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Les Singes et le Pélican poursuivis par le Serpent enragé (Imagerie d’Épinal — Estampe 1897)

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Les Singes et le Pélican poursuivis par le Serpent enragé

— Texte par un de nos petits Clients —
Histoires & Scènes
Humoristiques
CONTES MORAUX — MERVEILLEUX
Imagerie Pellerin
Fondée en 1796
SÉRIE aux ARMES D’ÉPINAL, No 225

Poursuivis par un serpent enragé, trois singes et un pélican arrivent au bord d’une rivière. Le père singe, d’un bond, la traverse.

Mais les jeunes singes, ne pouvant imiter leur père, sont arrêtés. Ils se lamentent. Derrière eux le pélican apparaît clopin-clopant.

Mais une idée lumineuse a traversé la cervelle du père singe. — De nos queues lancées par-dessus la rivière, a-t-il crié à l’aîné de ses enfants, et accrochées sur le bout, nous pouvons faire un pont pour ton petit frère. Sur ce pont improvisé, il passera. Un homme, qui s’appelait Blondin, traversait bien ainsi jadis les fleuves sur une corde. — Ce qui fut fait aussitôt.

Mais le jeune singe, qui sans penser seulement à son propre salut venait de contribuer si docilement au sauvetage de son petit frère, demeurait toujours sur la rive dangereuse, sans moyen de passer. Heureusement voici venir le pélican qui, lui, pas embarrassé, se lançe à l’eau, son élément. — Houp' çà ! vivement ! crie le père singe de nouveau inspiré. Toi, là-bas, saute sur son dos !

Le pélican qui n’aurait pas trouvé cela tout seul, car il est un peu bébête, une fois la chose faite, s’y prête avec bonté, car chacun sait que de tous les oiseaux c’est celui qui a le plus de cœur et d’entrailles, vu que, dit-on, dans les circonstances extrêmes, il ne regarde pas à s’ouvrir le ventre pour nourrir ses enfants. La traversée s’opère donc… il n’était que temps, car le serpent approchait… Le père singe et son petit, de l’autre rive, en suivent avec joie les progrès.

Au moment où le débarquement s’effectue, à la satisfaction générale, le serpent parvient à l’autre bord. Mais alors, en présence de l’eau, il s’arrête net, sifflant et écumant. C’est qu’il était enragé, autrement dit, atteint d’hydrophobie, grand vilain mot fabriqué du grec qui signifie en français horreur de l’eau. Sans cela, nos quatre bêtes si intéressantes à raison des qualités d’intelligence et de cœur qu’elles venaient de montrer, n’eussent probablement pas été sauvées par la rivière, car les serpents, ça nage très bien. Seulement, et heureusement, celui-ci était enragé.