Les Villes du Beni-Mzab
LES VILLES DU BENI-MZAB
Le pays qui s’étend au sud d’Ourgla, dans les steppes du Sahara, constitue un haut plateau découpé de loin en loin par de profondes vallées, dont les thalwegs ne sont pas humectés par les pluies torrentielles. Elles s’écoulent dans le sol sablonneux jusqu’aux couches inférieures imperméables, où elles se conservent en abondance.
L’eau manque donc à la surface dans ce pays de la soif ; puisque ce n’est qu’avec des moyens artificiels qu’on peut se la procurer. Le gouvernement français, voulant améliorer la condition des oasis du Souf, entre Biskra et Touggourt, y fit percer des puits artésiens, qui rendirent la vie à ces endroits desséchés. Il organisa aussi une expédition hydrologique, dont la direction fut confiée à M. Ville, ingénieur des mines. Il constata un système géologique uniforme, dans lequel le percement des puits peut s’entreprendre avec certitude de réussite, au grand bénéfice des indigènes.
Les villes sont toutes à peu près semblables ; bâties d’après le système guerrier des Mozabites, elles occupent les sommets des collines depuis le haut jusqu’en bas. La mosquée élevée au point culminant est dominée par le minaret, d’où l’on jouit d’une vue superbe ; les vedettes peuvent voir de cet observatoire les mouvements des ennemis dans la campagne. Les rues sont bien percées ; les unes suivent les lignes de la plus grande pente, tandis que les autres serpentent dans le sens des courbes du niveau. Les maisons sont bâties en moellons calcaires ou en grès. Elles ont à l’étage supérieur une rangée d’arcades donnant du côté extérieur, ce qui imprime à ces villes un cachet fort pittoresque. Une enceinte de murs crénelés, percés de portes fortifiées, entoure la colline qui sert de piédestal à la ville. Quelques-unes ont deux enceintes ; ce qui est dû plutôt à un déplacement de la ville primitive, qu’à un motif défensif.
Chaque maison se compose d’un corps de logis d’un étage, entourant une cour précédée d’une galerie. Les boutiques du quartier commerçant sont souvent dans des rues voûtées, qui, la nuit, sont éclairées par de petites lampes à l’huile, placées par les habitants dans des niches. Un homme aisé possède ordinairement deux maisons, l’une où se tiennent les femmes et l’autre où il reçoit ses amis.
Les Mozabites ont en dehors de la ville des jardins cultivés avec grand soin, irrigués au moyen de travaux remarquables de canalisation. Ils cultivent ainsi un grand nombre d’arbres fruitiers. Les plus communs sont les figuiers, les abricotiers, les pêchers ; la vigne réussit très-bien. Les jardins de palmiers atteignent souvent une grande valeur ; quand un terrain est bien planté et possède un bon puits, il rapporte abondamment. Ces plantations offrent un aspect délicieux et des plus riants ; elles abondent aux environs de la ville, qu’elles transforment en véritables jardins.
Ces peuples se gouvernent par leurs propres institutions ; ils reconnaissent seulement la suzeraineté de la France, en payant un faible tribut annuel. Dans chaque ville, il y a deux caïds, l’un nommé par la Djama (mosquée) et l’autre par l’autorité française.