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Les Ratichons Socialos

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Les Ratichons Socialos


S’agit d’ouvrir l’œil, nom de dieu ! Les bons bougres faut être à l’affure, les ratichons se démènent comme trente-six diables dans un bénitier. Ce n’est jamais mort cette vermine, faut la tuer tous les jours et pas s’y fier !

Depuis des années ces cochons se sont infiltrés, sans tambour ni trompettes, dans les faubourgs et dans les villes. Partout, nom de dieu, ils ont fondé des cercles catholiques ouvriers !

Des étouffoirs de première classe, mille bombes ! Les pauvres ouvriers qui ont le malheur de se laisser empaumer, ne gardent pas longtemps leur intellect. Dans ces guêpiers, on apprend aux niguedouilles à être soumis à leurs patrons, à respecter les richards, et à foutre leur nez entre les fesses des cléricochons. Ah, tonnerre, à ces pochetées vous pouvez demander ce que sent le cul des ensoutanés ! Ils vous jureront par les cornes de Joseph et la virginité de sa putain de femme, que ça embaume l’encens et la rose !

Vraiment, foutre ! de foutre ! faut être archi-fourneau pour tomber dans des panneaux pareils. Les ratichons sont plus roublards qu’ils ne paraissent : ils se sentent foutus, ça les emmerde ; alors ils se démènent afin de recrépir leur popularité.

Ils se font pour la circonstance une trogne de socialos ; mais foutre, y a pas besoin de gratter bien fort pour trouver le jésuite.

Écoutez ces bandits ! Ils vous racontent qu’il y a cent ans, les ouvriers ne connaissaient pas leur bonheur ; c’est la Révolution qui a tout brisé. À l’époque, les pauvres étaient bougrement plus heureux que les rois et les archevêques, c’était des coqs en pâte. Les ouvriers n’étaient pas sous la coupe absolue des patrons, ils avaient pour les défendre les bons prêtres et le droit divin.

Après avoir rengainé tous ces mensonges dans leurs cercles catholiques, pendant une quinzaine d’années, ils se sont payé de toupet, croyant que le temps était venu pour foutre ces boniments à la gueule du populo, dans les réunions publiques.

Y a un fourneau, Martinet, qui a consenti à leur faire la réplique. Et c’est pas sans épatement que les bons bougres ont vu sur les murs du quartier latin des affiches comme ça :

Lundi soir, salle Jussieu,
à huit heures
Conférence contradictoire
L’Abbé Garnier soutiendra le christianisme,
Martinet l’anarchie.
C’était du propre, nom de dieu, de voir les anarchos discuter paisiblement avec les curés ! Eh quoi ! on avait donc châtrés ces gas farouches, dont le nom seul fout la chiasse aux rentiers et aux proprios ?

Y a donc plus de haine dans votre ventre, nom de dieu, contre les plus grands ennemis du Populo ?

J’en ai compté plus de vingt, de ces sales oiseaux noirs, assis tranquillement à côté d’anarchos. C’est mauvais signe, nom d’un foutre, quand les corbeaux voltigent autour de vous ! Est-ce que l’Anarchie sentirait la charogne ?

On se croyait dans une église ; peut-être bien qu’il y avait un pot de chambre à l’entrée, avec de la pisse de curé pour faire le signe de croix. Avec ça que l’orateur en frac noir, qu’il dît sur l’autel — je veux dire sur l’estrade, — s’était fait une gueule de circonstance, rasé comme la lune, — une mine vert pâle de sacristain, quoi !

À côté, l’abbé Garnier, en soutane, la gueule plus souriante que le cul d’un pauvre homme, qui n’en chie pas épais, semblait être le chef de la baraque. Il a dû, rire de notre bonasserie, et nous prendre pour des petits chinois ou des sauvages du Paraguay, — tant on a été sages !

L’orateur anarchiste a blagué la religion, les cérémonies surtout, fait du sentiment, égratigné doucement le cul de l’abbé Garnier, qui souriait et s’en foutait pas mal.

Mais ! bondieu, puisqu’on avait tant fait, de vouloir discutailler, au lieu de cogner, fallait foutre le nez des ratichons dans leur merde, et montrer que la misère actuelle est leur propre travail et le résultat de l'abrutissement que depuis des siècles ils nous font enduré !

N’est-ce pas eux qui aujourd’hui encore élèvent la jeunesse, et lui farcissent la caboche des idées idiotes, qui nous apprennent la servitude ?

Et l’Inquisition ? Qu’on n’en a pas dit un mot, nom de dieu ! C’était pourtant de saison : trois siècles, ce n’est pas un jour !

Tout le contraire, hélas, les orateurs traitaient le papelard d’homme sincère, courageux, etc., et léchaient l’eau sucrée dans le même verre, — foutre faut pas être dégoûtés !

Ah, mince alors ! Nous voilà descendus au-dessous des libre-penseurs qui, depuis cinquante ans bafouillent contre la religion, et lui donnent par ces disputailleries une apparence de vie !

Est-ce qu’on discute avec la peste, tonnerre de Brest ! Avec les animaux malfaisants, avec l’absurde, avec les pires ennemis de l’humanité, qui la mènent et l’abrutissent depuis son commencement ?

On les écrabouille illico, si on peut, nom de dieu ! Et à défaut, on attend en aiguisant son couteau, et en tenant chaude la haine du populo.

Comment voulez-vous, au prochain coup de chien, que nous les supprimions, que nous foutions le feu à leurs églises, si d’ici-là on fraternise avec eux ?

Est-ce que la religion n’est pas morte, à Paris surtout ? Alors pourquoi nous occuper de ratichons, si ce n’est pour cogner dessus ?

Leur socialisme chrétien ne tient pas debout, mille bombes ! Le vrai moyen de le lancer est de lui fournir bêtassement un champ de propagande dans le populo. Par ce fourbi, on arriverait tout simplement à faire pousser de la mauvaise graine ; quelque chose dans le genre du Boulangisme, — et en fait de Révolution sociale, on irait se casser le nez dans les foutaises religieuses.

Ne nous ont-ils pas assez emmerdés et violentés quand nous étions gosses, ces oiseaux-là ? Pour mon compte, j’en ai plein le dos, et je ne veux en rien m’acoquiner avec ces crapules !

Des rapports avec eux, je veux bien en avoir, avec mon tire-pied ; ou pour leur serrer la vis, foutre de foutre !

Ils savent bien ce qu’ils font, les salops, en venant dans les réunions populaires. Ils prêchent l’apaisement ; pardine, ils ne demandent pas mieux que de rester tels quels : ils prennent mesure de notre valeur et de nos côtes, et se font des amis dans la place, d’autant plus qu’ils ont de la galette.

Et vous savez, ces chameaux-là, quand ils ont un pied dans la maison, ils en ont vivement quatre. C’est de la blague, de penser convertir leurs partisans : ces gas-là sont bouchés à l’émeri, fanatiques ou roublards.

Puisqu’ils sont si conciliants, les ratichons, si mielleux, si dévoués à l’ouvrier, pourquoi qu’ils n’admettent pas la contradiction dans leurs églises, et qu’ils ne permettent pas à des bons bougres de monter sur la chaire, pour causer un brin avec les assistants ?

Oh ça, ils ne le feront jamais, nom de dieu ! Car ils savent que du jour où ils permettraient la discussion dans leurs églises, ils seraient foutus.

Eh, nom de dieu, pour en revenir à la réunion de lundi, m’est avis, mille bombes, que le seul fait de discuter avec les ratichons, c’est de prendre les salops par les guibolles et de leur frotter les fesses jusqu’à ce qu’elles en fument !