Les silences du colonel Bramble / XVI. Chanson du comte de Dorset

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Chanson du Comte de Dorset.
(1665)



En cet instant, belles personnes,
Un adolescent bien poudré
A coup sûr près de vous fredonne
La chanson que vous adorez.

Fa, do, sol, ré.


En caressant ses cheveux lisses
Avec des gestes maniérés,
Il vous fait des yeux en coulisse
Et des regards énamourés.

Fa, do, sol, ré.


La vague cependant balance
Notre vieux bateau délabré,
Le vent qui siffle avec violence
Chante notre Miserere.

Fa, do, sol, ré.


En vain, pour conjurer l’image
D’un sort, hélas ! trop assuré,
Accrochés à nos bastingages,
Nous fredonnons désespérés :

Fa, do, sol, ré.


Poussés vers les sombres royaumes
Par votre oubli prématuré,
Le plus lamentable des psaumes
Chante en notre cœur ulcéré :

Fa, do, sol, ré.


Quoi ? Votre âme était si petite
Et votre amour si mesuré ?
Vous avez oublié si vite
Que ce fut notre air préféré,

Fa, do, sol, ré.


En semblable cas, les Romaines
Restaient près du foyer sacré
Et chantaient en filant la laine
Des hymnes aux dieux ignorés.

Fa, do, sol, ré.


Ne pouvez-vous faire comme elles ?
Oh ! dites que vous le voudrez
Et qu’en des amours éternelles
Pour nous seuls vous vous garderez.

Fa, do, sol, ré.


Car si vous êtes inconstantes
Comme ces flots désemparés.
Craignez qu’un jour le doux andante
Ne devienne un Dies irae.

Fa, do, sol, ré.