Müller-Simonis - Du Caucase au Golfe Persique/Les Russes en Transcaucasie et leur œuvre

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Université catholique d’Amérique (p. 87-107).

CHAPITRE VII


LES RUSSES EN TRANSCAUCASIE

et leur œuvre


Dernières remarques sur le pays, son climat, sa végétation. Les mines. Les Hommes et leur œuvre. Contraste entre l’œuvre des Russes au Caucase et celle des Anglais aux Indes ; ceux-ci ont fait beaucoup plus, tant au point de vue matériel, qu’au point de vue intellectuel. Quelques détails. Raison probable de cette différence d’action. Le gouvernement anglais est un gouvernement civil et politique ; il a une petite élite de fonctionnaires admirablement préparés par la tradition nationale, et agissant avec initiative ; il est aidé par le prestige. Le gouvernement russe est au contraire essentiellement militaire, bureaucrate, tracassier ; ses employés sont médiocres ; pourquoi ? cette médiocrité justifie peut-être le système bureaucratique. La Russie ne peut exercer un prestige semblable a celui des Anglais aux Indes. Elle gouverne trop et mal. La Russie semble toutefois solidement établie au Caucase. La russification du Caucase marche lentement ; pourquoi ! Les Raskolniks ; les colons allemands. Le service militaire. Populations de la Transcaucasie. Les Musulmans. Leur situation privilégiée. Les Catholiques sont toujours sous un régime de persécution ; nous ne pouvons dire la messe à Tiflis. Les églises schismatiques ; l’Église géorgienne absorbée par l’Église russe. Force que le gouvernement tire de l’Église. Le S. Synode ; dangers de la situation avilie de l’Église russe. Résistance de l’Église arménienne ; les Arméniens seront les Polonais du Sud. En somme, la Transcaucasie est une colonie militaire..


Avant de continuer le récit de notre voyage, je voudrais ajouter ici quelques notes rapides concernant le pays et résumer mes impressions sur les hommes.

Le pays d’abord.

La Transcaucasie dans son ensemble est une contrée ravissante. Les montagnes y offrent partout des contours majestueux ; mais l’aspect en varie beaucoup, suivant les différents versants.

La vallée du Rion forme une sorte d’entonnoir où les nuages de la mer Noire viennent se condenser ; aussi les pluies sont-elles presque excessives et la végétation luxuriante.[1]

Les eaux sont au contraire beaucoup plus rares sur le versant caspien ; la végétation arborescente y est clairsemée, et on y trouve grand nombre de steppes ; ceux-ci pourraient toutefois en grande partie être fertilisés par un bon système d’irrigation.

Ce versant caspien est extrêmement exposé aux vents d’Est, qui soufflant des steppes arides de la Transcaspienne, exercent une influence desséchante et énervante. Ces vents franchissent parfois la chaîne de Souram, et leur action se fait encore sentir en Iméreth et en Mingrélie ; nous en avons véritablement souffert pendant le trajet de Kouthaïs à Tiflis.

La Transcaucasie a un climat franchement continental. Malgré la grande chaleur de l’été, le climat oscille autour d’une même moyenne au Caucase et en Suisse ; mais l’écart entres les extrêmes de température y est beaucoup plus accentué. Il varie suivant les localités, en restant partout supérieur à celui qui s’observe dans l’Europe occidentale ; à Erivan, où la température moyenne est de 10°,8 centigrades, cet écart atteint, comme je l’ai dit, des proportions effrayantes ; ailleurs il est plus supportable.

La limite des neiges varie beaucoup. Tandis que sur le versant septentrional du Caucase elle est, par une étrange anomalie, souvent plus élevée que sur le versant sud, elle varie sur celui-ci de 2900 à 3500 mètres. Comme nous l’avons vu, l’isolement et la nature volcanique de l’Ararat refoulent sur cette montagne la limite des neiges à 4000 mètres.

La végétation persiste naturellement jusqu’à une hauteur bien plus grande que dans les Alpes. Le long de la route militaire de Géorgie, le hêtre pousse jusqu’à 2500 mètres ; l’orge croît à la même altitude, et la vigne est encore cultivée à 1000 mètres ; les meilleurs crûs de Kakhétie se trouvent à 750 mètres d’altitude dans la vallée de l’Alazan. [2]

J’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de mentionner les différentes cultures de la Transcaucasie ; il est donc inutile d’y revenir. Je veux seulement citer celle du mûrier et l’élevage du ver-à-soie, à cause de leur grande importance ; la Transcaucasie exporte annuellement au minimum 400,000 kilos de soie brute. [3]

Les montagnes contiennent plusieurs mines qui pourraient donner d’excellents rendements ; mais en dehors des houillères de Tkvibouli et de quelques autres mines aux environs de Tiflis et d’Elisavetpol, aucune n’est exploitée.

Quant aux hommes et à leur œuvre, je ne saurais naturellement porter sur les Russes et leur activité au Caucase un jugement d’une valeur scientifique rigoureuse. J’apporte ici les impressions d’un voyageur qui a vu à l’œuvre divers systèmes, qui a cherché à observer et à se rendre compte des contrastes ; pour classer ces impressions, il faut généraliser — la généralisation est dangereuse ; aussi bien je ne donne au lecteur mes jugements que comme des indications, lui laissant le soin d’apprécier et de critiquer.

Assurément la situation actuelle de la Transcaucasie est infiniment préférable à celle que lui faisaient ses princes indigènes ; la vie des habitants est en sûreté,[4] la justice est rendue et les concussions sont relativement insignifiantes.

Mais depuis le temps que dure l’occupation russe, ne serait-on pas en droit de demander davantage, et n’y a-t-il pas lieu de s’étonner en voyant combien peu les ressources du pays sont utilisées ?

Lorsqu’on quitte la Transcaucasie pour pénétrer en Perse ou en Turquie, le contraste est en faveur de la Russie ; mais lorsqu’on a vu l’Inde anglaise, l’œuvre des Russes semble bien en retard.

Et cependant, les Russes, procédant par annexions directes dans un pays désuni, situé à leur porte, auraient dû, ce semble, réaliser plus de progrès que les Anglais, numériquement beaucoup moins nombreux, traitant avec des populations entièrement étrangères à leurs mœurs et employant sur une grande échelle le système de l’influence indirecte par les protectorats.

On dira peut-être qu’une comparaison est impossible, les Anglais ayant occupé les Indes avant que les Russes ne fussent au Caucase. Soit ; mais les Russes ont été maîtres de Tiflis dès le commencement de ce siècle, et d’autre part, avant 1857 l’occupation anglaise était loin d’avoir un caractère administratif aussi défini qu’à l’heure actuelle. C’était une société de particuliers, la Compagnie des Indes, qui dominait le pays ; elle le dominait d’une manière plus indirecte que ne fait actuellement le gouvernement impérial ; l’opinion « continentale » a toujours reproché à la Compagnie des Indes d’exploiter le pays sans rien faire pour lui. Il faut donc être conséquent et faire commencer l’action « sociale » des Anglais à la date où la Compagnie transféra ses titres au gouvernement de la Reine ; ou bien, si ces particuliers ont vraiment été, moralement et matériellement assez forts, pour exercer de leur propre autorité, une action sociale, l’œuvre anglaise n’en devient que plus admirable et le contraste plus frappant.

Si l’on envisage le côté matériel, quelques villes du Caucase ont un vernis parisien ; mais il y a plus de cafés-chantants et de boutiques de coiffeurs que d’institutions sérieuses.

L’intérieur du pays est resté à peu de chose près ce qu’il était il y a cent ans. Quelques routes le traversent ; mais elles sont à l’état d’artères isolées ; le réseau des communications secondaires est encore à créer, et la plupart du temps le cheval est encore le moyen de locomotion le plus pratique. Le com merce est fort peu développé, autant par manque de débouchés que par défaut d’initiative ; la plus grande partie d’une con trée admirablement fertile demeure inculte et ses habitants restent pauvres.

Aux Indes, au contraire, l’on peut dire qu’aucune source de richesses naturelles n’est dédaignée. Les travaux d’utilité publique les plus importants s’exécutent avec facilité et promptitude. Les communications intérieures y sont très perfectionnées ; je ne parle pas des chemins de fer dont le réseau est considérable ; mais les routes de poste sur lesquelles nous avons voyagé, sont bien entretenues ; le service s’y fait avec ponctualité, et le voyageur n’a ni à s’embarrasser de formalités de police, ni à craindre des retards.

Le commerce y est extrêmement développé, et tout y porte la marque d’une activité constante. L’agriculture y reçoit des encouragements, et bien qu’il reste encore beaucoup à faire pour achever le système des canaux d’irrigation, leur développement est déjà très considérable.

Au point de vue intellectuel et moral, le contraste est encore plus frappant. Aux Indes le développement intellectuel des classes moyennes s’est plutôt fait trop rapidement, et l’on

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Selle cosaque

commence déjà à y connaître les déclassés. Si l’instruction du

peuple est relativement plus arriérée, la faute en est à l’immensité de l’œuvre, devant atteindre une population de plus de 200,000,000, et aux difficultés inhérentes à la constitution sociale du pays. De la part des Anglais, tous les efforts désirables ont été faits.

Au Caucase, la Russie commence à peine à s’occuper sérieusement de l’instruction, et ses efforts n’atteignent qu’un nombre restreint d’individus. La masse des habitants reste profondément arriérée.

Je crois que la raison de ces contrastes doit avant tout se chercher dans la différence de génie des deux races.

Le gouvernement anglais aux Indes est un gouvernement essentiellement civil et politique.

Une longue tradition a développé dans l’Anglais les qualités d’énergie et d’initiative qui mettent au service du gouvernement des éléments d’administration absolument hors ligne. Celui-ci sait les employer et, utilisant les services d’une petite élite de fonctionnaires, parvient à administrer un empire deux fois plus peuplé que tout l’empire russe, avec un nombre extraordinairement restreint d’employés européens. Chacun d’eux a, même dans les pays placés sous le gouvernement immédiat de l’Angleterre, une sphère d’administration très étendue dans laquelle son initiative et sa responsabilité sont souvent fort grandes ; son dévouement est en général à la hauteur de sa mission. Un seul « résident » surveille parfois tout le gouvernement d’une principauté aussi peuplée que le Caucase entier ; et cependant l’influence anglaise se fait sentir d’une façon vivante dans toute l’Inde, alors que vous devinez à peine le moteur premier de toute cette organisation.

Le gouvernement russe est au contraire un gouvernement essentiellement militaire. Sa sollicitude se porte donc avant tout du côté de l’armée. Les routes sont presque toutes des chemins stratégiques, et ceux-ci sont seuls jugés dignes d’entretien. La Russie maintient au Caucase une armée dont l’effectif est notablement supérieur à celui de toutes les troupes européennes des Indes. [5] Le budget de la guerre marche en première ligne et ses exigences non seulement absorbent les revenus, mais accentuent constamment le déficit. Il est donc naturel que dans ces circonstances, on puisse faire peu pour le développement du pays[6].

Toutefois la question des dépenses militaires pourrait n’être que transitoire ; elle ne constitue donc pas le grand inconvénient du système.

À mon sens, le voici :

Le système militaire russe produit des résultats étonnants lorsqu’il s’agit de donner une première organisation à un pays barbare récemment conquis. Dans ce cas la discipline et l’unité de commandement simplifient toutes choses et font des merveilles. Il suffit de prendre pour exemple l’œuvre des Russes dans la Transcaspienne.

Mais quand le pays conquis est pacifié et ouvert à la civilisation, l’administration militaire fait place à l’administration civile.

Celle-ci est civile de nom, mais militaire d’esprit et d’habitudes ; en outre, elle est bureaucrate à l’excès. Le militarisme et la bureaucratie réunis donnent donc une administration tracassière et minutieuse.

Toute la force intellectuelle des gouvernants et le plus clair des revenus se dépensent à mettre en mouvement cette machine compliquée ; le fonctionnement des bureaux au Caucase est à peu de chose près le même que sur les bords de la Néva.

Si la bureaucratie est une cause d’arrêt dans le développement des peuples avancés en civilisation, elle empêche complètement le progrès dans un pays où tout est à faire.

Au lieu d’avoir comme le fonctionnaire anglais une large part d’initiative en face de toutes les questions nouvelles, l’employé russe est attaché à son programme. Proposer une réforme serait mettre en doute l’infaillibilité du système, rompre la filière administrative et s’attirer une mauvaise note. L’employé cesse donc de s’intéresser à des problèmes dont il n’a pas à provoquer la solution, et continue son œuvre irresponsable.

Ainsi se perd ce sens de l’initiative qui est un auxiliaire si précieux dans les pays à demi civilisés.

Cependant, une fois le système des annexions directes admis, la machine bureaucratique est peut-être le moins mauvais moyen de gouvernement que le Tzar ait à sa disposition.

Nous avons dit quels éléments d’administration hors ligne possède l’Angleterre aux Indes. Elle est encore aidée par la supériorité, actuellement incontestable de l’Européen sur l’Hindou. L’Anglais ne perd jamais de vue un seul instant cette supériorité, et ne descend jamais de son Olympe : il est arrivé ainsi à se faire considérer comme un être d’une caste, détestée peut-être mais supérieure, à laquelle les autres sont obligés d’obéir.

Ces éléments d’administration et ce prestige manquent tout à la fois à la Russie.

Le peuple russe manque d’éducation sociale, encore plus que d’instruction. Il a été jusqu’ici entièrement mené ; jamais n’est sortie de son sein une classe habituée à discuter librement les intérêts généraux. Il se trouve par conséquent actuellement incapable de fournir en nombre suffisant, des hommes aptes à exercer une grande influence personnelle sur les autres.

Quant aux classes élevées, à côté de remarquables exceptions, un passage trop brusque de la barbarie féodale à une civilisation raffinée, a trop souvent déprimé le fond sérieux au profit des éléments superficiels de la civilisation.

Il semble donc probable que la Russie ne trouverait pas actuellement dans son personnel civil les hommes qu’il lui faudrait, pour diriger, en petit nombre, un pays nouveau, en ayant chacun une large part d’initiative.

De plus, les races du Caucase sont, en somme, très semblables aux Russes ; leur état social est seulement un peu plus arriéré. Elles sont en majorité chrétiennes, et une fierté susceptible forme un des traits saillants de leur caractère. Aucune division de castes, dans le sens hindou, ne les prépare à accepter la domination incontestée d’une poignée d’hommes gouvernant en quelque sorte par un pouvoir magique. Il faudrait donc pour une administration simple, des hommes exceptionnellement doués, et une tradition gouvernementale exceptionnellement forte. La Russie ne possède ni l’un ni l’autre. Elle trouve peut-être ainsi plus d’avantage à couvrir son personnel, généralement médiocre, du prestige d’une immense bureaucratie solidaire.

Mais elle arrive ainsi à gouverner à la fois trop et mal. Son gouvernement maintient toutes choses dans un état rudimentaire, mais il forme peut-être encore à lui seul un des plus grands obstacles au développement du pays. Les entreprises privées sont trop souvent exposées aux mille tracasseries de l’administration. Quelques individualités énergiques, utilisant parfois de puissantes protections, ailleurs domptant les difficultés, arrivent, il est vrai, à se faire jour et à se créer des situations exceptionnelles, mais ceci ne fait point règle. Quant aux étrangers, la police les maintient toujours dans l’état de « haute suspicion » ; le passeport est un talisman indispensable, et dans chaque ville il faut se munir d’un nouveau visa de la police. Si nous envisageons les entreprises par associations, rien ne peut se faire sans le gouvernement ; l’on conçoit que dans un pays où l’esprit d’association est naturellement peu développé, ces restrictions l’étouffent presque complètement.

On admet cependant généralement que les habitants du Caucase sont loyalement attachés au gouvernement du Tzar. Sont exceptées naturellement les peuplades montagnardes, à peine domptées. Cette soumission s’explique par le progrès réel réalisé par les Russes.

Les populations sont reconnaissantes au Tzar de leur avoir donné un gouvernement stable ; ceci est un résultat auquel elles sont sensibles. Quant aux progrès ultérieurs, elles n’en ont pas l’idée ; par conséquent, ne peuvent se plaindre de ne point les posséder. Au demeurant, un gouvernement civilisateur ferait plus pour le bien du pays que pour sa propre popularité ; car toute atteinte à la routine indispose les gens, et les efforts des Anglais pour développer la civilisation aux Indes, en dépit de certaines fractions de la nation, les exposent peut-être à rencontrer plus de désaffection que de reconnaissance.

La Russie semble donc solidement établie au Caucase ; maintenant, le Caucase s’assimile-t-il à la Russie ?

Il faut distinguer ce que j’appellerai une assimilation extérieure et une compénétration.

Les Anglais ont admirablement su employer dans toutes leurs administrations les indigènes des Indes ; ceux-ci montrent partout de grandes aptitudes, et font une concurrence sérieuse aux employés européens. Il y a donc une portion importante de vie anglaise qui s’impose aux Hindous ; mais cette assimilation est extérieure. L’Anglais restera toujours à l’état de haute caste ; il ne mettra jamais l’Hindou sur un pied parfait d’égalité avec lui et ne lui donnera point accès aux charges supérieures. (On ne peut reprocher aux Anglais cet exclusivisme, car le maintien de leur domination aux Indes est à ce prix). L’Hindou prendra donc quelque chose de l’Anglais, mais il ne fusionnera jamais avec lui, et formera toujours un peuple différent.

La Russie au contraire cherchera à opérer une compénétration réciproque des éléments russes et des éléments indigènes. Elle admet donc aux charges autant d’indigènes qu’il s’en peut trouver de capables, et aucune fonction supérieure ne leur est fermée. À ne prendre que l’armée : la Russie y applique ce principe avec une audace qui contribue à imprimer dans l’esprit des peuples soumis l’idée de son omnipotence, audace que le succès a d’ailleurs couronnée. Le fameux Schamyl à peine vaincu, un de ses fils devenait officier russe. À peine Skobeleff avait-il emporté d’assaut Goëk-Tépe, que les chefs Tekkés, ses adversaires de la veille, devenaient officiers supérieurs dans l’armée russe, et passaient avec toutes leurs troupes au service du Tzar.

C’est là un grand élément d’influence en faveur de la Russie ; toutefois ces indigènes, s’ils deviennent fonctionnaires civils, sont à leur tour absorbés par la grande machine administrative et perdent leur personnalité.

Les Caucasiens sont traités comme race sur un pied d’égalité parfaite avec la race russe. La communauté de religion avec la meilleure partie de la population fait qu’aucun obstacle n’est apporté aux mariages entre Russes et indigènes.

Dans leurs rapports personnels avec ceux-ci, les Russes savent facilement s’attirer leur sympathie ; au lieu de la hauteur dédaigneuse des Anglais, ils apportent dans leurs relations leur bon naturel et leur impressionnabilité de caractère. Quelques vexations, quelques abus de pouvoir sont, beaucoup moins que la morgue anglaise, capables d’indisposer des populations à peine délivrées du gouvernement de l’arbitraire absolu.

Cependant l’œuvre de russification est assez peu avancée.

Comme je l’ai dit, la Russie, par suite des circonstances et par le fait de son système, ne peut fournir d’employés qui exercent une influence étendue et profonde.

La russification ne peut donc se faire que par l’influence lente de l’éducation et par la compénétration des populations elles-mêmes.

Or l’instruction et l’éducation sont peu répandues, et une hâte trop grande à imposer la langue russe dans les écoles retarde plutôt la compénétration. Quant au mélange des populations, il est très faible. Le Russe a, dans la vieille Russie, trop d’espaces vides pour aller coloniser le Caucase ; la population russe n’y est donc guère représentée que par l’élément administratif qui est essentiellement instable.

Il y a bien en Transcaucasie une population nombreuse de dissidents compris sous le nom général de Raskolniks[7], dont les ancêtres ont été, pour leurs opinions religieuses, déportés de Russie. Cette population, estimée à 30,000 âmes, est en réalité beaucoup plus nombreuse ; mais elle se mêle peu à peu à l’élément indigène, et son influence ne tendrait d’ailleurs nullement à modifier celui-ci dans un sens loyaliste.

Il y a aussi en Transcaucasie quelques milliers de colons d’origine allemande. Mais ils ne sont en aucune façon devenus Russes ; ils vivent strictement entre eux. Leur particularisme et leur prospérité suscitent les plus grandes jalousies. D’ailleurs les Russes qui ont eu les Allemands pour précepteurs et leur ont ainsi forcément laissé prendre une très grande influence chez eux, veulent aujourd’hui s’en débarrasser, et manifestent à toute occasion une haine violente envers eux. [8]

Les Russes fussent-ils plus nombreux au Caucase, le mélange des populations se ferait encore d’une manière fort inégale. En absorbant de fait l’Église géorgienne dans son Église nationale, la Russie a fait tomber une grande barrière ; mais cette barrière existe encore entre la masse du peuple arménien et le peuple russe. L’Arménien n’est nullement disposé à laisser entamer sa nationalité, et ne cherche pas, en général, à contracter des alliances en dehors de son milieu.

Il pourra donc se faire une certaine fusion des races, mais très lente. L’on compte surtout pour la russification sur l’influence du service militaire obligatoire, récemment introduit en Transcaucasie.



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Cosaque

Mais ce service militaire n’est pas sans causer certaines inquiétudes. Le Caucase est tranquille, il semble soumis au Tzar ; mais le sentiment des nationalités y est encore vif. Bien des fois nous avons demandé à des paysans : « Rouski ? » Es-tu Russe ? et toujours ils nous répondaient, souvent d’un air offensé : « Rouski, niet ; Grousine », — Russe ? non certes ; Grousien. Un officier supérieur nous avouait que pour lui, il craignait que les Caucasiens, les montagnards surtout, une fois habitués par le service militaire à une forte discipline, ne pussent à un moment donné causer encore bien des ennuis à la Russie.

Sans doute, aucune des races rivales établies au Caucase n’est assez prépondérante pour espérer dominer les autres et s’en servir contre la Russie ; une révolte n’aurait donc pas de résultat sérieux ; mais le fait qu’on peut encore la craindre indique bien que la russification n’est pas faite.

La population de la Transcaucasie est estimée à un peu plus de 4 millions d’âmes. Toutes les races possibles y sont juxtaposées. Sur l’itinéraire que nous avons suivi, les races le plus fortement représentées sont les races kartvélienne, arménienne et tatare. On compte comme groupes principaux, de la race kartvélienne, les Grousiens, Iméréthiens, Mingréliens, et plusieurs peuplades strictement montagnardes. Tous ces groupes sont Chrétiens au moins de nom. On évalue leur nombre à environ 900,000 âmes.

Les Arméniens du Caucase sont plus de 700,000 ; mais nous aurons occasion de reparler d’eux.

La population musulmane de la Transcaucasie est surtout composée de Tatars et de Persans. Les Turcs des provinces récemment annexées tendent à abandonner le territoire russe.[9]

De 1878 à 1881 le mouvement des populations dans les territoires turcs annexés par la Russie se chiffre à peu près de la manière suivante : Phototypie J.-B. Obemetter, Munich.


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TRIPTYQUE DU TRÉSOR DE GHÉLATH.
(Partie du milieu)

Phototypie J.-B. Oberneuer, Munich.


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TRIPTYQUE DU TRÉSOR DE GHÉLATH.
(Battants).

Les Musulmans de la Transcaucasie dépassent le million.

Au point de vue religieux, la situation des Musulmans est, somme toute, privilégiée. Ils jouissent d’une liberté presque complète. La haute surveillance religieuse est exercée par l’intermédiaire de Grands Mollahs qui sont une véritable puissance. Le Tzar a dans son immense empire une population musulmane beaucoup trop forte, pour pouvoir se permettre une immixtion tracassière dans les choses religieuses ; le moindre mécontentement des Musulmans russes serait une cause de dangers sérieux. Aussi le gouvernement s’occupe-t-il peu de leurs affaires ; un employé de police nous disait que, pourvu qu’ils fussent soumis et ne touchassent point aux Russes, on les laissait se tuer entre eux fort à leur aise.[10] Leurs fêtes les plus barbares, telle que le Beïram-Ali auquel nous avons assisté, sont tolérées ; et pour tout ce qui touche le service militaire, la Russie use des plus grands ménagements. Les Musulmans sont, eux aussi, admis aux emplois, et beaucoup d’entre eux occupent des postes assez élevés dans l’armée, où ils sont entrés volontairement.

À titre d’exception le Tzar permet des mariages entre Musulmans et Chrétiennes à la condition que les enfants soient élevés dans la religion orthodoxe.

Les Catholiques sont en fait toujours soumis à un régime que l’on peut appeler persécution.

Nous avons passé près de trois semaines à Tiflis, et nous avons eu assez de rapports avec les prêtres catholiques de la ville. Aucun n’a osé prendre sur lui de nous laisser célébrer la sainte messe, même dans une chambre. Ils ne craignaient naturellement pas pour nous, qui pouvions tout au plus être, de ce chef, expulsés un peu plus tôt ; mais ils redoutaient après notre départ des perquisitions et des tracasseries.

Aux plaintes que nous faisions sur ce sujet à un haut personnage, celui-ci répondait que la Russie n’est nullement hostile aux ecclésiastiques étrangers, mais que les prêtres catholiques de Russie, qui sont pour la plupart Polonais ou Géorgiens, identifient la religion avec la patrie perdue, et forcent par là le gouvernement à sévir.

J’ignore ce que l’on entend par « ne pas être hostile aux ecclésiastiques étrangers » ; ce que je sais, c’est que toutes les communautés catholiques dirigées par les Européens, qui existaient autrefois en Géorgie, ont été brutalement dissoutes par les Russes. Après les marques de défiance données envers M. G(h)yvernatte et l’empressement avec lequel on nous a expulsés, je me demande comment agirait le gouvernement s’il était « hostile » aux ecclésiastiques étrangers ? [11]

Je n’ai pas connu de prêtres polonais ; je n’oserais par conséquent me prononcer sur l’accusation portée contre eux. Quant aux prêtres géorgiens que j’ai vus à Tiflis, je puis affirmer qu’ils sont des hommes fort pacifiques, et que, s’il y a des difficultés, elles viennent du despotisme gouvernemental et des vexations des employés. Quel danger peut d’ailleurs faire courir au Tzar la minuscule communauté catholique géorgienne ? et ne serait-il pas de bonne politique de fermer les yeux au besoin sur un inoffensif culte des souvenirs ?

Si le gouvernement a vraiment la loyauté d’intentions qu’il affiche, il faut avouer que les questions religieuses sont alors le seul terrain où, aidés de l’esprit d’intolérance russe, les employés osent de leur propre initiative aller de l’avant dans la voie des mesures de chicane et souvent de violence. Quant aux églises schismatiques, géorgienne et arménienne, la Russie veut en fait les absorber dans sa grande Église nationale. Le gouvernement trouve fort pratique d’avoir à son service une église fortement hiérarchisée et en même temps absolument servile.




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Type d’architecture religieuse géorgienne

[12]

Actuellement l’église russe est une force immense entre les mains du Tzar. Le Saint-Synode est nominalement l’autorité suprême ; mais le Tzar, par l’influence prépondérante qu’il a sur sa composition, par la présence de son commissaire laïque armé du droit de veto, et par le prestige de sa toute-puissance fait faire au Synode ce qu’il lui plaît.

Le Synode oppose parfois des refus au Tzar, comme par exemple dans les questions de mariages princiers ; mais alors il n’est qu’un prête-nom ; c’est le Tzar qui s’en sert, pour ne pas refuser directement. Ou si, par hasard, un homme d’énergie et de conscience égaré dans l’assemblée fait une opposition sérieuse, on a vite fait de le mettre de côté. Au demeurant, il faut bien dans quelques questions accessoires laisser au Synode une apparence de liberté, pour ne pas trop irrémédiablement le déconsidérer.[13]

L’Église russe entretient dans le peuple un culte envers le Tzar dont nous ne pouvons nous faire une idée ; ce culte est la plus grande force du gouvernement impérial.

Mais ce système pourra bien un jour tourner contre ceux qui l’emploient aujourd’hui.

Les dissidents, ou Raskolniks, sont extrêmement nombreux ; des auteurs sérieux estiment leur nombre à 12,000,000. Leurs dénominations sont innombrables ; ils se recrutent naturellement parmi les éléments mécontents et fatigués des abus ; leur existence est le plus souvent tenue secrète, et ils forment une opposition sérieuse à l’Église nationale.

Les abus dans l’Église russe sont criants ; le peuple a trop de foi pour faire remonter à la religion elle-même la déconsidération que méritent individuellement beaucoup de ses ministres. Mais le scepticisme pénètre peu à peu en Russie. Quand les classes riches auront, sous son influence, pris prétexte de l’indignité des ministres pour mépriser la religion, le mouvement s’accentuera ; la vigueur du sentiment religieux dans le peuple diminuera par contre-coup. L’Église russe se trouvera en face d’une crise redoutable ; sa vie dépendra d’une réforme. Mais d’où lui viendra cette réforme ?

Dans le Catholicisme, un pays n’est qu’une portion organique du monde catholique ; et, quelque désespéré que soit son état, il se trouve toujours à sa portée des éléments de réforme qui, sous l’action du centre de la vie catholique, peuvent se coordonner, être mis en œuvre, et, sinon conjurer les crises, du moins préparer un relèvement.

Quand l’Église russe en sera arrivée à cette crise où elle devra se suffire à elle-même, ne sera-ce point alors le moment où elle devra porter la peine de sa séparation d’avec l’unité catholique ?

L’absorption de l’Église géorgienne n’offre pas de difficultés sérieuses, et on peut la considérer comme un fait accompli ; car cette église n’a jamais eu une vie propre qui puisse se comparer au puissant particularisme de l’Église arménienne. Aussi la difficulté vient-elle de ce côté. Les Arméniens veulent bien s’appuyer sur la Russie ; mais c’est pour maintenir leur vie nationale, non pour se laisser absorber par les Russes ; or leur Église s’identifie avec leur nationalité, et ils veulent maintenir l’une et l’autre intacts. Quelqu’un nous disait : « Les Arméniens seront un jour pour la Russie les Polonais du Sud » ! En somme, l’œuvre des Russes ne vaut pas celle des Anglais. Elle produit l’effet d’un mélange hybride : vieilles habitudes de despotisme oriental sur lesquelles se sont greffées nos manies bureaucratiques. On la contemple sans grand intérêt ; car passée la période héroïque de la conquête, il lui manque ce charme que donne à toute œuvre l’action vivante et personnelle des hommes qui y contribuent. Néanmoins, vue à l’œuvre, la Russie apparaît comme une puissance redoutable.

Son peuple, vivant durement et entretenu dans le culte du Tzar, donne des soldats aguerris et fanatisés. Le Russe plus instruit, luttant sans cesse contre un climat inhospitalier, parcourant à chaque instant d’immenses espaces déserts, passant la moitié de sa vie campé dans un coin perdu de l’immense empire, garde lui-même sous son vernis européen des habitudes rudes ; sa vie aventureuse développe en lui des instincts de nomade, comme s’il subissait à son insu les mêmes influences qui poussent sans cesse d’un campement à un autre les innombrables populations vagabondes de l’empire.

L’espace appelle l’espace, et la Russie a la maladie de l’agrandissement ; il lui faut toujours conquérir. Dans la hâte de ses envahissements, ses ouvriers ne développent que très imparfaitement les richesses des pays annexés ; cette exploitation hâtive ne se suffit bientôt plus ; il faut aller plus loin, conquérir encore ; le besoin, le tempérament national y poussent.

Aussi bien ce Russe, habitué aux espaces immenses, vivant à la rude, tourmenté d’un incessant besoin d’expansion, appliquant sans relâche les inventions modernes au perfectionnement de sa puissance d’attaque, me semble-t-il destiné à devenir l’envahisseur des temps modernes. Sur des populations musulmanes habituées à la servitude et faites pour elle, son règne est un progrès. Mais là où dans sa marche il subjuguera des peuples chrétiens, il inaugurera avec sa domination le règne de la tyrannie et du mépris de l’individu. II en est qui admirent passionnément la Russie ; ce que j’en ai vu me fait involontairement songer qu’elle occupe aujourd’hui les pays d’où sont sorties les hordes barbares qui ont ravagé l’Europe, et je me prends à croire que, modifié sans doute sous l’influence des siècles et du Christianisme, le génie de ces hordes a passé dans le sang du peuple russe ; et, je le dis franchement, je n’aime point la Russie — comme ami de la liberté et des institutions libres, je la redoute.

Quant au Caucase, pour résumer mon impression, c’est une colonie militaire fortement établie, dans laquelle une main de fer cherche, pour la plus grande facilité de son administration, à fondre les différents éléments et, d’une façon accessoire, à introduire quelques progrès, voilà tout !

  1. Voir, Reclus, Geogr. vi, 72, la carte des pluies du Caucase. À Kouthaïs, d’après Buchan-Telfer la hauteur annuelle des pluies est de 39 pouces ; à Tiflis elle n’est que de 18 % de pouces.
  2. Buchan-Telfer, i, 278, d’après les données de l’observatoire de Tiflis.
  3. Cf. Meyer’s Conversations lexikon.
  4. La vie est en sûreté, généralement parlant ; car il ne manque pas de bandes de brigands qui parviennent à exercer leur métier avec une longue impunité. Kérim, dont j’aurai à parler plus tard, a terrorisé le pays pendant plusieurs années. En novembre 1800, les journaux annonçaient qu’une bande de brigands avaient fait dérailler un train sur le chemin de fer Transcaucasien entre Tuaz et Dzégan, pillé les voyageurs et tué plusieurs d’entre eux.
  5. Les Russes ont trop de troupes au Caucase ; les Anglais, je le crains, en ont trop peu aux Indes.
  6. Je rapporte ici, en faisant toutes réserves, relativement aux chiffres qui ont dû changer énormément depuis, les renseignements suivants donnés par E. Reclus, Géogr. vi, 299. « Le budget de la Caucasie qui était en 1878 de 6,750,000 roubles pour les recettes, fait partie du budget général de l’empire. La Transcaucasie seule, y compris le Daghestan, a un budget général qui s’accroît d’année en année et qui suffirait amplement aux dépenses locales, si l’entretien d’une armée considérable dans les places de la frontière ne doublait, et dans quelques années ne quadruplait les frais et n’augmentait le déficit. Ce déficit qui varie de 18 à 40 millions de roubles en temps de paix, s’est élevé jusqu’à 57 millions en temps de guerre. En 10 ans de 1869 à 1878, l’ensemble du découvert n’a pas été moindre de 343,131,005 roubles. Dans toute la Transcaucasie, le budget total des dépenses devant servir au développement ultérieur du pays, soit pour l’enseignement, soit pour la construction des routes, l’entretien des bois, l’introduction des colons, ne dépasse guère 1,800,000 roubles. » Je crois que ce dernier budget a été notablement augmenté depuis la publication de l’ouvrage de Reclus, 1881.
    Recettes générales de la Caucasie en 1878 
      
    16,339,703  roubles
    Dépenses 
      
    71,660,325
    Déficit 
      
    55,320,662
    Recettes de la Transcaucasie.
    1870 5,358,470 roubles.
    1880 8,784,980 roubles (Chabrow, Kavkazskiy-Kalentlar).
  7. Sur les Raskolniks, voir Tour du Monde, 1869, i, 306 et suiv. Buchan-Telfer, i, 112 ; ii, 132, et passim.
  8. À Tiflis, sur quatre personnes influentes que nous avons connues, trois au moins étaient d’origine allemande.
  9. Émigration 87,760, Immigration 21,890, Perte 65,870
  10. Les Musulmans, les Tatars surtout, ont un très grand sentiment de solidarité ; et ce même employé de police nous disait que les Tatars donnaient un asile très efficace aux repris de justice de leur race, tant qu’ils ne s’attaquaient point à leurs coreligionnaires, et que l’œuvre de la justice était ainsi rendue fort difficile au Caucase.
  11. Les Russes sont au demeurant fins politiques ; lorsqu’il y a quelques années un prêtre français occupant une haute position et ayant un très grand cercle de relations influentes, fit un voyage en Russie, toutes les mesures avaient été si bien prises, il fut toujours si bien accompagné par d’officieux amis, qu’il revint convaincu du libéralisme russe. Les Russes ne voulaient pas autre chose ! et ils font encore aujourd’hui des gorges chaudes de l’affaire.
  12. D’après une photographie de Yermakov à Tiflis.
  13. Le Synode est une création de Pierre le Grand qui, après la mort du patriarche Adrien (1702), supprima ce grade suprême de la hiérarchie russe, le remplaçant nominalement par le Saint-Synode, et établissant de fait le Césaropapisme. Une personne, au courant des choses, me disait que les évêques doivent théoriquement se succéder à tour de rôle dans le Synode ; mais l’empereur peut y introduire un évêque hors tour : comme, sauf le cas d’hérésie notoire, l’empereur peut choisir un évêque en dehors de la liste présentée par le Synode, il en résulte qu’il peut choisir son monde aussi servile qu’il le voudra. Toutes les questions de discipline sont tranchées pratiquement par l’empereur. Le Synode ne reste indépendant que dans les questions dogmatiques, et encore ! Une autre personne nous définissait le clergé russe « une succursale de la police ».