Lettres choisies de Madame de Sévigné/1679

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1678 Lettres choisies 1680


39. À Guitaut - À Paris, ce jeudi 1er juin 1679.

Ma fille commence à ne plus parler que d’aller à Epoisses en allant à Grignan, mais comme sa santé n’est point encore en état d’envisager un si grand voyage, j’espère que M. de Grignan, n’ayant rien à faire en Provence, la cour étant ici, aimant fort tendrement madame sa femme, ne se pressera point de partir et lui laissera achever paisiblement des eaux de votre bonne Sainte-Reine, qu’elle prend, et qui lui font beaucoup de bien, ensuite du lait, et enfin donnera tout le loisir nécessaire pour la tirer de cette étrange maigreur où elle est tombée. Cependant sa poitrine se porte mieux depuis les grandes sueurs qu’elle a eues dans sa fièvre tierce, qui l’ont persuadée que ce qui piquait sa poitrine était des sérosités que les sueurs ont fait sortir. Il y a quelque apparence, mais aussi elle devrait être plus forte et moins maigre qu’elle n’est, si elle était guérie de ce côté-là, de sorte que nous attendons avec impatience l’effet des remèdes qu’elle prend et qu’elle prendra. Il me semble que votre curiosité et votre amitié ne peuvent pas souhaiter un plus beau détail que celui que je vous mande. Si vous m’aviez un peu plus parlé de vous et de votre famille dans votre lettre, vous m’auriez fait plus de plaisir, car à mon sens, autant qu’on s’ennuie des circonstances sur les choses indifférentes, autant on les aime sur celles qui tiennent au cœur. Adieu, Monsieur et Madame.

Pour avoir trop à discourir sur les nouvelles, je n’en dirai rien du tout. Plusieurs guerriers s’en vont en Allemagne pour ne point faire la guerre, mais pour faire peur à M. de Brandebourg.

Adieu la Beauté ; adieu la Très Bonne. Notre Abbé vous salue.

’’Pour Monsieur le comte de Guitaut, à Epoisses.’’

40. À Madame de Grignan - À Livry, lundi au soir, printemps-été 1679.

Tout est gratté, tout est tondu, tout est propre, tout est disposé à vous recevoir ; voilà votre carrosse et mes chevaux. Disposez absolument de tout ce qui est à moi, réglez, ordonnez, commandez, car ma fantaisie et ma sorte d’amitié, c’est d’aimer cent fois mieux votre volonté que la mienne et de me trouver toujours toute disposée à suivre vos desseins.

Votre fils est gaillard et mange comme un petit démon dans l’air de cette forêt. Le Bien Bon vous embrasse.

’’Pour Madame de Grignan.’’

41. À Madame de Grignan - À Livry, samedi au soir, printemps-été 1679.

Vous qui savez, ma bonne, comme je suis frappée des illusions et des fantômes, vous deviez bien m’épargner la vilaine idée des dernières paroles que vous m’avez dites. Si je ne vous aime pas, si je ne suis point aise de vous voir, si j’aime mieux Livry que vous, je vous avoue, ma belle, que je suis la plus trompée de toutes les personnes du monde. J’ai fait mon possible pour oublier vos reproches, et je n’ai pas eu beaucoup de peine à les trouver injustes. Demeurez à Paris, et vous verrez si je n’y courrai pas avec bien plus de joie que je ne suis venue ici. Je me suis un peu remise en pensant à tout ce que vous allez faire où je ne serais point, et vous savez bien qu’il n’y a guère d’heures où vous puissiez me regretter, mais je ne suis pas de même, et j’aime à vous regarder et à n’être pas loin de vous pendant que vous êtes en ces pays où les mois vous paraissent si longs. Ils me paraîtraient tout de même, si j’étais longtemps comme je suis présentement.

Je voudrais bien que votre poumon fût rafraîchi de l’air que j’ai respiré ce soir : pendant que nous mourions à Paris, il faisait ici un orage, jeudi, qui rend encore l’air tout gracieux. Bonsoir, ma très chère.

J’attends de vos nouvelles, et vous souhaite une santé comme la mienne ; je voudrais avoir la vôtre à rétablir.

Voilà mes chevaux, dont vous ferez tout ce qui vous plaira.

’’Pour Madame de Grignan.’’

42. À Madame de Grignan - Printemps-été 1679.

J’ai mal dormi. Vous m’accablâtes hier au soir ; je n’ai pu supporter votre injustice. Je vois plus que les autres toutes les qualités admirables que Dieu vous a données. J’admire votre courage, votre conduite ; je suis persuadée du fonds de l’amitié que vous avez pour moi. Toutes ces vérités sont établies dans le monde et plus encore chez mes amies. Je serais bien fâchée qu’on pût douter que vous aimant comme je fais, vous ne fussiez point pour moi comme vous êtes. Qu’y a-t-il donc ? C’est que c’est moi qui ai toutes les imperfections dont vous vous chargiez hier au soir, et le hasard a fait qu’avec confiance, je me plaignis hier à Monsieur le Chevalier que vous n’aviez pas assez d’indulgence pour toutes ces misères, que vous me les faisiez quelquefois trop sentir, que j’en étais quelquefois affligée et humiliée. Vous m’accusez aussi de parler à des personnes à qui je ne dis jamais rien de ce qu’il ne faut point dire. Vous me faites, sur cela, une injustice trop criante ; vous donnez trop à vos préventions. Quand elles sont établies, la raison et la vérité n’entrent plus chez vous. Je disais tout cela uniquement à Monsieur le Chevalier. Il me parut convenir avec bonté de bien des choses, et quand je vois, après qu’il vous a parlé sans doute dans ce sens, que vous m’accusez de trouver ma fille toute imparfaite, toute pleine de défauts, tout ce que vous me dîtes hier au soir, et que ce n’est point cela que je pense et que je dis, et que c’est au contraire de vous trouver trop dure sur mes défauts dont je me plains, je dis : « Qu’est-ce que ce changement ? » et je sens cette injustice, et je dors mal. Mais je me porte fort bien, et prendrai du café, ma bonne, si vous le voulez bien.

’’Pour ma fille.’’

43. À Madame de Grignan - Printemps ou été 1679.

Il faut, ma chère bonne, que je me donne le plaisir de vous écrire, une fois pour toutes, comme je suis pour vous. Je n’ai point l’esprit de vous le dire ; je ne vous dis rien qu’avec timidité et de mauvaise grâce. Tenez-vous donc à ceci. Je ne touche point au fonds de la tendresse sensible et naturelle que j’ai pour vous ; c’est un prodige. Je ne sais pas quel effet peut faire en vous l’opposition que vous dites qui est dans nos esprits ; il faut qu’elle ne soit pas si grande dans nos sentiments, ou qu’il y ait quelque chose d’extraordinaire pour moi, puisqu’il est vrai que mon attachement pour vous n’en est pas moindre. Il semble que je veuille vaincre ces obstacles, et que cela augmente mon amitié plutôt que de la diminuer ; enfin, jamais, ce me semble, on ne peut aimer plus parfaitement. Je vous assure, ma bonne, que je ne suis occupée que de vous, ou par rapport à vous, ne disant et ne faisant rien que ce qui me paraît vous être le plus utile.

C’est dans cette pensée que j’ai eu toutes les conversations avec Son Eminence, qui ont toujours roulé sur dire que vous aviez de l’aversion pour lui. Il est très sensible à la perte de la place qu’il croit avoir eue dans votre amitié ; il ne sait pourquoi il l’a perdue. Il croit devoir être le premier de vos amis, il croit être des derniers. Voilà ce qui cause ses agitations, et sur quoi roulent toutes ses pensées. Sur cela, je crois avoir dit et ménagé tout ce que l’amitié que j’ai pour vous, et l’envie de conserver un ami si bon et si utile, pouvait m’inspirer, contestant ce qu’il fallait contester, ne lâchant jamais que vous eussiez de l’horreur pour lui, soutenant que vous aviez un fonds d’estime, d’amitié et de reconnaissance, qu’il retrouverait s’il prenait d’autres manières ; en un mot, disant toujours si précisément tout ce qu’il fallait dire, et ménageant si bien son esprit, malgré ses chagrins, que si je méritais d’être louée de faire quelque chose de bien pour vous, il me semblait que ma conduite l’eût mérité.

C’est ce qui me surprit, lorsqu’au milieu de cette exacte conduite, il me parut que vous faisiez une mine de chagrin à Corbinelli, qui la méritait justement comme moi, et encore moins, s’il se peut, car il a plus d’esprit et sait mieux frapper où il veut. C’est ce que je n’ai pas encore compris, non plus que la perte que je vois que vous voulez bien faire de cette Eminence. Jamais je n’ai vu un cœur si aisé à gouverner, pour peu que vous voulussiez en prendre la peine. Il croyait avoir retrouvé l’autre jour ce fonds d’amitié dont je lui avais toujours répondu, car j’ai cru bien faire de travailler sur ce fonds, mais je ne sais comme, tout d’un coup, cela s’est tourné d’une autre manière. Est-il juste, ma bonne, qu’une bagatelle sur quoi il s’est trompé, m’assurant que vous la souffririez sans colère, m’étant moi-même appuyée sur sa parole pour la souffrir - est-il possible que cela puisse faire un si grand effet ? Le moyen de le penser ! Eh bien ! nous avons mal deviné : vous ne l’avez pas voulu. On l’a supprimé et renvoyé ; voilà qui est fait. C’est une chose non avenue. Cela ne vaut pas, en vérité, les tons que vous avez pris. Je crois que vous avez des raisons ; j’en suis persuadée par la bonne opinion que j’ai de votre raison. Sans cela ne serait-il point tout naturel de ménager un tel ami ? Quelle affaire auprès du Roi, quelle succession, quels avis, quelle économie pourraient jamais vous être si utiles ? Un cœur dont le penchant naturel est la tendresse et la libéralité, qui tient pour une faveur de souffrir qu’il l’exerce pour vous, qui n’est occupé que du plaisir de vous en faire, qui a pour confidents toute votre famille, et dont la conduite et l’absence ne peut, ce me semble, vous obliger à de grands soins ! Il ne lui faudrait que d’être persuadé que vous avez de l’amitié pour lui, comme il a cru que vous en aviez eu, et même avec moins de démonstrations, parce que ce temps est passé. Voilà ce que je vois du point de vue où je suis. Mais comme ce n’est qu’un côté et que, du vôtre, je ne sais aucune de vos raisons ni de vos sentiments, il est très possible que je raisonne mal. Je trouvais moi-même un si grand intérêt à vous conserver cette source inépuisable, et cela pouvait être bon à tant de choses, qu’il était bien naturel de travailler sur ce fonds.

Mais je quitte ce discours pour revenir un peu à moi. Vous disiez hier cruellement, ma bonne, que je serais trop heureuse quand vous seriez loin de moi, que vous me donniez mille chagrins, que vous ne faisiez que me contrarier. Je ne puis penser à ce discours sans avoir le cœur percé et fondre en larmes. Ma très chère, vous ignorez bien comme je suis pour vous si vous ne savez que tous les chagrins que me peut donner l’excès de la tendresse que j’ai pour vous sont plus agréables que tous les plaisirs du monde, où vous n’avez point de part. Il est vrai que je suis quelquefois blessée de l’entière ignorance où je suis de vos sentiments, du peu de part que j’ai à votre confiance ; j’accorde avec peine l’amitié que vous avez pour moi avec cette séparation de toute sorte de confidence. Je sais que vos amis sont traités autrement. Mais enfin, je me dis que c’est mon malheur, que vous êtes de cette humeur, qu’on ne se change point ; et plus que tout cela, ma bonne, admirez la faiblesse d’une véritable tendresse, c’est qu’effectivement votre présence, un mot d’amitié, un retour, une douceur, me ramène et me fait tout oublier. Ainsi, ma belle, ayant mille fois plus de joie que de chagrin, et ce fonds étant invariable, jugez avec quelle douleur je souffre que vous pensiez que je puisse aimer votre absence. Vous ne sauriez le croire, si vous pensez à l’infinie tendresse que j’ai pour vous. Voilà comme elle est invariable et toujours sensible. Tout autre sentiment est passager et ne dure qu’un moment ; le fond est comme je vous le dis. Jugez comme je m’accommoderai d’une absence qui m’ôte de légers chagrins que je ne sens plus, et qui m’ôte une créature dont la présence et la moindre amitié fait ma vie et mon unique plaisir. Joignez-y les inquiétudes de votre santé, et vous n’aurez pas la cruauté de me faire une si grande injustice. Songez-y, ma bonne, à ce départ, et ne le pressez point, vous en êtes la maîtresse. Songez que ce que vous appelez des forces a toujours été par votre faute et l’incertitude de vos résolutions, car pour moi, hélas ! je n’ai jamais eu qu’un but, qui est votre santé, votre présence, et de vous retenir avec moi. Mais vous ôtez tout crédit par la force des choses que vous dites pour confondre, qui sont précisément contre vous. Il faudrait quelquefois ménager ceux qui pourraient faire un bon personnage dans les occasions.

Ma pauvre bonne, voilà une abominable lettre ; je me suis abandonnée au plaisir de vous parler et de vous dire comme je suis pour vous. Je parlerais d’ici à demain. Je ne veux point de réponse ; Dieu vous en garde ! ce n’est pas mon dessein. Embrassez-moi seulement et me demandez pardon, mais je dis pardon d’avoir cru que je pusse trouver du repos dans votre absence.

44. À Guitaut - À Paris, ce vendredi 25ème août 1679.

Hélas ! mon pauvre Monsieur, quelle nouvelle vous allez apprendre, et quelle douleur j’ai à supporter ! M. le cardinal de Retz mourut hier, après sept jours de fièvre continue. Dieu n’a pas voulu qu’on lui donnât du remède de l’Anglais, quoiqu’il le demandât et que l’expérience de notre bon abbé de Coulanges fût toute chaude, et que ce fût même cette Eminence qui nous décidât, pour nous tirer de la cruelle Faculté, en protestant que s’il avait un seul accès de fièvre, il enverrait quérir ce médecin anglais. Sur cela, il tombe malade. Il demande ce remède ; il a la fièvre, il est accablé d’humeurs qui lui causent des faiblesses, il a un hoquet qui marque la bile dans l’estomac. Tout cela est précisément ce qui est propre pour être guéri et consommé par le remède chaud et vineux de cet Anglais. Mme de La Fayette, ma fille et moi, nous crions miséricorde, et nous présentons notre Abbé ressuscité, et Dieu ne veut pas que personne décide. Et chacun, en disant : « Je ne veux me charger de rien », se charge de tout. Et enfin M. Petit, soutenu de M. Belay, l’ont premièrement fait saigner quatre fois en trois jours, et puis deux petits verres de casse, qui l’ont fait mourir dans l’opération, car la casse n’est pas un remède indifférent quand la fièvre est maligne. Quand ce pauvre Cardinal fut à l’agonie, ils consentirent qu’on envoyât quérir l’Anglais ; il vint, et dit qu’il ne savait point ressusciter les morts. Ainsi est péri, devant nos yeux, cet homme si aimable et si illustre que l’on ne pouvait connaître sans l’aimer. Je vous mande tout ceci dans la douleur de mon cœur, par cette confiance qui me fait vous dire plus qu’aux autres, car il ne faut point, s’il vous plaît, que cela retourne. Le funeste succès n’a que trop justifié nos discours, et l’on peut retourner sur cette conduite sans faire beaucoup de bruit. Voilà ce qui me tient uniquement à l’esprit.

Ma fille est touchée comme elle le doit. Je n’ose toucher à son départ ; il me semble pourtant que tout me quitte, et que le pis qui me puisse arriver, qui est son absence, va bientôt m’achever d’accabler. Monsieur et Madame, ne vous fais-je pas un peu de pitié ? Ces différentes tristesses m’ont empêchée de sentir assez la convalescence de notre bon Abbé, qui est revenu de la mort.

Je dirai à ma fille toutes vos offres. Peut-on douter de vos bontés extrêmes ? Vous êtes tous deux si dignes d’être aimés qu’il ne faudrait pas s’en vanter si l’on avait un sentiment contraire. J’en suis bien éloignée, et l’on ne peut être à vous plus sincèrement que j’y suis. J’aurais cent choses à vous dire. Mais le moyen, quand on a le cœur pressé ?

’’Monsieur, Monsieur le comte de Guitaut, chevalier des ordres du Roi, à Epoisses, par Semur-en-Auxois.’’

45. À Guitaut - À Paris, mardi 12ème septembre 1679.

Mon pauvre Monsieur, je suis dans une douleur qui me fait un mal étrange ; ma fille s’en va demain sans remise. Ils prennent l’eau jusqu’à Auxerre, où ils arriveront samedi, et font leur compte qu’ils seront lundi à dîner à Rouvray, et que c’est là où vous devez les venir voir, et leur pardonner de ne point aller à Epoisses dans l’embarras où ils sont. Il viendra quelque autre année où ils seront plus légers. La santé de ma fille me fait toujours trembler, et cette inquiétude, jointe à l’absence d’une créature que j’aime si parfaitement, me met dans l’état que vous pouvez vous imaginer. Vous avez offert tant de choses pour leur commodité que je suis persuadée que vous voudrez bien mener votre litière à Rouvray, et l’obliger à la prendre pour la mener jusqu’à Chalon. Ce sera une commodité pour elle, qui lui conservera la vie, et je réponds pour vous que vous en serez fort aise. Trouvez-vous donc à Rouvray lundi matin 18ème de ce mois ; ayez cette litière si secourable, et donnez-leur la joie et la consolation de vous voir. Le temps sera un peu court pour causer, mais vous irez achever cette visite à Grignan. Moins on est accoutumé dans la province, et moins on s’y plaît. La pensée d’aller passer l’hiver à Aix donne plus de peine que le séjour de Grignan. D’un autre côté, l’air de Grignan est terrible pour elle. Tout cela fait trembler. Et tout autant que l’on peut faire des projets, M. de Grignan ne doit pas la mettre souvent en chemin quand une fois ils seront revenus dans cette bonne ville. Mais il est question d’aller. Voyez comme mon imagination me flatte par la pensée d’un retour sans lequel je ne puis être heureuse. Adieu, Monsieur. Mandez-moi bien comme vous l’aurez trouvée. Ne m’épargnez point les détails ; je vous en écrivis tant l’autre jour !

Mlle de Méri a la fièvre depuis hier, avec une manière de dysenterie. Je ne crois pas que, tout étant arrêté, on arrête pour cela ; cependant ... Enfin, je vous conseille toujours d’aller à Rouvray avec cette litière, mais je vous dis les choses comme elles sont.

’’A Monsieur, Monsieur le comte de Guitaut, chevalier des ordres du Roi, à Epoisses, à Semur-en-Auxois.’’

46. À Madame de Grignan - À Paris, ce mercredi au soir 13 septembre 1679.

Le moyen, ma bonne, de vous faire comprendre ce que j’ai souffert ? Et par quelles sortes de paroles vous pourrais-je représenter les douleurs d’une telle séparation ? Je ne sais pas moi-même comme j’ai pu la soutenir. Vous m’en avez paru si touchée aussi que je crains que vous n’en ayez été plus mal qu’à votre ordinaire, qui est trop dire, car vous n’avez pas besoin d’aucune augmentation. Cette inquiétude trop bien fondée pour une santé qui m’est si chère, avec l’absence d’une personne comme vous, dont tout me va droit au cœur et dont rien ne m’est indifférent, vous pourront faire comprendre une partie de l’état où je suis. J’ai donc suivi des yeux cette barque, et je pensais à ce qu’elle m’emmenait, et comme elle s’éloignait, et combien de jours je passerais sans revoir cette personne et toute cette troupe que j’aime et que j’honore, et par elle et par rapport à vous. Enfin, toute cette séparation m’a été infiniment sensible.

Je ne vous conte point mes larmes ; c’est un effet de mon tempérament, mais croyez, ma bonne, qu’elles viennent d’un cœur si parfaitement et si uniquement à vous que, par cette raison, il doit vous être cher. Je crois qu’il vous l’est aussi, et cette pensée autorise tous mes sentiments.

Après donc vous avoir perdue de vue, je suis demeurée avec la philosophie de Corbinelli, qui connaît trop le cœur humain pour n’avoir pas respecté ma douleur ; il l’a laissé faire et, comme un bon ami, il n’a point essayé sottement de me faire taire. J’ai été à la messe à Notre-Dame, et puis dans cet hôtel dont la vue et les chambres, et le jardin, et tout, et L’Epine, et vos pauvres malades, que j’ai été voir, m’ont fait souffrir de certaines sortes de peines que vous ignorez peut-être, parce que vous êtes forte, mais qui sont dures aux faibles comme moi.

Nous avons regardé vos mémoires et commencé quelques paiements ; nous vous rendrons compte de tout. Je n’ai point sorti. Mme de Lavardin et Mme de Moussy ont forcé ma porte. J’essaierai d’aller demain voir Mlle de Méri ; pour aujourd’hui il ne m’était pas possible. J’ai une envie extrême de savoir de vos nouvelles, et comme vous vous trouvez de la tranquillité et de la longueur de votre marche, si vous arrivez bien tard, quelles fatigues, quelles aventures. Mais c’est à Montgobert que je demande ce détail, car à vous, ma bonne, je ne veux point contribuer à votre épuisement ; je suis contente d’une feuille. Vous devez juger par cette discrétion si je prends sur moi et si j’aime votre santé.

J’embrasse tout ce qui est autour de vous. Il me semble que je n’ai rien dit à Mlles de Grignan et à leur père, mais le moyen ? Et n’était-ce pas parler que de ne pouvoir rien dire ? En vérité, ma bonne, je ne comprends pas comme je pourrai m’accoutumer à ne vous plus voir et à la solitude de cette maison. Je suis si pleine de vous, que je ne puis rien souffrir ni rien regarder. Il faut croire que le temps me remettra dans l’état d’une vie commune ; elle ne serait pas supportable comme elle est. Je vous embrasse, ma bonne, avec le même cœur et les mêmes larmes de ce matin.

Le pauvre petit et son rhume ? Je ne cesse de penser à vous tous.

Le Bien Bon vous fait mille amitiés.

Jeudi, à dix heures du matin, 14 septembre 1679.

J’ai vu sur notre carte que la lettre que je vous écrivis hier au soir, à Auxerre, ne partira qu’à midi ; ainsi, ma très chère, j’y joins encore celle-ci : vous en recevrez deux à la fois.

Je veux vous parler de ma soirée d’hier. À neuf heures, j’étais dans ma chambre. Mes pauvres yeux ni mon esprit ne voulurent pas entendre parler de lire, de sorte que je sentis tout le poids de la tristesse que me donne notre séparation, et n’étant pas distraite par les objets, il me semble que j’en goûtai bien toute l’amertume. Je me couchai à onze heures, et j’ai été réveillée par une furieuse pluie. Il n’était que deux heures. J’ai compris que vous étiez dans votre hôtellerie, et que cette eau, qui est mauvaise pour les chemins depuis Auxerre, était bonne pour votre rivière. Ainsi sont mêlées les choses de ce monde. Je pense toujours que vous êtes dans le bateau, et que vous y retournez à trois heures du matin ; cela fait horreur. Vous me direz comme vous vous portez de cette sorte de vie, et vos jambes et vos inquiétudes. Votre santé est un point sur lequel je ne puis jamais avoir de repos. Il me semble que tout ce qui est auprès de vous en est occupé, et que vous êtes l’objet des soins de toute votre barque, j’entends de votre cabane, car ce qui me parut de peuple sur le bateau représentait l’arche. On m’assura que vers Fontainebleau vous n’auriez quasi plus personne. Ce matin L’Epine est entré dans ma chambre. Nous avons fort pleuré. Il est touché comme un honnête homme.

N’ayez aucune inquiétude, ni de vos meubles, ni du carrosse de M. de Grignan. Je ne puis m’occuper qu’à donner des ordres qui ont rapport à vous. Vos dernières gueuses de servantes ont perdu toute votre batterie et votre linge ; c’est pitié. J’embrasse M. de Grignan, et ses aimables filles, et mon cher petit enfant. Ne voulez-vous pas bien que j’y mette Montgobert, et tout ce qui vous sert, et tout ce qui vous aime ? Mlle de Méri est toujours sans fièvre ; je la verrai tantôt. Je crois, ma bonne, que vous me croyez autant à vous que j’y suis.

L’Abbé vous salue très humblement.

’’A Madame, Madame la comtesse de Grignan, à Auxerre.’’

47. À Guitaut - À Livry, 26ème septembre 1679.

Mme de Grignan se porte à merveille ; voilà un très beau commencement de lettre, avec tous les détails de votre entrevue contés d’une manière qui me plaît fort. Car j’aime premièrement votre style, et puis j’aime les détails de ce qui touche les gens que j’aime. Je suis donc bien contente jusque-là. Mais cette colique mon pauvre Monsieur, me donne bien de l’inquiétude. Cela vient d’une âcreté de sang qui cause tous ses maux, et quand je pense combien elle se soucie peu de l’apaiser, de le rafraîchir, et qu’elle va trouver l’air de Grignan, je vous assure qu’il s’en faut bien que je ne sois en repos. Vous me remettez un peu par le compliment du père du précepteur, qui fut reçu dans une position si convenable à sa vocation.

N’admirez-vous point son opiniâtreté à ne vouloir pas se servir de votre litière ? Quelle raison pouvait-elle avoir ? Avait-elle peur de ne pas sentir tous les cruels cahots de cette route ? Puisqu’elle a tant de soin du petit minet, que ne le mettait-elle auprès d’elle ? Quelle façon, quelle fantaisie musquée ! Tout ce que je dis est inutile, mais je ne puis m’empêcher d’être en colère. Dites le vrai, mon cher Monsieur : vous l’avez trouvée bien changée. Sa délicatesse me fait trembler. Je suis toujours persuadée que si elle voulait avoir de l’application à sa santé, elle rafraîchirait ce sang et ce poumon qui fait toutes nos frayeurs. Vous me demandez ce que je fais. Hélas ! je suis courue dans cette forêt cacher mon ennui. Vous devriez bien m’y venir voir. Nous causerions ensemble deux ou trois jours, et puis vous remonteriez sur l’hippogriffe (car je suppose que vous auriez pris cette voiture plutôt que la litière), et vous retourneriez aux sermons du P. Honoré.

Ma fille m’écrit de Chagny, et m’en parle, en passant légèrement sur cette colique, et me parlant presque autant de vous que vous me parlez d’elle. Elle fait mention de Mme de Leuville, de M. de Senets, et s’arrête fort sur l’endroit du cuisinier, qu’elle ne peut digérer. Il faut songer à la consoler sur ce point.

Que faites-vous cet hiver ? Serez-vous encore dans votre château ? On dit que vous êtes grosse, Madame ; quand on accouche aux îles on accouche bien à Epoisses. J’aime toujours à savoir les desseins de ceux que j’aime. Les miens sont de garder le bon Abbé au coin de son feu tout l’hiver. Vous avez su comme il s’est tiré de la fièvre ; il a présentement un gros rhume qui m’inquiète.

Adieu, Monsieur. Je vous remercie de votre grande lettre ; elle marque l’amitié que vous avez, et pour celle de qui vous parlez, et pour celle à qui vous parlez. Ecrivez-moi quand vous aurez vu M. de Caumartin ; ne parlâtes-vous de rien avec ma fille ?

Le bon Abbé vous fait mille et mille compliments tout pleins d’amitié.

’’A Monsieur, Monsieur le comte de Guitaut, chevalier des ordres du Roi, à Semur. Semur-en-Auxois.’’

48. À Guitaut - À Livry, samedi 7ème octobre 1679.

Quand elle n’a point le sang en furie et brûlé à l’excès, elle n’a point cette colique. Ainsi, quelque naturelle qu’elle soit, quand elle a des douleurs, il faut tout craindre, puisque c’est de ce sang que viennent tous ses maux. Elle est arrivée à Grignan après des fatigues encore. Ils eurent le vent contraire sur le Rhône ; vous n’en doutez pas. Ils couchèrent dans un pouillier où il fallut encore se remettre sur la paille. Mais elle a pris Pauline à Valence en passant. Savez-vous le mérite de Pauline ? Pauline est une personne admirable. Elle n’est pas si belle que la Beauté, mais elle a des manières ; c’est une petite fille à manger. Elle me mande qu’elle craint de s’y attacher, et qu’elle me la souhaiterait sans qu’elle est assurée qu’elle lui couperait l’herbe sous le pied. Je suis fort aise qu’elle ait cet amusement. Elle me dit qu’elle se porte bien, mais je n’en crois rien du tout, et personne ne m’écrit qu’elle. Montgobert a eu le courage de s’embarquer sur le Rhône avec la fièvre continue. J’estime bien le courage et l’affection de cette fille. Voilà bien parlé, Dieu merci, de ce qui me tient au cœur ; cela n’est guère honnête, mon cher Monsieur. Je crains que Mme de Guitaut ne se moque de moi ; elle aurait raison. Je lui fais mille excuses de cette impolitesse, et je l’embrasse de tout mon cœur avec sa permission.

Vous ferez très bien et très sagement et très politiquement de ne rien révéler de tout ce que vous savez à M. de Caumartin ; je ne m’en soucie point du tout. J’ai voulu vous parler à cœur ouvert. Je l’ai fait ; je suis contente. Il me semble que vous aimez assez ma naïveté. Nous avons la bride sur le cou présentement, car du temps de notre impénétrable ami, nous n’eussions jamais osé. Venez, venez dans la chambre de ma fille, nous en dirons bien d’autres.

Notre bon Abbé vous assure de ses services. Il se porte parfaitement bien ; cet Anglais lui a encore guéri un gros rhume qui lui était resté, aussi bien que sa fièvre. Son heure n’était pas marquée, et les autres l’étaient. Voilà tout ce qu’on peut dire.

’’A Monsieur, Monsieur le comte de Guitaut, chevalier des ordres du Roi, à Epoisses, à Semur.’’

49. À Madame de Grignan - À Paris, vendredi 20ème octobre 1679.

Quoi ! vous pensez m’écrire de grandes lettres, sans me dire un mot de votre santé ; je pense, ma pauvre bonne, que vous vous moquez de moi. Pour vous punir, je vous avertis que j’ai fait de ce silence tout le pis que j’ai pu ; je compris que vous aviez bien plus de mal aux jambes qu’à l’ordinaire, puisque vous ne m’en disiez rien, et qu’assurément si vous vous fussiez un peu mieux portée, vous eussiez été pressée de me le dire. Voilà comme j’ai raisonné. Mon Dieu, que j’étais heureuse quand j’étais en repos sur votre santé ! et qu’avais-je à me plaindre au prix des craintes que j’ai présentement ? Ce n’est pas qu’à moi, qui suis frappée des objets et qui aime passionnément votre personne, la séparation ne me soit un grand mal, mais la circonstance de votre délicate santé est si sensible qu’elle en efface l’autre. Mandez-moi donc désormais l’état où vous êtes, mais avec sincérité. Je vous ai mandé ce que je savais pour vos jambes. Si vous ne les tenez chaudement, vous ne serez jamais soulagée. Quand je pense à vos jambes nues, le matin, deux et trois heures pendant que vous écrivez, mon Dieu ! ma bonne, que cela est mauvais ! Je verrai bien si vous avez soin de moi. Je me purgerai jeudi pour l’amour de vous. Il est vrai que, le mois passé, je ne pris qu’une pilule ; j’admire que vous l’ayez senti. Je vous avertis que je n’ai aucun besoin de me purger ; c’est à cause de cette eau, et pour vous ôter de peine. Je hais bien toutes ces fièvres qui sont autour de vous ; peut-être que votre saignée aura sauvé votre pauvre officier. Le Chevalier vous mande toutes les nouvelles ; il en sait plus que moi, quoiqu’il soit un peu incommodé de son bras, et par conséquent assez souvent dans sa chambre. Je le fus voir hier, et le bel Abbé. Il me faut toujours quelques Grignan ; sans cela il me semble que je suis perdue. Vous savez comme M. de La Salle a acheté la charge de Tilladet ; c’est bien cher de donner cinq cent mille francs pour être subalterne de M. de Marsillac. Il me semble que j’aime mieux les subalternes des charges de guerre et des gendarmes. Valbelle a la sous-lieutenance. On parle fort du mariage de Bavière. Si l’on faisait des chevaliers, ce serait une belle affaire ; je vois bien des gens qui ne le croient pas.

J’ai parlé à Mme Lemoine. Elle m’a juré Dieu et le diable que c’est Mme Y... qui a fait vos chemises, et qu’elle y perd la dernière façon. Elle dit que vos manches sont de la longueur de votre mesure, que, pour la toile, vous l’avez choisie vous-même, qu’elle est au désespoir que vous soyez mal contente, que si vous voulez lui renvoyer vos manches, elle vous donnera de la toile plus fine et les fera de la longueur dont vous les voulez présentement. Elle vous prie de ne point garder ce chagrin si longtemps contre elle. Elle a parlé pathétiquement et prétend n’avoir point de tort, mais elle raccommodera tout ce qui vous déplaît ; je vous conseille, ma bonne, de la prendre au mot. J’admire le malheur qu’il y a eu sur ces pauvres chemises ; je comprends ce chagrin.

Vous en avez de toutes les façons, ma bonne. Rien n’y manque. Votre malheur rend prisonniers ceux qui vous aiment ; la mort, l’antipathie empêchent qu’on ne profite. Enfin, Dieu le veut ! J’ai reçu une lettre de bien loin, bien loin, que je vous garde ; elle est pleine de tout ce qu’il y a au monde de plus reconnaissant, et d’un tour admirable pour le pauvre Corbinelli. Hélas ! il ne lui faut rien, il ne demande rien. Il ne se plaint de rien ; c’était moi qui étais émue. S’il l’a été, il s’est bien caché, et s’est consolé dans l’innocence de sa conscience. Pour moi, qui ne suis pas si sage, c’était justement cela qui m’impatientait ; ai-je pu jamais savoir ce que c’était que cette sorte d’injustice, quoique je vous l’aie demandé ? Enfin, ma très chère, n’en parlons plus présentement, voilà qui est fait et trop fait et trop passé. Peut-être qu’un jour nous reprendrons ce chapitre à fond ; c’est une des choses que je souhaite le plus. Dans ces derniers temps, hélas ! vous faisiez fort bien pour Corbinelli ; il ne lui en faut pas davantage. Il est content, et moi aussi. Il n’y a rien à raccommoder. Tout est bien. Croyez-moi, ma bonne. Je ne sais point de cœur meilleur que le sien, je le connais ; et pour son esprit, il vous plaisait autrefois. Il regarde avec respect la tendresse que j’ai pour vous ; c’est un original qui lui fait connaître jusqu’où le cœur humain peut s’étendre. Il est bien loin de me conseiller de m’opposer à cette pente ; il connaît la force des conseils sur de pareils sujets. Le changement de mon amitié pour vous n’est pas un ouvrage de la philosophie, ni des raisonnements humains ; je ne cherche point à me défaire de cette chère amitié. Ma bonne, si dans l’avenir, vous me traitez comme on traite une amie, votre commerce sera charmant ; j’en serai comblée de joie, et je marcherai dans des routes nouvelles. Si votre tempérament, peu communicatif, comme vous le dites, vous empêche encore de me donner ce plaisir, je ne vous en aimerai pas moins. N’êtes-vous pas contente de ce que j’ai pour vous ? En désirez-vous davantage ? voilà votre pis aller. Vous ne serez point moins aimée.

Nous partions de vous l’autre jour, Mme de La Fayette et moi, et nous trouvâmes qu’il n’y avait au monde que Mme de Rohan et Mme de Soubise qui fussent ensemble aussi bien que nous y sommes. Et où trouverez-vous une fille qui vive avec sa mère aussi agréablement que vous faites avec moi ? Nous les parcourûmes toutes. En vérité, nous vous fîmes bien de la justice, et vous auriez été contente d’entendre tout ce que nous disions. Il me paraît qu’elle a bien envie de servir M. de Grignan ; elle voit bien clair à l’intérêt qu’elle y prend. Elle sera alerte sur les chevaliers de l’ordre et sur tout. Le mariage se fera dans un mois, malgré l’écrevisse, qui prend l’air tant qu’il peut, mais il sera encore fort rouge en ce temps-là.

Elle prend, Mme de La Fayette, des bouillons de vipères, qui lui redonnent une âme. Elles lui donnent des forces à vue d’oeil ; elle croit que cela vous serait admirable. On prend cette vipère, on lui coupe la tête, la queue, on l’ouvre, on l’écorche, et toujours elle remue. Une heure, deux heures, on la voit toujours remuer. Nous comparâmes cette quantité d’esprits, si difficiles à apaiser, à de vieilles passions, et surtout celles de ce quartier. Que ne leur fait-on point ? On dit des injures, des mépris, des rudesses, des cruautés, des querelles, des plaintes, des rages, et toujours elles reviennent ; on n’en saurait voir la fin. On croit que quand on leur arrache le cœur, c’en est fait, qu’on n’en entendra plus parler. Point du tout. Elles sont encore en vie, elles reviennent encore. Je ne sais pas si cette sottise vous paraîtra comme à nous, mais nous étions en train de la trouver plaisante ; on en peut faire souvent l’application.

Nous fûmes si heureux que de vous avoir fait partir un cuisinier, le jour que vous mandez que vous pouvez vous en passer. Cela est comme tout le reste ! Cependant c’eût été une dépense épargnée, assez considérable. Il n’y en a aucune à quoi vous ne devez penser, et petite et grande. Au moins, ma bonne, qu’on n’oublie pas de renvoyer celui de Lyon. J’avais pensé à Hébert, aussi bien que vous. Il est d’un grand ordre, et fort accoutumé au détail. Il écrit, il a de l’esprit et de la fidélité. Mais il a, ce me semble, la barbe un peu trop jeune pour commander un si gros domestique.

M. de Grignan est bien heureux d’aimer sa famille ; sans cela, il aurait les pattes encore plus croisées, n’ayant point de chasse. Mais voici des affaires qui vous viennent ; je crois que vous allez à Lambesc. Ma bonne, il faut tâcher de se bien porter, de rajuster les deux bouts de l’année qui sont dérangés, et les jours passeront. Au lieu que j’en étais avare, je les jette à la tête présentement. Je m’en retourne à Livry jusqu’après la Toussaint ; j’ai encore besoin de cette solitude. Je n’y veux mener personne ; je lirai et tâcherai de songer à ma conscience. L’hiver sera encore assez long. Je ne me puis accoutumer à n’avoir plus ma chère bonne, à ne la plus voir, à prendre mes heures et les siennes, à la rencontrer, à l’embrasser. Cette occupation rendait ma vie contente et heureuse. Je ne vis que pour retrouver un temps pareil.

Votre pigeon est aux Rochers comme un ermite, se promenant dans ses bois. Il a fort bien fait dans ces Etats. Il avait envie d’être amoureux d’une Mlle de La Coste ; il faisait tout ce qu’il pouvait pour la trouver un bon parti, mais il n’a pu. Cette affaire a une côte rompue ; cela est joli. Il s’en va à Bodégat, de là au Buron, et reviendra à Noël avec M. d’Harouys et M. de Coulanges. Ce dernier a fait des chansons extrêmement jolies ; Mesdemoiselles, je vous les enverrai. Il y avait une Mlle Descartes, propre nièce de votre père, qui a de l’esprit comme lui ; elle fait très bien des vers. Mon fils vous parle, vous apostrophe, vous adore, ne peut plus vivre sans son pigeon ; il n’y a personne qui n’y fût trompé. Pour moi, je crois son amitié fort bonne, pourvu qu’on la connaisse pour être tout ce qu’il en sait ; peut-on lui en demander davantage ?

Adieu, ma très chère et très bonne et très aimable. Je ne veux pas entreprendre de vous dire combien je vous aime ; je crois qu’à la fin ce serait un ennui. Je fais mille amitiés à M. de Grignan, malgré son silence. J’étais ce matin avec M. de La Garde et le Chevalier ; toujours pied ou aile de cette famille. Mesdemoiselles, comment vous portez-vous ? et cette fièvre, qu’est-elle devenue ? Mon cher petit Marquis, il me semble que votre amitié est considérablement diminuée ; que répond-il ? Pauline, ma chère Pauline, où êtes-vous, ma pauvre petite ?

50. À Guitaut - À Livry, mardi 24ème octobre 1679.

Vous n’avez donc pas eu M. de Caumartin ? Quelle raison vous a-t-il donnée pour ne point faire un voyage si naturel et si bien placé ? Il me semble que l’amitié qui est entre vous les devait conduire tout droit à Epoisses. Pour moi, Monsieur, je suis dans cette forêt solitaire et triste comme vous savez. J’ai quelque envie de tourner mon intention du côté d’une retraite pour me préparer à la bonne fête de la Toussaint. Jusqu’ici, j’en ai fait une caverne de larrons, c’est-à-dire un lieu où j’ai passé plusieurs jours dans un horrible chagrin. Je voudrais bien faire de tout cela un sacrifice à Dieu, et l’offrir comme une pénitence ; avec de telles vues, on rendrait bon tout ce qui est mauvais. Cette comtesse me revient toujours au cœur et à l’esprit. Elle a de cruels maux de jambes ; c’est l’humeur de cette poitrine qui se jette là. Elle est toujours d’une maigreur qui me fait trembler. Elle me cache la moitié de ses maux, et l’éloignement fait qu’on n’a jamais de repos. Elle vous demande de l’eau de Sainte-Reine ; je crois que vous l’avez déjà envoyée. Il faut croire qu’elle en a besoin. Ils sont présentement, selon mes supputations, à leur petite Assemblée. M. de Vendôme n’y va point encore cette année ; ils enterreront la synagogue. Après cela, je leur conseille bien de régler leurs affaires de si bonne manière qu’ils puissent être à Paris comme les autres, et que ma fille ne soit occupée que du soin de rétablir sa santé, s’il est possible. N’êtes-vous pas de cet avis ?

J’ai été quelques jours à Paris. Je serai ici jusqu’après la Toussaint. On ne parle que de M. et de Mme de Ventadour. Vous avez de trop bons correspondants, ou correspondantes, pour se mêler de vous dire des nouvelles. Ou vous viendrez en apprendre vous-même, ou l’on vous en contera cet hiver. Que je vous admire, et que vous êtes sage d’être chez vous, pour les raisons qui vous y font demeurer ! Mais quand elles cessent, on a quelque plaisir à revoir ses amis. En vérité, vous êtes un des hommes du monde qui me convient le plus.

Madame, voulez-vous bien que je le dise, et que j’avoue, comme il le disait l’autre jour, que c’est un grand bonheur, ou un grand malheur, que nous ne nous soyons pas rencontrés plus tôt ? Le bon Abbé vous assure tous deux de ses respects. Il se porte très bien ; son heure n’était pas marquée. Il faut jouir de cet été Saint-Martin que la Providence lui donne encore. Aimez-moi, je vous en conjure, puisque vous m’avez embarquée à vous aimer très sincèrement.

M.R.C.

51. À Guitaut - À Paris, ce mercredi 6ème décembre 1679.

Il est vrai que je trouve toujours vos lettres admirables. Tout m’en plaît, et l’on peut dire qu’elles sont faites col senno e con la mano, car les plus belles choses du monde, cachées sous des pieds de mouche, ne me sont de rien ; elles se refusent à moi et je me refuse à elles. Je ne puis déchiffrer ce qui n’est pas déchiffrable. Vous voyez donc bien que votre commerce a pour moi tout ce que je puis souhaiter. Cependant, avec toutes ces perfections, je vous promets de ne point montrer cette dernière ; j’en connais les beaux endroits, et cela me suffit.

Vous avez bien fait d’adresser votre compliment pour M. de Pomponne à M. de Caumartin. Le canal est tout naturel, et comme vous dites, vous ne perdez rien de tout ce que je dirai au delà de la lettre ; je n’oublierai aucun de vos sentiments. Ceux que vous avez pour Mme de Vins, sur la parole de M. d’Hacqueville et de Mme de Grignan, sont fort raisonnables. Vous avez dû vous en fier à leurs goûts et à leurs lumières ; je l’aurais fait comme vous, mais ayant été en lieu de juger par moi-même, j’ai été de leur avis avec connaissance de cause. C’est une des plus aimables personnes que vous connaissiez, l’esprit droit et bien fait, fort orné et fort aisé, un cœur très sensible, et dont tous les sentiments sont bons et nobles au delà de ce que vous pouvez imaginer. Elle m’aime un peu pour ma vade, et par-dessus cela, je suis la résidente de ma fille auprès d’elle ; cela fait un assez grand commerce entre elle et moi.

Le malheur ne me chassera pas de cette maison. Il y a trente ans (c’est une belle date) que je suis amie de M. de Pomponne ; je lui jure fidélité jusqu’à la fin de ma vie, plus dans la mauvaise que dans la bonne fortune. C’est un homme d’un si parfait mérite, quand on le connaît, qu’il n’est pas possible de l’aimer médiocrement. Autrefois nous disions, chez Mme du Plessis à Fresnes, qu’il était parfait ; nous ne trouvions pas qu’il lui manquât rien, et nous ne savions que lui ôter ni que lui souhaiter. Il s’en va reprendre le fil de toutes ces vertus morales et chrétiennes que les occupations nous avaient fait perdre de vue. Il ne sera plus ministre ; il ne sera plus que le plus honnête homme du monde. Vous souvient-il de Voiture à Monsieur le Prince ?

Il n’avait pas un si haut rang :
Il n’était que prince du sang.

Il faudra donc se contenter de ce premier état de perfection.

M. de Caumartin et moi étions à Pomponne dans le temps que la Providence rompait ses liens. Nous le vîmes partir de cette maison, ministre et secrétaire d’Etat ; il revint le même soir à Paris, dénué de tout, et simple particulier. Croyez-vous que toutes ces conduites soient jetées au hasard ? Non, non, gardez-vous-en bien ; c’est Dieu qui conduit tout, et dont les desseins sont toujours adorables, quoiqu’ils nous soient amers et inconnus. Ah ! que M. de Pomponne regarde bien sa disgrâce par ce côté-là ! Et le moyen de perdre de vue cette divine Providence ? Sans cela il faudrait se pendre cinq ou six fois par jour. Je n’en suis pas moins sensible, mais j’en suis bien plus résignée. Notre pauvre ami est donc à Pomponne. Cet abord a été dur ; il a trouvé cinq garçons tout d’une vue, qui à mon sens font tout son embarras. La solitude est meilleure pour les commencements de ces malheurs. Je l’ai senti pour celui de la séparation de ma fille. Si je n’avais trouvé notre petit Livry tout à propos, j’aurais été malade. J’avalai là tout doucement mon absinthe ; M. de Pomponne et sa famille, et Mme de Vins, font tout de même. Quand ils reviendront ici, il n’y paraîtra plus. Si les accablements de bonheur de MM. de La Rochefoucauld ne vous consolent point de la chute de M. de Pomponne, croyez aussi que ce dérangement dans le ministère ne console point un autre ministre de la paix. Ah ! que nous aurions grand besoin de faire un petit voyage en litière seulement jusqu’à Bourbilly ! En attendant, nous vous apprendrons les magnificences du mariage de Monseigneur le Dauphin, et l’habile conduite de celui de Mlle de Vauvineux, qui fut, comme vous savez, très bien mariée la nuit de samedi à dimanche, à Saint-Paul, avec M. le prince de Guéméné. Le secret a été gardé en perfection ; le Roi était de cette confidence. Les raisons qu’il avait de l’improuver ayant cessé, il a changé aussi, et signé le contrat. Enfin rien n’a manqué à ce mariage que de battre le tambour, d’être en parade sur le lit, et d’avoir des habits rebrochés d’or et d’azur. Car pour princesse de Guéméné, on ne peut pas l’être davantage, ni toute la maison de Luynes plus ébaubie et plus fâchée. Je leur pardonne : ils voient leur jolie fille oubliée au bout de trois mois. Mais l’autre dit : Primo amor del cor mio ; voilà sa raison. Il ne l’avait jamais oubliée, et sans savoir pourquoi, il était ravi qu’elle ne fût point mariée. Il faut avoir une espèce de mérite pour conserver un goût comme celui-là. Quoi qu’il en soit, j’entre dans la joie de la mère, et je vois avec plaisir tout ce que la Providence a fait et défait pour en revenir là.

On me mande de Provence que notre pauvre comtesse est assez bien. Son fils a pensé mourir de la rougeole. Elle l’a gardé ; elle a été plus heureuse que sage. Envoyez-lui de l’eau de Sainte-Reine quand elle vous en demandera. Adieu, Monsieur et Madame. Je vous dis toujours : "Aimez-moi, aimez-moi sur ma parole." Je sais bien ce que je vous dis, et je sens bien comme je vous aime.

Notre bon Abbé vous honore et vous assure de ses services. Il a été fort enrhumé ; il est mieux, Dieu merci.

52.A Madame de Grignan - À Paris, vendredi 8ème décembre 1679.

C’est une chose rude, ma bonne, que d’être fort loin des personnes que l’on aime beaucoup ; il est impossible, quelque résolution que l’on fasse, de n’être pas un peu alarmée des désordres de la poste. Je n’eus point de vos lettres avant-hier ; pour dimanche, je ne m’en étonne pas, car j’avais eu le courrier. J’envoyai chez MM. de Grignan ; ils n’en avaient point non plus. J’y allai le lendemain, qui était hier ; enfin il vint une lettre du 28 novembre, de Monsieur l’Archevêque, qui nous persuada qu’au moins vous n’étiez pas plus malade qu’à l’ordinaire. Je passai à la poste pour savoir des nouvelles d’Aix, car les courriers de ces messieurs vont mieux que les nôtres, mais je sus, par Mme Rouillé, que son mari, du 29, ne lui parlait point de vous, mais bien de la disgrâce de M. de Pomponne, que M. de Grignan lui venait d’apprendre. J’attends donc vos lettres de dimanche ; je crois que j’en aurai deux. Je n’ai jamais mis en doute que vous ne m’ayez écrit, à moins que d’être bien malade. Cette seule pensée, sans aucun fondement, fait un fort grand mal. C’est une suite de votre délicate santé, car quand vous vous portiez bien, je supportais sans horreur les extravagances de la poste. Car voyez quelle folie d’apporter d’Aix le paquet de Madame l’intendante, et laisser le vôtre !

Beaulieu a reçu une lettre de Lyon, d’Autrement, du 30ème ; il y est seul et va s’embarquer. Cette pauvre Mme d’Oppède est demeurée par les chemins, son fils malade à Cosne, et sa fille à Roanne. Tout est semé de son train. Quel embarras ! Je la plains. Elle donnait de l’argent à dépenser à ses gens. Ainsi les dix écus que nous pensions inutiles à ce garçon lui auront été bons. Il est un peu rude sur la dépense. Il ne parlait pas de moins que d’un écu par jour par les chemins ; nous nous moquâmes de lui. Nous croyons que si vous lui donnez vingt-cinq ou trente sols, à cause de sa maladie qui le rend délicat, c’est le bout du monde. Nous vous compterons sa garde, ses bouillons ; mais depuis notre retour de Livry, qu’il était pêle-mêle avec nos gens, assurément vous n’en entendrez pas parler. Vous ne payez que trop bien vos hôtes ; je travaille à voir clair à ce que je vous dois de reste. Nous ferons repartir Saint-Laurens le plus tôt que nous pourrons. Nous saurons demain le jour, au retour de l’abbé de Grignan qui a fait encore un second voyage à Saint-Germain (de ces voyages qui me donnent tant de peine !). En vérité, vous êtes trop heureux de les avoir tous pour résidents à la cour de France. Ils désapprouvent bien votre affaire de Toulon ; ils disent que si on voulait se brouiller à feu et à sang avec le gouverneur, il ne faudrait pas autre chose. Nous espérons que celle des blés sera plus praticable.

Je vous écrivis mercredi une très longue lettre. Si on vous la perd, vous ne comprendrez rien à celle-ci. Par exemple, on verra la jeune princesse de Guéméné aujourd’hui en parade à l’hôtel de Guéméné ; vous ne sauriez ce que je veux dire. Mais supposant que vous savez le mariage de Mlle de Vauvineux, je vous dirai qu’afin qu’il ne manque rien à son triomphe, elle y recevra ses visites quatre jours de suite. J’irai demain avec Mme de Coulanges, car je fais toujours ce qui s’appelle visites avec elle ou sa soeur.

Nous fûmes hier, Monsieur le Comte, chez vos amies Leuville et d’Effiat ; elles reçoivent les compliments de la réconciliation et de la gouvernance. Cette d’Effiat était enrhumée : on ne la voyait point, mais c’était tout de même ; la jeune Leuville faisait les honneurs. Je leur fis vos compliments par avance, et les vôtres aussi, ma très chère. On est bien étonné que Mme d’Effiat soit gouvernante de quelque chose. Tout est fort bien. La maréchale de Clérambault aura son paquet à Poitiers, où elle avait reçu l’ordre de venir au Palais-Royal. Voilà le monde. Ne vous ai-je pas mandé les prospérités de Mme de Grancey, et comme elle revient accablée de présents ? Elle eût embrasé l’Espagne si, comme on disait, elle y avait passé l’hiver. Elle a mandé que l’âme prenante de Mme de Fiennes avait passé heureusement dans son corps, et qu’elle prenait à toutes mains.

On attend, à la cour, le courrier de Bavière avec impatience ; on compte les moments. Cela me fait souvenir de l’autre, qui a comblé la mesure des mauvais offices qu’on rendait à notre pauvre ami. Sans cette dernière chose, il se fût encore remis dans les arçons, mais Dieu ne voulait pas que cela fût autrement. Je vous ai mandé comme j’avais envoyé tous les gros paquets à Pomponne avec celui de Mme de Vins. On renvoya à Saint-Germain ce qu’il fallait y envoyer.

J’ai quelque impatience de savoir comme se porte et comporte la pauvre petite d’Adhémar. Je m’en vais lui écrire tout résolument ; depuis que je me mets à différer, il n’y a plus de fin.

Ma chère bonne, que vous dirai-je encore ? Il me semble qu’il n’y a point de nouvelles. On saura les officiers de Madame la Dauphine quand ce courrier sera revenu. J’ai bien envie de savoir comme vous aurez soutenu ce tourbillon d’Aix. Il est horrible ; je m’en souviens. C’était une de mes raisons de craindre pour votre santé. Toutes ces allées et venues sont des affaires pour vous présentement, qui n’en étaient pas autrefois. Le chevalier de Buous est ici. Il me dit tant que vous vous portez parfaitement bien, que vous êtes plus belle que jamais, que vous êtes si gaie - c’est trop, monsieur le chevalier. Un peu moins d’exagération, plus de vraisemblance, plus de détail, plus d’attention m’aurait fait plus de bien. Il y a des yeux qui voient tout, et ceux qui ne voient rien m’impatientent. J’ai dit mille fois que l’on se porte toujours à merveille pour ceux qui ne s’en soucient guère. Saint-Laurens me parle encore de l’excès de votre santé. Eh, mon Dieu ! une petite lettre de Montgobert, qui regarde et qui connaît, me fait plus de plaisir que toutes ces grandes perfections.

Mme de Coulanges causa l’autre jour une heure avec Fagon chez Mme de Maintenon. Ils parlèrent de vous. Il dit que votre grand régime devait être dans les aliments, que c’était un remède que la nourriture, que c’était le seul qui le soutînt, que cela adoucissait le sang, réparait les dissipations, rafraîchissait la poitrine, redonnait des forces, et que, quand on croit n’avoir pas digéré après huit ou neuf heures, on se trompait, que c’étaient des vents qui prenaient la place, et que si l’on mettait un potage ou quelque chose de chaud sur ce que l’on croit son dîner, on ne le sentirait plus, et l’on s’en porterait bien mieux, que c’était une de vos grandes erreurs. Mme de Coulanges écouta et retint tout ce discours, et voulut vous le mander ; je m’en suis chargée, et vous conjure, ma très bonne, d’y faire quelque réflexion, et d’essayer s’il dit vrai, et de mettre la conduite de votre santé devant tout ce que vous appelez des devoirs. Croyez que c’est votre seule et importante affaire. Si la pauvre Mme de La Fayette n’en usait ainsi, elle serait morte il y a longtemps. Et c’est par ces pensées, que Dieu lui donne, qu’elle soutient sa triste vie, car, en vérité, elle est accablée de mille maux différents. Je reçois dans ce moment, ma très chère, votre paquet du 29 par un chemin détourné ; voilà tout le commencement de ma lettre entièrement ridicule et inutile. Voilà donc ce cher paquet, le voilà. Vous avez très bien fait, ma bonne, de le déguiser et de le dépayser un peu. Je ne suis point du tout surprise de votre surprise ni de votre douleur ; j’en ai senti, et j’en sens encore tous les jours. Vous m’en parlerez longtemps avant que je vous trouve trop pleine de cette nouvelle ; elle ne sera pas sitôt oubliée de beaucoup de gens, car pour le torrent, il va comme votre Durance quand elle est endiablée, mais elle n’entraîne pas tout avec elle. Vos réflexions sont si tendres, si justes, si sages et si bonnes qu’elles mériteraient d’être admirées de quelqu’un qui valût mieux que moi.

Vous avez raison, la dernière faute n’a point fait tout le mal, mais elle a fait résoudre ce qui ne l’était pas encore. Un certain homme avait donné de grands coups depuis un an, espérant tout réunir, mais on bat les buissons et les autres prennent les oiseaux, de sorte que l’affliction n’a pas été médiocre et a troublé entièrement la joie intérieure de la fête. M’entendez-vous bien ? car vous n’aurez votre courrier de dix ans. Il vaut autant mourir. C’est donc un mat qui a été donné, lorsqu’on croyait avoir le plus beau jeu du monde et rassembler toutes ses pièces ensemble. Il est donc vrai que c’est la dernière goutte d’eau qui a fait répandre le verre ; ce qui nous fait chasser notre portier, quand il ne nous donne pas un billet que nous attendons avec impatience, a fait tomber du haut de la tour, et on s’est bien servi de l’occasion. Personne ne croit que le nom y ait eu part ; peut-être aussi qu’il y a entré pour sa vade. Un homme me disait l’autre jour : « C’est un crime que sa signature. » Et je dis : « Oui, c’est un crime pour eux de signer et de ne signer pas. » Je n’ai rien entendu de cet écrit insolent dont vous me parlez. Je crois qu’on ne se défie point de la discrétion de ceux qui savent les secrets ; rien n’est égal à leur sagesse, à leur vertu, à leur résignation, à leur courage. Je crois que, dans la solitude où ils sont encore pour quelques jours, il communiquera toutes ses perfections à toute sa famille. J’y ai fait tenir votre paquet à la belle-soeur en envoyant les paquets, comme je vous l’ai mandé ; je m’en vais encore y envoyer ceux que je viens de recevoir. On me fit de là des réponses si tendres que je ne pus les soutenir sans une extrême tendresse.

Adieu, ma chère bonne. Embrassez la petite d’Adhémar. La pauvre enfant ! ayez-en pitié ; je ne puis encore lui écrire. Je baise et j’embrasse tout ce qui vous entoure. Vous êtes trop bonne de me rassurer sur la douleur que me donne mon inutilité pour votre service ; quelque tour que j’essaie d’y donner, j’en suis humiliée. Mais, ma bonne, vous ne laisserez pas de m’aimer ; vous m’en assurez, et je le crois. Je penserais comme vous, si j’étais à votre place ; cette manière de juger est fort sûre. Je suis tout à vous ; je ne puis vous rien dire de si vrai. Vendredi, à 7 heures du soir, 8ème décembre.

Après avoir envoyé mon paquet à la poste, j’en reçois un de Mme de Vins pour vous. Mais comme elle me prie de ne l’envoyer que par le courrier, je le ferai, et vais le mettre dans mon cabinet ; j’y joindrai encore les réponses qu’elle fera à vos lettres, que j’enverrai demain. Et quoiqu’il soit fâcheux de laisser vieillir des lettres, il le vaut mieux que de hasarder de faire du mal à ses amis. Mandez-moi des nouvelles de la santé de Monsieur le Coadjuteur. Je vous embrasse, ma très chère.

’’Provence, Lambesc. Madame, madame la comtesse de Grignan. À Lambesc.’’

53. À Pomponne - À Paris, ce lundi 18ème décembre 1679.

Voilà, Monsieur, une lettre de ma fille. Elle ne peut apaiser son cœur ; elle pense à vous et m’en parle sans cesse. Elle a une si juste idée de ce que vous valez qu’elle me paraît plus empressée de l’honneur de votre amitié qu’elle ne l’a jamais été. Elle croit que l’attention que vous pouvez avoir présentement pour vos amis la doit rendre plus précieuse. Enfin elle démêle parfaitement M. de Pomponne d’avec le ministre.

De Madame de Grignan

Je n’ai pas dessein, Monsieur, de vous faire un compliment ; je ne l’aurais pas tant retardé, étant plus sensible à ce qui vous arrive que ceux qui se sont pressés. Mais, Monsieur, trouvez bon que je vous demande la continuation de l’honneur de votre amitié, que vous m’avez jusqu’à présent si utilement accordée sous le nom de protection. Comme il n’était pas nécessaire d’avoir un grand mérite pour obliger une âme comme la vôtre à faire les grâces dont la fortune vous rendait dispensateur, et qu’il faut une égalité de mérite que je n’ai pas pour être digne du commerce de votre amitié, je m’adresse encore à votre bonté pour l’obtenir. Je vous supplie de croire, Monsieur, que de tous les biens que j’en ai reçus, celui que je demande me paraît le plus honorable et le plus précieux. Avec les sentiments que je me trouve pour vous, Monsieur, il m’est difficile de vous plaindre. Il me semble que vous auriez beaucoup perdu si vous aviez cessé d’être M. de Pomponne, quand vous avez eu d’autres dignités, mais de quelle perte ne doit-on pas se consoler quand on est assuré d’être toujours l’homme du monde dont les vertus et le singulier mérite se font le plus aimer et respecter ?

La Comtesse de Grignan.

M. le coadjuteur d’Arles est ici, malade depuis douze jours de la fièvre continue ; c’est ce qui l’a empêché de se donner l’honneur de vous écrire.

À Aix, ce 9ème décembre.

54. À Madame de Grignan - À Paris, ce vendredi 29ème décembre 1679.

Ma très chère bonne, figurez-vous que je suis à genoux devant vous et qu’avec beaucoup de larmes, je vous demande, par toute l’amitié que vous avez pour moi et par toute celle que j’ai pour vous, de ne me plus écrire que comme vous avez fait la dernière fois. Ma bonne, c’est tellement du cœur que je vous demande cette grâce qu’il est impossible que cette vérité ne se fasse sentir au vôtre. Hélas ! ma chère enfant, tout épuisée, tout accablée, n’en pouvant plus, une douleur et une sécheresse de poitrine épouvantables - et moi, qui vous aime chèrement, j’y puis contribuer ! Je puis me reprocher d’être cause de cet état douloureux et périlleux ! Moi qui donnerais ma vie pour sauver la vôtre, je serai cause de votre perte, et j’aurai si peu de tendresse pour vous que je mettrai en comparaison, le plaisir de lire vos lettres, et les réponses très agréables que vous me faites sur des bagatelles, avec la douleur de vous tuer, de vous faire mourir Ma très chère bonne, cette pensée me fait frissonner. S’accommode qui voudra de cet assassinat ; pour moi, je ne puis l’envisager, et je vous jure et je vous proteste que si vous m’écrivez plus d’une feuille et que, pour les nouvelles, vous ne vous serviez de Montgobert, de Gautier, ou d’Anfossy, je vous jure que je ne vous écrirai plus du tout. Et le commerce rompu de mon côté me donnera autant de chagrin que j’aurai de soulagement si vous en usez comme je vous le dis. Quoi ! je pourrais me reprocher le mal que vous sentez ! Hélas ! il me fait assez de mal sans que j’y ajoute de vous tuer de ma propre main. Ma bonne, voilà qui est fait ; si vous m’aimez, ôtez-moi du nombre de ce que vous croyez vos devoirs. Je me croirai la plus aimée, la mieux traitée, la plus tendrement ménagée, quand vous prendrez sur moi et que vous ôterez du nombre de vos fatigues les volumes que vous m’écrivez. Il y a longtemps que j’en suis blessée et que je me doute de ce qui vous est arrivé, mais enfin cela est trop visible, et j’aimerai toute ma vie Montgobert de vous avoir forcée à lui quitter la plume. Voilà ce qui s’appelle de l’amitié ; je m’en vais l’en remercier. Voilà ce qui s’appelle avoir des yeux, et vous regarder. Je me moque de tout le reste ; ils ont des yeux et ne voient point, et nous avons les mêmes yeux, elle et moi. Aussi je n’écoute qu’elle. Elle n’a osé me dire un mot cette fois ; la sincérité et la crainte de m’affliger lui ont imposé silence. Mlle de Méri se gouverne bien mieux ; elle n’écrit point. Corbinelli se tue quand il veut ; il n’a qu’à écrire. Qu’il soit huit jours sans regarder son écritoire, il ressuscite. Laissez, laissez un peu la vôtre, toute jolie qu’elle est ; ne vous disais-je pas bien que c’était un poignard que je vous donnais ? Vous avez si bien ménagé ce que vous avez écrit dans votre lettre qu’elle m’a paru toute de vous. J’étais fâchée de sa grosseur. Et quoique j’aie compris l’état où vous étiez avec beaucoup de peine, j’ai mieux aimé que cela soit arrivé pour vous corriger, et y mettre un bon ordre une bonne fois pour toutes, que d’être encore trompée et vous achever d’accabler.

Je vis l’autre jour Duchesne chez Mme de Coulanges, qui a gardé plus de quinze jours sa chambre pour des dégoûts et des plénitudes ; il me parla de votre santé, et me dit encore pis que pendre de cette chienne d’écriture. Il est ami de Fagon. Il me conta qu’il ne vivait que par l’éloignement des écritoires, et me dit encore que vous ne vous laissassiez point mourir d’inanition. Quand la digestion est trop longue, il faut manger : cela consomme un reste qui ne fait que se pourrir et fumer si vous ne le réchauffez par des aliments ; Saint-Aubin en a fait cent fois l’expérience. Il pria fort aussi de vous recommander l’eau de Sainte-Reine. C’est une cause de tous vos maux, à quoi vous ne pensez peut-être pas. Ma bonne, Dieu veut que je vous dise tout cela ; je le prie de donner à mes paroles toute la force nécessaire pour vous frapper et vous obliger d’en faire votre profit. Je pris hier une médecine, par l’ordre du bon Duchesne ; elle m’a fait comme celle du Bourbonnais. Je prendrai demain de la petite eau de cerises. Et le tout pour vous plaire ; faites aussi quelque chose pour moi.

Vous avez été à Lambesc, à Salon ; ces voyages, avec votre poitrine, ont dû vous mettre en mauvais état, et vous ne vous en souciez point et personne n’y pense. Vous seriez bien fâchée d’avoir rien dérangé ; il faut que la compagnie de bohèmes soit complète, comme si vous aviez leur santé. Votre lit, votre chambre, un grand repos, un grand régime, voilà ce qu’il vous fallait, ma bonne ; au lieu de cela, du mouvement, des compliments, du dérèglement et de la fatigue. Ma bonne, il ne faut rien espérer de vous, tant que vous mettrez toutes sortes de choses devant votre santé. J’ai tellement rangé d’une autre sorte cette unique affaire qu’il me semble que tout est loin de moi, en comparaison de cette intime attention que j’ai pour vous. Cependant je veux finir pour aujourd’hui ce chapitre.

Je vous mandai avant-hier, par un petit guenillon de billet qui suivait une grosse lettre, que Mme de Soubise était exilée ; cela devient faux. Il nous paraît qu’elle a parlé, un peu murmuré de n’avoir pas été dame d’honneur, comme la Reine le voulait, peut-être méprisé la pension au prix de cette belle place ; et sur cela, la Reine lui aura conseillé de venir passer son chagrin à Paris. Elle y est, et même on dit qu’elle a la rougeole. On ne la voit point, mais on est persuadé qu’elle retournera, comme si de rien n’était. On faisait une grande affaire de rien. L’esprit charitable de souhaiter plaies et bosses à tout le monde est extrêmement répandu.

Il y a de certaines choses, au contraire, sur quoi on se trouve disposé à souffler du bonheur, comme du temps des fées. Le mariage de Mlle de Blois plaît aux yeux. Le Roi lui dit d’écrire à sa mère ce qu’il faisait pour elle. Tout le monde a été lui faire compliment ; je crois que Mme de Coulanges m’y mènera demain. Je veux voir aussi la petite du Janet ; je serai lundi à sa prise d’habit, et je lui fais donner tous ses habits par la Bagnols. Monsieur le Prince, Monsieur le Duc sont courus chez cette sainte fille et mère, qui a parfaitement bien accommodé son style à son voile noir, assaisonnant parfaitement sa tendresse de mère avec celle d’épouse de Jésus-Christ. Les princes ont poussé leurs honnêtetés jusqu’à Mme de Saint-Rémy et sa fille, et une vieille tante obscure qui demeure dans le faubourg ; en vérité, ils ont raison de pardonner au côté maternel en faveur de l’autre.

Le Roi marie sa fille non comme la sienne, mais comme celle de la Reine, qu’il marierait au roi d’Espagne. Il lui donne cinq cent mille écus d’or, comme on fait toujours avec ces couronnes, hormis que ceux-ci seront payés et que les autres, fort souvent, ne font qu’honorer le contrat. Cette jolie noce se fera devant le 15 de janvier. Gautier ne peut plus se plaindre ; il aura touché cette année en noces plus d’un million. On donne d’abord cent mille francs à la maréchale de Rochefort pour commencer les habits de la Dauphine. Monsieur l’Electeur avait mandé les marchands de Paris pour habiller sa soeur ; le Roi l’a prié de ne point se mettre en peine de rien, et qu’avec sa maison, qu’on lui envoyait, elle trouverait tout ce qu’elle pourrait souhaiter. Le mariage se fera avec beaucoup de dignité. On ne partira qu’en février.

J’attendrai Gordes avec impatience, et laisserai bien assurément écumer mon pot à qui voudra, pour lui demander : "Comment se porte-t-elle, et que fait-elle ?" S’il me répond comme le chevalier de Buous, je le laisserai là, en soupirant, car ce n’est pas sans beaucoup de douleur qu’on ne peut pas s’accommoder de ce qu’il dit de vous.

Monsieur l’Intendant est bien heureux d’être si galant, sans craindre de rendre sa femme jalouse. Je voudrais qu’il mît les échecs à la place du hère ; autant de fois qu’il serait mat seraient autant de marques de sa passion. La mienne continue pour ce jeu ; je me fais un honneur de faire mentir M. de La Trousse, et je crains quelquefois de n’y pas réussir.

Je suis fort bien reçue quand je fais vos compliments ; votre souvenir honore. J’ai fait votre devoir à l’abbé Arnauld et à La Troche. Mme de Coulanges veut vous écrire, et vous remercier elle-même, mais ce sera l’année qui vient ; elle est dans l’agitation des étrennes, qui est violente cette année. Il me semble que vous croyez que je mens, quand je parle de la connaissance de Fagon et de Duchesne ; ç’a été, ma belle, pendant la blessure de M. de Louvois, qu’ils furent quarante jours ensemble ; ils se sont liés d’une estime très particulière. Oui, n’en riez point ; c’est à votre montre qu’il faut regarder si vous avez faim, et quand elle vous dira qu’il y a huit ou neuf heures que vous n’avez mangé, avalez un bon potage, sur sa parole, et vous consommerez ce que vous appelez une indigestion. Je voudrais que la montre fût méchante, et que le cuisinier fût bon. Je voudrais vous avoir envoyé le mien, il est cent fois meilleur. Je suis un peu fâchée contre La Forêt d’avoir tant répondu d’un si vilain marmiton. Nous avons été tous aveuglés.

Nous pouvons donc espérer de voir Monsieur le Coadjuteur, et lui voir une princesse dans la multitude de ses poulettes. Sa ruelle était celle de la vieille princesse, où il y avait trois fauteuils tout de suite et des sièges pliants ensuite, et l’on se trouvait à l’aventure sur ces chaises ; et quand il venait plus de duchesses qu’il n’y en avait, elles avaient pour se consoler Mme de Bracciano et Mme d’Orval sur des pliants. Cette confusion était assez bien et assez naturelle ; personne n’a été fâché. Hélas ! que sait-on si cette petite princesse est contente ? la fantaisie présente de son mari est de sonner du cor à la ruelle de son lit ! Ce n’est pas l’ordre de Dieu, qu’autre chose que lui puisse contenter pleinement notre cœur. Ah ! que j’ai une belle histoire à vous conter de l’archevêque ! mais ce ne sera pas pour aujourd’hui.

M. de Pomponne est retourné sur le bord de sa Marne. Il y avait l’autre jour plus de gens considérables, le soir chez lui, que devant sa disgrâce. C’est le prix de n’avoir point changé pour ses amis ; vous verrez qu’ils ne changeront point pour lui aussi. Rien ne se peut ajouter à l’amitié et à la reconnaissance qu’il a pour vous. Mme de Vins m’en paraît toujours touchée jusqu’aux larmes, dont j’ai vu rougir plusieurs fois ses beaux yeux. Elle ne veut faire de visites qu’avec moi, puisque vous et Mme de Villars lui manquez. Elle peut disposer de ma personne tant qu’elle me trouvera bonne ; j’ai trop de raisons pour me trouver heureuse de ce goût. Elle n’a point été à Saint-Germain. Elle a des affaires qui la retiennent, malgré qu’elle en ait, car son cœur la mène et la fait demeurer à Pomponne ; cet attachement est digne d’être honoré et adoucit les malheurs communs.

Adieu, ma très chère bonne. Faites-moi écrire après avoir commencé, car il me faut quatre lignes. Mademoiselle de Grignan, Montgo, Gautier, Anfossy, ayez tous pitié de ma fille et de moi. Et Montgobert ne peut-elle pas entrer aussi dans le pied de veau de Lambesc ? Enfin, ma bonne, soulagez-vous, ayez soin de vous, fermez votre écritoire ; c’est le vrai temple de Janus. Et songez que vous ne sauriez faire un plus solide et sensible plaisir à ceux qui vous aiment le plus que de vous conserver pour eux, et non pas vous tuer pour leur écrire. J’embrasse toute votre compagnie, et le capitaine bohème, c’est-à-dire Monsieur le Comte. Je suis en peine de Paulinette. Hélas ! comme vous dites, il n’y a qu’un moment que vous étiez comme l’autre !