Lettres choisies de Madame de Sévigné/1676

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30. À Bussy-Rabutin - Aux Rochers, ce dimanche 1er de mars 1676.

Qu’aurez-vous cru de moi, mon cher cousin, d’avoir reçu une si bonne lettre de vous, il y a plus de six semaines, et de n’y avoir pas fait réponse ? En voici la raison ; c’est qu’il y en a aujourd’hui sept que ma grande santé, que vous connaissez, fut attaquée d’un cruel rhumatisme dont je ne suis pas encore dehors, puisque j’ai les mains enflées, et que je ne saurais écrire. J’ai eu vingt et un jours la fièvre continue. Je me fis lire votre lettre, dont le raisonnement me parut fort juste, mais il s’est tellement confondu avec les rêveries continuelles de ma fièvre qu’il me serait impossible d’y faire réponse. Ce que je sais, c’est que j’ai envoyé votre lettre à ma fille, et que j’ai pensé plusieurs fois à vous depuis que je suis malade. Ce n’est pas peu dans un temps où j’étais si occupée de moi-même. C’est un étrange noviciat pour une créature comme moi, qui avait passé sa vie dans une parfaite santé. Cette maladie a retardé mon retour à Paris, où j’irai pourtant tout aussitôt que j’aurai repris mes forces.

On m’a mandé de Paris que Monsieur le Prince avait déclaré au Roi que sa santé ne lui permettait pas de servir cette campagne. M. de Lorges a été fait maréchal de France ; voilà sur quoi nous pourrions fort bien causer, si l’on causait avec la main d’un autre. Mais il suffit pour aujourd’hui, mon cher cousin, que je vous aie conté mes douleurs. J’embrasse de tout mon cœur Mme de Coligny ; je la prie de ne pas accoucher à huit mois, comme ma fille. Elle s’en porte bien, mais on y perd un fils et c’est dommage. Adieu, mon très cher.

31. À Madame de Grignan - À Paris, vendredi 10ème avril 1676.

Plus j’y pense, ma bonne, et plus je trouve que je ne veux point vous voir pour quinze jours. Si vous venez à Vichy ou à Bourbon, il faut que ce soit pour venir ici avec moi. Nous y passerons le reste de l’été et l’automne ; vous me gouvernerez, vous me consolerez ; et M. de Grignan vous viendra voir cet hiver et fera de vous à son tour tout ce qu’il trouvera à propos. Voilà comme on fait une visite à sa maman que l’on aime, voilà le temps que l’on lui donne, voilà comme on la console d’avoir été bien malade, et d’avoir encore mille incommodités, et d’avoir perdu la jolie chimère de croire être immortelle comme elle le croyait effectivement ; présentement, elle commence à se douter de quelque chose, et se trouve humiliée jusqu’au point d’imaginer qu’elle pourrait bien passer un jour dans la barque comme les autres, et que Caron ne fait point de grâce. Enfin, au lieu de ce voyage de Bretagne que vous aviez si envie de faire, je vous propose et vous demande celui-ci.

Mon fils s’en va ; j’en suis triste, et je sens cette séparation. On ne voit à Paris que des équipages qui partent. Les cris sur la nécessités sont encore plus grands qu’à l’ordinaire, mais il n’en demeurera aucun, non plus que les années passées. Le Chevalier est parti sans vouloir me dire adieu ; il m’a épargné un serrement de cœur, car je l’aime sincèrement.

Vous voyez que mon écriture prend sa forme ordinaire. Toute la guérison de ma main se renferme dans l’écriture ; elle sait bien que je la quitterai volontiers du reste d’ici à quelque temps. Je ne puis rien porter. Une cuillère me paraît la machine du monde, et je suis encore assujettie à toutes les dépendances les plus fâcheuses et les plus humiliantes que vous puissiez vous imaginer, mais je ne me plains de rien, puisque je vous écris.

La duchesse de Sault me vient voir comme une de mes anciennes amies ; je lui plais. Elle vint la seconde fois avec Mme de Brissac. Il faudrait des volumes pour vous conter les propos de cette dernière ; la Sault vous plairait et vous plaira.

Je garde ma chambre très fidèlement, et j’ai remis mes Pâques à dimanche, afin d’avoir dix jours entiers à me reposer. Mme de Coulanges apporte au coin de mon feu les restes de sa petite maladie ; je lui portai hier mon mal de genou et mes pantoufles. On y envoya ceux qui me cherchaient : ce fut des Schomberg, des Senneterre, des Coeuvres, et Mlle de Méri, que je n’avais pas encore vue. Elle est, à ce qu’on dit, très bien logée ; j’ai fort envie de la voir dans son château.

La famille de Montgobert est fort en peine d’elle. Mandez-moi comme elle se porte. Ma main veut se reposer ; je lui dois bien cette complaisance pour celle qu’elle a pour moi.

De Charles de Sévigné
Je vais partir de cette ville,
Je m’en vais mercredi tout seul à Charleville,
Malgré le chagrin qui m’attend.

Je n’ai pas jugé à propos d’achever ce couplet, parce que voilà toute mon histoire dite en trois vers. Vous ne sauriez croire la joie que j’ai de voir ma mère en l’état où elle est. Je crois que vous serez aussi aise que je le suis quand vous la verrez à Bourbon où je vous ordonne toujours de l’aller voir. Il me semble qu’aucune raison ne vous en doit empêcher, pas même celle du ménage que je comprends parfaitement bien, et vous pourriez fort bien revenir ici avec elle en attendant que M. de Grignan vous rapportât votre lustre et fit reparaître comme la gala del pueblo, la flor del abril. Si vous suivez mon avis, vous serez bien plus heureuse que moi ; vous verrez ma mère, sans avoir le chagrin d’avoir à la quitter dans deux ou trois jours, lequel chagrin est d’ordinaire accompagné de plusieurs autres qui sont aisés à deviner. Enfin, me revoilà encore guidon, guidon éternel, guidon à barbe grise. Ce qui me console, c’est que, quoi qu’on dise, toutes les choses de ce monde prennent fin, et qu’il n’y a pas d’apparence que celle-là seule soit exceptée de la loi générale. Adieu, ma belle petite soeur, souhaitez-moi un heureux voyage. Je crains bien que l’âme intéressée de M. de Grignan ne vous en empêche ; cependant je compte comme si tous deux vous aviez quelque envie de me revoir. Bonjour, ma petite Dague.

Adieu, ma chère bonne. J’embrasse le Comte et le conjure d’entrer dans mes intérêts et dans les sentiments de ma tendresse. Je baise les pichons et vous, ma très belle et très chère.

32. À Madame de Grignan - À Vichy, ce jeudi 4 juin 1676.

Enfin, ma bonne, j’ai achevé aujourd’hui ma douche et ma suerie ; je crois qu’en huit jours il est sorti de mon pauvre corps plus de vingt pintes d’eau. Je suis persuadée que rien ne me peut faire plus de bien ; je me crois à couvert des rhumatismes pour le reste de ma vie. La douche et la sueur sont assurément des états pénibles, mais il y a une certaine demi-heure où l’un se trouve à sec et fraîchement et où l’on boit de l’eau de poulet fraîche : je ne mets point ce temps au rang des plaisirs médiocres ; c’est un endroit délicieux. Mon médecin m’empêchait de mourir d’ennui. Il me divertissait à lui parler de vous ; il en est digne. Il s’en est allé aujourd’hui ; il reviendra, car il aime la bonne compagnie, et depuis Mme de Noailles, il ne s’était pas trouvé à telle fête. Je m’en vais prendre demain une légère médecine, et puis boire huit jours, et puis c’est fait. Mes genoux sont comme guéris. Mes mains ne veulent pas encore se fermer, mais pour cette lessive que l’on voulait faire de moi une bonne fois, elle sera dans la perfection.

Nous avons ici une Mme de La Baroire qui bredouille d’une apoplexie ; elle fait pitié. Mais quand on la voit laide, point jeune, habillée du bel air, avec des petits bonnets à double carillon, et qu’on songe de plus qu’après vingt-deux ans de veuvage, elle s’est amourachée de M. de La Baroire qui en aimait une autre à la vue du public, à qui elle a donné tout son bien, et qui n’a jamais couché qu’un quart d’heure avec elle pour fixer les donations, et qui l’a chassée de chez lui outrageusement (voici une grande période), mais quand on songe à tout cela, on a extrêmement envie de lui cracher au nez. On dit que Mme de Péquigny vient aussi ; c’est la Sibylle Cumée. Elle cherche à se guérir de soixante et seize ans, dont elle est fort incommodée ; ceci devient les Petites-Maisons.

Je mis hier moi-même une rose dans la fontaine bouillante. Elle y fut longtemps saucée et ressaucée ; je l’en tirai comme dessus sa tige. J’en mis une autre dans une poêlonnée d’eau chaude ; elle y fut en bouillie en un moment. Cette expérience, dont j’avais ouï parler, me fit plaisir. Il est certain que les eaux ici sont miraculeuses.

Je veux vous envoyer, par un petit prêtre qui s’en va à Aix, un petit livre que tout le monde a lu et qui m’a divertie ; c’est l’Histoire des Vizirs. Vous y verrez les guerres de Hongrie et de Candie et vous y verrez, en la personne du grand vizir, que vous avez tant entendu louer et qui règne encore présentement, un homme si parfait que je ne vois aucun chrétien qui le sur-passe. Dieu bénisse chrétienté ! Vous y verrez des détails de la valeur du roi de Pologne qu’on ne sait point, et qui sont dignes d’admiration.

Ma chère bonne, j’attends de vos lettres présentement avec impatience, et je cause en attendant. Ne craignez jamais que j’en puisse être incommodée ; il n’y a nul danger d’écrire le soir.

Voilà votre lettre du 31 de mai, ma très chère et très parfaitement aimable. Il y a des endroits qui me font rire aux larmes ; celui où vous ne pouvez pas trouver un mot pour M. de La Fayette est admirable. Je trouve que vous avez tant de raison que je ne comprends pas par quelle fantaisie je vous demandais cette inutilité. Je crois que c’était dans le transport de la reconnaissance de ce bon vin qui sent le fût ; vous étiez toujours sur vos pieds pour lui dire supposé, et un autre mot encore que je ne retrouve plus.

Pour notre pichon, ma bonne, si vous aviez vu ce que vous m’en écrivez, vous auriez cru tout comme moi. Je suis transportée de joie que sa taille puisse être un jour à la Grignan. Vous me le représentez fort joli, fort aimable ; cette timidité vous faisait peur mal à propos. Vous vous divertissez de son éducation, et c’est un bonheur pour toute sa vie ; vous prenez le chemin d’en faire un honnête homme. Vous voyez comme vous aviez bien fait de lui donner des chausses ; ils sont filles, tant qu’ils ont une robe. Dieu sait comme M. de La Garde vous donne de bons conseils là-dessus ! Vous avez toujours retenu ce que disait Saint-Hérem ; c’est le plus joli capitaine qu’on puisse voir. Je suis tout affligée de son départ.

Vous ne comprenez point mes mains, ma bonne. Présentement, j’en fais une partie de ce que je veux, mais je ne les puis fermer qu’autant qu’il faut pour tenir ma plume ; le dedans ne fait aucun semblant de se vouloir désenfler. Que dites-vous des restes agréables d’un rhumatisme ? Monsieur le Cardinal me mandait l’autre jour que les médecins avaient nommé son mal de tête un rhumatisme de membranes. Quel diantre de nom ! à ce nom de rhumatisme, je pensai pleurer.

Je vous trouve fort bien pour cet été dans votre château. M. de La Garde doit être compté pour beaucoup ; je pense que vous en faites fort bien votre profit.

Vous êtes bien heureuse d’avoir de bons officiers. Et afin, ma bonne, que vous vous désespériez tout juste autant qu’il le faut et point plus, je vous dirai qu’il faut trois jours pour aller d’ici à Lyon, et cinq cruels à venir de Grignan à Lyon ; ce sont huit par des chaleurs extrêmes, et huit le retour, quoique moindre. Je crois que j’ai fait sagement de vous empêcher cette fatigue, et à moi la douleur de vous voir pour vous dire adieu presque en même temps : Pour vous voir un moment, j’ai passé par Essonnes ; C’est justement ce que vous eussiez fait. Mais quand vous voudrez me voir tout de bon et un peu plus tranquillement, vous passerez effectivement par Essonnes. Pour moi, je vivrais tristement si je n’espérais une autre année d’aller à Grignan ; c’est une de mes envies de me trouver encore une fois en ma vie dans ce château avec tous les pichons et tous les Grignan du monde ; il n’y en a jamais trop. J’ai un souvenir tendre du séjour que j’y ai fait, qui promet un second voyage dès que je le pourrai.

J’ai ri, en vérité, ma bonne, mais c’est malgré moi, de la nouvelle du combat naval que notre bon d’Hacqueville vous a mandée. Il faut avouer que cela est plaisant, et le soin qu’il prenait aussi de m’apprendre des nouvelles de Rennes, mais vous chercherez qui en rira avec vous, car vous savez bien le voeu que j’ai fait, depuis qu’il m’envoya une lettre de Davonneau qui me redonna la vie.

Que dites-vous du maréchal de Lorges que voilà capitaine des gardes ? ces deux frères deviennent jumeaux, et Mlle de Frémont est, en vérité, bien mariée, et M. de Lorges aussi. Je m’en réjouis pour le Chevalier. Je crois que plus son ami s’avancera, et plus il sera en état de le servir.

Mme de Coulanges me mande qu’on lui a mandé que Mme de Brissac est guérie, et qu’elle ne rend point les eaux de Vichy ; voilà bien notre petite amie. Vous la trouverez bien au-dessus des servitudes où vous l’avez vue autrefois ; elle n’aime plus qu’autant qu’on l’aime, et cette mesure est bonne, surtout avec les dames de la cour.

Vous avez fait transir le bon Abbé de lui parler de ne pas reprendre à Paris votre petit appartement. Hélas ! ma bonne, je ne l’aime et ne le conserve que dans cette vue ; au nom de Dieu, ne me parlez point d’être hors de chez moi. J’adore le bon Abbé de tout ce qu’il me mande là-dessus, et de l’envie qu’il a de me voir recevoir une si chère et si aimable compagnie ; si sa lettre n’était pleine de mille petites affaires de Bourgogne et de Bretagne, je vous l’enverrais.

Ma bonne, je vous embrasse mille fois avec une tendresse qui vous doit plaire, puisque vous m’aimez ; vous ne sauriez l’imaginer aussi grande qu’elle est. Faites bien des amitiés à M. de La Garde et à M. de Grignan, et mes compliments de noces à La Garde. Baisez les pichons pour moi. J’aime la gaillardise de Pauline. Et ce petit, veut-il vivre absolument contre l’avis d’Hippocrate et de Galien ? Il me semble que ce doit être un homme tout extraordinaire. L’inhumanité que vous donnez à vos enfants est la plus commode chose du monde ; voilà, Dieu merci, la petite qui ne songe plus ni à père, ni à mère. Hélas ! ma belle, elle n’a pas pris cette heureuse qualité chez vous. Vous m’aimez trop, et je vous trouve trop occupée de moi et de ma santé ; vous n’en avez que trop souffert.

Quoi ! Rippert renonce la réponse de Gourville. Sachez qu’il m’a écrit bien honnêtement pour prier Gourville, comme intendant des affaires du prince de Conti, de lui donner le chaperon de Bagnols pour l’année 1678. Voilà ce que Gourville m’a répondu, et puis il se trouve que ce n’est plus lui. Je ne m’en soucie en vérité guère, puisqu’il le prend par là, je ne dis pas de Rippert au moins, mais de son chaperon.

Le maître des courriers de Lyon s’appelle Séjournant, à ce que m’a dit la Bagnols, il s’appelle encore Roujoux, et fait fort bien tenir nos lettres.

33. À Madame de Grignan - À Paris, ce vendredi 17ème juillet 1676.

Enfin c’en est fait, la Brinvilliers est en l’air. Son pauvre petit corps a été jeté, après l’exécution, dans un fort grand feu, et les cendres au vent, de sorte que nous la respirerons, et par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante dont nous serons tous étonnés. Elle fut jugée dès hier. Ce matin, on lui a lu son arrêt, qui était de faire amende honorable à Notre-Dame et d’avoir la tête coupée, son corps brûlé, les cendres au vent. On l’a présentée à la question ; elle a dit qu’il n’en était pas besoin, et qu’elle dirait tout. En effet, jusqu’à cinq heures du soir elle a conté sa vie, encore plus épouvantable qu’on ne le pensait. Elle a empoisonné dix fois de suite son père (elle ne pouvait en venir à bout), ses frères et plusieurs autres. Et toujours l’amour et les confidences mêlés partout. Elle n’a rien dit contre Pennautier. Après cette confession, on n’a pas laissé de lui donner la question dès le matin, ordinaire et extraordinaire ; elle n’en a pas dit davantage. Elle a demandé à parler à Monsieur le Procureur général ; elle a été une heure avec lui. On ne sait point encore le sujet de cette conversation. À six heures on l’a menée, nue en chemise et la corde au cou, à Notre-Dame faire l’amende honorable. Et puis on l’a remise dans le même tombereau, où je l’ai vue, jetée à reculons sur de la paille, avec une cornette basse et sa chemise, un docteur auprès d’elle, le bourreau de l’autre côté. En vérité, cela m’a fait frémir. Ceux qui ont vu l’exécution disent qu’elle a monté sur l’échafaud avec bien du courage. Pour moi, j’étais sur le pont Notre-Dame avec la bonne d’Escars ; jamais il ne s’est vu tant de monde, ni Paris si ému ni si attentif. Et demandez-moi ce qu’on a vu, car pour moi je n’ai vu qu’une cornette, mais enfin ce jour était consacré à cette tragédie. J’en saurai demain davantage, et cela vous reviendra.

On dit que le siège de Maestricht est commencé, et celui de Philisbourg continué ; cela est triste pour les spectateurs. Notre petite amie m’a bien fait rire ce matin ; elle dit que Mme de Rochefort, dans le plus fort de sa douleur, a conservé une tendresse extrême pour Mme de Montespan, et m’a contrefait ses sanglots, au travers desquels elle lui disait qu’elle l’avait aimée toute sa vie d’une inclination toute particulière. Etes-vous assez méchante pour trouver cela aussi plaisant que moi ?

Voici encore une autre sottise (mais je ne veux pas que M. de Grignan la lise). Le Petit Bon, qui n’a pas l’esprit d’inventer la moindre chose, a conté naïvement qu’étant couché l’autre jour familièrement avec la Souricière, elle lui avait dit, après deux ou trois heures de conversation : « Petit Bon, j’ai quelque chose sur le cœur contre vous. -- Et quoi, madame ? Vous n’êtes point dévot à la Vierge ; ah ! vous n’êtes point dévot à la Vierge : cela me fait une peine étrange. » Je souhaite que vous soyez plus sage que moi, et que cette sottise ne vous frappe pas comme elle m’a frappée.

On dit que Louvigny a trouvé sa chère épouse écrivant une lettre qui ne lui a pas plu ; le bruit a été grand. D’Hacqueville est occupé à tout raccommoder. Vous croyez bien que ce n’est pas de lui que je sais cette petite affaire, mais elle n’en est pas moins vraie, ma chère bonne.

J’ai bien envie de savoir comme vous aurez logé toute votre compagnie. Ces appartements dérangés et sentant la peinture me donnent du chagrin. Je vous conjure, ma très chère, de vous confirmer toujours dans le dessein de me donner, par votre voyage, la marque de votre amitié que j’en désire et que vous me devez un peu, et dans le temps que j’ai marqué. Ma santé est toujours de même. J’embrasse M. de Grignan.