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Les députés des Trois-Rivières (1808-1838)/OGDEN, Charles-Richard

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Les éditions du « Bien Public » (p. 12-17).

II

L’Hon. Charles-Richard Ogden

(1791 — 1866)

Fils de l’honorable Isaac Ogden, l’un des réfugiés loyalistes de la révolution américaine, qui devint juge de la cour du Banc du Roi à Montréal, et de sa seconde femme, Sarah Hanson, il naquit à Québec le 6 février 1791. Il fit ses études sous la direction du Révérend M. Doty, des Trois-Rivières, et de M. Skakel, de Montréal, puis il étudia le droit. Admis au barreau le 21 février 1812, il alla s’établir aux Trois-Rivières, mais il revint peu après à Montréal et y ouvrit un bureau en société avec M. Alexander Buchanan. Ce bureau s’acquit bientôt une grande réputation et obtint une belle clientèle.

Peu après la déclaration de guerre par les États-Unis, en juin 1812, M. Ogden était nommé lieutenant et quartier-maître du premier bataillon de milice de la division des Trois-Rivières (22 juillet). Il permuta ensuite au huitième bataillon de cette même division, et en devint le paie-maître.

M. Ogden fut nommé, le 17 octobre 1815, secrétaire et trésorier de la commission chargée de la construction d’une prison aux Trois-Rivières.

M. Ogden se lança de bonne heure dans la politique. Dès le 13 mai 1814, alors qu’il n’était âgé que de vingt-trois ans, il était élu l’un des représentants de la ville des Trois-Rivières à l’Assemblée législative, poste qu’il occupa jusqu’au 6 juillet 1824. De nouveau élu le 13 septembre 1826, il continua de siéger en Chambre jusqu’au 11 janvier 1833, lorsqu’il donna sa démission.

Au cours de la session de 1819, M. Ogden porta plainte contre le juge Bédard, des Trois-Rivières, qu’il accusait d’abus d’autorité, d’attentat à la liberté individuelle, et d’avoir dégradé la dignité de ses fonctions en les faisant servir à satisfaire ses vengeances personnelles. M. Ogden avait été emprisonné par son ordre pour libelle et désobéissance à la cour. Le comité spécial de l’Assemblée auquel la plainte avait été renvoyée, déclara qu’elle était nullement fondée. M. Bédard avait encore de bons amis à l’Assemblée.

Quatre ans plus tard, M. Ogden qui était le chef et le principal porte-parole de l’opposition en Chambre, proposa un amendement aux résolutions énergiques que la majorité proposait contre le projet d’union, mais cet amendement ne réunit que trois voix.

« La raison, disait-il, [1] pour laquelle l’union a causé une profonde alarme parmi les sujets d’origine française, est connue du gouvernement de Votre Majesté, et s’il venait nécessaire de déduire des raisons pour prouver combien la mesure que le gouvernement de Votre Majesté vient d’adopter est nécessaire, les suivantes pourraient être énoncées et considérées comme conclusives sur ce sujet : une jalousie et un manque de confiance en l’honneur et la droiture du gouvernement impérial, sur toutes les mesures qu’il a pu adopter pour promouvoir le bonheur des sujets canadiens de Votre Majesté, a été entretenue avec malheureusement trop de succès parmi les ignorants et les imprudents, la crainte d’une innovation ou d’un changement des anciennes coutumes et habitude agit fortement sur cette classe bien intentionnée mais sans éducation des habitants de cette province, et dans le cas où cette entrave à faire goûter les sentiments et les principes d’un sujet britannique ne serait pas par elle-même suffisante, elle a été adroitement fortifiée au moyen de considérations religieuses. Les garanties inviolables des traités et des actes du gouvernement impérial ont à peine servi à dissiper le manque de confiance qu’il est jugé nécessaire d’alimenter sur ce sujet, et Votre Majesté peut seule pleinement et équitablement apprécier jusqu’où cet esprit devient justifiable dans la réalité des choses, et jusqu’où il est consistant avec la saine politique de s’y soumettre. »

« Cet amendement, ajoutait M. Bédard, aussi intempestif que ridicule, au milieu de la réprobation générale que causait le projet d’union parmi les canadiens ne fut appuyé que par deux anglais Oldham et Garden. Le président de la chambre le repoussa sur le principe qu’il était diamétralement opposé aux résolutions que la chambre venait d’adopter. Ogden en appela à la chambre de la décision du président, mais cet appel fut rejeté. Le gouverneur s’engagea à transmettre l’adresse de l’Assemblée au roi et aux chambres anglaises. »

M. Ogden avait été fait conseil du Roi le 9 janvier 1816, et il fut nommé solliciteur général du Bas-Canada le 14 octobre 1818, en remplacement de M. David Ross, avocat de Montréal, et il occupa ce poste jusqu’au 12 janvier 1833, lorsqu’il fut promu procureur général. M. Ogden avait déjà agi comme substitut du procureur général pour le district des Trois-Rivières, de 1818 à 1825. Il avait obtenu ce poste, dit Bibaud, grâce à sa parenté avec lord Lyndhurst, mais M. Ogden a démenti cette assertion.[2]

De 1833 à 1837, il demeura à Québec, mais dès les débuts de la rébellion il transporta de nouveau sa résidence à Montréal et y demeura jusqu’à l’union de 1841.

Le gouverneur Charles Poulett Thomson, l’appela au Conseil spécial, le 16 avril 1840, et il y siégea jusqu’à l’Union.

M. Ogden fut l’un des fondateurs, en 1827, du club appelé " Brothers in Law ", ainsi que de la Bibliothèque des Avocats en 1828 et dont il fut l’un des directeurs.

Le 12 décembre 1837, M. Ogden fut nommé commissaire pour administrer le serment d’allégeance.

C’est à M. Ogden qu’incomba la tâche de poursuivre les « patriotes » de 1837 et 1838, Il s’en acquitta avec zèle, à la satisfaction de sir John Colborne, dont il était le conseiller intime.

Ce fut à lui que fut dévolu le devoir, en sa qualité de procureur général, de prendre les dispositions voulues pour le transport aux Bermudes des huit prisonniers politiques condamnés à l’exil par Durham.

M. Ogden, qui s’était tenu à l’écart de la politique depuis 1833 pour se rendre au désir du Bureau colonial, se présenta à la députation dans la ville des Trois-Rivières, à la demande expresse de lord Sydenham, et il y fut élu le 8 avril 1841. Il siégea à l’Assemblée législative du Canada uni jusqu’à la fin du premier parlement, le 23 septembre 1844, et fit partie de l’Exécutif, comme procureur général du Bas-Canada, du 13 février 1841 au 15 septembre 1842.[3]

Le 20 juillet 1841, M. de Gaspé, ancien shérif de Québec qui avait été arrêté et incarcéré pour dette à la Couronne, demanda au parlement sa mise en liberté. Cette demande fut renvoyée à un comité de la Chambre, dont faisaient partie, M. Ogden en sa qualité de procureur général, M. Christie, Neilson et autres députés. Ce comité fit un rapport favorable.

Son cas est véritablement pénible et la loi a été exécutée avec trop de rigueur, lisait-on dans ce rapport. Une loi fut passée pour le libérer et le gouverneur y donna la sanction royale le 5 septembre 1841.

Ayant obtenu un congé d’un an, en 1841, M. Ogden partit pour un voyage de repos en Europe. De retour au pays l’année suivante, il apprit que le ministère Draper dont il faisait partie avait été remplacé par celui de La Fontaine et qu’il avait perdu son poste de procureur général échu au nouveau premier ministre, Louis-Hippolyte La Fontaine. Il protesta auprès de sir Charles Bagot mais ce fut en vain, son éloquent plaidoyer ne put changer le nouvel état de choses et il dut se résigner à la perte de son emploi de procureur général.

M. Ogden avait été l’un des commissaires nomméa en 1842, pour rréviser et consolider les statuts du Bas-Canada.

M. Ogden se retira alors en Angleterre où on lui offrit d’autres emplois en compensation, mais il les refusa. Ayant été admis au barreau anglais, il accepta un peu plus tard le poste de procureur général de l’Île de Man, et, en 1857, il devint aussi District Registrar à Liverpool. Il conserva ces deux emplois jusqu’à sa mort arrivée en février 1866.

M. Ogden avait épousé en premières noces, le 24 juillet 1824, Mary, fille du général Coffin. Après la mort de celle-ci, survenue le 20 juin 1827, il convola en secondes noces, le 3 août 1829, avec Suzan, fille aînée d’Isaac Winslow Clarke, commissaire général adjoint, à Montréal. De cette seconde union, il eut cinq enfants, quatre fils et une fille. Madame Ogden décéda en 1839.

M. Ogden était anglican.

Dans une notice biographique de M. Ogden, dit M. Buchanan [4], il est dit que : « comme fonctionnaire public, M. Ogden remplit hardiment ses devoirs fort souvent d’une nature très ardue et parfois pénible sans peur et impartialement. Qu’il s’en acquitta à la satisfaction de son souverain et de ses aviseurs est chose manifeste vu l’importance des différents postes qui lui furent successivement assignés. Dans la conduite des causes portées en cour criminelle, il fut singulièrement heureux et ceci, surtout parce qu’il appliquait fermement la loi sans jamais perdre de vue que la justice doit être administrée avec modération. Comme membre de l’Assemblée du Bas-Canada, il fut hardi et implacable dans la poursuite de ce qu’il croyait être juste, disant toute sa pensée en face d’une énorme majorité, Il était respecté et même aimé de ses plus violents adversaires politiques à cause de sa dignité, de son honnêteté, de sa franchise et de sa bonne humeur. Durant les jours sombres et agités de 1837 à 1841, et des rapports de M. Ogden avec les événements, il n’est pas besoin de les commenter ici. Un quart de siècle s’est écoulé depuis et l’on peut les laisser à l’historien. Il eut des devoirs très difficiles et pénibles à remplir et nous croyons que peu de personnes eussent voulu ou eussent pu s’en acquitter mieux que lui. Qu’il y eut des différences d’opinions quant à la politique qu’il fut appelé à appliquer, une chose au moins ne souffre pas de doute — dans le rajustement des affaires après la tempête, il fit tout son possible pour obtenir justice pour toutes les classes de sujets de Sa Majesté. Dans la vie privée, M. Ogden était aimable, estimé et génial, aimant le plaisir et la plaisanterie et heureux d’un bon mot. Doux et libéral avec tous ses subordonnés et ses amis et n’oubliant jamais un ami ou un service rendu, il avait cette qualité essentielle à un homme public et possédait d’une manière remarquable par les plus grands d’entre eux, celle de distinguer ceux qui pouvaient rendre de bons services et il se les attachait, fermement et affectueusement. Il mourut en février 1806, âgé de 75 ans. »

Quant à son amour de la gaîté et de la plaisanterie, nous en avons cité un exemple dans notre article sur le juge Foucher. Nous y renvoyons le lecteur. Il est peut-être sage aussi d’imiter l’auteur anonyme de la notice reproduite ci-haut et de ne pas porter de jugement sur la conduite politique de M. Ogden, surtout quant à ce qui a trait à l’insurrection de 1837-38. Comme lui

« Imitons de Conrart le silence prudent »

et laissons la besogne à d’autres que cela pourrait intéresser. Qu’il suffise de dire qu’il était un Britisher to the core et qu’il remplit ses devoirs honnêtement suivant les dictées de sa conscience.


Charles-Richard avait un frère, Isaac-Gouverneur, qui fut shérif aux Trois-Rivières de 1827 à 1867. Un autre frère, David, fut admis au barreau en 1803, servit pendant la guerre de 1812-15 et mourut en Angleterre en 1819. Un troisième, Peter-Skeene, né en 1794, devint membre de la compagnie de fourrures du Nord-Ouest et demeura dans l’Ouest. Il est mort en 1854, près d’Oregon City. Il a publié sous le pseudonyme « A fur Trader » un volume de réminiscences intitulé Traits of American Indian life and character. Enfin, un quatrième, nommé Henry, est décédé à New-York, et sa sœur Harriett Lawrence épousa le général Evans, compagnon de l’ordre du Bain.

Nous n’avons rien pu trouver au sujet des enfants de Charles-Richard Ogden.


L’amiral sir Isaac Coffin et Thomas Aston Coffin, de Québec, étaient les oncles de Charles-Richard,

  1. Bédard, T.-P. — Histoire de Cinquante ans.
  2. Christie — Hist. of L.C., v. 393, 394.
  3. Archives du Canada, Série G., vol, 390, p. 327.
  4. The Bench and Bar of Lower Canada.