Les silences du colonel Bramble/13

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XIII


Ô mûre et charmante épicière
___Au corsage gonflé,
Et vous, jolie garde-barrière,
___Aux bras nus et musclés,

Institutrice aux yeux mi-clos,
___Aux robes citadines,
Vous qui possédiez un piano
___Et de longues mains fines,

Boulangère à qui les écus
___Ne coûtaient certes guère,
Car vous vous mettiez au-dessus
___Des préjugés vulgaires,


Ah ! que vos charmes villageois
___Nous furent donc utiles
Pour vaincre le cafard sournois
___De ces journées hostiles !

Accoudés à votre comptoir
___Et parlant pour nous-mêmes,
Nous vous disions nos longs espoirs
___Et nos vastes problèmes.

Vous n’avez pas souvent compris,
___Mais soyez bien tranquilles,
Nos belles amies de Paris
___Ne sont pas plus habiles.

L’homme croit toujours émouvoir
___La femme qu’il désire :
Elle n’est pour lui qu’un miroir
___Dans lequel il s’admire,

Et quand Margot, l’air résigné,
___Subit nos hypothèses,
Elle vaut bien la Sévigné,
___Pourvu qu’elle se taise.