Lexique étymologique du breton moderne/Introduction

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Texte établi par Faculté des lettres de Rennes, J. Plihon et L. Hervé (p. 7-xxvi).

LEXIQUE ÉTYMOLOGIQUE

DU

BRETON MODERNE


CHALON-S-SAONE, IMPR. FRANÇAISE ET ORIENTALE DE B. BERTRAN

BIBLIOTHÈQUE BRETONNE ARMORICAINE

PUBLIÉE PAR LA FACULTÉ DES LETTRES DE RENNES


FASCICULE III


LEXIQUE ÉTYMOLOGIQUE

DES TERMES LES PLUS USUELS

DU

BRETON MODERNE

PAR

Victor HENRY

Professeur de Sanscrit et Grammaire comparée des Langues indo-européennes

à l’Université de Paris


RENNES

J. PLIHON et L. HERVÉ, Libraires-Éditeurs

5, Rue Motte-Fablet, 5


1900

a mes chers amis

Claude Kerommèr

Paul Le Gac

Et a tous les Bretons curieux comme eux

des origines de leur Langue


Je dédie ces pages

causées bien avant d’être écrites

Ce livre a le malheur d’avoir une histoire. Il a été refait trois fois. Il n’en vaut probablement pas davantage. C’est pour plaider les circonstances atténuantes que j’en conte brièvement les aventures.

Il est né, en saison de bains de mer, de mes entretiens avec mes amis bretons, qui voulaient bien m’enseigner leur langue, telle qu’elle voltige viva per ora virum, au bord de cette anse de Plougasnou que dominent de loin les flèches historiques de Saint-Pol-de-Léon. Pour ne pas être trop en reste avec eux, je leur apprenais à mon tour le peu que je savais de leur passé celtique, de notre commun passé indo-européen, ou simplement de telle étymologie évidente ou curieuse. J’en avais en effet recueilli un bon nombre, soit dans les ouvrages de MM. d’Arbois et Loth, soit en dernier lieu — le Glossaire de M. Ernault n’avait pas encore paru — dans l’Urkeltischer Sprachschatz de M. Whitley Stokes. À mesure que j’apprenais par conversation ou lecture une nouvelle expression bretonne, je rangeais ces étymologies par ordre alphabétique de mots bretons, et je me composais ainsi un petit lexique de termes usuels, fort incomplet, mais commode pour mon usage personnel.

Plusieurs années après, ayant suspendu, par des raisons qui n’intéressent que les sanscritistes, ma traduction commentée de l’Atharva-Véda, je me trouvai de loisir pour d’autres travaux, et l’idée me vint de faire profiter mes amis de Bretagne de cette ébauche de dictionnaire. Dans ma pensée ce devait être un répertoire étymologique tout à fait élémentaire : ni appareil érudit, ni citations d’autorités, ni même référence constante aux autres langues soit celtiques soit indo-européennes ; rien que des rapprochements, les plus frappants possible, avec le latin, le français ou l’anglais, parfois avec le grec, rarement avec le sanscrit ou le slave ; bref, un petit livre sans prétention scientifique, exclusivement destiné au public lettré de Bretagne, et que par ce motif je tenais à faire paraître en pays bretonnant.

L’ouvrage à peu près terminé, je le fis offrir gratuitement à un éditeur du Finistère, qui consentit sans hésiter à l’imprimer… à mes frais.

Au fond, peu m’importait : un éditeur parisien qui m’honore de sa confiance acceptait mon manuscrit et le publiait tel quel ; mais ma conscience m’interdisait de lui faire courir le risque d’une publication qui, à en juger par cette première épreuve, avait peu de chances de se répandre en Bretagne, et qui, à raison de sa rédaction sommaire, n’en avait aucune d’être demandée ailleurs. Je repris donc mon travail et le refondis sur un plan moins étroit : j’y introduisis les rapprochements de langues « estranges » que j’avais systématiquement écartés, les références aux auteurs dont je m’étais borné à enregistrer la doctrine, les raisons de douter que j’avais souvent passées sous silence ; et, pour ne pas le grossir outre mesure, je dus recourir à une concision qui peut-être en compromettait la clarté.

Sur ces entrefaites, MM. Loth et Dottin, apprenant l’existence de mon manuscrit, voulurent bien m’offrir, avec l’hospitalité de leur Bibliothèque Bretonne-Armoricaine, la légitime notoriété dont elle dispose tant en France et à l’étranger qu’en Bretagne même. Mais cet honneur inespéré m’imposait de nouveaux devoirs : il ne suffisait plus que l’ouvrage pût être de quelque utilité aux lettrés bretons et aux indogermanistes de tout pays ; il fallait, de plus, qu’il fût de consultation commode pour ceux-là mêmes à qui il n’enseignerait rien, pour les celtisants de profession. J’ai donc dû multiplier et préciser les références, soit corniques et cymriques, soit irlandaises et gaéliques, — le récent Dictionary de M. Macbain m’a été d’un immense secours, — insister davantage sur les irrégularités phonétiques qui émaillent encore l’étymologie celtique, signaler tout au moins les points controversés entre les spécialistes, vérifier à mainte reprise telle forme rare ou telle orthographe par trop arbitraire ; et ce travail, généralement exécuté sur les placards, les a parfois couverts d’un pittoresque désordre de ratures, de renvois, de corrections et surtout d’additions.

Je saisis cette occasion pour exprimer toute ma reconnaissance à M. Bertrand, mon imprimeur : non seulement son outillage est fort complet ; mais ses compositeurs se retrouvent à merveille dans l’attirail compliqué de signes graphiques et diacritiques qu’il leur faut manier. En somme, après une courte période d’essai, je n’ai plus eu à relever, dès la première épreuve, qu’un minimum vraiment infime de fautes d’impression, et je n’ai eu qu’à me louer de l’intelligence et du soin avec lesquels mes nombreuses « corrections d’auteur » étaient reportées des placards à la mise en pages.

Que sera-t-il sorti de tout cet effort ? La critique me le dira, et je ne chercherai pas plus longtemps à fléchir ses arrêts. Aussi bien son indulgence ni sa juste sévérité ne sauraient-elles influer sur la direction ultérieure de mes études. Exilé, depuis trente ans, de ma petite patrie l’Alsace, je m’en étais fait en quelque sorte une seconde de la Bretagne, et j’ai essayé de lui payer ma dette d’affection. Mais le moment est venu de m’acquitter envers la première : je retourne au germanisme et au dialecte colmarien, sur lequel j’ai accumulé assez de documents pour que la grammaire et le vocabulaire en soient mûrs.

Je ne remercierai jamais assez mes deux chers collègues, MM. Loth, doyen de la Faculté des lettres de l’Université de Rennes, et Meillet, directeur adjoint à l’École des hautes-études, qui ont mis à ma disposition, l’un sa connaissance pratique du breton moderne, ses lumières de celtisant et la rare sagacité de sa critique phonétique, l’autre plus spécialement son autorité en matière de zend et de letto-slave et son universelle information indo-européenne. Avec un dévouement qu’apprécieront tous ceux qui savent combien sont absorbantes leurs études personnelles, ils ont consenti de la meilleure grâce à revoir mon manuscrit ou mes épreuves, et m’ont signalé bien des lacunes, des erreurs et des invraisemblances. Quoi que vaille l’ouvrage, il n’a pas dépendu d’eux qu’il ne fût beaucoup meilleur.

Il le serait sans aucun doute, si j’avais toujours scrupuleusement accédé à leurs suggestions.

V. HENRY.

Sceaux (Seine), 15 décembre 1899.



INTRODUCTION



I. La première et indispensable condition, pour faire usage d’un dictionnaire étymologique, si modeste soit-il, c’est de se rendre un compte exact de la nature de la science étymologique en elle-même : elle ne consiste point à rapprocher au hasard deux mots qui se ressemblent dans deux langues plus ou moins différentes, mais à préciser, s’il se peut, les rapports nettement saisissables entre tous les mots d’un ensemble de langues qu’on a reconnues avec certitude pour être apparentées entre elles.

Supposons qu’un mot breton soit absolument identique à un mot japonais de même signification : ce sera une circonstance fortuite à peine digne de remarque, jusqu’au jour où l’on pourrait démontrer ou soupçonner que ce mot eût été, par exemple, rapporté du Japon par quelque matelot breton et naturalisé tel quel en Bretagne ; et, alors même, la constatation de cette identité demeurerait une curiosité isolée, presque sans intérêt, puisqu’il n’existe par ailleurs aucun lien historique ni linguistique entre la Bretagne et le Japon.

Entre deux langues, apparentées ou non, qu’unissent depuis des siècles des relations continues de voisinage et de commerce, la question se posera autrement : si un mot breton ressemble à un mot français de même sens, il n’est pas probable a priori que ce soit pur hasard ; et l’on se demandera, dès lors, si le breton l’a emprunté au français, ou le français au breton, et vers quelle époque ce transport s’est effectué. Mais, de plus, comme le breton et le français sont incontestablement, en dehors de leurs longues relations historiques, deux langues linguistiquement apparentées, la ressemblance, même lointaine, même insaisissable à tout autre œil que celui du linguiste, de deux synonymes ou quasi-synonymes de ces deux langues, fera surgir un nouveau problème, le plus intéressant à coup sûr, mais aussi le plus ardu, de l’étymologie : il se peut qu’aucune des deux langues n’ait rien emprunté à l’autre, que le mot breton soit authentiquement celtique, le mot français authentiquement latin, et que leur ressemblance extérieure tienne, non pas à l’union historique constatée de la Bretagne et de la France, mais à l’apparentation préhistorique du celtique et du latin.

Pour s’en assurer, il faudra évidemment restituer le mot breton sous sa forme celtique, le mot français sous sa forme latine, c’est-à-dire tous deux sous la forme qu’ils affectaient il y a au moins deux mille ans. À cette date, le latin nous est connu, mais non pas le celtique, dont les plus anciens documents remontent bien moins haut. L’élément essentiel de la comparaison nous ferait donc défaut, si une légitime induction n’y suppléait : par le rapprochement de toutes les formes celtiques actuellement vivantes ou littérairement constatées, nous pouvons espérer remonter à la forme préceltique commune d’où elles sont issues ; par le rapprochement de toutes les autres langues connues pour appartenir à la même famille que le celtique, — sanscrit, grec, latin, etc., — nous pouvons espérer reconstituer, dans sa physionomie générale, la langue primitive et inconnue qui leur a donné naissance, et dès lors, telle forme de cette langue étant donnée, redescendre de celle-ci à la forme celtique qui en a procédé. C’est ce double travail d’induction ascendante et descendante qui constitue l’essence de toute étymologie sûre d’elle-même. Mais aussi, à ce prix, atteint-elle des résultats insoupçonnés de la masse des esprits même les plus cultivés : un homme intelligent et lettré peut amuser sa fantaisie à mille rapprochements extérieurs, dont à peine vingt ou trente tiendront debout ; quand l’étymologiste est parvenu, en ramenant deux mots à une forme préhistorique commune, à en affirmer l’identité primitive, ce n’est plus d’ingénieux jeux d’esprit qu’il s’agit, mais de certitude scientifique aussi rigoureuse qu’il s’en puisse rencontrer en dehors des mathématiques.

Il va de soi, d’autre part, qu’une semblable affirmation n’est possible que sous le bénéfice de l’observation constante des rapports relevés entre les diverses langues qui en font l’objet : il faut savoir qu’à telle voyelle grecque répond invariablement telle ou telle voyelle germanique, qu’à telle consonne latine ou celtique se superpose sans exception telle paire de consonnes sanscrites ; il faut, en un mot, connaître et appliquer partout les lois phonétiques, et demeurer persuadé qu’une étymologie qui les viole peut être vraie à la rigueur et par hasard, mais que, pour vraisemblable qu’elle lui apparaisse, l’étymologiste soucieux de vérité scientifique n’a pas le droit même de la mentionner, sans l’accompagner d’un « peut-être » ou chercher à découvrir les raisons historiques ou psychologiques d’une pareille monstruosité.

La phonétique celtique est fixée dans ses grandes lignes, et la phonétique indo-européenne l’est parfois jusqu’à l’infime détail : c’en est assez pour légitimer provisoirement un essai d’étymologie du breton. Mais ni l’une ni l’autre ne sauraient entrer dans le plan de cette rapide introduction, qu’il n’eût même pas valu la peine d’écrire, — tant sont élémentaires les notions qu’elle contient, — si le présent ouvrage avait la moindre prétention de rien apprendre à qui que ce fût. Mais, comme il n’est bon qu’à stimuler quelques curiosités ou à rafraîchir quelques souvenirs, il a paru nécessaire qu’il se suffît en quelque sorte à lui-même, dans la mesure au moins de ce qu’ont droit d’en exiger les rares amateurs qui daigneront le consulter.


II. Le breton actuel est une langue celtique, — c’est-à-dire qu’il est apparenté, de fort loin déjà, au gaulois disparu depuis quinze siècles, — de plus loin encore au latin et aux langues modernes qui en descendent, — de très loin enfin, à toutes les autres langues de l’Europe, qui, à la seule exception du basque, du hongrois, du turc et du finnois, rentrent dans la grande famille linguistique désignée conventionnellement sous le nom de famille indo-européenne ou indogermanique, et, par suite, procèdent toutes aussi d’une langue unique, vieille au moins de quarante siècles, en partie restituée par simple conjecture, et conventionnellement dénommée « indo-européen commun ».

La souche indo-européenne s’est scindée en un grand nombre de rameaux, dont huit seulement ont subsisté jusqu’à nous, soit par tradition littéraire, soit sous forme d’idiomes encore actuellement vivants : indo-éranien, arménien, hellénique, illyrique, italique, celtique, germanique et letto-slave.

1. Le groupe indo-éranien ou asiatique se subdivise à son tour en indien et éranien, l’un représenté par le sanscrit, les prâcrits et les dialectes modernes de l’Inde, l’autre par le zend, le vieux-perse, le pehlvi et le persan moderne. — Le sanscrit, la plus ancienne langue indo-européenne qui nous soit parvenue, en tant que langage sacré des livres dits « Védas », a été et reste encore, quoique dans une moindre mesure, le témoin le plus précieux dans la recherche des origines de nos idiomes ; mais le grec aujourd’hui le balance, et même l’emporte sur lui de beaucoup quant à la détermination exacte du vocalisme primitif. Les autres langues de l’Inde n’ont d’intérêt que pour les indianistes. — Le zend est l’antique langue des livres sacrés de la Perse ; et toutefois il ressemble trop au sanscrit pour qu’il y ait nécessité fréquente d’en appeler à son témoignage. On ne le trouvera pas souvent cité ; à bien plus forte raison, le vieux-perse, dont on n’a que quelques spécimens épigraphiques, et les dialectes modernes, très profondément altérés.

2. Le groupe arménien ne contient qu’une langue, sous deux états différents et relativement modernes : l’arménien ancien, qui ne remonte pas au delà du Ve siècle de notre ère, et l’arménien actuel, qui relève politiquement de la Russie, de la Turquie ou de la Perse. La valeur scientifique en est donc tout à fait secondaire. Il en serait différemment, si l’on parvenait à démontrer que jadis le phrygien dût s’y rattacher, et surtout si l’on possédait du phrygien autre chose que quelques inscriptions insignifiantes.

3. Le groupe hellénique ne renferme, lui aussi, qu’une seule langue (le grec), mais scindée en une infinité de dialectes, représentée par la plus belle littérature qui soit au monde, l’une des plus riches et des mieux conservées, fixée enfin en un état très ancien par la transmission orale et écrite des poèmes attribués à Homère (viiieXe siècle av. J.-C). Cette langue homérique, à bien peu près sans doute contemporaine du sanscrit védique, qu’un intervalle de dix à quinze siècles seulement, selon toute apparence, sépare de la scission de l’indo-européen, passe avec raison pour le reproduire avec une étonnante fidélité dans sa structure, son phonétisme, et parfois jusque dans les nuances de sa délicate accentuation. Aussi nul, s’il n’est helléniste au moins passable, n’aborde-t-il plus aucun domaine de l’indogermanisme. Mais les états modernes du grec, byzantin et grec actuel, sont à ce point de vue quantités négligeables.

4. Le groupe illyrique comprend : dans l’antiquité, l’illyrien du nord ou vénète, et celui du sud ou messapien, dont il ne reste que fort peu d’inscriptions mal comprises ; de nos jours, l’albanais, prodigieusement corrompu par l’infiltration du néo-grec, du turc et des idiomes latins ou slaves. Aucune de ces langues n’a d’intérêt que pour elle-même[1].

5. Le groupe italique embrasse le latin, l’ombrien, l’osque et plusieurs autres langues anciennes, à peine connues, de la Péninsule. Le latin, dont le premier document authentique peut remonter au Ve siècle avant notre ère, et dont la littérature considérable nous est parvenue en assez bon état, nous offre seul une documentation complète de cette branche de l’indogermanisme, d’importance d’ailleurs moindre en principe ; car le latin est de l’indo-européen beaucoup moins bien conservé que le grec, le sanscrit ou même le germanique. Mais, s’il recule au troisième plan pour la comparaison générale, il est au contraire, à trois points de vue, d’importance absolument primordiale pour le celtisant.

a) De tous les rameaux entre lesquels s’est divisé l’indo-européen commun, il n’en est pas qui montrent à beaucoup près entre eux autant d’affinité que l’italique et le celtique. Tout semble indiquer que Celtes et Latins ont dû cohabiter encore, ou tout au moins voisiner, à une époque relativement tardive, où toutes les autres unités ethniques s’étaient déjà depuis longtemps séparées, en sorte que, s’il est prématuré ou excessif de parler à la lettre d’une sous-unité italo-celte, il doit être permis de se servir de cette expression pour classer les formes qu’ont en commun les Italiotes et les Celtes et qu’eux seuls possèdent, par exemple ce curieux r impersonnel bien connu en latin (legit-ur « on lit »), qui survit jusque dans le breton usuel de notre temps (kar-eur « on aime »).

b) Les Celtes de la Grande-Bretagne, seuls ancêtres de tous les Celtes actuels, furent soumis par les Romains ou civilisés par la culture latine. C’est en latin aussi qu’ils reçurent la prédication du christianisme. Leurs langues se sont donc mélangées, à diverses époques, de nombreux emprunts au latin, qu’il importe de reconnaître, — on verra tout à l’heure à quels indices, — d’isoler du fonds celtique, et même, si faire se peut, de dater approximativement.

c) Le latin, enfin, a une postérité très vivace de langues médiévales et modernes (romanes), qui toutes, sauf le rhétique et le roumain, se sont trouvées en contact fréquent avec les idiomes celtiques : nouvelle source d’emprunts, cette fois réciproques, mais beaucoup plus rares dans un sens que dans l’autre. Donc, à partir du VIIe siècle environ, où cessent les emprunts au latin, commence la période des emprunts au roman, qui se prolonge jusqu’à nos jours. Il va sans dire, au surplus, que l’observation ci-dessus ne s’applique à aucun couple celto-roman autant qu’au breton et au français, contigus durant tout le moyen âge et politiquement unis depuis plus de quatre siècles.

6. Le rameau celtique se subdivise en celtique continental (gaulois) et celtique insulaire, et celui-ci, à son tour, en gâdélique (ou gaélique) et brittonique. On le réservera ici pour un plus ample développement.

7. Le groupe germanique a trois subdivisions.

a) Le germanique oriental n’est représenté que par le gotique, aujourd’hui éteint, mais bien connu par une traduction d’une partie du Nouveau Testament qui remonte au IVe siècle, constituant par conséquent la forme la plus archaïque du germanique qui nous soit directement accessible. Grâce à ce précieux intermédiaire, l’évolution de la phonétique et de la grammaire de l’anglais et de l’allemand se manifeste avec autant de netteté et de rigueur que celle même du grec et du sanscrit[2].

b) Le germanique septentrional ou scandinave remonte aussi haut que le gotique, mais seulement par quelques inscriptions en caractères dits runiques. Par ailleurs, il ne dépasse pas le XIe siècle (vieil-islandais), mais se perpétue par le danois, le norvégien, le suédois et l’islandais actuels.

c) Le germanique occidental comprend essentiellement trois classes d’idiomes, puis chronologiquement dans chacune d’elles : — l’anglo-saxon (viiiexie siècles), le moyen-anglais (xiexve siècles), et l’anglais moderne ; — le vieux-saxon, le moyen-néerlandais et le bas-allemand moderne ; — le vieux-haut-allemand (viiiexie siècles), le moyen-haut-allemand (xiexive ), et le haut-allemand moderne. — En dehors de l’importance linguistique générale de tous ces idiomes, l’anglo-saxon en a, pour le celtique insulaire, une toute particulière : langue des conquérants de la Grande-Bretagne, il a dû nécessairement s’infiltrer de fort bonne heure dans la langue des vaincus ; beaucoup moins pourtant que le latin, car les Saxons et les Angles étaient bien moins civilisés que les populations brittoniques qu’ils asservirent en premier lieu[3].

8. La répartition du groupe letto-slave ou balto-slave est celle qu’implique son nom. — Le lettique ou baltique, en voie de disparition, comprend le lituanien[4] (Lituanie russe), le letton ou lette (Courlande, etc.), et le vieux-prussien (éteint). — Le slave remonte jusqu’au ixe siècle par le vieux-slavon[5], langue religieuse des Slaves dits orthodoxes, et descend jusqu’à nous par la riche expansion des dialectes slaves qui couvrent la moitié de l’Europe. — La portée de l’un et de l’autre, fort considérable en indogermanisme, est naturellement assez restreinte en matière d’étymologie celtique. On n’en relèvera que peu de citations.


III. Revenons donc au groupe celtique, et d’abord envisageons-le dans son ensemble. Une particularité qui lui est exclusivement propre le distingue de tous les autres : dès avant qu’il ne se fût scindé en dialectes, le p primitif de l’indo-européen, conservé partout ailleurs, y avait disparu sans laisser de trace. En d’autres termes, soit un mot grec, latin, sanscrit, contenant un p initial ou intérieur : cette consonne y manquera dans tous les dialectes celtiques ; au latin porcus l’irlandais répond par orc, et le breton par leûn au latin plenus. Ainsi nous sommes sûrs que ces deux mots sont vraiment celtiques, n’ont pas été tirés du latin. Et, d’autre part, si le latin et le celtique, le français et le breton nous offrent, par exemple, un couple de synonymes qui contiennent dans l’une et l’autre langue la consonne p, nous pouvons affirmer avec certitude que le mot celtique est un emprunt. On en verra maint exemple.

Un autre critérium, non moins absolu, sépare, dans le celtique lui-même, le groupe iro-gaélique du groupe brittonique. Soit un mot indo-européen contenant la consonne que l’on désigne conventionnellement par q, à laquelle le sanscrit et le letto-slave répondent par k, le grec par π ou τ suivant le voisinage, le latin toujours par qu, le gotique par hw, etc. : en irlandais, ce mot contiendra un k (écrit c), et en breton un p, dont la genèse est naturellement postérieure à la chute totale et générale du p primitif[6] : ainsi, le nom de nombre qui est en latin quinque est en irlandais cóic, et pemp en breton. Si donc nous trouvons en gaélique et en brittonique deux mots synonymes contenant dans l’une et l’autre langue un k, nous parierons à coup sûr que le brittonique a emprunté le mot au gaélique ; et la réciproque sera vraie de deux synonymes qui contiendront un p dans les deux langues.

Ceci n’est qu’un exemple, mais frappant dans sa simplicité et sa rigueur, des mille ressources dont dispose la science pour reconstituer la préhistoire du langage.

Le celtique continental (gaulois) partage naturellement la première de ces particularités avec tout le groupe celtique. Il partage la seconde avec le rameau brittonique : « cinq » s’y disait pempe. Ce n’est pas leur seul trait commun : l’s initial primitif, qui persiste en gaélique, devient h en brittonique ; or il reste s en gaulois[7] ; mais, à l’époque gauloise, il était encore s en brittonique. On ne saurait cependant rattacher le gaulois à l’une plutôt qu’à l’autre division. Il forme une catégorie à lui seul, ainsi qu’on doit l’attendre, au surplus, de sa situation géographique.


IV. Cela posé, on esquissera à grands traits l’histoire de chacune des unités qui composent le groupe celtique.

1. Le celtique continental fut la langue de la Gaule jusque vers le iie siècle de notre ère ; mais la conquête romaine lui porta un coup mortel, il disparut avec une rapidité qui ne laisse pas de surprendre l’historien contraint de la constater. De quelque façon qu’on s’en rende compte, le fait demeure irréfragable : au ive siècle[8], toute la Gaule — y compris l’Armorique — parlait latin. Celle-ci s’est « receltisée » par immigration, ainsi qu’on va le voir. Prendre les Bretons actuels pour les continuateurs immédiats des Gaulois Armoricains, est une des pires erreurs qui faussent encore dans certains esprits la conception du celtisme.

La précoce extinction du gaulois, jointe à la circonstance qu’il ne possédait point de littérature écrite, — la tradition druidique étant purement orale, — suffit à justifier la rareté des vestiges qu’il a laissés : une trentaine d’inscriptions qui ne sont pas toutes comprises, quelques mots épars dans les auteurs anciens, des noms propres et des appellations géographiques[9], c’est tout ce qu’il en subsiste. En fait, nous ne connaissons pas le gaulois et ne le connaîtrons jamais ; nous nous le figurons seulement, avec quelque vraisemblance, d’après ces rares documents et le témoignage de ses congénères plus heureux qui lui ont survécu.

2. L’Irlande, en effet, et la Grande-Bretagne septentrionale (Écosse) ne subirent pas la conquête romaine, et le celtique gâdélique s’y maintint, obscurément du reste, jusqu’au jour où la prédication chrétienne le vint réveiller et où il émerge dès lors dans l’histoire[10].

a) De ce jour (viiie siècle) apparaît, avec sa riche littérature, sacrée ou profane, le gaélique d’Irlande, qu’on appelle plus usuellement irlandais tout court. Il se nomme vieil-irlandais jusqu’au ixe siècle, moyen-irlandais jusqu’au xvie, irlandais moderne, enfin, de nos jours, où il est réduit à presque rien par la concurrence de l’anglais[11].

b) Le gaélique d’Écosse, usuellement gaélique tout court, se défend mieux, dans les âpres régions qui lui font une sorte de citadelle ; mais les sources en sont bien moins anciennes et moins sûres, et d’ailleurs il ne diffère pas assez de l’irlandais pour qu’on invoque son autorité autrement qu’à titre accessoire et supplémentaire[12].

c) Le manx ou gaélique de l’île de Man doit à sa situation insulaire quelques particularités, d’assez médiocre intérêt quant à l’ensemble du celtique.

3. À la différence des Gâdels, qui ne connurent pas la conquête romaine et vécurent, longtemps aussi, indépendants de la conquête anglaise, — ce qui leur permit de constituer dans leur triple contrée une vaste unité territoriale, — les Brittons subirent les premiers assauts de l’une et de l’autre, et la seconde les morcela en trois tronçons, dont deux survivent jusqu’à présent, de très inégale importance.

Les Celtes qui peuplaient le sud et le centre de la Grande-Bretagne se désignaient eux-mêmes sous le terme commun de Brittones[13]. Soumis par César comme les Gaulois, mais plus fidèles à leur passé, ils gardèrent leur langue sous la domination romaine, moins forte, d’ailleurs, et plus éphémère dans l’île que sur le continent. La fondation de l’heptarchie anglo-saxonne (ve siècle) les absorba ou les dispersa. La langue des vainqueurs prévalut partout, sauf dans quelques régions montagneuses ou maritimes, où la conquête pénétra peu ou plus tardivement, et où les Celtes demeurèrent maîtres de leurs destinées.

a) La principale de ces forteresses celtiques fut le rude pays de

Galles. Les Celtes qui s’y réfugièrent se nomment eux-mêmes Cymmry « les compatriotes »[14] : d’où le nom de cymrique ou gallois que porte leur langue, dont la difficulté ne doit point être mesurée aux complications de son orthographe[15]. On y distinguera chronologiquement : le vieux-cymrique, qui se confond avec le vieux-breton ; celui du moyen âge, représenté surtout par le recueil de contes dit Mabinogion « les Jeunesses » (XIIe siècle) ; et le gallois actuel, très vivace encore, qui ne cède que bien lentement devant la prépondérance de la langue anglaise.

b) La longue et étroite presqu’île à laquelle sa population valut, comme à la Cornouaille française, le nom de Cornwall, ouvrit au celtique un autre asile. Il y vécut, sous le nom de cornique, jusqu’au siècle dernier[16]. Sa maigre littérature, exclusivement biblique, ne remonte pas au delà du xve siècle ; mais il est connu sous sa forme moyenne, par un vocabulaire du xiiie, qui paraît être la copie d’un original plus ancien. Antérieurement, le vieux-cornique se confond avec le vieux-breton.

c) Même avant la conquête saxonne, des émigrants bretons passèrent la Manche et s’établirent sur le littoral peu peuplé qui faisait face au leur ; plus tard, les Celtes, refoulés vers la mer, affluèrent en plus grand nombre : ainsi s’accomplit la colonisation qui valut à la vieille Armorique son nom actuel de Bretagne, et maintient à l’extrémité occidentale de la France un dialecte celtique, exactement « breton armoricain », usuellement breton tout court. — Sa division chronologique comporte trois stades : vieux-breton, depuis le VIIIe siècle[17], ancêtre commun du cymrique, du cornique et du breton, sans aucune littérature, et se réduisant à une liste de cinq cents mots relevés çà et là dans des gloses de manuscrits latins ; moyen-breton, dont la littérature religieuse part seulement du xive siècle ; et breton moderne, demeuré la langue rurale d’un département français et de la moitié de deux autres. — Géographiquement, le breton se divise en quatre dialectes, qui correspondent aux quatre anciennes provinces épiscopales : trécorois (Tréguier), léonais (Saint-Pol de Léon), cornouaillais (Quimper) et vannetais. Ceux qui parlent l’un quelconque des trois premiers se comprennent entre eux ; mais le breton de Vannes en diffère très notablement.


V. On vient de voir que le cymrique, le cornique et le breton, séparés depuis le ve siècle, sont restés à peu près identiques, ou du moins sans différence appréciable pour nous, jusque vers le xe. Depuis lors, ils ont divergé, mais moins qu’on ne serait tenté de le supposer de prime abord : les relations ont été assez suivies d un bord à l’autre de la Manche ; la terre conquise par le Saxon exécré est demeurée pour le Breton le pays des souvenirs patriotiques et religieux, d’où partent et où se rendent en pèlerinage la plupart des saints qui catéchisent l’Armorique. Ce n’est guère qu’à partir de la fin du moyen âge, que les deux nations, après leur divorce religieux, se voient définitivement emportées, l’une dans l’orbite de la France, l’autre dans celle de l’Angleterre. Il en résulte qu’aujourd’hui encore les idiomes brittoniques se ressemblent beaucoup : non pas, comme on se l’est imaginé, qu’un Breton et un Gallois puissent d’emblée converser ensemble sans préparation, — tant s’en faut ; — mais en ce sens que, abstraction faite des lois phonétiques propres à chacune des trois langues, il serait difficile de signaler dans l’une d’elles une tendance générale ou un fait de structure linguistique qui ne fût point partagé presque à un égal degré par les deux autres. Leur évolution a été parallèle, et leurs divergences phonétiques mêmes n’affectent guère que le vocalisme.

Cependant, s’il importait absolument d’assigner au breton un caractère spécial qui l’isolât dans une certaine mesure de ses congénères, on pourrait peut-être le trouver dans l’extrême fréquence de la métathèse consonnantique. La métathèse se rencontre dans toutes les langues, et de préférence dans les moins cultivées : elle n’a manqué, ni au cymrique, ni surtout, semble-t-il, au cornique ; mais en breton elle foisonne. Dès les premières pages du lexique, on trouvera des formes telles que alan pour *ana(z)l, aṅsaô pour *azanv, beulké pour *beuglé, etc., qui témoignent en faveur d’une sorte d’instabilité consonnantique et de fréquentes « fautes de langage » dans un parler populaire dialectalement morcelé sans qu’aucune littérature centrale intervînt pour le fixer ; et les nombreux doublets du type gwesklé et gloesker « grenouille », gwéstl et gloestr « gage », etc., paraissent bien relever du même principe. On les retrouvera en leur lieu.

Accessoirement, on notera en breton une forte tendance à l’introduction de nasales parasites, surtout dans les mots récents et empruntés, tels que ampart, beṅtonik, diṅs, puṅs, bouṅta, toṅka, et tant d’autres. Dans bien des cas, comme dans ce dernier, il a pu y avoir confusion de deux quasi-homonymes. Mais la généralité de la tendance doit s’expliquer par une cause plus générale, à savoir la chute phonétique de la nasale dans les mots où elle était étymologique : l’existence de doublets dialectaux du type de kréṅv et kréff « fort », klaṅv et klaff « malade », etc., a dû entraîner, par voie de conséquence presque nécessaire, l’insertion fautive de la nasale préconsonnantique dans bien des mots qui ne la comportaient pas et qui, n’étant pas indigènes, se défendaient mal contre cette altération.

À part ces traits, le breton ne se distingue du cornique et du cymrique que par une particularité tout extrinsèque : l’énorme appoint de mots français qu’il a accueillis et naturalisés, avant peut-être et surtout depuis le double mariage d’Anne de Bretagne. Le comble en ce genre est atteint, de nos jours, par ce qu’on pourrait nommer « le breton politicien », langue de journalisme et de profession de foi où, sauf les copules, les désinences grammaticales et de loin en loin quelques mots de la langue usuelle, pas un élément ne relève plus du celtique. Il est superflu de dire qu’un dictionnaire étymologique n’a point à connaître de ces nécessaires mais déplorables néologismes. On ne rencontrera au lexique que les emprunts au français sur lesquels une personne connaissant les deux langues sans en connaître exactement l’histoire serait excusable d’hésiter un instant.


VI. Il serait évidemment excessif de tirer d’un travail aussi parcellaire une conclusion quelconque quant à l’ensemble de l’étymologie celtique. Il est pourtant une remarque qui s’impose : en feuilletant, soit ce lexique brittonique, soit son aîné de quatre ans et sa contrepartie gâdélique, le dictionnaire de M. Macbain, on sera frappé de la fréquence de la mention « Étymologie inconnue ». Ce n’est pas que proportionnellement peut-être elle revienne beaucoup plus souvent que dans un vocabulaire sanscrit, grec, ou surtout latin, dont l’auteur eût religieusement noté ses incertitudes et ses repentirs. Toute étymologie laisse nécessairement un semblable résidu. Lorsqu’il n’est pas imputable à l’imperfection de nos connaissances et de nos moyens d’investigation, il relève d’une circonstance aussi aisée à présumer que difficile à vérifier : le domaine conquis par chacune des peuplades indo-européennes était occupé avant elle par des tribus de race différente ; les Grecs, par exemple, avaient gardé le souvenir de semblables devanciers sous le nom de Pélasges ; et, comme ces autochtones furent partout asservis, nulle part en tout cas complètement anéantis, il est à supposer que quelques mots de leur langue survivent à notre insu dans le langage indo-européen de leurs vainqueurs. Mais ce qui semble exceptionnel dans le celtisme, c’est que, parmi ces mots qui demeurent en l’air, qui ne s’expliquent, ni par l’indo-européen, ni par un emprunt au latin ou au français, à l’anglo-saxon ou à l’anglais, il y en ait beaucoup de fort usuels, qui devaient appartenir à la vie de tous les jours ; — car les mots de ce genre sont généralement indigènes dans chaque langue ; — c’est que des mots comme beûré « matin », bloaz « année », kôz « vieux », sellout « voir », n’aient point du tout de répondant en dehors du celtique, que d’autres comme kenn « peau » n’en aient qu’au prix d’un effort de conjecture plus ou moins plausible, qu’enfin le répondant, s’il se rencontre à coup sûr, n’existe que dans un seul des autres domaines de l’indogermanisme, ce qui interdit d’affirmer qu’il ait vraiment appartenu à l’indo-européen commun. Il est donc à supposer que les Celtes, au moins les Celtes insulaires, se sont trouvés, à un moment donné, dans leur marche d’immigration ou de conquête, en contact avec une nation plus homogène et plus dense que celles qu’ont rencontrées sur leur route les autres envahisseurs de l’Europe, ou bien encore avec une race qui était à peu près leur égale en civilisation[18], qu’ils en ont triomphé et l’ont absorbée, mais non sans y laisser quelque chose de la pureté de leur propre langue, et qu’enfin le celtique commun fut un mélange, à doses fort inégales, mais pourtant encore reconnaissables, des dialectes de ces vainqueurs préhistoriques et de ces vaincus désormais effacés. En un mot, et toutes proportions gardées, bien entendu, la langue de ceux-ci aurait survécu à l’invasion celte comme le latin à la conquête des barbares[19]. Mais c’en est assez sur un secret que le passé nous garde et gardera toujours. La science n’a que faire d’hypothèses qu’elle ne sera jamais en mesure de confirmer ni de réfuter.

    allemand ; puis, si l’on veut, — car la prononciation s’est modifiée d’âge en âge, — dh et gh, comme y du mot yeux, th comme h, bh comme v, et mh comme un v nasal pareil à celui du breton haṅv, leṅv, etc.

  1. On trouvera dans ce lexique un seul mot illyrien (μόναπος), un seul thrace (βρῦτον), un seul macédonien (ἀϐροῦτες), pas un albanais. Le thrace et le macédonien sont des unités trop mal connues pour qu’on puisse songer à les classer. Toutefois on a récemment essayé de rattacher l’albanais au thrace, en le séparant de l’illyrique.
  2. On prononcera : ái et áu gotiques en diphtongues, mais ai et respectivement comme e et o ouverts ; ei, comme i long ; u comme u allemand ; w et th, respectivement, comme w et th anglais (dur). Le reste est sans importance ni difficulté.
  3. On prononcera l’anglo-saxon, non comme l’anglais actuel, mais tel qu’il est écrit, en observant bien les signes de longueur ; toutefois, le c comme k en toute position, l’y comme u français, et le th comme th anglais dur.
  4. On prononcera : ė et o, fermés et longs ; e, ouvert, bref ou long selon l’accentuation ; y comme ī long ; sz et ž, respectivement, comme ch et j français ; c et cz comme ts et tch. L’aigu et le circonflexe sont signes de longueur, mais avec une nuance d’accentuation qui n’est pas brièvement définissable.
  5. On prononcera : e et o, ouverts ; é, fermé et long ; ŭ et ĭ, presque muets (y est une voyelle très difficile à définir) ; ch, comme en allemand ; ž, comme eu lituanien. Les autres signes graphiques ne se rencontreront pas dans ce livre.
  6. Il se peut donc fort bien qu’un mot cymrique ou breton contenant un p soit d’origine celtique ; mais c’est à condition que la forme indo-européenne dont il descend contienne, non un p, mais un q. Au contraire, aucun mot iro-gaélique contenant un p ne saurait être celtique.
  7. Voir notamment, au lexique, les mots hé-, hégar, hen, heṅt, etc.
  8. Dans la France du nord, du moins dans les campagnes reculées, le gaulois paraît s’être maintenu jusqu’au vie et même par delà.
  9. Encore ne nous sont-ils parvenus, pour la plupart, que sous une forme entièrement latinisée. Voir l’index gaulois à la fin du volume.
  10. Toutefois il existe quelques inscriptions gâdéliques, dites ogamiques, qui remontent au paganisme et aux premiers siècles de notre ère ; mais c’est une mince ressource.
  11. On prononcera : les voyelles et diphtongues telles qu’elles sont écrites, mais longues les voyelles accentuées ; c, comme k, devant toute voyelle ; ch, comme en
  12. On prononcera : longues, les voyelles marquées d’un accent grave ; é et ó, longs et fermés ; les diphtongues très fuyantes ; ea, ei et eu à peine diphtongues ; le reste, comme en irlandais.
  13. Dans le nord de l’île (Écosse actuelle), les Pictes, restés toujours insoumis, parlaient un celtique que le critérium du p fait rattacher de plus près au brittonique qu’au gâdélique ; mais on ne possède de ce dialecte que quelques noms propres.
  14. Voir au lexique le mot brô.
  15. Voici les règles essentielles de prononciation : u, intermédiaire entre u et i français ; y, de même, après w, ou dans un monosyllabe, ou en syllabe finale, mais en toute autre position comme e muet faisant syllabe ; w devant voyelle, comme w anglais, mais entre consonnes comme ou français ; c, comme k, en toute position ; ff comme f, et f comme v bilabial ; th et dd, respectivement, comme th anglais dur et doux ; les consonnes suivies d’h, sans sonorité ; ll est presque indéfinissable.
  16. On prononcera le cornique à peu près tel qu’il est écrit, — si l’on peut, car certains mots sont d’aspect assez rébarbatif ; mais cela n’a guère d’importance. — Le dh est un th anglais doux. — Voir au lexique le mot Kerné.
  17. Les mots antérieurs sont tous latinisés.
  18. Selon M. d’Arbois de Jubainville le domaine conquis par les Celtes continentaux l’a été sur les Ligures, population indo-européenne. Cette donnée importante ne nous permet pas néanmoins d’identifier les vocables non-celtiques égarés dans le celte ; car nous ne savons presque rien de la langue des Ligures ; moins encore, de celle des Ibères, que les Ligures avaient supplantés ; et enfin, nous ignorons à quelles peuplades primitives ont eu affaire les Celtes insulaires en envahissant la Grande-Bretagne.
  19. Bien d’autres considérations entrent ici en ligne de compte, et mon excellent confrère M. Duvau m’en confirmait une tout récemment. Seuls de tous les Indo-Européens, tous les Celtes ont la numération vigésimale (br. daou-ugent = 40). Cette particularité leur est commune avec les Français, seuls de tous les peuples romans (quatre-vingts, six-vingts, les Quinze-Vingts) ; et les Français sont aussi les seuls qui habitent un domaine jadis exclusivement celte. Il est donc impossible de ne pas songer à des occupants préhistoriques, non indo-européens, qui, comme aujourd’hui encore les Eskimos par exemple, comptaient par les dix doigts des mains, puis par ceux des pieds, puis recommençaient, et qui auraient légué leur système aux Celtes envahisseurs.