Aller au contenu

Les mammifères de l’éocène inférieur français et leurs gisements/Introduction

La bibliothèque libre.

LES MAMMIFÈRES
DE L’ÉOCÈNE INFÉRIEUR FRANÇAIS
ET LEURS GISEMENTS

INTRODUCTION

Dans l’état actuel de nos connaissances, la faune des Mammifères de l’Éocène inférieur de France est représentée par un groupe de formes relativement peu nombreuses et mal connues.

Les restes que nous possédons de cette époque proviennent en effet de régions fort limitées du bassin de Paris (Reims, Épernay, Meudon…). Presque tous sont dans un état très fragmentaire. En outre, faute de recherches poursuivies sur le terrain, les collections ne se sont enrichies, depuis plus de vingt ans, que de très rares fossiles nouveaux.

Si incomplets soient-ils, ces documents n’en continuent pas moins à former le plus clair de nos connaissances sur les Mammifères de l’Éocène inférieur européen, et, à ce titre, ils excitent un intérêt universel. Malheureusement le plus grand nombre d’entre eux ne sont toujours connus que par les descriptions peu précises et les figures peu lisibles du regretté Dr Lemoine.

À un moment où vient de se publier, en Amérique, une Révision de la faune du Paléocène et du Wasatch, et où se pose, avec plus d’insistance que jamais, le problème de l’origine des Mammifères placentaires, il m’a paru qu’il était nécessaire de reprendre l’étude des Mammifères thanétiens, sparnaciens ou cuisiens de France. C’est ce travail que je présente ici.

On ne trouvera pas, dans ces pages, une Révision complète de la faune mammalogique de l’Éocène inférieur de notre pays. Non seulement un pareil sujet d’étude serait démesuré ; mais il représenterait encore une peine inutile. Plusieurs formes de cette époque, telles que Coryphodon, Pachyæna, Pachynolophus, Protodiehobune…, ont été si bien décrites ailleurs, que j’ai dû me borner à renvoyer, en tout ou en partie, pour elles, le lecteur aux excellents travaux de MM. Boule, Depéret, Stehlin… Sans oublier de mentionner ces formes, ni de les situer aussi exactement que possible à leur place zoologique et statigraphique, j’ai insisté plus particulièrement sur la description et la figuration de beaucoup d’autres espèces, moins bien connues, — de celles-là surtout dont j’avais pu me procurer quelques échantillons nouveaux.

L’étude de ces formes, jusqu’ici passablement confuses, m’a permis, on le verra, de donner sur les faunes successives de l’Éocène inférieur français une série d’aperçus assez clairs, permettant de les mieux comparer entre elles et avec leurs équivalents américains.

Ces résultats prouveront une fois de plus, j’espère, combien l’usage des Mammifères fossiles peut être un instrument utile et sensible, pour résoudre, en statigraphie, le double problème de la séparation des niveaux en un point, et de leur synchronisation à longue distance.

Le présent travail devrait être divisé naturellement en trois parties, correspondant respectivement au Thanétien, au Sparnacien et au Cuisien. Pour des raisons que j’exposerai plus loin, il m’a fallu traiter ensemble le Sparnacien et le Cuisien. D’où, ces deux chapitres seulement : 1o Mammifères thanétiens. ; 2o Mammifères sparnaciens et cuisiens.

Je n’ai pas cru sortir de mon sujet en ajoutant, comme Appendice, une Étude sur quelques formes archaïques nouvelles des Phosphorites du Quercy. Malgré l’âge récent (probablement bartonien) de ces formes, on peut dire, sans exagération, qu’elles appartiennent encore à la faune de l’Éocène inférieur, car elles sont inséparables zoologiquement de celle-ci, et elles permettent certainement de la mieux comprendre.

Les matériaux que j’ai utilisés dans ce Mémoire sont avant tout, pour le Thanétien, le Sparnacien et le Cuisien, la collection Lemoine, conservée intégralement au Muséum de Paris, et, pour les Phosphorites du Quercy, les collections Filhol et Rossignol, conservées au même lieu. La collection de la Faculté des Sciences de Marseille m’a également fourni des documents précieux sur le Conglomérat de Meudon. À ces données fondamentales j’ai pu, grâce à des fouilles personnelles exécutées à Cernay et des recherches faites au musée de Montauban, ajouter plusieurs éléments nouveaux. Enfin l’étude des fossiles sparnaciens conservés à Bruxelles et à Londres m’a permis de faire, entre les niveaux français, belges et anglais, des rapprochements intéressants.

Je dois, avant tout exprimer ici ma reconnaissance à mon maître, M. Boule, pour le très grand honneur qu’il m’a fait en me confiant l’étude de la collection Lemoine, pour ses conseils qui ne m’ont jamais manqué, et pour les facilités, aussi, qu’il m’a données de fouiller à Cernay sur un terrain appartenant au Muséum. Fond et forme, ce travail sort vraiment de son laboratoire.

À M. Depéret, Doyen de la Faculté des sciences de Lyon, à M. Repelin, professeur de géologie à la Faculté de Marseille, à M. le Dr Labat, conservateur du musée de Montauban, à M. le professeur Dollo, de Bruxelles, à MM. A. Smith Woodward et Andrews, du British Muséum, qui ont mis à ma disposition, avec une extrême amabilité, tous les échantillons dont je pouvais avoir besoin, j’exprime également mes plus profonds remerciements.

MM. Depéret et Stehlin sauront voir, à la manière dont je fais constamment appel à leur autorité, combien leurs belles études sur les Mammifères éocènes ont été pour moi un point de départ fondamental et apprécié. Ils ne m’en voudront pas si, parfois, j’ai utilisé l’aide qu’ils m’offraient pour chercher à les compléter.


NOMENCLATURE DENTAIRE

Dans ce travail, où la plupart des spécimens étudiés sont des maxillaires ou des dents isolées, la nomenclature dentaire a une grande importance.


Fig 1. — Explication des termes employés pour la description des tubercules dentaires

(A). — Maxillaire supérieur. Molaires (trituberculées ou bilobées, M) : ps, parastyle ; pc, paracône ; ms, mésostyle ; me, môtacône ; mts, métastyle ; pl, paraconule ; ml, métaconule ; pr, protocône ; ec, ectocône (lobe cingulaire antérieur) ; hc, hypocône ; hs, hypostyle. — Prémolaires (P4 et P3) : dc, deutérocône ; tc, tritocône ; les autres tubercules comme sur les molaires.

(B). — Maxillaire inférieur. Molaires (M3, et M) : prd, protoconide ; pd, paraconide ; md, métaconide ; msd, métastylide ; hd, hypoconide ; ed, endoconide ; hld, hypoconulide ; le, et li, tubercules externe et interne du troisième lobe. Prémolaires (P4) : même notation que pour les molaires ; t, talon.


Pour désigner plus rapidement les diverses dents, je me suis servi des symboles suivants :

Maxillaire supérieur : I1 I2 I3 C P1 P2 P3 P4 M1 M2 M3.

Maxillaire inférieur : I1 I2 I3 C P1 P2 P3 P4 M1 M2 M3.

Molaires de lait supérieures : D1 D2 D3 D4.

Molaires de lait inférieures : D1, D2 D3 D4.

Pour indiquer les tubercules de chaque dent, j’ai utilisé la nomenclature américaine, devenue courante, en : -cônes, -conules, -conides, -conulides, -styles, -stylides, qui se comprendra immédiatement à l’inspection de la figure 1 ci-dessus.

La majorité des formes que nous étudierons appartenant à un type encore nettement trituberculé, c’est-à-dire où les tubercules (même s’ils sont disposés en carré, aux molaires supérieures) conservent encore entre eux les attaches du triangle primitif (proto, -para, -métacône), l’homologie des tubercules ne fera généralement aucune difficulté. Dans les cas, plus rares, de molaires supérieures à deux lobes (Pleuraspidothéridés, Ilyracothéridés…), je continuerai à appeler, suivant l’usage, hypocône et métaconule, les tubercules interne et médian du lobe postérieur. Mais alors il faudra bien remarquer que ces tubercules ne correspondent pas forcément à leurs homonymes des trituberculés. — Pas davantage ne doit-on, aux molaires inférieures, considérer le parastylide des Ongulés, né d’un dédoublement du métaconide, comme l’homologue de celui de quelques Primates (Plesiadapis sparnaciens, Adapis…) chez qui ce tubercule prend naissance comme une aspérité, souvent multiple, très au-dessous du métaconide.

Le seul nom nouveau que j’aie cru devoir adopter dans ma terminologie de sdenticules est celui d’« ectocône », au lieu de protostyle (Osborn), pour le tubercule que peut former, symétriquement à l’hypocône, par rapport au protocône, le cingulum antérieur des molaires supérieures. Moins répandu que l’hypocône, l’ectocône est un tubercule de même ordre que lui, parfois égal à lui (Périptychidés, quelques Lémuridés…). J’ai cru qu’il y avait avantage à choisir des noms à désinences semblables pour deux tubercules dont l’origine et la fonction sont aussi équivalentes.

Toutes les longueurs sont exprimées en millimètres.

Les indications bibliographiques dans le texte se rapportent à la liste des ouvrages en fin de mémoire.