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Lettre de protestation - 20 septembre 1870

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Arthur RimbaudCorrespondance

Lettre de protestation - 20 septembre 1870


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Douai, 20 septembre 1870.

Nous soussignés, membres de la Légion de la Garde nationale sédentaire de Douai, protestons contre la lettre de monsieur Maurice, maire de Douai, portée à l’ordre du jour du 18 septembre 1870.

Pour répondre aux nombreuses réclamations des gardes nationaux non armés, Monsieur le Maire nous renvoie aux consignes données par le ministre de la Guerre ; dans cette lettre insinuante, il semble accuser de mauvaise volonté ou d’imprévoyance le ministre de la Guerre et celui de l’Intérieur. Sans nous ériger en défenseurs d’une cause gagnée, nous avons le droit de remarquer que l’insuffisance des armes en ce moment doit être imputée seulement à l’imprévoyance et à la mauvaise volonté du gouvernement déchu, dont nous subissons encore les conséquences.

Nous devons tous comprendre les motifs qui déterminent le Gouvernement de la Défense nationale à réserver les armes qui lui restent encore aux soldats de l’armée active, ainsi qu’aux gardes mobiles : ceux-là, évidemment, doivent être armés avant nous par le Gouvernement. Est-ce à dire que l’on ne pourra pas donner des armes aux trois-quarts des gardes nationaux, pourtant bien décidés à se défendre en cas d’attaque ? Non pas : ils ne veulent pas rester inutiles : il faut à tout prix qu’on leur trouve des armes. C’est aux Conseils municipaux, élus par eux, qu’il appartient de leur en procurer. Le maire, en pareil cas, doit prendre l’initiative et, comme on l’a fait déjà dans mainte commune de France, il doit spontanément mettre en œuvre tous les moyens dont il dispose, pour l’achat et la distribution les armes dans sa commune.

Nous aurons à voter dimanche prochain pour les élections municipales, et nous ne voulons accorder nos voix qu’à ceux qui, dans leurs paroles et dans leurs actes, se seront montrés dévoués à nos intérêts. Or, selon nous, la lettre du maire de Douai, lue publiquement, dimanche dernier, après la revue, tendait, volontairement ou non, à jeter le discrédit sur le Gouvernement de la Défense nationale, à semer le découragement dans nos rangs, comme s’il ne restait plus rien à faire à l’initiative municipale : c’est pourquoi nous avons cru devoir protester contre les intentions apparentes de cette lettre.

F. Petit.


  1. Ce projet de pétition qui, si l’on en croit Jean-Jacques Lefrère (Arthur Rimbaud, Fayard, p.167-168), n’a pas été diffusé, a été rédigé par Rimbaud à l’issue d’une réunion de la Garde nationale de Douai. Il aurait été ensuite soumis à Izambard qui aurait décidé de ne pas l’exploiter pour une raison que l’on ignore, mais l’aurait conservé dans ses archives rimbaldiennes. Selon Lefrère, le signataire virtuel "F.Petit" serait sans doute un garde national ; selon Louis Forestier, un pseudonyme habituellement employé par Izambard lui-même dans son journal Le Libéral du Nord (LF, 523).