Mémoires (Saint-Simon)/Tome 16

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

TABLE DES CHAPITRES


DU SEIZIÈME VOLUME.


Chapitre i. — L’empereur accepte le projet de paix. — Les Anglois haïssent, se plaignent, demandent le rappel de Châteauneuf de Hollande. — Leur impudence à l’égard du régent. — Guidés par Dubois, ils pressent et menacent l’Espagne. — L’empereur ménage enfin les Hollandois. — Erreur de Monteléon. — Difficulté et conduite de la négociation du roi de Sicile à Vienne. — Énormité contre M. le duc d’Orléans des agents du roi de Sicile à Vienne, qui échouent en tout. — Sage conduite et avis de Monteléon. — La Hollande, pressée d’accéder au traité, recule. — Beretti, par ordre d’Albéroni, qui voudroit jeter le Prétendant en Angleterre, tâche à lier l’Espagne avec la Suède et le czar prêts à faire leur paix ensemble. — Sages réflexions de Cellamare. — Son adresse à donner de bons avis pacifiques en Espagne. — Dangereuses propositions pour la France du roi de Sicile à l’empereur. — Provane les traite d’impostures ; proteste contre l’abandon de la Sicile, et menace la France dans Paris. — Nouvelles scélératesses du nonce Bentivoglio. — Fortes démarches du pape pour obliger le roi d’Espagne de cesser ses préparatifs de guerre contre l’empereur. — Autres griefs du pape contre le roi d’Espagne. — Menaces de l’Espagne au pape. — Souplesses et lettres de Sa Sainteté en Espagne. — Fortes démarches de l’Espagne sur les bulles de Séville. — Manège d’Aldovrandi.
Chapitre ii. — Étrange caractère du roi de Sicile. — Entretien curieux entre le secrétaire de son ambassade et Albéroni. — Lascaris, envoyé de Sicile, malmené par Albéroni. — Plaintes hypocrites d’Albéroni. — Il déclame contre le traité et tâche de circonvenir le maréchal d’Huxelles. — Albéroni menace ; veut reculer le traité et gagner les Hollandois. — Caractère de Beretti. — Embarras des ministres d’Espagne au dehors. — La France et l’Angleterre communiquent ensemble le projet du traité aux États généraux. — Conduite de Beretti. — Son avis à Albéroni et sa jalousie contre Monteléon. — La nation anglaise et la Hollande partagées pour et contre la traité. — Triste prodige de conduite de la France. — Conduite de Châteauneuf en Hollande. — Duplicité des ministres d’Angleterre à l’égard du régent. — Hauteur de Craggs à l’égard du ministre de Sicile. — Efforts du roi de Sicile pour lier avec l’empereur et obtenir une archiduchesse pour le prince de Piémont. — Conduite de la cour de Vienne. — Artificieuse conduite des ministres anglois à l’égard du régent. — Manèges de Penterrieder à Londres. — L’Espagne voudroit au moins conserver la Sardaigne ; mal servie par la France. — L’Angleterre s’y oppose avec hauteur. — Triste état de Monteléon. — Les ministres anglois plus impériaux que les Impériaux mêmes. — Ministres espagnols protestent dans toutes les cours que l’Espagne ne consent point au traité. — Efforts de Beretti pour détourner les Hollandois d’y souscrire. — Cris de cet ambassadeur contre la France. — Ses plaintes. — Fâcheuse situation de la Hollande. — Le roi d’Espagne rejette avec hauteur le projet du traité communiqué enfin par Nancré, et se plaint amèrement. — Conduite et avis de Cellamare. — Son attention aux affaires de Bretagne.
Chapitre iii. — La Sardaigne en achoppement à la paix. — Attention de Cellamare aux affaires de Bretagne. — Adresse de l’avis de Monteléon à Albéroni. — Manège du roi de Sicile. — Penterrieder en profite. — Bassesse du roi de Sicile pour l’Angleterre, qui le méprise et qui veut procurer la Sicile à l’empereur. — Sage avis de Monteléon. — Erreur de Beretti. — Cadogan le désabuse. — Intérêt personnel de l’abbé Dubois. — Plaintes malignes des Piémontois. — Cellamare déclare, tant qu’il peut, que l’Espagne n’acceptera point le projet de traité. — Beretti et Cadogan vont, l’un après l’autre, travailler à Amsterdam pour mettre cette ville dans leurs intérêts contraires. — Nancré rend le roi de Sicile suspect à l’empereur. — Albéroni raisonne sainement sur la Sicile et sur le roi Georges ; très malignement sur le régent ; artificieusement sur le roi de Sicile ; déclame contre le traité, contre lequel il fait faire partout les déclarations les plus fortes ; presse les préparatifs. — Secret impénétrable sur la destination de son entreprise. — Continue à bien traiter Nancré et à conférer avec lui et avec le colonel Stanhope. — Le colonel Stanhope pense juste sur l’opiniâtreté d’Albéroni. — Réponse de ce cardinal à une lettre du comte Stanhope, qui le pressoit d’accepter le traité. — Plaintes et vanteries d’Albéroni. — Forces actuelles de l’Espagne. — Crédit de ce premier ministre sur Sa Majesté Catholique. — Albéroni menace Gallas, les Allemands et le pape. — Vanteries de ce cardinal. — Vaines espérances de Giudice qui s’indispose contre Cellamare. — Bassesses de ce neveu. — Chimères attribuées à Giudice, qui font du bruit et du mal à Madrid. — Il les désavoue et déclame contre les chimères et le gouvernement d’Albéroni. — Fausse et basse politique du pape. — Cellamare se fait bassement, gratuitement et mal à propos l’apologiste d’Albéroni à Rome. — Il en reçoit de justes reproches de son oncle. — Esprit de la pour de Vienne.
Chapitre iv. — Forces d’Espagne en Sardaigne. — Disposition de la Sicile. — Le roi Jacques fait proposer au roi d’Espagne un projet pour gagner l’escadre anglaise et tendant à son rétablissement. — Le cardinal Acquaviva l’appuie en Espagne. — Albéroni fait étaler les forces d’Espagne aux Hollandois. — Albéroni continue ses déclamations contre le traité et contre le régent ; accuse Monteléon, qu’il hait, de lâcheté, de paresse ; lui fait d’autres reproches ; en fait d’assez justes à l’Angleterre et au régent. — Le roi d’Espagne veut demander compte aux États généraux du royaume de la conduite du régent ; ne se fie point aux protestations du roi de Sicile. — Divers faux raisonnements. — Malignité insultante et la plus partiale des ministres anglois pour l’empereur sur la Sardaigne et sur les garnisons. — Monteléon de plus en plus mal en Espagne. — Friponnerie anglaise de l’abbé Dubois sur les garnisons. — Maligne et insultante partialité des ministres anglois pour l’empereur sur la Sicile. — Fausseté insigne d’Albéroni à l’égard de la Sardaigne, ainsi qu’il avoit fait sur les garnisons. — Les Impériaux inquiets sur la bonne foi des ministres anglois, très mal à propos. — Efforts de Cadogan et de Beretti pour entraîner et pour détourner les Hollandois d’entrer dans le traité. — Tous deux avouent que le régent seul en peut emporter la balance. — Beretti appliqué à décrier Monteléon en Espagne. — Ouverture et plainte, avis et réflexions du grand-duc, confiés par Corsini à Monteléon pour le roi d’Espagne. — Faible supériorité impériale sur les États de Toscane. — Roideur des Anglois sur la Sardaigne, et leur fausseté sur les garnisons espagnoles. — Mouvements de Beretti et de Cellamare. — Fourberie d’Albéroni. — Sa fausseté sur la Sardaigne. — Fureur d’Albéroni contre Monteléon ; aime les flatteurs ; écarte la vérité. — Chimères, discours, étalages d’Albéroni. — Friponnerie d’Albéroni sur les garnisons. — Il fait le marquis de Lede général de l’armée, et se moque de Pio et l’amuse.
Chapitre v. — Riche prise de contrebandiers de Saint-Malo dans la mer du Sud. — Albéroni inquiet de la santé du roi d’Espagne. — Adresse d’Aldovrandi pour servir Albéroni à Rome. — Faiblesse singulière du roi d’Espagne ; abus qui s’en fait. — Frayeur du pape. — Cellamare fait des pratiques secrètes pour soulever la France contre le régent. — Sentiment de Cellamare sur le roi de Sicile. — Il confie à son ministre l’ordre qu’il a de faire une étrange déclaration au régent. — Forte déclaration de Beretti en Hollande. — Scélératesse d’Albéroni à l’égard du roi de Sicile. — Audace des Impériaux, et sur quoi fondée. — Nouvelle difficulté sur les garnisons. — Scélératesse de Stairs. — Fausseté et pis des ministres anglois à l’égard de l’Espagne. — Le czar s’offre à l’Espagne. — Intérêt et inaction des Hollandois. — Vanteries, conseils, intérêt de Beretti. — Succès des menées de Cadogan en Hollande. — Menteries, avis, fanfaronnades, embarras de Beretti qui tombe sur Cellamare. — Le duc de Lorraine demande le dédommagement promis du Montferrat. — Manèges de Beretti. — Sa coupable envie contre Monteléon. — Manèges et bas intérêt de Beretti qui veut perdre Monteléon. — Audace des ministres impériaux. — Abbé Dubois bien connu de Penterrieder. — Embarras du roi de Sicile et ses vaines démarches et de ses ministres au dehors. — Monteléon intéressé avec les négociants anglois. — Ses bons avis en Espagne lui tournent à mal ; il s’en plaint. — Superbe de l’empereur. — Partialité des ministres anglois pour lui. — Leur insigne duplicité à l’égard de l’Espagne. — Les ministres anglois pensent juste sur le traité d’Utrecht, malgré les Impériaux. — L’Angleterre subjuguée par le roi Georges. — Les ministres anglois contents de Châteauneuf. — Conduite et manèges de Beretti. — Conduite, avis et manèges de Cellamare. — Vagues raisonnements. — Monteléon en vient aux menaces. — Stanhope emploie en ses réponses les artifices les plus odieux ; lui donne enfin une réponse par écrit, devenue nécessaire à Monteléon. — Surveillants de Monteléon à Londres ; sa conduite avec eux.
Chapitre vi. — Départ de l’escadre anglaise pour la Méditerranée. — Fourberie de Stanhope à Monteléon. — Propos d’Albéroni. — Maladie et guérison du roi d’Espagne. — Vanteries d’Albéroni. — Secret du dessein de son expédition. — Défiance du roi de Sicile de ceux même qu’il emploie au dehors. — Leurs différents avis. — Ministres d’Espagne au dehors déclarent que le roi d’Espagne n’acceptera point le traité. — Détail des forces d’Espagne fait en Angleterre avec menaces. — Albéroni déclame contre le roi d’Angleterre et contre le régent. — Albéroni se loue de Nancré ; lui impose silence sur le traité ; peint bien l’abbé Dubois ; menace ; donne aux Espagnols des louanges artificieuses. — Il a un fort entretien avec le colonel Stanhope, qui avertit tous les consuls anglois de retirer les effets de leurs négociants. — Inquiétude des ministres de Sicile à Madrid. — Fourberie insigne d’Albéroni. — Forte et menaçante déclaration de l’Espagne aux Hollandois. — Avis contradictoire d’Aldovrandi au pape sur Albéroni. — Plaintes du pape contre l’Espagne qui rompt avec lui, sur le refus des bulles de Séville pour Albéroni. — Conduite de Giudice à l’occasion de la rupture de l’Espagne, avec Rome. — Il ôte enfin les armes d’Espagne de dessus sa porte ; craint les Impériaux et meurt d’envie de s’attacher à eux ; avertit et blâme la conduite de Cellamare à leur égard. — Le pape menacé par l’ambassadeur de l’empereur. — Malice d’Acquaviva contre les Giudice. — Dangereuses pratiques de Cellamare en France. — Secret et précautions. — Ses espérances. — Embarras domestiques du régent, considérés différemment par les ministres étrangers à Paris. — Koenigseck, ambassadeur de l’empereur à Paris, gémit de la cour de Vienne et de ses ministres. — Garnisons. — Conduite insolente de Stairs.
Chapitre vii. — Avis peu uniformes de Monteléon en Espagne sur l’escadre anglaise. — Forfanteries de Beretti. — Les ministres d’Angleterre veulent faire rappeler Châteauneuf de Hollande. — Comte de Stanhope à Paris, content du régent, mécontent des Hollandois. — Le czar se veut réunir aux rois de Suède et de Prusse contre l’empereur et l’Angleterre. — Conférence de Monteléon avec les ministres d’Angleterre sur les ordres de l’escadre anglaise, qu’il ne lui déguise pas. — Ils résistent à toutes ses instances. — Faux et odieux discours du colonel Stanhope à Albéroni. — Opinion des Anglois du régent, de ceux qu’il employoit et d’Albéroni. — Albéroni tente de surprendre le roi de Sicile et de le tromper cruellement, en tâchant de lui persuader de livrer ses places de Sicile à l’armée espagnole. — Artificieuses lettres d’Albéroni à ce prince. — Albéroni compte sur ses pratiques dans le nord, encore plus sur celles qu’il employoit en France contre le régent. — Il les confie en gros au roi de Sicile. — Albéroni envoie à Cellamare la copie de ses deux lettres au roi de Sicile. — Il propose frauduleusement au colonel Stanhope quelques changements au traité pour y faire consentir le roi d’Espagne, et, sur le refus, éclate en menaces. — Lui seul veut la guerre et a besoin d’adresse pour y entraîner le roi et la reine d’Espagne, fort tentés d’accepter le traité pour la succession de Toscane et de Parme. — Albéroni s’applaudit au duc de Parme d’avoir empêché la paix, et lui confie le projet de l’expédition de Sicile et sur les troubles intérieurs à exciter en France et en Angleterre. — Artifices et menaces d’Albéroni sur le refus des bulles de Séville. — Aldovrandi, malmené par Albéroni sur le refus des bulles de Séville, lui écrit ; n’en reçoit point de réponse ; s’adresse, mais vaguement, à Daubenton sur un courrier du pape, et ferme la nonciature, sans en avertir. — Sur quoi il est gardé à vue, et Albéroni devient son plus cruel ennemi, quoiqu’il l’eût toujours infiniment servi. — Étranges artifices d’Albéroni sur Rome et contre Aldovrandi. — Reproches réciproques des cours de Rome et de Madrid. — La flotte espagnole arrivée en Sardaigne ; crue aller à Naples. — Triste état de ce royaume pour l’empereur.
Chapitre viii. — Scélératesses semées contre M. le duc d’Orléans. — Manèges et forte déclaration de Cellamare. — Manège des Anglois pour brouiller toujours la France et l’Espagne, et l’une et l’autre avec le roi de Sicile. — Cellamare se sert de la Russie. — Projet du czar. — Son ministre en parle au régent et lui fait inutilement des représentations contre la quadruple alliance. — Cellamare s’applique tout entier à troubler intérieurement la France. — Le traité s’achemine à conclusion. — Manèges à l’égard du roi de Sicile. — Le régent parle clair au ministre de Sicile sur l’invasion prochaine de cette île par l’Espagne, et peu confidemment sur le traité. — Convention entre la France et l’Angleterre de signer le traité sans changement, à laquelle le maréchal d’Huxelles refuse sa signature. — Cellamare présente et répand un peu un excellent mémoire contre le traité, et se flatte vainement. — Le ministre de Sicile de plus en plus alarmé. — Folie et présomption d’Albéroni. — Efforts de l’Espagne à détourner les Hollandois de la quadruple alliance. — Albéroni tombe rudement sur Monteléon. — Succès des intrigues de Cadogan et de l’argent de l’Angleterre en Hollande. — Châteauneuf non suspect aux Anglois, qui gardent là-dessus peu de mesures. — Courte inquiétude sur le nord. — Le czar songe à se rapprocher du roi Georges. — Intérêt de ce dernier d’être bien avec le czar et d’éviter toute guerre. — Ses protestations sur l’Espagne. — Les Anglois veulent la paix avec l’Espagne, et la faire entre l’Espagne et l’empereur, mais à leur mot et au sien. — Monteléon y sert le comte Stanhope outre mesure. — Le régent, par l’abbé Dubois, aveuglément soumis en tout et partout à l’Angleterre, et le ministère d’Angleterre à l’empereur. — Embarras de Cellamare et de Provane. — Bruits, jugements et raisonnements, vagues instances et menées inutiles. — Menées sourdes du maréchal de Tessé avec les Espagnols et les Russes. — Le régent les lui reproche. — Le régent menace Huxelles de lui ôter les affaires étrangères, et le maréchal signe la convention avec les Anglois, à qui Châteauneuf est subordonné en tout en Hollande. — Efforts de Beretti à la Haye. — Embarras de Cellamare à Paris.
Chapitre ix. — Albéroni confie à Cellamare les folles propositions du roi de Sicile au roi d’Espagne, qui n’en veut plus ouïr parler. — Duplicité du roi de Sicile. — Ragotzi peu considéré en Turquie. — Chimère d’Albéroni. — Il renie Cammock au colonel Stanhope. — Albéroni dément le colonel Stanhope sur la Sardaigne. — Éclat entre Rome et Madrid. — Raisons contradictoires. — Vigueur du conseil d’Espagne. — Sagesse et précautions d’Aldovrandi. — Ses représentations au pape. — Sordide intérêt du cardinal Albane. — Timidité naturelle du pape. — Partage de la peau du lion, avant qu’il soit tué. — Le secret de l’entreprise demeuré secret jusqu’à la prise de Palerme. — Déclaration menaçante de l’amiral Bing à Cadix, sur laquelle Monteléon a ordre de déclarer l’artificieuse rupture en Angleterre et la révocation des grâces du commerce. — Sentiments d’Albéroni à l’égard de Monteléon et de Beretti. — Albéroni, dégoûté des espérances du nord, s’applique de plus en plus à troubler l’intérieur de la France ; ne peut se tenir de montrer sa passion d’y faire régner le roi d’Espagne, le cas arrivant. — Aventuriers étrangers dont il se défie. — Rupture éclatante entre le pape et le roi d’Espagne. — Raisonnements.
Chapitre x. — Soupçons mal fondés d’intelligence du roi de Sicile avec le roi d’Espagne. — Frayeurs du pape, qui le font éclater contre l’Espagne et contre Albéroni, pour se réconcilier l’empereur avec un masque d’hypocrisie. — Ambition d’Aubenton vers la pourpre romaine. — Albéroni, de plus en plus irrité contre Aldovrandi, est déclaré par le pape avoir encouru les censures. — Rage, réponse, menaces d’Albéroni au pape. — Les deux Albane, neveux du pape, opposés de parti. — Le cadet avoit douze mille livres de pension du feu roi. — Vanteries d’Albéroni et menaces. — Secret de l’expédition poussé au dernier point. — Vanité folle d’Albéroni. — Il espère et travaille de plus en plus à brouiller la France. — Le régent serre la mesure et se moque de Cellamare et de ses croupiers, qui sont enfin détrompés. — Conduite du roi de Sicile avec l’ambassadeur d’Espagne, à la nouvelle de la prise de Palerme. — Cellamare fait le crédule avec Stanhope, pour éviter de quitter Paris et d’y abandonner ses menées criminelles. — Ses précautions. — Conduite du comte de Stanhope avec Provane. — Situation du roi de Sicile. — Abandon plus qu’aveugle de la France à l’Angleterre. — Rage des Anglois contre Châteauneuf. — Pratiques, situation et conduite du roi de Sicile sur la garantie. — Blâme fort public de la politique du régent. — Il est informé des secrètes machinations de Cellamare. — Triste état du duc de Savoie. — Infatuation de Monteléon sur l’Angleterre. — Albéroni fait secrètement des propositions à l’empereur, qui les découvre à l’Angleterre et les refuse. — Le roi de Sicile et Albéroni crus de concert, et crus de rien partout.
Chapitre xi. — Belle et véritable maxime, et bien propre à Torcy. — Les Anglois frémissent des succès des Espagnols en Sicile et veulent détruire leur flotte. — Étranges et vains applaudissements et projets d’Albéroni. — Son opiniâtreté. — Menace le régent. — Ivresse d’Albéroni. — Il menace le pape et les siens. — Son insolence sur les grands d’Espagne. — Le pape désapprouve la clôture du tribunal de la nonciature faite par Aldovrandi. — Exécrable caractère du nonce Bentivoglio. — Sagesse d’Aldovrandi. — Représentations d’Aubenton à ce nonce pour le pape. — Audacieuse déclaration d’Albéroni à Nancré. — Le traité entre la France, l’Angleterre et l’empereur, signé à Londres. — Trêve ou paix conclue entre l’empereur et les Turcs. — Idées du régent sur le nord. — Cellamare travaille à unir le czar et le roi de Suède pour rétablir le roi Jacques. — Artifices des Anglois pour alarmer tous les commerces par la jalousie des forces maritimes des Espagnols. — Attention d’Albéroni à rassurer là-dessus. — Inquiétude et projets d’Albéroni. — Albéroni se déchaîne contre M. le duc d’Orléans. — Fautes en Sicile. — Projets d’Albéroni. — Il se moque des propositions faites à l’Espagne par le roi de Sicile. — Albéroni pense à entretenir dix mille hommes de troupes étrangères en Espagne ; fait traiter par leurs Majestés Catholiques, comme leurs ennemis personnels, tous ceux qui s’opposent à lui. — Inquiet de la lenteur de l’expédition de Sicile, il introduit une négociation d’accommodement avec Rome. — Son artifice. — Les Espagnols dans la ville de Messine.
Chapitre xii. — Court exposé depuis 1716. — Négociation secrète de Cellamare avec le duc d’Ormond caché dans Paris, où cet ambassadeur continue soigneusement ses criminelles pratiques, que le régent n’ignore pas. — Avis, vues et conduite de Cellamare. — Fâcheux état du gouvernement en France. — Quadruple alliance signée à Londres le 2 août, puis à Vienne et à la Haye. — Ses prétextes et sa cause. — Dubois. — Morville en Hollande très soumis aux Anglois. — Conduite de Beretti et de Monteléon. — Plaintes réciproques des Espagnols et des Anglois sur le commerce. — Violence du czar contre le résident de Hollande. — Plaintes et défiances du roi de Sicile. — Conduite de l’Angleterre à son égard, et de la Hollande à l’égard du roi d’Espagne. — Projets de l’Espagne avec la Suède contre l’Angleterre. — Mouvements partout causés par l’expédition de Sicile. — Vues, artifices, peu de ménagement de l’abbé Dubois pour M. le duc d’Orléans. — Conduite et propos d’Albéroni. — Sa scélérate duplicité sur la guerre, aux dépens du roi et de la reine d’Espagne. — Ses artificieux discours au comte de Stanhope, qui n’en est pas un moment la dupe. — Albéroni et Riperda en dispute sur un présent du roi d’Angleterre au cardinal. — Embarras de Rome. — Le pape et le roi d’Espagne fortement commis l’un contre l’autre. — Poison très dangereux du cardinalat. — Lit de justice des Tuileries qui rend au régent toute son autorité. — Les Espagnols défaits ; leur flotte détruite par Bing. — Fausse joie de Stairs. — Sages et raisonnables désirs. — Cellamare de plus en plus appliqué à plaire en Espagne par ses criminelles menées à Paris. — Galions arrivés à Cadix. — Demandes du roi d’Espagne impossibles. — Le comte de Stanhope part de Madrid pour Londres, par Paris. — Fin des nouvelles étrangères.
Chapitre xiii. — J’ai pris tout ce qui est d’affaires étrangères de ce que M. de Torcy m’a communiqué. — Matériaux indiqués sur la suite de l’affaire de la constitution, très curieux par eux-mêmes et par leur exacte vérité. — Religion sur la vérité des choses que je rapporte. — Réflexions sur ce qui vient d’être rapporté des affaires étrangères. — Albéroni et Dubois. — État de la France et de l’Espagne avant et après les traités d’Utrecht. — Fortune d’Albéroni. — Caractère du roi et de la reine d’Espagne. — Gouvernement d’Albéroni. — Court pinceau de M. le duc d’Orléans et de l’abbé Dubois, des degrés de sa fortune. — Perspective de l’extinction de la maison d’Autriche, nouveau motif à la France de conserver la paix et d’en profiter. — Considération sur l’Angleterre, son intérêt et ses objets à l’égard de la France, et de la France au sien. — Folle ambition de l’abbé Dubois de se faire cardinal, dès ses premiers commencements. — Artifices de Dubois pour se rendre seul maître du secret de la négociation d’Angleterre, et son perfide manège à ne la traiter que pour son intérêt personnel, aux dépens de tout autre. — Dubois vendu à l’Angleterre et à l’empereur pour une pension secrète de quarante mille livres sterling et un chapeau, aux dépens comme éternels de la France et de l’Espagne. — Avantages que l’Angleterre en tire pour sa marine et son commerce, et le roi d’Angleterre pour s’assurer de ses parlements.
Chapitre xiv. — Gouvernement de M. le Duc, mené par Mme de Prie, à qui l’Angleterre donne la pension de quarante mille livres sterling du feu cardinal Dubois. — Époque et cause de la résolution de renvoyer l’infante et de marier brusquement le roi. — Gouvernement du cardinal Fleury. — Chaînes dont Fleury se laisse lier par l’Angleterre. — Fleury sans la moindre teinture des affaires, lorsqu’il en saisit le timon. — Aventure dite d’Issy. — Fleury parfaitement désintéressé sur l’argent et les biens. — Lui et moi nous nous parlons librement de toutes les affaires. — Avarice sordide de Fleury, non pour soi, mais pour le roi, l’État et les particuliers. — Fleury met sa personne en la place de l’importance de celle qu’il occupe, et en devient cruellement la dupe. — Walpole, ambassadeur d’Angleterre, l’ensorcelle. — Trois objets des Anglois. — Avarice du cardinal ne veut point de marine, et, à d’autres égards, encore pernicieuse à l’État. — Il est personnellement éloigné de l’Espagne, et la reine d’Espagne et lui brouillés sans retour jusqu’au scandale. — Premiers ministres funestes aux États qu’ils gouvernent. — L’Angleterre ennemie de la France, à force titres anciens et nouveaux. — Intérêt de la France à l’égard de l’Angleterre. — Perte radicale de la marine, etc., de France et d’Espagne ; l’empire de la mer et tout le commerce passé à l’Angleterre, fruits du gouvernement des premiers ministres de France et d’Espagne, avec bien d’autres maux. — Comparaison du gouvernement des premiers ministres de France et d’Espagne, et de leur conseil, avec celui des conseils de Vienne, Londres, Turin, et de leurs fruits. — Sarcasme qui fit enfin dédommager le chapitre de Denain des dommages qu’il a soufferts du combat de Denain.
Chapitre xv. — Mouvements audacieux du parlement contre l’édit des monnaies. — Le parlement rend un arrêt contre l’édit des monnaies, lequel est cassé le même jour par le conseil de régence. — Prétextes du parlement, qui fait au roi de fortes remontrances. — Conseils de régence là-dessus. — Ferme et majestueuse réponse au parlement en public, qui fait de nouvelles remontrances. — Le don gratuit accordé à l’ordinaire, par acclamation, aux états de Bretagne. — Leurs exilés renvoyés. — Question d’apanages jugée en leur faveur au conseil de régence. — Absences singulières. — Cinq mille livres de menus plaisirs par mois, faisant en tout dix mille livres, rendues au roi. — Manèges du parlement pour brouiller, imités en Bretagne. — Saint-Nectaire, maréchal de camp, fait seul lieutenant général longtemps après avoir quitté le service. — Son caractère. — Mme d’Orléans fait profession à Chelles fort simplement. — Arrêt étrange du parlement en tous ses chefs. — Le parlement de Paris a la Bretagne en cadence. — Le syndic des états est exilé. — Audacieuse visite de la duchesse du Maine au régent. — Fureur et menées du duc et de la duchesse du Maine et du maréchal de Villeroy. — Commission étrange sur les finances donnée aux gens du roi par le parlement. — Bruits de lit de justice ; sur quoi fondés. — Mémoires de la dernière régence fort à la mode, tournent les têtes. — Misère et léthargie du régent. — L’abbé Dubois, Argenson, Law et M. le Duc, de concert, chacun pour leur intérêt, ouvrent les yeux au régent et le tirent de sa léthargie. — M. le duc d’Orléans me force à lui parler sur le parlement. — Duc de La Force presse contre le parlement par Law, espère par là d’entrer au conseil de régence. — Mesures du parlement pour faire prendre et pendre Law secrètement, en trois heures de temps. — Le régent envoie le duc de La Force et Fagon conférer avec moi et Law. — Frayeur extrême et raisonnable de Law. — Je lui conseille de se retirer au Palais-Royal, et pourquoi. — Il s’y retire le jour même. — Je propose un lit de justice aux Tuileries, et pourquoi là. — Plan pris dans cette conférence. — Abbé Dubois vacillant et tout changé.
Chapitre xvi. — Le régent m’envoie chercher. — Conférence avec lui tête à tête, où j’insiste à n’attaquer que le parlement, et point à la fois le duc du Maine, ni le premier président, comme M. le Duc le veut. — Marché de M. le Duc, moyennant une nouvelle pension de cent cinquante mille livres. — Conférence entre M. le duc d’Orléans, le garde des sceaux, La Vrillière, l’abbé Dubois et moi, à l’issue de la mienne tête à tête. — M. le Duc survient ; M. le duc d’Orléans le va entretenir, et nous nous promenons dans la galerie. — Propos entre M. le duc d’Orléans, M. le Duc et moi, seuls, devant et après la conférence recommencée avec lui. — Je vais chez Fontanieu, garde-meuble de la couronne, pour la construction très secrète du matériel du lit de justice. — Contre-temps que j’y essuie. — Effroi de Fontanieu, qui fait après merveilles. — M. le Duc m’écrit, me demande un entretien dans la matinée chez lui ou chez moi, à mon choix. — Je vais sur-le-champ à l’hôtel de Condé. — Long entretien entre M. le Duc et moi. — Ses raisons d’ôter à M. du Maine l’éducation du roi. — Les miennes pour ne le pas faire alors. — M. le Duc me propose le dépouillement de M. du Maine. — Je m’y oppose de toutes mes forces ; mais je voulois pis à la mort du roi. — Mes raisons. — Dissertation entre M. le Duc et moi sur le comte de Toulouse. — M. le Duc propose la réduction des bâtards, si l’on veut, à leur rang de pairs parmi les pairs. — M. le Duc veut avoir l’éducation du roi, sans faire semblant de s’en soucier. — Raisons que je lui objecte. — Discussion entre M. le Duc et moi, sur l’absence de M. le comte de Charolois. — M. le Duc me sonde sur la régence, en cas que M. le duc d’Orléans vînt à manquer, et sur les idées de Mme la duchesse d’Orléans là-dessus pour faire M. son fils régent, et le comte de Toulouse lieutenant général du royaume. — Je rassure M. le Duc sur ce qu’en ce cas la régence lui appartient. — Conclusion de la conversation. — M. le Duc déclare que son attachement au régent dépend de l’éducation. — Je donne chez moi à Fontanieu un nouvel éclaircissement sur la mécanique dont il étoit chargé.
Chapitre xvii. — Contre-temps au Palais-Royal. — Je rends compte au régent de ma longue conversation avec M. le Duc. — Reproches de ma part ; aveux de la sienne. — Lit de justice différé de trois jours. — Le régent tourne la conversation sur le parlement ; convient de ses fautes, que je lui reproche fortement ; avoue qu’il a été assiégé, et sa faiblesse. — Soupçons sur la tenue du lit de justice. — Contre-temps, qui me fait manquer un rendez-vous aux Tuileries avec M. le Duc. — Ducs de La Force et de Guiche singulièrement dans la régence. — M. le duc d’Orléans me rend sa conversation avec M. le Duc, qui veut l’éducation du roi et un établissement pour M. le comte de Charolois. — Découverte d’assemblées secrètes chez le maréchal de Villeroy. — Je renoue, pour le soir, le rendez-vous des Tuileries. — Dissertation entre M. le Duc et moi sur M. le comte de Charolois, sur l’éducation du roi qu’il veut ôter sur-le-champ au duc du Maine, et l’avoir. — Point d’Espagne sur M. de Charolois. — M. le Duc me charge obstinément de la plus forte déclaration, de sa part, au régent sur l’éducation. — M. le Duc convient avec moi de la réduction des bâtards en leur rang de pairie, au prochain lit de justice. — Nous nous donnons le même rendez-vous pour le lendemain.
Chapitre xviii. — Je rends compte au régent de ma conversation avec M. le Duc. — Hoquet du régent sur l’élévation des sièges hauts comme à la grand’chambre, qui m’inquiète sur sa volonté d’un lit de justice. — Récit d’une conversation du régent avec le comte de Toulouse, bien considérable. — Probité du comte, scélératesse de son frère. — Misère et frayeur du maréchal de Villeroy. — Nécessité de n’y pas toucher. — Je tâche de fortifier le régent à ne pas toucher à M. du Maine. — Propos sur le rang avec Son Altesse Royale. — Mes réflexions sur le rang. — Conférence chez le duc de La Force. — Sage prévoyance de Fagon et de l’abbé Dubois. — Inquiétude de Fontanieu pour le secret. — Il remédie aux sièges hauts. — Entretien entre M. le Duc et moi dans le jardin des Tuileries, qui veut l’éducation plus fermement que jamais. — Je lui fais une proposition pour la différer, qu’il refuse. — Sur quoi je le presse avec la dernière force. — Outre l’honneur, suites funestes des manquements de parole. — Disposition de Mme la Duchesse sur ses frères toute différente de Mme la duchesse d’Orléans. — Prince de Conti à compter pour rien. — J’essaye à déranger l’opiniâtreté de M. le Duc sur avoir actuellement l’éducation, par les réflexions sur l’embarras de la mécanique. — Je presse vivement M. le Duc. — Il demeure inébranlable. — Ses raisons. — Je fais expliquer M. le Duc sur la réduction des bâtards au rang de leur pairie. — Il y consent. — Je ne m’en contente pas. — Je veux qu’il en fasse son affaire, comme de l’éducation même, et je le pousse fortement. — Trahison des Lassai. — M. le Duc désire que je voie les trois divers projets d’édits, qu’il avoit donnés au régent. — Millain ; quel. — Je déclare à M. le Duc que je sais du régent que la réduction du rang des bâtards est en ses mains, et que le régent la trouve juste. — Je presse fortement M. le Duc. — M. le Duc me donne sa parole de la réduction des bâtards au rang de leur pairie. — Je propose à M. le Duc de conserver le rang sans changement au comte de Toulouse par un rétablissement uniquement personnel. — Mes raisons. — M. le Duc consent à ma proposition en faveur du comte de Toulouse, et d’en faire dresser la déclaration. — Je la veux faire aussi, et pourquoi. — Raisonnement encore sur la mécanique. — Renouvellement de la parole de M. le Duc de la réduction susdite des bâtards. — Dernier effort de ma part pour le détourner de l’éducation et de toucher au duc du Maine.
Chapitre xix. — Millain chez moi, avec ses trois projets d’édits, me confirme la parole de M. le Duc sur le rang ; me promet de revenir le lendemain matin. — Satisfaction réciproque. — Je rends compte au régent de ma conversation avec M. le Duc. — Son Altesse Royale déterminée à lui donner l’éducation. — Je proteste avec force contre la résolution de toucher au duc du Maine ; mais, ce parti pris, je demande alors très vivement la réduction des bâtards au rang de leur pairie. — Cavillations du régent. — Je le force dans tous ses retranchements. — Je propose au régent le rétablissement du comte de Toulouse, qu’il approuve. — Reproches de ma part. — Je propose au régent les inconvénients mécaniques, et les discute avec lui. — Je l’exhorte à fermeté. — Avis d’un projet peu apparent de finir la régence, que je mande au régent. — M. le Duc vient chez moi me dire qu’il a demandé au régent la réduction des bâtards au rang de leurs pairies, et s’éclaircir de sa part sur l’avis que je lui avois donné. — J’apprends chez moi au duc de La Force à quoi en sont les bâtards à notre égard, et le prie de dresser la déclaration en faveur du comte de Toulouse. — Frayeur du parlement. — Ses bassesses auprès de Law. — Infamie effrontée du duc d’Aumont. — Frayeur et bassesses du maréchal de Villeroy. — Conférence chez moi avec Fagon et l’abbé Dubois sur tous les inconvénients et leurs remèdes. — Fagon m’avise sagement de remettre au samedi d’arrêter les membres du parlement, qui le devoient être le vendredi. — Le duc de La Force et Millain chez moi avec la déclaration en faveur du comte de Toulouse. — Millain m’avertit de la part de M. le Duc, chargé par le régent, de me trouver le soir à huit heures chez le régent, pour achever de tout résumer avec lui et M. le Duc en tiers, et d’y mener Millain. — Je parle à Millain sur la réduction des bâtards à leur rang de pairie avec la dernière force, et je le charge de le dire mot pour mot à M. le Duc. — Contre-temps à la porte secrète de M. le duc d’Orléans. — Je lui fais approuver le court délai d’arrêter quelques membres du parlement. — Discussion entre le régent et moi sur plusieurs inconvénients dans l’exécution du lendemain. — M. le Duc survient en tiers. — Je les prends tous deux à témoin de mon avis et de ma conduite en toute cette affaire. — Je les exhorte à l’union et à la confiance réciproque. — Je leur parle de la réduction des bâtards au rang de leur pairie avec force et comme ne pouvant plus en douter, en ayant leur parole à tous les deux. — Ils m’avertissent de ne pas manquer à revenir le soir au rendez-vous avec eux deux. — M. le Duc m’envoie par Millain la certitude de la réduction des bâtards au rang de leur pairie, dont j’engage M. le Duc à s’assurer de plus en plus. — Conférence chez moi avec le duc de La Force, Fagon et l’abbé Dubois. — Tout prévu et remédié autant que possible. — Conférence, le soir, entre M. le duc d’Orléans, M. le Duc et moi, seuls, où Millain fut en partie seul avec nous, où tout se résume pour le lendemain et les derniers partis sont pris. — Je suis effrayé de trouver le régent au lit avec la fièvre. — Solutions en cas de refus obstiné du parlement d’opiner. — Pairs de France, de droit, et officiers de la couronne, de grâce et d’usage, ont seuls voix délibérative au lit de justice et en matière d’État, et les magistrats au plus consultative, le chancelier ou garde des sceaux excepté. — Je confie, avec permission de Son Altesse Royale, les événements si prochains au duc de Chaulnes. — Contade fait très à propos souvenir du régiment des gardes suisses. — Frayeur du duc du Maine d’être arrêté par lui. — On avertit du lit de justice à six heures du matin ceux qui y doivent assister. — Le parlement répond qu’il obéira. — Discrétion de mon habit de parlement. — Je fais avertir le comte de Toulouse d’être sage et qu’il ne perdra pas un cheveu. — Valincourt ; quel.
Chapitre xx. — J’arrive aux Tuileries. — Le lit de justice posé promptement et très secrètement. — J’entre, sans le savoir, dans la chambre où se tenoient, seuls, le garde des sceaux et La Vrillière. — Tranquillité du garde des sceaux. — Le régent arrive aux Tuileries. — Duc du Maine en manteau. — J’entre dans le cabinet du conseil. — Bon maintien et bonne résolution du régent. — Maintien de ceux du conseil. — Divers mouvements en attendant qu’il commence. — Le comte de Toulouse arrive en manteau. — Le régent a envie de lui parler. — Je tâche de l’en détourner. — Colloque entre le duc du Maine et le comte de Toulouse, puis du comte de Toulouse avec le régent, après du comte de Toulouse avec le duc du Maine. — Le régent me rend son colloque avec le comte de Toulouse ; me déclare qu’il lui a comme tout dit. — Les bâtards sortent et se retirent. — Le conseil se met en place. — Séance et pièce du conseil dessinée pour mieux éclaircir ce qui s’y passa le vendredi matin 26 août 1718. — Remarques sur la séance. — Discours du régent. — Lecture des lettres du garde des sceaux. — Tableau du conseil. — Discours du régent et du garde des sceaux. — Lecture de l’arrêt du conseil de régence en cassation de ceux du parlement. — Opinions marquées. — Légers mouvements au conseil sur l’obéissance du parlement. — Discours du régent sur la réduction des bâtards au rang de leurs pairies. — Effet du discours du régent. — Lecture de la déclaration qui réduit les bâtards au rang de leur pairie. — Effet de cette lecture dans le conseil. — Je mets devant moi sur la table la requête des pairs contre les bâtards ouverte à l’endroit des signatures. — Opinions. — Je fais au régent le remerciement des pairs de sa justice, et je m’abstiens d’opiner. — Le régent saute de moi au maréchal d’Estrées. — Discours de M. le duc d’Orléans sur le rétablissement du comte de Toulouse, purement personnel. — Impression de ce discours sur ceux du conseil. — Lecture de la déclaration en faveur du comte de Toulouse. — Opinions. — M. le duc d’Orléans dit deux mots sur M. le Duc, qui demande aussitôt après l’éducation du roi. — Mouvements dans le conseil. — Opinions. — Le maréchal de Villeroy se plaint en deux mots du renversement des dispositions du feu roi et du malheur du duc du Maine, sur lequel le régent lance un coup de tonnerre qui épouvante la compagnie. — Le garde des sceaux, et par lui le régent, est averti que le premier président tâche d’empêcher le parlement d’obéir. — Le régent le dit au conseil ; montre qu’il ne s’en embarrasse pas. — Mouvements et opinions là-dessus. — Le parlement, en marche à pied, pour venir aux Tuileries. — Attention du régent pour le comte de Toulouse et pour les enregistrements. — Le maréchal de Villars, contre son ordinaire, rapporte très bien une affaire du conseil de guerre. — Le conseil finit. — Mouvements. — Divers colloques. — D’Antin obtient du régent de n’assister point au lit de justice. — Je parle à Tallard sur le maréchal de Villeroy. — La Vrillière bien courtisan. — La Maintenon désolée. — Mouvements dans la pièce du conseil. — Je propose au régent d’écrire à Mme la duchesse d’Orléans, etc.
Chapitre xxi. — Le parlement arrive aux Tuileries. — Attention sur les sorties du cabinet du conseil et sur ce qui s’y passe. — On va prendre le roi. — Marche au lit de justice. — Le roi sans manteau ni rabat. — Séance et pièce du lit de justice aux Tuileries dessinée, pour mieux éclaircir ce qui s’y passa le vendredi matin 26 août 1718. — J’entre au lit de justice, et, allant en place, je confie l’affaire des bâtards à quelques pairs. — Spectacle du lit de justice. — Maintien de M. le duc d’Orléans, de M. le Duc et de M. le prince de Conti. — Maintien du roi et du garde des sceaux. — Lettres de garde des sceaux. — Discours du garde des sceaux au parlement sur sa conduite et ses devoirs. — Cassation de ses arrêts. — Présence d’esprit et capacité d’esprit de Blancmesnil, premier avocat général. — Remontrance envenimée du premier président, confondue. — Réduction des bâtards au rang de leurs pairies. — Rétablissement uniquement personnel du comte de Toulouse. — M. de Metz et quelques autres pairs mécontents sur le rétablissement du comte de Toulouse. — Je refuse d’une façon très marquée d’opiner, tant moi que tous les pairs, comme étant parties, dans l’affaire des bâtards. — Discours du régent et de M. le Duc pour demander l’éducation du roi. — Lourde faute d’attention de ces deux princes en parlant. — M. le Duc obtient sa demande. — Enregistrement en plein lit de justice de tout. — Le roi très indifférent pour le duc du Maine. — Levée du lit de justice.


NOTES
I. Difficulté des réformes au xviiie siècle. 471
II. Comparaison entre les parlements de France et d’Angleterre. 473
III. Querelle entre les présidents du parlement et les ducs-pairs. 474


FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES




Ch. Lahure, imprimeur du Sénat et de la Cour de Cassation, rue de Vaugirard, 9, près de l’Odéon.