Littérature orale de la Haute-Bretagne/Première partie/II/VI

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Il y avait une fois un prêtre qui ne pouvait s’empêcher de péter en célébrant la messe. Il dit à sa servante :

— Je ne sais ce que j’ai ; à chaque fois que je dis ma messe, je ne fais que péter.

— Il faut, répondit la servante, vous boucher le derrière avec un navet.

Le prêtre suivit le conseil de sa servante, et tout alla bien jusqu’au dernier évangile ; mais, au moment où il se baissait vers l’autel, le navet ne put résister à tous ces pets qui s’étaient accumulés, et il partit avec un grand fracas à travers culotte et soutane. Il était lancé si fortement, qu’en passant au milieu de l’église, il tua deux femmes et défonça la grande porte. Dans la rue du village, il enleva les deux cornes d’un bœuf, assomma trois moutons qui étaient devant une écurie, et je ne sais ce qu’il devint ensuite.

(Conté en juin 1880 par Françoise Dumont, d’Ercé, âgée de vingt ans.)

Cf. Bladé, Joan lou Pèc, conte de l’Armagnac (Paris, Franck). Joan lou Pèc doit mourir au troisième pet de son âne ; aussi il essaie par tous les moyens d’empêcher ce troisième pet ; il va chercher « un pau bien pounchut et l’enfouncéc das un martet dens lou cu de l’ase. Mais l’ase s’enflec tant, e hascouc tant gran effort, que lou pau sourtiscouc coumo uo balo et tuèc lou praube Joan lou Pèc. »

J’ai un conte inédit, où un farceur fait accroire à un bonhomme qu’il mourra au troisième pet de son âne ; il essaie d’empêcher ce pet fatal, qui arrive malgré tous ses efforts, et alors il se croit mort et se couche par terre.

Il y a aussi dans le Moyen de parvenir une histoire assez semblable ; c’est celle de la servante qui « avait mangé des pois. »

Dans un conte inédit de M. Luzel, intitulé : l’Ankou (la mort) et son compère, le compère est parvenu à échapper pendant de longues années à la mort ; mais un jour il rencontre l’Ankou monté sur son chariot, et comme un des chevaux de la mort avait la foire et salissait tous les chemins, il veut le guérir, et finit, après avoir essayé plusieurs remèdes, par lui boucher le derrière avec une pierre qui, lancée avec violence, tue le pauvre compère.