Les Triolets du temps

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Les Triolets du temps, selon les visions d’un petit-fils du grand Nostradamus. Faits pour la consolation des bons François et dediés au Parlement.
À Paris, chez Denys Langlois, au Mont S.-Hilaire, à l’enseigne du Pelican.
M. DC. XLIX.
In-4[1].


Quoy donc ! Paris est investy ?
Ô cieux ! qui l’eût jamais pu croire !
Le roy mesmes en est sorty.
Quoy donc ! Paris est investy ?
Il me faut donc prendre party
Pour sauver mes biens et ma gloire.
Quoy donc ! Paris est investy ?
Ô cieux ! qui l’eust jamais pu croire !


    Parisiens, ne resvez pas tant,
La defense est tousjours permise ;
En ce malheureux accident,
Parisiens, ne resvez pas tant.
Çà ! çà ! viste, il faut de l’argent :
Donnons tous jusqu’à la chemise.
Parisiens, ne resvez pas tant,
La defense est tousjours permise.

    Il faut estre icy liberaux ;
Pour sauver la ville alarmée,
Choisissons de bons generaux ;
Il faut estre icy liberaux :
Pour nous garantir de tous maux,
Faisons une puissante armée ;
Il faut estre icy liberaux
Pour sauver la ville alarmée.

    Qu’on taxe, maison par maison,
Les petites et grandes portes ;
N’importe qu’il en couste bon,
Qu’on taxe maison par maison.
Il est besoin pour la saison
Que nos troupes soient les plus fortes :

Qu’on taxe, maison par maison,
Les petites et grandes portes[2].

    En cette juste occasion,
Employons nos corps et nos ames ;
Travaillons avec passion
En cette juste occasion ;
Il faut tout mettre en faction,
Enfans, vieillards, hommes et femmes ;
En cette juste occasion,
Employons nos corps et nos ames.


    Suivons nostre illustre pasteur[3],
On ne peut après luy mal faire ;
C’est un maître predicateur ;
Suivons nostre illustre pasteur,
Cet autre Paul, ce grand docteur,
Que toute l’Eglise revère ;
Suivons nostre illustre pasteur,
On ne peut après luy mal faire.

    François, venez tous prendre employ ;
Montrez icy vostre vaillance,
Vous aurez au moins bien de quoy ;
François, venez tous prendre employ :
C’est pour le service du roy
Et pour le salut de la France ;
François, venez tous prendre employ,
Monstrez icy vostre vaillance.

    Je veux moy-mesme aller aux coups,
Moy qui ne suis qu’homme d’estude ;
Pour donner bon exemple à tous,

Je veux moy-mesme aller aux coups ;
S’il faut mourir je m’y résous,
Encor que la mort soit bien rude ;
Je veux moy-mesme aller aux coups,
Moy qui ne suis qu’homme d’estude.

    Dieu sera de nostre costé,
Puis que nous avons la justice ;
Qu’on ne soit pas epouvanté,
Dieu sera de nostre costé :
Le Parlement nous est resté
Pour travailler à la police ;
Dieu sera de nostre costé,
Puis que nous avons la justice.

    Qu’ils prient bien, nos ennemis,
S’ils ont la pieté dans l’ame,
Ce sainct devoir leur est permis,
Qu’ils prient bien, nos ennemis,
Saint Germain, saint Cloud, saint Denys[4] ;
Nous avons pour nous Nostre-Dame.
Qu’ils prient bien, nos ennemis,
S’ils ont la pieté dans l’ame.

Ces cruels nous serrent en vain
Tout à l’entour de nos murailles,
Nous ne sçaurions mourir de faim ;
Ces cruels nous serrent en vain.
Tout chacun trouvera du pain
Pour rassasier ses entrailles ;
Ces cruels nous serrent en vain
Tout à l’entour de nos murailles[5].


    Nos greniers sont remplis de blé,
Qu’on en fasse de la farine ;
Le peuple a tort d’estre troublé,
Nos greniers sont remplis de blé ;
On ne sçauroit estre accablé
D’un an entier de la famine.
Nos greniers sont remplis de blé,
Qu’on en fasse de la farine.

    L’un s’est pourveu pour six bons mois,
En fait-il besoin davantage ?
L’un pour quatre, l’autre pour trois ;
L’un s’est pourveu pour six bons mois.
On a des fèves et des pois,
Du lard, du beurre et du fromage ;
L’un s’est pourveu pour six bons mois,
En fait-il besoin davantage ?

    On a de tous les bons morceaux :
Lièvres, lapins, perdrix, becaces ;
On a quantité de pourceaux[6],
On a de tous les bons morceaux ;

On a moutons, bœufs, vaches, veaux,
On en vend dans toutes les places ;
On a de tous les bons morceaux :
Lièvres, lapins, perdrix, becaces.

    Les vivres ne manqueront pas,
On peut tousjours faire ripaille ;
Qu’on n’épargne point un repas,
Les vivres ne manqueront pas :
On a dindons et chapons gras,
Et les chevaux ont foin et paille.
Les vivres ne manqueront pas,
On peut toujours faire ripaille.

    Les cabarets sont tous ouverts ;
Chacun y boit, chacun y mange,
On y trouve des vins divers ;
Les cabarets sont tous ouverts,
Et c’est là que j’ay fait ces vers[7],
Qui sentent la saulce à l’orange ;
Les cabarets sont tous ouverts,
Chacun y boit, chacun y mange.

    Corbeil sera bien-tost repris,
Et tout viendra par la rivière ;
Qu’on ne craigne point dans Paris,
Corbeil sera bien tost repris ;
On aura de tout à bon prix,
Et nous ferons tous chère entière ;
Corbeil sera bien-tost repris,

Et tout viendra par la rivière[8].

    Il faut remettre Charenton[9]
Pour y refaire le passage,
Car autrement qu’en diroit-on ?
Il faut remettre Charenton,
Qu’on y travaille tout de bon
Sans crainte d’un second carnage ;
Il faut remettre Charenton

Pour y refaire le passage.



    Fourbisseurs, ne vous lassez pas ;
Armuriers, travaillez sans cesse :
C’est pour armer tous nos soldats.
Fourbisseurs, ne vous lassez pas ;
Il faut couper jambes et bras
À ceux qui nous tiennent Gonnesse[10].

Fourbisseurs, ne vous lassez pas ;
Armuriers, travaillez sans cesse.

    Mon Dieu, l’admirable bon-heur
En ces dissentions nouvelles !
L’eusses-tu pu penser, mon cœur ?
Mon Dieu, l’admirable bon-heur !
La Bastille a pour gouverneur
Le fameux monsieur de Brusselles[11] ;
Mon Dieu, l’admirable bon-heur
En ces dissentions nouvelles !

    Parisiens, nous serons des fous
Si nos cœurs ne se font connestre,
Et si nous n’agissons bien tous,
Parisiens, nous serons des fous ;
Puisque l’Arcenac est à nous,
Il n’est pas besoin de Grand-Maistre[12] ;
Parisiens, nous serons des fous
Si nos cœurs ne se font connestre.

    Puisque c’est à nous les canons,
Avec les boulets et la poudre,
Bourgeois, si mes conseils sont bons,
Puisque c’est à nous les canons,
Pour immortaliser vos noms,
Allez partout porter la foudre,
Puisque c’est à nous les canons
Avec les boulets et la poudre.


    Il faut chasser le Mazarin,
Qui vole tout l’or de la France ;
Fût-il plus fort, fût-il plus fin,
Il faut chasser le Mazarin ;
Qu’il retourne de là Thurin
Pour estre plus en asseurance :
Il faut chasser le Mazarin
Qui vole tout l’or de la France.

    Vrayment, nos yeux sont éblouis
Par un charme bien ridicule :
Il a des tresors inouis,
Vrayment, nos yeux sont eblouis ;
Donnerons-nous tous nos Louis
À Rome pour un pauvre Jule[13] ?
Vrayment nos yeux sont éblouis
Par un charme bien ridicule.

    Cordonniers, tailleurs et marchans,
N’allez pas fermer vos boutiques,
Quoy que le tambour batte aux champs :
Cordonniers, tailleurs et marchans,
Vous aurez assez de chalans
Pour occuper vos domestiques ;
Cordonniers, tailleurs et marchans,
N’allez pas fermer vos boutiques.

    Boulangers, travaillez tousjours ;
Serrez les escus qu’on vous offre,
Ne regardez pas s’ils sont courts ;
Boulangers, travaillez tousjours :
Tant plus vous remplirez vos fours,

Tant plus vous remplirez le coffre ;
Boulangers, travaillez tousjours,
Serrez les escus qu’on vous offre.

    Je ne plains que les villageois :
Leurs maisons sont abandonnées,
On leur pille tout à la fois ;
Je ne plains que les villageois :
Ils vont perdre plus en un mois
Qu’ils n’ont gaigné dans dix années ;
Je ne plains que les villageois :
Leurs maisons sont abandonnées[14].

    Bonnes gens, prenez garde à vous !
Les ennemis vont au pillage ;
Ils sont tous gueux et tous filous :
Bonnes gens, prenez garde à vous !
Affamez comme de gros loups,
Ils cherchent à faire carnage.
Bonnes gens, prenez garde à vous !
Les ennemis vont au pillage.

    Aux armes ! ils sont aux faux-bours.
Laquais, mon pot et ma cuirace ;
Qu’on fasse battre les tambours.
Aux armes ! ils sont aux faux-bourgs.

Allons avec un prompt secours
Contre cette meschante race ;
Aux armes ! ils sont aux faux-bourgs.
Laquais, mon pot et ma cuirace.

    Ne vous precipitez pas tant,
Cavalier de portes cochères[15] !
Vostre cheval est bien pesant,
Ne vous precipitez pas tant ;
Gardez d’un mauvais accident
Qui pourroit gaster nos affaires ;
Ne vous precipitez pas tant,
Cavalier de portes cochères.

    Allons, puisque j’ay pris mon pot,
Allons, qu’on s’avance et qu’on tue ;
Allons avec ordre au grand trot,
Allons, puisque j’ay pris mon pot[16],
Allons frapper sans dire mot ;
Allons la visière abatue,
Allons, puisque j’ay pris mon pot,
Allons, qu’on s’avance et qu’on tue.

    Helas ! que de mal-heureux corps
Dont la rage a fait un parterre !
Que de blessez et que de morts !
Helas ! que de mal-heureux corps !
Les foibles ont souffert des forts.
Voilà les beaux fruits de la guerre !
Helas ! que de mal-heureux corps
Dont la rage a fait un parterre !


    François qui combattez dehors,
Pourquoy causer tant de misères ?
Songez, en faisant vos efforts,
François qui combattez dehors,
Que vous avez dans ce grand corps
Vos femmes, filles, sœurs et mères.
François qui combattez dehors,
Pourquoy causer tant de misères ?

    Si vous avez vos mesmes cœurs
En cette funeste avanture,
François, cruels persecuteurs,
Si vous avez vos mesmes cœurs,
Gardez-y parmy vos rigueurs
Un sentiment pour la nature,
Si vous avez vos mesmes cœurs
En cette funeste avanture.

    Des François contre des François !
Ô cieux ! l’abominable rage !
L’Espagnol rit bien cette fois.
Des François contre des François !
Voilà de barbares emplois,
Qui menacent d’un grand orage.
Des François contre des François !
Ô cieux ! l’abominable rage !

    Comediens, c’est un mauvais temps :
Prenez les armes sans vergogne,
Gardez-vous d’estre faineans.
Comediens, c’est un mauvais temps :
La tragedie est par les champs[17]

Bien plus qu’à l’hostel de Bourgogne.
Comediens, c’est un mauvais temps,
Prenez les armes sans vergogne.

    Violons, on ne fait plus de bal
Pour cultiver les amourettes,
Encor qu’on soit en carnaval[18] ;
Violons, on ne fait plus de bal,
On aime mieux un bon cheval,
Des pistolets et des trompettes ;
Violons, on ne fait plus de bal
Pour cultiver les amourettes.

    Tous vos galans sont empeschez,
Attendez un accord, coquètes,
Pleurez cependant vos pechez ;
Tous vos galans sont empeschez,
C’est en vain que vous les cherchez
Pour entendre d’eux des fleurètes ;
Tous vos galans sont empeschez,
Attendez un accord, coquètes.

    Mes chères[19], resvez nuit et jour,
Sans mettre ny rubans ny mouches :
On ne fait plus icy l’amour.
Mes chères, resvez nuit et jour :
Si l’on ne void bientost la cour,

Vous allez devenir des souches.
Mes chères, resvez nuit et jour
Sans mettre ny rubans ny mouches.

    Adieu la foire Sainct-Germain[20] !
Consolez-vous, filles et femmes ;
Point de bijous, il faut du pain :
Adieu la foire Sainct-Germain !
Vrayment, ce temps est inhumain :
On ne donne plus rien aux dames.
Adieu la foire Sainct-Germain !
Consolez-vous, filles et femmes.

    On ne veut point d’enfarinez,
Tandis qu’il faut mettre le casque.
Mignons, vous serez condamnez,
On ne veut point d’enfarinez ;
Mais n’en soyez pas estonnez,
Laissez passer cette bourrasque.
On ne veut point d’enfarinez,
Tandis qu’il faut prendre le casque.

    L’Orvietan, retirez-vous,
Jetez le teatre par terre,
Vous n’attirerez plus de fous ;
L’Orvietan, retirez-vous :
On ne sçauroit donner vingt sous
D’un pot d’onguent en temps de guerre.
L’Orvietan, retirez-vous,
Jettez le teatre par terre[21].


    Plaideurs, mettez vos sacs au croc
Et songez à prendre les armes,
Il est temps de faire ce troc ;
Plaideurs, mettez vos sacs au croc ;
Point d’arrests, cela vous est hoc,
Sinon pour calmer ces vacarmes.
Plaideurs, mettez les sacs au croc,
Et songez à prendre les armes.

    Huissiers, procureurs, advocats,
Laissez un peu moisir vos causes :
Vous ne sçauriez gaigner grand cas ;
Huissiers, procureurs, advocats,
La guerre ne le permet pas,
Le desordre est en toutes choses.
Huissiers, procureurs, advocats,
Laissez un peu moisir vos causes.

    Medecins, soyez bien contens,
Les maltotiers ont tous la fièvre ;
S’ils ont volé depuis vingt ans,
Medecins, soyez bien contens,
On leur fait tout rendre en ce temps ;
Chacun d’eux tremble comme un lièvre.
Medecins, soyez bien contens,
Les maltotiers ont tous la fièvre.

    Pendant ces funestes malheurs,
Tenez-vous prests, apothicaires ;
Si l’on veut reformer les mœurs
Pendant ces funestes malheurs,
Il faut bien purger des humeurs
Et reiterer des clistères.
Pendant ces funestes malheurs,

Tenez-vous prests, apothicaires.

    Fraters[22], faites bien des onguens,
Et qu’on sorte de la boutique,
Les blessez sont par tous les chams ;
Fraters, faites bien des onguens.
Il faudra bien quitter vos gans
Pour mettre les mains en pratique.
Fraters, faites bien des onguens,
Et qu’on sorte de la boutique.

    Voleurs, songez à bien voler,
La saison en est fort commode.
Craignez-vous de mourir en l’air ?
Voleurs, songez à bien voler.
D’ailleurs, à franchement parler,
Partout c’est aujourd’huy la mode.
Voleurs, songez à bien voler,
La saison en est fort commode.

    Pillez tousjours plus hardiment,
Il est temps de faire fortune ;
Un chacun pille impunement,
Pillez tousjours plus hardiment ;
De nuit on peut adroitement
Prendre le soleil à la lune.
Pillez tousjours plus hardiment,
Il est temps de faire fortune.

    Ah Dieu ! qu’est-ce que j’apperçoy
Avecque mes grandes lunettes ?
C’est un hydre en l’air, que je croy.
Ah Dieu ! qu’est ce que j’apperçoy ?

C’est un monstre, un je ne sçay quoy.
Mais voyons un peu les planètes.
Ah Dieu ! qu’est-ce que j’apperçoy
Avecque mes grandes lunettes ?

    Sur Paris je voy Jupiter,
Qui nous fait assez bon visage ;
Mercure est prest de nous quitter ;
Sur Paris je voy Jupiter,
Et Mars va se precipiter
Dans l’Occident : c’est bon presage.
Sur Paris je voy Jupiter,
Qui nous fait assez bon visage.

    Courage ! l’accord s’en va fait[23],
Je viens de l’apprendre des astres.
François, tout nous vient à souhait ;
Courage ! l’accord s’en va fait.
Vous en verrez bientost l’effet
Par la fin de tous nos desastres.
Courage ! l’accord s’en va fait,
Je viens de l’apprendre des astres.

    Il n’aura pas ce qu’il pretend,
L’Espagnol qui cherche ses villes ;
C’est en vain qu’il est si content,
Il n’aura pas ce qu’il pretend.
Qu’il ne se chatouille pas tant
Pendant nos discordes civiles :
Il n’aura pas ce qu’il pretend,
L’Espagnol qui cherche ses villes.


    Il s’en va, ce grand cardinal,
Qui n’a ny vertu ny science ;
Paris, tu n’auras plus de mal,
Il s’en va ce grand cardinal ;
Un vaisseau luy sert de cheval.
Ne crain pas qu’il revienne en France.
Il s’en va ce grand cardinal,
Qui n’a ny vertu ny science.

    Qu’il aille vers le Maraignon[24],
S’il aime tant le fruit des mines :
L’or y croist comme icy l’oignon.
Qu’il aille vers le Maraignon :
Il aura du fin et du bon
Pour en faire des mazarines.
Qu’il aille vers le Maraignon,
S’il aime tant le fruit des mines.

    Les nièces sont au desespoir
Du malheur de Son Eminence :
La cour ne les ira plus voir.
Les nièces sont au desespoir,
Elles vont perdre leur pouvoir
Avec leur trop haute esperance.
Les nièces sont au desespoir
Du malheur de Son Eminence.

    Monsieur le prince de Condé
A bien moderé sa colère ;
Il se void si mal secondé,
Monsieur le prince de Condé,

Qu’il est prest de quitter le dé
À son illustrissime frère.
Monsieur le prince de Condé
A bien moderé sa colère.

    Le Parlement a le dessus,
Il faut qu’on luy donne des palmes ;
Ses ennemis n’en peuvent plus.
Le Parlement a le dessus,
Et, malgré le temps si confus,
Toutes choses vont estre calmes.
Le Parlement a le dessus,
Il faut qu’on luy donne des palmes.

    Le roy sera bien-tost icy :
Que chacun en saute de joye ;
Ne nous mettons plus en soucy,
Le roy sera bien-tost icy ;
Il va revenir, Dieu mercy,
C’est le ciel qui nous le renvoye ;
Le roy sera bien-tost icy,
Que chacun en saute de joye[25].

    Monsieur le prince de Conty[26],
Avec son zèle et sa prudence,
A bien soustenu son party,
Monsieur le prince de Conty ;
L’univers doit estre adverty
Qu’il a sauvé la pauvre France,

Monsieur le prince de Conty,
Avec son zèle et sa prudence.

    Il le faut louer hautement,
Ce vaillant duc de Longueville ;
Bourgeois, Messieurs du Parlement,
Il le faut louer hautement :
Il a travaillé puissamment
Au bien de la cause civile ;
Il le faut louer hautement,
Ce vaillant duc de Longueville.

    Ce genereux duc de Beaufort
Sera bien avant dans l’histoire ;
Dieu l’a tiré d’un cruel fort,
Ce genereux duc de Beaufort,
Pour servir icy de renfort
Et pour relever nostre gloire ;
Ce genereux duc de Beaufort
Sera bien avant dans l’histoire.

    Monsieur d’Elbeuf et ses enfans[27]
Ont fait tous quatre des merveilles.
Qu’ils sont pompeux et triomphans,
Monsieur d’Elbeuf et ses enfans !
On dira jusqu’à deux mille ans,
Comme des choses nompareilles :
Monsieur d’Elbeuf et ses enfans
Ont fait tous quatre des merveilles[28].


    Admirons monsieur de Bouillon :
C’est un Mars, quoy qu’il ait la goutte ;
Son conseil s’est trouvé fort bon.
Admirons monsieur de Bouillon :
Il est plus sage qu’un Caton,
On fait bien alors qu’on l’écoute.
Admirons monsieur de Bouillon :
C’est un Mars, quoy qu’il ait la goute[29].

    Cet invincible marechal
Qu’on a tenu dans Pierre Ancise,
Après qu’il fut franc de ce mal,
Cet invincible marechal,
Il presta son bras martial
Pour mettre Paris en franchise,
Cet invincible marechal,
Qu’on a tenu dans Pierre Ancise[30].

    Je ne puis taire ce grand cœur[31],
Que tout Paris vante et caresse :

C’est ce marquis tousjours vainqueur.
Je ne puis taire ce grand cœur :
C’est le capitaine sans peur,
Qui travaille et combat sans cesse ;
Je ne puis taire ce grand cœur,
Que tout Paris vante et caresse.

    Qu’on prepare de beaux lauriers,
Pour leur en faire des couronnes
À tous nos illustres guerriers ;
Qu’on prepare de beaux lauriers,
Puis qu’en ces mouvemens derniers
Ils ont signalé leurs personnes ;
Qu’on prepare de beaux lauriers,
Pour leur en faire des couronnes.

    Tost après la paix de Paris
Sera la paix universelle ;
Chacun reprendra ses esprits
Tost après la paix de Paris ;
On n’entendra plaintes ny cris,
On ne verra plus de querelle ;
Tost après la paix de Paris
Sera la paix universelle.

    Chacun vivra dans le repos,
Sans craindre siége ny bataille ;
On ne parlera plus d’impôts,
Chacun vivra dans le repos ;
Gare les verres et les pots,

  1. Cette Mazarinade, faite sous une forme qui fut très employée alors, mais rarement avec une verve aussi soutenue, passe pour être d’un prêtre nommé Jean Duval, à qui l’on attribue aussi le Parlement de Pontoise (1652), et qui mourut le 12 décembre 1680. Il se pourroit pourtant que Jean Duval n’y fût pour rien, et que le véritable auteur fût Marigny. Il est du moins certain que quelques uns de ces triolets, sinon tous, sont de ce dernier. Nous les noterons au passage. Sautereau de Marty, dans son Nouveau siècle de Louis XIV, t. 1, p. 153, etc., a donné cette pièce presque tout entière ; M. Moreau, dans son Choix de Mazarinades, t. 1, p. 416, n’en a reproduit que vingt-cinq triolets. Il lui donne la date du 4 mars 1649. Il nous dit aussi, dans son excellente Bibliographie des Mazarinades, t. 3, p. 226, nº 3859, qu’il y en eut une 2e édition, s. l. n. d., in-4 de 8 p.
  2. Chaque maison devoit fournir un soldat. Celles qui étoient à porte cochère étoient tenues d’armer un cavalier. C’est ce que Richelieu avoit déjà ordonné en 1636, l’année de Corbie, comme on disoit, parceque les Espagnols, ayant pris cette ville, menaçoient de près Paris. V. Mém. de Monglat, collect. Petitot, 2e série, t. 49, p. 128, et Tallemant, 1re édit., t. 5, p. 51. L’arrêté du conseil de ville qui avoit renouvelé cette mesure étoit du 12 janvier 1649 ; on lit dans le Courrier burlesque de la guerre de Paris :

    Le mardi, le conseil de ville
    Fit un règlement fort utile,
    Savoir que, pour lever soldats,
    Tant de pied comme sur dadas,
    L’on taxeroit toutes les portes,
    Petites, grandes, foibles, fortes ;
    Que la cochère fourniroit
    Tant que le blocus dureroit
    Un bon cheval avec un homme,
    Ou qu’elle donneroit la somme
    De quinze pistoles de poids,
    Payables la première fois ;
    Les petites un mousquetaire
    Ou trois pistoles pour en faire.

    Pièces à la suite des Mémoires du cardinal de Retz, Amsterdam, 1712, in-12. t. 1, p. 270.
  3. Gondi, le coadjuteur. On jouoit volontiers, à propos de lui, sur le mot pasteur, comme dans ce couplet, que nous avons trouvé parmi les triolets de S.-Germain, et, avec quelques changements, dans un recueil de chansons dont M. Laverdet possède le manuscrit, tout entier de la main de Bussy-Rabutin. Nous citons d’après cette curieuse copie :

    Monsieur notre coadjuteur
    Quitte la crosse et prend la fronde,
    Ayant sceu qu’un petit pasteur,
    Monsieur notre coadjuteur,
    Pour avoir été bon frondeur
    Devint le plus grand roi du monde,
    Monsieur notre coadjuteur.
  4. L’armée du roi tenoit tous ces villages.
  5. Ils négligeoient pourtant de faire trop bonne garde et un blocus trop sévère autour de Paris. Cyrano, dans sa lettre 21e (Contre les frondeurs), dit à propos de Mazarin : « Il deffendit d’abattre les moulins qui sont autour de la ville, quoiqu’il sceut que par leur moyen elle recevoit continuellement force bleds. »
  6. C’est ce qui abondoit le plus, à ce qu’il paroît, grâce à un heureux coup du marquis de la Boulaye, « qui, dit la dame de la Halle dans sa harangue, qui, avec sa mine turquesque, nous fit bien manger des cochons en carême, pendant le blocus de Paris. » (Lettre de remercîment envoyée au cardinal Mazarin… avec la dame Denize, au large chaperon es Halles, députée vers Son Everminence, etc., Paris, 1651.)
  7. Une autre Mazarinade, du même temps et de la même forme, avoue par son titre qu’elle fut écrite au cabaret : Triolets nouveaux sur la paix, faits dans la Pomme de Pin, pour l’heureux retour du roy, Paris, Denys Langlois, 1649.
  8. Beaucoup de denrées venoient de Corbeil par la Seine. La prise de cette ville par l’armée royale étoit donc très préjudiciable aux Parisiens. « Corbeil nous sera necessaire, écrit Gui-Patin à Spon ; c’est la première ville que nous irons prendre. » Les bateaux qui descendoient la Seine chargés de vivres, pain fait à Melun, poissons, fruits, etc., s’appeloient Corbillas et Corbillards, à cause de Corbeil. V. l’Estoille, édit. Michaud, t. 2, p. 38, et une note de Roquefort dans la Vie privée des François, par Le Grand d’Aussy, t. 1, p. 106. Plus tard, la voiture qui menoit les morts au cimetière prit le même nom, par allusion aux Corbeaux, comme l’Estoille appelle les croque-morts, qui la conduisent. V. id., p. 406.
  9. Sautereau de Marsy n’a pas reproduit ce triolet. — Charenton avoit été pris par le prince de Condé le 8 février, et il importait beaucoup aux Parisiens de le reprendre.
  10. Le pain le plus délicat en venoit. V. la lettre de Gui-Patin citée tout à l’heure, et notre t. 2, p. 327.
  11. Le conseiller Broussel.
  12. Le grand maître de l’artillerie. Jusqu’à la fin des troubles, il y eut des frondeurs qui étoient d’avis qu’il falloit refuser au roi la Bastille et l’Arsenal. V. La vérité reconnue de M. le Prince, etc., Paris, 1652.
  13. Équivoque sur le prénom de Mazarin et sur le nom d’une petite monnoie romaine qui ne valoit que 5 sols.
  14. Il y a une amusante épître de Chapelle à M. Carré, où il se plaint des ravages que les troupes étrangères à la solde du roi faisaient alors dans la banlieue de Paris.

    Toutes ces troupes étrangères
    Font qu’on ne se promène guères.
    Hélas ! comment le pourroit-on,
    Puisque Chaillot et Charenton
    Sont à présent places frontières ?
  15. V. une des notes précédentes.
  16. Espèce de demi-casque, ou morion, dont se coiffoient alors les fantassins.
  17. Pendant la Terreur, Ducis, qui probablement ne connoissoit pas cette mazarinade, écrivoit à l’un de ses amis cette phrase qui la rappelle si bien : « Que parles-tu, Vallier, de faire des tragédies ? La tragédie court les rues. »
  18. Sautereau de Marsy n’a pas donné ce triolet. Plusieurs mazarinades firent allusion à ces misères d’un siège qui tomboit en temps de carnaval. V. notre t. 2, p. 326, note.
  19. Une chère, c’étoit une précieuse. V. Œuvres de Saint-Évremond, t. 1, p. 143, le Cercle.
  20. V. aussi, pour la foire Saint Germain, qui n’eut pas lieu cette année-là, notre t. 2, p. 326.
  21. Sur cet empirique du Pont-Neuf, v. une note de notre édition du Roman Bourgeois.
  22. Inutile de rappeler qu’on nommoit ainsi les barbiers et les chirurgiens.
  23. Des conférences pour la paix se tenoient alors à Ruel.
  24. On appeloit ainsi le Pérou, à cause de la grande rivière Xauca ou Maragnon, qui le traverse.
  25. Il rentra dans Paris le 18 août.
  26. Après avoir été l’un des chefs des rebelles, il leur faussa compagnie d’une façon éclatante, en épousant la nièce du cardinal.
  27. Ce triolet, l’un des plus populaires du temps, puisque nous le trouvons dans les Triolets de Saint-Germain, dans les Triolets de la Cour, et aussi dans le mss. de Bussy, cité plus haut, fut fait par Marigny sous l’inspiration du coadjuteur, qui le dit lui-même dans ses Mémoires.
  28. Ce triolet est l’un des plus ironiques. M. d’Elbeuf et ses enfants n’avoient fait merveille qu’en mettant la ville à contribution, sous prétexte qu’ils défendoient sa cause. Dans les Trahisons découvertes ou Le peuple vendu, il est accusé « d’avoir ferré la mule au peuple de Paris » .
  29. Selon Sautereau de Marsy, ce triolet est encore de Marigny.
  30. Le maréchal de La Mothe-Houdancourt, qui, pour s’être fait battre à Lérida, en 1644, avoit été accusé de trahison et enfermé à Pierre-Encise. Justifié pleinement par arrêt du parlement de Grenoble, il n’étoit sorti de prison, en septembre 1648, que pour se faire aussitôt l’un des chefs de la Fronde.
  31. Le marquis de la Boulaye,
    Ce grand gallion de convoi,
    Comme il est appelé dans la Lettre au cardinal burlesque, à cause de l’heureux coup de main qui avoit permis à la ville de se ravitailler. V. l’une des notes précédentes.