Mélanges de poésie et de prose par Madame la Comtesse de Vidampierre/Réponse à la dédicace des Paradoxes
L’hommage que vous m’adressez, Monsieur, est bien fait pour charmer les douleurs de mon ame sensible : vous avez mieux aimé dédier votre ouvrage à l’innocence qu’on opprime, qu’à l’orgueil qu’on encense, & à ce trait je reconnois le Philosophe de la nature. O noble Chevalier d’un Sexe qui n’a de défense que dans sa douceur, & de force que dans sa foiblesse ! combien je me sens élevée par cet hommage d’une plume avouée de tout ce qu’il y a d’éclairé en Europe, & qui ne respire que l’honnêteté, l’amour des hommes & l’enthousiasme pour la vertu ! On sçaura qu’une épouse qui sait se respecter, qu’une mere qui a nourri ses enfants & qui les éleve n’est pas vile ; on dira : les ennemis de cette femme pourroient bien être injustes, puisqu’elle eût pour ami le Philosophe de la nature. Vertueux Citoyen, ma société, dites-vous, a contribué à votre bonheur : la vôtre m’a fait supporter mes malheurs avec courage, j’ai senti que les hommes pouvoient persécuter leurs victimes, mais non les dégrader : j’ai éprouvé que la paix de l’ame, la tendresse maternelle & l’amitié, n’étoient pas des biens que les tyrans de la terre pussent ravir ; vos conseils ont toujours aggrandi mon ame & quand affoiblie par les années, je commencerai à devenir insensible, je relirai vos ouvrages, pour y puiser quelques étincelles de ce feu qui les anime.
Daignez me croire avec l’enthousiasme que m’inspirent votre génie & ma reconnoissance,
- ↑ Cette réponse a déja été imprimée & défigurée dans un Mercure de 1775, on la retrouve plus correcte dans un Journal des Dames.