Madame Arthur

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MADAME ARTHUR

air : Du Baiser au Portier.


1

Madame Arthur est une femme
Qui fit parler d’elle longtemps ;
Sans journaux, sans puff, sans réclame.
Elle eut une foule d’amants, (bis)
Chacun voulait être aimé d’elle,
Chacun la courtisait, pourquoi ?
C’est que, sans être vraiment belle,
Elle avait un je ne sais quoi.

2

Sa taille était fort ordinaire,
Ses yeux petits, mais sémillants,
Son nez retroussé, sa voix claire,
Ses pieds cambrés et frétillants.

Bref, en regardant sa figure
Rien ne vous mettait en émoi,
Mais par derrière, sa tournure
Promettait un je ne sais quoi.

3

Ses amants lui restaient fidèles,
C’est elle qui les renvoyait ;
Elle aimait les ardeurs nouvelles,
Un vieil amour lui déplaisait ;
Et chacun, le chagrin dans l’âme,
De son cœur n’ayant plus l’emploi,
Disait : hélas ! une autre femme
N’aura pas son je ne sais quoi !

4

Il fallait la voir à la danse,
Son entrain était sans égal ;
Pour ses mouvements, sa prestance,
Elle était la reine du bal.

Au cavalier lui faisant face
Son pied touchait le nez, ma foi.
Chacun applaudissait sa grâce
Et surtout son je ne sais quoi.

5

De quoi donc vivait cette dame ?
Menant un grand train de maison.
Courant au vaudeville, au drame
Rien qu’à l’avant-scène, dit-on.
Elle voyait, pour l’ordinaire
Venir son terme sans effroi !
C’est qu’alors son propriétaire
Admirait son je ne sais quoi.

6

Oh ! femme qui cherchez à faire
Des conquêtes matin et soir,
En vain vous passez pour nous plaire
Des heures à votre miroir ;

Élégance, grâce mutine,
Regard, soupir de bon aloi,
Velours, parfums et crinoline,
Rien ne vaut un je ne sais quoi !