leurs pères. Comp. Matth. xiii, 14, 15.
  362. La nature divine du Messie, dans une vision où lui fut montrée la personne du Fils, égal et consubstantiel au Père (Is. {{sc|vi, 1 sv.).
  363. Me reconnaît comme Dieu.
  364. Condamne.
  365. « A chaque parole semblable que nous entendons, il faut remonter jusqu’à la source, contempler le Père dans le Fils et le Fils dans le Père. Voici donc l’acte de foi que je m’en vais faire : le Fils n’est pas de lui-même, autrement il ne serait pas Fils ; il ne parle donc pas de lui-même : il dit ce que son Père lui dit (vers. 50}. Son Père lui dit tout en l’engendrant, et il le lui dit, non par une autre parole, mais par la propre parole qu’il engendre ; il rapporte tout à son Père, parce qu’il s’y rapporte lui-même ; il rapporte sa gloire à celui de qui il tient tout son être, mais cette gloire leur est commune : quelque chose manquerait au Père si son Fils était moins parfait que lui. C’est ce que je crois, car Jésus-Christ me le dit ; c’est ce que je verrai un jour, parce que le même Jésus-Christ me l’a promis. » Bossuet.
  366. La doctrine qu’il m’a commandé d’enseigner, étant la vérité absolue, conduit à la vie éternelle.
  367. Le jeudi 17 mars, après le coucher du soleil, par conséquent le 15 Nisan, premier jour des azymes, étant déjà commencé. Saint Jean dit néanmoins : avant le jour (en gr. la fête) de la Pâque, parce que, écrivant de longues années après l’événement et s’adressant surtout aux Grecs, il compte les jours à la manière, non des Juifs, mais des Grecs et des Romains. Notre-Seigneur mangea donc l’agneau pascal le même jour que les Juifs, comme le disent les synoptiques. Patrizzi, Dollinger, Schegg, etc.
  368. De sa vie, dit saint Cyrille ; jusqu’au plus haut degré de l’amour, disent saint Chrysostome et le P. Patrizzi, qui entendent ces derniers mots de l’institution de l’Eucharistie, racontée par les synoptiques, et pour cette raison omise par saint Jean.
  369. Se fit, eut lieu, l’heure du repas pascal étant venue. D’autres : fut fait, c’est-à-dire fut achevé, après le souper. Ce dernier sens s’accorde moins avec le grec ; d’ailleurs, outre qu’il est peu naturel de placer le lavement des pieds après le repas pascal, les vers. 12 et 26 supposent que le souper n’était pas fini ; enfin la première explication se prête à un système plus facile d’harmonie entre saint Jean et les synoptiques. Voir Cène pascale dans le Vocabulaire.
  370. Tout, c’est-à-dire le pouvoir de donner la vie aux hommes, de juger le monde, etc. Comp. Matth. xi, 27 ; xxviii, 18. Bossuet : Quoique la toute-puissance dans le ciel et sur la terre appartînt naturellement au Fils, parce que dès le commencement il était Dieu, néanmoins elle lui venait du Père, qui, la lui ayant donnée par son éternelle naissance, la lui donnait d’une façon particulière au temps de la passion ; Jésus-Christ l’acquit alors par son sang, et eut à titre d’achat et d’acquisition ce qu’il avait déjà naturellement et par le droit de sa naissance.
  371. « Comme la pensée sort de l’esprit en y demeurant toujours… sorti par conséquent comme un autre lui-même, comme son Fils, de même nature que lui, Dieu comme lui, mais un même Dieu avec lui, un même Dieu que lui, parce qu’il ne sort pas par l’effusion d’une partie de sa substance, mais il sort de toute sa substance, qui ne souffre ni division, ni partage : de sorte que sa substance, sa vie, sa divinité, lui est communiquée tout entière, lui est commune avec le Père, à qui il ne reste rien de propre et de particulier que d’être Père, comme il ne reste à la source que d’être source, tout le reste, pour ainsi parler, passant tout entier dans le ruisseau. Bossuet.
  372. Par son ascension glorieuse. — Quoique Jésus-Christ sût bien qu’il était le Fils de Dieu, il voulut néanmoins remplir auprès de ses disciples l’humble ministère décrit dans les vers. suiv. Ce récit vif et plein de détails suppose un témoin oculaire.
  373. Lors de la sortie d’Égypte, les Israélites mangèrent la Pâque debout, un bâton à la main. Mais la tradition juive nous apprend que plus tard ils prirent le repas pascal, comme les autres repas, couchés sur des lits ou divans.
  374. Le premier.
  375. La raison ou la signification de ce que je veux faire.
  376. Si tu ne m’obéis. Ad. Maier : Si tu ne reçois pas la leçon d’humilité que je veux te donner par cette action.
  377. Locution proverbiale empruntée à la coutume des anciens de se baigner avant de venir à un festin ; il ne leur restait plus, en arrivant chez leur hôte, qu’à faire laver par des esclaves leurs pieds salis peut-être par la poussière du chemin, afin de ne pas souiller les riches divans sur lesquels ils s’étendaient autour de la table. Sens, selon D. Calmet et Ad. Maier : Notre-Seigneur considère la pureté du corps comme un symbole de la pureté de l’âme, comme s’il disait : De même vous, mes disciples, vos rapports avec moi, la réception de ma doctrine, la foi en moi comme Fils de Dieu, le baptême vous ont rendus purs, et vous n’avez plus besoin d’autre chose que de l’humilité, figurée par le lavement des pieds.
  378. Ce que signifie cette action.
  379. Vous rendre les services les plus humbles.
  380. C’est en souvenir de cet exemple que chaque année, le jeudi saint, les évêques lavent les pieds à douze pauvres. Le même usage se pratique dans les couvents ; et l’on a vu des princes catholiques remplir aussi, le même jour, cet humble office envers des pauvres vieillards, à qui ils donnaient ensuite un repas et des aumônes.
  381. Ceci, savoir, que vous serez heureux.
  382. Mais. Corn. Lapierre : J’ai néanmoins choisi le traître Judas, afin que l’Écriture s’accomplisse. D’autres : Je pourrais donc déjouer les desseins de Judas ; mais il faut, etc.
  383. Citation libre du Ps. xl, 10, où David figure le Messie, et Achitophet le traître Judas.
  384. Ce vers. se rattache au vers. 16. Les apôtres doivent être humbles, mais pleins de courage, car quiconque les reçoit, c’est-à-dire leur donne l’hospitalité, etc. Saint Cyrille entend ces paroles dans le sens de ce qui est dit plus haut (v. 23) : Celui qui honore le Fils, honore le Père, etc., et y voit un avertissement indirect adressé à Judas, pour le détourner de consommer son crime.
  385. Se troubla, à cause de la peine que lui causait la trahison de Judas. Cette prédiction correspond-elle à Matth. xxvi, 21, et Marc xiv, 18, ou à Luc xxii, 21 ? Faut-il la placer avant ou après l’institution de l’Eucharistie ? Voy. Cène pascale dans le Vocabulaire.
  386. Que cette périphrase désigne l’évangéliste saint Jean, c’est le témoignage unanime de toute la tradition. Chaque divan recevait trois convives, étendus les jambes en arrière et appuyés sur le coude gauche. La place du milieu, la plus honorable, était occupée par Notre-Seigneur ; saint Pierre venait ensuite, à sa gauche, et saint Jean, le troisième, à sa droite, n’ayant par conséquent qu’un mouvement à faire pour appuyer la tête sur la poitrine de Jésus.
  387. Lui demanda par ce signe. En grec, fit signe à celui-ci de s’informer auprès de Jésus quel serait celui dont il parlait. Notre-Seigneur, qui présentait le dos à saint Pierre, ne vit pas ce signe.
  388. A voix basse.
  389. Dans le brouet composé de fruits cuits dans du vin. Voy. Cène pascale dans le Vocabulaire.
  390. Avec toute sa méchanceté. Le misérable, se voyant découvert, n’en devint que plus furieux.
  391. Corn. Lapierre : Car je désire ardemment mourir pour le salut du monde ; Ad. Maier : L’idée principale est dans le mot vite ; Notre-Seigneur veut éloigner au plus tôt le traître de sa sainte compagnie.
  392. Avait-il communié ? A peu d’exceptions près, toute la tradition répond unanimement. Voy. la note du vers. 2, et le mot Cène pascale dans le Vocabulaire.
  393. La nuit était commencée.
  394. A été, prétérit prophétique pour sera bientôt glorifié, par sa mort sur la croix, suivie de la résurrection et de l’ascension. — Par lui : ma mort manifestera aux hommes son amour, sa sainteté et sa justice (Ad. Maier). Saint Cyrille et saint Chrysostome : La divinité du Fils, aujourd’hui cachée, se révélera au moment de sa mort par des miracles, l’obscurcissement du soleil, le tremblement de terre, etc.
  395. En associant dans le ciel à sa propre gloire son Fils, Dieu-Homme. Saint Cyrille et saint Chrysostome : Quand ma divinité se sera révélée à l’heure de ma mort, moi, le Fils de Dieu, je glorifierai mon humanité, en la ressuscitant et en la faisant monter au ciel.
  396. C’est-à-dire mes bien-aimés.
  397. L’Ancien Testament disait : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Lévit. xix, 18. L’amour de soi était donc la mesure de l’amour du prochain. Mais le type et la règle de la charité chrétienne, c’est l’amour même que Jésus a eu pour les hommes, un amour généreux, désintéressé, qui affronte le mépris et la souffrance, et va jusqu’à donner sa vie. C’est donc là un commandement nouveau, si l’on considère la mesure et le degré de charité.
  398. A la mort.
  399. Qui suis son Fils, Dieu comme lui, et qui ne vous laisserai pas sans secours. — En grec, croyez en Dieu, et croyez-moi.
  400. Ce vers. a pour but d’expliquer le trente-troisième du chapitre précédent, et d’effacer l’impression pénible que ces paroles mal comprises avaient produites sur les Apôtres.
  401. A l’heure de votre mort, et d’une manière plus parfaite au jour du jugement. Ad. Maier entend je reviendrai de la communication de l’Esprit-Saint : comp. vers. 23.
  402. La voie pour moi, c’est ma mort ; pour vous, c’est d’avoir part à l’œuvre de la Rédemption. Ce dernier point sera expliqué au vers. 6
  403. Notre-Seigneur ne répond qu’à la seconde question de Thomas, la plus importante : Moi seul, dit-il, je puis apprendre aux hommes à connaître le Père, et les moyens d’aller à lui. L’Église tient la place de Notre-Seigneur sur la terre : elle est la voie, la vérité et la vie.
  404. M’aviez connu, parfaitement. — Mon Père, car mon Père et moi avons la même substance divine. — Connaîtrez, quand j’aurai été glorifié. En grec, et maintenant vous le connaissez. — Vu : l’explication est donnée au vers. 9.
  405. En grec, et tu ne me connais pas encore ?
  406. Notre-Seigneur, dit Maldonat, insinue qu’il y a en lui deux natures, la nature humaine, qui frappe les yeux du corps, et la nature divine, qui se révèle aux yeux de l’âme.
  407. En grec, ne crois-tu pas.
  408. L’identité des œuvres prouve l’identité de la doctrine.
  409. Des miracles que mon Père fait pour moi. — En grec les mots, du moins — œuvres, appartiennent au vers. 11.
  410. 1° Notre-Seigneur ne sortit point de la Palestine ; les Apôtres évangéliseront le monde, et étendront par toute la terre le royaume de Jésus-Christ ; 2° Les miracles de Jésus, rendant la vue aux aveugles, ressuscitant les morts, etc., n’étaient que la figure des œuvres plus excellentes que devaient faire les Apôtres en administrant les sacrements, où, non le corps, mais l’âme est éclairée, guérie, etc. Parce que : Jésus glorifié donnera du haut du ciel ce pouvoir à ses Apôtres.
  411. Je le ferai : les œuvres idéales du Père sont réalisées par le Fils (i, 3 ; v, 19), qui d’ailleurs opère dans et par ses Apôtres. — Afin que, par les œuvres du Fils, éclatent la puissance, l’amour, la sagesse de Dieu.
  412. Toutefois rendez-moi amour pour amour, et gardez, etc.
  413. Et moi, si vous persévérez dans mon amour, je prierai, comme homme. — Paraclet, c’est-à-dire aide, secours, auxiliateur, Remarquez le mot autre : Notre-Seigneur est aussi Paraclet.
  414. C’est la même pensée que saint Paul exprime plus clairement : « L’homme animal ne comprend pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu. » I Cor. ii, 14.
  415. L’Esprit-Saint sera jusqu’à la fin des siècles dans l’Église, — non par une présence visible, comme la mienne, mais dans les âmes, où il accomplira ses divines opérations.
  416. Orphelins : Notre-Seigneur venait de les appeler ses petits enfants (xiii, 33), il continue à parler en père. — A vous, en vous envoyant l’Esprit-Saint, qui a la même nature et la même substance divine que moi.
  417. >Saint Cyrille : « Notre-Seigneur dit qu’après son ascension il sera sera invisible pour ceux qui sont dans du monde, qui en ont les affections et les sentiments ; mais qu’il sera visible pour les pieux fidèles, le Saint-Esprit faisant briller dans leur âme une lumière divine. » C’est une vérité d’expérience : les mondains n’aperçoivent Jésus-Christ nulle part ; les saints, qui ont la vraie vie, la grâce sanctifiante, découvrent partout sa présence et son action.
  418. Éclairés par l’Esprit-Saint, vous connaîtrez que je suis dans le Père par l’unité d’une seule essence divine. — Vous en moi, par la régénération vous m’êtes incorporés comme les membres au chef, — Moi en vous, par l’Esprit-Saint, qui habite substantiellement, disent les anciens Pères (SS. Irénée, Cyrille d’Alex., Augustin, etc.), dans les âmes Justes ; en sorte que la grâce sanctifiante est la personne mème du Saint-Esprit. Voy. Matth. iii, 13, note. Ainsi il y a ressemblance, mais non égalité, entre l’union du Père avec le Fils, et celle du Fils avec les chrétiens. Bossuet : « En ce jour, lorsque le Saint-Esprit vous sera donné, et encore plus en ce jour où vous verrez à découvert la vérité même, vous verrez mon union intime, substantielle et naturelle avec mon Père, et celle que j’ai contractée avec vous par miséricorde et par votre grâce. »
  419. En venant en lui par le Saint-Esprit, et en lui donnant une connaissance de plus en plus claire des mystères divins, jusqu’au jour où il sera admis dans le ciel à la vision intuitive de Dieu. Ce vers, explique à quelle condition se fera l’union de Jésus-Christ avec l’âme fidèle : « Quand sera-ce, ô Seigneur, que vous m’admettrez à ce secret, à cette vue intime et parfaite de votre Père et de vous ? Quand vous verrai-je, ô Père et Fils, ô Fils et Père ? Quand verrai-je votre parfaite unité, et la manière admirable dont vous demeurez l’un dans l’autre, lui en vous, et vous en lui ? Quand vous verrai-je, ô Dieu qui sortez de Dieu, et qui demeurez en Dieu, ô Dieu, Fils de Dieu ?… O Père, je serai heureux quand je verrai votre face ! Mais votre face, votre manifestation, c’est votre Fils ; c’est le miroir sans tache de votre incompréhensible majesté, de votre beauté immortelle, l’image de votre bonté parfaite, la douce vapeur, l’émanation de votre clarté et l’éclat de votre éternelle lumière (Sag. vii, 25-26) : en un mot, votre pensée, votre conception, la parole substantielle et intérieure par laquelle vous exprimez tout ce que vous êtes : parfaitement et exactement un autre vous-même : qui sort sans retranchement du fond de votre substance. Je me perds, je crois, j’adore ; j’espère voir, je le désire : c’est là ma vie. » Bossuet.
  420. Saint Jude, appelé aussi Thaddée, ou Lebbée, frère de saint Jacques le mineur, et fils d’Alphée et de la sœur de la sainte Vierge. Cet apôtre était préoccupé de l’idée d’un royaume terrestre du Messie qui devait embrasser tous les peuples.
  421. Notre-Seigneur répond indirectement, en insistant sur la pensée du vers. 21.
  422. Il faut donc la garder.
  423. L’Esprit-Saint : le Paraclet est appelé l’Esprit-Saint, parce qu’il est par essence la sainteté incréée, parfaite, et que de lui découle toute la sainteté des anges et des hommes, comme le rayon, dit Corn. Lapierre, s’échappe du soleil. — En mon nom, à ma place, pour achever mon œuvre (Mald., C. Lapierre) ; d’autres : à ma prière. — Ai dit, tous les mystères qui se rapportent au salut des hommes, et que vous n’avez pas encore bien compris jusqu’à présent.
  424. La paix que Notre-Seigneur donne, c’est la paix en Dieu et avec Dieu, le contentement intérieur de l’âme unie par la grâce à Jésus-Christ, contentement que ni les dangers, ni les tribulations ne sauraient troubler. Ce qui suit doit s’unir par le sens au vers. 28.
  425. Notre-Seigneur parle ici comme homme. Mon Père glorifiera mon humanité, si abaissée maintenant, en la faisant asseoir à sa droite au-dessus de toutes les créatures. Saint Athanase, saint Cyrille, saint Chrysostome, saint Jean Damascène enseignent que Notre-Seigneur, même comme Dieu, aurait pu parler ainsi : car le Père, disent-ils, est plus grand que le Fils, non par la nature ou la dignité, mais à raison de l’origine, étant le principe du Fils.
  426. Savoir, que je vais à mon Père en passant par la mort.
  427. Dans la personne des Juifs, ses suppôts.
  428. Qui lui appartiennent.
  429. Je veux aller au-devant de mes ennemis. D’autres, supposant une ellipse facile à suppléer, joignent mais afin à ce qui précède, et mettent un point après ainsi je fais.
  430. D’après Allioli, Notre-Seigneur dit cette parabole en descendant du mont Sion, d’où la vue s’étendait sur les vignobles situés aux environs ; mais le docte interprète semble oublier qu’en ce moment la nuit était venue. Ad. Maier conjecture que l’occasion de cette parabole fut la coupe consacrée que Notre-Seigneur présenta à ses disciples à la fin de la Cène. — Vraie, parce que les sarments unis à elle en reçoivent une sève (la grâce, principe de la vie surnaturelle) et des fruits meilleurs que ceux qu’une vigne donne à ses rameaux. Saint Jean dit dans le même sens : La vraie lumière, le vrai pain.
  431. Après la Cène. D’autres : à cause de ma doctrine que vous avez entendue et reçue docilement dans vos cœurs.
  432. Le, c’est-à-dire le sarment.
  433. Mes vrais disciples.
  434. De votre côté, persévérez dans l’amour que vous avez pour moi.
  435. En venant sur la terre et en mourant pour les hommes.
  436. Ces choses : vers. 1-10. — Ma joie, la joie qui vient de moi, qui est donnée par moi. Patrizzi : Afin que la joie que me fait éprouver votre amour soit (en grec demeure) toujours en vous, c’est-à-dire que votre fidélité à mon service me la fasse toujours goûter.
  437. Le commandement propre à la religion de Jésus-Christ, appelé ailleurs nouveau (xiii, 34). Ce vers. continue le vers. 10.
  438. Pour ceux qu’on aime, amis ou ennemis.
  439. Tout, avec les restrictions indiquées par le bon sens, et xiv, 23, 26 ; xvi, 12.
  440. En sorte que : le choix que j’ai fait de vous et votre dignité d’apôtres auront pour résultat que tout ce que vous demanderez, etc.
  441. « Ce n’est pas que les hommes du monde s’aiment les uns les autres : c’est tout le contraire, et tout le monde est rempli de haines et de jalousies ; mais c’est que les plaisirs et les intérêts du monde font des liaisons et des commerces agréables. Mais les disciples de Jésus-Christ n’ont rien qui plaise au monde. Le monde veut des flatteurs : on n’y vit que de complaisances mutuelles, en s’applaudissant l’un à l’autre. A quoi bon un chrétien ? Il est inutile : il n’entre ni dans nos plaisirs ni dans nos affaires, qui ne sont que fraudes ; sa vie simple et innocente est une censure de la nôtre : il faut le faire mourir, puisqu’il ne fait que troubler nos joies (Sag. ii, 12, 15, 20). Chrétiens, innocent troupeau, c’est ce qui vous fait la haine du monde ! » Bossuet.
  442. Chap. xiii, 16, quoique dans un autre sens.
  443. Le péché d’incrédulité et de haine contre le Fils de Dieu.
  444. Ps. xxxiv, 19 ; lxviii, 5.
  445. Attestant que je suis le Fils de Dieu, non-seulement par l’illumination intérieure, mais par les divers dons qu’il mettra dans les fidèles, et qui frapperont les regards, les dons de prophétie, des langues, des miracles, etc.
  446. « Ce sera un témoignage irréprochable, rendu par des personnes qui ont tout vu ; un témoignage sincère, confirmé par l’effusion de votre sang. » Bossuet.
  447. En gr. le vers. 5 commence ici.
  448. Comp. vii, 39, et Matth. iii, 11.
  449. La justice de qui ? Maldonat, Ad. Maier : La justice de Jésus-Christ ; le Saint-Esprit convaincra le monde que je suis juste et saint, et non un imposteur, un faux prophète ; en effet, je m’en vais à mon Père pour être glorifié par lui : or mon Père ne glorifierait point un imposteur. Bossuet, Patrizzi : La justice des disciples de Jésus-Christ ; car je m’en vais à mon Père, sans que pour cela vous cessiez de croire en moi. Cette justice, qui consiste dans la foi, est opposée au péché du monde, qui est l’incrédulité. Comp. Rom. iii, 22 ; x, 10 ; Hébreux, xi, 1. La première interprétation nous paraît préférable.
  450. C’est-à-dire la condamnation de Satan, le prince de ce monde, dont l’empire est renversé par Jésus-Christ, et doit peu à peu disparaître. C’est ce que l’Esprit Saint manifestera au monde par la prédication des Apôtres, par les miracles qu’il leur donnera le pouvoir d’opérer, par la propagation de la religion chrétienne, par la sanctification des fidèles, etc.
  451. Car ou bien donne la raison de : vous enseignera toute vérité ; ou bien explique pourquoi le Saint-Esprit n’apprendra pas autre chose aux Apôtres que ce que Jésus-Christ avait alors à leur dire, et qu’ils ne pouvaient encore porter. Ce dernier sentiment est celui du P. Patrizzi. — Entendu, du Père et de moi.
  452. Il apprendra au monde que je suis le Messie, le Fils de Dieu.
  453. Il tire de moi l’être divin et la science divine. L’évangéliste dit recevra, au lieu de reçoit, à cause du futur qui suit. De ce passage, les saints Pères et le concile œcuménique de Florence concluent avec raison que le Fils est Dieu, et que le Saint-Esprit procède du Fils comme du Père.
  454. Vous me verrez : quand et comment ? 1° Saint Chrysostome. Tolet, Jansénius, Patrizzi : Après la résurrection de Jésus-Christ ; traduisez : et vous me verrez aller à mon Père, en sorte que le second un peu de temps désigne les quarante jours qui ont précédé l’ascension. 2° Klofutar : Vous me verrez venant à vous par l’Esprit-Saint que vous recevrez le jour de la Pentecôte ; il tiendra ma place ; son habitation dans vos âmes sera pour vous comme la perpétuité de ma présence : ainsi un peu de temps désigne l’intervalle qui restait jusqu’à l’ascension, et parce que je vais, etc., donne la raison de tout le verset. 3° Saint Augustin, Maldonat, Bossuet : Vous me verrez à la fin des temps, quand je viendrai pour le jugement universel. « Ainsi, dit Bossuet, ce que Notre-Seigneur appelle un peu de temps, c’est tout le temps de la durée de ce siècle : tant à cause que ce temps finit bientôt pour chacun de nous, qu’à cause qu’en le comparant à l’éternité qui doit suivre, c’est moins qu’un moment. » On pourrait réunir les deuxième et troisième sens : Je suis encore un peu de temps avec vous, jusqu’à l’ascension ; et après un peu de temps je serai encore avec vous, d’abord par le Saint-Esprit que je vous enverrai, ensuite quand je viendrai des cieux une seconde fois pour vous y amener avec moi.
  455. S’imaginant, dit Ad. Maier, avoir par ma mort anéanti mon ouvrage.
  456. Quand vous serez réunis à moi pour une éternité de gloire et de bonheur.
  457. Voy. la note du vers. 16.
  458. Sur rien, soit parce que l’Esprit-Saint vous éclairera, soit parce que, dans le ciel, tous les mystères vous seront révélés. — Donnera : nouveau motif de consolation proposé par Notre-Seigneur aux Apôtres. Demander au nom de Jésus-Christ, c’est demander par ses mérites, par sa qualité de Fils de Dieu, de Sauveur du monde.
  459. Quand j’étais avec vous, vous vous adressiez à moi, et moi je vous obtenais tout de mon Père ; maintenant que je vous quitte, adressez-vous vous-mêmes à mon Père ; il suffit, pour être exaucés, que vous invoquiez mon nom. C’est pour cette raison que l’Église, dans la liturgie, adresse ordinairement ses prières à Dieu le Père, et les termine par ces paroles : Par Jésus-Christ Notre-Seigneur, etc.
  460. Dans un langage encore obscur pour vous.
  461. « Jésus-Christ, dit saint Augustin, comme homme intercède pour nous (Rom. viii, 34), comme Dieu nous exauce avec son Père. » Ni l’un ni l’autre n’est ici nié ; Jésus ne dit qu’une chose, c’est que son Père, de lui-même et sans autre intercesseur, les aime assez pour les exaucer.
  462. Et c’est la vérité : oui, je suis sorti, etc.
  463. Parabole a encore ici le sens de langage obscur et mystérieux. Allusion au vers. 16.
  464. Pour obtenir de vous une réponse, un éclaircissement désiré. Allusion au vers. 19.
  465. Jésus met en doute ou nie tout à fait que la foi de ses Apôtres soit encore bien affermie, et leur prédit au vers. suiv. qu’ils vont l’abandonner.
  466. Ces choses, tous les discours après la cène. — En moi, dans la foi en moi, et dans mon amour. — J’ai vaincu, prétérit prophétique : la victoire est commencée ; elle sera bientôt consommée par ma mort sur la croix, par ma résurrection, mon ascension glorieuse et la mission du Saint-Esprit.
  467. Mon Père : Jésus prie comme homme. — L’heure de ma mort. Votre Fils, en le ressuscitant et le faisant asseoir à votre droite. — Vous glorifie : afin que votre royaume, l’Église, mère d’innombrables enfants de Dieu, s’établisse sur la terre.
  468. Dans ce passage, le Père n’est point opposé au Fils, c’est Dieu, la nature divine, qui est opposé aux fausses] divinités du paganisme. — Jésus-Christ : c’est le seul endroit des Évangiles où Notre-Seigneur s’appelle de ce double nom.
  469. J’aurai bientôt consommé par ma mort sur la croix l’œuvre, etc.
  470. Communiquez à ma nature humaine la gloire que j’ai eue, comme votre Fils, de toute éternité auprès de vous.
  471. Aux hommes, aux Apôtres, tirés du milieu de la corruption du monde et du péché. — Votre parole, votre doctrine que je leur ai enseignée.
  472. La tautologie disparaît si l’on réfléchit que tout ce que vous m’avez donné (ma doctrine) est synonyme de : tout ce que je leur ai enseigné. Comp. vii, 16 ; xii, 49.
  473. Pour eux, pour les Apôtres ; il priera pour ses disciples en général à partir du vers. 20. — Je ne prie point : Jésus-Christ a prié pour tous les hommes, même pour ses bourreaux : il a offert pour tous le mérite de sa mort. Le monde n’est donc pas exclu de sa prière en général, mais de cette prière particulière qu’il adresse à son Père pour ses Apôtres et ses disciples en ce moment solennel (Corn. Lapierre, Allioli). Saint Augustin explique cela autrement : Je ne prie pas pour le monde, c’est-à-dire pour ceux qui doivent, jusqu’à la fin de leur vie, rester du monde, pour les infidèles et les pécheurs endurcis. Comp. vers. 21. — A vous, première raison pour laquelle Notre-Seigneur prie pour eux.
  474. Deuxième raison pour laquelle Notre-Seigneur prie pour ses Apôtres. La troisième se trouve au vers. suiv.
  475. Dans votre nom, c’est-à-dire dans la connaissance de votre nom, dans la fidélité à garder la vraie doctrine que je leur ai prêchée. — Comme nous, d’une union semblable à la nôtre : que par la foi ils soient unis à Jésus-Christ, et par Jésus-Christ au Père. C’est la première chose que Notre-Seigneur demande pour ses Apôtres ; la deuxième est exprimée dans les vers. 14-16 ; la troisième dans les vers. 17-19.
  476. Voy. xiii, 18.
  477. Pendant que je suis encore dans le monde, afin que, conservés par vous dans la vérité, ils arrivent à l’éternelle béatitude.
  478. Votre doctrine ; ajoutez : Et ils l’ont reçue.
  479. En les appelant de suite dans le ciel ; car ils doivent prêcher l’Évangile.
  480. Notre-Seigneur répète la pensée du vers. 14, comme un motif pour obtenir ce qu’il demande au vers. suivant.
  481. Saint Chrysostome, Maldonat, Allioli : Consacrez-les par l’Esprit-Saint (au jour de la Pentecôte) comme vos ministres, afin qu’ils fassent connaître votre doctrine, qui est la vérité. Patrizzi : Sanctifiez-les dans la vérité ; que votre doctrine, qui est la vérité, soit la règle de leurs sentiments et de leurs actions : le vers. suivant donne la raison de cette demande.
  482. Je les enverrai.
  483. Saint Chrysostome, A. Maier ; Je m’offre moi-même en sacrifice sur la croix, afin qu’étant ensuite glorifié, je leur envoie l’Esprit-Saint qui les sanctifiera, les consacrera, les dévouera au ministère apostolique.
  484. Par leur prédication.
  485. Tous, apôtres et fidèles. — Ainsi, en voyant cette belle unité. — Envoyé, et que mon œuvre est divine.
  486. Quelle est cette gloire ? Bossuet : Celle qui devait être donnée à Jésus-Christ selon sa nature humaine dans sa résurrection et son ascension ; cette gloire nous sera donnée, puisque nous ressusciterons. Saint Chrysostome : La véritable doctrine et le pouvoir d’opérer des miracles. Corn. Lapierre, Klofutar : La qualité d’enfants de Dieu, que Notre-Seigneur possède par nature, nous par adoption, et l’éternelle béatitude qui en est la conséquence. Ce dernier sens nous paraît le véritable.
  487. En eux, par la foi, principe de l’union de l’homme avec Dieu, et par l’Esprit-Saint qui habite dans les âmes. — Consommés en un, c’est-à-dire parfaitement un. — Les avez aimés, leur ayant donné par adoption la qualité d’enfants de Dieu, que moi, votre Fils unique, je possède par nature. « Nous avons été faits participants du Christ, dit saint Paul (Hébr. iii, 14), si toutefois nous retenons fermement jusqu’à la fin le commencement de sa substance (la grâce) qui est en nous. Et saint Pierre, surpassant encore l’énergie et la clarté de ce langage, recommande aux premiers fidèles les dons et les promesses par où ils ont été appelés au partage de la nature divine (II, i, 4). Ainsi, aucun doute n’est permis sur le sens où il faut entendre l’union de l’âme avec Dieu dans l’ordre surnaturel. Cette union est une sorte de déification qui, sans confondre le fini avec l’infini, le créé avec l’incréé, les met dans un rapport si étroit, que non-seulement l’homme pense comme Dieu, mais que Dieu est dans l’homme par une pénétration réelle de sa substance, à la manière dont le feu est dans le fer qu’il transfigure par sa lumière et sa chaleur sans le dénaturer ni se dénaturer lui-même. » Lacordaire. Le lien de cette union, c’est l’Esprit-Saint, qui est l’Esprit du Père et du Fils, habitant substantiellement dans l’âme fidèle.
  488. Où je suis, dans le ciel. — Voient ma gloire, — et, en la voyant, la partagent (I Jean, iii, 1). — Parce que : la source de notre bonheur, dit Bossuet, c’est que ce Fils que Dieu aime et qu’il porte dans son sein avant que le monde fût et de toute éternité, se soit fait homme, ne faisant qu’une seule et même personne avec l’homme qui lui est uni. Dieu aime ce tout comme son Fils, il répand sur les hommes, qui sont ses membres, le même amour qu’il a pour lui : d’où il suit que l’amour qu’il a pour nous est une extension et une effusion de celui qu’il porte dans l’éternité à son Fils unique.
  489. Et ont cru.
  490. Je leur ai fait connaître, aux Apôtres, et par eux aux fidèles. — Ferai connaître de plus par l’Esprit-Saint. — « On peut voir maintenant tout le dessein et toute la suite de cette prière. Notre-Seigneur commence par demander que son Père le glorifie, et cette glorification se termine à nous en faire part, en sorte que la perfection de la glorification de Jésus-Christ soit dans la nôtre : ce qui nous unit tellement à lui, que le Père même ne nous en sépare point dans son amour. Après quoi il faut se taire avec le Sauveur, et, demeurant dans l’étonnement de tant de grandeurs où nous sommes appelés en Jésus-Christ, n’avoir plus d’autre désir que de nous en rendre dignes avec sa grâce. » Bossuet.
  491. Du cénacle. Patrizzi : de Jérusalem. — Cédron, litt. le Noir ou le Triste. Alimenté, non par des sources, mais par des eaux de pluie qui découlent des hauteurs et entraînent de la terre avec elles, chargé en outre des immondices de la ville, le Cédron tire son nom de la couleur sombre de ses eaux. A sec pendant l’été, il coule en hiver à l’est de Jérusalem, entre cette ville et la montagne des Oliviers, et va se jeter en serpentant dans la mer Morte. — Un jardin, celui de Gethsémani ou des Oliviers. Voy. Marc, xiv, 32, note.
  492. Probablement une partie de la cohorte romaine qui occupait la forteresse Antonia.
  493. Après avoir reçu le baiser de Judas, Jésus s’avança vers la foule, qui était restée en arrière.
  494. En montrant du doigt ses Apôtres.
  495. L’Évangéliste se rappelle une parole de Notre-Seigneur dite un peu auparavant (xvii, 12), et accomplie ici dans le sens de la vie du corps.
  496. Des membres du Sanhédrin.
  497. Sur Anne et Caïphe, Voy. Vocabulaire. — Le P. Patrizzi pense que ces deux personnages étaient réunis cette nuit-là dans la même maison : voy. pag. 238, note 3 ; ceux qui n’admettent pas cette opinion, disent que Jésus fut amené d’abord chez Anne, dont la maison était sans doute plus près de la porte de la ville, puis en secret chez Caiphe, quand les membres du Sanhédrin furent assemblés dans la maison de ce dernier. Quoiqu’il en soit, c’est chez Caiphe que se passent les faits racontés à partir du vers. 15.
  498. Saint Jean, qui se désigne souvent de cette manière.
  499. Ou au moins des gens de sa maison.
  500. Ce vers. est une parenthèse destinée à réparer un oubli ou une négligence du récit antérieur : c'est avant le vers. 15 que ceci eut lieu. Puis, au vers. 25, l’Évangéliste reprend le fil du récit commencé au vers. 18. Sur les trois reniements de saint Pierre, voy. pag. 238, note 3.
  501. Prétoire : on appelait ainsi, chez les Romains, le palais où le préteur ou gouverneur d’une province tenait ses audiences et rendait la justice. L’ancien palais royal d’Hérode le Grand, bâti dans la partie haute de Jérusalem et communiquant avec la forteresse Antonia, voisine du temple, servait alors de prétoire, et c’était là que demeurait le procurateur Pilate lorsqu’il venait de Césarée à Jérusalem. — Se souiller, en entrant dans la maison d’un païen. — La Pâque, non l’agneau pascal, mais les victimes qu’on avait coutume d’immoler pendant les sept jours que durait la fête.
  502. On devine déjà que Pilate, comprenant qu’il s’agit d’une affaire de religion, est peu favorable à l’accusation.
  503. Il n’y a point de doute que les sentences capitales, ou du moins le droit de les exécuter, ne fût alors réservé au gouverneur romain. « Le prœses, dit Walter, avait le droit de vie et de mort, et les magistrats municipaux pouvaient seulement arrêter, faire subir les premiers interrogatoires et garder les criminels. » Le Thalmud, il est vrai, fait ôter ce droit au Sanhédrin quarante ans seulement avant la ruine de Jérusalem ; mais, outre que ce nombre n’a rien de précis dans les livres des Juifs, on lit dans un autre passage du Thalmud : Plus de quarante ans.
  504. Savoir, qu’il serait livré aux Gentils et crucifié par eux : Matth. xx, 19 ; Jean, xii, 32. Al.
  505. Voy. Luc, xxiii, 2.
  506. Pour attendre la venue d’un roi des Juifs, et pour m’imaginer que vous êtes ce roi ? Comme la fierté du Romain et le mépris des Juifs respire dans toutes les paroles de Pilate ! Puis, laissant là cette accusation, il demande à Jésus ce qu’il a fait pour soulever tout ce monde contre lui.
  507. C’est-à-dire, n’est pas semblable aux autres royaumes qui sont sur la terre où il y a des armées, etc. César n’a rien à craindre de moi. Voyez, je n’ai point de défenseurs.
  508. Maintenant est explétif, et complète l’opposition indiquée par mais.
  509. Formule d’affirmation ou de concession.
  510. Est ami ou du parti de la vérité. Entre les vers. 38 et 39 doit se placer le renvoi de Jésus à Hérode, raconté par saint Luc.
  511. C’est entre les vers. 39 et 40 qu’il faut placer le message de la femme de Pilate, raconté Matth. xxvii, 19, 20.
  512. Il est probable que Pilate ordonna ce supplice comme question, non qu’il eût besoin pour lui-même de s’assurer par ce moyen de l’innocence de Jésus ; mais il voulait montrer aux Juifs que, même après y avoir eu recours, il n’avait pu le convaincre d’aucun crime. La colonne de la flagellation est conservée à Rome dans l’église de sainte Praxède.
  513. D’une vieille casaque militaire.
  514. Philon (in Flaccum) rapporte une insulte semblable infligée, par les habitants d’Alexandrie, au roi Hérode Agrippa.
  515. La couronne d’épines : le Fils de l’homme prenait ainsi sur soi d’une manière symbolique la malédiction prononcée contre la terre, lorsque Dieu dit à Adam après son péché : « A cause de ce que tu as fait, la terre sera maudite, et elle te produira des ronces et des épines (Gen. iii, 17, 18). » — On sait que la couronne d’épines de Notre-Seigneur fut donnée par Beaudoin, empereur latin de Constantinople, au roi de France saint Louis, qui, pour la recevoir, fit construire la Sainte-Chapelle. Cette relique insigne se conserve aujourd’hui à Notre-Dame de Paris. — Leur dit, pour exciter leur compassion. — Les ruines du prétoire existent encore, et notamment la terrasse de l’Ecce Homo. Ces ruines sacrées ont été acquises vers la fin de 1857 par la Congrégation de Notre-Dame de Sion, qui possède un couvent tout à côté.
  516. Lévit. xxiv, 16.
  517. Il lui répugnait jusqu’alors de condamner un innocent ; mais, entendant parler de Fils de Dieu, il craignit d’attirer sur lui la colère de quelque divinité.
  518. Sans doute parce que Pilate était incapable de le comprendre.
  519. Le péché des Juifs, qui ont agi par haine et par envie, est plus grand que le vôtre, vous qui ne me condamnez que par crainte et par faiblesse.
  520. « Sous un règne dont Tacite dit : Le crime de lèse-majesté était le complément de toutes les accusations (Annal. iii, 38), le langage menaçant des chefs du peuple est parfaitement conforme aux circonstances. Pilate avait d’abord laissé voir un léger reste de la justice dont les Romains se targuaient ; mais finalement il ne tient qu’à la faveur de Tibère. » Tholuck.
  521. C’était une place revêtue d’un carrelage en mosaïque, et située devant le prétoire, entre la tour Antonia et le portique occidental du temple (Josèphe, Bell. Jud. vi, 1, 8 et iii, 2). Lithostrotos signifie litt. terrain pavé en pierres, et Gabbatha, en syro-chaldaïque, éminence. C’est là que Pilate avait fait dresser son tribunal ou bima. Suétone nous apprend que César, jusque dans les camps, faisait paver en mosaïque le lieu où il plaçait son tribunal.
  522. Le vendredi qui tombait dans la semaine de Pâque.
  523. Voy. Marc, xv, 25, note.
  524. Un homme dans cet état peut-il vous inspirer la moindre crainte pour l’ordre public ?
  525. Il faut placer après ce verset Matth. xxvii, 24, 28.
  526. Non par les Juifs, mais par les soldats romains.
  527. On appelait ainsi, disent le P. Patrizzi et Schegg, une petite colline qui avait la vague apparence d’un crâne chauve, comme nous disons en français Chaumont. Berlepsch, après saint Jérôme : Golgotha, c’est-à-dire tête, ou lieu de la tête, lieu capital, où l’on exécutait les sentences de mort.
  528. Le titre de la croix se conserve encore aujourd’hui à Rome, et quoique les lettres, surtout hébraïques et grecques, en soient usées par le temps, on en peut conclure que saint Jean a rapporté exactement cette inscription dont les synoptiques n’ont donné qui le sens ou l’abrégé.
  529. Par conséquent en trois langues. Quelques-uns pensent, d’après Luc, xxiii, 38, que les trois inscriptions étaient composées avec trois sortes de caractères, mais dans la même langue. Malheureusement la relique de Rome est trop défigurée pour fournir un argument décisif ; le premier sentiment, néanmoins, est de beaucoup le plus commun et le plus probable.
  530. « Écrirez donc, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte, et dont vous n’entendez pas le mystère. Quoi que l’on puisse alléguer, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel : que vos ordres soient irrévocables parce qu’ils sont faits en exécution d’un arrêt immuable du Tout-Puissant. Que la royauté de Jésus soit écrite en langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des doctes et des philosophes, et en la langue romaine, qui est celle de l’empire et du monde. Et vous, ô Grecs, inventeurs des arts ; vous, ô Juifs, héritiers des promesses ; vous, Romains, maîtres de la terre, venez lire cet admirable écriteau. Fléchissez le genou devant votre Roi. Bientôt, bientôt, vous verrez cet homme, abandonné de ses propres disciples, ramasser tous les peuples sous l’invocation de son nom. Bientôt les nations incrédules auxquelles il étend ses bras, viendront recevoir parmi ses embrassements paternels cet aimable baiser de paix qui, selon les prophéties anciennes, les doit réconcilier au vrai Dieu qu’elles ne connaissaient pas. Bientôt ce Crucifié sera couronné d’honneur et de gloire. » Bossuet.
  531. La mère des apôtres saint Jacques le Mineur et saint Jude Thaddée. S. Marc (xv, 40) et S. Luc (xxiii, 49) disent de loin ; mais les moments ne sont pas les mêmes : il y a entre les deux situations un intervalle de trois heures, pendant lesquelles les ténèbres se répandirent sur la Terre.
  532. « Ce que, durant sa vie terrestre, Jésus fut pour sa Mère, et elle pour lui, Jean le sera désormais pour Marie, et Marie pour Jean. Les SS. Pères, et notamment saint Augustin, observent que tous les enfants de l’Église sont ici représentés par saint Jean, et que Jésus, dans la personne de cet apôtre, a donné à tous les fidèles Marie pour mère. » Allioli.
  533. Ps. lxviii 22.
  534. Vinaigre, vin acide, appelé posca, qui servait de boisson aux soldats romains. — D’hysope, la mettant à l’extrémité d’une tige d’hysope. Ce breuvage est-il le même que le vin mêlé de myrrhe présenté à Jésus, selon la coutume, pour affaiblir en lui le sentiment de la douleur (Matth. xxvii, 48 ; Marc, xv, 36) ? Patrizzi répond affirmativement ; d’autres disent qu’il s’agit, dans saint Jean, de la soif que Jésus éprouva sur la croix, conséquence ordinaire de ce supplice, et distinguent les deux faits, ce qui est plus exact.
  535. Les prophéties sont réalisées, les décrets éternels de mon Père sont exécutés, l’œuvre de la rédemption du monde est accomplie. Ce fut un vendredi que le premier homme fut créé, un vendredi que Jésus naquit, un vendredi qu’il expira et racheta l’humanité.
  536. De la Préparation du sabbat, le vendredi. — Ne demeurassent pas en croix : les Romains laissaient le supplicié attaché à la croix jusqu’à ce que son corps tombât en putréfaction ou fût dévoré par les oiseaux et les bêtes sauvages. Chez les Juifs, une loi (Deut. xxi, 22, 23) ordonnait de le détacher et de l’ensevelir avant le coucher du soleil ; cette prescription urgeait surtout la veille d’un jour de fête. — Un grand jour, parce que c’était le sabbat de la Pâque. — Les jambes, pour s’assurer de la mort, ou la hâter.
  537. Le soldat, tenant la lance de la main droite, dut frapper le côté gauche de Jésus, en sorte que le fer, après avoir traversé le poumon, déchira le péricarde, d’où il s’échappa une certaine quantité d’eau ; car, dit Grüner, le péricarde s’emplit d’eau quand la mort arrive après une grande tristesse. Dans l’eau et le sang qui sortirent du côté de Jésus, les SS. Pères voient une figure des deux sacrements de baptême et d’eucharistie, dons principaux de son cœur brisé par une mort volontaire. La sainte Lance se trouve aujourd’hui à Rome parmi les reliques de la basilique de Saint-Pierre.
  538. Ceci paraît ajouté contre les Docètes, hérétiques qui niaient la réalité du corps de Jésus-Christ.
  539. Exod. xii, 46. Ces paroles se rapportent immédiatement à l’Agneau pascal, type prophétique du Messie.
  540. Citation libre de Zach. xii, 10.
  541. Comp. Marc, xv, 43 sv. Les Romains accordaient cette faveur aux parents ou amis du supplicié (Ulpien, XLVIII, xxiv, 1).
  542. Nicodème : voy. iii, 1, 21, note. La tradition raconte que Nicodème, après avoir été baptisé par saint Pierre et saint Jean, fut destitué par le Sanhédrin et privé de tous ses biens. Son oncle Gamaliel parvint à le soustraire à la fureur des Juifs en le cachant dans sa maison de campagne, près de Jérusalem ; il y mourut peu de temps après et fut enseveli à côté de saint Etienne. — De myrrhe et d’aloès, arbres aromatiques, dont le bois pilé et réduit en poudre servait aux embaumements ; car il n’est pas probable qu’il s’agisse ici d’aromates liquides. Ad. Maier. — Cent livres : cette quantité n’étonnera pas ceux qui connaissent les anciens usages de l’Orient. Aux funérailles du roi Hérode, cinq cents esclaves, dit Josèphe, portaient les aromates qui devaient servir à sa sépulture
  543. Dont un grand, le saint Suaire, précieuse relique conservée jusqu’à nos jours, et d’autres plus petits, ou bandelettes.
  544. En sorte que, dit saint Augustin, Jésus eut un tombeau virginal, comme le sein de Marie. Voy. Matth. xxvii, 33, note.
  545. Le vendredi soir ; on touchait au grand sabbat de Pâque, jour de repos absolu.
  546. Pour embaumer Jésus (Marc, xvi, 1) ; elle n’était point seule, comme on le voit au vers. suiv. — Sur les diverses apparitions de Notre-Seigneur ressuscité, voy. p. 366, note 1.
  547. Saint Jean.
  548. Sans doute parce qu’il était plus jeune.
  549. Que Jésus était ressuscité : l’état dans lequel il trouva le suaire et les linges n’indiquait pas qu’on eût enlevé son corps, comme le pensait Madeleine. Saint Jean n’avait pas cru aussitôt après avoir entendu Madeleine ; car ils, etc. : voy. le vers. suiv.
  550. Par exemple Ps. xv, 10. Notre-Seigneur lui-même avait parlé plusieurs fois de sa résurrection à ses Apôtres ; mais leurs fausses idées sur le royaume du Messie les empêchaient sans doute de prendre à la lettre ce qu’il leur disait.
  551. Qui était revenue au sépulcre.
  552. Tant elle était troublée ; Jésus avait sans doute aussi quelque chose d’extraordinaire dans l’air et dans la voix.
  553. Le jardinier, le maître du jardin : comp. xix, 41. — Enlevé : elle croit qu’il a entendu ce qui est dit au vers. 13. — Je l’emporterai, pour l’inhumer ailleurs.
  554. Madeleine, ne recevant pas de suite la réponse qu’elle attendait, avait sans doute fait un mouvement d’un autre côté ; mais ayant reconnu Jésus lorsqu’il dit : Marie, elle se jeta aussitôt à ses pieds en les embrassant.
  555. Ne me touchez point, ne vous arrêtez pas si longtemps à embrasser mes genoux ; vous pourrez le faire plus tard à loisir, car je suis encore pour quelque temps sur la terre. — Mes frères : que les Apôtres ne craignent plus, ils sont mes frères : mon Père par nature est leur Père par adoption ; bientôt je remonterai au ciel, et je leur préparerai une place. Cette recommandation n’exclut pas celle que rapporte saint Matth. xxviii, 10.
  556. Jésus se trouva tout à coup au milieu de ses disciples, son corps glorieux, doué de subtilité, selon le langage des théologiens, n’étant arrêté par aucun obstacle.
  557. Son côté : saint Luc (xxiv, 39, 40) parle aussi de ses pieds. Notre-Seigneur voulut, dit saint Ambroise, porter dans son corps glorieux les cicatrices de ses plaies, comme des trophées de sa victoire sur la mort, l’enfer et le péché ; il les conserve jusque dans le ciel, afin de montrer continuellement à son Père le prix de notre rédemption, et de nous obtenir tout, en intercédant par elles en notre faveur. — Le Seigneur, et en le reconnaissant à ses plaies.
  558. Avec la même autorité et pour la même fin.
  559. Ce souffle était le symbole de la communication de l’Esprit-Saint.
  560. S’il était possible d’élever un doute sur le sens naturel de ces paroles, l’Église, infaillible dans ses décisions, l’aurait fait disparaître par l’interprétation qu’elle en a donnée : « Si quelqu’un dit que ces paroles du Seigneur : Recevez le Saint-Esprit, etc., ne doivent pas être entendues du pouvoir de remettre et de retenir les péchés dans le sacrement de pénitence, comme l’Église catholique les a toujours entendues depuis le commencement… qu’il soit anathème. » Conc. de Trente, sess. xiv, can. 3.
  561. Quand reçut-il le Saint-Esprit et le pouvoir de remettre les péchés ? En même temps que les autres Apôtres, répondent Maldonat et D. Calmet, sa présence n’étant pas une condition absolument nécessaire ; — après ce qui est raconté au vers. 28, dit Corn. Lapierre, car auparavant sa foi était trop imparfaite.
  562. A Jérusalem.
  563. Avant d’avoir eu recours à cette épreuve.
  564. Tu as cru que je suis ressuscité. — Plus heureux ceux qui, plus tard, n’auront point vu et croiront.
  565. Les vers. 30-31 sont l’épilogue du quatrième évangile.
  566. Voy. i, 45.
  567. Les Apôtres avaient renoncé à la pêche comme profession ; mais, dit saint Augustin, ils s’y livraient encore de temps en temps.
  568. De sa tunique, la revêtit, et l’attacha avec une ceinture. — Nu, presque nu, n’ayant que le vêtement de dessous.
  569. Comp. xx, 19 et 26.
  570. Pierre a réparé son triple reniement par une triple protestation d’amour, il est investi de la dignité de Pasteur suprême sur les brebis et les agneaux, c’est-à-dire sur le troupeau tout entier, sur toute l’Église de Jésus-Christ.
  571. Te ceindra, le chargera de chaînes. — Te conduira à la croix.
  572. On sait que saint Pierre fut crucifié à Rome sous l’empereur Néron.
  573. A ces mots, Jésus fit quelques pas en avant, et Pierre le suivit (vers. 20). Le Sauveur voulait sans doute faire entendre, par cette action symbolique, que Pierre le suivrait à la croix ; car au vers. 22 il met sa mort par le martyre en opposition avec la mort naturelle de saint Jean.
  574. Comp. xiii, 23.
  575. Qu’il demeure ainsi, qu’il soit exempt d’une mort violente, jusqu’à ce que je vienne, après une mort naturelle, l’enlever au ciel. En grec, si je veux qu’il demeure (sur la terre) jusqu’à ce que je vienne (pour le jugement dernier), etc. ; cette leçon paraît préférable.
  576. Les vers. 24-23 sont un nouvel épilogue de l’Évangile de saint Jean (comp. xx, 30), devenu nécessaire après l’addition du chap. xxi. — A cause de la forme plur. nous savons, quelques-uns pensent que ces deux derniers vers. ne sont pas de saint Jean, mais qu’ils ont été ajoutés soit par des disciples de Notre-Seigneur, entre autres saint André (p. 381), soit par les prêtres de l’Église d’Éphèse. Mais rien n’oblige à admettre cette conclusion. Saint Jean, dans sa première Ëpître, emploie aussi la forme plurielle : Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons ; cette forme, que les rhéteurs appellent communicative, convient parfaitement au style épistolaire. Or la première Épitre, comme nous l’avons dit plus haut, est la préface et la lettre d’envoi de l’Évangile : pourquoi donc saint Jean n’aurait-il pu terminer par une conclusion qui rappelât la préface, et dont le style, par conséquent, prit le caractère épistolaire ?
  577. Locution hyperbolique presque réalisée par les faits, dit Corn. Lapierre : les discours et les livres composés sur la vie du Sauveur ne sont-ils pas vraiment innombrables ? On trouve des hyperboles non moins fortes dans les livres rabbiniques, et même dans Cicéron, par ex. II Philipp. xxvii.