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Mélanges de poésie et de prose par Madame la Comtesse de Vidampierre/Réponse à l’épître du Comte de Tressan

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RÉPONSE
SUR LES MÊMES RIMES
À L’ÉPITRE
DU COMTE
DE TRESSAN.

Vallon délicieux, fortuné Franconville,
Tu nous fais désirer ton air pur, ta fraîcheur,
Tu rajeunis Tressan en consolant son cœur !
Puissé-je quelque jour dans cet heureux azile
Être témoin de son bonheur !
Tu souris, mon cher Comte, en cette solitude
Au souvenir heureux de tes antiques nuits ;
Je te vois le matin jouer avec l’étude ;
En relisant tes vers, tu braves les ennuis ;

Le soir des malheureux tu te fais des amis,
Et c’est en te quittant qu’on sent l’inquiétude ;
Partout t’accompagnent les ris ;
Les fleurs de ton esprit semblent toujours écloses ;
Si j’étois ta Fanchon, malgré tes cheveux gris,
Tu prendrois des baisers sur mes levres de roses :
Mais je ne connois plus les baisers de Cypris ;
Une mere à trente ans ne baise que ses fils :
Fanchon te rappelle l’enfance
Age peu fait pour la pudeur,
Où l’on folâtre sans rougeur,
Où l’on dit baise moi sans perdre l’innocence ;
De ta Fanchon j’aime assez la décence ;
Je ris de ses pieds en dehors,
Et de l’art qu’elle met à soutenir son corps ;

Je la vois dans ta cour traîner sa réverence ;
Mais son cœur est perdu, si jamais elle pense ;
Bientôt cent petits riens charmans,
Prouveront qu’à son maître elle a dessein de plaire ;
Pour égaler Gaussin elle voudra tout faire,
Et le désir hâtera les momens.
Va, ma Fanchon, caresse-le sans cesse,
Mais prens bien garde à tes quinze ans ;
On court plus d’un danger dans la tendre jeunesse,
Quand sur le front de la vieillesse
On trouve les fleurs du printems ;
Il n’est point de jeux innocens,
Lorsqu’auprès d’un tel maître on a ta gentillesse :
Anacréon toujours a des charmes naissans ;
Le génie à son corps prête un sixième sens,
Et sans avoir recours au Dieu de la tendresse,
Tu trouveras en lui le plus beau des Amans.