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Mémoires sur la Bastille/0

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De l’Imprimerie de Thomas Spilsbury (p. 1-6).

MÉMOIRES
SUR
LA BASTILLE,
Et la Détention de l’Auteur dans ce Château-Royal, depuis le 27 Septembre 1780, jusqu’au 19 Mai 1782.[1]

Londres, ce 5 Décembre 1782.


JE suis en Angleterre : il faut prouver que je n’ai pas pu me dispenser d’y revenir. Je ne suis plus à la Bastille ; il faut prouver que je n’ai jamais mérité d’y être.

Il faut faire plus : il faut démontrer que jamais personne ne l’a mérité ; les innocens, parce qu’ils sont innocens ; les coupables, parce qu’ils ne doivent être convaincus, jugés, punis, que suivant les Loix, & qu’on n’en suit aucune, ou plutôt qu’on les viole toutes à la Bastille ; parce que, si ce n’est en Enfer peut-être, il n’y a pas de supplices qui approchent de ceux de la Bastille, & que s’il est possible de justifier l’institution de la Bastille, en elle-même, dans de certains cas, il ne l’est dans aucun d’en justifier le Régime : il faut faire voir que ce régime aussi honteux que cruel, répugne également à tous les principes de la justice & de l’humanité, aux mœurs de la Nation, à la douceur qui caractérise la Maison Royale de France, & sur-tout à la bonté, à l’équité du Souverain qui en occupe aujourd’hui le trône.

C’est par cette discussion que je vais consacrer la reprise de mon travail, & ma rentrée dans ma pénible carrière.

Les deux premiers articles semblent m’être purement personnels, & n’intéresser que moi. On verra qu’ils sont liés inséparablement avec le troisième, & qu’ils en font une partie essentielle. Ils forment ensemble un cours d’oppressions ; un enchaînement d’iniquités & de douleurs, dont assurément il y a bien peu d’exemples depuis l’histoire de Job.

D’ailleurs serois-je digne de traiter le dernier si je ne commençois par éclaircir les deux autres ? Si je n’étois qu’un transfuge affamé de vengeance, ou un coupable flétri du pardon, quel poids auroient mes réclamations ?

Mais après avoir vu les preuves de mon innocence, on sera plus vivement frappé du tableau des horreurs dont elle n’a pu me préserver : l’intérêt augmentera encore si l’on pense que ces horreurs il n’y a point de François, ni d’Étranger, de ceux qui voyagent en France, qui puissent s’assurer de ne les éprouver jamais. Les Bastilles Françoises ont dévoré, elles dévorent journellement des hommes de tous les rangs, & de toutes les nations : on pourroit graver sur les avenues de ces gouffres (1) l’avis adressé aux passans, sur la porte de quelques cimetières, Hodie mihi, cras tibi.

Qui peut en effet se promettre d’éviter un sort dont la qualité d’héritier présomptif de la couronne n’a pu garantir un Louis XII, ni des lauriers accumulés un Condé (2), un Luxembourg ; ni les vertus ou la science un Sacy, & tant d’autres ; ni la morgue des compagnies de Robe un Pucelle, ni les plus importans services un La Bourdonnaie ; ni le droit des gens tant d’Anglais, d’Allemands, d’Italiens, &c. dont les noms sculptés par la rage de l’ennui sur ces funestes murs y forment de toutes parts une espèce de géographie aussi variée qu’effrayante, &c. ? C’est donc, pour ainsi dire, le caractère d’une épidémie redoutable à tout le genre humain que je vais déterminer ici.

Malgré la prodigieuse quantité de témoins qui ont involontairement visité ces abymes, les détails intérieurs en sont très-peu connus : les Mémoires de La Porte, de Gourville, de Mde De Staal, n’en apprennent presque rien ; du moins de ce qu’ils disent il ne résulte que la preuve d’un fait inconcevable : c’est que de leur tems ce Tartare étoit une espèce de Champs Élisées auprès de ce qu’il est aujourd’hui.

Alors les prisonniers recevoient des visites : ils se voyoient entr’eux familièrement : ils se promenoient ensemble : les officiers de l’état major parloient, mangeoient avec eux : ils étoient pour eux des consolateurs autant que des gardiens : La Porte parle en propres termes des Libertés de la Bastille ; il donne ce nom à tous les adoucissemens que l’on vient de voir, dont jouissoient lui & tous ses compagnons d’infortune.

Et La Porte parle du règne du Cardinal de Richelieu : La Porte étoit un des hommes du royaume qui devoit être le moins ménagé : le despotisme de l’impitoyable Ministre étoit personnellement intéressé à lui arracher un secret précieux dont il étoit le confident, ou sa vengeance à le tourmenter : La Bastille n’avoit donc point dans ce tems-là d’amertume qu’il n’ait dû boire, ni de tourmens qu’il n’ait dû subir. Que l’on compare sa description avec la mienne (3).

Comment s’est opéré cet accroissement de barbarie ? Je l’ignore : mais une bien douloureuse expérience ne m’en a que trop appris la réalité. Tandis que tout paroît tendre dans les mœurs générales à la mollesse, plutôt qu’à la rigueur ; tandis que le Prince qui règne aujourd’hui sur la France ne manifeste que des intentions bienfaisantes ; tandis que des modifications humaines ont assuré par ses ordres, dans les prisons ordinaires, des soulagemens, même aux criminels convaincus, on ne s’occupe à la Bastille qu’à multiplier les supplices pour l’innocence. Ses cachots ont acquis plus d’atrocités que les autres n’en ont perdu.

Révéler cette incroyable dépravation, c’est, sous un Prince équitable, en nécessiter la réforme : ainsi mes derniers adieux à ma Patrie sont encore un service que je lui rendrai : mon dernier hommage au Roi vertueux qui la gouverne sera pour lui une occasion de plus de faire le bien qu’il aime, & qu’il cherche.

Mais cette révélation n’y a t-il rien qui me l’interdise ? Tous les objets que je traite ici, puis-je les traiter sans scrupule ? Puis-je en conscience mettre le Public dans le secret des terribles mystères auxquels le 27 Septembre 1780 m’a initié ?

Les gardiens de la Bastille n’ont pas à la vérité à leurs disposition les eaux du Léthé, pour détruire dans la mémoire de leurs victimes le souvenir de leurs cruautés : mais ils essaient d’y suppléer. Le despotisme qui fait du silence un des tourmens de la Bastille quand on y est, tâche d’en faire un devoir religieux quand on en sort ; on force tous les Jonas qu’elle revomit à Jurer qu’ils ne révéleront jamais rien, ni directement, ni indirectement, de ce qu’ils ont pu y apprendre ou y souffrir.

C’est un Magistrat dans le costume consacré en apparence à la justice (4) ; ce sont des Militaires décorés du gage apparent d’un service pur (5), & d’une vie dévouée à la défense des citoyens, qui président à ce dernier acte d’une oppression dont ils ont été les instrumens. On montre au demi-ressuscité la porte qui seule peut le rendre à la vie, à demi-ouverte, & prête à se refermer s’il hésite : on veut ne lui laisser de choix qu’entre le silence, le parjure, ou la mort.

Hommes sensibles de toutes les nations, casuistes rigides qui savez ce que l’honneur & la délicatesse prescrivent, prononcez. Ma plume doit-elle être liée, parce que mes mains l’ont été injustement ? Non sans doute ; vous me criez d’une voix unanime que l’infraction de cet engagement ignominieux n’est pas un parjure, que le crime est de l’exiger, & non pas de le rompre.

Vous avez absous le célèbre Dellon d’avoir brisé ce frein fabriqué par une inquisition religieuse, qui ayant précisément les mêmes principes que celle-ci, emploie les mêmes ressources pour en ensevelir la honte, & le scandale. Vous vous réunissez tous pour renouveller & consacrer à jamais cet axiome précieux à la société, cet axiome dont l’oubli donneroit trop d’avantage aux méchans armés du pouvoir, que le serment a été institué pour garantir les conventions légitimes, pour assurer l’observation des Loix, & non pour défendre, pour aider à perpétuer les abus qui les enfreignent.

NOTES.

N. B. Les Lecteurs sont priés de ne passer aux Notes, qu’après avoir bien lu, & un peu médité le Texte, s’il est possible.

(1). Page 3. Sur les avenues de ces gouffres. En général en France toutes les places fortes peuvent à volonté devenir autant de Bastilles : il n’y a pas un de ces ramparts, élevés en apparence contre les ennemis de l’état, dont un caprice ministériel ne puisse à chaque instant faire le tombeau de ses enfans : mais il n’y a guère qu’une vingtaine de châteaux qui aient cette destination spéciale & constante, tels que la Bastille & Vincennes, aux portes de Paris ; Pierre en Cise, à Lyon ; les Îles Ste. Marguerite, en Provence ; le Mont St. Michel, en Normandie ; le Château du Taureau, en Bretagne ; celui de Saumur, en Anjou ; celui de Ham, en Picardie ; &c. &c. &c. Et tout cela est rempli de Prisonniers d’État ! & dans tous on suit le régime de la Bastille ! & dans tous il y a des Gouverneurs Cantiniers, des États majors Porte-clefs, des Garnisons, des Ingénieurs, &c.

La considération de cette énorme dépense, a donné à quelques Ministres, & entr’autres à M. Necker, dit-on, la velléité d’une réforme ; si elle s’opéroit jamais, il seroit bien honteux qu’elle n’eût point d’autre motif. Supprimer la Bastille par économie ! disoit, il y a quelques jours, avec indignation, à ce sujet, un des plus jeunes, & des plus éloquens orateurs de l’Angleterre !

(2). Page 3. (Un Condé) À-propos de ce nom je ne puis me refuser de placer ici une anecdote tirée des Mémoires de Sully, à laquelle peut-être peu de lecteurs font attention.

Henri IV, malgré sa vieillesse & ses vertus, avoit dans ses derniers tems cédé à une passion aussi scandaleuse que ridicule : il aimoit la Princesse de Condé, femme de son neveu. Il la lui avoit fait épouser dans l’espérance qu’étant jeune, dissipé, & avare, on pourroit avec des plaisirs ou de l’argent l’aveugler sur la conduite de sa femme. Il n’en fut rien : le jeune Prince ne voulut ni se distraire, ni s’enrichir : il emmena sa femme à Bruxelles, sans en avertir personne.

Cette évasion ne pouvoit être qu’approuvée des honnêtes gens ; elle fut traitée dans le Conseil du Roi, comme une Affaire d’État. Tous les Ministres opinèrent gravement tour-à-tour sur les moyens de remettre au plus vîte dans les bras du Roi une Maîtresse que l’incommode époux avoit osé lui enlever. Il y avoit des opinions Pour la guerre : quand le tour du Duc de Sully fut venu, il commença son avis par ces mots : Si vous m’aviez laissé faire, il y a trois mois, j’aurois mis votre homme à la Bastille, ou je vous en aurais bien répondu[2].

C’étoit en Plein conseil que se tenoit ce langage ! celui qui le tenoit étoit un des plus vertueux Ministres que la France ait eu ; celui contre qui il le tenoit, étoit un Prince du Sang ; & le crime jugé dans ce Prince de Sang digne de la Bastille, étoit d’avoir une jolie femme, & de ne pas vouloir qu’elle fût la maîtresse de son oncle.

Lecteurs, réfléchissez.

(3). Page 4. Sa description avec la mienne.] Je ne mets pas au rang des mémoires que l’on peut consulter sur les détails de cet antre de Trophonius une histoire de l’Inquisition Françoise, par Constantin de Renneville. Ce livre devenu rare, & cher parce qu’il est rare, n’a d’intéressant & même de vrai que le titre. C’est un tissu de grossièretés dégoûtantes, & de fables absurdes.

On y lit, par exemple, qu’un prisonnier ayant été renfermé dans les souterreins d’une des tours, il arracha avec ses mains tant de pierres des fondemens qu’il les ébranla, & que le Gouverneur effrayé fut forcé de loger ce nouveau Samson dans le plus bel appartement du château, pour en prévenir la chûte.

L’auteur de ce conte ne savoit donc pas que les murs de la Bastille ont, aux endroits où ils sont le plus minces, au moins douze pieds d’épaisseur, & trente, quarante, cinquante dans les autres ; qu’ils sont de la plus superbe pierre de taille, & par conséquent aussi solides que les cœurs des gardiens sont impitoyables.

D’ailleurs Renneville ne parle que de mauvais traitemens physiques : il est vrai qu’on ne les épargne pas dans ce lieu où toutes les manières de rendre l’existence insupportable sont employées ; mais comme on l’a vu ci-devant, ce n’est pas sur cette ressource que comptent le plus les questionnaires à croix de St. Louis qui se chargent d’y administrer les douleurs : ce sont les ames qu’ils torturent ; & cela est bien plus ingénieux.

(4). Page 6. Consacré en apparence à la justice.) C’est le Lieutenant Gal. de Police : il est le véritable administrateur de la Bastille, le Gouverneur en chef de ce château, c’est par lui que passent tous les ordres ; il n’a de supérieur dans ce district que le Ministre immédiat du département de Paris.

C’est une inconséquence dont on ne peut trouver d’exemple qu’en France que cette association de la Robe avec l’Épée, d’un magistrat avec des stipendiaires armés, pour consommer une oppression que les Loix proscrivent, & que la Robe, la Magistrature font profession de détester. Et ce n’est pas pour l’adoucir que la régie en a été ainsi confiée à un Maître des Requêtes : c’est pour la légitimer, en quelque sorte, ou du moins la légaliser, s’il étoit possible.

Les troupes de la Ferme générale, les soldats de la finance ont en France le droit de rédiger des actes civils & juridiques ; de dresser des procès verbaux ; de faire subir de vrais interrogatoires à ceux qu’ils arrêtent, & qu’ils fouillent : les troupes du Roi, les militaires nationaux n’ont pas ce droit. Comme ce sont eux qui gardent la Bastille, il a fallu leur adjoindre un homme qui en fût doué, pour procéder à ce qu’on y appelle des Procès verbaux, des Interrogatoires, quand on daigne s’amuser à ces formalités : c’est-là l’emploi du Lieutenant de Police, & l’occasion du pouvoir dont on l’a investi.

Ce qui est plaisant, si quelque chose relatif à la Bastille peut l’être, ce qui prouve toujours la conséquence des idées Françoises, c’est que sa robe qui devient ici pour lui un titre de supériorité, en est, pour tout autre magistrat, un d’exclusion. Le Chancelier lui-même ne seroit pas admis à la Bastille, à moins qu’il n’y fût envoyé comme prisonnier. Quand le Parlement, comme il arrive quelquefois, par une autre suite de cette même justesse d’esprit, accepte des Commissions, pour juger des prisonniers déposés à la Bastille, il n’est pas permis aux Juges d’entrer dans le château : c’est à la porte qu’ils tiennent leurs assises, qu’on leur amène l’accusé, ou plutôt la victime ; témoin M. de Lally, &c. de sorte que ces magistrats supérieurs, si fiers, si despotiques, n’ont pas même le droit d’inspection sur ces lieux où un subalterne exerce un empire illimité.

Et ce qui achève de réunir toutes les espèces de contradictions, comme de confondre toutes les idées, les actes passés par ce magistrat appelle exprès, institué exprès, pour leur donner une apparence de légalité, sont formellement désavoués, proscrits par les tribunaux dont il continue d’être membre, toutes les fois qu’ils leur sont présentés. Ils déclarent au nom du Roi, de la part du Roi, en fesant parler le Roi, illégales, & tyranniques, les procédures instruites, au nom du Roi, de la part du Roi, en fesant parler le Roi, par leur confrère dans les Bastilles ; enfin le même homme siégeant au Châtelet, comme Lieutenant de Police, au Parlement, comme Mre. des Requêtes, rejettera le lendemain avec horreur’, déclarera criminelles, les mêmes pièces qu’il aura extorquées la veille au fauxbourg St. Antoine, à Vincennes, &c. en qualité de Commissaire du Roi, & munies de sa signature.

Ces absurdités rendent la Législation Françoise ridicule aux yeux des étrangers : mais malheureusement elles la rendent encore plus accablante pour les nationaux.

(5). Page 6. Du gage apparent, d’un service pur.) Tous les officiers de l’État Major à la Bastille ont la Croix de St. Louis : ceux même qui n’ont jamais servi, tels que le Gouverneur actuel, ou qui ont servi avec un titre qui n’y donne pas de droit, tels que le Major actuel on la leur accorde par grace, & afin de leur donner apparemment un extérieur plus imposant.

Cela n’a rien d’étonnant après tout. On la donne bien aujourd’hui, cette croix, si long-tems respectable & respectée, à des Exempts de Police. C’est à M. de Sartines qu’est due cette honteuse illustration du plus lâche service que le despotisme ait jamais exigé. Si l’on prétend la justifier par l’utilité de ces emplois dans certains cas, il faudroit donc la rendre commune aux Geoliers ordinaires, & aux Bourreaux ; car enfin ce sont aussi des hommes utiles ; & certainement aux yeux de la raison ils sont infiniment au-dessus de leurs camarades Bastilleurs ; ils devroient être bien moins flétris dans l’opinion publique.

Ils ne sont que les ministres d’une sévérité indispensable : ils sont officiers, & officiers nécessaires d’un pouvoir légitime : ils peuvent quelquefois exécuter des ordres injustes : mais ils obéissent toujours à la justice & aux loix. Ils sont sûrs que l’infortuné qui leur est livré, a eu ou aura le moyen de se défendre : ils sont sûrs ou du moins doivent croire qu’un examen équitable, impartial, a précédé les décisions rigoureuses qui les décident. Ils sont autorisés à penser qu’elles n’ont jamais pour objet que des coupables, ou au moins des hommes justement suspects.

Mais un Exempt de Police, un officier de Bastille sont sûrs précisément du contraire : ils savent qu’ils violent les loix, & que leur destination spéciale est de violer : ils savent qu’ils sont les instrumens passifs, criminels, d’une violence arbitraire : ils savent que les trois quarts des victimes qu’on leur donne à crucifier sont innocentes ; que si l’on avoit eu quelque prétexte fondé pour les charger de fers juridiquement, on n’auroit pas eu recours à la voie abrégée d’une Lettre-de-cachet ; ils savent enfin que, sans les bayonnettes qui les entourent, leur procès est tout fait dans les rituels des tribunaux, comme dans le cœur de tous les citoyens ; & qu’un supplice honteux seroit le juste prix de leur infame condescendance.

Ils le savent ! & ces violences, ces Lettres-de-cachet, ils s’en rendent les instrumens ! L’Exempt captureur compte sur ses doigts de combien de Louis-d’or chaque nouvelle proie lui fournira le prétexte de grossir ses mémoires ; le Gouverneur geolier suppute combien d’Écus il en résultera pour sa cuisine ; tous deux trouvent la capture d’autant meilleure qu’elle leur devient plus lucrative.

Assurément l’exécuteur des hautes œuvres, ni ses valets ne poussent point jusques-là la dégradation de l’avarice, & l’oubli de toute espèce de pudeur comme de remords.

Si donc l’opinion étoit raisonnable ; si c’étoit la réflexion que déterminât le préjugé, lequel de ces deux hommes, je le demande, devroit être le plus flétri aux yeux de la société ? à qui des deux est dû plus de mépris & d’opprobre ?


  1. N. B. J’ai été obligé de faire beaucoup de Notes, & plusieurs sont un peu longues : j’ai pris le parti de les rejetter à la fin, en marquant exactement les renvois qui les indiquent. Cette méthode distrait moins le lecteur ; & elle rappellera un autre Ouvrage, où je me suis bien trouvé de l’avoir employée.
  2. Je cite de mémoire ; je puis me tromper sur un ou deux mots : je suis sûr de ne me tromper, ni sur la chose, ni même sur la phrase.