Mélanges de poésie et de prose par Madame la Comtesse de Vidampierre/Lettre de Voltaire à la Comtesse de Vidampierre
J’ai peur d’avoir perdu votre adresse ; mais je ne perdrai jamais le souvenir des bontés dont vous m’honorez, & des nobles sentimens que j’ai admirés dans votre lettre[1] : je ne suis point inquiet de l’affaire de M… puisque vous le protégez : vous êtes d’un Sang à qui les Belles Lettres & la Philosophie auront une obligation éternelle… Il paroît que le tems des Anitus est passé : vous contribuerez plus que personne, Madame, à faire regner la raison : car on me dit que vous l’ornez de toutes les graces qui assurent son triomphe : les hommes ne sont gouvernés que par l’opinion, & cette opinion dépend du petit nombre de personnes qui vous ressemblent : c’est par leurs charmes & par la force de leur esprit, que le public est dirigé, sans même qu’il s’en apperçoive : je maintiens qu’il suffit de trois ou quatre Dames comme vous, pour rendre une nation meilleure & plus aimable : je sens combien votre lettre auroit de pouvoir sur moi, si on pouvoit se réformer à mon âge.
& très-obéissant serviteur
ce 15 Mai 1776.
- ↑ On n’a jamais pu retrouver cette lettre dans les papiers de Madame de Vidamp…