Mémoire sur les Juifs d’Abyssinie ou Falashas, 1852

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


Mémoire sur les Juifs d’Abyssinie ou Falashas

Letter III[modifier]

150 ncnms pela auprès de lui sa femme et ses enfants qui résidaient encore sur le territoire français. Lorsqu’il se présenta au jour dit devant la police, sa famille étant déjà arrivée, et demanda qu’on la comprit dans son autorisation personnelle, il lui fut répondu qu'on avait changé d‘avis et que le permis était refusé, même · pour lui—mème. C’est là un trait. entre mille, de cette persécution; maisce qui ‘ la rend plus inexplicable encore, c'est qu'il est à notre connais- sance personnelle, et que nous savons de science certaine que la majorité des membres du gouvernement fédéral (eten particu- - lier le président) sont favorables à Pémancipation, qu‘ils sem- blent disposés à se laisser faire une violence apparente, et parais- sent n'attendre qu‘une intervention énergique pour la faire pré- valoir dans la diète, voyant là le moyen le plus efûcace_de vain- cre les répugnances ou les jalousies d’une partie de leurs confé- /Iérés. Nous venons d'exposer la situation telle qu’elle est. Il ne faut point de trève jusqu'à ce qu’elle soit modifiée, et pour y arriver, chacun doit faire son devoir : les israélites suisses en concentrant ' leurs efforts par l’unité hiérarchique, le consistoire central en r insistant auprès du gouvernement, la presse israélite en enregis- trant les faits et en stimulant les autorités compétentes; le succès n’est qu'à ce prix. C’est à la fois pour nous une question d’hon· neur et d’intérêt. L'opiniâtreté proverbiale qu’on attribueà la race juive a déjà surmonté d’autres obstacles! IS. CAHEN.


MÉMOIRE SUR LES JUIFS D'ABYSSINIE OU FALASHAS.[modifier]

Suite (Voy. Archives 1851, p. 548).

Dogmes religieux des Falashas.[modifier]

Je dois avertir ici le lecteur que s'il croit trouver dans ce paragraphe un traité complet sur la dogmatique falasha, il se trompe- tout à fait; cette partie de mon mémoire doit rester beaucoup au-dessous des autres, et en particulier de celles qui traiteront des fêtes, des jeûnes, des cérémonies, des pratiques, en un mot,




MÉMOIRE SUR LES JUIFS D'ABYSSINIE OU FALASHAS.

Suite (Voy. Archives 1851, p. 548).

Dogmes religieux des Falashas.[modifier]

Je dois avertir ici le lecteur que s'il croit trouver dans ce paragraphe un traité complet sur la dogmatique falasha, il se trompe- tout à fait; cette partie de mon mémoire doit rester beaucoup au-dessous des autres, et en particulier de celles qui traiteront des fêtes, des jeûnes, des cérémonies, des pratiques, en un mot, ISRAÉLITES. 151

de tout ce qui concerne l'extérieur de la religion ; ce qui est d'ailleurs plus que suffisant pour nous donner la certitude que les Falashas professent la religion judaïque.

Cette difference dans nos connaissances relatives aux dogmes et aux pratiques des falashas, s'explique facilement en considérant que les secondes tombent sous le domaine de l'observation, tandis que les premiers n'étant représentés par aucune image extérieure, du moins dans le Judaïsme, échappent- facilement à l'observateur.

Le seul moyen de connaître à fond les dogmes des Falashas serait celui de puiser à leurs livres religieux et de passer quelque temps parmi eux, car quant à faire des questions par écrit à des personnes dont je ne connais pas le degré de culture, je ne pouvais y penser, puisque cela pouvait donner lieu à plusieurs inconvénients, entre autres à celui d'être pris pour hérétique par les Falashas mêmes, ce qui aurait pu contribuer à rompre mes relations avec eux, dan&le moment même où je voulais les entamer; ou à celui de froisser l'amour-propre religieux des Fulashas en semblant douter, par exemple, de leur croyance ou de leur amour pour Dieu; ou enfin à celui, le plus naturel de tous à cause de mon ignorance de leur manière de traiter les questions religieuses et de haute métaphysique, de ne me faire point comprendre d'eux, à cause des affreux quiproquos, et de ne rien pouvoir débrouiller dans leurs réponses.

Voilà pourquoi, dans mes questions ù Abba-Ishaq, je me suis tenu principalement aux pratiques.

Néanmoins, j'ai été assez heureux pour ramasser quelques notices sur les principaux dogmes falashas, que je vais coordonner et mettre sous les yeux du lecteur, en commençant par

L'existence, L'unitÉ Et La Providence De Dieu.[modifier]

Les Falashas adorent un Dieu auquel ils donnent le nom de Dieu créateur ; c'est ainsi que Zaga-Amlak, après avoir fini de répondre à mes questions, conjura M. d'Abbadie, parle Dieu créateur, de prendre note des paroles qu'il allait lui dicter pour ses frères lointains (\).

Le Dieu des Falashas est le créaieur de toutes choses, puisque Ya-Aynii-Misa, un autre Falasha qui dicta à M. d'Abbadie une adresse pour ses frères de Jérusalem, le conjura de publier cette adresse par le créateur des juifs et des chrétiens, de tout ce qui a été et de tout ce qui sera (2).


(1) Réponses dei Falashas, p. 20.

(2) Ibid. p. 23.


152 ARCHIVES

Un autre Falasha, nommé Badjar-ound-Ishag, après avoir appris l'existence d'autres juifs que les Falashas, entonna un hymne de remerciement à Dieu, hymne qu'il finit par les paroles :

"Dieu d'Abraham, je te rends grâce (1)."

La croyance des Falashas à l'existence et à l'unité de Dieu me parait suffisamment démontrée par ces citations, mais je vais en ajouter une autre, tirée du journal du missionnaire Gobat, laquelle montrera comment les Falashas croient à l'unité et à la providence de Dieu. Je cite textuellement les paroles de M. Gobat (page 327) : " Un prêtre qui était chez moi a dit à deux Falashas que tous les membres de leur secte sont des boudas (des sorciers). De pauvres Falashas en ont été un peu fâchés, et l'un d'eux a répondu gravement : "Nous ne sommes point des boudas, et supposé même que nous le fussions, vous n'eu avez aucune preuve; c'est pourquoi vous affirmez une chose que vous ne savez point; c'est un faux témoignage. S'il existe des boudas, vous êtes obligés de croire qu'ils ne peuvent rien faire contre la volonté de Dieu , par conséquent ils ne peuvent point faire de mal à ceux qui ont une véritable foi en Dieu ; ainsi la crainte sans fondement que vous avez des boudas ne prouve que votre manque de- foi au Dieu d'Israël. "Puis, se tournant vers moi, il s'est écrié : " Maintenant, vous qui connaissez Dieu, jugez si je n'ai pas raison... "J'ai été étonné de son éloquence, et j'ai été obligé de lui donner raison en présence de » tous les autres. "

Il résulte clairement du discours du pauvre Falasba qu'il reconnaît un Dieu unique qui peut tout et qui sait tout, car si ce Dieu n'était pas omniscient, les boudas ou sorciers pourraient faire du mal à ses adorateurs sans qu'il en sût rien, ou bien en se prévalant d'un moment de négligence de sa part; s'il n'était pas tout-puissant, les sorciers pourraient faire du mol à une personne contre la volonté de Dieu; et s'il y avait plus d'un Dieu, il pourrait se faire qu'un homme eût pour soi un Dieu et un autre contre soi, et que le sorcier se prévalût de la haine du dernier pour causer du mal à cet homme.

La dénomination de Dieu d'Israël par laquelle le Falasha indique son Dieu, est celle qu'ils emploient dans la formule qui commence leurs prières, qui est : Béni soit Dieu, le Seigneur d'Israël...

Les Falashas nient, comme les autres juifs, la divinité de Jésus et son caractère de Messie, ainsi que le prouve surabondamment le récit suivant, tiré, comme le précédent, du journal du -

(I) Journal do Débats, 6 juillet 1815, p. 3, col. 5.


ISRAÉLITES. 153

missionnaire Gobat (p. 320) : " Ce matin, j'ai eu la visite d'une femme Falasha, qu'on regarde à Gondar comme la reine des boudas ou sorciers. Elle a toute l'activité et tout l'attachement d'une ancienne femme juive pour son peuple et pour la loi.... I l y avait plusieurs personnes à la maison ; un homme qui se croit assez savant a commencé une controverse avec elle, mais elle loi a fermé la bouche. Je n'ai pas cru devoir entrer dans la discussion de peur de m'assimiler aux erreurs des Abyssins; mais quand la juive a été dehors, j'ai fait voir au chrétien qu'il B n'avait été confondu que parce qu'il ne connaît point la parole de Dieu. La juive avait fait an discours sur Jésus-Christ, et je ne l'aurais pas rapporté s'il ne servait à faire voir ce que l'inimitié contre l'oint de l'Éternel invente dans tous les pays du monde, se modifiant selon la diversité des intelligences. Voici quel était le sens de ce discours : la vierge Marie était, dès sa tendre jeunesse, renfermée dans un appartement du temple ou de la synagogue. L'archange Michel, dans tous les temps gardien du temple, vit cette pauvre fille ainsi renfermée, et en eut pitié. Il se transforma en homme et alla habiter avec elle. Quand on s'aperçut qu'elle était enceinte, on la chassa du ' temple. Elle voulut entrer dans une grande maison, mais on la ). chassa encore avec insulte, et comme on la poussait pour l'éloigner de la maison, elle tomba, accoucha de Jésus-Christ au milieu du chemin, et mourut aussitôt après. L'enfant étant . couché tout seul, il vint un grand aigle blanc qui l'emporta. Une grande multitude de gens le voyant ainsi transporté en l'air, furent saisis de crainte et dirent que c'était un Dieu. Depuis lors on l'a appelé Christ (Messie), et on l'a adoré comme un Dieu. "

Comme les paroles avec lesquelles M. Gobat accompagne ce récit font supposer qu'il est d'origine tout à fait falashienne, c'est- à-dire juive, je dois désabuser le lecteur à cet égard, car le fond du discours fait par la femme falasha est entièrement chrétien,ses principales circonstances, étant consignées dans des livres chrétiens, écrits dans les premiers siècles de l'Église. C'est ainsi que, d'après ['Histoire de Joseph, l'époux de Marie, les parents de celle-ci l'amenèrent, dès l'âgc de trois ans, au temple de Jérusalem, où elle resta pendant l'espace de neuf ans (1).

L'Évangile de la Naissance de Maria s'exprime encore plus clairement à cet égard. Il y est dit qu'à l'âge de trois ans, la Vierge fut placée pnr ses parents dans l'enceinte du temple de

(I) Voyez Codicis Beudepigraphi Veteris Talamenti volumen alterum, Joh. Alb. Fabricii, Hamburgi, 1723, p. 315, Historia Josephi fabri lignarii, caput. 3.

154 ARCHIVES

Dieu, pour qu'elle y reçût son éducation avec les filles de son âge. La Vierge, dit le susdit Évangile, avançant en âge, avançait aussi dans les vertus, et, selon le Psalmiste, ses père et mère l'ayant abandonnée, Dieu l'avait recueillie. Chaque jour elle recevait les visites des nnges, chaque jour elle jouissait de la vision divine qui la gardait de tous les maux et la faisait jouir de tous les biens. Parvenue à l'âge de quatorze ans, elle fut renvoyée à sa maison. Dans ces jours , poursuit l'Évangile, c'est-à-dire dans les premiers temps de son arrivée en Galilée, l'ange Gabriel fut expédié vers elle, pour lui faire part de la conception de Dieu, et pour lui exposer la manière et l'ordre de la conception. Entré chez elle, i! remplit sa chambre à coucher, où elle se trouvait, d'une immense clarté, et, en la saluant gracieusement, lui dit : salut, ô Marie, vierge très-acceptée deDieu (AveMaria,viryoDominogratissima), lui annonça qu'elle était destinée à le porter dans son sein, de quelle manière elle devait le concevoir, etc., etc. (1)

Il est évident que ce récit, porté en Abyssinie dans les premiers siècles de-l'Église, par les apôtres de ce pays, est celui-là même qui a dû servir de point d'appui à la fable des falashas, fable qui avait l'avantage de ne point être en désaccord avec les idées juives, comme celle de l'incarnation de Dieu, puisque la Bible parle plusieurs fois d'anges envoyés par Dieu aux hommes sous forme humaine, et qui ne pouvait être entièrement rejetée par les chrétiens, puisque la base même, celle de l'apparition d'un ange à Marie, pour lui annoncer sa grossesse, était un fait qu'ils ne pouvaient pas refuser, même d'après leurs dogmes.

PHILOXÈNE LUZZATTO.

(La suite à un prochain numéro.)

(1) Voyez Codex apocryphus Veteris Testamenti, collectus a Joh. Alb- Fabricio, Hamburgi, 1719 (édit. 2°), Evangelium de Nativitate Mariæ, § VI, p. 26. et $ IX, p. 33.


MÉMOIRE SUR LES JUIFS D'ABYSSINIE OU FALASHAS.

Suite (Voy. Archives 1852, p. 150).

VIE FUTURE BY RÉSURRECTION DES MORTS.[modifier]

Les Falashas croient à une vie après la mort, et même au paradis et à l'enfer; il paralt même au purgatoire. Dans la quatrième réponse, Zaga-Amlak dit : « Nous croyons à l'enfer (siol) et au purgatoire (dayn). Il y a sept paradis (gannatl, vus par » Hénoch et Baruch.

Quant aux mots siol et gannat, que M. d'Abbadie rend par enfer el par adit, il n'est pas douteux qu'ils ne possèdent ce sens en éthiopien ou. giiz, et ce sont là deux mots que les Abyssins ont appris des Juifs, puisque dans la langue hébraïque chéol (שאל) est le nom de l'enfer, et gan éden (גן עדן) ou jardin délicieux, est celui du paradis.

Mais quant au mot dayn, que H. d'Abbadie traduit par purgatoire, je ne sais si cette traduction est à l'abri de toute critique, puisque dans le Dictionnaire éthiopien de Ludolf (p. 383), je trouve que dayn signifie jugement, condamnation, tout comme l'hébreu correspondant din (דין), et que ce mot sert aussi communément à indiquer l'enfer même, ou le lieu le plus terrible de l'enfer. De plus, il est certain que les chrétiens d'Abyssinie n'admettent pas de purgatoire, pour lequel ils n'ont point de nom (1) ; en conséquence, la traduction de purgatoire pour le mot dagn me paraît être peu exacte. Les Falashas croient que le mari et la femme se retrouveront dans le paradis, à moins que l'un ou l'autre ne se soit marié une autre fois ; mais on n'a plus d'enfants au ciel (2). La doctrine de la résurrection des corps est très-clairement établie. A la fin des temps, saint Michel soufflera de sa trompette. Au premier coup, tous les os des trépassés se mettront en place; au deuxième, la chair vêtira ces os ; au troisième, les âmes entreront dans les corps, et Dieu jugera tous ces hommes dans un jour de l'Éternel, équivalant à mille ans d'après nos

(1) Ludolf, Historia JEthiopica, lib. m- c. T. «.76. Gobat, Joun-tl, etc. p. 94.

(2) Réponses, etc.

idées. Les bons iront au ciel, et les mauvais en enfer. En attendant, on peut aider par la prière les âmes en peine, et les Fala- shas lisent le livre des Psaumes dans cette intention (t).

Les autres juifs ont aussi des prières pour les morts, qu'ils récitent dans la pensée de sauver ceux-ci des tourments de l'enfer et de les faire entrer dans le paradis. Mais les Falashas ne paraissent pas attribuer aux prières une si grande importance, mais seulement celle d'adoucir les peines des âmes en enfer. Le passage définitif des âmes de l'enfer au paradis paraît n'avoir lieu , d'après leurs idées, qu'à la fin du monde; alors les âmes, après être rentrées dans leurs corps respectifs et avoir été jugées par l'Éternel, seront envoyées définitivement ou en enfer ou en paradis.

AGE ET DU BÉE DU MONDE.[modifier]

Un vieux savant Falasha, interrogé par M. Gobat sur le nombre d'années qu'il comptait depuis la création du monde jusqu'en 1830, répondit, 7338 (2). D'après ce comput, il se serait écoulé entre la création du monde et le commencement de l'ère vulgaire, B508 ans. Ce comput coïncide parfaitement avec l'ère qu'on appelle de Constantinople, et qui est encore en usage chez les Grecs. Les Abyssins comptent huit ans de moins que les Grecs, c'est-à-dire, K5OO ans (ce qui est le comput primitif de Jules l'Africain) ; les Juifs modernes 3760, mais ce calcul n'était pas suivi anciennement par tous les Juifs. L'historien Joseph Flavius fait remonter la création du monde à 4165 ans avant l'ère vulgaire , Philon à 4196 ; les juifs hellénistes du temps de Clément d'Alexandrie (dans le commencement du troisième siècle de l'ère vulgaire), à $624.

Le même savant, enterrogé par M. Gobat sur l'époque où viendrait le Messie, en ne le comprenant pas, ou en feignant de ne pas le comprendre, répondit : Le monde doit encore durer 662 ans (5) ; ce qui montre que, selon lui, la durée du monde

(1) ll.i'l et Journal det Débatt, 6 juillet 1845, p. 3, col. 4.

(2) Gobat, Journal, p. 261.

(3) Id. ibid,

doit être de 8000 ans. L'opinion de quelques anciens rabbins était, au contraire, que le monde doit durer 7000 ans, et que le septième millénaire serait le règne du Messie. Cette opinion fut adoptée aussi par les anciens Pères de l'Église et par Mahomet.

L'ère de Constantinople ne paraît pas être celle adoptée par tous les Falashas, car les savants Falashas, dans leurs réponses, font coïncider l'année 1848 avec i'an du monde 6840 (I). Cela nous ramène à un calcul bien différent, tant de celui des Grecs que de celui des Juifs; car il établit entre la création du monde et le commencement de l'ère vulgaire une époque de 499Z ans au lieu de 5500 ou 3760. Mais j'ignore d'où les Falashas ont pu tirer cette ère.

Dans un manuscrit éthiopien écrit en giiz, qui contient un ouvrage nommé Hair, et qui a été traduit de l'arabe, le traducteur abyssin a placé à la fin de l'ouvrage la date de sa traduction, d'après plusieurs ères entre lesquelles on trouve: a 1571 après la » naissance du Christ, 7071 des Coptes et 6042 des Hébreux (2). » En partant du 1571 et en soustrayant ce nombre du 7071, qui est donné comme la date des Coptes, on obtient pour reste 5500, ce qui prouve que cette ère des Coptes est la même que celle que suivent les chrétiens d'Abyssinie; en soustrayant de même 1571 de 6642, qui est donné comme l'ère des Hébreux (probablement d'Abyssinie), il nous reste 5071, date qui ne diffère que de 79 ans de celle des Falashas, qui est 4992.

Messie.[modifier]

Les Falashas attendent, comme tous les autres juifs, un Messie qui doit sortir de la famille de David, et qu'ils appellent Téodros. o Téodros, disent les savants Falashas dans leur neuvième réponse, est notre Messie, il doit être fils de David et naîtra dans le » pays nommé Azzaf, prèsdel'Euphrate, à une journée et demie de Jérusalem. Ses ancêtres quittèrent Sion au temps de Salmanazar. »

Nous ne nous arrêterons pas à relever les erreurs historiques et géographiques qu'il y a dans ces mots; elles ressortent clairement d'elles-mêmes.

Ci) Réponses, p. 9. (2) Rappell, Reisc in Abyuinica, t. ii. p. 408-9.

Si le pays nommé Azzaf, que nous ne connaissons pas, est si près de l'Euphrate, le fleuve de la Babylonie, ne peut pas être à une journée et demie de Jérusalem; et si Téodros est de la race de David, ses ancêtres ne quittèrent pas Sion ou Jérusalem au temps de Salmanazar, puisque ce roi d'Assyrie ne prit pas cette dernière ville , qui était la capitale du royaume de Juda, mais Samarie, qui était celle du royaume d'Israël, et il mena en captivité Osée, le roi d'Israël, avec d'autres habitants de ce pays.

Il parait que, selon les mêmes savants Falashas, avant le Messie ou Téodros, il doit venir un faux Messie qu'ils appellent Hassaë Messih, contre lequel combattront Hénoch, Élie et Esdras, qui seront tués par lui pour ressusciter plus tard à la venue du vrai Messie; car ils ajoutent, en parlant du Messie et de la résurrection des morts : « Hénoch, Elie et Esdras seront tués par le faux » Messie (Hassaë Messin) et ressusciteront le troisième jour. » L'idée qu'avant le vrai Messie il en doit venir un faux qui cherchera à détruire les justes de ce monde, est commune aussi aux autres juifs, et n'est pas sans quelque fondement dans l'Ancien Testament. Les juifs croient aussi que c'est Élie qui est destiné à préparer les hommes à recevoir dignement le Messie ; Êlie, suivant une tradition, n'est pas mort. Il est bien singulier que les Falashas joignent à Élie Hénoch et Esdras. La mention du dernier est en particulier d'une grande importance pour l'histoire des Falashas, car elle sert à prouver qu'ils n'ont abandonné la Palestine qu'après l'époque de ce savant docteur de la synagogue, qui est regardé par tous les juifs comme le restaurateur de leur religion.

Quant au nom de Téodros, que les Falashas donnent au Messie, c'est le mot grec Τεοδωρος, Théodore, ou don dé Dieu, qui est synonyme des noms hébraïques מתתיה יונתן, עמנואל qui tous signifient Dieu a donné, don de Dieu, etc., et par lequel il est probable que les anciens juifs aient indiqué vulgairement le Messie. Seulement nos Falashas ont traduit le nom hébraïque dans un synonyme grec, ce qui tend à prouver qu'avant d'entrer en Abyssinie ils parlaient la langue grecque, et qu'ils doivent en conséquence être compris dans le nombre des juifs nommés dans l'antiquité hellénistes ou grécistes, comme je l'ai avancé dans l'introduction.

Les Falashas possèdent un livre intitulé : Fikare Yasous, ou explication de Jésus, fils de Sirak, dans lequel est prédit le règne de Téodros (1). Les chrétiens d'Abyssinie ont aussi un livre qu'ils appellent Fikare Yasous, et ce Jésus est, selon eux, Jésus-Christ, et non Jésus fils de Sirak, l'auteur de l'Ecclésiattique. Comme cet ouvrage prédit aussi la venue de Téodros, on peut présumer, dit H.d'Abbadie, que ces deux ouvrages n'en sont qu'un. Pour moi, au contraire, je suis d'une opinion différente, et pense qu'on ne doit pas identifier le Fikaré Yasous des Falashas avec celui des chrétiens, et cela, parce que celui des derniers dit qu'un certain Théodore doit s'élever en Grèce, soumettre à son empire tout le monde, qui, de son temps, deviendra chrétien dans un temps qu'il fixe avec précision, et que les chrétiens d'Abyssinie reconnaissent tristement s'être déjà écoulé sans que Théodore soit venu (2). Or, ces idées sont diamétralement opposées à celles que les Falashas se font, d'après leur Fikaré Yasous, du Théodore qu'ils attendent, lequel, comme nous savons, doit être juif de la race de David, et naître non en Grèce, mais en Asie, à peu de distance de Jérusalem. C'est pourquoi je regarde comme fort vraisemblable que le Fikare Yasous des Falashas est réellement une explication, un commentaire de l ' Ecclésiastique de Jésus fils de Sirak, livre qui est connu des Falashas, où est expliquée la doctrine du Messie; que les chrétiens d'Abyssinie ont reçu ce livre, ainsi que tant d'autres, des Falashas . et que comme la croyance à un Messie futur, de la race de David n'était pas compatible dans une Eglise chrétienne, ils y ont fait ces changements que l'adoption de la nouvelle doctrine rendait nécessaires.

(1) Réponses, p. 13.

(2) J'ai tiré ces notices sur le Fikare-Yasous .des chrétiens, du missionnaire Gobat, lequel (p. 261) lui donue le nom de Jécra Yasouf, titre qu'il traduit par Amour de Jésus, puisque le mot fékra (dont la vraie prononciation est fekr), écrit avec la lettre qui répond au ק hébreu, signiBe amour et dérive de la raciue giiz afkara amaîrit, dilexit; tandis que fékarô qui signifie explication, exposition et qui s'écrit avec la lettre qui répond au כ hébreu, dérive de la racine giiz faka.a, explieuvit, interpretalus est, identique à l'hébreu רתפ qui a le mame sens, à cause de la transmutation usitée du t et du k (Voyez Gesenii, Thésaurus lingus tiebraicts et chaldet, p. U41, 1189).


La description de Téodoros qu'a faite un Falasha à M. d'Abba- die, et qu'il a rapportée dans sa lettre sur les Falashas (1), est probablement tirée du Fikarë Yasous. Voici cette description: Théodoros, grand roi,- «avec un œil devant et un autre derrière, » et dont chaque regard peut tuer dix mille hommes, régnera » sur la terre, et après lui viendra le Messie. »

Cette dernière expression doit' être rejetée , comme parfaitement contraire à l'énoncé, par les savants Falashas, dans leurs réponses à mes questions. Encore plus contraire à la croyance des Falashas d'après l'opinion de l'un d'eux, rapportée par M. d'Abbadie dans sa lettre, qui prétend que la venue de Jésus accomplit les prophéties de l'Ancien Testament; sans que les Falashas croient à sa divinité (de Jésus). Il est si vrai que les Falashas attendent avec anxiété le Messie ; que l'époque de sa venue est, pour eux, de la plus grande importance. Interrogé explicitement par M. Gobat sur ce point, le Falasha dont nous avons parlé cidessus, répondit : Nous n'en savons rien , les uns disent que le temps est proche, les autres qu'il est encore éloigné ; mais un petit Falasha qui se trouvait présent à la conversation, s'écria : « dans sept ans » (c'était en 1830). Zaga Amlak même, en présence des autres savants Falashas , dans l'adresse qu'il dicta à M. d'Abbadie pourses frères de l'Europe, s'exprime ainsi : " Nous attendons Téodoros; combien d'années reste-t-il jusqu à sa venue? Selon nous, Téodoros viendra en trente années d'ici (1848), qu'en dites-vous (2) ? "

LES ANGES.[modifier]

Quoique les Falashas ne parlent pas dans leurs réponses des anges, il est certain qu'ils en admettent l'existence.

Nous avons déjà vu que la femme juive de M. Gobat parle de l'archange Michaël, en tant que gardien du temple de Jérusalem. En effet, l'archange Michaël dont il est parlé aussi dans le livre

(1) Journal des Débals, 6 juillet 1S45, 3« p., 4° col.

(2) Réponses, p. 21.

de Daniel , où il est qualifié אחד השרים הראשונים un des premier s princes, c'est-à-dire un des archanges (X, 13), et השר הגדול le grand prince, c'est-à-dire l'archange (XII, 1), y est représenté comme le gardien ou protecteur du peuple israélite, qui combat en cette qualité avec les anges protecteurs des autres nations (x, 21 ; xii, 1).

Michaël est en grande vénération chez les Falashas, qui lui ont consacré un jour dans chaque mois, ainsi que nous le verrons bientôt. Avec Michaël, les Falashas admettent l'existence de neuf cents archanges, lesquels descendent sur terre avec Dieu, le jour du samedi (1).

PHILOXÈNE LUZZATTO.

(La suite au prochain numéro.)

==Third Letter==

LITTÉRATURE.

MEMOIRE SUR LES JUIFS D'ABYSSINIE OU FALASHAS - (Suite -- Voy. n° d'Avril, p. 215.)

§ iv.

FÊTES DES FALASHAS[modifier]

Lorsque après avoir lu la première lettre de M. d'Abbadie sur les Falashas, je résolus d'envoyer à ce voyageur une lettre et des questions pour Abba Ishnq, le grand-rabbin des Falashas de l'Abyssinie septentrionale, je le fis pour deux motifs. Le premier n'était que l'espérance d'arriver à connaître plus à fond la religion de cette secte, en leur proposant des questions, que M. d'Abbadie, peu versé dans la théologie judaïque, n'avait pu penser i leur présenter. Le second était la certitude d'obtenir des éclaircissements sur plusieurs points encore obscurs de la lettre de M. d'Abbadie, lettre que le célèbre historien des Juifs avait caractérisée (peut-êtreun peu trop sévèrement) unvraichaos(\). Or l'utilité des réponses provoquées parmoi ne paraît si clairement pour aucune partie de la théologie falasha que pour l'exposé des fêtes et des jeûnes, exposé qui formait, ainsi que je l'ai déjà dit pins haut, la partie la plus confuse de la lettre de M. d'Abbadie ; telle est la différence entre cet exposé et celui des réponses. Cette différence montre combien j'avais raison de ne pas me fier aux renseignements donnés par un fulasha du vulgaire et à me diriger, pour en avoir de plus précis, au savant le plus respecté d'en Ire eux, l'Abba Ishaq.

Avant d'entreprendre l'exposé des fêtes falashiennes , je crois nécessaire de dire un mot sur leur calendrier.

Les Falashas ont deux années; l'une religieuse qui commence

(1) Joit, Neuere geschichte dcr Israelitcn von 1815-45, Berlin, 1847, P. 337, n. 2.

à l'équinoxe du printemps, l'autre civile qui commence à l'équinoxe d'automne. La première est lunaire, et se compose de douze lunaisons, dont la première a trente jours, la deuxième vingt- neuf, la troisième trente, et ainsi de suite (1), de sorte que l'année entière n'aurait que 354 jours.

Nous ne connaissons les noms que de la moitié de ces mois (2), mais de ceux-ci nous pouvons déduire avec certitude qu'ils sont tous identiques à ceux des autres juifs, qui les ont apportés de la Babylonie après leur retour de la captivité.

Ainsi la première lunaison des Falashas s'appelle Nesan, ou (par le changement très-facile de l'n en / ) Lesan, nom qui est certainement identique à celui du même mois judaïque fD»3 Ni- san; la quatrième lunaison s'appelle Tomos, nom identique à celui de la lunaison correspondante chez les juifs, tian Tamuz; la cinquième lunaison, a le nom d'a& ou au, identique à celui de la même lunaison judaïque M ab ou av; la sixième lunaison est nommée Lu/, qui n'est qu'une corruption évidente du nom que porte la même lunaison chez les juifs, Vl^N Elul; la septième lunaison paraît avoir le nom de Tahasaran, qui peut n'être qu'une corruption du nom correspondant chez les juifs, n»n Tisri ; la dixième lunaison enfin paralt être nommée Tavt, qui n'est qu'une corruption du ii3B Tevct correspondant.

L'année civile des Falashas est la même que celle des chrétiens d'Abyssinie. Elle est solaire, et se compose de douze mois de trente jours chacun, plus cinq jours complémentaires, appelés Paguimen (une corruption du mot grec n:y.^o\i.twi additionnels), ce qui fait consister l'année abyssine en 365 jours, auxquels on ajoute de quatre en quatre ans un sixième épagomène.

Pour faire raccorder leur année lunaire avec la solaire, et pour obvier à ce que les fêtes ordonnées par Moïse ne puissent tomber à une autre époque que celle fixée dans le Pentateuque, et ne fassent point, avec le laps du temps, le tour de l'année, les Falashas ont adopté un système d'intercalation qui paraît leur être particulier.

(I) Réponses, p. 10 (cfp. 20). ('.') Ib. Ibid.

Ce système consiste à faire chaque quatrième année de treize lunaisons au lieu de douze, c'est-à-dire à ajouter à l'année trente jours, de quatre en quatre ans. Comme cela ne suffirait pourtant pas pour faire raccorder l'année lunaire avec la solaire, puisque quatre an nées solaires de 365 jours chacune, forment un total de 1460 jours, tandis que quatre années lunaires de 354 jours, plus une lunaison de trente jours ne donnent que 1446 jours, c'est- à-dire quatorze jours de moins, les Falashas négligent, pour recommencer le compte, ces quatorze jours, selon leur expression (1), dont le sens parait être qu'ils ne commencent point une nouvelle lunaison avec ces I4 jours, mais qu'ils en font des épa- gomènes qu'on ajoute chaque quatrième année à la lunaison intercalée ; en ne commencent ainsi à compter la nouvelle lune fle Nésan qu'après les épagomènes.

Cette manière d'équilibrer l'année lunaire et la solaire diffère tout à fait de celle qu'emploient aujourd'hui les juifs. Cela montre, à mon avis, que les Falashas se séparèrent des autres juifs avant l'époque où le calendrier de ces derniers reçut la forme qu'il possède à présent, puisque, à cette époque, les Falashas ue communiquaient déjà plus avec eux. Or, comme l'époque de la fixation du calendrier judaïque tel qu'il est aujourd'hui remonte à la moitié du quatrième siècle après l'ère vulgaire, où R. Hillel fixa et promulgua les règles de ce calendrier, il faut en déduire nécessairement que l'établissement des Falashas en Abyssinie remonte au moins avant la moitié du quatrième siècle après l'ère vulgaire.

Un fait fort curieux pourtant, s'il était vrai, viendrait infirmer la différence du calendrier falasha du judaïque. C'est que, selon M. d'Abbadie, la Pâque dans l'an 1848, commençait pour les Falashas le mardi 18 avril (2), et que ce jour-là fut précisément celui où commença la Pâque pour les autres juifs. Or, les lois du calendrier judaïque sont tellement compliquées, qu'il est difficile que, sans suivre ces mêmes lois, les Falashas aient pu solenniser le premier jour de la Pâque avec les autres juifs. La coïncidence

(I) Réponses, p. 10 (cf. p. 20). (1) Ibid.,p. Î2.

n'est pas impossible, elle est même inévitable dans le cours de plusieurs siècles, car pouvoir arriver et ne jamais arriver ce serait une contradiction. Or, que la coïncidence de la Pâque des Falas— has avec celle des juifs rabbiniles l'an 1848 doive s'attribuerau cas, et non pas à une identité de système entre les uns et les autres; cela, dis-je, est évidemment prouvé par les deux circonstances suivantes : 1° la manière d'intercaler la lunaison additionnelle, la base de tout calendrier lunaire comme le jullaïque, est bien différente chez les Falashas et chez les autres juifs ; ce qui prouve que les premiers ont un calendrier différent de celui des second ; 2° dans la première lettre de M. d'Abbadie sur les Falashas, nous avons la date abyssine du jour où commença la Pâque des Falashas en 1842. Or, cette date est le lundi 18 Mia- zia (1 ), ct comme laPâque, d'après les règlesdu calendrier judaïque ne peut jamais commencer en jour de lundi, nous avons là une autre preuve que les Falashas ne suivent pas ce calendrier. De plus, si le jour de Pâque eût coïncidé avec celui des autres juifs par système et non par accident, il aurait dû coïncider aussi en 1842; ce qui, non-seulement n'a pas eu lieu, mais ne pouvait pas arriver, par la raison susdite. Et quand même on voudrait jeter un doute sur la véracité de la date donnée par M. d'Abbadie pour le premier jour de Pâque de 1842, il serait également certain, par le fait suivant, que les Falashas peuvent commencer la Pâque en jour de lundi, ce qui est défendu aux autres juifs.

Les savants Falashas réunis en concile, pour répondre à mes questions, sous la présidence de leur abba Ishaq, avaient annoncé pour le premier jour de Pâques, en 1848, le lundi 3 miazia (I0 avril) et non le mardi 18 avril (2). Quelques mois après, un messager vint, de la part d'abba Ishaq, annoncer à M. d'Abbadie que la première date avait été donnée par erreur, et qu'il fallait lui substituer la seconde. Or, je comprends qu'à quelques mois de distance, sans \m almanach à consulter, et sans faire des computations, un Falasha, quoique instruit, ait dit que la Pâque commencerait un tel jour, tandis qu'elle commençait réellement

(1) Journal des Débats, 6 juillet 1845, 3e p., 5" col.

(2) Réponses, p, 9.

un autre jour; mais je ne conçois pas qu'un Falasha instruit, en présence d'autress avants Falashas, parmi lesquels se trouvait leur chef à tous, l'abba Ishaq, ait annoncé, précisément comme le premier jour de Pâque, un jour de la semaine dans lequel cette fêle ne peut jamais tomber, c'est-à-dire le lundi, et cela sans que l'abba Ishaq ou quelques-uns de ses disciples ne relevât aussitôt l'erreur.

C'est pourquoi je crois suffisamment démontré que les Falashas commencent la Pâque dans des jours dans lesquels, d'après le calendrier judaïque, elle ne pourrait pas commencer, et que si, en 1848, ce jour coïncidait avec le nôtre, supposé que le fait soit vrai, il ne prouve absolument rien contre l'antiquité des Falashas, puisque cette coïncidence ne peut être qu'accidentelle.

J'ai dit supposé que le fait soit vrai, parce que j'ai réellement des doutes sérieux sur son exactitude. Non que j'aie des doutes sur la véracité de M. d'Abbadie, mais la manière même dont il rapporte la correction portée dans la date du jour de Pâques me fait supposer qu'il y a là un malentendu.

D'abord M. d'Abbadie croit (1) croit que ce fut pendant qu'il était atteint d'ophlbalmie, c'est-à-dire pendant qu'il ne pouvait enregistrer le fait dans son journal, qu'un messager spécial vint de la part d'abba Isbaq lui dire (je transcris ses paroles) que la Pâque, en 1848, était le mardi, 18 avril, et non le hindi, comme on le lui avait annoncé par erreur. Et puis j'observe sur ces derniers mots, le mardi 18 avril et non le lundi, qu'ils paraissent signifier que le lundi, annoncé par erreur, était le lundi précédent le mardi, 18 avril, c'est-à-dire le 17 avril, tandis qu'il était au contraire le lundi de la semaine précédente, c'est-à-dire le 10 avril (comme le dit le texte de la réponse quatrième, p. 9); et ainsi comme il serait absurde de soutenir quo les Falashas, lesquels ne connaissent point les noms de nos mois juliens, aient nommé explicitement le 18 avril, et comme il manque au contraire la date du mois abyssinien correspondant, miazia, je crois pouvoir supposer que le messager, envoyé par abba Ishaq, annonça simplement à M. d'Abbadie que le premier

(I) Ibid. p. 22.

jour de Pâques, au lieu d'être le lundi, était le mardi, sans spécifier davantage la date du jour qui devait s'entendre être le lendemain du lundi, annoncé par erreur. Plus tard, lorsque M. d'Abbadie recouvra sa vue il crut se rappeler que la date de la Pâque falasha était le il chiazia correspondant au 18 avril, et il enregistra cette dernière date dans son journal, mais il est évident que sa mémoire peut l'avoir trompé comme il l'avoue du reste lui-même.

PhiloxÈnb Luzzatto.

(La suite au prochain numéro}.

Chants religieux des Israélites, contenant la liturgie complète l/.;- la synagogue des temps les plus reculés jusqu'à nos jours, publiés par M. Naumbourg, ministre officiant du temple consis- torial de Paris.

Paris, chez l'anteur, rue Notre-Daine-de-Nazaretb, 12, et au bureau des Archives Israélites. Prix : 35 fr.

Ce livre forme la seconde partie d'une œuvre dont la première a paru en 1847 (1).

Le rédacteur des Archives a bien voulu nous demander notre avis sur cette publication, et nous voudrions avoir, pour répondre à cette marque de confiance, plus que de la bonne volonté et une plus grande expérience.

Le livre que nous avons devant nous n'est pas seulement un ouvrage d'art, mais, pour le juger, il faut aussi une connaissance de ce que, dans la synagogue, on appelle HazanotU (flwn).

A une époque où le chant synagogal était plutôt le cri de la nature qu'une composition vraiment artistique, l'auditoire était plutôt ému, remué, touché, par ce chant quelquefois bizarre, mais très-souvent sublime, que charmé par ces formes que les grands maîtres ont su donner à l'art musical.

Et comment le chantre (fln) aurait-il pu se familiariser avec

(1) Voyez Archiva, 1847, p. 292.

==Fourth Letter==

LITTÉRATURE.

MEMOIRE SUR LES JUIFS D'ABYSSINIE OU FALASHAS.

(Suite Voy. n° de Mai, p. 283.)

Passons aux fêtes des Falashas.

La première dans l'ordre chronologique est le Sabbat, ou samedi, jour dans lequel tous les juifs, à quelque secte qu'ils appartiennent, à quelque époque que remontent leurs institutions, observent un absolu repos, d'après l'ordre du Pentateuque, qui défend de travailler ce jour-là. Quoique l'observance du sabbat soit universelle chez tous les juifs, il y a différentes nuances dans son observation. Les Karaïtes et les Samaritains poussent son observance à un point qui surpasse de beaucoup la rigueur des rabbinistes ou talmudistes ; les Esséens ou Esséniens, dans l'antiquité, se rapprochaient beaucoup des premiers sur ce point.

Comme les Karaïtes et les Samaritains, les Falashas poussent fort loin le respect du sabbat. Ils ne se livrent à aucun travail à partir du midi du vendredi, et dès que l'aurore du samedi a paru on ne parle qu'à demi voix. Faire la cuisine ou traire les bêtes, serait un attentat à la majesté du samedi, mais pour ne pas perdre le lait on le fait tirer par des chrétiens. Les Falashas ne vont pas d'une maison à l'autre le jour du samedi, si ce n'est pour des besoins naturels, ou pour aller au temple (1). Ils ne tirent point l'eau, ils ne font point le pain, et ne tiennent point de feu allumé dans leurs maisons (2). Ils ne peuvent point passer une rivière, ni aller par mer, de sorte qu'ayant beaucoup de désir de voir leurs frères lointains, ils ne savent comment faire pour aller les trouver sans'manquer au respect dû au sabbat. « Nous

(1) Journal det Débat», 6 juillet 1845, 3f p., 5« col.

(2) Confesrio fulei Claudii Régi» jEthiopis, à la suite du Lexique éthio" piqut,de Ludolf, p. 6 ; et dans VHùtoria JEthiopica, III, 1, 57.

» voudrions aller sur mer (pour trouver ces frères lointains), » disent-ils dans la deuxième réponse ; mais comment observer » le samedi? car une barque qui est sur mer va par force, donc » il n'y a pas de repos et partant pas de sabbat. » (Le mot sabbat signifie repos en hébreu.) Dans leur adresse à tous les juifs, ils s'expriment ainsi : a Nos parents comment êtes-vous, cominent » êtes-vous"? Nous avons entendu parler de votre existence, mais » samedi nous a jeté un voile, qui nous empêche d'aller par mer. » Le pentateuque n'a pas ordonné d'aller un jour de samedi. » » Un Falasha nommé Ya Aynë Misa, nous dit dans son adresse : « J'ai fait vœu de visiter Jérusalem, venez vers moi, ou bien » j'irai vers vous; ne m'accusez pas de manquer au respect dû » au sabbat, car pour la loi on manque à la loi... je respecterai « le sabbat jusqu'à la mer. »

Les Falashas croient comme les Karaïtes que l'opération de la circoncision, quoiqu'une action religieuse, ne puisse se faire le sabbat; tandis que les rabbanites pensent qu'elle peut se faire aussi de sabbat (i). Les Falashas ne voient pas leurs femmes depuis le vendredi soir jusqu'au dimanche matin, car autrement, disent-ils, on devrait être mis à mort selon la loi (2). La loi, ou le pentateuque, n'ordonne rien à cet égard ; mais cela prouve que les Falashas possèdent un commentaire, ou explication traditionnelle du pentateuque, qu'il serait fort intéressant de connaître.

Les Samaritains, comme les Falashas, restent éloignés de leurs femmes le samedi; au contraire les rabbins recommandent aux religieux l'acte conjugal le jour du samedi. Ils ont également ordonné d'allumer une lampe particulière le vendredi soir, par opposition à la coutume des Samaritains, qui est aussi celle des Falashas et des Karaïtes, de n'avoir pas de feu chez eux pendant tout le sabbat (3).

Les Falashas possèdent un livre appelé Tiizaza Sanbat, ou

(!) Journal des Débats, ibid., 3e p., 3, col., et Réponses, p. 19.

(2) Ibid.

(3) Cette idée, relative à l'origine de ces deux institntions rabbioiques, appartient à mon pêre, le professeur S. D. Luzzatto. Voy. ses Lecmu d'histoirt jtulaiqac, p. 21, n. 1.

commandement du sabbat, dans lequel le sabbat est représenté comme plaidant avec Dieu en faveur des hommes ; d'où l'auteur de ce livre conclut que le sabbat doit être observé (1).

Un Falasha disait à M. d'Abbadie : Marie est la médiatrice des chrétiens, notre médiateur est le samedi (2). Cette explication superstitieuse du rôle poétique que joue le samedi dans le Tiizaza Sanbat, paraît tirer son origine d'une superstition semblable qui a cours chez quelques chrétiens d'Abyssinie, lesquels regardent le dimanche comme un grand saint, auquel l'on a consacré an jour dans la semaine.

Les chréliens d'Abyssinie nomment le samedi Sanbat Kadmi, ou sabbat ancien, par rapport au dimanche qu'ils nomment Sanbat Ihud, ou sabbat du premier (jour de la semaine), et qui est d'une institution récente relativement au sabbat du samedi.

Cela semble prouver que les chrétiens d'Abyssinie, comme tous les chrétiens des premiers siècles, solennisaient anciennement le dimanche, tout en conservant l'usage de fêter le sabbat de l'ancienne alliance. En effet, ils s'abstiennent encore aujourd'hui des travaux des champs le jour de samedi, mais non de toutes les autres choses dont s'abstiennent les Falashas, comme ou le peut voir dans la confession du roi Claude, ci-dessus citée ; c'est pourquoi ils nomment aussi le sabbat ancien, sabbat des juifs. Les Falashas aussi appellent le samedi sabbat ancien (Sanbat Kadmi), quoiqu'ils ne connaissent pasd'autre sabbat. M. d'Abbadie interrogea un Falasha sur la dénomination d'ancien qu'ils donnent au samedi, par ces paroles : «Vous dites aussi Kadmi. » ce qui est reconnaître implicitement notre sabbat du diman- » che. — Non, reprit le Falasha indigné, samedi s'appelle an- » cieh (Kadmavi), parce qu'il fut institué avant les temps, car » avant la création, il n'y avait qu'un jour, c'est-à-dire le sabbat » ou samedi. » Sur quoi M. d'Abbadie observe : Je ne me rappelle pas avoir ouï ailleurs cette magnifique définition du sabbat (3).

(1) Réponses, p. 13, et Gobnt. p. 260.

(î) Journal det Débats, ibid, 3' p., 5. col.

(3) Lettre particulière de M. d'Abbadie à l'auteur.

Pour donner un exemple du respect que les Falashas portent au samedi, je vais rapporter textuellement un récit tiré de la première lettre de M. d'Abbadie sur les Falashas (1). « Les Falashas » étant tons ouvriers, c'est-à-dire potiers, maçons ou charpen- » tiers, ils cherchent à se faire employer par le roi, ce qui leur » donne droit de porter une chemise avec le titre de badjar- » ound (2). Un vieillard, portant turban, c'est-à-dire revêtu des » fonctions de prêtre, se fit annoncer chez nous comme badjar- » ound Isaac. Il venait vendre un pentateuque (en cthiopique), » pour faire face à la famine, et s'enquérir de l'existence des » Falashas en d'autres pays. Nous lui parlâmes des juifs et de » leur respect pour le pentateuque. — Respectent-ils le sabbat » du samedi? dit Isaac avec impatience. — Sans doute, à tel » point qu'ils ne font pas de cuisine ce jour-là. — Tout n'est » donc pas perdu, et le monde n'est pas si mauvais que je l'avais » dit. Là-dessus badjar-ound Isaac se leva et entonna un hymne » dont le chant n'était pas sans charmes après les aigres psalmo- » dies des dabtara chrétiens (3). « Dieu d'Abraham, dit-il en finis- » sant, je te rends grâce. » Puis il ota son turban à la façon des » chrétiens de Syrie, et se prosterna devant son Pentateuque. »

PhiloxÈne Luzatto. (La suite au prochain numéro.)

(1) Journal des Débats, ibid., 3e p., 5e col.

(2) En Abyssinie, les moiues, les prêtres, les juges et d'antres personnages distingués, ont seuls le droit de porter uue chemise avec on bonnet ou un turban sur la tète ; l'habillement ordinaire des antres hommes n'étant qu'uue ceinture, nn pantalon serré qui leur va jnsque ant genoux, et un vaste manteau dans lequel ils s'enveloppent. (Voy. Sali. Voyage en Abyssinie, Paria 1812, t. 1, p. 241, et Gobai, p. 120.)

(3) Dabtara est, en Abyssinie, le nom vulgaire des chanoiues, dont l'office est de chanter des hymnes sacrées, et qui sont regardés comme descendants des anciens lévites (Ludolf, Hist. JEtiop., 1. III, chap. VII, § XXVIII, et Les.

l'.ll'Hi1<, p. 377) ; mais la signification primitive du mot dablara 'est tenir, pavillon.

==Fifth Letter==

Dijon, 17 juillet 1852.

LITTÉRATURE.

MÉMOIRE SDR LES JUIFS :/ u.v :>.!. OU FALASHAS. (Snite. — Voy. n° de Juin, p. 343.)

Outre la manière rigoureuse d'observer le sabbat, les Falashas ont un usage qui leur est maintenant tout particulier, mais qui doit avoir été anciennement commun à tous les juifs. Cet usage (1) consiste à regarder comme plus sacré encore que les autres, chaque septième samedi, qui est, disent-ils, un sabbat de grâce, où ceux qui font des prières ou des bonnes œuvres sont par le fait absous de leurs péchés. Le premier samedi se nomme Alef; le deuxième, Lamed ; le troisième, Ibarako ; le quatrième, Kamma- Yafaqar le cinquième, Amlake-Amlake-Igayyis ; le sixième, Amlake-Amlake-Nazaranni ; le septième enfin est Wabarako.

(1) Réponses, etc., p. 8.

Les deux premiers sont les noms de la première et de la douzième lettre de l'alphabet hébraïque, et les autres, selon M. d'Abbadie, paraissent être des commencements de prières en langue giiz. Quoique une partie de ces mots soit d'une institution relativement récente, c'est-à-dire postérieure à l'établissement des Fa- lashas en Abyssinie, il n'en est pas moins certain pour mof que la sanctification même de chaque septième samedi remonte à une haute antiquité. Il est vrai qu'il n'en est fait aucune mention dans la Bible, ni dans les écrits postérieurs des rabbins ; ainsi je crois qu'elle a été instituée par Néhémias après le retour de la captivité de Babylone, ou par ses successeurs immédiats. H est connu par le livre même de Néhémias, que ce pieux Israélite, qui était pacha de la Judée, s'adonna avec beaucoup d'ardeur à faire observer le sabbat par ses coreligionnaires, dont plusieurs ne l'observaient pas du tout, en faisant même le commerce ce jour-là. C'est pourquoi Néhémias se vit contraint, pour obtenir l'observation du sabbat, defaire fermer les portes de Jérusalem, du vendredi soir jusqu'au samedi soir, afin que les marchands n'entrassent point dans la ville (1). Ce fut aussi, selon moi, dans le but de fortifier le respect au sabbat que Néhémias avança la proposition, sans doute appuyée sur quelque texte du Pentateuque, que chaque septième samedi était un sabbat de grâce. En effet, cette institution est en parfait accord avec d'autres institutions mosaïques. La loi n'avait pas seulement consacré le septième jour de la semaine au repos des hommes, des bâtes, des esclaves, et partant aussi de la terre ; elle avait aussi consacré au repos de la terre la septième année (2), dans laquelle la terre ne devait être ni ensemencée, ni labourée, et dans laquelle, en outre, les créances ne pouvaient être exigées ; cette année s'appelait comme le septième jour, sabbat, c'est-à-dire de repos, et chémitta (niîaiP), c'est-à-dire relâche, abandon, à cause du double abandon de la terre et des dettes.

Mais après sept périodes de sept ans, c'est-à-dire après 49 ans révolus, il y avait une grande année sabbatique (3), pendant

(1) Néhémies, Xiil, 15-21.

(2) Exode, xxili, 10-12. Lévilique xxv, 2-7.DeQtéronome, XV, 1, etc.

(3) Lévitique, xxv, 8-10,49, etc.

laquelle on observait les mêmes lois que dans les autres, et, en outre, on criait liberté dans le pays à tous ses habitants, c'est- à-dire on remettait gratuitement en liberté les juifs que des circonstances fâcheuses avaient obligés à se faire esclaves, et on les faisait rentrer dans leurs possessions héréditaires qu'ils s'étaient vus obligés de vendre à d'autres personnes n'étant pas de leur famille. Cette grande année sabbatique s'appelait Yobel, ou Jubilé, parce qu'elle était annoncée au son du cor, nommé en hébreu Yobel SaV.

Or, l'institution des sabbats de grâces sert précisément de pendant aux années du jubilé.

Le sabbat de grâces est le grand jour de repos, tout comme le jubilé est la grande année de repos; il est le complément du samedi, tout comme le jubilé est celui de la chemitta. Deplus, comme au jubilé tous les esclaves acquéraient la liberté, de même au sabbat de grâces ceux qui font des prières ou de bonnes œuvres sont délivrés de la plus grande des servitudes, de celle du péché.

La seule différence qui existe entre le sabbat de grâces et le jubilé, c'est que celui-ci arrive après sept périodes de sept ans terminés, tandis que celui-là doit être nécessairement lui-même, le dernier jour des sept semaines. D'ailleurs, l'opinion de plusieurs savants chronologues, qui font coïncider le jubilé avec la quarante-neuvième année, et non avec la cinquantième, a été déjà soutenue très-anciennement par de savants rabbins, et peut avoir été aussi celle de Néhémias.

L'institution des samedi de grâces étant devenue inutile, tomba probablement en désuétude quelques siècles après Néhémias ; c'est pourquoi elle s'est conservée seulement chez les Falashas, séparés fort anciennement des autres juifs de la Palestine.

Entre les divers samedis de grâces qu'il y a dans l'année, il y en a un qui est plus saint encore que les autres; c'est le troisième, c'est-à-dire le vingt et unième de l'année. Cela n'est pas dit explicitement dans les réponses des Falashas, mais cela ressort, je crois, avec évidence, de ce passage de la quatrième réponse : o Le qua- » trième samedi du cinquième mois est le plus grand samedi de » l'année, Dieu descend alors, et toutes les bonnes œuvres ont

i) un plein effet ce jour-là. On nomme cette fête Barabu iT313, » c'est-à-dire a» quatrième (i) (samedi). On dit Yifitan Hna» » ouvrez-moi, c'est-à-dire absolvez-moi, seulement au prêtre fa- » lasua qui a e%commuuié par la parole Sp3 ou l'ordre de Moïse » et d'Aaron. Si la personne enfreint la sentence, on impose une » pénitence avant d'absoudre. »

J'ai été quelque temps sans comprendre pourquoi ces mots sur l'excommunication avaient été jetés dans un paragraphe dédié entièrement aux fêtes et aux jeûnes, car je ne devinais pas quel tien pouvait rattacher f excommunication avec la fête Barabu. Enfin je crois avoir compris quelle relation il y a entre cette fête et l'excommunication.

Les Falashas parlent ici de la manière dont on demande au prêtre l'absolution de l'excommunication qu'on a encourue par quelque péché, parce que si on demande l'absolution en Barabu par le mot éthiopien Iftah Hna> (non Yifitah) qui signifie absolvez ou délivrez, on a pins de probabilité de l'obtenir que dans d'autres jours, puisque ce jour-là toutes les bonnes œuvres ont un plein effet. Barabu serait donc un sabbat de grâces, puisque c'est dans ces sabbats que ceux qui font des prières oit de bonnes œuvres sont par le fait absous de leurs péchés. Il l'est en effet, et voici comment je le prouve. Dans la première lettre de M. d'Abbadie, je trouve la fête Barabu mentionnée dans cette période (2) : «La » nouvelle lune de Nahasé se nomme Chagi-Barabou, et est une des B grandes colonnes (fêtes) de l'année. » Ici la date de Barabu diffère de celle donnée dans les Réponses, car on la fait tomber dans la lune ou dans le mois lunaire des Falashas. qui coïncide en partie avec le mois abyssin appelé Nahasé, le dernier de i'an- née, et non le cinquième comme il devrait être d'après les Réponses ; c'est, an contraire, la lunaison des Falashas qui' est la cinquième de leur année religieuse. Il me paraît évident, en conséquence, que, dans le passage des Réponses où il est dit que

(1) Le texte des Réponses imprimé dans les Archives, a ici, par une faute typographique, quatrième au lieu de an quatrième, qui est la vraie signification de l'éthiopique barabu, correspondant à l'hébreu, >iP3T3-

(2) Journal det Détats, 6 juillet 1S43, ;'" p. 5> col.

Barabu tombe dans le cinquième mois, il faut entendre non dans le cinquième mois abyssin, mais dans la cinquième lunaison des Falashas qui est celle d'Ab.

Nous aurons bientôt à constater d'autres exemples de la confusion des mots mois et lunaison (1). Baraba tombant donc dans le quatrième samedi de la cinquième lunaison (après Nesan), il est aussi le vingt et unième samedi de l'année religieuse des Falashas, tous les ans à peu d'exceptions près ; or, le vingt et unième samedi est le troisième samedi de grâces, comme je l'ai dit.

Dans la lettre de M. d'Abbadie , après les paroles que j'en ai citées, il y a : « Le 28 Nahasé est l'anniversaire de la mort » d'Abraham, de Sara, d'Isaac et de Jacob. On mange le gera ce » jour-là, et on l'appelle bakar-baal, ou fôte aînée, probablement » parce que c'est la plus ancienne. » Le renseignateur de M. d'Abbadie a confondu ici Barabu avec la fête commémorative de la mort des patriarches, fête qui, ainsi que nous le verrons plus bas, tombe dans une autre époque. Quant aux mots : Le t8 Xahasé, il faut y suppléer de la lune de Nahasé.

Le nom bakar-baal, que M. d'Abbadie traduit fête aînée, parce que baquir signifie en éthiopique aîné ( comme l'hébreu T33 ), me paraît devoir être pris dans le sens de l'hébreu 1133 prémices, et la fête être nommée fête des prémices. Il est vrai que dans le Lexique de Ludolf, le mot bakar n'a point le sens de prémices, mais combien de mots ne manque-t-il pas à ce dictionnaire, qui a été fait snr une minime partie des livres qui composent la litté- ' rature éthiopienne? Il est à espérer que M. d'Abbadie voudra bien, avec les nombreux matériaux qu'il possède, perfectionner le travail que Ludolf n'a fait qu'ébaucher.

l'ui! H\l.-m.. LUZATTO. (La suite au prochain numéro.)

(1) Cette confusion se montre anssi dans le passage cité an commencement «le ce paragraphe, où l'on parle certaiuement de luues, et où l'on emploie indifféremment tantôt le mot lune, tantôt le mot mois.

==Sixth Letter==

MÉMOIRE SUR LES JUIFS D'ABYSSINIE OU FALASUAS.

(Suite. — Voy. n° d'Août, p. 471.)

Le gera qu'on mange le jour du bakar-baal est un grand pain qu'on mange aux jours de grande fête ; voici la description qu'en ' fait M. d'Abbadie : (1) « Le gera est un pain de trente-deux li- » tres de farine, assaisonné de poivre, nigella sativa, de co- » riande, de girofle et d'autres épices. Il reste toute la nuit à cuire » sur une plaque de poterie couverte d'un dême bien enté. On » coupe ce pain monstrueux avec un sabre courbe, et pour le » manger on y ajoute encore du piment moulu dans du beurre. » Selon la ration ordinaire, un gera suflit à soixante-dix per- » sonnes- n

Le jour de chaque lune est pour les Falashas, ainsi que pour tous les autres juifs- une fête (2). « En outre, ajoutent les Falashas, le » premier jour de la lune est dit sibkat, ou jour de prêche ; le » vingt-neuvième de la lune est un jour gardé, et le trentième » est un jour de prêche ; on compte un quand on voit la nouvelle lune (3). » Cette dernière expression semble indiquer que les Falashas attendent, pour commencer à compter la nouvelle lune, de l'avoir vue réellement; tandis qu'en faisant toutes les lu- nes de 29 et de 30 jours, il est impossible que le premier jour de

.' (1) Jowmaldet Débatx, 6 juiIlet 1845, 3* p., 4'col.

(2) Bcponxet, etc., -i* rep. p. 8

(3) Ibid., p. g

chaque lune coïncide toujours avec celui de la lune. Pourtant, d'un autre passage du commencement de la quatrième réponse, il paraît certain que les Falashas regardent la lune pour déterminer la fin et le commencement de leurs lunaisons ; car \oilà comment ils s'y expriment : Le lendemain du jour où l'on ne peut plus voir la lune on observe le jeûne, car le Pentateuque dit : Gardez la lune ou le mois; et que ce jour grossièrement caractérisé ne peut être que celui dans le soir précédent duquel on n'a pas pu voir la lune, qui est, nous l'avons deja vu, un jour de jeûne.

Comment lever cette contradiction, au moins apparente, entre l'examen réel de la lune et les mois lunaires à jours Axes? Il faut que les Falashas aient pour cela quelque méthode que nous ne connaissons pas, comme celle d'intercaler chaque troisième année un jour, en faisant la douzième lunaison de 30 au lieu de 20 jours. Car ce n'est que de trois en trois ans que la différence d'un jour se fait sentir entre la néomenie céleste et celle des Falashas, à cause de l'excédant de 44 minutes que le vrai cours de la lune (29 jours 12 heures 44 minutes ) a sur celui que les Falashas, par leurs lunaisons de 29 et de 30 jours, attribuent à la lune (29 jours 12 heures).

Quant à l'expression tirée du Pentateuque gardez la lune, avee la citation de l'Exode et des Nombres, elle répond aux mots ïnn flX IIOï ? Gardez la lune, de la phrase 3»3Nn Btn flN -\DV ijardez la lunedes épis du Deutéronome (xvi, 1) par lesquels on enjoint l'observance du mois de Nisan appelé mois des épis, dans lequel tombe la Pâque, et qui doit être le premier de l'année, mais dont les Falashas et les anciens juifs paraissent avoir déduit l'ordre général de regarder la lune pour déterminer la fin etle commencement des mois lunaires.

A chaque nouvelle lune, les Falashas font un sacrifice, \oici leurs propres paroles (1). « Moïse ordonne de faire le quirban » ou sacrifice 'de froment avec l'agneau d'un an. et nos prê- » tres font ces deux sacrifices à chaque nouvelle lune et à chaque » grande fête. L'adjonction du vin est ordonnée par Moïse : si » nous en manquons, nous employons la bière. » La conservation des sacrifices est un des traits les plus caractéristiques des Falashas, car ils sont les seuls juifs qui les pratiquent encore. Pourtant, comme les Falashas sont fort pauvres, ils ont abandonné les sacrifices quotidiens du matin et du soir, et le sacrifice additionnel du samedi, et n'ont conservé que celui des grandes fêtes, Y compris le jour de la nouvelle lune. Mais, ce sacrifice même, ils l'ont beaucoup rétréci, et au lieu de deux jeunes taureaux, d'un

(l) Rtponte, f. 19.

bélier et de sept agneaux, avec leur offrande et leur libation, qu'ordonne la loi de Moïse, ils ne font que le sacrifice d'un agneau d'un an, accompagné de l'offrande de froment et de la libation de vin, ou, en l'absence de vin, de bière.

Comme la conservation des sacrifices est un de ces traits qui servent souvent à distinguer les Falashas des autres Juifs, je vais en examiner la cause, et, cette cause trouvée, en déduire quelques conséquences sur l'origine des Falashas.

Selon la loi de Moïse, il était sévèrement défendu de faire les sacrifices autre part que dans le temple de Jérusalem. Les autels élevés par Jéroboam, roi d'Israël, à Beth-El et à Dan, et ceux élevés par quelques descendants de David et par des particuliers dans le royaume de Juda, étaient hautement réprouvés par la loi et par les prophètes.

Dans la captivité de Babylone, il parait certain que les Juifs ne faisaient point de sacrifices, au moins les livres d'Ézéchiel et de Daniel, qui vécurent dans ce temps-là, n'en font jamais mention. De plus, Jérémie, contemporain d'Ézéchiel, et qui vivait en Palestine, dans l'adresse qu'il envoya à ses frères de la Babylonie, et où. il les exhorte (xxlx, 7) à prier Dieu pour le salut de la ville où Dieu les a fait émigrer, ne dit pas : « Offrez des holocaustes propitiatoires à Dieu pour cette ville; » ce qu'il n'aurait pas manqué de dire, s'il avait cru qu'à cause de l'éloignement de la mère patrie et de l'impossibilité de se porter à Jérusalem, il leur était permis de faire les sacrifices dans la Babylonie. Après le retour de Babylone, aucune mention n'est faite des sacrifices avant l'époque où fut rebâti le temple de Jérusalem et le culte rétabli. Depuis lors, ils ne furent plus interrompus jusqu'à la destruction définitive du temple par Titus, et pendant tout ce temps, les Juifs, dispersés en grand nombre dans l'Arabie, dans la Mésopotamie, dans la Perse, dans la Médie, dans l'Assyrie, dans la Géorgie, dans l'Asie mineure, dans la Grèce et dans l'Italie, pays dont quelques-uns étaient également et même plus éloignés de la Palestine que l'Abyssinie, restèrent fidèles à la loi de Moïse, et n'élevèrent point de temple ou d'autel dans leur pays pour y faire des sacrifices. S'ils voulaient en présenter, le voyage de Jérusalem devenait indispensable.

Une seule exception se présente (1), etcela dans un pays situé

(1) Je dis une seule, parce que le temple élevé par les Samaritains sur le mont Garizim à l'époque dont je parle, le fut expressément dans aue intention hostile au temple de Jérusalem ; car les Samaritains soutenaient que Dieu devait être adoré sur le mont Garizim, et non à Jérusalem, et ils considéraient rumine bérétiques tous les Juifs, parce qu'ils tenaient pour saint, et Salomon en particulier, parce qu'il avait bâti le temple de Jérusalem. C'est pourquoi le leur jouissait de toutes les prérogatives de celui-ci, et il était défendu aux Samaritains de sacrifier antre part que sur le mont Garizim.

entre la Palestine et l'Abyssinie, où vivait un grand nombre de Juifs. — Ce pays est l'Égypte.

Les Juifs égyptiens seuls s'étaient affranchis du temple de Jérusalem et avaient fait bâtir dans la ville de Léontopolis, dans la basse Egypte, un temple pareil à celui de Jérusalem, pour y faire les sacrifices, et pour faciliter l'accomplissement de ce devoir religieux aux nombreux Juifs épars dans toute l'Égypte, et qui n'auraient pas pu se porter au temple de Jérusalem, dont, d'ailleurs, ils reconnaissaient la sainteté, et qu'ils respectaient comme les autres Juifs.

L'époque de la fondation du temple de LéootopolIs n'est pas bien certaine, mais on ne peut pas la faire sortir du temps des Ptolémées;car lesTalmudistes l'attribuent à un certain Onias, fils de Siméon le Juste, pontife de Jérusalem au temps d'Alexandre le Grand, et l'historien Flavins l'attribue à un autre Onias, fils d'Onias III, pontife de Jérusalem, et contemporain de Ptolémée Philoiuétor (environ cent cinquante ans avant l'ère vulg.). Les Juifs, pour qut le temple de Léontopolis avait été bâti, étaient, du reste Orthodoxes, et ne différaient en rien des autres Juifs. On les appelait Hellénistes, parce que, vivant parmi les Grecs, ils parlaient grec, et non pas hébreu ni chaldéen, comme ceux de la Palestine.

Or, comme les Falashas passèrent certainement en Abyssinie après le retour de Babylone, ainsi que nous l'avons montré ci- dessus, et comme nous avons également vu qu'en Babylonie ils ne peuvent point avoir appris que réloignement de la Palestine permettait de faire les sacrifices hors de Jérusalem; s'ils ont conservé l'usage des sacrifices en Abyssinie, il est très-probable qu'ils descendent des Juifs hellénistes d'Égypte, les seuls qui les faisaient hors de Jérusalem ; et cette probabilité se changera en certitude, lorsque nous aurons montré les autres points de contact que les Falashas ont avec les Hellénistes égyptiens. II est vrai que lesFalashasne paraissent pas avoir de templecommun où faire les sacrifices, comme celui de Léontopolis; mais cela n'est pas une sérieuse opposition : le plus urgent, était d'établir le principe que les sacrifices pouvaient se faire hors de Jérusalem et de la Palestine en cas d'éloignement : ce principe une fois admis, il devenait facile de permettre les sacrifices partout où l'on se trouvait, et les Falashas ne pouvant se porter à Léontopolis pas plus qu'à Jérusalem, et ne pouvant, d'ailleurs, soutenir les frais d'un grand temple commun, se seront permis de faire les sacrifice» dans chaque ville, plutôt que de ne pas les faire du tout.

Outre le jour de la lune nouvelle, les Falashas solennisent aussi le quinzième de la lune. Cela parait clairement par ces paroles (1) :

(I) Réponses, p. 20.

Nous solennisons le quinzième jour de chaque lune. Cet usage, étranger aux autres juifs, de fêter le jour de la pleine lune, est commun à d'autres peuples. On sait que les ides des Romains n'avaient pas d'autre origine. Les Chinois fêtent également le jour de la pleine lune, et cet usage est suivi par les juifs qui demeurent parmi eux.

Les Falasbas donnent au quinzième de la lune le nom de ciki- n.k>... qui signifie, dit M. d'Abbadie (1), dans le dialecte parlé desFalashas, de lune cinq; mais je ne comprends pas pourquoi cette dénomination a été choisie plutôt que celle de de lune quinze, qu'on s'attendrait à lui voir appliquée. Quoi qu'il en soit, le ciki- ankua est bien certainement le quinzième jour de la lune, puisqu'il est, disent les Falashas, la commémoration de Pâques et de la fête des Tabernacles (2), et autre part (3) : « le quinzième jour de chaque lune est la fête des Tabernacles. »

Cela signifie, à mon avis, qoe Pâques tombant dans le quinzième jour de la première lune, et la fête des Tabernacles dans le quinzième jour de la septième lune, le quinzième de chaque lune sert de commémoration ou de signe mnémonique pour ces fêtes.

C'est ainsi que le dizième de la lune appelé ciki-asart (4), est la fête servante ou gardienne (commémorative) de la fête de Astariyo, qui est le jour de l'Expiation, lequel tombe dans le dixième de la septième lune.

Cette fête offre un exemple de laconfnsion des mots mou et lune. Dans la quatrième réponse (p. 8), ciki asart est nommé le dixième jour de chaque lune, et ces fêtes, y est-il dit, sont seulement les fêtes mensuelles d'Astariyo; mais à la fin des réponses (p. 20), la fête servante ou gardienne (commémorative) d'Astariyo, que ces mots suffisent pour identifier avec le ciki-asart, est le dixième jour de chaque moi* , ce qui n'est évidemment qu'une faute, au lieu de lune. PhiloxÈne Luzatto.

(i)Ibid. p. 9.

(2) D'après une communication verbale de M. d'Abbadie ciki (tchiki) ao- Icua, pourrait signifier quinze dans le dialecte des Falasbas, car tchaêi signifie dix dans ce dialecte et anl-ua, cinq. Or, pour dire onze, on dit tchakila et la est l'abréviation de latin, un ; en conséquence, on dira anssi probablement Ic/iati ankua pour quinze, et ce sera là le nom véritable du quinzième de la luue. Cela est d'aulant plus probable que luue se dit dans le dialecte des Fa- lashas sara/c et que tchiki ue paraît pas avec ce sens dans le vocabulaire de ce dialecte composé en Ethiopie par M. d'Abbadie, et dont nous parlerons plus tard.

(3) Réponset, p. 7.

(4) D'après ce que nous venons de dire dans la note précédente, ces mots seraient une tantologie; car asm tu est le mot giiz qui signifie dix.

==Seventh Letter==

M. d'Abbadie (I). Le sacrifice pascal des Falashas consiste dans un agneau d'une année, dont lescornes ont commencé à tourner, qu'on mange debout avec du pain azyme. Les Falashas ceiguent leurs toges sur le bas du corps pour le manger, ce qui est un us abyssin pour témoigner le respect, et de cette façon, dit M. d'Abbadie, on ne peut pas faire trois pas de suite sans trébucher.

Le 15 Nesan, avons-nousdit, d'après les Falashas, est un jour saint, à dater duquel on mange du pain azyme jusqu'au 21, c'est- à-dire pendant sept jours (2). On arrache de la congrégation, suivant les Falashas, ceux qui mangent du pain levé pendant les sept jours après Paques (c'est-à-dire après le jour du sacrifice de l'agneau pascal). On devrait les lapider, mais aujourd'hui, comme on n'a pas de roi juif, on se contente d'infliger une pénitence, qui est le don d'une chèvre d'un an (3). Le Pentateuque dit que celui qui mangera du pain levé pendant les sept jours de Pâques, sera rayé de la congrégation d'Israël. On ne sait si, par cette expression. Moïse indique une peine temporelle connue de son temps, ou s'il ne veut menacer que d'une peine céleste, que Dieu seul doit infliger : les rabbins l'ont entendu de la seconde manière ; il semble que les Falashas l'aient entendu de la première, et il ne serait pas impossible que leur explication remontât jusqu'à Néhémias, puisqu'il est naturel que de son temps, où il fallait faire respecter la religion et ses pratiques qui étaient en décadence, il se soit vu obligé d'infliger une peine corporelle, la mort même, pour faire observer la Pâque, et que, lorsque cette rigueur cessa d'être nécessaire, les rabbins postérieurs qui, quoiqu'en disent quelques-uns, n'étaient rien moins que rigoristes et stationnais adoptèrent une autre explication, plus en conformité peut-être avec la loi.

La durée de la Pâque chez les Falashas est, nous avons vu, de sept jours, du 15 au 21 Nesan, comme il est ordonné par la loi (Exode, xii,18) et comme le font encore aujourd'hui les Karaïtes, les Samaritains et les juifs de Jérusalem ; les autres Rabbanitesau contraire la font durer huit jours.

Le nom de la Pûque est, chez les Falashas, Fishi (4); mais, comme ce mot a de la ressemblance avec les mots éthiopiens fIsha (gaudinm, laHilia), tafasha (gavisus, laetalus est), et tafsiht lgaudinm) (5), auxquels se rattache peut-être aussi le HDfl hébreu (6), de Fishi on a fait Baala tafsiht, qui est le nom vulgaire

(1) Journal des Détail, 6 juillet 1845, 3'page, 5e col.

(2) Ibid. et 4crép., p. 7.

(3) Ibid., p. 8.

(4) Képonset, etc. p. 19.

(5) Ludolf, Lex Eihiop., p. 460.

(6) Je m'étonue que le savant Ci..- cuius, il.iin »on Thettmrut lingues hebrea, (הערת שוליים נמשכת לעמוד הבא:) etc., ait supposé que les Arabes et les Syriens écrivent le mot פסח l avec Tzadi afin d'y retrouver plus facilement dans leur langue le sens de joie, sans penser aux mots éthiopiens ci-dessus cités, qui tous s'écrivent avec la lettre qui répond à la Sameh, et qui tont supposer que la raciue hébraïque פסח l («tuta) a eu aussi le sens de gaudere, exsuttare, qui pent être dérivé du primitif muter, comme du latin Saltare est venu exsullare.

(I). Journaldet Débats, 6 juillet 1845, 3e p., ô'col.

Le mot qui correspond au פסך hébreu est pourtant, dans les traductions éthiopienues de l'Ancien et du Nouveau Testament, Fasika "|DÏ3 (Oct. Roch., fol. 50, 3« col. ; 51, 2» et 3e col. ; 96, 3= col., à l'Exode, XII, 21, 27, 43, 48 ; Lévit. xxili, 25. Lexique de Ludolf, 1'° édition, col. 467). Le nom hébreu de la Pâques, חג המצות ,féle des Azymes, est rendu par les mots חג נית» Uga nayt, dans l'Exode, Xxxiy, 18 (Oct. Roch. 73, 1 ; Pent. vans., p. 173). ///;/" répond à l'hébreu חג| dont il n'est probablement qu'une altération, car au LéviU, XXIII, 6, il est remplacé par baala, fête, et nayt signifie azyme, (Lud. lex. col. 238).

Dans le dialecte particulier des Falashas, azyme se dit hitta.

(?) Journal des Débats, ibid.

de la Pâque chez les Falashas, et qui signifie fête de joie (I).

Le 22" jour de Nesan s'appelle le jour de Boho, ou de pain fermenté (2) puisque ce jour-là on commence à manger du pain fermenté, après sept jours qu'on ne mangeait quedu pain azyme.

Cinquante jours après Pâques, les Falashas ont la fête qu'ils nomment Mai-irar, et qui est aussi celle de la réception de la loi. C'est évidemment la Pentecôte, ou la fête appelée שבועות, fête des semaines, dans la Bible, et qui, selon un calcul qui ne peut trop s'éloigner de la vérité, estconsidérée par tous les juifs comme l'anniversaire de la promulgation du Décalogue sur le mont Sinaï. Selon le Pentateuque, cette fête devait tomberdans le cinquantième jour, ou sept semaines, à partir du jour de Pâques, où l'on avait offert au temple les prémicesde l'orge, la plus hâtive descéréales, c'est pourquoi on nommait cette fête celle des semaines. Elle portait aussi le nom de חג הקציר fàe de la moisson, parce qu'elle devait tomber à la fin de la moisson des céréales, commencée en Pâques par l'orge, et qui se terminait dans la Pentecôte par celle du froment dont on présentait les prémices à Dieu. Comme le jour de cette fête n'est pas explicitement fixé dans la Bible, et que le motif agricole a disparu à l'émigration de la Palestine, on n'est pas d'accord sur le jour à partir duquel l'on doit compter les cinquante jours, dont le dernier est la Pentecôte. Les Rab- banites partent du second jour de Pâques ; les Karaïtes et les Samaritains du dimanche de Pâques. Les Falashas au contraire ont un système particulier, car ils commencent à compter les cinquante jours du jour de boho, c'est-à-dire de celui qui suit les sept jours de Pâques. Cela résulte avec évidence des passages suivants des Réponses: « Cinquante jours après Pâques est la fête

» de Maïrar ou de la réception de la loi (1). a « Pâques est le len- » demain de la pleine lune et cinquante-sept jours après, vient la » fête de Maïrar, c'est-à-dire en ajoutant cinquante jours aux » sept journées de Pâques (2). » aLei2ejourde la lune qui com- » menee dans le mois de Sané est la fête de Tuvani Munir- jour » où Moïse reçut la Loi (3). » Sané estlenom d'un mois abyssin, qui est le troisième après Miazia, nom d'un autre mois abyssin, dans lequel tombe la Pâque des Falashas; et la lune qui commence dans le mois de Sané est pareillement la troisième après celle de Pâques ou de Nesan. Or, en comptant cinquante jours en arrière à partir du 12' de la lune de Sané, l'on a douze de cette lune, vingt-neuf de la précédente et neuf de celle de Nesan, ce qui nous fait tomber, comme je l'avais dit, au jour de Boho, ou au 22 Nesan. En effet les Falashas disent aussi : « La fête de Maï- » rar, comptée 80 jours après Pâques, coïncide toujours avec la » même lête comptée par la lune de Sané (*)... » Dans un autre passage ils s'expriment ainsi : « le douzième jour de la dixième » lune est la fête dite Maïrar; on donne alors les dîmes aux » prêtres (5). » Il est facile de voir qu'il y a ici un lapsus lingucn, et qu'au lieu de dire de la dixième lune on devait dire de la lune du dixième mois, puisque ce n'est pas dans le douzième jour de Sané, qui est réellement le dixième mois abyssin, que tombe la fête de Maïrar, mais dans le douzième jour delà lune du mois de Sané, qui est la troisièmes

Le nom de Maïrar signifie en éthiopique moisson (6) et répond exactement au mot hébraïque T>xp. Les Falashas emploient une fois le mot Tuvani - Marar, qui est le nom qu'on donne ordinairement à cette fête, selon M. d'Abbadie (7); en conséquence il paraît que le premier soit particulier aux savants Falashas, et que le second soit plus familier au peuple. Celui-là en effet est la traduction du nom hébreu qui, en Abyssinie, ne peut plus s'appliquer à cette fête, l'époque où elle tombe correspondant à l'entrée de l'hiver, ou temps pluvieux dans ce pays ; tandis que le second signifie, assure M. d'Abbadie, l'entrée de la saison des

(I) Réptmte,, 4«rép., p. 7. (>) Ibid., p. 19.

(3) Ibid., p. 9.

(4) Ibid.

(o) tfaid., p. 8.

(6) Ludolf, Lex. élliiop., lrc édit., c. 263. Oct. Rocbet, fol. 90, cl..*. 97, cl. 1.

Dans le Pentateuque éthiopien le nom de la fête de» semaines est traduit Iit- téralement taala Santat, fêle deatemainet (Peut. Rocb, fui. 73, «*t. 2. Vaaf, p. 174).

(7) Journal dei Débais, ibid.

plaies (1) : dénomination qui lui convient bien, et dont le sens est plus à la portée du vulgaire.

Ajoutons que de tous les passages cités ci-dessus il résulte que Mairar, ou la Pentecôte, ne dure qu'un seul jour chez les Falas- has, de même que chez les Karaïtes et les Samaritains, qui suivent en cela le Pentateuque, tandis que pourles Rabbanites, hors ceux de Jérusalem, elle dure deux jours.

Le premier jour de la septième lune, les Falashas ont une fête qu'ils appellent ypHO Sjn (2) Baala Matki, en giiz; nom qu'ils expliquent par fête des tambours. Cette fête est sans doute celle que le Pentateuque ordonne pour le même jour, et qu'il appelle nj?Vtr QV, jour de retentissement, car on l'annonçait au son des trompettes ; les Falashas ont conservé mieux que les autres juifs, la dénomination primitive de cette fête, car ceux-ci l'appellent rUiCH EST! ou commencement de l'année (3). Cette fête ne dure qu'un jour pour les Falashas ainsi que pour les Karaïtes et les Samaritains ; pour les Rabbanites, y compris ceux de Jérusalem, elle dure un jour davantage.

Dans la .première lettre de M. d'Abbadie, cette fête est parfaitement oubliée.

Dix jours après la fête des Tambours, les Falashas ont Astario, qui est le jour de l'expiation des péchés, et dans lequel on jeûne quoique ce soit une fête (4).

Cette description combine en tous points avec celle du jour de l'expiation, que tous les juifs d'accord solennisent le dixième jour de la septième lune, d'après le Pentateuque. Mais selon les Falashas, cette fête est aussi celle de l'apparition de Dieu à Jacob, circonstance entièrement inconnue aux autres juifs , ainsi que le nom même de la fête qui est écrit dans les Réponses Astari, Astario, Astariyo.

(1) Journal des Délais. Je dois avouer pourtant que cetle traducliou ne me satisfait pas pleinement ; car, quoique le mot louvani puIsse être le mot éthiopien ta«n, pluie d'été, je ue puis expliquer marar autrement qu'en I identifiant avec maïrar, mouson, de sorte que louvani «larar ait la sigmucation de pluie de la moisson.

(i) Réponses, p. 8. Ludolf donne à matki le «ensde bucàna ou trompette et il explique la racine taka, par tuba cecinit, ce qui est la signification de l'hébreu taka i?pn correspondant (Les. etliiop. 416-417).

Pourtant la traduction éthiopique des mots tTijnn fYOT' souvenir de retentissement (Levit. xxtli, 24), est tazkara samatki, ce qui montre que matki signifie anssi retentissement, et non-seulement tambour et trompette (Oct. Roch., Toi. 97, 2).

(3) On peut voir les différentes opinions sur l'origine de cette dénomination dans le dictionnaire de Wiuer, 2« édit., p. 626-27, et dans la Palestiue de M. Munk, p. 184.

(4) Réponses, p. 8, 20, 10.

Selon la lettre de M. d'Abbadie (1), Astari s'appelle aussi fête de Joseph, et l'expiation des péchés n'y est point mentionnée. Le jour de cette fête on lit l'ouvrage appelé comme la fête Astari (2).'

Cinq jours après Astari (c'est-à-dire le quinzième jour de la septième lune) est la fête des Tabernacles (3).

Dans la première lettre de M. d'Abbadie on lui donne le nom de Baala Matsalat, qui est la traduction éthiopique du nom hébraïque JTDDn 3H, fête des Tabernacles (4), et que M. d'Abbadie voulait traduire ainsi ; mais un Falasha l'assura que c'est la commémoration des festins que donna Joseph à son père après avoir passé cinq jours à faire des provisions.

On connaît le précepte du Pentateuque relatif à cette fête: « Et vous prendrez dans le premier jour des fruits d'un arbre majestueux, des branches de palmier, etd'un arbre épais, et des saules de torrent, et vous vous réjouirez devant le Seigneur votre


(1) Journal des Dcèats, I. c.

(2) Id. ib. Ce mot est une corrnption du nom que porte le jour de l'Expiation dans le Pentateuque éthiopien.

Ce nom est astariyu ou aslariyul, substantif qui signifie apparition, vision (Lévit. xxili, 26, Oct.R. 97, l.Pent. V. p. 237, et Lév.,xxv, 9,Oct. R. 98, 4, Pent. V. p. 240). Il paraît aussi à la fin d'uue longue prière falasha en langue giiz, que M. d'Abbadie a eu l'obligeance de me communiquer, et où le passage du Lévit.xxill, 2G, se trouve intercalé. Tont ce que je puis dire relativement à ce nom, c'est qu'il parait avoir été substitué très-ancienuement, soit par inadvertance, soit volontairement au mot très-semblable astasirynt, rémission (des péchés), parce que le verbe "l23 est rendu presque toujours en

éthiopien par la racine de ce mot-là, taraya, ignovit, remissit (peccata) et sons la forme d'aslasirya, inlcrcessil (pro aliquo). Il est vrai qu'il n'y a que le substantif siryai qui signifie rémission, mais aslasiryu peut avoir existé, quoiqu'il ne soit pas enregistré dans le Lexique de Ludolf.

Ce qui rend mon hypothèse fort probable, c'est que dans un des passages où paraît le verbe ")JJ3 (Lév. xxm, 26), un des man. porte axtatirya, et l'antre

astaraya. Il faut avouer que si elle est vraie, l'erreor doit être très-ancienne, puisqu'elle a donné lieu à l'histoire, forgée assurément sur le mot aatariyut de l'apparition de Dieu à Jacob.

Mais d'autre part, comment concilier cette hypothèse avec le nom d'rulari ou astariyuf, donné au livre même qu'on lit le jour de cette fête ? Ce livre nous apprendrait probablement quel sens les Falashas attribuent au nom qu'il porte, mais M. d'Abbadie ne le possède pas dans sa collection.

(3) Réponses, p. 8.

(4) V. Lévit., xxx, 24, dans l'Oct. Roch., fol. 97, 3, et dans le Pent vans., p. 237. Le nom de fête de la récolte que porte cette fête, IV XXX1T, 22, se rend en éthiopique par 6aala miquirai (Oct. R. 73, 2. P. V. 174). Lu- dolf ue donue a ce dernier mot que le cens d'ailes sacra, syitagoga; mais * présent il faut lui ajouter celui de recolle. Ces deux acceptions s'expliquent en songeant au mot synagoga, et à l'hébreu flD3D (réunion, assemblée). En effet, la racine de miyuirab correspond évidemment à l'hébreu 3"\p, approcher, u- semoler.

Dieu pendant sept jours (I).» Les Caraïtes pensent que la loi ordonne de prendre ces fruits et ces branches pour en faire etpour orner les tentes, sous lesquelles on doit séjourner pendant ces sept jours, et qui ont donné leur nom à la fête. Les Rnbbanites au contraire, croient qu'on doit se réjouir dans le temple et faire des processions avec ces fruits et avec ces branches: et quelle que soit l'interprétation qu'on adopte pour les paroles du Penta- teuque, il est certain que déjà plus d'un siècle avant l'ère vulgaire on l'entendait comme les Rabbanites d'aujourd'hui, à Jérusalem (2).

J'avais interrogé les Falashas pour connaître leur manière de pratiquer ce précepte ; mais, comme je me suis abstenu d'entrer dans des particularités sur la discordance d'opinions entre les Karaïtes et les Rabbanites, de peur qu'ils me donnassent telle réponse qu'il leur paraîtrait m'être plus agréable, ils ne me dirent rien sur l'emploi des choses que la loi ordonne de prendre ; ils ne me dirent que les noms de ces choses. Voici comment ils s'expriment (3) : Nous n'avons pas de fruits ici, et ne tenons pas compte de ces préceples. Nous prenons des palmiers et des branches de zigba et de qaha ; j'admets le précepte, mais nous ne le suivons pas (c'est-à-dire celui des fruits). »Le zigba ouzagba est ainsi expliqué par Ludolf dans son Lexicon (p. 304—î>.) : « Zagba .Kihiopilms arbor est cupresso similis, scd ramis et foliis » adeo densis ut solem pariter et pluviam arceant, non lumen » adeo erecta est ut cupressus ; » et qaha y est expliqué par Salix (p. 289).

Voilà terminé l'exposé des grandes fêtes que les Falashas ont en commun avec les autres juifs. Mais ils en ont quelques autres qui leur sont particulières.

« Le i 0e de chaque mois se nomme Arfe asart, c'est une fête » secrète 7i?3i311, et elle fut établie par les prêtres qui survécu- » rent à la destruction du temple- il n'y a que deux fêtes fixes, » celle-ci et celle du 18 yakatit (4). »

Comme en parlant du 18 yakatit on dit : Cette fête est fixe et ne dépend pas de la lune, il paraît qu'on doit expliquer de la même manière la même expression relativement à FArfe asart, comme le prouve aussi le mot moIs employé ici, qui ne s'applique avec exactitude qu'aux mois abyssins, et l'existence d'un autre nom en harmonie avec le caractère de la fête, pour le 10« de la lune, qui est ciki asart (de lune dix). La première lettre de

(1) Lévitique, xxiii, 40.

(2) Voyez tes leçons d'huloir» de mon père, p. 169.

(3) Réponses, f. II.

(4) Ibid., p. 9.

M. d'Abbadie ne parle que du 10° de la lune, qui y est confondu avec le 10'du mois, et auquel on donne le nom de celui-ci, Arfe asart. « Nous devons dire, ajoute M. d'Abbadie dans sa lettre (1) » qu'un Falasha instruit nous expliqua autrement la fête dite Arfe » asar (dixième dela lune). Selon lui c'était en 1842, le 25 namlé, » puis le 25 nahasé, puis le 20 lmIskarram, à cause des cinq jours » complémentaires, et ainsi toujours de trente en trente jours, » de telle sorte que cette féte fait le tour de l'année en soixanle- » treize ans. S'il en est ainsi, l'institution de cette fête semble- » rait dater de l'époque où les Egyptiens et probablement le reste » du monde, usaient de l'année vague de trois cent soixante » jours. » 11 me parait que le Falasha qui donna cette explication ne parlait pas du 10e de la lune, car il ne peut tomber avec cette exactitude de trente en trente jours, mais bien du 10' du mois abyssin, ou d'un mois quelconque de trente jours, qui ne se règle pas sur la lune (2).

o Le 18e jour du moIs de yakatit, est la fête de la commémoration "OUI d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, qui sont morts tous » les trois le même jour (Yakalit est le il' mois). Cette fête esl » fixe et ne dépend pas de la lune (3). » Les Falashas font des taskar, ou festins commémoratifs, pour tous les morts, et cet usage est universel chez les Ethiopiens, auxquels les Falashas paraissent l'avoir emprunté. Cela explique pourquoi le tazkar des Patriarches ne suit pas le calendrier lunaire des Falashas, mais

(1) Journal det Débats, 1. c.

(?) En effet, M. d'Abbadie m'apprend que le mot arfe signifie moii dans le dialecte des Falashas. La manière d compter cette fête, sans avoir égard aux cinq jours complémentaires de l'année, tne suggère nne réflexion qui n'est peut- être pas sans importance. Les anciens Egyptiens comptaient 1rs jours par décades, et il y avait dans leurannée 3fi décades et 36 génies protecteurs de décades on décans. Mais, pour me servir des paroles d'un égyptologue distingué, M. de Rouge : et Dans nne année de 365 jours, les cinq jours complémentaires exigeaient » une demi-décade de plus. Les monuments prouvent que l'on continuait à » compter les décades sans intevruption et sans s'arrêter h cette difficulté, en » sorte que les décades de dmx .innées successives commençaient alternative» » ment le I"', le 11 et le 21 de chaque mois, ou le 6, le 16 et le 26. » .Kf vue archéologique, Paris, 1849, p. 53C).

Ne saute-t-il pas aux yeux que les ancêtres des Falashas avaient emprunté aux Égyptiens les décades sans solntion de continuité, et que passes en Abyt- sinie, où le partage du temps par décades n'était pas en usage, ils n'ont >onlu ni entièrement conserver ni entièrement abandonner l'ancieune contume, et M bornèrent à déclarer jour de fête celui de la première décade seulement, en continuant toujours à compter cette décade comme les antres, c'est-à-dire «ans avoir égard anx cinq jours complémentaires ? N'est-ce pas là nue preuve à ajouter aux autres que j'ai déjà portées pour montrer que les Falashas descendent des juifs égyptiens?

(3) Répontet, p. 8.

celui des chrétiens. La parenthèse « Yakatit est le 11« mois, » veut dire que yakatit le 6e mois abyssin, est celui dans lequel tombe la 11e lune des Falashas. J'ai déjà parlé ci-dessus d'une erreur de la première lettre de M. d'Abbadie relativement à la fête des patriarches.

Les Falashas ont un jourdans chaque mois consacré à l'archange Michael. Cette fête était jadis le 12e de chaque mois, mais lesFala- shas ayant été accusés de faire leur fête le même jour que les chrétiens, ils la changèrent en l'établissant le 12ejour de chaque lune. Ce changement eut lieu à la suite d'un concile convoqué exprès (1).

« Amata so est la fête du dernier jour de la neuvième lune. Ce » jour-là on va en pèlerinage , ou bien on va prier sur les » monts (2). » Comme la neuvième lune est celle de Casleb, avec le 25e jour de laquelle commence la fête des Macchabées, appelée parles juifs Hhanuka, ou dédicace du temple, Amata so coïncide avec cette fête.

Nonobstant, il y a plusieurs motifs pour ne pas la confondre avec elle. D'abord les Falashas interrogés particulièrement sur ce point, ont répondu catégoriquement : « Nous acceptons les livres » des Macchabées, mais nous ne connaissons pas la fête des Mac- i chabées(S). » Et puis celle-ci dure aujourd'hui comme à l'époque de son institution pendant huit jours, tandis que celle-là ne dure qu'un seul jour ; celle-ci a un caractère tout à fait historique, et celle-là n'est que religieuse.

L'absence de la fête des Macchabées chez les Falashas est d'une grande importance , puisque cette fête était célébrée aussi par les juifs hellénistes d'Egypte, quoique n'ayant pas souffert matériellement, comme les juifs de la Palestine, des persécutions d'An- tiochus Epiphane, et si les Falashas ne la connaissent pas, il faut dire qu'à l'époque de son institution, c'est-à-dire en l'an 165 avant l'ère vulgaire, ils étaient déjà enAbyssinie, et manquaient de communication avec leurs frères des autres pays.

Ici est linie l'énumération de toutes les fêtes Falashas dont il est parlé dans les réponses à mes questions, mais la lettre de M. d'Abbadie en mentionne une autre qui est la suivante.

« A la nouvelle lune de Hidar on fête l'entrevue de Moïse avec » le Tout-Puissant, et le 10e jour de cette lune est la commémo- » ration dela réception de Moïse par les israélites. »

Hidar est le nom du troisième mois abyssin, et la lune de Hidar est la huitième des Falashas nommée Ilesvan par les autres juifs.

(1) Réponses, p. 9.

(2) Ibid., p. 3.

(3) Ibid., p. 10.


Le fait dont le 10" jour de cette lune est la commémoration est la réception des secondes tables de la loi par les israélites après le second séjour de quarante jours sur le mont Sinaï par Moïse. L'anniversaire de ce fait, dont l'époque n'est pas fixée dans le Pentateuque, est selon les juifs Rabbanites, un mois plutôt, c'est-à-dire le 10e jour de la septième lune, ou le jour de l'expiation. Quant à la fête d'Esther, nous nous réservons d'en parler dans le paragraphe suivant.

PhiloxÈne Luzatto. (La suite prochainement}.

Nous avons sous les yeux deux publications de M. L. Schott, rabbin à Randegg (Bade). L'une a pour objet de préparer à la prestation de serment, à l'occasion de l'avénement du nouveau grand-duc ; la seconde est une oraison funèbre en mémoire du défunt grand-duc. Ce discours est méthodique, bien distribué et fait honneur à son auteur.

— M. Praeger, rabbin à Bruchsal (Bade), a publié, en 1851, un livre de prières et d'édification pour les israélites, rattachées aux lectures hebdomadaires du Pentateuque. La première partie a pour objet le culte public, il peut servir aussi de livre de lecture pour la jeunesse ; la seconde, le culte domestique pour ces occasions où l'on éprouve le plus le besoin de prier.

Si la première partie n'offre pas ce miraculeux qui intéressait tant nos mères, elle est parfaitement appropriée à l'éducation religieuse de nos enfants. Le n:xii ~:xx avec ses tm- draschim et ses récits naïfs, ne conviendrait plus lors même qu'il ne serait pas devenu inintelligible pour notre jeunesse.

Cette première partie est terminée par quelques morceaux intéressants accompagnés de prières en hébreu, tels que consécration d'un cimetière, confirmation (initiation religieuse), célébration de mariages, convois funèbres, prières à l'occasion de l'inclémence des saisons.

Quant à la seconde partie, bien que répondant parfaitement à son objet, nous avons mieux que cela dans l'excellent ouvrage dû au zèle de \a société consistoriale des bons livres, à Strasbourg, intitulé PriÈres D'bn Coeur Israelite.

L'ensemble du livre de M. le rabbin Praeger se recommande, sous tous les rapports, à nos coreligionnaires de l'Allemagne.