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Mémoires amoureux (Félicien Fargèze)/1-08

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Texte établi par Adolphe TabarantRamsey (p. 111-128).
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CHAPITRE HUITIÈME

Au canal de Bourgogne. Poirier et Fifine.
Second retour à Saint-Brice.
Je renoue avec Agathe.
Vision brève de Paris.

J’étais guéri. Cependant ma santé générale n’avait pas été sans pâtir d’un long droguage et d’une demi-diète. J’avais perdu de mon poids. Guéri, je me sentais impatient de reprendre ma vie normale, mais il me fallait compter à ce moment — on arrivait en mai — avec un gros surcroît de travail, mon père ayant accepté de construire toute une flottille de radeaux pour les ponts-et-chaussées. J’en établissais les dessins, j’en calculais les cubes. Consciencieux, je m’y appliquais. Il m’arriva d’oublier nos traditionnelles parties à l’auberge Lureau, dont, il est vrai, l’agrément n’allait pas pour moi sans amertume depuis que je me tenais à l’écart d’Agathe. Peut-être était-elle guérie, elle aussi, mais je ne me souciais pas d’y aller voir.

Je recommençais à trouver insipides les joies de Saint-Brice. Les sourires des femmes et leurs coups d’œil m’en disaient long, mais j’aurais perdu mon temps à prendre au mot leurs singeries engageantes, ma réputation de mauvais garnement n’étant pas pour me faciliter des intrigues qu’il eût fallu secrètes, dans ce village où chacun et chacune espionnait sa voisine et son voisin. Et puis, j’intéressais peu les jeunes filles. Sous un galant elles ne cherchaient qu’un épouseur. Maria Bonbernard elle-même, cette autre amie d’enfance qui, de conserve avec Agathe Lureau, m’avait si souvent fait voir son derrière, me rabroua durement certain soir. La rencontrant à la nuit, comme elle revenait des champs, rose, menue, joliment faite, je m’avisai de prendre avec elle d’excusables libertés. Une vive tape sur ma main rôdeuse, et la menace d’une gifle. Elle se fâcha tout de bon :

— Félicien, j’aime pas ces manières. Va trouver Agathe, si ça te dit !

J’en étais là quand, un jour de juin, M. Toussaint, ingénieur en chef des ponts-et-chaussées, vint de Dijon pour nous demander d’accélérer notre fabrication de radeaux. Mon père lui fit les honneurs de ses chantiers et de ses bureaux, où il me trouva penché sur une épure fignolée à l’encre de Chine, avec toute la minutie dont — ô paradoxe ! — j’étais capable. Il y jeta les yeux, en loua la netteté linéaire. Il observa que je dessinais très purement la lettre. Par ailleurs, ma mine éveillée lui plut et il le dit. Mon heureux père buvait du lait.

— Il a fait ses classes au lycée de Dijon, observa-t-il en se rengorgeant.

— Eh bien ! confiez-le-moi, fit M. Toussaint. Il y aurait une belle carrière pour lui dans nos services du canal.

Cette proposition tombait à pic. Mon père ne sut d’abord que répondre, puis il remercia l’ingénieur en chef et je le remerciai après lui, avec un empressement qui ne dut pas lui échapper car il ajouta :

— Je vais avoir un poste disponible. Prenez une décision et écrivez-moi.

C’était tout décidé. Je ne songeais qu’à renouveler mon évasion de Saint-Brice. Mon père, qui me voyait bâiller du matin au soir, savait bien qu’il ne ferait jamais de moi son successeur aux chantiers à bateaux. Il ne refusait pas de m’envoyer à la ville s’il s’agissait d’y remplir une fonction officielle. Commis chez les Boulard, c’était humiliant, mais employé des ponts-et-chaussées dans les services du canal de Bourgogne, c’était mieux qu’honorable. Quant à ma mère, elle considéra que Dijon n’étant pas loin de Saint-Brice, je pourrais venir de temps à autre passer le dimanche à la maison. Aussi la décision ne traîna-t-elle pas, et de ma plus belle écriture, faisant valoir mon plus beau style, je fis part de mon acceptation à monsieur l’ingénieur en chef.

Tout fut réglé dans les premiers jours de juillet. J’entrais aux ponts-et-chaussées en qualité de commis dessinateur, aux appointements mensuels de soixante-quinze francs, qui, en ces temps bénis, n’étaient pas une médiocre somme. Morizot voulut m’accompagner, et nous allâmes prendre à Auxonne un train de la nouvelle ligne de Dole, inaugurée douze jours auparavant. C’était le samedi 7. Je me présentai chez M. Toussaint, et le lundi matin je faisais mon entrée dans les bureaux du canal.

J’occupais, moi cinquième, une grande salle meublée de deux longues tables et de tabourets. Mes quatre collègues étaient un vieux bonhomme de conducteur à face barbue de chèvre et trois agents secondaires qui m’accueillirent frigidement. Je fus plusieurs jours sans ouvrir le bec, sauf pour dire merci au conducteur, mon chef, qui me passait du travail en grommelant de vagues explications dans sa barbe. J’avais à me débrouiller tout seul. Je me débrouillai plutôt mal.

Quel mortifiant aveu je dus me faire ! Je me reconnaissais incapable de remplir l’emploi qu’avec une si désinvolte assurance je venais d’accepter. En dépit d’études surtout classiques, j’avais une main de calligraphe et je tenais habilement le tire-ligne, mais encore fallait-il qu’on ne me pressât point, et le conducteur me pressait terriblement, au contraire. Sans compter qu’il me demandait de dresser, avec cotes, des profils auxquels je ne comprenais goutte, cela si rapidement que ce grommelant bonhomme à barbe de chèvre s’étonnait que je n’eusse pas fini alors que tout de traviole je venais seulement de commencer. Je n’étais pas là depuis deux heures que mon ignorance totale de ces tracés géométriques éclatait aux yeux, aux quatre paires d’yeux qui m’épiaient, sournois d’abord, puis ironiques. Mes rosses de collègues avaient tacitement convenu de me tenir en quarantaine. Ils voyaient en moi l’intrus, porté par la faveur de l’ingénieur en chef à une situation à laquelle il n’avait pas droit, mangeant par là leur maigre pain de misère. Ils savaient mon origine, et que mon père passait pour avoir des sous. Enfin, je sortais du lycée de Dijon, considéré par eux comme une pépinière de fruits secs. Ils n’avaient pas à me ménager.

— Mais vous ne savez rien, mon garçon ! me dit le conducteur, dès le premier soir. On ne vous a donc même pas appris à coter un profil ?

Il voulut bien me fournir quelques indications sommaires. dont je m’efforçai de retenir le sens général. Le malheur, c’est que j’avais oublié le peu de géométrie qu’on m’avait enseigné, ce qui m’amenait à tirer des traits hors de toute logique. Les autres en riaient sous cape, sauf un certain Poirier, grand fumeur de pipes, qui, tout en enfournant son tabac, louchait vers mon travail et m’en signalait les grossières hérésies. Ce qu’ainsi j’exécutai au cours de ma première huitaine était d’une si flagrante insuffisance que le conducteur, hochant la tête, déclara qu’il en référerait à M. Toussaint. L’ironie de ces messieurs s’accentua lorsqu’une brève enquête leur eut appris que je n’étais pas bachelier, alors qu’avec une stupide impudence je m’attribuais ce laurier universitaire. Ils me tinrent pour un cancre doublé d’un imposteur.

Je ne réagissais pas, honteux, d’une si évidente infériorité. Mais je sus bientôt que l’ingénieur en chef prenait très mal le rapport de l’homme à barbe de chèvre, critique directe du choix par lui fait en ma personne. Sur son ordre on ne me confia plus que des épures très faciles, d’élémentaires travaux d’écriture. Cela me ramena littéralement à la vie et j’eus assez de liberté d’esprit pour, enfin, regarder autour de moi.

Je m’attachai d’abord à fixer l’amitié de Poirier, qui puait la pipe et la bouteille, et à trente-cinq ans en paraissait cinquante. Quelques petits verres y suffirent. Il ne me quitta plus. Un jour qu’il m’avait conduit dans un cabaret près de la porte d’Ouche, une jeune fille laide, pâle et maigrichonne, chaussée de sabots et vêtue comme une ouvrière pauvre, vint s’asseoir à notre table. « Tu tombes bien, lui dit-il. Tu vas faire la connaissance d’un de mes collègues du bureau, M. Fargèze, qui est autrement plus gentil que moi. » Il me la présenta : « Elle s’appelle Sophie Moutin, mais on lui dit Fifine. » Presque aussitôt il s’excusa d’être obligé de partir et nous laissa. Je n’avais guère lieu de lui en savoir gré, car je ne me sentais pas la moindre envie de lier connaissance avec cette demoiselle. Aussi restai-je coi, les regards immobilisés sur mon verre. Elle alors, après un moment, prit le parti de se retirer, non sans m’adresser poliment un au revoir.

Au bureau, Poirier ne fit même pas allusion à cette présentation singulière. En revanche il me parla femmes, putains de la ville, cherchant à savoir si j’étais quelque peu dégourdi. Je lui fis des réponses évasives, sur un ton d’indifférence. Il dut me croire en état d’innocence et changea bientôt de conversation.

Cependant je commençais à trouver longue ma trêve de sagesse, et je m’en tourmentais d’autant plus que je continuais d’ignorer le Dijon de la putasserie, quoi qu’en pensât le crédule Morizot. Je rencontrai sa Delphine, précisément. Elle me reconnut, me dit qu’elle s’était mise en ménage avec un employé de la mairie. Elle en avait eu un enfant et ne voulait plus faire l’amour avec d’autres. Je n’osai lui parler de Sidonie. Sidonie ! La revoir m’eût bien déçu, sans doute, mais longtemps, j’ai cherché, je l’avoue, sans parvenir à la retrouver, la ruelle où, sur un lit loqueteux, j’avais laissé mon pucelage.

Je déambulais par les rues. Je passais de longues heures dans les débits. J’étais attablé, un soir, près du Château-d’Eau, dans un bal à cinq sous dont les garçons de la poste aux chevaux étaient les joyeux clients, quand j’aperçus la dénommée Fifine, qui hésitait à s’approcher. Je me sentais si seul que je lui fis un signe d’appel, toute minable et laideron qu’elle fût. Elle accourut, s’assit, me demanda comment j’allais, accepta un verre de limonade et se mit à me raconter volubilement, comme à une vieille connaissance, les faits de toute sa journée, les commissions dont l’avait chargée sa mère, sa visite à sa sœur, à l’hospice Sainte-Anne, et ce que lui avait dit le juge de paix pour qu’elle fût payée par un patron qui lui redevait vingt et des francs. Elle était — mais je ne le sus qu’ensuite — ravaudeuse aux gages d’un fournisseur de l’armée d’Orient. Elle y gagnait par jour sa pièce de trente sous.

Depuis une heure elle babillardait de la sorte quand je me résolus à l’emmener chez moi. Je n’eus même pas à le lui proposer car, m’étant levé, elle m’accompagna tout en continuant de dévider ses histoires, pour moi sans queue ni tête. Elle avait une bizarre allure de marche, trottinait à pas menus, le torse en avant, comme font les gosses qu’on entraîne. Elle ne s’interrompit de m’en raconter que devant ma porte pour me dire qu’elle ne pourrait me donner toute la nuit, parce qu’elle couchait chez sa mère. Je n’en demandais pas tant. Sevré depuis des semaines, je ne voyais en elle qu’un pis-aller qui me permettrait d’attendre autre chose. Entrée dans ma chambre — je prenais pension chez un modeste logeur que Morizot m’avait indiqué, sur le chemin de Larey, à deux pas du bureau — elle recommença de jacasser, se déshabilla, se faufila dans le lit sans fermer son robinet à paroles. Mais j’étais pressé et je m’emparai d’elle avec une vivacité qui la fit rire. Elle se tut, m’embrassa, me serra, me mit en passe d’aller sans détour où je me hâtais. Elle n’avait pas apparence de poitrine ; ses cuisses étaient des bâtons de chaise et ses fesses tenaient dans le creux d’une main, mais elle usait avec une acrobatique virtuosité de ce jeu d’osselets, et pendant plus de deux heures elle sut me garder ou me ramener dans ses bras. Minuit était sonné quand elle me dit qu’il lui fallait partir.

— Je pourrais venir vous amuser le matin, en allant à mon travail, me proposa-t-elle. Je passe par ici.

Je ne demandais pas mieux et ce fut entendu. Dès ce matin-là, vers six heures et demie, elle toquait à ma porte. Elle releva ses nippes et je pus constater que sa pauvre jupe et sa chemise rapiécée étaient fort propres. Je la pris de bon cœur. Voulait-elle un peu d’argent ? Elle fit non, de la tête. Je lui offris de lui acheter quelques colifichets, ce qui la rendit si heureuse qu’elle se rejeta sur moi, déploya tous les artifices de son petit ventre pour m’amener à la ressaisir. Cette visite matinale me devint vite une habitude. Le dimanche, Fifine arrivait plus tard, après la messe, car elle y allait. Une fois, vidant devant moi sa poche pour y chercher une convocation de justice de paix, elle en tira un chapelet, une médaille de la Vierge, plusieurs de ces images sur papier à dentelle qui tiennent lieu de signets pour les paroissiens.

Elle avait moins besoin de colifichets que de vêtements. Je la conduisis dans une grande boutique de la rue Guillaume, où un commis lui montra des robes, des caracos, des fichus. Elle n’en avait jamais tant vu et en resta toute pantoise. Pour vingt-trois francs que je payai, elle emporta deux chemises, un tablier, une jupe, une camisole. Chez un cordonnier voisin, elle eut des souliers pour cinq francs. À vingt-six ans — car c’était là son âge bien qu’on ne lui en donnât pas plus de dix-huit — elle n’en avait encore usé qu’une paire. Elle ne chaussait que des sabots.

Quand, parée de neuf, elle entra le matin suivant dans ma chambre, elle rayonnait de se voir si faraude. Je lui promis un bonnet pour la sainte Sophie, qui tombait le 1er août. Elle ne savait comment me remercier et, certes, elle m’en donna pour mon argent. Je m’arrangeais si bien d’elle que j’étais impatient d’entendre le tambourinement de ses doigts contre ma porte. La singulière créature qui se glissait alors sous mon drap me divertissait par une diablerie d’extravagantes pirouettes. Elle jouait à cache-cache, furetait, bondissait, roulait en boule au fond du lit, pour revenir d’un trait me coller son petit derrière sur la figure. Parfois elle se livrait à de folles grimaces, enflait ses joues, tapait du poing dessus, faisait craquer ses articulations. Ses sèches jambes passées derrière le cou, elle sautait d’abord sur les mains, puis soudain se retournait tête en bas et, ainsi disloquée, s’écriait en gigotant de façon cocasse :

— Mon cul à l’envers ! N’est-ce pas qu’il est drôle ?

Un soir, l’ayant emmenée dans un cabaret de la rue du Chaignot où je m’amusais à suivre des parties de billard, je vis entrer Poirier, à qui je n’avais rien dit de mes rendez-vous avec elle.

— Ah ! les amoureux ! fit-il.

Puis, se tournant vers Fifine :

— Te voilà fringuée comme une dame. As-tu remercié M. Fargèze, au moins ?

J’étais très gêné. Je lui payai à boire mais, nos verres vidés, je donnai le signal du départ. Fifine demeurait dans le même quartier que lui, au faubourg de Raines, et m’ayant souhaité le bonsoir ils s’éloignèrent de compagnie. Cela me fut pénible. J’avais beau me dire que c’était lui, Poirier, qui m’avait fait connaître cette fille, je me sentais piqué au vif. Qu’elle eût été sa bonne amie, je n’étais pas assez couillon pour le mettre en doute, mais cela m’écœurait de penser qu’elle continuait de l’être, qu’elle allait de moi à cet ivrogne, lui servant les mêmes grimaces, l’amusant de la même cabriole du cul à l’envers. Le lendemain matin, elle ne me toucha pas un mot de Poirier. Nous ne parlâmes pas non plus d’elle au bureau, Poirier et moi. J’aurais pu croire qu’il existait deux Poirier différents, l’un ignorant l’autre. Je me bornai à ne plus sortir avec Fifine, qui jamais ne me fit à ce sujet la moindre observation.

Septembre arriva. Je me laissais aller à la bonne vie qui m’était faite. Au bureau, où l’on venait de me caser dans une petite pièce, j’avais pris mes aises et je sifflotais toute la journée, ce qui agaçait la barbe de chèvre. J’eus par deux fois la visite de mon père, venu pour des achats de planches. Je recevais régulièrement des nouvelles de Morizot, qui, très pris par des études pour la construction d’un chemin de fer, se lamentait de ne pouvoir venir à Dijon, où l’appelaient « ses dévotions à Vénus ». Il me faisait parvenir les lettres que m’écrivait Mme Fosson et qu’il recevait pour moi. Elles m’apportaient d’éperdues protestations d’amour. Je finis par y répondre, après la troisième, et ce fut en vers, en vers salés, poivrés, par lesquels j’évoquais nos nuits chaudes, tout ce qu’avaient vu mon lit et le sien. Elle me croyait toujours à Saint-Brice. Je la renseignai sur ma nouvelle situation, lui donnant l’adresse des ponts-et-chaussées, où désormais elle pourrait directement m’écrire. Quelle imprudence ! Huit jours plus tard, comme, après le déjeuner, je regagnais le bureau, je trouvai, attendant à quelques pas de la porte, une femme de tournure bourgeoise tenant un sac de nuit : Claire Fosson ! Elle se jeta si vivement à mon cou que j’en perdis l’équilibre. On nous observait et je lui fis bonne mesure de ma mauvaise humeur. Pourquoi ne m’avait-elle pas prévenu ? Mais, sans m’écouter, elle m’embrassait et m’embrassait encore. Pouvais-je renvoyer sans plus de frais une femme qui venait de faire soixante lieues pour me voir ? J’arrangeai les choses en lui indiquant un hôtel, rue des Godrans, sous prétexte que je logeais chez des amis de ma famille. J’y viendrais à la sortie du bureau.

J’y fus, en effet, et il me fallut dans la minute même lui consentir un acompte sur ce qu’elle était venue chercher de si loin. Nous dînâmes, et comme elle se sentait lasse, elle se mit au lit, où je dus la suivre. Je tenais à ne pas interrompre mes matinées avec Fifine, et grâce à l’argument familial de mes logeurs, je pus me desserrer d’elle avant minuit. Mais le lendemain me fut dur, qui me jeta dans les bras d’une amoureuse reposée et exigeante. Je me montrai tiède à la tâche. Le charme de nos nuitées d’Orléans était rompu. Si je ne restais pas insensible aux attestations de sa tendresse, qui eussent galvanisé un mort, je ne retrouvais plus en elle le même excitant que naguère. Toutes mouvementées fussent-elles, ses fortes fesses ne me faisaient pas oublier le petit derrière que Fifine animait de si plaisante façon.

Elle devait rester trois jours. À raison de deux entrevues quotidiennes, j’avais de quoi m’occuper. Je m’en tirai mieux que je ne pensais, et j’eus même quelques agréables passes durant les dernières heures, tant elle fut ingénieuse à se faire valoir. Elle n’en jugea pas moins que quelque chose était changé en moi, et des larmes en flots m’arrosèrent. Chère Claire, qui me parlait comme une maman, l’instant d’avant ou celui d’après ! Quand la diligence qui l’emportait s’élança sur la route de Montargis, je ne retins pas un soupir de soulagement. Elle m’envoyait des baisers et le geste de sa main se perdit bientôt dans des nuages de poussière.

J’eus, à quelque temps de là, une aventure qui vaut d’être contée. Un soir, fuyant une pluie torrentielle, j’entrai, sur la route de Paris, dans un débit enfumé qu’éclairaient mal deux lampes à huile. Dans un coin sombre se tenaient trois soldats, coiffés du bonnet de police. L’un d’eux attira mon attention. Où diable avais-je vu cette figure ? Il me parut qu’il me regardait. Eh ! C’était Bougret, l’amoureux d’Agathe. Je savais qu’il s’était faufilé au bureau de recrutement de Dijon par l’entremise du chef, le capitaine Tautain, qui était de Saint-Brice. Je le connaissais à peine, mais je lui vouais un légitime ressentiment, moins pour le pucelage d’Agathe qu’il m’avait pris que pour la chaude-pisse qu’il m’avait passée. Aux heures cuisantes de cette épreuve vénérienne, je crois bien que je lui aurais administré une raclée si je l’avais rencontré sur ma route. Vengeance intempestive, car il ignorait évidemment les libertés que je prenais avec Agathe, bien qu’il ne fût pas sans avoir entendu jaser dans Saint-Brice à propos de notre intimité d’enfance.

Je le vis se lever, venir à moi la main tendue. C’était le type même du troupier villageois, court, maigriot, rougeaud.

— Monsieur Fargèze, comment que vous allez ? fit-il. Vous v’la donc à Dijon, à c’t’heure ?

— Oui, comme vous voyez, répondis-je sans me hâter de saisir la main.

— On se verra sans doute à Saint-Brice pour la Toussaint, monsieur Fargèze ?

— Peut-être bien.

— Alors, au revoir, monsieur Fargèze.

— Au revoir.

Il regagna sa table, comprenant que je n’engagerais pas un entretien. Des charretiers qui venaient d’entrer se faisaient servir du ratafia. Ils se mirent à chanter et, soudain visant la tablée de soldats, s’écrièrent que ces bougres de clampins avaient l’air de se foutre de leur gueule. Les rixes entre civils et militaires étaient fréquentes. L’impopularité de la troupe se justifiait par la vantardise agressive des guerriers de l’Orient. Les trois soldats feignant de ne pas entendre, l’un des braillards frappa du poing sur leur table jurant qu’il se chargeait d’apprendre la politesse aux fiers-à-bras de caserne. Ils ne bougeaient toujours pas. L’homme leur répéta sous le nez ses menaces, jusqu’à ce qu’arrachant le bonnet de police de Bougret il le fit voler à travers la salle. Inquiets, cette fois, les soldats se levèrent pour gagner la porte, mais Bougret voulut ramasser son bonnet, ce qui retarda sa retraite. Lui fermant le passage, l’homme lui décocha en plein visage un coup qui fit jaillir le sang. Bougret n’était pas de taille à riposter. Son agresseur l’acculait dans un coin, se préparant à l’entreprendre. Il faisait peine à voir, appelait à l’aide, mais ses camarades, dehors déjà, et qui tentaient de revenir pour le dégager, se heurtaient à un barrage formé par les autres, par le tenancier lui-même, prenant parti pour sa clientèle de charretiers. Je n’hésitai pas une seconde. Je bondis sur l’homme et, l’empoignant rudement au collet, je l’envoyai rouler à terre. Saisissant aux reins le tenancier, je le secouai d’avant en arrière et le basculai sur une table. L’un des énergumènes qui défendaient la porte venait de m’allonger un furieux coup de pied dans les côtes, qui eût pu m’étourdir. Je l’étreignis à pleine ceinture et fis masse de son corps sur ses compères. Cette manœuvre dégageait la porte. Poussant mon lascar dans le recoin du comptoir, où il trébucha, je m’échappai en même temps que Bougret, qui continuait de saigner à gros jets, mais du nez seulement. Nous prîmes rapidement le large, car des gens de mauvaise mine accouraient de toutes parts.

J’avais eu chaud, et la moindre faute de tactique eût pu me coûter cher. La soudaineté de mon attaque et le sentiment de ma force m’avaient sauvé. Bougret se mouilla le nez à une fontaine. Il me fit mille remerciements et ses deux camarades me complimentèrent. Alors, comme il ne pleuvait plus et que les batteries donnent soif, j’emmenai le trio boire une bouteille dans un endroit mieux famé. Quand nous nous séparâmes nous étions, Bougret et moi, les meilleurs amis du monde.

Je ne tenais qu’à demi à m’aller encroûter à Saint-Brice pour la Toussaint, mais ma mère se languissait de moi, comme on dit chez nous. Je demandai cinq jours au conducteur, qui m’en accorda huit. Je n’avais rien fait qui justifiât cette générosité, mais le bonhomme à la barbe de chèvre se réjouissait d’être huit jours sans me voir. Je fus donc toute une semaine au pays, où je trouvai mon père dans le plus grand embarras, débordé par ses écritures. Il me fit entendre qu’il n’était pas très sensé que je fusse occupé au-dehors quand il y avait double besogne à la maison. Je tremblai pour ma félicité dijonnaise, et m’asseyant à la caisse je mis à jour toute la comptabilité. Aussi sortis-je peu, tenant compagnie à ma mère. Saint-Brice, au reste, me paraissait funèbre. Morizot ne m’amusait plus. Je sus que Bougret était là, se partageant entre la maison de ses parents et l’auberge Lureau, où, la nuit, il rejoignait Agathe. Il avait raconté la rixe avec les charretiers, insisté sur ma brillante intervention dans l’affaire. On m’accueillit comme un héros à l’auberge. Sans oser m’approcher, Agathe m’incendia de regards adorateurs.

Je fus bien aise de revoir le pavé de Dijon. C’était le matin, au petit jour. Je trouvai dans mon escalier Fifine. À tout hasard, elle m’attendait en tricotant. Je me délassai quelques instants avec elle, qui me régala de ses amusantes cabrioles.

Ce que je craignais arriva : dans la première quinzaine de décembre mon père vint et me fit voir un visage soucieux. Il me dit qu’il ne sortait pas de sa paperasserie et que, décidément, je lui manquais. « Mon garçon si cela continue, je devrai prendre un commis. Vois ce que tu as à faire. » Je compris que l’inéluctable était là, et je m’inclinai, déclarant que j’étais prêt à quitter mon emploi pour revenir à Saint-Brice. Il fut convenu que mon père écrirait à l’ingénieur en chef, lui donnerait des explications, lui ferait des excuses. Il s’en retourna rasséréné.

Quelques jours plus tard M. Toussaint me fit appeler. Il venait de recevoir la lettre. Je lus sur son visage qu’il était enchanté de se débarrasser de moi, bien qu’il me parlât avec une exquise condescendance : « Je m’en voudrais de vous disputer à votre père. Il a besoin de vos services. Votre devoir filial est d’être auprès de lui. » Il décida que ma liberté me serait rendue à la date de Noël.

Fifine eut une moue de consternation quand je lui appris la catastrophe. « Je me faisais si bien à vous ! » Je lui demandai quel souvenir lui serait agréable. Elle rêvait d’une croix de cou. J’en eus une belle, en argent, pour huit francs. Follement heureuse, elle se para sans tarder de ce bijou, après avoir passé dans l’anneau un cordonnet de velours noir. Nue, à quatre pattes et cul en l’air, elle se faisait un jeu de voir se balancer la croix à chacun de ses gigotements. Je lui offris encore un flacon de vinaigre de toilette et de la pommade Philocôme, un produit que vantaient des affiches sur tous les murs.

La veille de la Noël me revit piteux à Saint-Brice, où je me réinstallai. Le léthargique ronron du village allait me reprendre. Il me reprit, et je fus enfermé de nouveau dans le cercle étroit d’où je m’étais par deux fois évadé : maison de famille, auberge, chantiers, péniches. Je me referais bien vite à l’ami Morizot.

Il ne me manquait qu’une chose, et je l’avais à portée de la main. Agathe se désolait de n’être plus ma bonne amie, mais quoi qu’elle fît je restais impassible. Il ne me fallut pas moins qu’un irritant jeûne de trois semaines pour m’amener à signer la paix avec elle. Encore ne me jetai-je pas à sa tête. Un soir, à l’auberge elle me prit à part.

— Pourquoi que tu ne me revois pas, Félicien ? Je t’assure que je n’ai plus rien, ni Bougret non plus.

Je grillais de céder, mais je me contins, m’éloignai sans lui répondre. Elle réitéra le lendemain, comme je me rendais à la cour en traversant la cuisine.

— Je t’assure, Félicien, que tu peux me revoir sans crainte. Sur la tête de ma mère, je peux te le jurer !

J’en avais assez de bouder contre mon désir. Un attouchement sur les tétons de ma grosse camarade fut le muet signal qui déclencha tout. Déjà troussée, elle s’évasait sur le bord d’une table. Notre brouille de six mois fut ainsi dissipée, et nos relations de jour et de nuit reprirent comme auparavant.

Avril vint, qui — le 8 — marquait une grande date de ma vie : ma vingtième année ! Vingt ans ! Bien souvent, adolescent, je m’étais dit : « Dans tant d’années tu auras vingt ans ! » Il me semblait qu’une heure si importante ne devait pas sonner du même son que les autres. Vingt ans ! Aussi fus-je un peu déçu de constater que le 8 avril ne m’apportait rien de particulier. J’étais un jeune homme de vingt ans, voilà tout. Cependant Morizot voulut célébrer cet anniversaire par un punch d’honneur qui nous rassembla tous à l’auberge, après neuf heures du soir. Agathe fut de la partie et la mère Lureau elle-même trinqua. On but abondamment et l’on fit grand tapage, mais dans l’entrain général je demeurai morose. Une brume de mélancolie m’enveloppait tout entier.

Les deux jours qui suivirent me trouvèrent plus mélancolique encore. Soudain, quelle diversion miraculeuse ! L’année 1855 avait vu à Paris une splendide Exposition universelle des produits de commerce et de l’industrie. Nous en avions eu quelques échos, celui du succès de la batellerie, par exemple. Nous savions que de nombreux bateaux exposés sur la Seine par des constructeurs de tous pays, y demeuraient encore cinq mois après la clôture de l’Exposition, et que la vente par adjudication publique en aurait lieu dans le courant de mai. Le 11 avril, nous vîmes entrer chez nous un administrateur de la Compagnie des Quatre Canaux (Bretagne, Nivernais, Berry, Latéral à la Loire), que nous connaissions depuis longtemps. Il dit à mon père que la Compagnie avait l’intention de faire des offres pour l’adjudication d’un des lots, et lui demanda s’il consentirait à se rendre à Paris afin de vérifier sur place l’état de ce matériel, ajoutant que ses frais lui seraient largement payés. Troublé par cette demande assurément flatteuse, mais qui le prenait à l’improviste, mon père balbutia, s’excusa. Il ignorait Paris, son plus long voyage n’ayant pas dépassé le département de l’Yonne. L’administrateur insista, disant qu’il lui donnait vingt-quatre heures pour réfléchir.

Le résultat négatif de cette réflexion ne faisait pas de doute. Mon père craignait de paraître gauche dans Paris. Je risquai alors une insidieuse proposition, celle de l’y accompagner. Je pensais qu’il la jugerait ridicule, mais il médita là-dessus et je le vis bien quand, le lendemain, revint l’administrateur.

— J’irais peut-être à Paris si le fils m’accompagnait, hasarda-t-il.

Ô bonheur ! L’administrateur accepta d’emblée et nous pria de prendre immédiatement nos dispositions de départ. Au remboursement de nos frais s’ajouterait une somme de deux cent cinquante francs, honoraires coquets de l’expertise.

J’allais voir Paris ! Nous fîmes nos paquets. Je me renseignai sur les heures du chemin de fer. Nous logerions chez un ancien pénichien, Buizard, qui tenait sur le quai des Grands-Augustins, au coin de la rue Dauphine, un hôtel à l’enseigne des « Amis de la Marine ». Nous partîmes le lundi 14 avril. Ayant pris à Auxonne le train de dix heures du matin, qui nous conduisit à Dijon, nous arrivions à huit heures du soir au débarcadère parisien de la Compagnie du Chemin de fer de Lyon.

Je me souviendrai toujours de ce premier contact avec la capitale. Il pleuvait. Un brouillard jaunâtre revêtait toutes choses. Nous nous trouvions, mon père et moi, dans une sorte de cave à ciel ouvert, au sol enduit d’une fange noire et gluante. Poussés, bousculés, nous suivions la foule des voyageurs, et bientôt nous étions dans la rue, sous l’averse. Il nous fallait un fiacre. Où le prendre ? Les gens que nous interrogions répondaient par un geste vague. Plantés sur le pavé depuis un grand quart d’heure, trempés, grelottants, nous ne savions à quoi nous résoudre quand un gardien de la paix passa, qui nous conduisit à une station de voitures, boulevard Mazas. Un cocher de la Compagnie impériale y somnolait. Pour un franc et sept sous, il nous mena quai des Grands-Augustins, à travers des rues guère mieux éclairées que celles de Dijon, et plus sales. L’hôtel « Aux Amis de la Marine » était une masure à la façade rongée, que désignait une lanterne représentant, peints sur la vitre, deux joyeux mariniers, le verre en main.

Buizard, gros Bourguignon de belle humeur, nous reçut en ami, nous donna une chambre très propre, dont la fenêtre s’ouvrait sur la rue. Nous dînâmes à la table de famille, avec le patron, la patronne, sa fille, plus une demi-douzaine de mariniers. Nous étions en pays de connaissance.

Fatigués, nous ne songions qu’à dormir. Mais je restai un long moment les yeux collés à la fenêtre. Paris ! La rue Dauphine ! Je voyais se mouvoir quantité de parapluies. Allaient et venaient deux raccrocheuses, au coin du quai. Elles accostaient, reprenaient leur marche. Sur ce tableau d’une rue parisienne la pluie versait ses larmes de désolation.

Quand je me réveillai, auprès de mon père qui ronflait sous son bonnet de coton, une aube terne visitait la chambre. Il pleuvait toujours. Habillé de frais, je descendis, vins sur le seuil de l’hôtel. Il n’était que sept heures. Que de voitures, déjà ! Les gens, eût-on dit, circulaient sous les roues, sans en prendre souci. C’étaient des ouvriers, des marchands, des commis, des ménagères tenant leur cabas. Deux jolies filles, bras à bras, me dévisagèrent, chuchotèrent je ne sais quoi, éclatèrent de rire, prirent leur trot comme des folles. Ce que je voyais là, devant moi, ce décor étranger, ce mouvement inconnu, c’était Paris. Paris ! Mais la pluie, cette pluie, qu’elle était triste !

J’appelai mon père et Buizard arrosa de mêlé-cassis notre réveil. Tout fier de diriger nos premiers pas dans la grande cité, il voulut bien nous accompagner jusqu’au port de l’Exposition, aménagé à proximité du Palais de l’industrie, où il nous quitta, nous laissant à notre examen des bateaux qui s’y trouvaient rassemblés. À midi, seuls cette fois, nous reprîmes le chemin de la rue Dauphine. Nous ne pouvions nous égarer, n’ayant qu’à traverser la Seine, et pourtant nous nous égarâmes dès les premiers pas, descendant la rivière au lieu de la remonter. À deux heures nous retournions aux bateaux, que mon père se proposait d’étudier un à un. Parés pour une exhibition, les plus beaux révélaient des tares sérieuses, alors que d’autres, d’un aspect médiocre, se recommandaient à un œil averti. Mon père me communiquait ses observations et je prenais des notes. La révision de ces écritures occupa toute notre matinée du lendemain.

La pluie venant enfin de céder au soleil, Buizard décida qu’après déjeuner nous irions en promenade. Ce qu’il connaissait de Paris était peu de chose, mais comme nous n’en connaissions rien, il avait sur nous un brillant avantage. Il nous emmena chez son beau-frère, qui tenait épicerie rue du faubourg Saint-Denis, et le chemin qu’il nous fit suivre passait par les Tuileries, où nous vîmes défiler la garde impériale, par la rue Saint-Honoré, le Palais-Royal, Notre-Dame-des-Victoires, le Mail, le boulevard Bonne-Nouvelle. Que de noms familiers ! Je les avais lus cent fois dans les gazettes. J’ouvrais tout grands des yeux qui brûlaient d’une étrange fièvre. Les fêtes organisées pour célébrer la paix étaient officiellement closes, mais elles se continuaient sur les boulevards, où s’alignaient des baraques foraines. Des officiers russes passaient aux bras de Parisiennes, et des acclamations les saluaient. L’incessant flux de la foule, le roulant tonnerre des voitures, faisaient de moi le stupide provincial admiratif et ahuri. Des calèches emportaient d’éblouissantes dames, et ce spectacle, s’il me ravissait, me navrait en même temps, car je me disais que la joie de le revoir ne me serait peut-être jamais donnée. Mon père, par contre, jurait que pour rien au monde il n’eût voulu vivre dans cet enfer.

Le soir, au dîner, Buizard nous présenta un jeune gabelou, M. Maillefeu, qui avait son bureau sur le port. Un garçon de vingt-cinq ans, laid de visage, mais d’un charmant caractère. Je devinai que Mlle Jeanine Buizard, jolie et belle, ne lui était pas indifférente. Il me parla de la vie qu’il menait, très agréable, son emploi lui laissant beaucoup de liberté. Il aimait le théâtre, passait ses soirées aux Bouffes, aux Folies-Nouvelles, aux Délassements Comiques. Il connaissait les acteurs et les actrices qu’idolâtrait le public, Arnal, Bouffé, Laferrière, Mélingue, Mme Plessy, Mme Doche, Rose Chéri. Je l’écoutais bouche bée, anéanti par le sentiment de ma condition misérable. Il me disait : « Pourquoi restez-vous dans votre trou de Bourgogne ? Vous trouveriez mieux à vous occuper ici. » Longtemps je m’entretins avec lui, mon père ayant regagné notre chambre. Il me parlait de Paris, intarissable chapitre. Onze heures sonnaient quand à mon tour je montai me coucher.

Je m’endormis, rêvant du boulevard et des Parisiennes. Paris ! Paris ! Hélas ! Au petit jour, Buizard nous réveillait, interrompant mon rêve. Dès six heures nous roulions dans le train qui nous ramenait à Dijon, et rompus de fatigue, nous nous retrouvions à Saint-Brice à la tombée de la nuit.