Mémoires sur la Bastille/Explication de l’estampe


Explication de l’Estampe
Le Courier du Bas-Rhin, c’est-à-dire la feuille périodique la plus estimée des hommes honnêtes & éclairés, des vrais philosophes, en annonçant ces Mémoires, No. 1, 1783, a présenté une idée que l’on a saisie pour en faire le sujet de cette Estampe.
On y voit la Statue de Louis XVI, avec les attributs de la Royauté, élevée au milieu des débris d’un Château à moitié ruiné, qui est censé représenter la Bastille.
Ce Prince tend les mains avec bonté vers les Prisonniers qu’il vient de délivrer, & dont les attitudes expriment leur reconnoissance : son geste majestueux & doux tout à la fois répond au demi-vers d’Alzire, placé au bas de la gravure. Sur le piédestal on lit l’inscription très-noble indiquée par le Courier du Bas-Rhin,
Dans le fond, on apperçoit l’Horloge scandaleux décrit page 78 de ces Mémoires ; le cadran est frappé, & entamé par la foudre, qui, au-lieu de l’inscription insolente rappellée à la même page, a gravé sur le mur ces mots précieux tirés de la Déclaration du 30 Août 1780, sur les nouvelles Prisons :
» Ces souffrances inconnues, & ces peines obscures, du moment qu’elles ne contribuent point au maintien de l’ordre par la publicité, & par l’exemple, deviennent inutiles à notre justice. »
Phrase qui emporte seule la réprobation des Bastilles, puisque, comme on va le voir, leur destination spéciale est précisément d’infliger, & d’infliger arbitrairement, & et d’infliger bien plus souvent à des innocens qu’à des coupables, des souffrances inconnues, & des peines obscures.
N. B. Une méprise singulière arrivée dans le cours de l’impression, a dérangé l’ordre des signatures : on a été obligé d’ajouter entre la fin de la feuille D, & le commencement de la suivante, une seconde feuille D, marquée *D, dont les chiffres recommencent à 51 & suivent jusqu’à 66, nombres, qui par conséquent se trouvent employés deux fois. On ne doit pas croire pour cela que l’exemplaire soit défectueux.