Lotus de la bonne loi/Chapitre 26

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Lotus de la bonne loi
Version du soutra du lotus traduite directement à partir de l’original indien en sanscrit.
Traduction par Eugène Burnouf .
Librairie orientale et americaine (pp. 276-281).
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CHAPITRE XXVI.

SATISFACTION DE SAMANTABHADRA.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra, qui se trouvait à l’orient, entouré, suivi par des Bôdhisattvas Mahâsattvas qui dépassaient tout calcul, au milieu du tremblement des terres de Buddha, à travers une pluie de fleurs de lotus accompagnée du bruit de cent mille myriades de kôtis d’instruments, s’avançant avec la grande puissance des Bôdhisattvas, avec leur grande facilité à se transformer, avec leur grand pouvoir surnaturel, avec leur grande magnanimité, avec leurs grandes facultés, avec le grand éclat de leur visage resplendissant, avec leur grand véhicule, avec leur grande force à produire des miracles, Samantabhadra, dis-je, entouré, suivi par de grandes troupes de Dêvas, de Nâgas, de Yakchas, de Gandharvas, d’Asuras, de Kinnaras, de Mahôragas, d’hommes et d’êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, au milieu d’une foule de miracles, produits par sa puissance surnaturelle et que la pensée ne pourrait concevoir, se rendit dans l’univers Saha ; et après s’être dirigé vers le lieu où est situé Gridhrakûta le roi des montagnes, et où se trouvait Bhagavat, après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds de Bhagavat, et avoir tourné sept fois autour de lui en le laissant sur sa droite, il lui parla ainsi : J’arrive ici, ô Bhagavat, de la terre de Buddha du bienheureux Tathâgata Ratnatédjôbhyudgatarâdja, sachant qu’ici, ô Bhagavat, dans cet univers Saha, a lieu l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi ; je suis venu ici pour l’entendre, en présence du bienheureux Tathâgata Çâkyamuni. Et toutes ces centaines de mille de Bôdhisattvas, ô Bhagavat, sont venues également pour entendre cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Que Bhagavat consente donc à l’enseigner ; que le Tathâgata, vénérable, etc., explique en détail cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi aux Bôdhisattvas Mahâsattvas. Cela dit, Bhagavat parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra : Ces Bôdhisattvas, ô fils de famille, sont intelligents, mais cependant cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi est comme la vérité indivisible. Les Bôdhisattvas répondirent : C’est cela, ô Bhagavat, c’est cela, ô Sugata. Alors, pour établir dans cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi les Religieux et les fidèles des deux sexes qui se trouvaient réunis dans cette assemblée, Bhagavat parla de nouveau ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra : Cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, ô fils de famille, ne tombera dans les mains d’une femme que si celle-ci est douée de quatre conditions. Et quelles sont ces quatre conditions ? C’est qu’elle recevra la bénédiction des bienheureux Buddhas ; qu’elle fera croître les racines de vertu qui seront en elle ; qu’elle sera établie sur l’amas de la certitude ; qu’elle concevra l’idée de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, dans le dessein de sauver tous les êtres. Ce sont là, ô fils de famille, les quatre conditions dont devra être douée la femme à laquelle sera confiée cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra parla ainsi à Bhagavat : Je veillerai, ô Bhagavat, à la fin des temps, dans la dernière période, dans les cinq cents dernières années [du Kalpa], sur les Religieux qui posséderont ce Sûtra ; j’assurerai leur sécurité ; je les protégerai contre le bâton et contre le poison, de sorte qu’aucun de ceux qui chercheront l’occasion de surprendre ces interprètes de la loi, ne puisse y parvenir, et que Mâra le pêcheur, voulant les surprendre, ne puisse y réussir, non plus que les fils de Mâra, ni les Mârakâyikas, fils des Dêvas, ni les serviteurs de Mâra ; de sorte qu’ils ne soient plus entourés de Mâras ; de sorte que ni les fils des Dêvas, ni les Yakchas, ni les Prêtas, ni les Putanâs, ni les Krityas, ni les Vêtâlas désirant, cherchant l’occasion de surprendre ces interprètes de la loi, ne puissent y parvenir. Je garderai, ô Bhagavat, toujours, sans cesse, dans tous les temps, un tel interprète de la loi. Et quand cet interprète de la loi, après avoir dirigé l’application de son esprit sur cette exposition de la loi, sera occupé à se promener, alors, ô Bhagavat, je m’avancerai à sa rencontre, porté sur un éléphant de couleur blanche et armé de six dents ; je me dirigerai, entouré d’une troupe de Bôdhisattvas, vers l’endroit où se promènera cet interprète de la loi, afin de garder cette exposition de la loi. De plus, si pendant que cet interprète de la loi dirigera l’application de son esprit sur cette exposition de la loi, il venait à en laisser échapper ne fût-ce qu’un seul mot ou qu’une seule lettre, alors monté sur ce roi des éléphants, de couleur blanche et armé de six dents, me montrant face à face à cet interprète de la loi, je prononcerai de nouveau cette exposition de la loi dans son entier. Et cet interprète de la loi m’ayant vu, et ayant entendu de ma bouche cette exposition de la loi dans son entier, satisfait, ravi, l’âme transportée, plein de joie, de satisfaction et de plaisir, acquerra une grande force dans cette exposition de la loi ; et aussitôt qu’il me verra, il obtiendra la méditation. Et il sera en possession des formules magiques nommées l’Accumulation des formules magiques, l’Accumulation de cent mille kôtis, et l’Habileté dans tous les sons. Si à la fin des temps dans la dernière période, pendant les cinq cents dernières années [du Kalpa], ô Bhagavat, des Religieux ou des fidèles de l’un ou de l’autre sexe, possédant, écrivant, recherchant, récitant ainsi cette exposition de la loi, s’appliquaient, en se promenant trois fois sept, ou vingt et un jours, à cette exposition de la loi, je leur montrerai mon propre corps dont la vue est agréable à tous les êtres. Monté sur un éléphant de couleur blanche et armé de six dents, environné d’une foule de Bôdhisattvas, je me rendrai, le vingt et unième jour, au lieu où se promènent les interprètes de la loi, et y étant arrivé, j’instruirai ces interprètes de la loi je leur ferai accepter l’enseignement, je les exciterai, je les remplirai de joie, et je leur donnerai des formules magiques, de sorte que ces interprètes de la loi ne pourront être opprimés par personne ; de sorte qu’aucun être, soit parmi les hommes, soit parmi ceux qui n’appartiennent pas à l’espèce humaine, ne trouvera l’occasion de les surprendre, et que les femmes ne pourront les entraîner. Je veillerai sur eux ; j’assurerai leur sécurité, je les protégerai contre le bâton et contre le poison. Et je donnerai à ces prédicateurs de la loi les paroles des formules magiques ; écoute quelles sont les paroles de ces formules :

(Phrase en sanscrit, la formule est gardée secrète)

Ce sont là, ô Bhagavat, les mots des formules magiques. Le Bôdhisattva, ô Bhagavat, dont l’ouïe sera frappée de ces formules magiques, devra reconnaître que c’est la bénédiction du Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra [qu’il vient d’entendre]. Et les Bôdhisattvas Mahâsattvas dans les mains desquels tombera cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, ô Bhagavat, pendant qu’elle se trouvera dans le Djambudvîpa, ces Bôdhisattvas, dis-je, interprètes de la loi, devront reconnaître ce qui suit : Oui, c’est grâce à la puissance et à la splendeur du Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra que cette exposition de la loi est tombée dans nos mains. Les êtres, ô Bhagavat, qui écriront et qui posséderont ce Sûtra, acquerront la conduite du Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra ; ils deviendront de ceux qui auront fait croître, sous beaucoup de Buddhas, les racines de vertu qui étaient en eux, de ceux dont le Tathâgata essuie le front avec sa main. Ces êtres, ô Bhagavat, feront une chose qui m’est agréable. Ceux qui écriront ce Sûtra et qui en comprendront le sens, s’ils viennent, ô Bhagavat, à quitter ce monde, après l’avoir écrit, renaîtront pour aller partager la condition des Dêvas Trayastrimças. A peine seront-ils nés parmi eux, que quatre-vingt-quatre mille Apsaras s’avanceront à leur rencontre. Ornés d’un diadème large comme un grand tambour, ces fils des Dêvas demeureront au milieu de ces Apsaras. Voilà, ô Bhagavat, la masse de mérites que l’on recueille, lorsqu’on a écrit cette exposition de la loi ; que dire de celle que l’on recueille quand on l’enseigne, quand on en fait sa propre lecture, quand on la médite, quand on la grave dans son esprit ? C’est pourquoi, ô Bhagavat, il faut honorer en ce monde cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, il faut l’écrire, il faut la saisir de toute sa pensée. Celui qui l’écrira en y apportant une attention que rien ne soit capable de détourner, verra des milliers de Buddhas lui tendre la main, et, au moment de sa mort, des milliers de Buddhas lui montreront leur visage. Il n’ira pas tomber dans les misères des mauvaises voies. Et quand il aura quitté ce monde, il renaîtra pour aller partager le sort des Dêvas Tuchitas, au milieu desquels réside le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, et où, portant les trente-deux signes de la beauté, entouré d’une troupe de Bôdhisattvas, servi par cent mille myriades de kôtis d’Apsaras, il enseigne la loi. C’est pourquoi le fils ou la fille de famille qui est sage, doit en ce monde, après avoir honoré cette exposition de la loi, l’enseigner, la lire, la méditer, la graver dans son esprit. Après avoir écrit, ô Bhagavat, cette exposition de la loi, après l’avoir enseignée, après l’avoir lue, après l’avoir méditée, après l’avoir gravée dans son esprit, il entrera en possession de ces innombrables qualité s. C’est pourquoi, ô Bhagavat, je bénirai moi-même en ce monde cette exposition de la loi, afin que, grâce à ma bénédiction, elle subsiste dans le Djambudvîpa. En ce moment, le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, donna son assentiment au Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra : Bien, bien, ô Samantabhadra ; oui, c’est pour l’avantage et pour le bonheur de beaucoup d’êtres, par compassion pour le monde, pour l’utilité, l’avantage et le bonheur du grand corps des créatures, que tu es accompli, toi qui es doué de mérites inconcevables, toi qui, avec une attention extrême, portée à son comble par une grande miséricorde, avec une conception perfectionnée d’une manière inconcevable, donnes ta bénédiction à ces interprètes de la loi. Les fils ou les filles de famille qui retiendront le nom du Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra, auront vu, il faut le reconnaître, le Tathâgata Çâkyamuni ; ils auront entendu cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi de la bouche du bienheureux Çâkyamuni ; ils auront adoré ce Bienheureux ; ils auront donné leur assentiment à l’enseignement de la loi fait par le Tathâgata Çâkyamuni ; ils auront accepté en la louant cette exposition de la loi. Le Tathâgata Çâkyamuni aura posé ses mains sur leur tête ; le bienheureux Çâkyamuni aura été recouvert de leur vêtement. Il faut regarder, ô Samantabhadra, ces fils ou ces filles de famille comme, possédant l’enseignement du Tathâgata ; ils n’éprouveront pas de plaisir dans la doctrine des Lôkâyatas ; les hommes livrés à la poésie ne leur plairont pas ; les danseurs, les musiciens, les lutteurs, les vendeurs de viande, les bouchers, ceux qui font le commerce des coqs ou des porcs, ceux qui entretiennent des femmes [pour les autres], ne leur plairont pas davantage. Après qu’ils auront entendu. ce Sûtra, qu’ils l’auront écrit, possédé, prêché, rien autre chose ne pourra leur plaire. De tels êtres doivent être regardés comme doués de la nature propre de la loi ; ils posséderont chacun la compréhension personnelle la plus profonde. Ils seront capables de produire la force de leur propre vertu et agréables à voir pour les créatures, les Religieux qui posséderont ainsi ce Sûtra. Ils ne seront esclaves ni de l’affection, ni de la haine, ni de l’erreur, ni de l’envie, ni de l’égoïsme, ni de l’hypocrisie, ni de l’orgueil, ni de l’arrogance, ni du mensonge. Ces interprètes de la loi, ô Samantabhadra, se contenteront de ce qu’ils posséderont. Ceux, ô Samantabhadra, qui à la fin des temps, dans la dernière période, dans les cinq cents dernières années [du Kalpa], verront un Religieux possédant cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, devront, après l’avoir vu, concevoir cette pensée : Ce fils de famille parviendra au trône de la Bôdhi ; ce fils de famille vaincra la foule des soldats de Mâra ; il fera tourner la roue de la loi ; il fera résonner les timbales de la loi ; il fera retentir la conque de la loi ; il fera tomber la pluie de la loi ; il montera sur le trône de la loi. Ceux qui à la fin des temps, dans la dernière période, dans les cinq cents dernières années [du Kalpa], posséderont cette exposition de la loi, ne seront pas des Religieux avides, désirant avec passion des vêtements et des boissons. Ces interprètes de la loi seront justes ; ils posséderont les trois moyens de délivrance ; ils seront exempts de la nécessité de reparaître à l’avenir dans les conditions de ce monde. Mais ceux qui jetteront dans le trouble de tels interprètes de la loi, deviendront aveugles. Ceux qui feront entendre des injures à de tels Religieux possesseurs de la loi, verront, dans ce monde même, leur corps marqué de taches de lèpre. Ceux qui parleront avec un ton de hauteur et de mépris aux Religieux qui écriront ce Sûtra, auront les dents brisées ; ils les auront séparées par de grands intervalles les unes des autres ; ils auront des lèvres dégoûtantes, le nez plat, les pieds et les mains de travers, les yeux louches ; leur corps exhalera une mauvaise odeur ; il sera couvert de pustules, de boutons, d’enflures, de lèpre et de gale. Ceux qui feront entendre des paroles désagréables, fondées ou non, à ceux qui possèdent, qui écrivent ou qui enseignent ce Sûtra, doivent être regardés comme se rendant coupables du plus grand crime. C’est pourquoi, ô Samantabhadra, il faut en ce monde se lever du plus loin qu’on peut pour aller à la rencontre de tels Religieux possesseurs de cette exposition de la loi. De même qu’en présence du Tathâgata on témoigne du respect, de même il faut en témoigner aux Religieux qui possèdent ce Sûtra. Or, pendant que ce récit de la satisfaction de Samantabhadra était exposé, des centaines de mille de kôtis de Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal â celui des sables du Gange, devinrent possesseurs de la formule magique qui se nomme l’Accumulée.