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Les mammifères de l’éocène inférieur français et leurs gisements/Appendices

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APPENDICES

I. Remarques sur le dernier mémoire du professeur Max Schlosser : Beiträge zur Kenntnis der Säugetierreste aus dem untersten Eocaen von Reims.

Le travail que je présente ici était terminé quand M. Schlosser a publié (1920) et m’a obligeamment envoyé un mémoire où sont étudiés d’assez nombreux fossiles de Cernay, conservés, paraît-il, depuis une dizaine d’années à Berlin, mais provenant aussi en partie, je suppose, des tranchées allemandes de Reims. Voici quelques observations sur les points les plus notables de ce Mémoire.

1o La seule pièce véritablement nouvelle pour Cernay décrite par M. Schlosser est un fragment de maxillaire supérieur, portant M2 et M3 (p. 118, Pl. XVI fig. 7), nommé Arctocyonides Lemoinei sp. nov., Les dents de cette forme sont aussi grandes que celles d’un Arctocyon, mais avec un contour beaucoup plus oblong et des tubercules plus lisses et plus coniques. M2 est fortement réduite. Je ne pense pas que cet échantillon puisse être rapporté à un Arctocyonides : la taille est trop forte, et les dents trop allongées transversalement pour convenir à ce genre. J’inclinerais, par contre, à y voir un fragment de maxillaire de Tricuspiodon. Si ce rapprochement est exact, il faudrait corriger partiellement ce que j’ai écrit page 36, et dire que par ses dents supérieures sans ectocône Tricuspiodon se rapproche des Phénacodidés plutôt que des Périptychidés.

2o Creoadapis Pompeckji sp. nov. (p. 107, Pl. XVI, fig. 8), représenté par trois dents isolées, M2, M1 et P4, est identique à Arctocyonides (Creoadapis) Douvillei Lem. La P4 figurée par M. Schlosser est intéressante, puisque cette dent n’est pas représentée dans la collection Lemoine elle ressemble, en plus petit, à une P4 d’Arctocyon où le deutérocône serait fortement dilaté.

3o M. Schlosser s’est efforcé de retrouver, parmi les nombreux débris de Plesiadapis qu’il possédait, les trois espèces de Lemoine (Ples. Daubrei, remensis et Trouessarti), et aussi le Chiromyoides de M. Stehlin. Ce que j’ai dit plus haut (p. 21) montre que cette entreprise était impossible, deux des espèces de Lemoine n’existant pas en réalité. En fait, les différences signalées par M. Schlosser entre ses Plesiadapis (même l’inégal développement de l’hypocône à M4) ne paraissent pas dépasser l’ordre des variations individuelles, quand elles ne tiennent pas à un état d’usure des fossiles. Chiromyoides notamment est représenté sur les planches de M. Schlosser par des incisives brisées qui n’ont rien de caractéristique.

4o M. Schlosser a repris de nouveau, très à fond, et d’une manière intéressante, la question de la position systématique des Pleuraspidothéridés. Revenant à une de ses anciennes idées, il rapproche décidément Orthaspidotherium (et, par suite, Pleuraspidotherium) des Anoplothéridés, à cause de la forme des dents, de la présence d’une facette péronéale au calcaneum, etc… Les Pleuraspidothéridés seraient, à son avis, une souche primitive d’Artiodactyles à pattes non encore différenciées. Sans doute, reconnaît-il, ils ressemblent beaucoup aussi aux Hyrax, mais ils ne peuvent appartenir à ce groupe, car il manque à leur mandibule, en arrière de M3, le foramen caractéristique des Hyracidés. — Comme je l’ai déjà dit (p. 45), je ne saurais accepter entièrement le point de vue de M. Schlosser. D’une part, l’absence de foramen à la base de la branche montante de la mandibule ne me paraît pas suffisante pour créer une barrière entre les Pleuraspidothéridés et le groupe des Hyracidés primitifs (un foramen semblable existe, très inégalement développé, chez les Rongeurs). D’un autre côté, par le développement de leurs incisives supérieures, par l’existence d’un diastème après leur canine, par la conformation du trigonide de leurs molaires inférieures (où le paraconide a disparu, au lieu de rester conique et de se rapprocher du métaconide, comme cela a lieu pour les Anoplothéridés), les Pleuraspidothéridés du Thanétien ont une dentition plus différenciée que les Artiodactyles du Cuisien ou du Lutétien. Ils ne sauraient donc leur servir d’ancêtres.

5o Voilà pour la partie paléontologique du mémoire de M. Schlosser. En lisant la partie stratigraphique on est surpris (p. 138) de voir Cernay placé à la base du Puerco. Je n’ai pas su voir par quelles considérations est appuyé ce synchronisme qui n’a d’appui, à mon avis, ni dans l’étude du terrain ni dans la considération des faunes.



II. Remarques sur les planches v-viii

M. Boule a estimé que, pour compléter le mémoire qui précède, et aussi pour faciliter aux paléontologistes leurs études comparatives, il convenait de reproduire par la photographie un certain nombre de pièces, appartenant à la collection Lemoine, dont la figuration par ce savant pouvait paraître insuffisante ou même n’existait pas. Ces pièces sont représentées sur les planches V-VIII. La planche V est consacrée aux Pleuraspidothéridés ; les planches VI-VII à Arctocyon ; la planche VIII à Arclocyon et Propachynolophus.

Sur la planche V, on observera particulièrement la similitude des calcanéums de Pleuraspidotherium et Orthaspidotherium (fig. 13 et 14), remarquables l’un et l’autre par l’étalement de leur face externe et le développement du tubercule péronéal.

Conformément aux indications de la collection Lemoine, j’ai rapporté à Pleuraspidotherium une série de vertébres, qui correspondent bien à la taille de cet animal, mais dont il est impossible de dire si elles ont été trouvées en connexion avec un crâne, ni même si elles appartiennent à un seul individu. Cette série comprend l’atlas, deux cervicales, deux dernières dorsales, plusieurs caudales.

L’atlas (fig. 6) semble avoir eu des apophyses transverses étroites, et une apophyse épineuse assez marquée. Les facettes pour l’axis sont larges, peu inclinées en avant, séparées de l’arc supérieur par un profond sillon qui va du canal médullaire au canal artériel, celui-ci s’ouvrant sur la face caudale de la vertèbre (disposition lémuroïde, ou, simplement, « primitive »). Le sillon antero-externe de l’arc supérieur, pour le nerf cranien, n’est pas recouvert d’un pont osseux, ou bien ce pont était réduit à une simple fibre, dont on voit l’attache.

Les deux cervicales (la troisième et une des dernières, fig. 7 et 8) ont un corps assez épais, légèrement aplati dorso-ventralement, caréné à la face inférieure, avec face articulaire modérément inclinée. Les apophyses transverses paraissent avoir été faiblement développées et démunies de lames inférieures. L’arc supérieur est large, rectangulaire, sur la troisième cervicale ; étroit, et en forme de chevron, sur l’autre. Canal artériel large.

Sur les dernières dorsales (fig. 9 et 10), dont les apophyses transverses sont brisées, on peut surtout noter la présence de longues anapophyses grêles, bien visibles sur la figure. Les caudales ne sont pas faciles à situer avec certitude. Les figures 11 et 12 représentent probablement la première caudale et une des suivantes. Le corps de la vertèbre et le canal médullaire sont aplatis sur le premier spécimen, mais non sur le deuxième, ce qui peut faire douter que les deux pièces appartiennent au même animal. Apophyses transverses longues et étroites, peu inclinées en arrière. La vertèbre représentée figure 15, longue et avec bords largement étalés, pourrait être une cinquième caudale. Les pré-zygapophyses portent de fortes métapophyses, visibles également sur la première caudale. Les figures 16 et 17 représentent deux des dernières caudales.

Pleuruspidotherium, si ces vertèbres lui appartiennent réellement, devait avoir une queue extrêmement forte et longue (grandeur des caudales, force des métapophyses où s’insèrent les muscles supérieurs de la queue). Son atlas était très primitif, conservant une disposition qu’on ne trouve plus aujourd’hui parmi les Ongulés (à ma connaissance) que chez les Proboscidiens.

Les planches VI-VIII représentent les os du crâne et du squelette d’Arctocyon décrits et en partie figurés au trait, pages 28 et 29. Le crâne (Pl. VI), médiocrement conservé, présente les mêmes caractères que celui de La Fère, et ne se prête pas à une étude de détail de la région auditive. Cerveau petit, crête sagittale haute, constriction post-orbitaire extrême, arcades zygomatiques larges.

Sur l’omoplate figurée à la planche VII, le dédoublement apparent de l’épine est dû à une fracture du fossile l’épine est rompue longitudinalement un peu au-dessus de sa base, et la partie supérieure se trouve rejetée en avant. On voit distinctement, sur la figure, le grand acromion, et, à sa gauche, une apophyse recourbée (métacromion).

Sur la planche VII on observera la moitié distale de fémur (fig. 5) montrant une amorce de troisième trochanter, et, planche VIII, le cuboïde portant une large facette pour l’astragale.

Les dents supérieures et mandibules de Propachynolophus Gaudryi représentées sont les types mêmes de Lemoine, décrits en 1878.