Manuel-Roret du relieur - P.I Brochage

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NOUVEAU MANUEL COMPLET
DU
RELIEUR




PREMIERE PARTIE - BROCHAGE[modifier]

Brocher un volume, c’est en disposer les feuilles
dans un certain ordre, puis, pour les empêcher de se
séparer, les réunir par quelques points de couture et
coller par-dessus une couverture de papier.
Ce travail est précédé de trois opérations que la
feuille imprimée reçoit au sortir de la presse : le sé-
chage, le satinage et l'assemblage. Les opérations
de la brochure proprement dite sont la pliure, le
collectionnage et la couture des feuilles.
Lorsque les feuilles d’un ouvrage les ont reçues, on
met le volume sous presse entre des ais bien plats
pour en rendre le dos plus carré et pour l’amincir ;
on le couvre avec une couverture de papier impri-
mé ou uni, puis on ébarbe les feuilles qui dépassent
les témoins ou marges régulières des feuille pliées,
ou bien on rogne le volume broché.
Les imprimeurs livrent habituellement au bro-
cheur les feuilles séchées, lorsqu’elles ont été trem-
Relieur.                              1
2                                    SÉCHAGE
pées avant l’impression ; lorsqu’ils tirent à sec, ils
ne laissent les feuilles étendues que le temps néces-
saire pour que l’encre sèche bien et ne macule pas.
Le satinage, qui fait disparaître le foulage de l’im-
pression, et le glaçage, qui donne une surface lisse
et polie au papier, sont aussi exécutés dans la plu-
part des imprimeries, lorsque les locaux affectés à
ces travaux sont assez importants.
Mais ces dernières opérations sont aussi du res-
sort des brocheurs, lorsqu’elles n’ont pas été exécu-
tées à l’imprimerie ; pour cela, ils doivent disposer
de locaux vastes et bien aérés, dans lesquels ils font
leur étendage jusqu’à complète siccité du papier.
Avant donc de parler des opérations qui sont spé-
cialement du ressort du brocheur, il ne sera pas inu-
tile que nous décrivions celles du séchage, de l’as-
semblage, de glaçage, du satinage et du pliage.
Elles se font toutes chez le brocheur, mais dans des
ateliers distincts ; en outre, elles sont généralement
confiées à des ouvriers spéciaux.

CHAPITRE Ier. Séchage.[modifier]

Ainsi que nous venons de le dire, le SÉCHAGE ou
ÉTENDAGE ont pour but d’enlever au papier toute
l’humidité qu’il contient, afin qu’il se conserve à l’abri
de toute avarie ultérieure, et de faire sécher l’encre
d’imprimerie pour qu’elle ne se reporte pas d’une
feuille sur l’autre et qu’elle ne macule ou salisse
pas les cartes à satiner que l’on emploie pour effacer
les reliefs donnés au papier par les caractères typo-
graphiques.


SÉCHAGE                                    3
Pour opérer, il faut choisir un local bien aéré,
pourvu de tuyaux chauffés à la vapeur, de préférence
aux tuyaux de poêles, qui ont le grave inconvénient
de causer des incendies, ou chauffé à l’air chaud par
des bouches de calorifère.
On fait encore usage de fours ou chambres à air
chaud ou froid, que l’on introduit alternativement
au moyen de ventilateurs, ce qui permet de passer
au laminoir ou à la calendre, au bout de quelques
heures, les feuilles ainsi séchées. Cette opération
exige une grande prudence, afin de ne pas faire dur-
cir les papiers jusquà les rendre cassants.
A une certaine distance du plafond, on dispose
parallelement des cordes ou des tringles en bois
blanc, destinées à recevoir les feuilles de papier.
Les cordes ont le grave défaut de tordre les feuil-
les de papier en les déformant plus ou moins.
Si l’on se sert de tringles en bois, il faut donner
la préférence au peuplier, qui a l’avantage de ne pas
tacher le papier. 0n dispose sur champ ces tringles,
qui ont de 5 à 6 centimètres de hauteur sur 1 à 2 cen-
timètres d’épaisseur et dont le dessus doit être ar-
rondi, afin de ne pas laisser de pli sur la feuille de
papier. Elles doivent être rigides, et ne pas avoir
une portée trop grande ; on peut donc, suivant les
exigences du local, les soutenir par une autre tringle
transversale de 4 à 5 centimètres carrés.
Avant d’étendre les feuilles, on commence par les
placer sur une table dans un certain ordre. Pour
cela, après avoir pris l’une d’elles, on la pose à plat
sur cette table, de façon que la signature touche cette
dernière, sur la gauche de l’ouvrier, puis, sur cette
feuille et de la même manière, on met, les unes sur
les autres, pour en former une pile, toutes les feuilles


4                                    SÉCHAGE
semblables, c’est-à-dire qui portent la même signa-
ture.
Ces préparatifs terminés, on procéde à l’étendage.
Pour cela, l’ouvrier prend ce qu’on appelle une pincée
de feuilles, c’est-à-dire une poignée de cinq ou six
feuilles, d’une demi-main au plus, mais composée
d’une ou deux feuilles seulement si le séchage doit être
fait rapidement. Il tire un peu vers lui cette pincée,
que l’on nomme ferlet ou étendoir, couche l’excédant
de la feuille par-dessus, puis pose cette première pin-
cée à cheval sur l’une des cordes ou des tringles.
Moyennant cette disposition, la signature se trouve
en dehors, et l’on peut la retrouver facilement et la
lire, si l’on en a besoin. On remplit ainsi successive-
ment toute l’étendue de la première corde ou de la
première tringle, après quoi on passe aux suivantes ;
mais il faut toujours avoir soin que l’extrémité de
chaque poignée porte d’environ 4 à 5 centimètres sur
la précédente, ce qui, tout en économisant l’espace, per-
met, quand le papier est sec, de faire glisser plusieurs
poignées sur une seule et abrège ainsi l’opération du
détendage, qu’on nomme encore relevage.
Lorsqu’on est arrivé à la dernière pincée de la pile
ou de la feuille dont on s’occupe, on a soin, avant de
la poser sur la corde, de la couvrir d’une maculature,
en d’autres termes, d’une feuille de gros papier
commun. Cette maculature sert à indiquer la fin de
chaque feuille, et à annoncer le commencement de la
suivante. On distingue de la même manière les diffé-
rentes sortes de papiers, par des maculatures de cou-
leur ou de nature différente.
On ne doit pas oublier, quand on étend les feuilles,
de les bien redresser. Il faut surtout se garder de les


ASSEMBLAGE.                        5
mêler et avoir soin de les tourner toutes dans le même
sens. Enfin, on ne doit pas perdre de vue que le papier
épais et sans colle sèche moins vite que le papier
mince et collé, et qu’en général, quelle que soit la tem-
pérature du séchoir, il est bon que les feuilles restent
sur les cordes au moins six heures et, de préférence,
dix à douze heures, si cela est possible.
Lorsque les feuilles sont suffisamment sèches, l’ou-
vrier, toujours muni du ferlet, fait glisser plusieurs
pincées l’une sur l’autre, pour en former une poignée,
qu’il enlève et bat sur la table, pour les bien égaliser.
Enfin, il réunit en un seul tas, ou pile, toutes celles
d’une même signature, ou par séries de 100 ou au-des-
sus, au moyen d’une marque quelconque.

CHAPITRE II. Assemblage.[modifier]

Assembler les feuilles imprimées, c’est les réunir,
et les mettre en ordre pour en former des volumes.
Cette opération se fait toujours après le SÉCHAGE.
Pour effectuer son travail, l’assembleur a besoin
d’une table étroite, mais suffisamment longue pour
qu’on puisse y placer à plat et à la file une quinzaine
de piles ou tas de feuilles, les feuilles de chaque tas
portant toutes la meme signature.
Si le volume a moins de quinze feuilles, on l’assem-
ble en une seule fois ; s’il en a davantage, l’opération
a lieu en deux ou trois reprises. Dans tous les cas,
on compose les paquets, ou formes, d’un égal nom-
bre de feuilles, celles de chaque tas ayant naturelle-
ment la même signature.


6                                    ASSEMBLAGE.
Avant de commencer son travail, l’assembleur doit
s’assurer si, en empaquetant les feuilles après le
séchage, l’imprimeur n’a commis aucune erreur.
Pour cela, si l’ouvrage n’a qu’un volume, il examine
si les feuilles de chaque paquet portent bien la même
signature. Un coup d’œil jeté sur le titre courant lui
apprend si les feuilles, qui ont la signature conve-
nable, appartiennent bien au même ouvrage. Enfin
quand l’ouvrage est en plusieurs volumes, un chiffre
ou une réclame, qui se voit sur la gauche de la ligne
de pied, dont la signature occupe la droite, lui indique
le volume.
On distingue deux sortes d’assemblages : l'assem-
blage à l’allemande et l'assemblage à la française.
Nous ne nous occuperons que du premier, parce qu’il
est le plus sûr, le plus rapide et le plus employé.
Supposons que le nombre des feuilles soit inférieur
à quinze. L’assembleur divise celles de chaque signa-
tures en paquets qui en contiennent une quantité dé-
terminée, comme 500, 1000, etc. ; et qu’on appelle
formes, après quoi il range ces paquets sur la table,
en suivant l’ordre des signatures et allant de gauche
à droite. En outre, il les dispose de façon que les si-
gnatures soient à sa gauche. De cette manière, la pre-
mière forme à gauche renferme les feuilles marquées
1 ou A. Elle a à sa droite la forme dont les feuilles
sont signées 2 ou B, de même que celle-ci a égale-
ment à sa droite la forme contenant les feuilles 3 ou
C, et ainsi de suite.
Ces préparatifs achevés, l’assembleur se place de-
vant le premier parquet. Il appuie la main gauche
sur le milieu du bord des feuilles, puis, avec le
pouce de la main droite, qu’il a très-légèrement
mouillé, il soulève la première feuille par l’angle du


ASSEMBLAGE.                                     7
côté où se trouve la signature, et la transporte sur
le second paquet.
Il soulève de même la première feuille de ce pa-
quet et la transporte, avec celle qu’il y a posée, sur
le troisième paquet, où il prend encore une feuille,
pour la transporter, avec les deux précédentes, sur
le quatrième. Il continue ainsi jusqu’à ce qu’il ait pris
une feuille sur tous les paquets.
En procédant de cette manière, la feuille 1 ou A se
trouve nécessairement sur la feuille 2 ou B, de même
que les deux feuilles 1 et 2 se trouvent sur la feuille
3 ou C, les feuilles 1, 2 et 3 sur la feuille 4 ou D, les
feuilles 1, 2, 3 et 4 sur la feuille 5 ou E, etc. Quand
l’assembleur a terminé de lever ce qu’il appelle une
pincée de feuilles, il les bat par les bouts sur l’extré-
mité de la table et, en même temps, il les manipule
dans tous les sens, afin de les dresser en faisant ren-
trer celles qui dépassent les autres. Enfin, il les
plie en deux dans le sens des pointures produites au
tirage, et il met à part l’espèce de cahier qu’elles
forment, et qu’on désigne sous le nom de partie.
La première partie étant faite, on en forme une
seconde, puis une troisième, une quatrième, une
cinquième, etc., jusqu’à épuisement des paquets, et,
à mesure qu’elles sont terminées, on les met les unes
sur les autres, en les tournant barbes et dos, de dix
en dix, disposition qui a principalement pour objet
de donner de la stabilité aux piles et qui, de plus, en
affaissant le papier, communique un aspect plus
agréable à l’impression quand, pour une raison
quelconque, on a cru devoir se dispenser du glaçage
et du satinage.
En procédant comme il vient d’être dit, chaque
partie forme un volume complet. Il n’en est plus de
8                                    ASSEMBLAGE.


même quand le volume se compose d’un très-grand
nombre de feuilles, comme vingt, trente, quarante,
etc. Dans ce cas, si l’on voulait assembler toutes les
feuilles en une fois, il faudrait une table et, par suite
un bâtiment d’une longueur, trop considérable. On y
supplée en divisant les feuilles en trois portions
égales ou à peu près, et l’on assemble ces portions
l’une après l’autre, ce qui rend plus que suffisante la
table employée pour les volumes de moins de quinze
feuilles.
Supposons que les feuilles soient groupées par dix
On s’occupe d’abord de l’assemblage des dix pre-
mières formes, de celles par conséquent, qui renfer-
ment les dix premières feuilles, depuis la signature
1 ou A jusqu’à la signature 10 ou J. On les range sur
la table, en suivant l’ordre des signatures, et allant
de gauche à droite, absolument comme ci-dessus,
puis, également comme ci-dessus, on enlève les feuil-
les pour en faire des parties.
Les dix premiers paquets étant épuisés, on passe
aux dix suivants, lesquels se composent des feuilles
qui vont depuis la signature 11 ou K jusqu’à la
signature 20 ou T inclusivement, et l’on répète pour
eux les opérations que l’on a faites pour les précé-
dents.
L’assemblage des autres paquets s’effectuant comme
celui des vingt premiers, il est inutile que nous nous
y arrêtions.
Quand toutes les feuilles sont groupées en cahiers
ou parties, il faut les réunir pour en former des vo-
lumes. Il suffit pour cela d’assembler les parties de
la même manière qu’on a assemblé les feuilles. C’est
ce qu’on appelle mettre les parties en corps ou sim-
plement mettre en corps. On range donc sur la
ASSEMBLAGE.                                    9
table, en allant de gauche à droite, d’abord la pile
des dix premières feuilles, puis celle des dix sui-
vantes etc., et, lorsque toutes les petites piles sont
placées, on enlève un cahier à chacune d’elles, en opé-
rant comme nous l’avons dit ci-dessus pour les
feuilles. Enfin, on empile les volumes en les tour-
nant, de dix en dix, barbes et dos, en sens con-
traire.
Que l’ouvrage se compose d’un seul volume ou de
plusieurs, le travail de l’assembleur ne varie en rien.
Dans le cas de plusieurs, on assemble nécessaire-
ment les volumes l’un après lautre.
Mais on n’assemble pas seulement les feuilles de
texte ; on en fait autant pour les planches tirées à
part. Toutefois, l’opération est ici plus simple. En
effet, au lieu de grouper les planches en cahiers, on
se contente de les placer les unes sur les autres en
suivant l’ordre des numéros, et lon sépare celles qui
appartiennent à chaque volume au moyen d’une bande
de papier, ordinairement de couleur, que lon pose
en travers et que l’on choisit assez longue pour dé-
passer un peu le paquet.
En exécutant son travail, l’assembleur a deux pré-
cautions importantes à prendre. Il doit :
1° Faire en sorte de ne pas lever plus d’une feuille
à la fois sur chaque forme, parce qu’alors le volume
aurait plusieurs feuilles de la même signature, ce qui
décompléterait autant d’exemplaires ;
2° S’arrêter immédiatement si, en arrivant vers la
fin d’une série de paquets, il s’aperçoit qu’il lui man-
que quelque feuille. Il faut alors collationner toutes
les parties déjà faites, c’est-à-dire en compter les
feuilles et, en même temps, en vérifier les signatures.
Si une erreur a été commise, la seule manière de la
1.


10                                    ASSEMBLAGE.
réparer consiste naturellement à extraire la feuille du
cahier où elle a été introduite en trop, et à l’ajouter
au cahier où elle manque.
Après qu’on a assemblé toutes les feuilles impri-
mées, il en reste toujours un certain nombre dont
l’ensemble ne pourrait pas former des volumes com-
plets, parce que, pour une cause quelconque, celles
de plusieurs signatures manquent. Ces feuilles cons-
tituent ce qu’on nomme des défets. Il faut plier avec
soin toutes celles qui portent la même signature,
puis les classer par ordre les unes sur les autres, et
enfin en faire un paquet particulier. On est plus tard
fort heureux de les trouver pour compléter des volu-
mes dont une feuille a été déchirée ou maculée en
totalité ou en partie.
Quand les volumes ont été entièrement assemblés,
et qu’on a livré au brocheur ou au relieur les exem-
plaires dont on a besoin pour le moment, toutes les
parties d’assemblage sont mises en ballot, de façon
qu’elles représentent la valeur de huit à dix rames,
suivant la force du papier. Pour égaliser chaque
ballot, on alterne dans le placement la barbe et le
dos. De plus, on en garantit les extrémités avec de
fortes maculatures, c’est-à-dire des feuilles d’un pa-
pier commun, mais très-solide, et on le serre avec des
cordes au moyen d’une espèce de gros bâton qu’on
appelle loup. Enfin, on colle sur chaque maculature
une étiquette portant le titre de l’ouvrage et le nom-
bre d’exemplaires ou de parties d’exemplaires con-
tenu dans le ballot. Il n’y a plus alors qu’à, empiler
les ballots dans un endroit sec et bien abrité de l’hu-
midité.


ASSSEMBLAGE.                                    11
Cette manière d’opérer, qui est généralement usi-
tée, est certainement la plus commode et la plus
sûre pour garantir à l’imprimeur et surtout à l’é-
diteur le nombre d’exemplaires complets que les ti-
rages ont produit ; mais elle n’est pas avantageuse
pour le brocheur.
L’ouvrière, qui reçoit à la pliure un volume ainsi,
assemblé, se trouve en présence d’autant de points
de repère à chercher qu’il y a de feuilles dans
l’ouvrage ; de là et quelle que soit son habileté, des
inégalites de pliure. Il ne saurait en être autrement ;
les premiers volumes pliés donnent lieu à des re-
cherches continuelles pour asseoir les points de re-
père, ce qui est long et difficile. Et pourtant, il faut
débiter beaucoup de travail, car le temps passe, et
l’ouvrière risque fort de n’avoir gagné que peu de
chose à la fin de sa journée. Il en est tout autrement
quand elle reçoit une quantité de feuilles de la même
signature : la première suffit à établir les points de
repère et les autres se font couramment, le repérage
étant toujours le même. D’un autre côté, si l’ouvrage
doit contenir des planches ou, ce qui arrive souvent,
s’il contient des feuillets où il faut remplacer des
pages fautives, appelées cartons, le brocheur ou le
relieur est forcé de désassembler pour intercaler dans
les feuilles pliées les planches ou les cartons, sous
peine de décupler son travail et de le rendre presque
impossible si le volume doit renfermer un grand
nombre de gravures. Même lorsqu’il n’en contient
pas, le désassemblage s’impose pour la reliure,
quand, au premier et au dernier cahiers, on place au
préalable des gardes et des sauve-gardes, travail
dont nous parlerons plus loin en temps et lieu.
Il serait donc préférable, à notre avis de faire des
12                                    ASSEMBLAGE
paquets séparés des feuilles de même signature, après
les avoir vérifiées et comptées avec soin, et d’opérer
l’assemblage après la pliure pour les ouvrages sans
planches, ou après le placement de celles-ci dès que
l’ouvrage doit en contenir.
Pour faire cette opération et quel que soit le nom-
bre de cahiers dont se compose un livre, on place
sur une table assez longue, ou une table autour de
laquelle on puisse circuler, les feuilles 1 à fin, en les
étalant à la suite l’une de l’autre, la première pile
contenant toutes les feuilles 1, la deuxième toutes les
feuilles 2, et ainsi de suite. L’ouvrière prend de sa
main droite, par le haut, la première feuille et la
place dans sa main gauche, avec laquelle elle la
retient ; elle passe ensuite la deuxième feuille, la
troisième, puis les autres et les retient entre le pouce
et l’index. Mais cette méthode est assez fatigante, si
le volume contient un certain nombre de feuilles.
Pour obvier à cet inconvénient, nous conseillons de
commencer par la dernière feuille, dont on fait glis-
ser le ou les cahiers sur la main gauche étendue à
plat, et ainsi de suite jusqu’à la première feuille ; de
la sorte, la dernière feuille se trouve en dessous et
la première en dessus. Alors on prend des deux
mains tous les cahiers qui composent le volume ;
on les secoue en les faisant tomber à plusieurs repri-
ses sur le dos, puis sur la tête, pour que les cahiers
se trouvent parfaitement à la même hauteur. Ceci
fait, on pose sur la table le volume secoué et égalisé.
On opère de même pour un autre volume et on le
place sur le premier, mais en le bêchevêtant, c’est-
à-dire en les plaçant tous les deux tête-bêche ; les
barbes du second volume sur le dos du premier, pour
bien asseoir et bien équilibrer les piles de volumes.
GLAÇAGE ET SATINAGE.                          13

CHAPITRE III. Glaçage et Satinage.[modifier]

Le glaçage et le satinage ont le même objet, qui
est de rendre la surface du papier aussi unie que pos-
sible ; mais le premier se fait avant le tirage et le se-
cond après. Ils rendent, l’un et l’autre, plus prompte
et moins pénible celle des opérations du relieur que
l’on nomme battage. Toutefois, comme ils augmen-
tent sensiblement la dépense, on les supprime com-
plétement pour les ouvrages communs, on en sup-
prime un pour les ouvrages ordinaires, et l’on n’a
recours à tous les deux que pour les ouvrages de
luxe.

§ 1. -- GLAÇAGE.[modifier]

Le papier d’impression est loin d’être aussi uni
qu’il le paraît. Il présente toujours des milliers de pe-
tites rugosités, souvent microscopiques, qui provien-
nent des empreintes laissées par les toiles métalli-
ques sur lesquelles on a reçu la pâte, et que l’ap-
prêt donné par le fabricant n’a pu détruire.
Ces rugosités, forment ce qu’on appelle le grain
du papier. On les fait disparaître, pour les ouvrages
qui demandent des soins particuliers, afin de dispo-
ser le papier à une impression parfaitement égale,
où les moindres finesses de la lettre et de la gravure
se montreront avec toutes leurs délicatesses. C’est
l’opération destinée à produire cet effet qui porte le
nom de GLAÇAGE. Elle s’effectue généralement chez


14                            GLAÇAGE ET SATINAGE
l’imprimeur ; néanmoins, dans les très-grands ateliers
typographiques, on juge économique de s’en dis-
penser et on la confie à des industriels spéciaux : c’est
pour ce motif que nous avons cru devoir en faire
l’objet d’une notice particulière.
Le papier que l’on veut glacer doit être mouillé
modérément ; s’il l’était trop, les feuilles seraient dif-
ficiles à manier et l’opération deviendrait presque
impraticable.
Pour procéder au glaçage, on encarte le papier,
c’est-à-dire qu’on intercale chacune de ses feuilles
entre deux plaques de zinc parfaitement polies et
dressées. La grandeur de ces plaques varie néces-
sairement suivant le format des papiers et il est né-
cessaire qu’elles débordent de 2 centimètres au
moins, sur tous les sens, les feuilles à la préparation
desquelles elles doivent servir. Dans tous les cas,
quand on a formé un paquet, ou jeu, de vingt-cinq
feuilles environ, on les met en presse, et on leur
donne un nombre plus ou moins grand de pressions,
selon la qualité du tirage que l’on veut faire, suivant
aussi l’épaisseur et la résistance du papier.
La presse qu’emploie le glaceur, et qu’on appelle
presse à glacer, n’est autre chose qu’une sorte de
laminoir à deux cylindres en fonte, placés l’un au-
dessus de l’autre, dans le même plan vertical, et qui
peuvent être écartés ou rapprochés à volonté au moyen
d’un régulateur approprié. Le mouvement est donné
directement au cylindre supérieur à l’aide d’une ma-
nivelle ou d’un moulinet actionné par un ou deux
hommes, et des engrenages le transmettent au cy-
lindre inférieur. Aussitôt que le jeu de feuilles et de
plaques est engagé entre les cylindres, il est entraîné
par ceux-ci, qui tournent en sens contraire, et il
GLAÇAGE ET SATINAGE.                      15
glisse sur l’inférieur en même temps qu’il est pressé
par le supérieur. Quant il est arrivé de l’autre côté
de la machine et qu’il ne s’y trouve pris que d’une
très-petite quantité, on imprime un mouvement en
sens contraire pour le ramener à son point de départ.
On le fait ainsi passer et repasser autant de fois qu’on
le juge nécessaire.
Les plaques de zinc doivent être essuyées très-
souvent, à cause de l’oxydation qu’y produit le con-
tact du papier humide. Autrement, les feuilles en
sortiraient tachées ou tout au moins revêtues d’une
teinte grisâtre qui dénaturerait leur couleur natu-
relle.
La presse que nous venons de décrire très-som-
mairement a été modifiée de différentes manières.
Au lieu de fatiguer les hommes à tourner un mouli-
net ou une manivelle, plusieurs inventeurs ont eu
l’idée de donner le mouvement à l’aide d’une cour-
roie de transmission et d’un embrayage à double
sens, et, en outre, de faire opérer par la machine
elle-même l’écartement ou le rapprochement des
cylindres, opération qui doit être exécutée très-sou-
vent.
MM. Claye et Derniane ont réalisé ce double perfec-
tionnement pour les divers cas où le papier doit rece-
voir plusieurs pressions. Au lieu d’un seul laminoir,
ils en emploient deux, qui sont placés l’un derrière
l’autre ; les cylindres du second laminoir, plus rappro-
chés que ceux du premier ; servent à donner la seconde
passe par un seul et même mouvement. Une fois
qu’ils sont convenablement réglés, les deux jeux de
cylindres produisent un glaçage parfait avec beau-
coup de rapidité, et les choses se passent de telle
sorte qu’une seule machine peut remplacer trois


16                            GLAÇAGE ET SATINAGE.
ou quatre laminoirs ordinaires, c’est-à-dire à mouve-
ment alternatif.
Les fig. 1 et 2 (planche 1re) représentent deux vues
de la presse à glacer de MM. Claye et Derniane ;
la première en est une élévation de face, en partie
coupée ; la seconde, une élévation par bout.
«  La machine comprend deux bâtis CC, assemblés,
par des entretoises fortement boulonnées. La partie
supérieure de chacun de ces bâtis est munie d’une
double annexe AA, ayant pour objet de recevoir les
tourillons des cylindres supérieurs de pression.
« Ces supports reçoivent les coussinets dans les-
quels s’engagent les arbres des cylindres ; à cet effet,
ils présentent sur leurs faces latérales intérieures des
coulisses dans lesquelles glissent les coussinets, et
ces coussinets o peuvent monter ou descendre, et
être fixés à demeure au moyen de vis de pression b
et b’.
« Les glissières des supports-annexes A sont divi-
sées, ainsi que la vis de calage, de manière à permet-
tre un serrage de règlement en rapport avec le serrage
des premiers cylindres BB.
« Les vis supérieures des supports-annexes A,
sont d’ailleurs garnies de contre-écrous pour obvier
au desserrage des coussinets.
« A l’avant des deux cylindres presseurs BB, sont
disposés des petits rouleaux cc montés sur leurs axes.
C’est sur ces rouleaux que sont placés les paquets de
papier enveloppés dans les feuilles de zinc. Ils pas-
sent sous les cylindres BB convenablement rappro-
chés ; puis, à leur sortie de ces premiers cylindres, ils
sont saisis par les seconds cylindres B’B’ qui, à leur
tour, leur font subir l’opération du pressage, et sor-
tent enfin de l’appareil en glissant sur les cylindres
GLAÇAGE ET SATINAGE.                            17
ou rouleaux c’c’, qui les conduisent sur la table de
service.
« Pour produire les divers mouvements de trans-
mission, un arbre L porte les deux poulies D et D’,
l’une folle pour permettre le désembrayage, la se-
conde fixe. Sur ce même arbre sont calés une roue
dentée F, et un volant régulateur E.
« Les deux cylindres inférieurs des presseurs sont
munis de pigeons d, actionnés par une roue intermé-
diaire G en relation avec la roue dentée F.
« L’arbre moteur L peut être mis en mouvement,
soit à la main par l’effet d’une manivelle, soit par un
moteur quelconque et l’intermédiaire des courroies de
transmission. Les rouleaux d’arrière c’c’, reçoivent à
leur circonférence une courroie ou toile sans fin ee,
qui vient envelopper une poulie calée sur l’arbre du
rouleau inférieur B’.
« Cette courroie peut être convenablement tendue
par une poulie additionnelle f, disposée à l’extrémité
d’un tendeur i, pouvant monter et descendre dans une
rainure pratiquée sur l’aminci A du bâti.
« Pour opérer, une chasse plus rapide des paquets
soumis à l’action de la machine, on a disposé les rou-
leaux c' sur une ligne légèrement inclinée vers l’ar-
rière du bâti.
« On se rend parfaitement compte du service de
cette machine d’après la description qui vient d’en
être faite, et surtout de la célérité et de l’énergie des
pressions auxquelles sont soumis les paquets ; la dou-
ble action ayant lieu pour ainsi dire instantanément,
puisque, à peine les premiers cylindres presseurs fi-
nissent-ils d’opérer, que les seconds ont déjà com-
mencé leur service.


18                                    GLAÇAGE ET SATINAGE.

§ 2. -- SATINAGE.[modifier]

On vient de voir que le glaçage se fait sur le papier
blanc pour le préparer à recevoir l’impression, en
abattant les aspérités provenant de la fabrication.
Au contraire, comme nous l’avons dit, le SATINAGE a
lieu après le tirage, par conséquent sur le papier im-
primé : il a pour objet de détruire les petits reliefs
produits, par l’action de la presse sur les formes, ce
qu’on nomme foulage, sur le revers des feuilles, si
elles ne sont imprimées que d’un côté, et sur leurs
deux faces à la fois, si elles sont imprimées des deux
côtés.
Si les livres n’étaient mis dans le commerce qu’a-
près avoir été reliés, on pourrait, à la rigueur, suppri-
mer le satinage, parce que le marteau du relieur
produirait le même effet ; mais, comme il n’en est
point ainsi, la plupart des ouvrages étant vendus
simplement brochés, cette opération est devenue
habituelle pour toutes les publications un peu soi-
gnées. Elle donne au papier un aspect uni et bril-
lant, qui fait mieux ressortir la délicatesse des lettres
et des vignettes, et rend l’impression plus nette, plus
lisible et plus agréable à l’œil.
Pratiquement parlant, le travail du satineur res-
semble beaucoup à celui du glaceur. Seulement, au
lieu de plaques de zinc, on emploie des cartons minces
qu’un cylindrage énergique a rendu parfaitement
denses et lisses. En outre, on a besoin de presses
plus puissantes.
De même que les plaques, les cartons doivent être
un peu plus grands que les feuilles afin de pouvoir
les contenir plus facilement. Ainsi, par exemple, on
GLAÇAGE ET SATINAGE.                                    19


leur donne la dimension du grand-raisin pour le
carré, celle du jésus pour le grand-raisin, etc.
Le papier que l’on veut satiner doit être parfaite-
ment sec. On peut faire l’opération avant ou après
l’assemblage. Néanmoins, en général, on préfère
l’effectuer après, et cela pour trois raisons :
1° Parce qu’il est rare qu’on fasse satiner à la fois
toute une édition ;
2° Parce que si l’on satinait avant d’avoir as-
semblé, on s’exposerait à donner cette façon à des
exemplaires incomplets, ce qui serait du temps
perdu, puisqu’on ne s’apercevrait des feuilles man-
quantes que lorsque le travail serait entièrement
achevé ;
3° Parce qu’un satinage récent est plus agréable à
l’œil qu’un ancien, le papier perdant avec le temps,
par suite de son hygrométricité, l’espèce de lustre
qu’on lui a donné. On n’ignore pas que par hygro-
métricité, on entend la propriété que possèdent cer-
tains corps d’absorber l’humidité avec plus ou moins
de facilité.

1. Satinage des feuilles de texte.[modifier]

Voyons maintenant comment procède le satineur.
Il se place devant une longue table, ayant à sa
gauche les cahiers qui doivent former le volume, et
à sa droite une pile de cartons bien secs. Après avoir
ouvert par le milieu le premier cahier, il en fait
l’encartage. Pour cela, il pose devant lui l’un des
cartons, et il met par dessus la première feuille du
cahier, en ayant soin qu’elle ne fasse aucun pli. Sur
cette feuille, il pose un carton, qu’il couvre avec une
autre feuille, et il continue ainsi, plaçant alternati-
vement un carton et une feuille, jusqu’à ce qu’il ait


20                                GLAÇAGE ET SATINAGE.
formé une pile comprenant un nombre déterminé
d’exemplaires. Il porte alors cette pile dans la presse
en la soutenant, de distance en distance, par des
plateaux.
La presse à glacer ordinaire est une presse à vis
de construction fort simple, que l’on scelle générale-
ment dans le sol, ou dans le plancher, et dans la mu-
raille. Le plus souvent, le plateau mobile est fixé à
une vis normale à ce plateau, et qui passe dans un
écrou relié d’une manière invariable au plateau fixe.
Lors donc qu’on fait tourner la vis, elle fait mouvoir
le plateau mobile dans un sens ou dans l’autre, et
les choses sont disposées de telle sorte qu’elle lui
imprime seulement un mouvement rectiligne. On se
sert pour cela, quelquefois d’un levier, le plus fré-
quemment d’un moulinet, assez rarement de la va-
peur. Cette presse peut varier beaucoup quant aux
détails. Dans les ateliers très-importants, il y a de
grands avantages à la remplacer par une presse
hydraulique : on obtient ainsi des pressions infini-
ment plus fortes et, par suite, un satinage plus parfait.
On estime que le papier doit rester en presse de
dix à douze heures au moins. Au bout de ce temps, le
satineur transporte la pile sur la table, pour la dé-
faire. A cet effet, il enlève alternativement un carton
et une feuille, et place les feuilles à sa gauche, l’une
sur l’autre, les cartons à sa droite, également l’un sur
l’autre. En procédant ainsi, les feuilles se trouvent
exactement dans l’ordre ou elles étaient au commen-
cement, et l’assemblage n’éprouve aucun dérange-
ment.

2. Entretien des cartons.[modifier]

Quand l’impression est récente, ou que l’encre, de
mauvaise qualité, n’a pas eu le temps de sécher suf
GLAÇAGE ET SATINAGE.                                    21
fisamment, les cartons finissent par se salir, et alors,
si l’on n’y prend garde, ils ne manquent pas de ma-
culer les feuilles qu’on satine plus tard. Il est donc
nécessaire, pour prévenir cet inconvénient, de les
nettoyer fréquemment, et l’on obtient des résultats
convenables en les frottant vivement, avec des tam-
pons de papier sans colle, jusqu’à ce qu’on en a fait
disparaître toutes les taches.
A force de servir, les cartons deviennent toujours
un peu humides, en sorte qu’on est obligé de les faire
sécher, sans quoi ils ne pourraient servir de nouveau.
On les place pour cela, sur l’une de leurs tranches,
dans des casiers dont les séparations sont formées
par des tringles de bois ou par de simples ficelles.
Ces meubles peuvent recevoir un assez grand
nombre de dispositions particulières, mais il faut
toujours que les cartons puissent y être bien séparés
les uns des autres. Quant à l’emplacement qu’on
leur assigne, c’est généralement contre les murs et,
ce qui économise l’espace, à une hauteur un peu
supérieure à celle d’un homme de grande taille, où
on les fixe, au moyen de supports en bois ou en
métal, ou de ferrures appropriées. Quelquefois cepen-
dant, on les suspend au-dessus de la table sur
laquelle on fait l’encartage ou mise en cartons du
papier. Dans ce cas, afin de les rendre plus légers,
on les compose de deux cadres horizontaux, qui,
longs de 4 à 5 mètres et larges d’environ un mètre, sont
réunis à leurs quatre angles, à tenons et à mortaises,
par des liteaux verticaux de 50 centimètres de haut.
Des trous, percés de trois centimètres en trois centi-
mètres dans les grands côtés de ces cadres, et bien en
regard les uns des autres, reçoivent de grosses ficelles
fortement tendues. On a ainsi une espèce de cage


22                                GLAÇAGE ET SATINAGE.
rectangulaire dont les barreaux sont formés par les
ficelles, et c’est dans l’intervalle situé entre les
ficelles consécutives que l’on glisse les cartons à faire
sécher.

3. Satinage des planches, gravures, etc.[modifier]

Le satineur n’opère pas seulement sur les feuilles
de texte. Il s’occupe également des gravures en taille-
douce, des planches lithographiques, des papiers à
dessin. La manutention de chacun de ces produits,
exige souvent des précautions particulières qu’au-
cune description ne saurait faire connaître, et qui
ne peuvent s’apprendre que par la pratique. Aussi
nous bornerons-nous aux indications suivantes :
1° Les gravures en taille-douce ne demandent et
n’exigent pas d’autres précautions que les feuilles
imprimées. Les manipulations sont donc les mêmes.
En outre, on satine à sec.
2° Les planches lithographiées se traitent différem-
ment. Le râteau qui frotte sur la pierre pour im-
primer le dessin, tend à allonger le papier dans toute
la partie où il frotte ; par conséquent, le milieu de
celui-ci gode lorsque les marges sont unies, ce qui pro-
duit un mauvais effet. Pour obvier à ce défaut, le sa-
tineur mouille les bords de l’estampe avec une éponge
et de d’eau propre, ce qui en fait allonger les bords,
et il place les planches, ainsi mouillées par les bords,
entre les cartons, comme il le fait pour les feuilles
d’impression à sec. Moyennant cette précaution, les
planches entières, en sortant de sous la presse, se
trouvent également étendues partout.
3° Les feuilles de papier à dessin étant ordinaire-
ment pliées par le milieu, il s’agit de faire disparaître
ce pli, afin de les bien étendre. Pour cela, on les
GLAÇAGE ET SATINAGE.                                    23
mouille bien partout, on les met, entre des cartons
épais, lisses mais mats, qui boivent promptement
l’eau ; enfin, on les presse fortement, et lorsque les
feuilles sont sèches, on les place entre des cartons
polis, et l’on donne une forte pression. On procède de
même pour les lithographies.
Observations.
1° Le mode de satinage que nous venons de décrire
n’est pas le seul qui soit en usage. On s’est servi
aussi pour cet objet d’un appareil établi sur le sys-
tème des laminoirs, et à l’aide duquel on fait passer
les feuilles entre des cylindres en métal, parfaitement
tournés et polis, qui leur donnent le glacé convenable.
Ce laminage peut se donner à froid, mais on cons-
truit quelquefois des cylindres creux et l’on y fait
arriver de la vapeur. L’opération est alors dite sati-
nage à chaud pour le distinguer de l’autre.
Le satinage à chaud est plus dangereux encore que
celui à froid, quand l’encre n’est pas parfaitement
sèche ; il redonne de la fluidité à l’huile qui entre
dans sa composition, et cette huile, en s’étalant,
environne chaque caractère d’une auréole jaunâtre
qui dépare complétement l’impression.
2° On pourrait très-bien satiner, le papier par un
procédé analogue à celui dont se servent quelques
industries qui se rattachent à la fabrication des
tissus, c’est-à-dire en se servant de rouleaux en pa-
pier, qu’on fabrique en enfilant un nombre considé-
rable de feuilles de papier sur un arbre où on les
comprime ensuite entre deux bases avec une force
considérable, qui leur donne une densité presque
égale à celle des bois tendres ; puis on arrondit et
l’on régularise le cylindre sur le tour, et on le polit a
24                                    PLIAGE.
la pierre ponce jusqu’à ce qu’il ait acquis une surface
parfaitement lisse. En cet état il serait très-propre à
satiner le papier.

CHAPITRE IV. Pliage.[modifier]

Après l’assemblage, les feuilles doivent être pliées
de telle sorte que leurs pages se suivent exactement
d’après l’ordre indiqué par leurs folios. Ce travail,
qu’on nomme PLIAGE, est généralement exécuté par
des femmes appelées plieuses. Il exige, de la part de
ces ouvrières, beaucoup de soin et d’attention, sans
quoi il pourrait en résulter des transpositions qui
obligeraient à interrompre la lecture, ou des omis-
sions qui la rendraient impossible. D’ailleurs, un
pliage négligé déprécie l’ouvrage le plus splendide-
ment relié. Heureusement, il n’est pas difficile d’évi-
ter ces divers inconvénients. Il faut pour cela que la
plieuse, à mesure qu’elle travaille, examine si l’as-
sembleur n’a commis aucune des fautes que nous
avons indiquées. En conséquence, en pliant chaque
feuille, elle ne doit perdre de vue aucune des recom-
mandations suivantes :
1° Lire la signature, pour s’assurer que les feuilles
se suivent exactement ;
2° Si l’ouvrage ne comprend qu’un volume, jeter
un coup d’œil sur les titres courants, pour voir si
toutes les feuilles lui appartiennent bien ;
3° Si l’ouvrage a plusieurs volumes, examiner aussi
la réclame qui est sur la gauche de la signature, à la
ligne de pied, et qui indique le volume, afin de s’as-


PLIAGE.                                        25
surer que toutes les feuilles appartiennent réelle-
ment au volume dont elle s’occupe.
Chaque format ayant une imposition différente, a
aussi un pliage différent. Nous allons dire comment
il convient de procéder pour tous les formats usuels,
depuis l’in-folio jusqu’à l’in-12. On n’emploie d’autre
outil qu’une espèce de couteau à deux tranchants,
qu’on nomme plioir, et qui peut être en bois, en os
ou en ivoire.

In-folio.[modifier]

L’in-folio s’imprime de deux manières, ou en une
seule feuille, ou en deux feuilles. Les journaux seuls
s’impriment en une feuille ; tous les autres ouvrages
s’impriment en deux feuilles, lesquelles, étant pla-
cées l’une dans l’autre, forment un petit cahier de 8
pages. La première de ces deux feuilles porte pour si-
gnature A ou 1 sur le recto, et les chiffres de sa pagi-
nation sont 1, 2, 7 et 8. Quant à la seconde, qui, ainsi
qu’il vient d’être dit, s’intercale dans la précédente
elle porte pour signature A 2, ou 1, et les chiffres de
sa pagination sont 3, 4, 5 et 6.
La plieuse commence par placer devant elle, sur
une grande table, de manière que les lettres soient à
rebours, et les signatures du côté de la table, à la
droite en haut, l’un des paquets remis par l’assem-
bleur. Cela fait, elle ouvre le paquet et passe dessus
deux ou trois coups de plioir pour en bien étendre les
feuilles.
Cette manœuvre du plioir n’est pas seulement né-
cessaire pour étendre les feuilles, elle est encore in-
dispensable pour les faire glisser l’une sur l’autre, afin
de pouvoir les prendre une à une avec plus de faci-
lité. Pour obtenir ce dernier résultat, il suffit d’ap-
Relieur.                                                    2


26                                                                        PLIAGE.
puyer légèrement l’instrument sur le tas ; aussitôt la
première feuille se détache et se porte un peu sur la
droite.
Après avoir pris son plioir de la main droite, vers
le milieu de sa longueur, l’ouvrière saisit la feuille
avec la main gauche, par l’angle supérieur, qui est à
sa droite, et porte cet angle sur l’angle inférieur du
même côté, en ayant bien soin de placer les deux
chiffres de la pagination l’un sur l’autre. Alors, ap-
puyant l’index sur le dos du plioir, elle passe l’ins-
trument sur la feuille, en montant diagonalement de
bas en haut, en sorte que, tout à la fois, elle efface
les plis qui ont pu se former et détermine celui que
la feuille doit conserver. Ce double résultat obtenu,
elle fait pirouetter le plioir d’un demi-tour, et le passe
de nouveau sur la feuille, mais en sens inverse, c’est-
à-dire diagonalement de haut en bas. Si, dans ce se-
cond mouvement, le plioir était dirigé dans le même
sens que dans le premier, outre qu’il pourrait déchi-
rer le papier, il changerait le pli que la feuille doit
avoir.
Quand le pliage de la première moitié de la feuille
est achevé, on passe à la seconde. On la plie comme
on vient de faire de la première, et on l’intercale dans
celle-ci, en observant que les signatures soient tou-
jours l’une sur l’autre. Cette dernière opération se
nomme encartation, la feuille intercalaire s’appelle
encart, et l’action se désigne par le mot encarter.
La plieuse forme donc ainsi des petits cahiers de
deux feuilles, qu’elle place l’une sur l’autre au-de-
vant d’elle, et au-dehors du cahier sur lequel elle tra-
vaille, en ayant soin de renverser le petit cahier de
manière que la première page touche la table.
Lorsqu’on plie un in-folio imprimé à une seule
PLIAGE.                                    27
feuille, tel qu’un journal quotidien, on suit la même
marche, avec cette seule différence que l’on n’encarte
aucune feuille, et que les feuilles sont toutes séparées.

2° In-quarto.[modifier]

Après avoir ouvert devant elle le paquet qu’elle a
reçu de l’assembleur, de manière que les trous des
pointures se trouvent dans une direction perpendi-
culaire au bord de la table devant laquelle elle est
placée, la plieuse passe dessus deux ou trois coups
de plioir pour bien étendre les feuilles. Elle tourne le
cahier de telle sorte que la bonne lettre, ou, ce qui
est la même chose, la signature, soit à sa gauche, en
haut, la face contre la table, et qu’elle voie devant
elle, et en travers, les chiffres de pagination 2, 3, 7,6.
L’ouvrière plie d’abord, comme nous l’avons dit pour
l’in-folio, la feuille selon la ligne des pointures, en
ayant soin de placer la première lettre de la dernière
ligne de la page 6, sur la dernière lettre de la dernière
ligne de la page 7, si ces deux lignes sont pleines.
Il faut bien observer cependant qu’il peut arriver
plusieurs cas :
1° Que la dernière ligne de la page 6 soit un com-
mencement d’alinéa ; alors comme le premier mot
rentre dans la ligne, si elle se fixait sur cette pre-
mière lettre, elle plierait mal, et la page irait de
travers ;
2° Que cette page 6 finisse un chapitre, et alors il y
aurait un blanc qui ne pourrait pas la diriger ;
3° Que la dernière ligne de la page 7 ne soit pas
pleine, ou qu’elle présente une lacune, parce qu’un
chapitre se serait terminé avant la dernière ligne.
Dans tous ces cas, la plieuse ne pouvant pas avoir
recours aux chiffres de la pagination, parce qu’ils


28                                                                        PLIAGE.
sont cachés, se guide, ou par les lignes supérieures,
pourvu qu’elles ne soient pas trop rapprochées de la
tête, ou bien par la justification, ou enfin par la vue,
qui lui indique si la page est droite ou ne l’est pas.
L’habitude la dirige mieux que toutes les règles que
l’on pourrait prescrire. Nous ne répéterons plus
cette observation, qui se renouvelle dans toutes les
opérations du pliage.
Après avoir fixé le premier pli selon la ligne des
pointures, et sans déranger la feuille, l’ouvrière la
plie une seconde fois, en faisant tomber le chiffre 4
sur le chiffre 5, et elle la place au-devant d’elle,
comme nous l’avons dit pour l’in-folio, le chiffre 1
sur la table. Elle forme ainsi autant de cahiers qu’il
y a de feuilles ; mais elle n’en encarte aucun.
Les journaux quotidiens in-quarto s’impriment
parfois par demi-feuille ; alors on les plie comme s’il
s’agissait d’un in-folio.
L’in-quarto s’imprime quelquefois oblong ; dans ce
cas, il se plie différemment. Le premier pli se fait sur
la longueur du papier, entre les têtes des pages, dans
une ligne perpendiculaire à celle des pointures, et le
second pli dans la ligne des pointures.

3° In-octavo.[modifier]

La plieuse dispose sa feuille de manière que la si-
gnature se trouve à sa gauche en bas, la face contre
la table. Alors elle voit devant elle, dans une ligne
horizontale, dans le sens naturel, les chiffres 2, 15,
14, 3, et au-dessus, à rebours et dans le même ordre,
c’est-à-dire en lisant de gauche à droite, les pages 7,
10, 11, 6.
Elle plie suivant la ligne des pointures, en faisant
tomber 3 sur 2, et 6 sur 7 ; elle voit alors dans le


PLIAGE. 29
sens naturel les chiffres 4 et 13 et à rebours 5 et 12.
Sans déranger la feuille, elle rabat de la main gauche
le haut de la feuille sur la partie inférieure, en fai-
sant bien tomber le chiffre 5 sur le 4 : par ce moyen,
12 doit tomber sur 13 : elle s’aide de son plioir afin
de ne pas faire de faux plis, en dirigeant le pli à l’en-
droit où il doit se trouver.
La feuille pliée de cette manière, l’ouvrière voit les
pages 8 et 9 ; alors elle prend avec la main gauche la
feuille au chiffre 9, elle le place sur le chiffre 8 et for-
me le troisième pli, en l’assujétissant avec le plioir.
On imprime quelquefois l’in-octavo par demi-
feuille. Dans ce cas, on fait de chaque feuille deux ca-
hiers, on coupe chaque feuille dans la ligne des poin-
tures, ce qui fait deux demi-feuilles qu’on plie sépa-
rément, comme nous l’avons indiqué pour l’in-quarto.
On imprime aussi quelquefois l’in-octavo oblong.
Quand les choses sont ainsi, le premier pli se fait par
son milieu dans la ligne des pointures ; le second,
dans le même sens, entre les têtes des pages ; et le
troisième, sur la longueur du papier.

4° In-douze.[modifier]

Jusqu’ici la plieuse n’a eu besoin de couper aucune
bande de sa feuille pour la plier ; mais, pour l’in-,
douze et les formats qui suivent, cette mesure est
presque toujours indispensable.
La feuille in-douze contient 24 pages ou 12 feuillets.
Il n’a pas été possible, en l’imprimant, de disposer
les pages de manière que, par de simples plis, comme
on le fait pour l’in-octavo, on puisse plier la feuille
en entier. On est donc obligé de couper une bande
qui contient huit pages, de la plier à part, et d’en for-
mer un cahier qu’on appelle petit cahier. Le reste


30 PLIAGE.

de la feuille se plie comme l’in-octavo, et forme un
second cahier qui contient 16 pages, et qu’on nomme
gros cahier.
Il y a deux manières d’imposer la feuille in-douze :
ou bien le petit cahier doit être encarté dans le gros,
ou il doit former un cahier à part ; la signature in-
dique toujours cette disposition.
Lorsque le cahier doit être encarté, la signature
qui se trouve au bas de la 17e page est la même que
celle qui se trouve à la 1re page du gros cahier ; elle
est seulement différenciée par des points ou étoile, de
sorte que si la signature est 1, l’encart porte 1, ou 1* ;
si la signature est A, l’encart porte A 1, et ainsi de
suite.
Quand le cahier ne doit pas être encarté, chaque
cahier porte une signature différente, et selon l’ordre
numérique ou alphabétique. Ainsi le gros cahier de
la 1re feuille porte 1 ou A, et le petit cahier de la
même feuille porte 2 ou B. Le volume a, par consé-
quent, le double de cahiers qu’il n’a de feuilles ; c’est
ce qu’on appelle mettre le feuilleton en dehors.
Après avoir ouvert son cahier devant elle, de ma-
nière que la signature soit en haut, la face contre la
table, et qu’elle voie en travers devant elle les pages
2, 7, 11 ; 23, 18, 14 ; 22, 19, 15 ; 3, 6, 10, la plieuse
aperçoit sur la droite les pages 11, 14, 15, 10, séparées
des autres huit pages à la gauche par une grande
marge, au milieu de laquelle sont ou des pointures,
ou mieux des lignes droites imprimées qui indiquent
l’endroit où l’on doit couper. Elle plie la feuille selon
ces traits, ou selon les pointures, et elle détache cette
bande, qu’elle plie en plaçant 11 sur 10 ; elle fait un
pli, puis elle place 13 sur 12 ; et alors la signature qui
est à la page 9 se trouve en dehors : son encart est plié.


PLIAGE. 31
Cela fait, elle revient au restant de la feuille qui
doit former son gros cahier : elle prend de la main
gauche la partie inférieure de la feuille, en plaçant 3
sur 2, et 6 sur 7 : elle plie. Elle fait un second pli en
mettant 20 sur 21 et 5 sur 4. Enfin, elle forme un troi-
sième pli en mettant 8 sur 17, et son gros cahier est
plié, la signature en dessus ; elle encarte le petit ca-
hier, et sa feuille est pliée.
Lorsque la feuille d’impression est disposée de ma-
nière que le feuilleton ne s’encarte pas, c’est-à-dire
que le petit cahier se place à la suite du gros, les
chiffres qui indiquent la pagination ne sont plus dis-
posés dans le même ordre que dans le cas précédent.
On place la feuille sur la table de la même manière
que nous l’avons dit ; on coupe le feuilleton, que l’on
plie en deux fois, d’abord par le milieu, puis encore
dans le milieu, en observant de mettre la signature
en dehors ; on le met à part, et l’on plie immédiatement
le gros cahier.
Ce cahier se plie de la même manière que la feuille
dans laquelle le petit cahier doit être encarté. On plie :
1_ 3 sur 2, et 6 sur 7 ; 2_ 12 sur 13, et 5 sur 4 ; et 3_
8 sur 9 ; la feuille est alors pliée. On met en tas ce
gros cahier et le petit dessus.
L’in-douze s’imprime quelquefois en format oblong.
Dans ce cas, on coupe la bande dans la longueur du
papier, et non dans sa largeur, comme dans les exem-
ples précédents : la coupure est toujours indiquée par
des traits imprimés. Elle se plie de même que nous
l’avons indiqué, et le gros cahier se plie comme l’in-
octavo ; le petit cahier s’encarte ou ne s’encarte
pas, selon que l’indique la signature.

32 PLIAGE.

In-seize.[modifier]

L’in-seize s’imprime toujours par demi-feuille, c’est-
à-dire que chaque feuille contient deux fois le même
texte. La moitié de la feuille sert pour un exemplaire,
et l’autre moitié sert pour un autre exemplaire du
même ouvrage.
Chaque demi-feuille se plie séparément comme dans
l’in-octavo, et l’on en fait deux tas séparés, de sorte
que, lorsqu’on a plié la dernière feuille, on a deux
exemplaires pour un.

In-dix-huit.[modifier]

La feuille de l’in-dix-huit est formée de trois cahiers,
composés chacun d’un gros cahier de huit pages, et
d’un encart de quatre pages.
La feuille bien étendue, la signature en haut, à
droite, la face contre la table, on plie la bande de la
main droite sur celle du milieu, dans le sens de la
ligne perpendiculaire au bord de la table devant
laquelle on se trouve placé, en faisant tomber les
chiffres 2, 3 et 7 sur les chiffes 23, 22 et 18, ce qui
met à découvert la signature et la réclame de la
page 12 ; on coupe cette bande, et on la met à part
sur la table, la signature en dessus.
On plie de même la bande du milieu, en faisant
tomber les chiffres 14, 15 et 19 sur ceux des pages 35,
34, 30 ; alors on aperçoit la seconde signature 2 ou
B ; on coupe encore cette bande, et par ce moyen la
feuille est partagée en trois bandes égales. On place
la bande qui porte la seconde signature sur la pre-
mière, et la troisième sur la seconde, la signature en
dessus. On prend les trois bandes à la fois, on les
porte devant soi, en les renversant sens dessus des-


PLIAGE. 33
sous, de sorte que les signatures sont du côté de la
table, à gauche. On coupe l’encart selon la ligne tra-
cée, on le plie la signature en dehors ; on plie le res-
tant en deux, en ramenant les deux pages à droite sur
les deux pages à gauche, les chiffres les uns sur les
autres ; on fait un second pli, la signature toujours
en dehors, et le gros cahier est plié. On met l’encart
en dedans, et l’on couche ce cahier devant soi, la si-
gnature contre la table.
On plie de même la seconde et la troisième bande,
et la première feuille est pliée en trois cahiers ; on
opère de même pour les feuilles suivantes.
Il arrive quelquefois que l’in-dix-huit n’a que
deux cahiers : alors on opère comme pour l’in-
douze ; on enlève une bande pour former le feuille-
ton, on plie le gros cahier comme la feuille in-octavo,
et l’on encarte le feuilleton dans le gros cahier.
L’in-dix-huit s’imprime quelquefois en deux exem-
plaires sur la même feuille, comme l’in-seize. On en
fait alors deux tas, comme pour ce dernier.

In-vingt.[modifier]

Ce format, dont les pages sont presque carrées, est
peu en usage ; il s’imprime par demi-feuille, comme
nous l’avons dit pour l’in-seize.
Ce format sert pour les alphabets, les catéchismes
ou les almanachs communs. Après avoir coupé la
bande des quatre pages, on la place au milieu des
seize autres pages, pliées en deux feuilles in-quarto
en un seul cahier.

In-vingt-quatre.[modifier]

L’in-vingt-quatre s’imprime par demi-feuille comme
l’in-seize et l’in-vingt.


34 PLIAGE.

Chaque demi-feuille est composée de deux cahiers
qui s’encartent ou ne s’encartent pas. Dans tous les
cas, chaque demi-feuille peut être considérée comme
une feuille in-douze ; on détache le feuilleton, on le
plie comme le petit cahier de l’in-douze, la signature
en dehors ; on plie ensuite le gros-cahier comme ce-
lui de l’in-douze, la signature en dehors.
Si les deux signatures sont les mêmes, on encarte
le feuilleton ; mais si elles se suivent dans l’ordre
numérique ou alphabétique, on n’encarte pas le petit
cahier.
Quelquefois on imprime l’in-vingt-quatre en deux
exemplaires sur la même feuille. Quand ce cas se
présente, la plieuse opère comme nous l’avons dit
pour l’in-seize.

9° In-trente-deux.[modifier]

Ce format s’impose et s’imprime de deux maniè-
res : ou par demi-feuille, alors chaque feuille sert
pour deux exemplaires, et est composée de deux
cahiers, portant chacun une signature différente ; ou
bien chaque feuille ne sert que pour un exemplaire,
et alors elle forme quatre cahiers, qui ont chacun une
signature particulière, en suivant toujours l’ordre
numérique ou alphabétique.
Dans le premier cas, c’est-à-dire lorsque la feuille
sert pour deux exemplaires, on plie la feuille selon les
pointures, et on la coupe dans le pli. On met à part,
en réserve, la demi-feuille supérieure pour le second
exemplaire. On tourne la demi-feuille en travers de-
vant soi, la signature à droite, à découvert, sur la
table en haut, et l’autre signature à gauche, aussi en
haut, mais tournée vers la table. On plie de la droite
sur la gauche en faisant tomber la signature à droite


PLIAGE. 35
sur le verso de la signature à gauche, les chiffres de
la pagination les uns sur les autres, et l’on coupe en-
core dans ce pli. Cette demi-feuille se trouve alors
divisée en deux parties, chacune de 8 feuillets ou
16 pages ; on plie chacun de ces quarts de feuille
comme l’in-octavo, et l’on place, les uns sur les au-
tres, ces cahiers, qui ne s’encartent jamais. Lorsqu’un
exemplaire est entièrement plié, on plie le second de
la même manière.
Dans le second cas, c’est-à-dire lorsque la feuille
entière sert pour un seul exemplaire, on la coupe en
quatre comme dans le cas précédent, et l’on plie de
suite les quatre cahiers, chacun comme l’on plie l’in-
octavo.
L’in-trente-deux s’imprime parfois en deux exem-
plaires sur la même feuille, comme l’in-seize. On
procède alors comme nous l’avons dit pour ce der-
nier.

10° In-trente-six.[modifier]

En regardant une feuille in-trente-six, bien éten-
due sur la table dans sa longueur, c’est-à-dire la ligne
des pointures à gauche et perpendiculaire au bord de
la table qu’on a devant soi, la première signature à
gauche en haut, et la troisième à droite en bas, l’une
et l’autre à découvert, on s’aperçoit qu’elle est divi-
sée en trois bandes égales : 1° par la ligne des poin-
tures à gauche ; 2° par des traits imprimés qui indi-
quent une ligne parallèle à celle des pointures vers
la droite.
Cette imposition indique qu’on doit former trois
bandes de chaque feuille. Pour cela, on plie d’abord
selon la ligne parallèle à celle des pointures, et l’on
coupe ; ensuite on plie selon la ligne des pointures et


36 PLIAGE.

l’on coupe une seconde fois. Alors chaque bande pré-
sente autant de feuillets que la feuille entière
in-douze, dont quatre sont séparés des huit autres
par un trait imprimé au milieu des marges. On plie
chaque bande de la même manière qu’on plie la
feuille in-douze, c’est-à-dire qu’on coupe d’abord le
feuilleton, qu’on plie la signature en dehors, pour en
former un petit cahier qu’on met à part ; ensuite on
plie le restant qui forme le gros cahier, la signature
en dehors.
Si les signatures indiquent, comme nous l’avons
fait observer pour l’in-douze, que le feuilleton doit
être encarté, on l’encarte, sinon on place le feuilleton
au-dessus du gros cahier, ainsi qu’on la vu dans la
manière de plier l’in-douze.
On voit que la feuille in-trente-six n’est autre chose
que la feuille in-douze répétée trois fois dans la
même feuille ; on la divise en trois bandes, qui sont
considérées chacune comme une feuille in-douze, et
qu’on plie comme cette dernière.
Si l’on examine avec attention l’in-trente-six, on
verra que de la manière dont on coupe la feuille en
bandes, on réduit chaque bande à un nombre de
feuillets ou de pages égal à celui que présente la
feuille in-octavo, qu’on plie comme ce dernier, et dont
on fait autant de cahiers que donne le quotient de la
division du nombre 32 par 8, si l’on compte par
feuillets ; ou bien si l’on compte par pages, du nom-
bre 64 par 16, et ce quotient, dans les deux cas, est
toujours 4. Pour l’in-trente-six, il en est de même,
chaque feuille de ce format a 72 pages, divisez ce
nombre par 24, qui est le nombre des pages de l’in-
douze, vous aurez pour quotient 3.
C’est donc trois bandes qu’on doit faire de chaque
PLIAGE. 37
feuille, et comme le diviseur a été 24, le nombre de pages
de l’in-douze, on doit couper le feuilleton et plier
comme l’in-douze.

11° Formats plus petits que l’in-trente-six.[modifier]

La règle dont l’exposition termine le paragraphe
précédent, est générale, et nous pourrions nous dis-
penser de parler de quelques formats peu usités, mais
nous sommes bien aise, afin de rendre cet ouvrage
plus complet, de donner deux exemples qui mettront
l’ouvrier en état de résoudre facilement toutes les dif-
ficultés qui pourraient se présenter.
Tous les formats au-dessus de l’in-trente-six ont un
plus grand nombre de pages que ce dernier ; mais ce
nombre de pages est toujours divisible par 16 ou par
24, et le quotient donne toujours le nombre de cahiers,
et par conséquent celui des bandes qu’il faut former
dans chaque demi-feuille ; car ces formats s’impri-
ment toujours par demi-feuilles, soit que chaque
demi-feuille appartienne à un exemplaire particulier,
soit que les deux demi-feuilles appartiennent au même
exemplaire.
Ainsi, dans l’in-soixante-quatre, 64 feuillets don-
nent 128 pages divisibles exactement par 16, et l’on
a 8 pour quotient. Divisant d’abord la feuille en deux,
selon la ligne des pointures, puis chaque demi-feuille
en quatre, suivant les lignes imprimées, parallèles et
perpendiculaires à la ligne des pointures, on obtient
quatre petites feuilles pour chaque demi-feuille, ce
qui fait huit pour la feuille entière. On plie chacune
de ces petites feuilles comme l’in-octavo, la signature
en dessus, et l’on a huit cahiers égaux pour chaque
feuille, lesquels portent chacun une signature parti-
culière.
      Relieur                        3



38 BROCHAGE.

Il en est de même de l’in-soixante-douze. En effet,
72 feuillets donnent 144 pages, divisibles exactement
par 24, nombre de pages de l’in-douze, et l’on a 6 au
quotient. On divise chaque demi-feuille en trois ban-
des, suivant les lignes qu’indiquent les traits impri-
més, puis on sépare le petit cahier, désigné sur cha-
cune par d’autres traits également imprimés. On plie
le petit cahier et le gros cahier comme nous l’avons
indiqué pour l’in-douze, et l’on encarte ou n’encarte
pas le petit cahier, suivant que l’indiquent les signa-
tures.

CHAPITRE V. Brochage.[modifier]

Comme nous l’avons dit, brocher un livre, c’est
en disposer les feuilles dans un ordre convenable
pour que la lecture n’en puisse éprouver aucune in-
terruption, aucune lacune ; puis les empêcher de se
séparer en les réunissant par quelques points de
couture ; enfin, autant pour compléter leur réunion
que pour garantir le livre de la poussière, coller par
dessus une couverture en papier de couleur.
Il est évident qu’avant de passer entre les mains
du brocheur, les feuilles ont été assemblées et
pliées.

§ 1. -- COLLATIONNEMENT.[modifier]

Le premier travail du brocheur doit consister à
vérifier :
1° Si toutes les feuilles sont placées les unes sur


BROCHAGE. 39
les autres, dans d’ordre voulu par la signature et les
réclames ;
2° Si toutes les feuilles appartiennent au même vo-

lume et au même ouvrage.

Cette double vérification, ou COLLATIONNEMENT, se
fait très-facilement et très-vite, car la signature doit se
trouver au bas de la première page de chaque feuille.
Si elle ne s’y trouvait pas, sur une ou plusieurs
feuilles, cela prouverait que ces feuilles ont été mal
pliées ; on les plierait de nouveau, et, de plus, on les
placerait dans l’ordre convenable si elles n’y étaient
pas. Pour effectuer ce travail, on prend de la main
droite, et par l’angle supérieur du côté opposé au dos,
les feuilles qui doivent composer le volume, puis de
la main gauche, on les ouvre du côté du dos, en les
soulevant assez pour pouvoir lire la signature et
commençant par la première ; on laisse aller succes-
sivement les feuilles l’une après l’autre et, en même
temps, on lit les signatures dans d’ordre naturel al-
phabétique ou numéral 1, 2, 3, 4, 5, 6, etc., jusqu’à
la dernière.

§ 2. -- TRAVAIL DU BROCHEUR.[modifier]

Ce sont des femmes, appelées brocheuses, qui sont
chargées ordinairement de la vérification et de la cou-
ture.
Les feuilles du volume étant vérifiées, l’ouvrière
les pose en tas, la première en dessus, sur la table
devant laquelle elle est assise, mais à sa gauche. Aus-
sitôt après, elle prend, de la main gauche, cette pre-
mière feuille, la couvre d’une garde, et la renverse
sur la table, c’est-à-dire de manière que la garde tou-
che la table et que la première page de la feuille se
trouve immédiatement au-dessus d’elle.

40 BROCHAGE.

On appelle garde un feuillet de papier un peu plus
large que le format d’un livre, et que l’on replie dans
toute sa longueur d’une quantité moindre que la lar-
geur de la marge intérieure, afin qu’elle ne couvre
pas l’impression. Ce feuillet est indispensable pour
faire adhérer solidement au volume la feuille de
papier de couleur qui doit servir de couverture,
comme on le verra plus loin. On place un feuillet
semblable sur la dernière feuille, pour la même rai-
son.
Pour faire la couture, la brocheuse se sert d’une
grande aiguille courbe, qu’elle charge d’une longue
aiguillée de fil. Après avoir percé la feuille de dehors
en dedans, au tiers environ de sa longueur, elle tire
le fil en en laissant déborder environ 5 centimètres.
Aussitôt après, elle fait un second point au-dessous,
à une distance de 3 à 5 centimètres du premier, selon
la grandeur du format, mais de dedans en dehors, et
tire le fil en dehors, sans déranger le bout qui passe.
Alors elle pose la seconde feuille sur la première, en
la retournant sens dessus dessous comme elle a fait
pour celle-ci, en ayant soin qu’elles concordent bien
toutes les deux par la tête. Les deux feuilles étant
ainsi disposées, l’ouvrière pique son aiguille, d’a-
bord de dehors en dedans, dans la seconde, vis-à-vis
du trou inférieur de la première, puis, de dedans en
dehors, vis-à-vis du trou qu’elle vient de faire. Enfin,
elle tend le fil et le noue solidement avec le bout
qu’elle a laissé déborder en commençant.
Les deux premières feuilles étant ainsi bien liées,
la brocheuse pose la troisième sur la seconde, de la
même manière que ci-dessus, et les faisant toujours
bien concorder par la tête. Elle fait ses deux points
comme pour la première feuille, et vis-à-vis des trous


BROCHAGE. 41
percés dans les deux premières, afin que la couture
soit bien perpendiculaire sur la table, et non en
zigzag.
Après avoir tendu son fil, l’ouvrière ne coud la
quatrième feuille qu’après avoir passé son aiguille
entre le point qui lie la première avec la seconde,
afin de lier celle-ci avec les feuilles précédentes. Par
ce moyen, il se forme un entrelacement que les bro-
cheuses appellent chaînette, et qui donne de la soli-
dité à l’ouvrage.
Le travail se continue ainsi jusqu’à ce qu’on soit
arrivé à la dernière feuille. On ajoute à cette feuille
une garde semblable à celle qu’on a mise sur la pre-
mière, mais on la place en sens inverse.
Quand la couture est terminée, on passe avec un
pinceau une première couche de colle de pâte sur le
dos du volume. On en fait autant sur le papier de
couleur destiné à former la couverture. Enfin, on
donne une seconde couche sur le dos du volume. Po-
sant alors à plat le dos de ce dernier sur le milieu de
la couverture, encollée comme il vient d’être dit, on
relève les deux côtés de cette couverture sur les gardes
sans l’y appliquer bien fortement mais on appuie
avec force sur le dos pour faire coller le papier au-
tant que possible.
Le collage de la couverture est presque toujours
exécuté par des hommes. Quand elle est mise en
place ainsi qu’il vient d’être dit, l’ouvrier pose le livre
à plat sur la table, la tranche de son côté, et il tire
vers lui la couverture avec les doigts, afin de la bien
tendre sur le dos et sur les gardes, sans qu’elle fasse
des plis. Il retourne ensuite le livre pour opérer de
même sur l’autre côté. Enfin, il le fait sécher à l’air
libre et sans le mettre à la presse ; car il importe pour


42 BROCHAGE.

la venue de laisser au volume le plus d’épaisseur qu’il
peut avoir, surtout lorsqu’il est mince.
Aussitôt qu’un volume est achevé, on passe à un
second volume, qu’on place sur le premier, et ainsi
de suite. Cette pression suffit pour empêcher les cou-
vertures de se déformer pendant la dessiccation ; on
met un poids sur le tas, afin que les livres prennent
une belle forme.
Quand le volume est sec, la brocheuse ébarbe, avec
de gros ciseaux à longues lames, ou avec des cisail-
les, les bords des feuilles qui dépassent les plis des
feuilles intérieures, pour donner plus de grâce à son
ouvrage ; et le brochage est terminé.
Nous avons dit que la brocheuse mettait d’abord
dans son aiguille une longue aiguillée de fil ; ceci
exige une explication : la longueur est d’environ
1m.20 ; elle serait embarrassante si on la faisait plus
longue, et ne serait pas suffisante, même pour un vo-
lume d’une médiocre étendue. Lorsque son aiguillée
est au moment de finir, la brocheuse en reprend une
seconde, qu’elle noue à l’extrémité de la première, en
faisant attention que le nœud se trouve dans l’in-
térieur du volume. On emploie le nœud de tisse-
rand.
--------------
Quand le brochage a été fait avec soin, qu’on a em-
ployé de la colle de bonne qualité, et que le papier de
la couverture a été choisi très-solide, le livre peut
être impunément feuilleté pendant fort longtemps,
sans qu’il ait besoin d’être relié. On obtient beaucoup
mieux ce résultat en cousant les feuilles sur plusieurs
ficelles, noyées dans des grecques ; c’est-à-dire de la
même manière que dans la reliure, puis remplaçant
la colle do pâte par de la colle forte de bonne gualité.


BROCHAGE. 43
Nous avons vu des ouvrages anglais brochés d’après
ce système, qui ont supporté, pendant plusieurs
mois, sans en être autrement détériorés, des fati-
gues excessives qui les auraient mis en pièces dès
les premières heures, si leur brochage avait été
exécuté comme à l’ordinaire.
Dans certains pays, en Allemagne surtout, on a
adopté, pour les ouvrages périodiques notamment,
un mode de brochage excessivement simple, mais
tout à fait défectueux. On ne coud pas les cahiers,
on se contente de les assembler, de les battre, de les
mettre dans une presse, d’en enduire le dos de colle
forte et d’y appliquer la couverture sans gardes. Le
livre se maintient bien tant qu’il n’est pas coupé,
mais aussitôt qu’on coupe les feuilles, toutes celles
de l’intérieur qui n’ont pas reçu de colle se détachent
et ne tiennent plus à rien. Outre cet inconvénient
pour un ouvrage usuel, on est obligé, quand on veut
relier, d’enlever, à grande peine, cette colle sèche, au
détriment des feuilles qui l’ont reçue et de la soli-
dité de la reliure.

§ 3. -- BROCHAGE MÉCANIQUE.[modifier]

Le brochage des livres semble à première vue une
industrie presque impossible à soustraire au travail
manuel. Il n’en est rien cependant, et il existe des
machines dont les unes plient et cousent tout à la
fois, tandis que les autres ne font qu’une seule de ces
opérations. Il y a donc des machines à plier, des
machines à coudre et des machines à plier et à
coudre ; ces dernières sont de véritables brocheuses
mécaniques, puisqu’elles font tout ce que fait l’ou-
vrière.


44 BROCHAGE.

1. Machines à plier.[modifier]

Ces machines sont généralement établies pour plier
des formats déterminés ; mais elles peuvent, avec les
modifications convenables, être également employées
pour d’autres formats. Tel est notamment le cas de
la plieuse de Black, d’Edimbourg, dont nous allons
donner une description succincte, d’après le Techno-
logiste.
« Les figures 3 à 8, planche première, sont destinées
à donner une idée de la disposition générale et des
organes essentiels de cette machine.
« La figure 3 en représente une élévation, vue par
l’extrémité qui porte les pièces mécaniques.
« La figure 4 en est une autre élévation, vue sur
un des côtés.
« La figure 5 en est un plan.
« A,A est une boîte qui constitue le bâti de la ma-
chine ; B, une plaque en métal qui en forme une des
parois extrêmes et sert de base et d’appui à toutes les
pièces mobiles qui s’y trouvent attachées ; C,C, l’ar-
bre principal qui a ses points d’appui sur les potences
D,D et qui, quand on le fait tourner, imprime le
mouvement aux plioirs et aux rouleaux de la manière
qui sera expliquée plus loin.
« E est le premier plioir qui a son axe sur les con-
soles F,F. On a représenté séparément ce plioir et ses
pièces accessoires dans la figure 6. Sur les consoles
F,F sont fixés des ressorts en spirale G,G, qui sont
tournés autour de l’axe du plioir et disposés de ma-
nière à avoir une tendance à maintenir sa lame rele-
vée dans la position où elle est représentée dans les
figures 3, 4 et 5. H est un bras de levier fixe sur l’ar-
bre principal et placé immédiatement à l’opposé du


BROCHAGE. 45
plioir E, de façon que quand cet arbre tourne, il
vient frapper le petit bras J de ce plioir et lui fait
prendre tout à coup la position indiquée en pointillé
dans la figure 4. L’extrémité du petit bras J est mu-
nie d’un galet afin de permettre aux deux pièces H
et J de glisser librement l’une sur l’autre.
« Le mouvement du plioir E qu’on vient d’expli-
quer produit le même pli de la feuille de papier, c’est-
à-dire que ses deux moitiés sont rapprochées et re-
pliées sur l’autre à l’aide des dispositions suivantes.
« Dans le haut de la boîte A et immédiatement au-
dessous de la lame du plioir, il existe une fente
oblongue K, K qui, au moyen de cloisons latérales,
se prolonge jusque près du fond, de manière à for-
mer une chambre à peu près de la même profondeur
et de la même longueur à l’intérieur que cette boîte,
mais n’ayant que 7 millimètres de largeur.
« Le papier qu’on veut plier est placé sur la face
supérieure de cette fente et sous le plioir E avec la
ligne de pointures ou celle suivant laquelle il doit
être plié sous la lame du plioir, et par conséquent
sur la fente K, K, position dans laquelle il est main-
tenu, pendant l’intervalle de temps qui s’écoule entre
l’instant où l’ouvrier l’abandonne et celui où le plioir
s’abaisse, par deux appareils à pointe fine L, L qui
s’élèvent d’un peu plus d’un millimètre et demi au-
dessus de la surface de la boîte et sur lesquels le pa-
pier est légèrement pressé avec le doigt de l’ouvrier
chargé d’alimenter la machine de feuilles.
« Ces deux appareils à pointe L, L se trouvent re-
liés à des leviers M, M, qui ont leurs centres de mou-
vement établis sur les parois latérales de la boîte.
Les extrémités extérieures ou libres de ces leviers
sont chargées de contre-poids N, N qui servent à les
3.


46 BROCHAGE.

maintenir abaissés sur l’arbre principal sur lequel
ils reposent, et à faire conserver aux pointes L, L leur
position en saillie à la surface de la boîte A.
« Supposons qu’on place une feuille de papier dans
la position qui a été indiquée et que l’arbre princi-
pal soit en mouvement ; du moment que le plioir E
s’abaisse sur le papier afin de le saisir, alors les
deux excentriques 0, 0, placés sur l’arbre principal
et immédiatement sous les extrémités des leviers
M,M, relèvent ces extrémités et par conséquent font
descendre au-dessous de la surface supérieure ou ta-
ble de la boîte la portion en saillie des pointes L, L
qui par suite abandonnent le papier qu’elles mainte-
naient.
« En cet état, la descente du plioir qui entre en ac-
tion, contraint la feuille de pénétrer en se repliant
moitié sur moitié dans la fente à l’intérieur de la
boîte, puis au moment où le bras de levier H sur
l’arbre principal cesse d’être en prise avec le bras J à
l’extrémité du plioir, les ressorts en spirale G, G font
remonter le plioir à sa première position en aban-
donnant la feuille de papier dans la fente de la boîte ;
alors le premier pli étant terminé, les excentriques
0, 0 ayant dépassé aussi les bouts des leviers M, M,
les contre-poids N, N font relever les pointes L, L
au-dessus de la table de la boîte, toutes prêtes à re-
cevoir une autre feuille.
« P est un arrêt à ressort ou un tampon qui sert à
balancer le mouvement trop vif qui se produirait par
l’élévation subite du plioir E sous l’action des res-
sorts montés sur son axe. Ce plioir ne doit s’élever
ou s’abaisser qu’avec douceur, de manière à faire pé-
nétrer la feuille dans la fente et à en sortir lui-même
librement ; seulement on a remarqué que lorsque le


BROCHAGE. 47
plioir était dentelé sur le bord à peu près comme la
lame d’une scie fine, le pliage s’effectuait d’une manière
bien plus exacte que lorsqu’il était tout-à-fait uni.
« La denture empêche la feuille de glisser, non-
seulement horizontalement sur la lame, mais encore
transversalement ; or, un glissement de quelques mil-
limètres qui aurait lieu suivant l’une ou l’autre direc-
tion pendant le pliage, rendrait cette opération dé-
fectueuse soit pour la brochure ou la reliure, soit
pour le pliage des journaux.
« On pourrait aussi avoir recours, pour assurer le
registre exact des feuilles, à d’autres moyens que ce-
lui de l’emploi des pointes L, L, par exemple à des
lignes placées en saillie sur la table de la boîte, sur
les côtés du plioir et parallèles avec lui, mais tous
ces moyens sont faciles à imaginer.
« Jusqu’à présent on n’a encore formé qu’un pli, et
la feuille est toujours dans la chambre étroite de la
boîte dans laquelle elle a été introduite par la fente
K, K. Il s’agit de la plier une seconde fois. R, R, sont
des couples de roues d’angle, les unes calées sur l’ar-
bre principal, les autres sur un arbre vertical Q, et
qui servent à rendre synchrones les mouvements de
ces deux arbres. R2 est une barre à faces parallèles
qui glisse dans les colliers S, S et se relie par une
articulation T au second plioir U, ainsi qu’on le voit
dans la figure 6, et séparément avec les pièces qui
en dépendent dans la figure 7. V est un bras fixé
sur l’arbre vertical Q et qui, lorsque celui-ci tourne,
vient frapper un autre bras W attaché à la barre R2,
la chasse en avant en la faisant avancer de la droite
à la gauche de la machine, ce qui met en action le
second plioir et le fait marcher d’un quart de cercle
vers la droite.


48 BROCHAGE.

« Le mouvement de ce plioir fait pénétrer la feuille
de la chambre étroite, où elle était, dans une autre
chambre étroite semblable, et horizontale, formée sur
un des côtés de la première. Aussitôt que le bras V
cesse d’être en prise avec le bras W, la barre R2 et
le plioir sont ramenés à leur première position par
les ressorts en spirale X, X, et ce second pli terminé,
la feuille est alors pliée en quatre ; le plioir étant ra-
mené à son tour, la feuille reste dans la seconde cham-
bre étroite perpendiculaire à la première.
« La figure 8 est une vue détachée du troisième
plioir a ; il a son axe ou ses appuis en b, b et se re-
lie par une articulation c à une barre à faces parallè-
les d qui glisse de haut en bas dans les guides e, e. f
est un bras du levier fixé sur l’arbre principal C et
qui, lorsque celui-ci tourne, vient frapper contre le
mentonnet g fixé sur la barre d, relève celle-ci, qui,
par l’intervention de l’articulation c, fait marcher le
plioir de haut en bas dans l’étendue d’un quart de
cercle, de manière que la feuille, déjà pliée en quatre
dans la seconde chambre étroite entre et pénètre
dans une troisième chambre étroite, formée sur une
des parois de la seconde. L’abattage de ce troisième
plioir a amène la feuille pliée trois fois ou en huit
feuillets entre la première paire de rouleaux h, h, que
font tourner constamment deux roues d’angle i, i,
qui ont des diamètres différents, de manière à pou-
voir augmenter la vitesse des rouleaux et débarras-
ser plus promptement la machine du papier qui la
traverse.
« Le mouvement est communiqué au premier rou-
leau h’ sur l’axe duquel est placée une des roues
d’angle, aux autres rouleaux, simplement par le frot-
tement au contact des surfaces. Les deux rouleaux


BROCHAGE. 49
extérieurs sont recouverts de drap et pressés forte-
ment l’un sur l’autre à l’aide de deux vis de ca-
lage k, k, tandis que ceux du couple intérieur sont
maintenus à distance et sans se toucher. Au moyen
de cette disposition, le couple intérieur saisit la
feuille pliée sans pincer le plioir, et la transmet au
couple extérieur où elle est plus ou moins pressée
suivant que l’exige la nature du travail. Aussitôt que
le bras f abandonne le mentonnet g, la barre d et le
plioir a reviennent par l’effet du contre-poids d' à
leur première position.
« Pendant l’intervalle de temps ou les différents
plis ont été effectués, une autre feuille est placée sur
la machine par l’ouvrier, et c’est de cette manière
que le pliage des feuilles se poursuit sans interrup-
tion, un seul ouvrier pouvant alimenter la machine
au taux variable de un mille à deux mille feuilles
par heure.
« On peut faire tourner l’arbre principal de la ma-
chine à la main ou par une force mécanique.
« Dans la marche qu’on vient de décrire, toutes les
pièces qui effectuent les mouvements du premier et
du second pliage sont fixes et exigent rarement qu’on
les ajuste une fois qu’elles ont été mises en place ;
mais le troisième plioir et les pièces qui le mettent
immédiatement en action sont assemblés sur une
plaque mobile l qui glisse dans deux guides m, m, et
qu’on fait marcher à l’aide d’une vis et d’une mani-
velle n, de manière à faire avancer le plioir, les rou-
leaux, etc., vers la droite ou vers la gauche et régler
ainsi la position de ce plioir, suivant la marge ou
autre indication quelconque du papier qu’on veut
plier.
« Au lieu de faire relever la lame ou plioir E qui


50 BROCHAGE.

sert à donner le premier pli ou à plier le papier en
deux par des ressorts pour l’amener dans une posi-
tion haute toute prête à mettre une feuille dessous,
on peut attacher un contre-poids au bras court J, ce
qui produira le même effet que les ressorts. Le re-
tour du second plioir peut aussi s’opérer avec une
bande de caoutchouc vulcanisé ou tout autre ressort
propre à remplacer le ressort en spirale indiqué dans
les figures. »
-----------
Une autre machine anglaise, construite par Bir-
chall, qui l’envoya à l’exposition de Londres de 1851,
a longtemps servi à plier les feuilles de l'Illustrated
London news. Dans cette machine, chaque pli est
formé par une lame ou plioir en mouvement alterna-
tif qui commence à plier le papier, et aussi par une
couple de rouleaux qui complètent le pli. La feuille
qu’il s’agit de plier est déposée sous le plioir alter-
natif qui, en descendant, la fait fléchir au milieu, rap-
proche ses deux moitiés et fait pénétrer le pli
entre une couple de rouleaux horizontaux et tour-
nants. Ces rouleaux la font descendre entre deux sé-
ries de rubans sans fin et en position convenable
pour être saisie par un second plioir et une seconde
couple de rouleaux qui lui donnent un pli à angle
droit avec le premier. Le troisième pli se forme de la
même manière.
D’autres machines analogues ont figuré aux diffé-
rentes expositions universelles ; mais nous ne sa-
chions pas qu’aucune ait eu un succès pratique du-
rable. Celles dont on a essayé de tirer parti n’ont
guère pu être utilisées que par des éditeurs de jour-
naux.



BROCHAGE. 51

2. machines à coudre.

Ces machines sont assez nombreuses. Il en sera
question au chapitre relatif à la Reliure mécanique.

3. Brocheuses mécaniques.[modifier]

Nous avons dit que ces machines plient et cousent.
La plus ingénieuse est probablement celle de Sulzberg
et Graf, de Frauenfeld, en Suisse, qu’on a vue à Lon-
dres en 1862.
« Par les moyens ordinaires de pliage et de bro-
chage, une ouvrière habile, travaillant dix heures par
jour, ne peut plier plus de 5,000 feuilles, et le même
temps lui est nécessaire pour le brochage de ce même
nombre de feuilles ; de sorte qu’en somme c’est 2,500
feuilles qu’elle peut plier et brocher par jour.
« Au moyen de la machine en question, desservie
par deux jeunes garçons, dont l’un donne le mouve-
ment et dont l’autre alimente de feuilles à ployer, on
arrive à plier et brocher, dans une journée, avec la
plus grande exactitude, environ 10,000 feuilles.
« Cette machine est indiquée par les figures 9, 10 et
11, planche première.
« La figure 9 en est une vue en élévation, du côté
de la transmission de mouvement ; la figure 10, une
vue de face ; et la figure 11, un plan ou section hori-
zontale faite à la hauteur de la ligne 1-2 de la fi-
gure 9.
« Elle se compose d’un bâti en fonte composé de
deux flasques verticales A A, assemblées par des en-
tretoises et des cintres de même métal et une table
intermédiaire B. Au-dessus de cette première table est
montée une table supérieure A’ A’ se raccordant avec
la première par les montants extrêmes C C, et par deux


52 BROCHAGE.

montants intérieurs D, D, lesquels présentent une ou-
verture étroite verticale d pour le passage d’un cou-
teau de pliage.
« La table supérieure A’ A’ est percée d’une ouver-
ture longitudinale qui permet aussi le passage d’un se-
cond couteau de pliage. Ces deux couteaux manœu-
vrent dans des sens perpendiculaires.
« Enfin, après cette double opération, la feuille est
amenée en regard et parallèlement à l’axe de deux
cylindres, où elle reçoit l’action d’un troisième cou-
teau qui achève la triple opération du pliage.
« Le premier couteau I, disposé au-dessus de la
table A’, agit verticalement en descendant. A cet
effet, il est monté sur une douille g fixée par deux
écrous sur une tige verticale I’ qui traverse des
guides i.
« Cette tige, qui transmet le mouvement au couteau
supérieur I, est reliée, d’une part, par une corde pas-
sant sur une poulie g’, à un ressort à boudin b fixé
en un point du bâti, et, d’autre part, par une chaine b'
qui s’enroule sur une poulie c, dont l’axe porte une
roue dentée e.
« L’axe de cette roue porte un petit levier o qui
appuie sur un ressort fixé au bâti ; ce levier empêche
que la poulie ne cède au mouvement du ressort b qui
tend à la faire tourner.
« On comprend déjà qu’un mouvement imprimé à
la roue dentée e puisse faire enrouler la chaîne b’ sur
la poulie c, et transmettre un mouvement vertical de
descente au couteau I, qui se relèvera ensuite sous
l’effort du ressort b. Pour qu’il puisse opérer sa des-
cente, la table A’ est percée d’une ouverture convena-
ble dans laquelle il s’engage et qui a pour objet aussi
de maintenir verticale la feuille soumise à un pre-


BROCHAGE. 53
mier pliage, afin qu’elle puisse recevoir l’action du
deuxième couteau vertical I2.
« Ce couteau est monté sur une crémaillère hori-
zontale F se manœuvrant dans les coulisses de la
table B. Cette crémaillère est actionnée par une roue
f, dentée seulement sur une certaine partie de sa cir-
conférence, afin que ses dents n’engrènent que pour
faire avancer la crémaillère de gauche à droite et que
celle-ci puisse revenir ensuite de droite à gauche,
sous l’action du ressort à boudin h, réuni à la cré-
maillère par une corde passant sur la poulie f. Le
deuxième couteau est guidé dans son mouvement de
va-et-vient par une rainure d ménagée dans l’épais-
seur des montants D.
« Derrière ces montants sont disposés deux cylin-
dres m et m’, garnis de feutre, qui sont animés d’un
mouvement de rotation au moyen de roues dentées
calées sur leurs axes, et qui reçoivent le mouvement
des organes de la machine, ainsi que les roues f et e,
comme on le verra ci-après.
" La roue f porte d’ailleurs, à sa circonférence,
une rainure qui permet le passage de la crémaillère,
afin que celle-ci puisse se mouvoir sans entraîner
cette roue. La feuille, après son deuxième pliage,
vient s’appliquer contre les cylindres m et m’ et pa-
rallèlement à leurs axes, pour être soumise à l’action
du troisième couteau I2 monté, à la hauteur de la
jonction des cylindres m et m’, sur une pièce hori-
zontale glissant dans des coulisses.
« Cette pièce est munie d’un goujon sur lequel agit
un excentrique calé sur un arbre vertical aussi ac-
tionné par les organes de la machine. Un ressort à
boudin h enveloppe la tête du guide du troisième cou-
teau et le sollicite toujours à revenir en arrière,


54 BROCHAGE.

après qu’il a été poussé en avant pour opérer le troi-
sième pliage de la feuille s’engageant alors sous le
cylindre qui accuse en définitive les pliures.
« Les divers mouvements pour la manœuvre de ces
couteaux s’opèrent ainsi :
« Sur un arbre r est calé un volant l et un pignon
k qui transmet son mouvement à une roue q calée sur
un axe v v dont les extrémités portent des secteurs
dentés q1 et q2, qui engrènent avec les roues e, p
et x.
« Le secteur denté q’ donne le mouvement à la roue
e ; la chaine b s’enroule alors sur la poulie c et tirant
à elle la tige à laquelle est fixé le couteau I, pour opé-
rer la première pliure ; le secteur quittant la roue e,
le ressort b agit, soulève le couteau, et, à bout de
course, le petit levier o maintient l’arrêt de la roue e.
« Après la manœuvre du secteur q1, c’est le sec-
teur q2 qui agit pour donner le mouvement à la roue
p, et, par suite, à celle f, qui actionne la crémaillère
F munie du deuxième couteau I2. L’action de ce cou-
teau a lieu verticalement en avançant de gauche à
droite (fig. 1), et son retour en sens inverse par l’in-
fluence du ressort h.
« Le troisième couteau est actionné par la roue x,
qui donne le mouvement à une paire de roues d’an-
gle r’ ; l’une d’elles est montée sur l’axe vertical t,
muni de l’excentrique y, qui agit sur le goujon de
tête de la glissière munie du troisième couteau, glis-
sière également soumise à l’action du ressort n, qui
en opère le retrait et, par conséquent, celui du cou-
teau I2.
« La roue x porte sur son axe le double système
des roues coniques z et z2 disposées comme la roue
f, qui actionne la crémaillère F, c’est-à-dire accusant


BROCHAGE. 55
L’absence d’une partie de la denture pour en permet-
tre le dégagement sous l’influence des ressorts ac-
tionnant les arbres qui en reçoivent le mouvement.
La première engrène avec la roue w ; elle porte un
creux interrompant les dents pour que son axe
puisse faire un quart de tour sans entraîner la roue
w. L’axe de cette roue porte à son extrémité une
roue z2 qui, là, aide des roues v1 et v2, donne le mou-
vement aux cylindres m et m’.
« Sur l’axe t, au-dessus de la plaque B, sont calés
trois excentriques y, y1, y2, dans différentes positions
les uns par rapport aux autres. Ces excentriques ont
pour objet de faire mouvoir tour à tour :
« 1_ Un guide o, à l’angle duquel sont placées les
aiguilles qui doivent assembler les feuilles par des
brins de fils ;
« 2_ Le guide o2 qui porte le couteau I2 ;
« 3_ Le guide o3 portant la filiere x1, qui doit four-
nir le fil alimentaire pour le brochage.
« Avant que la feuille ait reçu le troisième pliage,
elle est brochée, ce qui a lieu de la manière suivante :
« En actionnant le volant l, le segment q2 donne le
mouvement à la roue x et opère, par suite, les mou-
vements qui en dérivent.
« A la première demi-révolution de cette roue et de
l’axe qui la porte, l’axe vertical t opère une révolu-
tion entière en communiquant ce mouvement aux
trois excentriques y, y1 et y2.
« L’excentrique y atteint d’abord le point le plus
élevé, et les aiguilles, qui ont été munies d’un bout de
fil et disposées horizontalement dans un guide o,
au-dessous de celui qui actionne le troisième cou-
teau, traversent la feuille en entrainant les extrémités
du fil.



56 BROCHAGE.

« Cette opération a lieu un peu avant l’action du
couteau I2, qui vient ensuite ; dans le retour de son
guide, les aiguilles reviennent, mais le fil reste en
arrière, l’excentrique y2 fait avancer la filière x’ vers
une paire de ciseaux s1, disposés pour s’ouvrir sous
l’action des ressorts. Un anneau dont le mouvement
s’opère par l’action de l’excentrique, ferme ces ci-
seaux, et le fil est coupé ; la filière revient alors en
arrière, sollicitée par un contre-poids s2, dont la
chaîne passe sur une poulie pour se rattacher aux
guides de la filière x1.
« Les bouts de fil qui dépassent la pliure se col-
lent dans l’assemblage général d’un certain nombre
de feuilles. »
En résumé, à mesure qu’elles sont pliées, piquées
et satinées, les feuilles tombent dans une boîte, après
quoi on les réunit en volume, au moyen d’un peu de
colle-forte, qui colle sur le dos toutes les extrémités
de fils qui sortent de chacune d’elles. Il ne reste plus,
après le séchage, qu’à appliquer la couverture. On
obtient ainsi une brochure d’une apparence satisfai-
sante, mais qui est loin d’être aussi solide que celle
que donne le procédé ordinaire, où toutes les feuilles
sont cousues avec le même fil.
----------------
MM. Koch et Cie de Leipzig, sont également inven-
teurs d’une machine à plier, piquer et mettre en
presse les brochures et les livres peu épais, et
comme cette machine ressemble, dans beaucoup de
ses détails, à celle de MM. Sulsberg et Graf, nous
n’en ferons pas une description aussi étendue que
pour la précédente.
" Cette brocheuse, qui est représentée en perspec-


BROCHAGE. 57
tive dans la figure 12, même planche, est construite
entièrement en fer et plie environ 1,000 feuilles à
l’heure, les pique et les met en presse, est établie sur
deux modèles, l’un pour être manœuvré à la main,
l’autre par une force mécanique.
" La machine à plier se compose principalement de
deux flasques A, A montées et retenues par des bou-
lons et des écrous sur un patin robuste et rectangu-
laire B. C’est sur les traverses supérieures C qui
complètent et relient les flasques entre elles que sont
établis les divers appuis des excentriques, des engre-
nages, etc. Les traverses moyennes D, D portent la
table de pliage ainsi que les organes pour le piquage
et la pression.
« Voici maintenant comment s’opèrent le pliage,
le piquage et la pression.
« L’ouvrier qui fait le service de la machine place
la poignée de papier qu’il s’agit de travailler sur la
table a, qui, pour plus de commodité, peut être rele-
vée ou abaissée au moyen d’une vis b. Il pousse en-
suite une à une les feuilles de la table a sur la table
c, et si ce sont des journaux, peu importe que le pli
soit opéré plus ou moins exactement, tandis que si
ce sont des livres, surtout quand ils ont quelque va-
leur, il est indispensable que ce pli s’exécute correc-
tement dans la pointure.
« Sur cette table c c règne une fente d, dans laquelle
se meut en va-et-vient, par l’entremise de l’excentri-
que f, un couteau mousse ou plioir e qui descend
sur la feuille en la pliant en deux jusqu’à la hauteur
des traverses D. Arrivée en ce point, un second plioir
à direction normale avec le premier, se meut entre
les guides g, g, h, h, en pliant une seconde fois la
feuille en deux. Le troisième plioir se meut d’avant


58 BROCHAGE.

en arrière dans les guides i, i et amène la feuille ainsi
pliée sur le cousoir ou appareil de piqure K ; un fil
déroule sur une petite navette et enfilé sur deux ai-
guilles, est tiré, coupé par des ciseaux, puis saisi par
des cylindres qui le font passer à travers la brochure,
laquelle tombe en n pliée, piquée et pressée.
« Un ouvrier peu exercé peut plier, piquer et pres-
ser ainsi avec facilité 1,000 feuilles par heure, et un
ouvrier habile faire passer 1480 feuilles dans le même
temps.
« Lorsque la machine est commandée par la vapeur,
on n’a plus besoin du service d’un ouvrier : c’est une
pompe à air qui est chargée de poser les feuilles.
Une machine de ce modèle fournit par heure 2,800 à
3,000 feuilles très-correctement et carrément pliées,
piquées et pressées en brochures de 3, 4 et 5 feuilles. »

§ 4. -- TRAVAIL DU CARTONNEUR.[modifier]

Outre les opérations proprement dites de sa pro-
fession, le brocheur est généralement chargé, dans les
petites villes, de cartonner les livres à bas prix,
de petit format ou de moyen format, tels que les ou-
vrages scolaires ou les recueils de prières et de can-
tiques. Il prend alors le nom de cartonneur ; mais,
comme son travail n’est qu’un empiètement sur celui
du relieur, c’est à l’un des chapitres consacrés à ce
dernier que nous en parlerons.
A Paris et dans les grandes villes, le cartonneur est
un industriel, qui reçoit de l’éditeur les ouvrages en
feuilles, qui les broche et les cartonne, en papier ou en
toile, et dont les attributions s’arrêtent à l’emploi de
la peau, qui concerne exclusivement le relieur.