Lettre d'Henri d’Anjou à Ceux de La Rochelle, 9 février 1573, Mauzé

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

B.N.F, collection Dupuy, 745, fol. 270, copie (Henri d’Anjou à Ceux de La Rochelle, 9 février 1573, Mauzé)

Messieurs, comme le soin que nature a donné a chacun de nous de procurer sa conservation vous a peu par le malheur du temps faire entrer en quelque deffiance et chercher les moiens que vous avez pensez y estre propres, j'avois aussy esperé que mesme instinct vous feroit embrasser et recevoir tout ce qui vous seroit presenté et connoistriez estre a vostre salut et repos. Mais je vous ay au contraire jusques icy connus si durs et s'il faut dire, obstinez a ne vouloir ouyr la voix du roy, votre prince, qui a essaié, comme le bon pere fait ses enfans, vous appeller a soy et user de tout bon et favorable traictement en vostre endroict, que, pour le lieu qu'il a pleu a Dieu et au roy, monseigneur et frere, me departir en ce royaume, je ne puis estre sans extreme regret et déplaisir et seray encor plus si, continuant vostre resolution premiere, je suis contrainct vous faire sentir la pesanteur de ses forces et authorité, qui ne peut estre sans respandre beaucoup de sang de ses subjectz et paistre les yeux de plusieurs de la reuine et desolation d'une nagueres belle et florissante ville, chose que j'eviteray toujours autant qu'il me sera possible. Au moyen de quoy, m'acheminant presentement au camp et armée de sa Majesté qui est devant vostre ville, j'ay voulu, avant que d'y entrer et emploier contre vous le dernier remede de la force, vous faire la presente pour vous exorter et amonester et vous mettre derechef devant les yeux le devoir et obeissance dont vous estes tenus a vostre roy et prince et combien il vous sera profitable et avantageux comme bons, loyaux et fidelles subjectz le reconnoistre et embrasser pour maistre sous le benefice d'icelle pourveoir non seullement au salut et conservation de voz personnes mais de voz femmes et enfans, et qui doibt estre le plus cher a toute ame bien née, de vostre propre patrie, laquelle vous a jusques icy nourris et eslevez, vous promettant en ce faisant sur ma propre foy et parolle la bonne grace du roy, monseigneur et frere, oubly perpetuel des choses passées, seureté et conservation de vosdictes personnes et de tout ce qui vous peust toucher, et en mon particullier vous avoir toujours en spécialle protection autant que vous pourrez desirer, vous garder, et maintenir au gaige de ma propre vie s'il est besoin, a ce que je vous auray promis et accordé, n'ayant, Dieu mercy, mon honneur et ma parolle en si peu de recommandation que je veille permectre y estre faict tache ny en donner aucune sinistre oppinion. Ne pensez que ces gracieuses et humaines remonstrances soient a faute de moins de vous ramener par la voie de la force, d'aultant que, outre celles de la mer et de la terre vous le feront assez tost connoistre, sy vostre malheur vous reduict a en faire l'aissay, le coeur et bonne volonté des princes et de toute la noblesse de France qui est icy pres de moy n'a aucunement dégenéré pour s'emploier a faire reconnoitre et obeyr son roy ou le besoin se presentera. Mais, après m'estre acquité envers Dieu et les hommes de tous les gracieux offices que j'ay pensé pouvoir servir a vostre conservation et estre legitimement excusé de ceux de la force dont j'ay délibéré ou vous serez si mal conseillez de reffuser le premier m'aider à vous y disposer, lesquels ne vous peuvent promettre que la ruine et desolation de vostre ville, meurtre de vostre propre sang et en somme les plus extremes miseres et calamitez que la rigueur de la guerre porte quant et soy. Au moyen de quoy je prie Dieu, Messieurs, vous vouloir sur ce bien conseiller. Escrit à Mauze près la Rochelle le neuviesme jour de fevrier 1573.