Lotus de la bonne loi/Appendice 18
Librairie orientale et américaine (coll. Bibliothèque orientiale, t. IX-X), (Tome I. Traduction et notes ; Tome II. Appendice (mémoires annexes), p. 842-848).
Les noms des six montagnes énumérées dans le passage auquel se rapporte la présente note ne me paraissent pas offrir une disposition systématique, et il est probable que ces montagnes ont été rappelées ici, les unes à cause de leur hauteur ou de la nature de leurs productions, les autres à cause de la place quelles occupent dans le système de la terre, tel que se le représentent les Buddhistes. Les trois premières de ces montagnes, le Kâlaparvata, le Mutchilinda et le Mahâmutchilinda, sont bien moins fréquemment citées que les trois suivantes, le Mêru, le Tchakravâla et le Mahâtchakravâla, lesquelles tiennent à la configuration même de la terre. Quoique plusieurs auteurs, comme Buchanan Hamilton, Joinville, A. Rémusat et autres se soient occupés déjà de la manière dont les Buddhistes décrivent la surface de la terre, je crois indispensable de reprendre ce sujet en peu de mots, ne fût-ce que pour représenter plus exactement les termes qui figurent dans leurs descriptions, et pour bannir de ce sujet quelques dénominations fautives qui tendent à y perpétuer des inexactitudes que les lecteurs qui n’ont pas accès aux textes ne sont pas toujours en mesure de corriger.
On sait que le monde habitable se compose, selon les Buddhistes, d’un ensemble de montagnes, de mers et d’îles, que l’on se représente de la manière suivante. Au centre s’élève le Mêru, la plus haute de toutes les montagnes, c’est le Mêru parvata du texte du Lotus, le Mien-mo des Barmans, en un mot le Mêru des Brâhmanes, auxquels les Buddhistes en ont emprunté la notion. Concentriquement à la masse du Mêru qui plonge dans la mer à une profondeur égale à la hauteur de la partie qui en sort, se développent sept chaînes de montagnes qui vont en décroissant d’élévation à mesure qu’elles s’éloignent de la montagne centrale. Ces chaînes, qui sont séparées les unes des autres par des eaux plus ou moins profondes, se nomment successivement et à partir du Mêru, comme il suit, Yugam̃dhara, Îchadhara, Karavîka, Sudassana, Nemim̃dhara, Vinataka, Açvakarṇa. J’emprunte ces dénominations à Joinville, qui les donne d’après l’orthographe singhalaise, qu’il est très-aisé de rétablir en sanscrit ; je vais d’ailleurs y revenir dans un instant[1]. Au delà de ces sept rangées de montagnes s’étend une vaste mer beaucoup plus profonde que les sept courants d’eau qui séparent ces chaînes les unes des autres. C’est dans cette mer et aux quatre points cardinaux pris à partir du Mêru, que sont situées les quatre grandes îles bien connues ; l’île ou continent méridional nommé Djambudvîpa, est, aux yeux des Buddhistes, la terre même qu’ils habitent. Cet immense amas d’eau est à son tour renfermé dans une enceinte circulaire de hautes montagnes qui a le nom de Tchakravâla en sanscrit, et de Tchakkavâla en pâli. Un commentateur singhalais, celui du Djina alam̃kâra, fait remarquer que c’est Tchakravâṭa qu’il faudrait lire, parce que le mot est composé de Tchakra, « roue, » et de vâṭa, « enceinte, » un Tchakravâṭa étant une enceinte circulaire ressemblant à un puits de forme ronde, mais que l’usage a prévalu de dire Tchakkavâḷa[2] ; aussi se sert-il à dessein de la liquide ḷ, propre au pâli et destinée à représenter un ṭ ou un ḍ primitif. Cette règle d’orthographe n’est cependant pas très-strictement suivie par les copistes, et on trouve d’ordinaire le mot écrit en pâli, Tchakkavâla avec un l simple, et en sanscrit, Tchakravâla, comme dans notre Lotus et dans le Dictionnaire de Wilson, où sont notées les deux leçons Tchakravâla et Tchakravâḍa. Cette dernière orthographe forme le passage du Tchakravâṭa primitif et régulier au Tchakravâla vulgaire, orthographe que je suivrai désormais. Les deux formes se trouvent également dans l’Amarakôcha, où elles n’ont d’autre signification que celle d’horizon visible, signification qui n’est qu’une partie de l’acception plus compréhensive de ce terme selon les Buddhistes[3]. Turnour traduit ce mot à peu près de même : « le cercle ou la limite de l’univers[4] ; » mais les Singhalais, d’après Upham, y voient plus exactement la montagne qui entoure la terre avec la mer qui en est la limite[5]. La dénomination pâlie de Tchakkavâla s’est adoucie chez les Singhalais en Sakwalla, mot qu’ils traduisent ordinairement par « le monde[6]. » Et dans le fait, un Tchakravâla est un monde véritable tel que se le représentent les Buddhistes, avec son Mêru, ses montagnes concentriques, sa grande mer, ses quatre îles ou continents et ses îles secondaires.
Je n’ai pas encore trouvé, dans les textes qui sont à ma disposition, le moyen de distinguer les deux ordres de montagnes citées par notre Lotus, le Tchakravâla parvata et le Mahâtchakravâla parvata. Deshauterayes est, à ma connaissance, le seul auteur qui nous fournisse une allusion directe à cette division de deux Tchakravâla, l’un ordinaire, l’autre grand, quand il dit que le monde habitable est entouré par une enceinte que l’on nomme « la petite clôture de Fer, » au delà de laquelle est placée une seconde enceinte plus vaste que l’on nomme « la grande clôture de Fer[7]. » Peut-être cette grande clôture est-elle celle qu’on pourrait supposer entourant la réunion de plusieurs Tchakravâla ; car on sait que les Buddhistes croient à l’existence d’un nombre infini de ces systèmes qui sont juxtaposés dans l’espace et se touchent chacun par six points de leur circonférence. On groupe ces Tchakravâla pour en former des univers plus ou moins étendus, selon le nombre des terres qu’ils embrassent. Ainsi Turnour, citant un passage de Buddhaghôsa, parle des cent Tchâkravâla dont cet univers périssable est composé[8]. Je ne me souviens pas d’avoir vu ailleurs l’indication d’une réunion de terres exprimée par un chiffre aussi peu élevé ; au contraire, les dénominations d’un millier, de deux, de trois milliers de mondes, sont très-fréquentes chez les Buddhistes, et en particulier chez ceux du Nord. Peut-être le passage de Buddhaghôsa cité par Turnour porte-t-il, par erreur, cent au lieu de mille. Quoi qu’il en soit, le nombre le plus considérable que j’aie rencontré jusqu’ici dans les livres du Sud, pour lesquels Buddhaghôsa fait autorité, est celui de cent mille kôṭis ou cent mille fois dix millions de Tchakravâla : c’est là le nombre de terres qui périt dans le bouleversement final du monde[9]. Je dis le nombre fini, car les Buddhistes admettent, comme je le remarquais tout à l’heure, une infinité de Tchakravâla ; c’est ce que nous apprend d’une manière positive l’Atthasâlinî dans ce passage : « Il y a quatre choses qui sont infinies : l’espace est infini, les Tchakravâlas sont infinis, la masse des êtres est infinie, la science du Buddha est infinie[10]. »
L’enceinte du Tchakravâla se rattache par sa base aux fondements du mont Mêru, qui sont formés d’une masse énorme de pierre, silâpathavî, sur laquelle repose la terre proprement dite, nommée pam̃supathavî. Aussi le commentateur précité du Djina compare-t-il un monde entouré du Tchakravâla à un immense vaisseau circulaire dont le mont Mêru serait le mât. Il n’y a pas le moindre interstice entre la base du Mêru et celle de l’enceinte ; autrement les eaux inférieures pénétreraient dans l’intérieur du vaisseau et le feraient couler à fond. Ces eaux inférieures sur lesquelles la terre est soutenue en équilibre ne doivent pas être confondues avec les courants qui séparent les sept montagnes les unes des autres, non plus qu’avec la grande mer à la surface de laquelle reposent les quatre Dvîpas ou continents. Ces deux derniers systèmes d’eaux sont renfermés à l’intérieur du Tchakravâla, tandis que les eaux inférieures forment, selon les Buddhistes, une masse bien plus considérable, et d’une profondeur suffisante pour que les innombrables terres dont ils imaginent l’existence puissent y être portées sans s’y enfoncer.
Maintenant que nous avons fait le tour d’un monde, revenons aux chaînes de montagnes concentriques au Mêru dont nous avons parlé en commençant. J’en ai donné l’énumération dans l’ordre où les présente Joinville, d’après les Singhalais, et je l’ai fait avec d’autant plus de confiance : que cet ordre est celui-là même que suit Buddhaghôsa dans son Visuddhi magga, à en croire du moins le commentaire du Djina alam̃kâra. Il paraîtrait cependant qu’il existe quelques divergences parmi les Buddhistes du Sud, touchant l’ordre dans lequel on doit se les représenter placées à l’égard du Mêru. La trace d’une de ces divergences se trouve dans le commentaire que je viens de citer ; voici comment et à quelle occasion. Le Visuddhi magga de Buddhaghôsa, qui jouit chez les Buddhistes de Ceylan d’une autorité presque égale à celle des livres canoniques, donne une énumération des sept chaînes de montagnes entourant le Mêru, qui n’est pas d’accord, quant à la disposition, avec une autre énumération exposée par le Nêmi djâtaka, légende mythologique que l’on regarde très-probablement à tort, comme émanée de la prédication même de Çâkyamuni. L’auteur du Djina alamkâra, frappé de cette divergence, propose de concilier comme il suit ces deux textes opposés :
« Les montagnes [concentriques au Mêru] sont le Yugam̃dhara, l’Îsadhara, le Karavîka, le Sudassana, le Nêmim̃idhara, le Vinataka et l’Assakañña. Voilà l’énumération qu’on trouve dans le Visuddhi magga [de Buddhaghôsa], et dans divers passages de l’Atthakathâ (commentaire des livres canoniques). Mais Bhagavat, doué de science et de vue, Bhagavat, le vénérable, le Buddha parfaitement accompli, enseignant le Nimi djâtaka[11], fait exposer par Mâtali, que le roi Nêmi venait d’interroger, [une autre énumération] qui doit être d’accord avec la science du Buddha. En effet, le Nêmi djâtaka s’exprime ainsi dans le style en usage pendant la période de création où nous vivons :
« Monté sur le char divin traîné par mille chevaux, le grand roi vit en s’avançant les montagnes placées au milieu de la Sîta. À cette vue, il s’adressa ainsi à l’écuyer : Quel est le nom de ces montagnes ? Ainsi interrogé par le roi Nêmi, Mâtali, l’écuyer, lui répondit : Ce sont le Sudassana, le Karavîka, l’Îsadhara, le Yugam̃dhara, le Nêmim̃dhara ; le Vinataka et l’Assakañña. Ces montagnes que tu vois, placées au milieu de la Sîtâ et que je viens d’énumérer dans leur ordre, servent de demeure aux Mahârâdjâs[12].
« Maintenant Bhagavat a enseigné cette dernière énumération au milieu des quatre Assemblées. Ceux qui, dans les conciles, ont recueilli son enseignement, l’ont ainsi répétée à leur tour. Voilà donc un texte avec lequel le Visuddhi magga et l’Atthakathâ ne se concilient pas et sont en désaccord. Or, avec les hommes comme ils sont faits, si les textes et les commentaires, qui ressemblent à de pures, affirmations traditionnelles, sont ainsi en contradiction les uns avec les autres, comment l’enseignement de la vérité subtile et profonde pourra-t-il obtenir créance ? Un sujet comme celui-là sera, aux yeux de beaucoup, une cause d’incrédulité qui s’étendra même à tous les autres cas. À cette observation, voici ce qu’on répond. Ceci n’est pas une question de tradition, mais bien un point qu’il appartient à la logique de trancher. Je suis le maître nommé Buddha rakkhita, et je me sens la force de concilier, selon leur sens véritable et le texte sacré et le commentaire. Comment ? [Le voici] :
« Quand Mâtali, ayant emmené le roi Nêmi, était occupé à lui montrer l’enfer, Sanxa, le roi des Dêvas, ayant dit : Pourquoi Mâtali tarde-t-il tant ? envoya vers lui un fils des Dêvas, Djavana, qui, ayant pris un char, le dirigea du côté du roi qui s’avançait à travers le ciel, dans la direction du monde des Dêvas. Quand Djavana fut arrivé, le roi, regardant en avant et en arrière ce char qui avait l’étendue de la montagne Sudassana, vit les montagnes placées successivement les unes au delà des autres et demanda à Mâtali quelles étaient ces montagnes. Celle qui se nomme Sudassana est située au milieu des sept montagnes. Mâtali commençant par le Sudassana et poursuivant l’énumération en avant, dit leur nom dans l’ordre inverse de leur position véritable, de cette manière : le Sudassana, le Karavîka, l’Îsadhara et le Yugam̃dhara. Puis énumérant, à partir de ce point, les autres montagnes plus rapprochées, il dit leur nom dans l’ordre direct de leur position, de cette manière : le Nêmimdhara, le Vinataka, l’Assakaṇṇa, montagne immense. Maintenant Bhagavat, exposant le Nêmi djâtaka, ainsi qu’il a été dit plus haut, s’est exprimé lui-même de la même manière [que Mâtali]. Dans le Visuddhi magga, au contraire, la stance commence par Yugam̃dhara, pour faire l’énumération dans l’ordre régulier, en parlant de l’intérieur. C’est de cette manière que le texte du Nêmi djâtaka, et que le récit du Visuddhi magga, malgré leur divergence, se concilient et s’accordent, comme l’eau de la Yamunâ se mêle avec celle de la Gangâ[13]. »
Cet essai de conciliation de deux autorités également respectables est certainement ingénieux pour un Buddhiste ; mais nous qui ne sommes pas arrêtés par les mêmes scrupules que Buddha rakkhita, nous pourrons dire que l’énumération du Nêmi djâtaka, ouvrage écrit en vers, a été modifiée pour le besoin de la forme métrique sous laquelle elle se présente. Si cette observation ne paraissait pas assez concluante, on aurait à se demander si les deux énumérations n’appartiendraient pas à des époques, ou seulement à des classifications différentes. Des textes plus nombreux et plus explicites que ceux qui sont entre mes mains résoudraient sans doute ces difficultés ; quant à présent, je me contenterai de remarquer que les Buddhistes chinois connaissent en partie la classification des Singhalais, attribuée à Buddhaghôsa. J’en trouve la preuve dans le Mémoire d’Abel Rémusat sur la cosmogonie buddhique, où les noms des sept chaînes concentriques au Mêru sont traduits d’après les livres chinois[14].
La première de ces sept chaînes, en commençant par la moins élevée, c’est-à-dire par la plus éloignée du Mêru, est « la montagne qui borne la terre. » Cette définition s’applique certainement à la chaîne des Tchakravâla ; mais il y a inexactitude, au moins d’après les Singhalais, à compter les Tchakravâla au nombre des sept chaînes concentriques au Mêru ; car cette disposition laisserait les quatre îles en dehors de l’enceinte du monde, et je ne pense pas que cela puisse être admis. La seconde montagne est « celle des obstacles ; » je ne trouve ce sens à aucune des dénominations sanscrites par lesquelles sont désignées les sept chaînes : il se pourrait cependant que les Chinois aient lu Vinâyaka, « obstacle, » au lieu de Vinataka, qui signifie au propre « la montagne inclinée ou courbée. » Ce qui semblerait justifier cette supposition, c’est que la liste de M. Rémusat déplace « la montagne de l’Oreille de cheval, » en la mettant la troisième, au lieu d’en faire la seconde, comme cela serait nécessaire dans la supposition que la ceinture des Tchakravala dût compter comme la première. La montagne de l’Oreille de cheval, placée ainsi à tort au second rang, est l’Assakaṇṇa des Buddhistes du Sud. L’énumération de M. Rémusat donne le quatrième rang à « la montagne Belle à voir, » laquelle est exactement le Sudassana de nos listes ; mais nous signalons encore ici un dérangement de l’ordre de la liste singhalaise, en ce que le Nêmim̃dhara est placé par les Chinois après le Sudassana, au lieu de l’être avant, comme le disent les Singhalais. La cinquième rangée est « la montagne du Santal, » dont je ne retrouve pas le nom dans la liste singhalaise, à moins que karavika ne soit un des noms du santal ; quant à présent, je ne connais pour karavî que le sens de « feuille de l’assa fœtida. » La sixième chaîne des Chinois est « la montagne de l’Essieu ; » c’est probablement l’Isadhara de la liste singhalaise, en sanscrit îchâdhara, « ce qui porte la flèche ou l’essieu ; » le nom et la position conviennent dans l’une et dans l’autre liste. La septième chaîne est « la montagne qui retient ou qui sert d’appui, ou la « montagne à double soutien ; » c’est le Yugam̃dhara, malgré le vague de la version chinoise, le sanscrit Yugam̃dhara signifiant la partie de la flèche d’un char où s’attache le joug. La liste chinoise omet Nêmim̃dhara, qui occupe le troisième rang dans la liste singhalaise et qui signifie « ce qui soutient la jante, » sans doute pour dire les rayes ; c’est probablement par suite de cette omission que, pour rétablir le nombre classique de sept chaînes de montagnes, M. Rémusat a ouvert sa liste par le nom de la chaîne la plus extérieure, celle des monts qui entourent une terre, et qui, si elle était comptée par rapport au centre qui est le Merû, devrait former un huitième cercle. Malgré ces divergences, entre la liste des Singhalais et celle des Chinois, il me paraît à peu près certain que la seconde a été en grande partie calquée sur la première.
Il existe une autre énumération des grandes montagnes répandues sur la terre, qui est connue des Buddhistes du Nord et des Chinois. Elle répète quelques-uns des noms de l’énumération précédente ; mais elle ne paraît pas avoir un caractère aussi cosmologique, si je puis me servir de ce mot, que celle des sept chaînes concentriques au Mêru. Je l’emprunte à un livre de quelque célébrité chez les Buddhistes du Népâl, le Daça bhûmîçvara : « Par exemple, ô fils de Djina, on connaît sur la grande terre dix rois des montagnes produisant de grandes choses précieuses, savoir, le Himavat, roi des montagnes, le Gandhamâdana, le Vâipulya, le Rĭchîgiri, le Yugam̃dhara, l’Açvakarṇagiri, le Nêmim̃dhara, le Tchakravâḍa, le Kêtumat et le Sumêrû, le grand roi des montagnes[15]. »
M. Rémusat connaissait également, d’après les Chinois, une énumération pareille de dix montagnes, qui est identique avec celle des Népâlais ; la voici avec les rectifications nécessaires : 1o les montagnes de Neige ou le Himalaya, c’est le Himavat de notre liste ; 2o les montagnes des Parfums, c’est notre Gandhamâdana ; 3o la montagne Pi tho li, qui doit répondre à notre Vâipulya ; mais je soupçonne la présence d’une faute dans le manuscrit du Daça bhûmîçvara, et je préférerais lire Vâidulya, « la montagne qui produit le lapis-lazuli ; » 4o la montagne des Génies, c’est notre Rĭchigiri ; 5o la montagne leou lian tho, ou notre Yugam̃dhara ; 6o le mont de l’Oreille de cheval, notre Açvakarṇagiri ; 7o le mont Ni min tho lo, ou « le Soutien des limites, » notre Nêmim̃dhara ; 8o le mont Tchakra ou « la Roue, » notre Tchakravâḍa, où l’on remarquera l’orthographe ancienne déjà signalée plus haut ; 9o le mont Ki tou mo ti, notre Kêtumat ; 10o et enfin le Sumêru, qui termine également la liste du Daça bhûmîçvara. Il y a très-probablement dans cette énumération un mélange de conceptions fabuleuses et de notions plus ou moins vagues, résultant d’une connaissance imparfaite de la grande chaîne des monts Himâlayas.
- ↑ Joinville, On the Religion and Manners of the people of Ceylon, dans Asiat. Res. t. VII, p. 408 et suiv. Conf. Buchanan Hamilton, On the Religion and Literature of the Burmas, dans Asiat. Res. t. VI, p. 174 et suiv. et Sangermano, Descript. of the Barmese Empire, p. 3 ; J. Low, On Buddha, dans Transact. Roy. Asiat. Soc., t. III, p. 78 note 1.
- ↑ Djina Alam̃kâra, f. 30 a.
- ↑ Amarakocha, liv. I, chap. i, sect. ii, p. 15, éd. Loiseleur.
- ↑ Mahâwanso, index, p. 4, texte, p. 114.
- ↑ The Mahâvansi, etc. t. III, p. 8.
- ↑ Ibid. t. III, p. 21.
- ↑ Journ. asiat. t. VIII, p. 80.
- ↑ Examin. of pâli Buddh. Annals, dans Journal as. Soc. of Bengal, t. VII, p. 792.
- ↑ Djina alam̃kâra, f. 30 a.
- ↑ Atthasâlini, man. de la Bibl. nat. f. tya recto.
- ↑ C’est de cette façon que le Djina alam̃kâra écrit plusieurs fois le titre de ce djâtaka : mais l’ouvrage lui-même, dont la Bibliothèque nationale possède un exemplaire en pâli et en barman, porte le titre de Nêmi ; et tel doit être en réalité le vrai titre, car c’est par allusion à la jante d’une roue que le roi Nêmi passe pour avoir reçu le nom qu’il porte. J’ai rétabli cette orthographe dans la traduction du morceau cité. Nimi est d’ailleurs le nom d’un roi différent de Nêmi.
- ↑ Nêmi djâtaka, man. de la Bibl. nat., f. 54 b, et 55 a, et de ma copie, p. 364 et suiv.
- ↑ Djina alamkâra, f. 32 a. Le texte de l’ouvrage précité ajoute, ce qui suit : « Quant à ce qui est écrit dans le récit du Nêmi djâtaka : la montagne nommée Sudassana est la plus extérieure de toutes, cela doit être envisagé comme ayant été écrit ainsi par oubli de mémoire. » Je n’ai pas pu terminer la discussion critique de Buddha rakkhita par cette phrase, par la raison que le passage du Nêmi qui y donne lieu manque dans l’exemplaire de la Bibliothèque nationale ; mais peut-être cet exemplaire aura-t-il été corrigé par quelque lecteur désireux de le mettre d’accord avec le texte du Visuddhi magga. Aussi n’ai-je pas cru pouvoir me dispenser de l’indiquer en note.
- ↑ Essai sur la cosmographie et la cosmogonie des Bouddhistes, dans Mélanges posthumes, p. 80.
- ↑ Daça bhûmîçvara, f. 127 b.