Livre:Proudhon - De la justice dans la Révolution et dans l’Église, tome 3.djvu
| Titre | De la justice dans la Révolution et dans l’Église |
|---|---|
| Volume | Tome troisième |
| Auteur | Pierre-Joseph Proudhon |
| Maison d’édition | Garnier Frères |
| Lieu d’édition | Paris |
| Année d’édition | 1858 |
| Bibliothèque | Internet Archive |
| Fac-similés | djvu |
| Avancement | Terminé |
| Série | I, II, III |
Pages
[Argument. — S’il avait été possible que l’humanité demeurât fidèle à la pensée religieuse par laquelle s’ouvre son existence, malgré l’accumulation de ses découvertes, le progrès de son industrie, les évolutions de la politique, elle aurait vécu dans un état de décadence non interrompue ; comme l’enfant scrofuleux, elle serait née pour pourrir ; sa destinée, hideusement pervertie, aurait été une longue décomposition. Il y a de cela une triple cause : 1o L’homme, en vertu de sa religion, incrédule à lui-même, n’a de foi qu’en la Divinité, ce qui fausse en lui et bientôt arrête le mouvement de la justice ; 2o En vertu de la même religion, il suit l’idéal plutôt que le droit, et se perd par l’idolâtrie et la débauche ; 3o La société, toujours par l’effet de ce culte, conçoit une idée fausse de sa destinée, qu’elle assimile à celle des existences inférieures ; en sorte que, comme sa pensée est tournée vers la mort, ses institutions et sa tendance l’y poussent fatalement. Et l’histoire prouve que telle en effet, ou peu s’en faut, a été jusqu’ici la vie de l’humanité : cette vie n’est pas précisément continue, elle se compose d’une suite d’existences collectives placées bout à bout, se transmettant de l’une à l’autre le flambeau de la civilisation, mais qui toutes finissent misérablement, comme si elles n’avaient reçu de force vitale que ce qu’il en faut pour traîner plus ou moins longtemps leur agonie.
La Révolution, en nous apprenant à déduire de la théorie de la Justice et de la Liberté la théorie du Progrès, met un terme à ce désespoir. Elle démontre, par la logique et par les faits, que si la vertu propre de l’âme, si la joie de la conscience, par suite l’éclat du génie, ont subi, sous l’influence de la tristesse religieuse, une longue éclipse, cette éclipse touche à sa fin, et que des succès plus grands, une félicité supérieure, nous attendent.]
[Argument. — Tout révèle dans le mariage une institution qui a pour but de subordonner l’amour à la Justice, conformément à la théorie de la perfectibilité, et de faire de cette passion, essentiellement idéaliste, l’auxiliaire le plus puissant de la conscience, partant le moyen le plus énergique du Progrès. Comment se fait-il que la Religion, en sanctifiant le mariage, n’ait pas su en conserver la dignité, à ce point que l’institution n’a cessé de déchoir, tant au for intérieur qu’au for extérieur ; que le mariage chrétien est resté inférieur au mariage païen, et que l’Église a toujours confondu l’union légitime avec l’union concubinaire ? Comment se fait-il qu’à force de diviniser l’amour, le mysticisme des théologiens, aussi bien que la spéculation des philosophes, le pousse à la plus infâme corruption ?]
[Argument. — Toutes les religions ont méconnu le caractère de la femme : d’abord, elles l’ont injuriée ; puis elles l’ont exaltée outre mesure, et lui ont promis une destinée égale, sinon supérieure, à celle de l’homme. Que signifie cette contradiction ? C’est que la Religion, prenant pour elle-même la mission de la femme, qui est de porter l’homme à la Justice par l’attrait de la Beauté, n’a plus su ensuite que faire de la femme ; que, la considérant en dehors de sa destinée, elle devait trouver en elle un être impur et sans objet, à qui, dès lors, elle n’avait à proposer que des noces célestes et la gloire de l’autre vie.
La Révolution, après avoir réfuté l’utopie platonique et chrétienne de l’égalité des sexes, donne la théorie du mariage, discipline l’amour, rétablit la femme dans son rôle, et lui dit : Reine de grâce, monte sur l’autel.]
[Argument. — La Religion, n’ayant pas de morale, n’a pas non plus de sanction morale ; elle ne sait même pas ce que veut dire ici le mot sanction. Bien loin qu’avec ses récompenses et ses châtiments elle encourage les bons et épouvante les méchants, elle peut se vanter d’avoir réhabilité le crime et déshonoré le supplice. — Aperçu des effets contraires de la bonne et de la mauvaise conscience, dans l’individu, la famille, la cité ; dans l’économie publique, le gouvernement. Théorie révolutionnaire de la solidarité juridique et du droit pénal ; cessation du régicide ; constitution de la philosophie et solution du problème de la certitude.]