Mélanges de poésie et de prose par Madame la Comtesse de Vidampierre/Épître du Comte de Tressan
Vallon délicieux, ô mon cher Franconville,
Ta culture, tes fruits, ton air pur, ta fraîcheur,
Ravissent ma vieillesse & consolent mon cœur.
Que rien ne trouble plus la paix de cet azile
Où je trouve enfin le bonheur !
Tranquille en cette solitude,
Je passe de paisibles nuits ;
Je reprens le matin une facile étude,
Le parfum de mes fleurs chasse au loin mes ennuis ;
Je vois le soir de vrais amis
Et m’endors sans inquiétude ;
Souvent conduite par les ris,
De fleurs nouvellement écloses
La petite Fanchon orne mes cheveux gris,
Et me laisse cueillir sur ses levres de roses
Des baisers innocens tels que ceux que Cypris
Et reçoit & rend à ses fils.
Que j’aime cette aimable enfance !
Ni le desir ni la pudeur
N’impriment encor la rougeur
Sur ce front de douze ans où regne l’innocence.
Fanchon met toute la décence
À marcher les pieds en dehors
À ne point déranger son corps,
Quand elle fait la révérence :
Cependant déja Fanchon pense ;
Par mille petits riens charmans
Elle nous prouve à tous qu’elle a le don de plaire,
Qu’elle en a le desir, qu’elle voudroit tout faire
Pour être utile à tous momens ;
Va, Fanchon, embellis sans cesse,
Attens près de moi tes quinze ans ;
Je respecterai ta jeunesse ;
Il sied trop mal à la vieillesse
De flétrir les fleurs du printems ;
Je verrai tes jeux innocens,
Tes graces & ta gentillesse :
Et veillant sur tes goûts naissans,
S’il te naît un sixieme sens,
Tu le devras à la tendresse
Du plus joli de tes Amans.