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Les Rythmes souverains (Ghéon)

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LES RYTHMES SOUVERAINS d’Émile Verhaeren.

Non, Hercule n’a point fini ses travaux. La crainte qui le tient de se “recommencer” est une vaine crainte. Est-ce que son cœur ne “brûle pas comme autrefois son torse” ? N’a-t-il pas encore la plus jeune ardeur ? Un souci de renouvellement le tourmente : c’est le plus noble des soucis quand il naît de lui-même, au sommet d’une belle carrière et en plein applaudissement.... Mais que le poète sache bien que nous, nous et ceux qui comme nous l’admirent, nous n’avons jamais rien souhaité de pareil. Nous ne sommes point las des pittoresques tableaux de Flandre, ni des grandes fresques modernes où se mêlent la foule des idées et la foule des hommes, ni de ces confidences calmes du foyer et du jardin, les trois aspects d’une grande œuvre. De tout cela la matière n’est pas encore épuisée. Que si nous attendons quelque chose de neuf, avouons-le, ce n’est pas du côté “poème” mais du côté “drame.” Oserai-je rappeler la puissance psychologique de certains dialogues du Cloître et souhaiter que dans ce sens la maturité d’Émile Verhaeren s’épanouisse ?… — Mais non ! il faut suivre notre grand poète là où il lui plaît aujourd’hui de nous conduire, dans le champ d’épopée un peu universel, où chevauchait Hugo ; tant pis si j’aime mieux entendre son galop sonner sur la terre flamande… Une grande générosité verbale, entachée d’un soupçon de rhétorique, que hélas, nous le savons, la Légende des Siècles n’évita pas, s’étale dans les poèmes de légende antique du livre des Rythmes Souverains. Tous valent par l’élan ; certains, comme le Paradis, plutôt par le détail que par l’inspiration ; certains, comme Michel Ange, par la fermeté de l’exécution : un enfin, le Saint Jean, par la beauté profonde de l’idée… Mais j’avoue mon soulagement lorsque rentre dans son domaine le poète, parmi la foule, les fêtes, les émeutes, et que le hante l’avenir.

Dès aujourd’hui mon cœur se sent d’accord
Avec vos cris et vos transports,
Hommes d’alors
Quand vous serez vraiment les maîtres de la terre.
Et c’est du fond du présent dur
Que je dédie à votre orgueil futur
Mon téméraire amour et son feu solitaire.

Je ne suis point de ceux
Dont le passé doux et pieux
Tranquillise l’âme modeste ;

La lutte et ses périls font se tendre mon corps,
Vers le toujours vivace et renaissant effort,
Et je ne puis songer à limiter mes gestes
Aux seuls gestes qu’ont fait les morts.

(La Prière.)
H. G.