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Mémoires de Monsieur d’Artagnan – 7

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Le Régiment des Gardes de retour à Paris, je ne pus loger chez mon hôtesse, parce que son mari s’était bien gardé de me réserver une chambre. Pourtant, il n’avait pas encore tout ce qu’il lui fallait pour me payer, ce qui l’obligea à me faire bonne mine à mon arrivée. Je trouvai sa femme encore plus amoureuse que lorsque j’étais parti, aussi comme elle était désespérée de ne plus me voir autant que quand je logeais chez elle, elle fit tout ce qu’elle put pour m’obliger à faire des frais à son mari afin de le mettre hors d’état de jamais pouvoir me satisfaire. Elle prétendait qu’en mettant ainsi ses affaires en désordre, elle se séparerait de lui et qu’après nous irions tenir ménage ensemble. Cela n’était pas dans mes goûts ; si je voulais bien avoir une maîtresse je ne désirais pas m’en charger pour de longues années. D’ailleurs, en faisant un coup comme celui-là j’aurais craint que Dieu me punît, car autant vaudrait égorger le mari que de lui faire ce que la femme me conseillait. Malgré que je ne pusse m’empêcher de l’accuser de cruauté envers lui, je la vis cependant le plus souvent que je pouvais, parce que j’y trouvais mon contentement. Au surplus, elle ne faisait tout cela que pour l’amour de moi, et si elle m’eût moins aimé, je n’eusse pas eu lieu de trouver à redire à sa conduite.

Connaissant le caractère du mari, dont la jalousie qui semblait dormir en mon absence s’était réveillée à mon retour, je lui cachai mes visites tout autant que je pus. Je m’y pris même si finement qu’il eût eu bien de la peine à s’apercevoir de quelque chose, si ce n’est qu’il paya un de ses valets pour l’avertir si nous nous donnions rendez-vous. Ce valet qui demeurait tout le jour au logis, que son maître y fût ou non, m’y vit entrer plusieurs fois sans se douter que ce fût sa maîtresse qui m’y amenât. Comme je n’y venais qu’en bonne compagnie, et sous prétexte d’y boire du bon vin, il fut au moins deux ou trois mois à me croire plus ivrogne qu’amoureux. Mes camarades avec qui je venais et qui connaissaient mon intrigue, me donnaient le temps de satisfaire aux devoirs de l’amour, non sans toutefois envier ma bonne fortune. J’appelle mes camarades les Mousquetaires avec qui j’avais fait connaissance, et non pas les Soldats aux Gardes. Porthos qui était mon meilleur ami et qui avait comme moi une maîtresse jeune, belle, bien faite, et qui lui donnait de l’argent, affectait toujours de nous faire mettre dans une petite chambre à côté de celle de la cabaretière afin que je n’eusse pas bien loin à aller. Elle s’y tenait le plus souvent pendant que son mari n’y était pas, et même y serait toujours restée, si ce n’est que j’étais le premier à lui dire qu’elle devait descendre de fois à autre afin de ne pas donner de soupçons à ses garçons. Elle avait bien de la peine à me croire tant elle se plaisait avec moi. Ce petit manège réussit quelque temps mais à la fin, le garçon se douta de notre intrigue, soit par notre obstination à toujours vouloir la même chambre, soit par la trop grande démangeaison que sa maîtresse avait de monter, dès qu’elle me savait là-haut.

Or, il arriva qu’un jour, ayant surpris quelques œillades entre sa maîtresse et moi, il monta plusieurs fois tout doucement et vint écouter, à la porte de la chambre où nous étions, les Mousquetaires et moi, s’il entendait toujours ma voix. Ce qui le rendit si curieux c’est que quelque temps après nos œillades, sa maîtresse était montée sans aucune raison qui lui parût recevable. Tant qu’il m’entendait parler il n’entrait point dans la chambre, à moins qu’on ne frappât pour l’appeler. Mais y étant venu une fois, et ne m’ayant pas entendu, il entra voir si j’y étais. Mes camarades furent bien étonnés de le voir, alors qu’aucun d’eux ne l’avait appelé, et ce drôle qui était fin et rusé prétexta qu’il venait vérifier si nous ne manquions point de quelque chose. Il ne vit pas plutôt que je n’y étais pas, qu’il se douta que je n’étais pas allé bien loin, et en fit son rapport à son maître qui, tourmenté de jalousie, résolut de me jouer un méchant tour.

Un jour il me pria de venir dîner avec sa femme et lui et, sur la fin du repas, son garçon vint lui dire qu’on le demandait. Il me pria d’excuser s’il était obligé de me quitter. Il monta de ce pas à sa chambre et s’y étant caché dans un cabinet avec deux bons pistolets bien chargés et bien amorcés, il crut qu’il devait m’attendre là, parce que si nous étions bien ensemble sa femme et moi, comme il en aurait volontiers juré, nous ne tarderions guère à y venir. Ce qui lui donnait cette pensée c’est que le lieu où il nous avait laissés n’était nullement indiqué pour des amants. Il n’était séparé du cabaret que par une cloison toute garnie de vitres jusqu’au plancher. Ainsi l’on voyait de là dans le cabaret et du cabaret on y était vu, à moins que de tirer des rideaux qui étaient devant. Nous étions alors dans les jours les plus courts de l’année, et j’y avais donné rendez-vous à Athos et à un autre Mousquetaire nommé Briqueville, afin que si je n’avais pas le temps de dire deux mots à ma maîtresse, en raison de la présence de son mari, j’eusse du moins le recours de le faire par leur moyen. Je savais que la vue d’un créancier est toujours redoutable à son débiteur et qu’ainsi, dès que le cabaretier verrait le sien, il prendrait le parti soit de nous laisser en repos, soit de l’entretenir avec tant de complaisance que je pourrais alors trouver un moment pour faire ce que bon me semblerait. Athos et Briqueville n’arrivèrent que sur les cinq heures du soir, et comme il en était déjà près de quatre quand le cabaretier nous avait quittés, il avait eu le temps de s’ennuyer, et de se morfondre dans l’endroit où il était. Pourtant il nous y attendait de pied ferme, car il avait convenu avec son garçon que si par hasard je venais à sortir il l’en avertirait aussitôt ; aussi, n’ayant pas et de nouvelles, il était certain que j’étais encore avec elle.

Dès qu’Athos et Briqueville furent arrivés, on nous mit dans la petite chambre où l’on avait coutume de nous mettre. J’avais dit à ce garçon de nous la garder parce que je savais qu’ils devaient venir, et que cela me faciliterait mes amourettes. Le cabaretier fut ravi quand il nous y entendit, car les jaloux ont cela de particulier qu’ils se réjouissent seulement des choses qui leur font connaître leur malheur. C’est une maladie dont ils ne sauraient se défendre, tant il est vrai que la jalousie est un goût dépravé qui fait haïr ce qu’on devrait aimer et qui fait aimer ce que l’on devrait haïr. En effet, un jaloux ne cherche qu’à voir sa femme ou sa maîtresse dans les bras de son rival. Tout ce qui peut lui confirmer que ce qu’il s’est mis en tête est véritable, a des charmes sans pareils pour lui, et il ne prend jamais plaisir qu’à vérifier son malheur.

La cabaretière monta quelque temps après nous et ayant laissé sa porte entrouverte, afin que je puisse entrer comme d’ordinaire, elle ne me vit pas plutôt qu’elle se jeta sur moi pour m’embrasser. Je commençais à répondre à ses caresses en amant passionné, quand je crus entendre remuer quelqu’un dans le cabinet. Je lui fis signe de l’œil, et ayant compris ce que je voulais dire, nous nous arrêtâmes court tous deux comme si on nous eût donné un coup de massue. Le bruit que j’avais entendu était que le cabaretier avait voulu regarder ce que nous faisions par le trou de la serrure, parce qu’il ne nous entendait point parler. Il savait bien, ou du moins il se doutait que j’étais là, parce qu’il avait entendu entrer quelqu’un après sa femme. Enfin ayant vu que nous nous approchions de près, quoiqu’il ne nous vit que jusqu’à la ceinture à l’endroit où nous étions, il ouvrit la porte du cabinet et me salua d’abord d’un coup de pistolet. Il était si pressé de se faire justice qu’il manqua son coup ; au lieu de me donner dans le corps la balle passa à plus de dix pas de moi. Je me jetai immédiatement sur lui de peur qu’il ne fût plus adroit au second coup qu’il n’avait été au premier. La cabaretière ne put venir à mon secours, car elle s’évanouit dès qu’elle vit son mari un pistolet à chaque main. En entendant le coup, Athos et Briqueville se doutèrent bien de ce que c’était, et voulurent venir à mon secours ; mais comme j’avais fermé la porte en entrant, ils y donnèrent plusieurs coups de pied pour l’enfoncer mais n’en purent jamais venir à bout malgré tous leurs efforts.

Nous nous colletions cependant le cabaretier et moi, et tout ce que je voulais était de lui faire lâcher son pistolet, sans être blessé, et de l’empêcher de mettre la main sur mon épée, que je n’avais pas eu le temps de tirer. Je vins enfin à bout de l’un et de l’autre, pendant qu’Athos et Briqueville crièrent au voleur par la fenêtre. Ils ne savaient si je n’avais pas été blessé, cela les inquiétait vivement. Le Commissaire du quartier vint avec quelques archers qu’il ramassa à la hâte, et comme les Mousquetaires étaient très estimés et craints en ce temps-là, Athos et Briqueville ne lui eurent pas plutôt parlé que le Commissaire promit de châtier ce jaloux si j’avais seulement la moindre égratignure.

Quand le Commissaire fut à la porte, je la lui ouvris sans y trouver aucun obstacle, parce que le cabaretier se retira alors dans le Cabinet où il rechargea ses pistolets, que je n’avais jamais pu lui ôter. Le Commissaire crut d’abord que la femme était morte parce qu’il ne lui voyait remuer ni pieds ni mains, mais l’ayant assuré que les coups tirés par son mari étaient passés bien loin d’elle, et qu’elle n’était qu’évanouie, il s’en fut au cabinet pour se le faire ouvrir. Le cabaretier ne le voulait pas, et lui disait que ce n’était pas à lui qu’il devait en vouloir, mais à moi qu’il avait trouvé couché avec sa femme. Le Commissaire se doutait bien qu’il y avait quelque chose de vrai, quoique en vérité cela ne fût pas : car si j’en avais eu la volonté, je n’en avais pas eu le temps.

Malgré les insistances du Commissaire, le mari ne voulut pas lui ouvrir la porte du cabinet et comme le métier de la guerre qu’il avait fait pendant quelque temps lui avait donné de l’assurance, il lui répondit ou fort brutalement, ou fort vigoureusement (car je ne sais lequel c’était des deux) que s’il prétendait se mêler de ce qui n’était pas de sa compétence, il n’aurait pas grand respect pour sa robe ; que sa charge serait autrement considérable, si elle lui donnait droit d’inspection sur tous les cocus, dont malheureusement il faisait partie ; qu’il lui conseillait, en bon ami, de se retirer ; qu’il lui appartenait de corriger sa femme quand elle manquait à son devoir, sans qu’il lui fût permis de s’en mêler ; qu’il lui demandait simplement de m’emmener avec lui, car il savait bien que la vue d’un homme qui causait le déshonneur d’une famille, n’était pas agréable à un mari bafoué. Enfin, il lui dit mille choses comme celles-là, continuant toujours de le menacer, que s’il s’obstinait à vouloir se faire ouvrir la porte, il ne lui répondrait plus de rien.

Ce discours enflamma de colère cet Officier, qui était très vif. Il ordonna à ses archers d’enfoncer la porte, ce qui ayant été bientôt fait, le cabaretier chercha le Commissaire parmi les autres pour lui tenir la parole qu’il venait de lui donner. Il le mit en joue alors que la porte n’était pas encore entièrement enfoncée, mais son pistolet s’étant enrayé, à cause que l’amorce en était tombée, il n’eut pas le temps d’y en mettre une autre qu’il fut accablé sous le nombre. Un des archers lui déchargea un coup d’un gros rondin sur le bras, et lui ayant fait tomber son pistolet, il se jeta sur lui. On l’emmena aussitôt au Châtelet, pendant qu’on mit garnison chez lui. Cela ne me plut pas, car on ne pouvait le ruiner sans qu’on ruinât en même temps ma maîtresse. Je priai Athos d’en toucher un mot à Mr. de Tréville qui était beau-frère d’un homme de Robe très accrédité au Parlement. Mr. de Tréville lui répondit que si je continuais à faire parler de moi comme je l’avais fait depuis que j’étais arrivé du Béarn, j’étendrais ma réputation avant qu’il fût peu ; qu’il croyait que je ne me mêlais que de me battre, mais que puisqu’il voyait que je me mêlais aussi de débaucher les femmes des autres, il me faisait avertir que le Roi n’approuvait ni l’un ni l’autre.

C’était une correction qu’il voulait bien me donner, d’autant plus qu’il affectait de paraître homme de bien, soit qu’il le fût effectivement comme je n’en veux point douter, soit qu’il se contentât d’en garder les apparences. Il savait que par là il se rendrait encore plus agréable au Roi, Prince qui craignait Dieu, et qui n’avait jamais eu d’amourettes. En effet, Sa Majesté, qui se savait d’une santé languissante, ne croyait pas avoir encore longtemps à vivre et songeait de bonne heure à finir sa vie chrétiennement, afin de ne pas avoir à appréhender ce dernier moment qui doit faire encore plus trembler les Rois que les autres, à cause de la quantité d’affaires qui leur passent entre les mains. Et à la vérité plus on s’est mêlé de choses, plus le compte que l’on a à en rendre doit être grand : même quand il n’y aurait que le sang que les plus pacifiques font verser dans les guerres qu’ils entreprennent, cela est plus que suffisant pour les troubler quand ils viennent à y penser sérieusement.

Athos, quand il entendit parler Mr. de Tréville de la sorte, crut qu’il n’y avait pas grand secours à espérer de lui en cette occasion. Ainsi il ne savait que lui répliquer en ma faveur, et il jugea prudent de prendre patience. Mr. de Tréville ajouta que, bien que mon crime et celui de cette femme ne méritassent pas que quiconque s’intéressât à nous, néanmoins il était juste de le faire pour le pauvre mari, qui était assez malheureux d’être cocu et battu, sans qu’encore on voulût le ruiner ; qu’il en parlerait à son beau-frère et qu’avant peu il soulagerait le malheureux. Ce beau-frère était Conseiller à la Grand-Chambre, et comme ces Magistrats commençaient déjà à avoir un grand crédit, qui n’a cessé d’augmenter depuis, et qui a duré jusqu’à ce que le Roi y mette des bornes, celui-ci sans autre façon s’en fut lui-même au Châtelet et commanda qu’on lui amenât le prisonnier. Le geôlier ordonna à ses guichetiers d’aller le chercher et lorsqu’il fut conduit dans une chambre où l’on avait fait entrer ce Magistrat, celui-ci lui demanda, en présence du geôlier, pourquoi il avait été arrêté. Le prisonnier lui répondit que ne pouvant souffrir de bon cœur qu’on le fît cocu, il avait voulu écarter de sa maison celui qui lui faisait cette honte ; que cela avait causé quelque bruit dans le quartier, et que le Commissaire s’étant rendu chez lui, au lieu de prendre le parti de la justice avait pris celui de l’adultère, et l’avait amené en prison sans vouloir entendre les justes raisons qu’il avait de faire tout ce qu’il avait fait.

Le Magistrat, qui avait été averti et renseigné par son beau-frère, mais qui se gardait bien de confirmer le mari dans ses soupçons, car c’eût été l’animer plus encore contre sa femme et contre moi, lui répliqua que, malgré les apparences qu’il y avait souvent aux choses il ne fallait pas en juger selon sa première pensée ; que quand on venait à les approfondir, elles changeaient souvent de nature, surtout quand il s’agissait de jalousie ; que les visions cornues étaient fréquentes à bien des gens, quoiqu’il y eût là souvent plus d’imagination que de réalité ; que son métier de cabaretier exposait sa femme aux discours de ceux qui fréquentaient son établissement ; que cela ne voulait pas forcément dire qu’elle n’était pas sage, même si elle faisait mine d’y prêter oreille ; que c’était plutôt pour ne pas perdre la clientèle de ces causeurs, sans pour cela avoir envie de le tromper ; qu’il n’avait pas bien fait de prendre l’alarme si chaudement pour si peu de choses, et qu’il en serait blâmé par les gens sages ; mais qu’ayant eu pitié de son sort, il voulait le tirer d’affaire, à condition qu’il voulût lui promettre d’être plus prudent à l’avenir ; qu’il se raccomodât avec sa femme ; et que cette dernière étant née d’une famille de qualité, il devait savoir qu’elle n’était pas personne à se déshonorer ni à le déshonorer.

Le prisonnier qui se voyait déjà avec un pourpoint de pierre, et qui craignait que la justice ne mangeât tout ce qu’il avait et ne le mît sur le pavé, lui promit tout ce qu’il voulut. Le Magistrat le voyant si bien résigné à sa volonté, commanda au geôlier de lui apporter son registre et, selon le pouvoir que s’attribuaient en ce temps-là les Conseillers de la Grand-Chambre, le fit sortir de prison sans autre forme de procès. Il le raccompagna chez lui, et ayant fait venir sa femme, il les mit en présence l’un de l’autre. Avant cela, et aidé de Mr. de Tréville, il avait fait la morale à la cabaretière, lui disant qu’ils ne voulaient pas croire qu’elle fût coupable, mais que néanmoins, comme elle pourrait se trouver à court devant son mari, il fallait qu’elle soutînt que tout son crime n’était que d’être obligée de faire bonne mine à tout le monde ; qu’il n’avait qu’à lui ordonner de n’ouvrir sa porte à personne, et qu’il verrait bientôt que cela ne lui coûterait pas de le contenter.

Le mari fit semblant de se payer de ces excuses, afin de ne pas se montrer ingrat de la grâce qu’il venait de recevoir du Magistrat. Cependant, il avait besoin qu’il lui en fît une autre, celle de lever la garnison de chez lui. C’est : ce qui fut fait dès le lendemain, de sorte que les choses rentrèrent dans l’ordre, excepté qu’il ne m’était pas permis de revoir ma maîtresse. Mais outre que le scandale qui était arrivé me le défendait suffisamment, Mr. de Tréville me le défendit encore, après m’avoir fait une grande mercuriale. Pendant un certain temps, je n’osai pas contrevenir à ses ordres ; mais comme, quand on est jeune comme je l’étais et plein de vigueur, on ne voit rien de comparable à l’amour, j’oubliai bientôt sa défense pour contenter ma passion. Je rencontrai dix ou douze fois la cabaretière chez une de ses bonnes amies, sans que son mari s’en doutât. Elle voulut que je fisse agir Athos pour être payé de ce qu’il lui devait, afin que s’il venait à se brouiller avec elle, j’eusse du moins cet argent pour la secourir dans son besoin. Je lui promis de faire tout ce qu’elle voudrait, mais je résolus toutefois de n’exécuter que la moitié de ma promesse. Je fis bien à la vérité demander mon paiement à mon débiteur, mais je ne voulus pas qu’on le mît sur le carreau, s’il n’était pas en état de me payer. La chose traîna quelque temps, ce qui n’était pas pour me déplaire car le cabaretier ne pouvait trouver à redire qu’Athos fût chez lui tant qu’il serait son débiteur, et j’avais par là le moyen de correspondre tant que je voulais avec ma maîtresse.