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Livre des faits du bon messire Jean le Maingre, dit Bouciquaut/Partie II/Chapitre XXX

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PARTIE II.

CHAPITRE XXX.

Comment les Vénitiens s’envoyèrent excuser envers le roy de ce que ils avoyent fait.

Après ces choses, les Vénitiens qui doublèrent la male-grâce du roy de France et des princes françois, pour l’achoison de ce qu’ils avoient faict, et dont les François avoient tenus prisonniers, pour eulx excuser envoyèrent leurs ambassadeurs devers le roy, qui portoient lettres de la seigneurie de Venise avec leur créance. Par ces lettres et ambassadeurs se envoyoient moult excuser de ce faict, disant : que le mareschal leur avoit fait trop grand tort et dommaige à Barut, et pris leurs biens et marchandises ; et avec ce, quand s’en venoient vers luy pour luy dire et remonstrer aimablement, et prier que restitution leur fist de leurs biens, que il leur courut sus, et premier les assaillit. Et eulx comme contrains se mirent en défence : pour laquelle chose Dieu leur avoit donné la victoire, si comme il apparust. Et pource ne leur debvoit sçavoir le roy, ni nosseigneurs, nul mauvais gré. Telles choses et assez d’autres mensongères pour leur excuse dirent au roy et à nosseigneurs ; mais n’en furent pourtant crus, ne grand foy on n’y adjousta. Et ainsi s’en allèrent à petite chère, et à froide response. Le mareschal qui par ses amis de par deçà entendit ceste nouvelle, lesquels luy avoyent envoyé la coppie des lettres que on avoit apportées au roy, en fut tant fasché que plus ne se peut, et lors luy sembla bien avoir achoison de mouvoir noise et débat comme il désiroit aux Vénitiens. Et pour celle cause, et pour monstrer leur tort et mensonge, leur escripvit les lettres qui cy après s’ensuivent, auxquelles les Vénitiens n’osèrent oncques faire response. Et vrayement comme en armes il démonstroit sa vaillance, et au gouvernement sa prudence, pareillement en escripture apparoissoit son sçavoir au contenu d’icelles, lesquelles par luy sans autre furent dictées, si bien, et en si bel et notable style, comme on peut voir, et comme nul clerc rhétoricien pourroit faire, selon le langaige plain et bien ordonné de quoy on doibt user au devis du fait d’armes. Si pouvons conclure par ce qu’il nous appert, iceluy mareschal estre ès grâces comprises en sens et faits vaillans tout remply.