Mémoires (Burlamacchi)
MÉMOIRES.
DE DLLE RENÉE FILLE DE MICHEL BURLAMAQUI.
Je Renée Burlamaqui, veuve de Cesar Balbani, de bonne memoire, étant dans la retraite en mon bien du petit Saconnex et meditant les graces que le Seigneur m’a fait, des qu’ilñ luy a pleu de me mettre au monde, me suis appliquée de mettre ceci par écrit, pour servir de memoire à ceux qui viendront apres moy, afin que l’on considere combien le Seigneur est bon aux siens et comme il fait réussir en bien, ainsi que dit St. Paul, toutes choses à ceux qui le craignent. Comme en éfet la famille de Michel Burlamaqui mon pere l’a experimenté en beaucoup d’épreuves et d’aflictions, où Dieu a voulu la faire passer.
Michel fut fils de François Burlamaqui et de Catherine Trenta, et nacquit à Lucques le 25 Aoûst 1532. Il épousa au dit Lucques le 7 Janvier 1566 Chiara, fille de Julian Calandrin et de Catherine Balbani.
En Mars 1567 il se resolut avec ma mere de partir de Lucques en compagnie de Benedict, frere de Julian Calandrin et de Magdelaine Arnolfini, femme du dit Benedict, pour laisser les abominations du Papisme et se retirer dans l’église du Seigneur. Etans arrivés à Paris ils y prirent maison et s’y établirent.
En la dite année 1567 la guerre recommençea en France au sujet de la religion, ce qui leur faisant croire, qu’ils n’étoient pas en sureté à Paris, ils se retirerent à sept lieues de là, savoir à Lusarches, où Pompée Diodati s’étoit établi avec Julian Calandrin, dont il avoit épousé l’autre fille apellée Laura, ayans arenté ensemble la seigneurie de ce lieu là, où mon pere fit porter tout ce qu’il avoit de plus de valeur et qu’on avoit retiré de Lucques.
Le 13 Novembre de la dite année il arriva, que l’armée du Prince de Condé, chef du parti de la religion, ayant été défaite pres de St. Denis, et se retirant en fuitte, passa à Lusarches ; surquoi mon pere avec nos autres parens voyant qu’ils ne pouvoient plus demeurer là sans danger, et ne sachans où se pouvoir retirer, se mirent à suivre la marche de cette armée, sans avoir eu le loisir de prendre rien de leurs meubles, qui furent tous derobés d’abord apres nôtre depart, tant par les gens du lieu, que par les soldats. Il y avoit dans nôtre compagnie Julian Calandrin et sa femme, mon pere et ma mere, de même que sa sœur Laura, femme du dit Pompée Diodati, étoyent enceinte de leur premier enfant.
Ce voyage, qui fut de douze jours, ne se pû faire qu’avec bien de la souffrance et de grandes incommodités, puis qu’il y falu endurer des extremitez tres sensibles et de faim et de froid.
Etant arrivés à Montargis, la Duchesse de Ferrare, que nos gens avoyent fait suplier de leur donner retraite, ayant eu grand pitié de ces deux jeunes femmes grosses, et quelque égard à ce quelles étoyent Italiennes, quoy qu’elle ne connuse point nôtre monde, leur donna entrée dans le chateau avec grande cordialité, au lieu qu’elle le refusa à nombre d’autres. Elle les reçeut du depuis dans sa maison et pendant tout le tems qu’ils furent dans ce lieu. Elle leur fit en general toutes les honnêtetés et faveurs qu’ils pouvoyent souhaiter.
C’est en ce lieu de Montargis que je naquit le 25 Mars 1568 et je fus presentée en bapteme par Madame la Duchesse, qui me donna son nom, et par M. Julian Calandrin, mon grandpere, ensuite de quoi nôtre monde demeura à Montargis jusques en Juin 1568, que nous revinmes à Paris, la paix ayant été faite en France.
Camille, ma sœur, naquit à Paris le 10e Juillet 1569 et on ne pût pas la faire bâtiser pour lors, faute de commodité d’exercice. La guerre s’étant renouvellée contre ceux de la religion, nous fumes derechef contraints de quiter Paris et de nous en aller à Sedan, d’où mon pere parti sur la fin de May 1570 et retourna à Paris, pour prendre ma dite sœur, qu’on y avoit laissé à nourrice, l’ayant fait porter à Sedan, ou il fut de retour le mois suivant. Le 29 Juin elle fut presentée en bâteme par nôtre grandoncle Benedict Calandrin et par Magdelaine Arnolfini sa femme.
Mon frere Jaques naquit à Lusarches en Picardie au chateau de St. Cosme le 25 Octobre 1570 et ne put être bâtisé que le 11 Mars 1571 a la Versine, chez un gentilhomme, apellé M. de St. Roman de la Fayette. Le parrain fut M. Pompée Diodati et Madame Turquet maraine.
Le 17 Mars 1572 ma sœur Susanne naquit à Paris, et le 20 Avril suivant elle fut bâtisé à la Versine. Son parrain fut M. François Spinelli, gentilhomme Florentin, Sieur de Berninville et la maraine Madame Susanne de Mannemars, Dame de Lusarches.
La massacre plein de cruauté contre les pauvres fidelles, s’étant executé à Paris le 24 Aoust 1572, nôtre pauvre famille en fut sauvée par un merveilleux éfet de la providence du Seigneur, qui employa pour cela un de nos amis de Lorraine, nommé le Tresorier Clerc, chez lequel ceux de nôtre maison se retirerent au premier bruit, savoir mon pere, ma mere, M. Benedict Calandrin et sa femme, car Mr. Julian Calandrin, mon grandpere, et Pompée Diodati son gendre, demeuroyent alors à Lusarches. Mais ils ne purent sauver que leurs personnes, laissant dans la maison beaucoup de leurs éfets. Camille, Jaques et moy étions restés dans la maison avec quelques Domestiques, mais nos gens nous envoyerent promptement querir et nous firent porter dans la maison dudit Tresorier Clerc, ou ils demeurerent dès le demanche matin 24 jusques au lundi 25 a minuit, qu’on les envoya querir par cent Suisses, pour les conduire chez M. le Duc de Bouillon, car on publia une défense tres rigoureuse, qu’aucun ne pût retirer ou cacher chez soy ceux de la religion, cela empêchant que M. le Clerc ne pût les garder dans sa maison, on nous y laissa pourtant, de peur qu’en nous emportant avec eux si avant dans la nuit, ils ne fussent decouverts par les pleurs des enfans.
Nous demeurances dans la dite maison jusques au mardy apres diné avec notre gouvernante Lucquoise, appellée Catherine et par un sobriquet Tine, avec une autre fille, nommée Cressine. Y ayant à Paris de nos parens Italiens et papistes, ils moyenerent entr’eux, que nous autres trois enfans fussions receus dans la maison du Duc de Guise, comme il retiroit dans sa maison des personnes de la religion, quoy qu’il fut un des auteurs de ce massacre. Nous y fumes conduis par l’intercession de ces parens, et particulierement de M. Gasparo di Poggio, et Fabricio Burlamachi, qui nous visita tous les jours pendant que nous fumes dans la dite maison. Le Duc de Guise nous voulu voir, dès que nous y fumes entrés, et témoignant d’agreer nôtre phisionomie, nous recommenda fort particulierement a la femme du concierge, comme il partoit ce même jour de Paris, montrant de croire ce qu’on luy avoit dit, que nôtre pere avoit été tué, surquoy nous fumes mis dans une chambre, ou nous étions comme en prison, sans en pouvoir sortir. Cependant nôtre maison vint a être saccagée. Jean Madame nôtre valet, mari de la dite Fine, y étant resté jusques alors, se sauva sur les toicts, et étant entré de nuit dans une maison, qu’il ne connoissoit pas, par le toict, il y rencontra une chambriere, qui luy donna quelque chose à manger pour se soutenir, ayant demeuré vingt quatre heures sans boire ni manger. Elle le retint là jusques au matin, qu’elle le fit sortir, en luy mettant sur son chapeau une croix de papier blanc, afin qu’on ne le prit pas pour un homme de la religion. Et comme il eut apris le lieu ou étoit sa femme avec nous, il nous vint trouver la nuit dans cette maison de Monsieur de Guise ; ce qui surprit avec grand plaisir sa femme, qui l’avoit pleuré comme mort. M. le Duc de Guise devant retourner au premier jour à Paris, mon pere eut avis, qu’il avoit fait dessin de nous faire rebâtiser, ce qui l’obligea de nous redemander a la Reine Mere, a qui elle nous acorda. Ainsy sortans de chez M. de Guise au bout de huit jours, on nous conduissit chez M. de Bouillon, pour y demeurer avec nos parens. Nous demeurames dans cette maison quelques mois, non sans grands et continuels dangers, étans ataqués incessamment par des fortes et pressantes tentations d’aller a la Messe, comme étant l’unique moyen de sauver nôtre vie, M. de Bouillon luy même s’étant laissé porter d’aller a la Messe, par cette contrarieté de tems, quoy qu’il en eut une mortelle aversion dans l’ame. Mais Dieu fortifia tellement les nôtres, qu’aucun d’eux ne succomba a la tentation, ni même les petits enfans, que M. de Guise avoit fait dessein de faire élever dans la religion Romaine.
Nous partimes de Paris pour aller à Sedan en la compagnie de M. de Bouillon, et avec l’ayde de Dieu, nous y arrivames heureusement et ayans perdus tous nos biens, il voulut pourtant nous secourir de quelques moyens humains, pour nous empêcher de tomber dans une plus grande necessité, nous faisans rencontrer, lorsque nous passames à Reims, un personnage, nommé … qui devoit a mon pere quatre mille livres, et qu’il les luy paya, quoy qu’on ne les demanda pas, tous nos papiers, parmi lesquels étoit son obligation, ayans été perdus à Paris dans le saccagement de notre maison, ce qui nous causa de grandes pertes. Dieu permettant, que d’autres debiteurs de mon pere s’endurcissent pour nier de luy rien devoir, il toucha le cœur de cet homme icy pour nous acommoder de cette partie, qui nous fut d’un tres grand secours, pendant nôtre sejour à Sedan, puisque sans cela nous n’avions pas de quoy substanter nôtre famille, la cherté des vivres y étant si grande alors et la ville si fort peuplée, que les pauvres familles se logeoient parmi les rues, faute de maisons. Nous y demeurames sept ans, étans aimés et cheris generalement de tous et principalement de M. le Duc de Bouillon, qui envoioit presque tous les matin prendre M. Benedict Calandrin et mon pere, pour manger avec luy, tant il agreoit leur conversation.
M. Julian Calandrin, nôtre grandpere, y mourut en Decembre 1573. M. le Duc de Bouillon venant a mourir, fut amerement regretté de toute la ville. Il laissa l’administration à la Duchesse sa femme, qui s’en aquita avec tant de prudence, que tous les pauvres refugiés y continuerent leur sejour, tant que les afaires de France fussent en meilleur état. Et quant a nôtre maison cette Princesse nous fit des faveurs et des amitiés tres grandes.
Le 9 Juillet 1573 ma mere acoucha d’un fils, qui fut bâtisé le 10e dit et presenté par M. Claude Debons, Sieur de Pas et Madame de Cussy de Remont de Normandie, et fut nommé Elie et mourut au bout de vingt six jours.
Le 21 Avril 1575 naquit mon frere Philippe a Sedan, qui fut presenté au bâtéme par mon oncle Philippe Calandrin (qui depuis se maria et mourut a la Rochelle en 1586) et Madlle Dumenil, femme du Commandeur Dumenil, qui mourut au massacre.
Au mois de Juin 1579 nous nous retirames de Sedan et nous logeames tous a Muret, terre du Prince de Condé, a deux petites journées de Paris, que mon pere arenta comme n’étant pas loin de Paris, pour y aller donner ordre a ses afaires. Ma sœur Magdelaine y naquit le 23 Août 1579 et fut bâtisée a St. Pierel, quatre lieues de Muret, qui étoit le lieu ou nous allions au prêche. Le parrain fut M. Défossez et la marraine nôtre tante Magdelaine.
Ma mere s’accoucha encore d’une fille a Moret le 5 Septembre 1580, qui fut nommée Claire, bâtisée a St. Pierel, et presentée par M. Colladon, secretaire du Prince de Condé, et ensuite de cette couche Dieu retira ma tres chere mere le 16 Septembre 1580.
Mon pere se trouva dans une grande desolation, ayant perdu une si douce compagnie, qui l’avoit toujours soutenue en grande joye d’esprit, pendant le tems qu’ils avoient vécu ensemble, ayans passé par tant de miseres, épreuves et tribulations et elle continua a s’y maintenir jusques a la fin.
Avant que mourir elle recommanda instamment sa famille a nôtre bonne tante Magdelaine Arnolfini, femme de M. Benedict Calandrin. Elle luy avoit deja fait un vrai devoir de mere, puis qu’a la mort de Catherine Balbani, femme de M. Julian Calandrin, son pere, qui laissa six enfans fort jeune, savoir, Jean, Cesar, Philippe, Chiara, Laura et Camilla (qui mourut à Lucques en 1566 avant le depart de la famille), elle avec son mari alla demeurer chez le dit sieur Julian son beaufrere, pour élever ses enfans, ce qu’elle fit avec grand soin. Ayant promis à ma mere mourante, d’avoir encore soin de nous, et de nous tenir comme ses propres enfans, de laquelle promesse elle s’aquita bien genereusement et charitablement, nous ayans tous élevés et particulierement les quatre filles, qu’elle a toujours tenu aupres d’elle, a quoy elle fut aydée par la Dlle Dumenil, dont est parlé ci devant, qui la secourut en cela, prenant soin par une afection et amitié toute particuliere de nous enseigner à lire et à travailler et surtout à la pieté et crainte de Dieu ; de quoy nous avons une obligation tres sensible à sa memoire.
Les guerres de la Ligue etans depuis survenues, nous fumes contrains de penser a nous retirer. Cette Dlle Dumenil se retira à Sedan et nous à Geneve, auquel voyage nous essuyames de terribles dificultes et dangers, dont pourtant Dieu voulut bien nous delivrer. Notre grandoncle Calandrin et sa femme, étans depuis peu sortis d’une grande maladie, étoit si foible, qu’il ne pouvoit point se soutenir. Nous eumes aussi de tres grandes pluyes, qui nous obligerent de nous arrêter a Fontenay. Nous fumes souvent en danger de nous noyer dez nôtre depart, à cause des grandes inondations d’eaux, survenues par les pluyes dès nôtre depart de ce lieu là. Enfin pourtant Dieu nous conduisit si heureusement, que nôtre coche ne renversa point ni ne se rompit, en quoi nous reconnumes son assistance particuliere. Ainsi sous la conduite de notre bon Pere celeste nous arrivames à Geneve un Lundi matin, 28 Septembre 1585, extremement joyeux et consolés de rencontrer a Versoix, qui est a une lieue de Geneve, Mrs. Charles Diodati, Horace Miqueli, Pompée Diodati et Manfredo Balbani, nos bons parens, qui nous y étoient venus à la rencontre, et qui nous accueillirent avec toute la tendresse et cordialité, que nous pouvions souhaiter. M. Pompée Diodati, beaufrere de ma mere, n’ayant pas voulu permettre, que nous allassions loger ailleurs que chez luy.
Le 29 May 1586 j’epousay mon cher mari M. Cesar Balbani d’heureuse memoire au temple de St. Germain en l’assemblée Italienne. M. Nicolas Balbani fut le ministre, qui benit notre mariage, que l’on peut dire avoir été le commencement de la restauration, que Dieu fit sentir à notre pauvre et desolée famille, qui étoit fort incommodée des biens de la fortune.
Nous avions laissé encor beaucoup de biens à Muret, tant meubles qu’immeubles, tout y fut perdu du depuis, tant par les ruines de la guerre, que par la mauvaise conduite d’Etienne Grimoin, a qui mon pere avoit tout laissé en main, dans la confiance qu’il avoit en luy, mais il nous trompa malheureusement s’étant enrichi du nôtre.
Apresque nous eumes demeuré quelque temps a Geneve, mon pere resolut d’aller faire un voyage à Muret luy seul, pour pourveoir a ses afaires. Mais quand il fut a Nanci, il luy fut impossible de passer outre, en sorte qu’il s’en revint sur ses pas.
Le 30 May 1587, mon grand oncle Benedict Calandrin, mourut à Geneve et le 9 Juillet suivant ma sœur Camille épousa Mr. François Turretin, qui l’obligea d’aller demeurer à Zurich le mois d’octobre suivant.
La guerre étant survenue à Geneve en 1588 et 89, cela nous obligea, d’aller demeurer à Bâle, jusques au commencement de 1590, que nous retournames à Geneve.
Le 2 Aoust 1590 mon pere fut chargé par Mr. Horace Miqueli et Henri Balbani, de faire un voyage en France pour les afaires de Arnolfini et Miqueli de Lion. Etant arrivé a la cour et ayant avancé ses afaires, il fut saisi d’une fièvre ardente, dont il mourut a la mi Septembre, dans sa cinquante huitième année, étant d’ailleurs assés robuste. Il étoit entré, quand il partit, dans le negoce de Mr. François Turretin, ou aparemment il avoit aquis des facultés pour retablir sa famille, s’il fut demeuré en vie. Mais Dieu y voulut pourveoir autrement et cependant le mettre en son repos, apres avoir rendu en sa vie et en sa fin témoignage de sa pieté et probité et suporté avec patience les épreuves et angoisses ou Dieu l’avoit voulu faire passer, prenant a joye la perte de ses biens, persuadé que Dieu luy en reservoit au ciel de plus exquis. Ma tante Calandrin se trouva par la mort de mon pere entierement chargée du reste de nôtre famille, mes deux sœurs Susanne et Magdalaine étans encore fort jeunes et sans aucun moyens humains, ni esperance de pouvoir rien retirer de ce qui nous étoit deu en France, puisque mes freres à cause de leurs jeunesse n’avoyent pas encore assés de capacité ny d’experience pour s’y apliquer. Tout cela est demeuré en pure perte pour nous, dont ma tante recevoit bien du deplaisir. Cependant apres la mort de mon pere, Dieu toucha a cœur de Mr. Frederic Burlamaqui son frere, pour luy faire toucher la somme de cinq cent écus, de ce qui apartenoit à mon pere pour les biens de terres, qui restoyent a Lucques. On mit cet argent a profit chez Mr. François Turretin, ou il s’augmenta, en sorte qu’il ayda beaucoup et fut d’un grand secours pour marier ma sœur Susanne, qui épousa le 10 Juin 1596 M. Vincent Minutoli[1], en nôtre eglise Italienne, dont le mariage fut beni par M. Bernardo Basso.
Le 10 Decembre 1600. Le dit Sieur Basso benit encor en l’eglise Italienne le mariage de ma sœur Magdelaine avec Mr. Jean Diodati, Professeur et Ministre du St. Evangile, a laquelle ma tante Calandrin donna aussi mille ecus d’or sol de dotte, comme elle avoit fait a toute nous autres, ayant enfin retiré cette somme d’entre les mains de ses freres de Lucques, qui avoyent sa dotte par devers eux, et aussi elle eut le contentement, comme elle nous avoit adopté pour ses enfans, de nous avoir tout marié aussi honorablement, que si nous fussions toujours demeuré dans Lucques et dans la jouissance de nos biens.
Jaques mon frere s’étoit aussi marié à Geneve en Decembre 1598 avec Anne, fille de M. Charles Diodati, et Philippe, mon autre frere, épousa en Fevrier 1605 à Amsterdam Elisabeth, fille ainée de Mr. Jean Calandrin, fils de Julian, et alla demeurer à Londres.
Notre tante Calandrin mourut à Geneve le 7 Mars 1601, attaquée d’un mal de colique. Elle étoit âgée de soixante et treize ans, et fut grandement regrettée et pleurée amerement de nous tous, ayans perdu en elle tout soutien et apuy. Dieu s’étant servi de cette vertueuse Dame pour secourir et élever premierement la famille de Calandrini, enfans de son beau frere, en quoy elle leur servi de veritable mere, et en éfet ils l’apellerent toujours de ce nom ; et depuis nôtre famille, étant de même orpheline, Dieu l’a employée pour luy prêter un semblable, et même un plus grand secours ; puis qu’ayans perdu nos pere et mere, elle nous a tenu lieu de l’un et de l’autre. Dieu ne luy ayant point donné d’enfans propres, la fait par ce moyen être la mere de plusieurs autres.
Ce qui m’oblige pour finir cette relation, de dire, qu’a ce bon Pere celeste, qui nous a fait voir tant de merveilles de sa Sainte Providence et misericordieuse bonté, doit être rendue pour jamais toute gloire, honneur et louange, aux siecles des siecles, Amen.

- ↑ v. Bijlage G.