Manuel-Roret du relieur - PII-chap4à6

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CHAPITRE IV - Racinage et Marbrure de la Couverture.[modifier]

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Observations préliminaires.[modifier]

Le maroquin et le mouton maroquiné, le veau de
couleur et le chagrin sont naturellement laissés avec
les teintes que le teinturier en peau leur a commu-
niquées. Au contraire, la basane ordinaire est enjo-
livée de différentes manières, afin de rompre l’uni-
formité de sa nuance, qui est rarement agréable. Il
en est de même du veau non teint.
Les enjolivements se font après que la peau a été
appliquée et collée sur les volumes. Ils se compo-
sent habituellement d’imitations de marbres ou de
racines d’arbres. Quand on imite des marbres, l’opé-
ration s’appelle marbrure ; quand on imite des ra-
cines, elle prend le nom de racinage. On pourrait,
avec les précautions convenables, marbrer et raciner


228 PRÉPARATION DES PEAUX.

les papiers tout aussi bien que les peaux, mais il
est plus simple de se procurer ces derniers par la voie
du commerce.
Avant de dire comment on procède dans les cas
usuels, nous allons indiquer sommairement de quelle
manière on prépare les peaux à recevoir les enjoli-
vements, quelles sont les substances dont on a be-
soin, enfin quels sont les outils ou instruments
nécessaires pour exécuter ce travail.

§ 1. -- PRÉPARATION DES PEAUX.[modifier]

Certaines peaux, plus particulièrement les basanes,
sont plus ou moins rebelles à recevoir le racinage et
la marbrure. Une longue pratique peut seule per-
mettre de le reconnaître. Quand le cas se présente,
on peut remédier à cet inconvénient de la manière
suivante :
La veille du jour où vous devez raciner, faites une
décoction de 30 à 35 grammes de noix de galle pilée,
dans un litre d’eau tiède et ajoutez-y une pincée de
sel ammoniac, poussez le lendemain le feu jusqu’à
ce que ce bain soit au grand bouillon pendant cinq
ou six heures, puis donnez aux basanes une forte
couche de cette préparation.
Du papier qui aurait reçu une ou deux couches
tièdes de cette liqueur, pourrait être raciné ou mar-
bré comme le veau.
En général, avant de raciner ou de marbrer, la
couverture doit être légèrement encollée avec de la
colle de farine ou mieux de la colle de parchemin bien
limpide. On passe la colle également partout avec une
éponge, et l’on marbre ou racine après dessicca-
tion.


PRÉPARATION DES MATIÈRES. 229

§ 2. -- PRÉPARATION DES MATIÈRES.[modifier]

1. Couleur noire.[modifier]
On peut préparer le noir d’un grand nombre de
manières. En voici quelques-unes :
1° Faire dissoudre à chaud, du sulfate de fer (cou-
perose verte) dans de l’eau pure. La peau étant tou-
jours imprégnée de tannin et d’acide gallique dans le
procédé du tannage, l’oxyde de fer contenu dans le
sulfate se combine avec le tannin et l’acide gallique
et donne le noir.
2° Faire bouillir dans une marmite de fonte de
fer, deux litres de vinaigre avec une poignée de vieux
clous rouillés, ou 31 grammes de sulfate de fer. On
fait bouillir jusqu’à réduction d’un tiers, et l’on a bien
soin d’écumer. On conserve ce noir dans le même
vase bien bouché. Il prend de la qualité en vieiIlis-
sant. Pour l’entretenir, on verse de nouveau vinai-
gre, on fait bouillir et l’on écume.
3° Faire bouillir ensemble deux litres de bière ; deux
litres d’eau dans laquelle on a fait bouillir d’avance
de la mie de pain, pour la rendre sûre ; un kilo-
gramme de vieux fer, ou de la limaille rouillée, et un
litre de vinaigre. On écume comme au n° 2, on fait ré-
duire d’un tiers, et l’on conserve dans un vase bouché.
Tous ces noirs s’emploient à froid. Pour empêcher
que l’écume qui se forme en trempant plusieurs fois le
pinceau dans la liqueur, ne s’attache à celui-ci, on
prend un peu d’huile qu’on étend sur la main, et l’on
en frotte l’extrémité des brins du chiendent.
2. Couleur violette.[modifier]
On prend 250 grammes de bois d’Inde ou de bois
de Campêche, coupé en éclats ou effilé ; on le fait


230 PRÉPARATION DES MATIÈRES.

bouillir à grand feu dans quatre litres d’eau, on y
ajoute 31 grammes de bois de Brésil, aussi bien effilé
ou en poudre ; on fait réduire à moitié, et l’on tire à
clair. Après avoir remis ce liquide sur le feu, on y
ajoute 31 grammes d’alun en poudre ou simplement
concassé, et 3 grammes de crème de tartre ; et l’on
fait bouillir assez de temps pour que ces sels soient
dissous.
Cette couleur s’emploie à chaud.
3. Bleu chimique.[modifier]
Le procédé donné par Pœrner est tout à la fois
le plus simple et le meilleur. Il consiste à verser
dans un vaisseau de verre 125 grammes d’acide sul-
furique à 66°, et 31 grammes d’indigo finement pulvé-
risé ; à délayer peu à peu la poudre dans l’acide, de
manière à former une espèce de bouillie bien ho-
mogène ; à chauffer le tout pendant quelques heures,
soit au bain de sable, soit au bain-marie, à une
température de 30 à 38 degrés centigrades ; à laisser
refroidir, et à ajouter alors une partie de bonne po-
tasse du commerce, sèche et réduite en poudre. On
agite bien le tout, on laisse reposer vingt-quatre
heures ; et l’on met gans une bouteille bouchée pour
s’en servir au besoin.
La couleur de cette dissolution est d’un bleu si
foncé, qu’il paraît presque noir ; mais on l’amène à
telle nuance de bleu que l’on désire, par l’addition
d’une quantité d’eau plus ou moins grande.
Quand on veut employer la préparation, on ne
doit en prendre que la quantité nécessaire pour le
travail, après l’avoir étendue de la quantité d’eau
suffisante pour obtenir la nuance voulue. Si après le
travail, il reste de la couleur, on doit la mettre dans
PRÉPARATION DES MATIÈRES. 231
une bouteille à part pour s’en servir une autre fois ;
mais il faut bien se garder de la verser dans la
bouteille qui renferme la dissolution première et
non étendue : cette addition la gâterait entièrement.
4. Couleurs rouges.[modifier]
On emploie trois sortes de rouges : 1° le rouge com-
mun ; 2° le rouge fin ; 3° le rouge écarlate.
A. Rouge commun.[modifier]
Dans un chaudron de cuivre étamé, on fait bouillir
dans trois litres d’eau 250 grammes de bois de Bré-
sil, ou bois de Fernambouc, réduit en poudre, et de
8 grammes de noix de galle blanche concassée.
Quand le tout est réduit aux deux tiers, on y jette
31 grammes d’alun et 15 grammes de sel ammoniac,
l’un et l’autre en poudre. Enfin, aussitôt que ces sels
sont dissous, on retire la décoction du feu et on la
passe à travers un tamis.
On emploie cette couleur bouillante ; on la fait par
conséquent chauffer si elle s’est refroidie.
B. Rouge fin dit écaille.[modifier]
Dans six litres d’eau, on fait bouillir un demi-
kilogramme de bois de Brésil ou de Fernambouc avec
trente grammes de noix de galle blanche concassée.
On passe au travers du tamis, on remet le clair sur
le feu et l’on y ajoute 61 grammes d’alun en poudre,
et 30 grammes de sel ammoniac pareillement en pou-
dre. On laisse jeter un bouillon, et lorsque les sels
sont dissous, on y verse plus ou moins de la solution
d’étain par l’eau régale, connue sous le nom de com-
position pour l’écarlate, dont nous indiquerons plus
bas, page 221, le procédé, après avoir parlé des cou-
leurs. On emploie une plus ou moins grande quantité
de cette solution selon la nuance qu’on désire.


232 PRÉPARATION DES MATIÈRES.

Cette couleur s’emploie de la même manière que la
précédente, c’est-à-dire bouillante.
C. Rouge écarlate dit belle écaille.[modifier]
Dans deux litres d’eau bouillante, on jette 31 gram-
mes de noix de galle blanche en poudre, et 31 gram-
mes de cochenille aussi en poudre, Après quelques
minutes d’ébullition, on y ajoute 15 grammes de la
composition pour l’écarlate, dont nous venons
de parler.
Cette couleur s’emploie chaude, comme les deux
autres rouges.
5. Couleur orange.[modifier]
Dans trois litres d’une dissolution de potasse à
deux degrés, ou d’une bonne lessive de cendres de
bois neuf, bien limpide, on fait bouillir 250 grammes
de bois de fustet ; on laisse réduire le liquide à moi-
tié, et l’on y ajoute 31 grammes de bon rocou pilé et
broyé avec la lessive. Après quelques bouillons,
on ajoute 8 grammes d’alun pulvérisé, et l’on tire à
clair.
Cette couleur s’emploie chaude.
6. Jaune, à chaud.[modifier]
Dans trois litres d’eau, on jette 245 grammes de
graines de gaude, et on laisse bouillir. Lorsque la
liqueur est réduite à moitié, on passe au travers du
tamis, puis on ajoute au clair 61 grammes d’alun en
poudre. On fait jeter quelques bouillons.
Cette teinture s’emploie chaude. Elle peut servir
également pour le papier et la tranche des livres ;
mais il faut la coller soit avec de l’amidon, soit avec
de la gomme arabique.
7. Jaune à froid.[modifier]
On fait macérer du safran du Gatinais dans une


PRÉPARATlON DES MATIÈRES. 233
suffisante quantité d’esprit de vin ou de bonne eau-
de-vie. La couleur est plus ou moins foncée suivant
la plus ou moins grande quantité de safran qu’on
emploie.
Cette liqueur s’emploie à froid ; elle se conserve
dans des flacons bien bouchés. On peut l’employer
comme la précédente, pour le papier et pour les tran-
ches des livres, en la collant de la même manière.
8. La couleur fauve.[modifier]
On fait bouillir dans deux litres d’eau jusqu’à la
réduction de moitié, 31 grammes de tan et autant de
noix de galle noire, l’un et l’autre on poudre. On ob-
tient ainsi une couleur fauve, qui est bonne pour
faire un bon racinage, dont le fond doit être fauve,
mais qui ne donne pas l’avantage de pouvoir conser-
ver un fond blanc.
9. Couleur brune.[modifier]
On peut obtenir de trés-beaux bruns avec le brou de
noix bien préparé. Pour cela, au moment où l’on re-
cueille les noix, on l’amasse une quantité suffisante
de leur enveloppe verte ; on pile cette matière dans
un mortier pour en exprimer le suc ; on l’introduit
dans un grand vase capable de contenir trois ou
quatre seaux d’eau ; on verse dessus de l’eau suffi-
samment salée, jusqu’à ce que le vase soit plein ; on
remue bien avec un bâton, et on laisse macérer après
avoir très-exactement bouché. Après un mois de ma-
cération, on passe au travers d’un tamis, et l’on ex-
prime bien le jus, même à la presse. Enfin, on met
en bouteilles, dans lesquelles on ajoute du sel de
cuisine, et l’on bouche.
Ce liquide qui loin de corroder les peaux, les adou-
cit, se conserve d’un an à l’autre, et ne produit de

234 PRÉPARATION DES MATIÈRES.

bons effets que lorsqu’il commence à prendre la fer-
mentation putride.
10. Eau-forte ou acide nitrique.[modifier]
Il ne faut pas employer, pour les racinages et les
marbrures, cet acide pur ; il ne doit jamais être au
degré de concentration où on le trouve dans le com-
merce, parce qu’il corroderait les peaux et les gâte-
rait absolument. Il est donc indispensable de l’éten-
dre, c’est-à-dire de l’affaiblir. Pour cela, on y ajoute
d’abord la moitié de son volume d’eau, sauf à y en
ajouter plus tard davantage, selon les circonstances
que nous expliquerons.
11. Dissolution d’étain dans l’eau régale ou composition pour l’écarlate.[modifier]
L’eau régale, à laquelle on a donné ce nom parce
qu’elle dissout l’or, qu’on appelait autrefois le roi
des métaux, se compose d’acide nitrique et d’acide chlorhydrique.
Les sels qui contiennent de l’acide chlorhydrique,
dissous dans l’acide nitrique, apportent dans cet
acide l’acide chlorhydrique nécessaire pour changer
sa nature et lui donner la propriété de dissoudre
l’or, etc. ; mais, outre l’acide chlorhydrique que con-
tiennent ces sels, tels que le sel ammoniac et le sel
de cuisine, ils contiennent encore des alcalis qui don-
nent au rouge une teinte vineuse.
Il est donc plus avantageux d’employer l’acide
chlorhydrique pur, au lieu de ces sels, et l’on a une
bien plus belle couleur. Indiquons le procédé à sui-
vre.
Lorsqu’on s’est bien assuré de la pureté des deux
acides chlorhydrique et nitrique, qui doivent servir
à composer l’eau régale, et qu’on est certain de leur


PRÉPARATION DES MATIÈRES. 235
degré de concentration, qui doit être de 33 degrés
pour l’acide nitrique, et de 20 degrés pour l’acide
chlorhydrique, on mélange ces deux acides avec les
précautions suivantes :
On prend un ballon de verre d’une capacité dou-
ble de l’acide que l’on veut avoir, en ayant soin de
le choisir avec le col très-long ; on le place sur un lit
de sable, l’orifice en haut. On y verse une partie d’a-
cide nitrique pur et trois d’acide chlorhydrique.
On laisse dégager les premières vapeurs, qu’il serait
dangereux de respirer ; après quoi on couvre l’orifice
avec une petite fiole à médecine renversée, qui ne
joigne pas assez exactement avec le col du ballon
pour trop contraindre les vapeurs, qui pourraient
causer la rupture du vaisseau, mais qui puisse les
retenir, autant que possible, sans faire courir aucun
danger. L’eau régale est aussitôt formée.
On pèse exactement le ballon qui contient l’eau
régale ; on l’avait déjà pesé vide ; on distrait ce pre-
mier poids du dernier pour connaître le poids de la
combinaison des deux acides sur lesquels on doit
opérer. On projette dans cet acide, et par petites
parties, le huitième de son poids d’étain.
Supposons que le ballon à moitié plein contienne
4 kilogrammes d’eau régale, on pèse bien exacte-
ment un demi-kilogramme d’étain fin en rubans ou
on filets. On divise cet étain en trente-deux parties à
peu près égales, de 15 grammes chacune ; on pro-
jette une de ces portions, et l’on couvre l’orifice du
ballon avec la fiole à médecine renversée. L’acide
attaque immédiatement l’étain et le dissout. Pendant
ce temps, il s’élève beaucoup de vapeurs rougeâtres qui
ne sortent pas du ballon, s’il a le col très-long, et
qui se trouvent même retenues en grande partie par


236 PRÉPARATION DES MATIÈRES.

la fiole à médecine, lorsqu’elles arrivent jusque-là,
ce qui est même rare, si l’on a eu la précaution de
projeter l’étain par petites quantités. Quand on s’aper-
çoit que la première portion d’étain est presque en-
tièrement dissoute, l’on en projette une seconde avec
les mêmes précautions que pour la première, et l’on
opère de même jusqu’à ce que les trente-deux por-
tions aient été employées.
On remarque que les vapeurs rutilantes ou rou-
geâtres diminuent au fur et à mesure que l’acide se
sature d’étain ; qu’il finit par ne plus s’en former,
et que même, vers la fin de l’opération, les vapeurs
qui remplissaient le ballon ont disparu, soient qu’elles
rentrent dans la masse du liquide, soient qu’elles se
divisent dans l’atmosphère.
Lorsqu’on emploie l’étain pur, il n’y a point de
précipité ; mais comme l’étain n’a pas ordinairement
le degré de pureté convenable, on obtient un préci-
pité noir et insoluble, plus ou moins abondant,
selon que l’étain est chargé de plus ou moins de par-
ties étrangères. L’étain de Malacca est le plus pur ;
il est avantageux de ne pas en employer d’autre.
Aussitôt que l’étain est compIétement dissous, et
que la liqueur est entièrement refroidie, on la verse
dans des flacons fermés avec des bouchons de cristal
usés à l’émeri, et on la conserve pour le besoin.
Au moment de l’employer, on en prend une partie
qu’on étend du quart de son poids d’eau distillée.
En agissant ainsi, il ne se forme jamais, an fond
du vase, le précipité blanc plus ou moins abondant
que les teinturiers obtiennent presque toujours par
les procédés qu’ils emploient.
Ce précipité blanc n’est autre chose que de l’oxyde
d’étain, qui est perdu pour la teinture, puisqu’on se


PRÉPARATION DES MATIÈRES. 237
garde bien de s’en servir. La composition contient
donc alors moins d’étain en dissolution qu’on
ne se proposait de lui en faire contenir, et l’on est
surpris, après cela, de trouver des résultats diffé-
rents en opérant sur les mêmes substances, quoi-
qu’on en emploie les mêmes quantités.
12. Autre composition pour l’écarlate.[modifier]
Pour préparer la composition d’étain, beaucoup
de petits relieurs emploient le procédé qui suit, bien
qu’il soit très-inférieur à celui que nous venons de
donner.
Dans un pot de grès suffisamment grand, on jette
62 grammes de sel ammoniac en poudre, et 182 gram-
mes d’étain fin de Malacca en rubans ou en filets : on
y verse ensuite 375 grammes d’eau distillée, et on
ajoute 500 grammes d’acide nitrique à 33 degrés. On
laisse opérer la dissolution. On obtient toujours un
précipité blanc, plus ou moins abondant, qui est de
l’oxyde d’étain perdu pour l’opération. On laisse re-
poser, et l’on n’emploie que la partie liquide.
Cette dissolution ne peut se conserver que deux
ou trois mois ; la première, au contraire, se conserve
indéfiniment.
13. Potasse.[modifier]
On fait dissoudre, dans un litre et demi d’eau,
245 grammes de bonne potasse de Dantzick ou d’A-
mérique ; on tire à clair, et l’on conserve la liqueur
dans une bouteille bouchée.
14. Eau à raciner.[modifier]
Dans un vase quelconque on verse un ou deux
litres d’eau bien limpide, et l’on y ajoute quelques
gouttes de la dissolution de potasse, dont nous ve-
nons d’indiquer la préparation.

238 OUTILLAGE.

15. Préparation de la glaire d’œuf[modifier]
Sur les glaires de douze œufs on met 8 grammes
d’esprit-de-vin ; on bat bien le tout avec un mous-
soir à chocolat, qu’on fait rouler vivement entre les
deux mains jusqu’à ce qu’on ait beaucoup de mousse ;
on laisse déposer, on enlève la mousse, et c’est le
liquide clair qu’on passe avec une éponge fine sur
toute la couverture. Il faut passer bien uniment et ne
laisser ni globule, ni autre corps étranger.
Cette liqueur peut se conserver en bouteille pen-
dant quelque temps.
Quand on glaire plusieurs fois, il faut bien laisser sé-
cher la première couche avant de passer à la seconde,
et ainsi de suite.

§ 3. -- OUTILLAGE.[modifier]

De la célérité que l’on emploie, en racinant ou en
marbrant les couvertures des livres, dépend la réus-
site de cette opération. Il est donc important que
tout ce dont on peut avoir besoin soit disposé d’a-
vance et sous la main, afin de pouvoir opérer le plus
promptement possible.
Indépendamment des préparations dont nous ve-
nons d’indiquer la composition, il faut encore avoir
des pinceaux, des éponges de différents degrés de
finesse, des tringles en bois et des pattes de lièvre.
Les pinceaux sont faits avec des racines de riz,
ou des racines de chiendent. Ils sont gros et ressem-
blent plutôt à des balais qu’à des pinceaux. Enfin,
leurs manches sont d’un bois dur, tel que le houx,
ont 3 centim. de diamètre, et sont formés d’une
branche de cet arbrisseau. Il faut un pinceau pour
chaque couleur et pour chaque ingrédient.
Pour raciner, il faut deux tringles  ; de 8 centim. de
RACINAGE ET MARBRURE. 239
large, 4 centim. d’épaisseur, et de 2 mètres à 2 mètres
30 cent. de long. Elles sont creusées en gouttière pro-
fonde, dans toute leur longueur. On les fixe l’une à côté
de l’autre sur deux blocs de bois, qui les retiennent in-
clinées du même côté, et dont l’un est plus haut que
l’autre de 8 à 11 centimètres. Ces deux tringles sont
placées à une distance assez grande pour que toutes
les feuilles du volume puissent se loger entre elles.
Les deux cartons de la couverture sont étendus sur
les tringles.
Une troisième tringle est nécessaire pour couvrir
le dos du volume lorsqu’on ne veut pas le raciner
ou le marbrer. Cette tringle a 6 centimètres de large,
plus ou moins, selon l’épaisseur du volume ; elle est
creusée en rond, selon la forme du dos, et sa partie
supérieure est creusée en gouttière.
Les pattes de lièvre s’emploient quelquefois en
guise de pinceaux. On en coupe carrément, avec des
ciseaux, le bout du poil à l’extrémité.

§ 4. -- RACINAGE.[modifier]

RACINER, c’est, on l’a vu, imiter avec plus ou moins
de fidélité, des racines d’arbres, parfois aussi des ar-
bres entiers, des arbres dépouillés de leurs feuilles.
On prétend que ce procédé a été inventé en Allemagne,
qu’il a passé en Angleterre, puis est venu en France.
Pour le pratiquer, on place les volumes sur les trin-
gles ci-dessus, la tête en haut, tous les feuillets entre
les deux tringles, et les deux cartons posés à plat
sur les mêmes tringles. On en met huit à dix à la
suite l’un de l’autre, autant que les tringles peuvent
en contenir. Ainsi que nous venons de le dire,
quand on ne veut pas raciner le dos, on le garantit
en le couvrant avec la tringle concave. Nous allons


240 RACINAGE ET MARBRURE.

expliquer les moyens qu’on peut employer pour ob-
tenir plusieurs sortes de racinages.
1. Bois de noyer.[modifier]
Selon la direction que l’on veut donner aux raci-
nes, on cambre les cartons, soit pour les creuser,
soit pour les arrondir. Si l’on voulait par exemple,
que les racines partissent du milieu de la couver-
ture, on creuserait les cartons ; on les bomberait au
contraire si l’on voulait que les veines se réunissent
sur les bords.
Cela fait, et les livres placés sur les tringles, comme
nous l’avons dit, avec un des gros pinceaux dont
nous avons parlé, on jaspe de l’eau bien également,
et à grosses gouttes sur toute la surface de la cou-
verture, et aussitôt qu’on voit les gouttes se réunir,
on jaspe du noir en gouttes très-fines avec le pin-
ceau du noir, et partout bien également ; on doit
avoir soin de n’en pas trop jeter.
Après avoir jaspé en noir, et selon que la racine
est plus ou moins foncée, on donne une teinte rou-
geâtre en jaspant plus ou moins avec de l’eau de po-
tasse.
On laisse foncer les veines suffisamment, après
quoi on essuie à l’éponge et on laisse sécher. Ensuite,
on frotte toute la couverture et le dos, à sec, avec un
morceau de drap fin, ce que les ouvriers appellent ser-
ger ou draper. On ne doit jamais se servir de serge
pour cette opération. Cette étoffe serait trop rude ;
non seulement elle enlèverait la couleur, elle
attaquerait même l’épiderme de la peau. Il ne faut em-
ployer qu’un drap fin ou une flanelle ; ils unissent
bien la surface et en commencent le polissage.
Quand le racinage est achevé, on noircit les champs


RACINAGE ET MARBRURE. 241
et le dedans du carton avec du noir étendu de deux fois
son volume d’eau, qu’on passe avec une patte de liè-
vre. Cette dernière opération se répétant à tous les
volumes, nous ne la décrirons plus : nous l’indique-
rons seulement lorsqu’on emploiera une autre cou-
leur que le noir.
Observation.
Nous supposons ici que la peau est de sa couleur
naturelle, c’est-à-dire fauve ; mais si le volume se
trouvait déjà couvert avec une peau teinte d’une cou-
leur quelconque, comme le vert, le bleu clair, etc., il
faudrait faire l’inverse, c’est-à-dire qu’après avoir
jeté l’eau, on jasperait la potasse, et ensuite le noir.
Sans cette précaution, le racinage ne pourrait pas pren-
dre à cause de l’acide qui entre dans la composition
de ces couleurs.
Cette observation étant générale et s’appliquant à
tous les jaspés, nous ne la répéterons plus.
2. Bois d’acajou.[modifier]
Ce racinage se fait comme celui du bois de noyer
(page 240). La seule différence consiste à laisser un
peu plus foncer le noir et, un peu avant qu’il ne soit
parfaitement sec, à lui donner, avec la patte de liè-
vre, deux ou trois couches de rouge bien unies. On
laisse bien sécher, puis on frotte avec le drap et l’on
termine par noircir les champs et le dedans des car-
tons.
En employant le même procédé, on peut faire des
racines de toutes couleurs ; il suffit pour cela de don-
ner une teinte unie. Le bleu s’emploie étendu dans
la moitié de son volume d’eau, ou moins, suivant la
nuance qu’on désire.
Relieur. 14


242 RACINAGE ET MARBRURE.

3. Bois de citronnier.[modifier]
Lorsque le racinage est fait, comme pour le bois
de noyer, mais le noir moins foncé, et un peu avant
qu’il ne soit parfaitement sec, on appuie légèrement
avec une petite éponge commune et à gros trous,
trempée dans la couleur orange (n° 5, page 232), et
l’on imprime sur différentes places de la couverture
et du dos, de petites taches en forme de nuages très-
éloignés les uns des autres. Aussitôt après, avec une
autre éponge semblable, on prend du rouge fin (n° 4,
page 232), et l’on répète la même opération, et
presque sur les mêmes places. On laisse sécher, et
l’on donne ensuite deux ou trois couches de jaune
(n° 7, page 232). On laisse sécher de nouveau et l’on
frotte avec le drap. Cette teinte jaune doit être dou-
née avec la patte de lièvre, et de plus être abon-
dante elle doit couler sur la couverture, sans cela
elle ne pénétrerait pas dans le veau, et ne serait pas
unie.
4. Loupe de buis.[modifier]
Pour bien imiter les veines contournées de la loupe
de buis, on cambre les cartons en cinq ou six en-
droits différents et en divers sens, puis on place
le volume entre les tringles. Cela fait on jaspe de
l’eau à petites gouttes, en procédant comme pour le
bois de noyer (page 240) ; et on laisse sécher.
On remet le volume entre les tringles, on jaspe de
l’eau à grosses gouttes, et dès qu’elle coule, on jaspe
par petites gouttes du bleu étendu dans un volume
d’eau égal au sien. On fait en sorte de faire tomber
les gouttes vers le dos, et pour cela on se sert de la
barbe d’une plume. Ces gouttes se mêlent avec l’eau
et coulent sur le plat sous forme de veines déliées,
irrégulières et écartées les unes des autres. On laisse


RACINAGE ET MARBRURE. 243
sécher et l’on essuie avec une éponge humide. En-
suite avec le rouge écarlate (n° 4, page 232), on fait
sur différents endroits des plats et du dos, comme
on l’a fait pour le bois de citronnier. On laisse sécher,
après quoi on donne deux ou trois couches, avec la
patte de lièvre, de la couleur orange (no 5, page 232) ;
on laisse sécher et l’on frotte avec le drap.

§ 5. -- MARBRURE.[modifier]

Appliquée à la couverture des livres, la MARBRURE
est une simple variété de racinage. Elle donne le
moyen d’imiter assez bien la plupart des marbres
proprement dits et des autres matières minérales
auxquelles on donne vulgairement le même nom.
Nous allons indiquer quelques-uns des procédés
qu’on emploie.
1. Marbre imitant la pierre du Levant.[modifier]
On jaspe à gouttes larges, sur toute la surface de
la couverture, du noir affaibli par environ neuf fois
son volume d’eau. Lorsqu’on voit les gouttes se réu-
nir, on jette sur le dos de la potasse avec les barbes de
deux plumes réunies, et par intervalles de 3 à 4 cen-
timètres, et tout près des mors, afin qu’elle coule sur
les plats et qu’elle se réunisse au noir.
Pendant que la potasse coule, on jette de la même
manière, et près de la potasse, de la composition d’é-
carlate ; elles coulent ensemble en se réunissant sur
leurs bords, et forment chacune des veines séparées
qui se fondent entre elles. Cela imite parfaitement
les veines qu’on aperçoit sur la pierre du Levant. On
laisse sécher le marbre, on le lave à l’éponge, on
laisse bien sécher de nouveau, et l’on frotte avec le
drap.


244 RACINAGE ET MARBRURE.

Faisons remarquer, en passant, que pour faire
tous les marbres, on doit jeter le noir le premier ;
sans cette précaution, il ne prendrait @ pas sur les au-
tres couleurs.
2. Marbre imitant l'agate verte.[modifier]
On opère comme pour le n° 1 ; la seule différence
consiste à remplacer la potasse par le vert, qu’on
prépare à l’avance en mêlant du bleu avec du jaune
en plus ou en moins grande quantité, selon qu’on
veut la nuance plus ou moins foncée.
3. Marbre imitant l'agate bleue.[modifier]
Le procédé est le même que pour le n° 1 ; on rem-
place seulement la potasse par du bleu (page 230),
plus ou moins étendu d’eau, selon la nuance qu’on
veut avoir.
4. Marbre imitant l'agatine.[modifier]
On opère encore ici comme pour le n° 1. Seule-
ment, après avoir jeté la composition d’écarlate
(page 232) sur toute la couverture, on jaspe du bleu
étendu dans quatre fois son volume d’eau, à petites
gouttes écartées l’une de l’autre ; on laisse sécher, on
lave à l’éponge ; on laisse bien sécher encore, puis
on frotte avec le drap.
5. Marbre imitant l'agate blonde.[modifier]
On commence par jasper du noir à petites gouttes
très-écartées, ensuite on jaspe sur toute la couver-
ture, à grosses gouttes, de la potasse étendue dans
deux fois son volume d’eau ; enfin, on opère pour le
reste comme au n° 1.
On peut aussi, par un procédé analogue, imiter
l’écaille, mais cela n’est plus guère usité.


RACINAGE ET MARBRURE 245
6. Marbre imitant le cailloutage.[modifier]
On jaspe à grosses gouttes du noir étendu dans
dix fois son volume d’eau, sur toute la couverture ;
on laisse sécher à demi, ensuite on jaspe de même
de la potasse étendue dans deux fois son volume
d’eau, et on laisse sécher. On reprend le volume,
et l’on jaspe bien également, et par petites gouttes,
du rouge écarlate (page 232), et on laisse sécher
de nouveau. Enfin, on jaspe de même de la compo-
sition d’écarlate ; on laisse sécher et l’on frotte avec
le drap.
7. Marbre imitant le porphyre veiné.[modifier]
On jaspe bien également, et en grosses gouttes, du
noir étendu dans deux fois son volume d’eau. Après
avoir laissé sécher à demi, on jaspe de même de la
potasse étendue dans une fois son volume d’eau, et
on laisse sécher. On jaspe ensuite du rouge écarlate
de la même manière, et on laisse encore sécher ; on
jaspe ensuite du jaune presque bouillant et à grosses
gouttes. Pendant que ces gouttes cherchent à se réu-
nir, on jaspe du bleu étendu dans trois fois son vo-
lume d’eau, et tout de suite on jaspe la composition
d’écarlate contre le bleu. Ces trois couleurs coulent
alors ensemble sur les plats de la couverture, et for-
ment des veines bien distinctes. On Iaisse sécher, et
l’on frotte avec le drap.
8. Marbre imitant le porphyre œil de perdrix.[modifier]
On jaspe sur toute la couverture du noir étendu
dans huit fois son volume d’eau ; les gouttes doivent
être petites, mais très-rapprochées, sans se confon-
dre cependant. Dès que le noir commence à couler,
on jaspe, sur le dos, de la potasse étendue dans deux
fois son volume d’eau. On la jette près des mors,

246 RACINAGE ET MARBRURE.

afin qu’en coulant sur les plats elle se mêle avec le
noir qu’elle entraîne. On laisse sécher, ensuite on
lave à l’éponge, et avant que le tout ne soit sec, on
passe deux ou trois couches de rouge fin ; on laisse sé-
cher et l’on frotte avec le drap. Enfin, on jaspe sur
toute la surface avec la composition d’écarlate, en
grosses gouttes également distribuées ; on laisse sé-
cher et l’on frotte avec le drap.
9. Autre porphyre œil de perdrix ou à petites gouttes.[modifier]
Avec la patte de lièvre, on passe la couverture en
entier en rouge, ou en jaune, ou en bleu, ou en vert,
bien uniformément ; sur l’une de ces couleurs, et
lorsqu’elle est sèche, on passe de même du noir,
étendu dans six ou huit fois son volume d’eau, et
on laisse sécher ; ensuite, avec la composition pour
l’écarlate, on jaspe par dessus des gouttes plus ou
moins grosses, selon le goût du relieur. On obtient
par ce moyen de petites taches plus ou moins gran-
des, rouges, jaunes, bleues ou vertes, selon qu’on a
employé d’abord l’une ou l’autre de ces couleurs ; on
laisse bien sécher et l’on drape, c’est-à-dire qu’on
frotte avec le drap fin.
L’œil de perdrix, proprement dit, est formé du bleu
qu’on jaspe sur du noir étendu d’eau ; et, lorsqu’il est
sec, on y jaspe de la composition d’écarlate.
10. Marbre imitant le porphyre rouge.[modifier]
On commence par jasper sur toute la couverture,
du noir étendu dans huit fois son volume d’eau,
bien également et à petites gouttes ; on laisse sécher
et l’on drape. On glaire ensuite (voyez n° 15, p. 238)
et l’on donne, avec une patte de lièvre, deux couches
de rouge fin ; puis une de rouge écarlate, et on laisse
sécher. Enfin, on jaspe, à petites gouttes, et le plus


RACINAGE ET MARBRURE. 247
également qu’on le peut, de la composition d’écar-
late ; on laisse sécher et l’on drape.
11. Marbre imitant le granit.[modifier]
On jaspe sur la couverture, à points très-fins,
du noir étendu dans vingt-cinq à cinquante fois
son volume d’eau selon qu’on veut, une teinte plus
ou moins foncée. On laisse sécher, et l’on réitère cette
opération cinq à six fois ; on laisse sécher à demi, et
l’on jaspe par dessus de la potasse à petits points
également répandus ; on laisse sécher, on drape, en-
suite on glaire (n 15 page 238) légèrement. Enfin, on
jaspe avec la composition d’écarlate, comme on a
jaspé avec la potasse ; on laisse parfaitement sécher,
et l’on drape.
12. Autre marbre caillouté imitant le granit.[modifier]
On doit ce procédé à Courteval. Trempez le pinceau
à jasper dans le noir ; plongez-le ensuite dans 6 litres
d’eau environ, selon ce que vous voulez marbrer.
Secouez le pinceau sur une cheville de fer, jusqu’à
ce que rien n’en tombe. Jaspez alors le livre. Quand
il est bien couvert de taches imperceptibles, laissez
bien sécher, puis jaspez légèrement çà et là avec une
solution de sel de tartre. Laissez bien sécher de nou-
veau, sergez, glairez avec légèreté, puis, si vous le
jugez à propos, jaspez encore avec de l’eau-forte af-
faiblie qui forme de petites taches blanchâtres. Le
tout produit un cailloutage charmant.
13. Marbre imitant le porphyre vert.[modifier]
Sur le volume encollé avec la colle de peau ou
de la colle de parchemin, on forme un vert avec du
bleu chimique (n° 3, page 230) et du jaune de graine
d’Avignon (p. 164), qu’on mélange en plus ou moins

248 RACINAGE ET MARBRURE.

grande quantité, selon la nuance qu’on veut avoir.
On jaspe à très-petites gouttes, et on laisse sécher ;
on recommence à jasper de même jusqu’à trois fois ;
on laisse bien sécher, et l’on frotte avec le drap.
Pour avoir un porphyre plus élégant, on jaspe du
noir, on laisse sécher ; ensuite on jaspe du vert dont
nous venons de parler, et, après que le tout est
sec, on jaspe du rouge fin nommé écaille ( n°4,
page 328) ; mais comme ce rouge ne pourrait pas
mordre assez si l’on ne prenait que le clair, on y
mêle un peu de son marc, et l’on y ajoute un peu
de composition d’écarlate, qui sert de mordant. L’on
jaspe avec cette liqueur, on laisse sécher et l’on drape.
14. Marbrures arborescentes.[modifier]
Ce genre de marbrure, fait pour la première fois en
Allemagne, puis très-usité en Angleterre, est exécuté
comme il suit. On courbe les plats de la couverture
en forme de gouttière, puis on applique les couleurs
liquides sur les bords du côté du dos et du côté de la
gouttière, de sorte qu’en coulant vers le milieu, où
elles se réunissent, elles forment des ramifications
semblables à des branches d’arbres.
Observation générale.
Les exemples que nous venons de donner sont plus
que suffisants pour diriger celui qui se livre à la re-
liure ; il ne faut que du goût et l’amour de son état.
A l’aide des couleurs que nous avons décrites, et des
procédés que nous avons Indiqués, il est facile de
varier à l’infini les marbres sur les couvertures des
volumes. En voici un exemple pris au hasard sur le
marbre imitant la pierre du Levant.
Il est facile de comprendre qu’avec un peu de goût,
l’ouvrier peut varier cette sorte de marbre de mille ma
TEINTES UNIES OU REHAUSSÉES D’OR. 249
nières différentes, en combinant deux à deux, trois à
trois, quatre à quatre, cinq il cinq, six à six, les six
couleurs qu’il a à sa disposition : 1° la couleur de
racine posée du dos à la gouttière ; 2° la potasse forte
ou faible ; 3° le vert plus ou moins foncé ; le bleu pur
ou affaibli ; 4° le rouge plus ou moins intense ; 5° la
composition écarlate. Il serait superflu d’entrer
dans de plus grands détails sur cet objet ; passons
aux teintes unies ou rehaussées d’or.

§ 6. -- TEINTES UNIES OU REHAUSSÉES D’OR.[modifier]

Nous avons dit que pour les jaspés et pour les mar-
bres, il faut toujours commencer par encoller les
couvertures avec de la colle de parchemin bien lim-
pide ; il en ’est de même pour les teintes unies ; ainsi
nous ne le répèterons pas à chaque article.
1. Couleur terre d’Égypte.[modifier]
Avec la patte de lièvre, on passe également de l’eau
de javelle sur toute la surface du veau encollé, jus-
qu’aux mors. On passe plus ou moins de fois. selon
qu’on désire une nuance plus ou moins foncée. Il est
bon d’observer que les teintes noircissent toujours
par les opérations subséquentes, telles que l’encol-
lage, qui est indispensable pour les veaux unis, le
glairage et la polissure ; par conséquent on doit les
laisser plus claires qu’on ne veut les avoir.
Il en ’est de même sur la basane, mais les nuances
ne sont pas aussi belles.
2. Couleur raisin de Corinthe.[modifier]
Après l’encollage, on donne, avec la patte de lièvre,
une couche de noir étendu dans vingt ou vingt-cinq
parties d’eau, selon la nuance. On fait en sorte que
cette couche soit bien uniforme et sans nuages ; lors

250 TEINTES UNIES OU REHAUSSÉES D’OR.

qu’elle est à moitié sèche, on passe de même, et bien
également, une couche de potasse étendue de partie
égale d’eau ; on laisse sécher, on frotte avec le drap,
ensuite on glaire, et l’on donne deux ou trois couches
de rouge fin (n°4, page 232) ; on laisse bien sécher et
l’on frotte avec le drap.
3. Couleur verte.[modifier]
Après avoir glairé légèrement sur l’encollage sec,
on donne, avec la patte de lièvre, trois ou quatre cou-
ches de vert qu’on a préparé d’avance comme pour
le porphyre vert (page 247). On laisse sécher, puis
on lave avec de l’eau-forte étendue dans trente fois
son volume d’eau, de manière à présenter au goût
l’acidité du vinaigre. On peut y suppléer par du bon
acide pyroligneux étendu dans six fois son volume
d’eau ; on laisse bien sécher et l’on drape.


4. Couleur bleue.[modifier]
On glaire légèrement ; ensuite avec la patte de liè-
vre, on passe quatre ou cinq couches de bleu chimi-
que (n° 3, page 230), étendu dans une plus ou moins
grande quantité d’eau selon la nuance qu’on désire.
Cette couleur tire un peu sur le vert, à cause de la
couleur jaune du veau, qui lui donne ce reflet ; mais
on la ravive en lavant la couverture avec de la
composition d’écarlate étendue dans trois ou quatre
fois son volume d’eau ; on laisse bien sécher, et l’on
drape.


5. Couleur brune.[modifier]
On donne trois ou quatre couches parfaitement

égales de noir étendu dans trois ou quatre parties d’eau, en prenant bien soin que ces couches soient parfaitement unies et sans nuages. Lorsque la couverture est à demi-sèche, on donne une couche


TEINTES UNIES OU REHAUSSÉES D’OR. 251
de potasse qui fait prendre au noir une teinte rous-
sâtre.
On peut varier cette couleur à l’infini, en étendant
le noir, ainsi que la potasse, dans une plus ou moins
grande quantité d’eau.
On peut encore obtenir des couleurs brunes unies,
très-belles et agréables, par l’emploi du brou de noix,
dont on donne deux ou trois couches, toujours avec
la patte de lièvre. On étend le brou dans une plus ou
moins grande quantité d’eau, selon la nuance dési-
rée. Dans ce dernier cas, on laisse bien sécher ; puis
on drape.
6. Couleur Tête-de-Nègre.[modifier]
La tête-de-nègre est une couleur noire tirant sur
le bleu, avec un reflet rougeâtre ; pour l’imiter, on
donne trois couches de noir étendu dans un volume
d’eau égal au sien ; on laisse sécher, on glaire, et l’on
donne deux ou trois couches de rouge commun (lettre
A, p. 231) ; on laisse sécher et l’on drape.


7. Couleur gris-de-perle.[modifier]
Cette couleur est la plus difficile à obtenir dans
tout son éclat, bien unie et sans nuages. Pour y par-
venir, on mouille d’abord bien également, avec une
éponge, la peau dans toute son étendue, ensuite on
donne plusieurs couches d’eau dans laquelle on a
délayé quelques gouttes de noir, pour former un gris
très - pâle. Plus ce gris est faible, mieux on réussit ;
plus on passe de couches, plus on rend le gris foncé.
Lorsqu’on a atteint la nuance qu’on désire, on passe
une légère couche de rouge fin, écaille (n° 4, p. 232),
étendu dans beaucoup d’eau, pour donner un léger
reflet rougeâtre ; il faut que ce rouge puisse à peine
être distingué.
On peut obtenir un gris clair très-agréable, en pas-


252 TEINTES UNIES OU REHAUSSÉES D’OR.

sant, au lieu de rouge, une couche de potasse éten-
due dans beaucoup d’eau.


8. Couleur de lapis-lazuli,[modifier]
Tout le monde sait que le lapis-lazuli est une
matière minérale bleu clair, veinée d’or. L’imitation
de ses veines et de tous ses accidents n’est pas aisée, il
faut connaître un peu l’art de la peinture, et savoir
assez habilement manier le pinceau, pour bien imiter
la nature. Aussi ne fait-on cette couleur que sur des
ouvrages précieux et pour lesquels on est dédom-
magé des soins qu’on se donne.
Après l’encollage on place le volume entre les tringles
à raciner, et, avec une éponge qui présente de grands
trous, et qu’on a trempée dans du bleu chimique
étendu dans dix fois son volume d’eau, on fait des
taches légères sur toute la couverture, à des distan-
ces irrégulières ; ces taches sont comme de légers
nuages. On ajoute un quart de partie de bleu de
Prusse, et après l’avoir bien mêlé, on imprime de
nouveaux nuages un peu plus foncés. On répète cinq
ou six fois cette opération, eu ajoutant à chaque fois
un quart de partie de bleu. Toutes ces couches doivent
former des nuances qui se dégradent comme dans la
nature, et il serait bon d’avoir un modèle artistement
peint, afin d’en approcher le plus possible. On laisse
bien sécher, ensuite on drape.
On ne doit poser les veines d’or que lorsque la
couverture est dorée, les gardes collées, en un mot,
quand le livre est prêt à être poli.
L’on veine en or avec de l’or en coquille ; le mor-
dant dont on se sert pour le faire prendre et tenir
solidement, se prépare avec une partie de blanc d’œuf
auquel on ajoute une partie d’esprit-de-vin et deux


TEINTES UNIES OU REHAUSSÉES D’OR. 253
parties d’eau bien claire ; on bat le tout ensemble, et
l’on tire à clair. On humecte une petite quantité de
poudre d’or avec ce liquide, et on l’applique avec un
de ces très-petits pinceaux dont se servent les pein-
tres en miniature. Avec le doigt on masse l’or et on le
fond en différents endroits pour imiter la nature : on
ne peut donner aucune règle à cet égard ; le goût
seul doit diriger l’ouvrier.
Lorsque celle opération délicate est terminée, on
laisse bien sécher, et l’on polit avec un fer à polir à
peine chaud. C’est une des plus belles reliures de
luxe qu’on puisse exécuter.
9. Marbre en or.[modifier]
On peut l’exécuter sur toutes sortes de fonds unis.
On prend un morceau de drap fin, plus grand qu’un
côté de la couverture, on le plie par la moitié de sa
longueur ; on pose ce drap ainsi plié, sur un carton,
et on le déplie, en laissant retomber la moitié sur le
carton. On étend sur cette moitié du drap, à gauche,
la moitié d’une feuille d’or battu, en faisant attention
de ne pas dépasser la grandeur de la couverture,
après en avoir distrait quelques lignes pour la place
de la roulette que l’on se propose d’y pousser ; cette
précaution est nécessaire pour ne pas employer de
l’or en pure perte.
Ces préparatifs terminés, on replie le drap sur l’or,
et on passe la main dessus en appuyant fortement,
sans laisser glisser le drap. Cette compression divise
la feuille d’or en une infinité de petits points, qu’on
écarte même entre eux, avec la pointe d’un couteau,
dans le cas où ils ne le seraient pas assez.
L’or étant ainsi préparé, on passe sur un côté du
volume du blanc d’œuf délayé dans son volume d’eau,


Relieur. 15

254 TEINTES UNIES OU REHAUSSÉES D’OR.

et l’on applique ce côté de la couverture sur le drap
couvert d’or, en appuyant fortement avec la main.
Alors, en ayant bien soin de ne pas déranger le
volume de place, et de ne pas le laisser glisser, on
soulève avec précaution, et tout à la fois le volume,
le drap et le carton ; on retourne le tout sens dessus
dessous, on enlève le carton, on le remplace par une
feuille de papier sur laquelle on passe fortement la
main afin de bien appliquer l’or sur la couverture.
Après avoir ôté le papier, on enlève proprement le
drap, et tout l’or reste fixé sur ce côté de la couver-
ture, en y plaçant une feuille de papier et frottant
dessus avec la paume de la main.
Quelque soin que l’on ait pris pour ne pas laisser
passer l’or sur l’endroit que l’on a voulu réserver
pour la roulette, il est rare qu’il ne s’en écarte pas.
Dans ce cas, on mouille le bout du pouce, on le pose
sur la seconde phalange de l’index plié à angle droit ;
cela forme une espèce d’équerre, de manière que le
pouce déborde de toute la largeur du dessin de la
roulette qu’on a choisie : on fait glisser l’index plié
contre le bord du carton, et le pouce, en frottant sur
le plat de la couverture, enlève avec facilité l’or qui
est parvenu de ce côté puisque le blanc d’œuf n’est
pas encore sec. Ce procédé est prompt et peu dispen-
dieux.
Observations genérales sur le contenu
de ce dernier paragraphe.
Il serait superflu de s’étendre davantage sur les
moyens de donner aux couvertures toute l’élégance
dont elles peuvent être susceptibles. Il eût été facile
de multiplier les procédés en en combinant plusieurs
ensemble ; mais c’eût été fatiguer le lecteur par des
MARBRURE SUR TRANCHE. 255
redites continuelles. Nous avons préféré laisser au
goût et à la sagacité de l’ouvrier le soin d’en inventer
de nouveaux.

§ 7. -- OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES.[modifier]

Aussitôt que le livre est sec, après qu’il a été ra-
ciné ou marbré, on le met en presse entre deux ais
bien propres, et que l’on a soin de placer bien
juste aux mors. On serre fortement, afin de bien unir
les plats, et pendant qu’il est ainsi serré, on efface
sur le dos, à petits coups de marteau, quelques pe-
tites éminences que l’humidité a occasionnées sur la
peau pendant le racinage et la marbrure. On doit sur-
tout frapper en tête et en queue, pour abaisser ces
deux extrémités, qui ont toujours de la tendance à
s’élever, ce qui rend le dos creux dans sa longueur,
tandis qu’au contraire il doit présenter une ligne droite
bien parallèle à la gouttière @.
Il suffit de laisser le volume en presse pendant une
heure. On peut le sortir au bout de ce temps. Néan-
moins, si la presse est libre, il ne peut que gagner
à y rester davantage.

CHAPITRE V. Marbrure sur Tranche.[modifier]

Observations préliminaires.[modifier]

On appelle marbreur, celui qui s’occupe spéciale-
ment d’imiter, sur la tranche des livres ou sur des
feuilles de papier isolées, les couleurs et les nuances


256 MARBRURE SUR TRANCHE.

irrégulières du marbre par des moyens tout à fait
différents de ceux qu’emploient les fabricants de
papiers peints. C’est un art particulier qu’une très-
longue pratique peut seule permettre d’exercer d’une
manière satisfaisante, qui ne saurait rien produire
de convenable quand on n’exerce qu’accidentellement,
de loin en loin, et qui, dans les villes où la reliure a
lieu sur une très-grande échelle, se trouve monopo-
lisé entre les mains d’un fort petit nombre d’ouvriers
d’élite. Nous allons en décrire les procédés géné-
raux, mais en faisant remarquer qu’ici, comme en
tant d’autres choses, le tour de main est presque
tout.

§ 1. -- OUTILLAGE.[modifier]

Les outils ou instruments dont le marbreur a be-
soin ne sont pas en grand nombre. Ce sont :
1° Un baquet en chêne de 83 centimètres de long
sur 30 à 55 centimètres de large pour qu’un volume
in-folio puisse y être à l’aise, et de 5 à 8 centimètres
de profondeur ; il doit être absolument imperméable
à l’eau, et muni d’un couvercle à rebords pour que
la poussière ne puisse y pénétrer quand on ne travaille
point ;
2° Un petit bâton rond, pour remuer les matières ;
3° Plusieurs vases de terre, pour renfermer les
couleurs et les diverses préparations ;
4° Un petit fourneau ;
5° Un porphyre et sa molette pour broyer les cou-
leurs ;
6° Un seau avec son couvercle, pour préparer l’eau
gommée que nécessite la marbrure ;
7° Un tamis de crin serré, pour passer l’eau gom-
mée et en séparer les résidus ;


MARBRURE SUR TRANCHE. 257
8° Plusieurs pinceaux à longs poils, pour jeter les
couleurs, autant que de couleurs différentes, le fiel
compris. Pour les faire, on prend, d’une part, des brins
d’osier, de 3 centimètres environ de largeur et 4 mil-
limètres de diamètre ; d’autre part, une quantité con-
venable de soies de porc de la plus grande longueur
possible. On place une centaine de ces soies tout au-
tour de l’extrémité la plus mince de chaque brin d’o-
sier, et on les lie fortement avec de la ficelle. Ces
pinceaux ont plutôt l’air de balais ;
9° Un rondin de bois, sur lequel on frappe avec la
hampe des pinceaux comme pour jasper ;
10° Un morceau de bois mince, large de 8 centimè-
tres et de la longueur de la caisse à marbrer, nommé
ramasseur de couleurs, afin d’enlever les couleurs
de dessus l’eau gommée, lorsqu’on veut changer la
marbrure ;
11° Plusieurs peignes, c’est-à-dire des liteaux de
bois percés de trous à différentes distances, dans les-
quels on fait entrer à force des petits bâtons ronds,
des osiers, par exemple, de 17 centimètres ; ils ser-
vent à@ agiter les couleurs, afin de déterminer des
parties tantôt angulaires, tantôt onduleuses, tantôt
tortueuses, serpentantes, rondes ou ovales.

§ 2. -- MATIERES EMPLOYÉES.[modifier]

Outre les matières colorantes, le marbreur em-
ploie : la gomme adragante, la cire, le fiel de bœuf,
l’essence de térébenthine.

§ 3. -- COULEURS EMPLOYÉES.[modifier]

Les couleurs végétales et les ocres sont les ma-
tières colorantes qui conviennent le mieux. La plu-
part des couleurs minérales, autres que les ocres


258 MARBRURE SUR TRANCHE.

sont trop lourdes et ne pourraient pas être suppor-
tées à la surface de l’eau gommée.
Pour le jaune, on prend ou le jaune de Naples, ou
la laque jaune de gaude, ou le jaune de chrome.
Le jaune doré se fait avec la terre d’Italie natu-
relle.
Pour les bleus de différentes nuances, on emploie
l'indigo flor, les bleus de Paris et de Berlin,
l'outremer artificiel.
Pour le rouge, on se sert ou du carmin, ou de la
laque carminée en grains.
Le brun se fait ordinairement avec la terre d’om-
bre, ou le brun de Cassel.
Le noir s’obtient avec le noir d’ivoire, ou celui de
Francfort.
Le fiel seul produit le blanc.
Avec la terre d’Italie, lindigo flor et la laque
carminée, on fait une très-belle tranche qu’on peut
varier à l’infini.
Pour imiter exactement certaines sortes de marbres,
il faut bien étudier les couleurs qui les caractérisent,
et les formes qu’elles affectent, les veines qu’elles
dessinent. Alors on cherche par des essais variés,
faits avec des couleurs, à en produire de semblables,
et l’on peut y parvenir aisément, en jetant plus ou
moins certaines couleurs avec le pinceau sur l’eau
de marbrure, et en les y jetant dans l’ordre le plus
propre à reproduire l’aspect du marbre que l’on a
choisi pour modèle.

§ 4. -- PRÉPARATION DE LA GOMME.[modifier]

On met dans un vase propre un demi-seau d’eau

et l’on y fait dissoudre à froid 93 grammes de gomme adragante, en remuant de temps en temps pendant


             MARBRURE SUR TRANCHE.                 259

cinq à six jours. Cette dissolution est ce qu’on peut appeler l'assiette, c’est-à-dire la couche sur laquelle se posent les couleurs qui doivent servir à la marbrure, avec laquelle elles ne doivent pas se mêler, comme on le verra par la suite. La quantité ci-dessus est suffisante pour marbrer quatre cents volumes.

On doit avoir toujours de la gomme préparée plus

forte que celle que nous venons d’indiquer, afin de pouvoir augmenter la force de cette dernière, si cela était nécessaire, lorsqu’on en fera épreuve, comme nous allons l’expliquer.

On peut remplacer la gomme par une décoction

épaisse de graine de lin, que l’on fait bouillir dans de l’eau de pluie, en agitant fréquemment avec un bâton.

On peut aussi se servir pour assiette de mousse
caraghen qu’on fait bouillir dans l’eau et qu’on
passe au tamis pour en former une gelée pure et
translucide.

§ 5. -- PRÉPARATION DU FIEL DE BŒUF.[modifier]

On verse dans un plat un fiel de bœuf auquel on
ajoute une quantité d’eau égale à son poids, et l’on
bat bien ce mélange : après quoi on ajoute encore
18 grammes de camphre qu’on fait dissoudre préa-
lablement dans 25 grammes d’alcool ; on bat bien le
tout ensemble et l’on filtre au papier joseph. Cette
préparation doit se faire au plus tôt la veille du jour
qu’on veut marbrer ; sans cela elle risquerait de se
gâter.

§ 6. -- PRÉPARATION DE LA CIRE.[modifier]

Sur un feu doux, et dans un vase vernissé, on fait


260 MARBRURE SUR TRANCHE.

fondre de la cire vierge (cire jaune). Aussitôt qu’elle
est fondue on la retire du feu, et l’on y incorpore,
petit à petit, et en remuant continuellement, une
quantité suffisante d’essence de térébenthine, pour
que la cire conserve la consistance du miel. On re-
connaît qu’elle a une fluidité convenable, lorsqu’en
en mettant une goutte sur l’ongle et la laissant
refroidir, elle a la fluidité du miel. On ajoute de l’es-
sence lorsqu’elle est trop épaisse.
De même que le fiel de bœuf, la cire ne doit pas
être préparée trop longtemps à l’avance.
M. Thon assure avoir remplacé avec succès la cire
par la préparation suivante :
Belle gomme laque. . . . . . . . 25 gram.
Savon de Venise. . . . . . . . . . .8
qu’on fait fondre Sur un feu doux, en remuant cons-
tamment, dans 80 ou 100 grammes d’alcool, filtrant la
liqueur et la conservant dans un flacon. Si, avec le
temps, ou en refroidissant, la masse devient trop
ferme, on y ajoute de l’alcool et l’on agite vive-
ment.

§ 7. -- PRÉPARATION DES COULEURS.[modifier]

Les couleurs ne sauraient être broyées trop
fin. On les broie à la consistance de bouillie épaisse
sur le marbre ou porphyre, avec de la cire préparée et
de l’eau dans laquelle on a jeté quelques gouttes d’al-
cool. Lorsqu’elles sont broyées, on en prend un peu
avec le couteau à broyer, et l’on renverse celui-ci : si
elles sont au point convenable elles doivent tenir
dessus.
Au fur et à mesure qu’on a broyé une couleur,
on la met dans un pot à part ; elles doivent être
toutes séparées.


MARBRURE SUR TRANCHE. 261

§ 8. -- PRÉPARATION DU BAQUET A MARBRER.[modifier]

On verse dans le vase qui contient la gomme pré-
parée, 200 grammes d’alun en poudre fine, et l’on
bat bien pour dissoudre celui-ci. On prend ensuite
une cuillerée ou deux de la dissolution et on la met
dans un petit pot conique, afin de faire les épreuves
nécessaires pour s’assurer si l’eau gommée a trop
ou trop peu de consistance.
D’un autre coté, on prend un peu de couleur qu’on
a délayée, en consistance suffisante, avec du fiel de
bœuf ; on en jette une goutte sur la gomme dans le pot,
et l’on agite en tournant avec un petit bâton. Si elle
s’étend en formant bien la volute, sans se dissoudre
dans la gomme, celle-ci est assez forte ; si, au con-
traire, la couleur ne tourne pas, l’eau gommée est
trop forte, il faut y ajouter de l’eau, et la bien battre
de nouveau : enfin, si la couleur s’étend trop et se
dissout dans l’eau gommée, on ajouter@ de l’eau
gommée forte qu’on a en réserve.
Toutes les fois qu’on ajoute de l’eau ou de la
gomme, on doit bien battre l’eau pour que le mé-
lange soit parfait. A chaque essai que l’on fait, on
doit mettre l’essai précédent dans un vase à part, et
reprendre de nouvelle eau gommée. Enfin, quand on
a amené cette eau au point de consistance voulue,
on la passe au tamis, et on la verse dans le baquet
à marbrer jusqu’à ce qu’elle y atteigne une hauteur
de 3 centimètres.
Le baquet ainsi préparé, on colle toutes les cou-
leurs avec le fiel de bœuf préparé, et l’on fait en sorte
qu’elles ne soient ni trop consistantes ni trop liqui-
des. Plus on met de fiel, plus elles s’étendent sur
l’eau gommée. Si elles ne s’étendaient pas comme
15.


262 MARBRURE SUR TRANCHE.

on le désire, on n’aurait, pour obtenir l’effet voulu,
qu’à ajouter quelques gouttes d’essence à la couleur
en retard.
On appelle jeter l’opération d’ajouter les couleurs à
l’eau gommée. Cette opération se fait avec les pin-
ceaux dont il a été question plus haut ; elle consiste
à prendre chaque couleur avec son pinceau cor-
respondant, et à la faire tomber en pluie çà et là,
sur la surface de la gomme, en frappant avec le man-
che du pinceau sur le rondin de bois.
La couleur rouge, est ordinairement la première
qu’on jette.
Les couleurs ne se mêlent pas. Au contraire, toutes
les fois qu’on en jette une nouvelle, celle-ci pousse
de tous les côtés la précédente, qui s’étend ainsi de
plus en plus et occupe une plus grande place.
Quand toutes les couleurs que l’on veut employer
sont jetées, le baquet est prêt à servir.
Supposons qu’on veuille que la marbrure présente
des volutes. Pour obtenir l’effet voulu, il suffit d’en-
foncer peu profondément le bâton rond dans le ba-
quet, et de le faire tourner par ci par là en spirale.
Supposons encore qu’on veuille former la marbrure
qu’on désigne sous le nom d'œil de perdrix. On a
préparé deux sortes de bleu avec l’indigo flor, l’un
tel que nous l’avons indiqué plus haut, et que nous
désignerons sous le nom d’indigo n° 1 ; l’autre, qui
est le même indigo qu’on a mis dans un vase à part,
et auquel on a ajouté une plus grande quantité de
fiel préparé, que nous désignerons par le n° 2. On
jette : 1° la laque carminée ; 2° la terre d’Italie ; 3° l’in-
digo flor n° 1 ; 4° l’indigo flor n° 2, auxquels on
ajoute, avant de les jeter, deux gouttes d’essence de


MARBRURE SUR TRANCHE. 263
térébenthine qu’on remue bien ; puis on agite en
volute, lorsque cela est nécessaire.
Le bleu n° 2 fait étendre toutes les autres couleurs,
et donne un bleu clair pointillé qui produit un si
joli effet. C’est à la seule essence de térébenthine
qu’est due cette propriété. On peut incorporer cette
essence dans toutes les couleurs qu’on voudra jeter
les dernières ; elle serait sans effet, si on l’incorporait
dans les précédentes.
Si l’on veut faire la marbrure qu’on appelle peigne
rien n’est plus simple, du moins théoriquement. Au
lieu de remuer les couleurs avec le bâton rond ; il
faut se servir des instruments qu’on nomme peignes,
en les choisissant et les manœuvrant de la manière
la plus convenable pour produire l’effet voulu.
On conçoit qu’il est possible de varier les mar-
brures à l’infini. Cela dépend du goût et de l’habileté
du marbreur, du nombre et de l’intensité des cou-
leurs qu’il emploie, et de l’ordre suivant lequel iI les
dispose.

§ 9. -- MARBRURE DES TRANCHES.[modifier]

Quant tout est disposé comme il vient d’être dit,
on passe à la marbrure proprement dite. Commen-
çons par celle des tranches.
Le marbreur travaille à la fois un certain nombre
de volumes, une douzaine par exemple, et il marbre
d’abord les gouttières.
Prenant donc chaque volume, il le pose sur une
table par le dos, laisse tomber les cartons, appuie
sur les mors pour aplatir la gouttière, puis place le
volume entre des ais, les cartons en l’air. Il n’a plus
alors qu’à le saisir avec les deux mains, ou même
avec une seule, à le bien serrer et à le plonger dans


264 MARBRURE DU PAPIER.

le baquet à une profondeur telle qu’il ne puisse se
charger que de la préparation colorante strictement
nécessaire pour produire l’effet voulu.
La gouttière marbrée, on la laisse sécher. Quand
elle est suffisamment sèche, on marbre de la même
manière, la tête et la queue, successivement. Après
avoir rabattu les cartons, on les frappe pour les faire
rentrer jusqu’au niveau de la tranche, puis sans
mettre le volume entre des ais, on le plonge dans le
baquet.

§ 10. -- MARBRURE DU PAPIER.[modifier]

Le papier marbré se fait exactement comme la
tranche des livres, avec les mêmes matières, les mê-
mes préparations, le même outillage.
L’ouvrier prend d’une main entre le pouce et l’in-
dex, une feuille de papier blanc, par le milieu de l’un
des petits côtés, et de l’autre main, entre les mêmes
doigts, le milieu du côté opposé. Cela fait, il la cou-
che sur le baquet, et la relève sans la faire glisser
sur la gomme, après quoi il l’étend immédiatement
sur un châssis, la couleur en dessus, pour qu’elle
puisse sécher. Quand elle est sèche, on la lisse et la
plie.
Toute la difficulté de cette marbrure consiste à sa-
voir poser la feuille de papier à plat sur l’eau gom-
mée qui supporte les couleurs, et à la retirer sans
que la disposition de ces dernières en soit dérangée.
Aujourd’hui, l’on a rarement recours à ce procédé
pour se procurer le papier marbré. Celui qu’on em-
ploie, soit pour les gardes des livres, soit pour les
demi-reliures est produit par des fabricants spé-
ciaux, dont l’industrie a été décrite avec détails par
M. Fichtenberg, dans son Manuel du Fabricant de
Papiers de fantaisie.


DORURE ET GAUFRURE. 265.


CHAPITRE VI. Dorure et Gaufrure. [modifier]

Observations préliminaires.[modifier]

Il en est de la dorure comme de la marbrure, et à
plus forte raison, une pratique constante donne seule
le moyen de la faire d’une manière satisfaisante.
Voilà pourquoi les relieurs peu occupés, surtout ceux
des petites villes, ne sauraient l’aborder avec succès.
A peine leur est-il possible de pousser les titres et
les ornements les plus simples qui enjolivent les
dos ; encore même parviennent-ils rarement à don-
ner à leurs ouvrages la netteté et la régularité indis-
pensables, D’ailleurs, outre l’habileté de main, le
doreur véritablement digne de ce nom, doit posséder
deux choses qui ne s’acquièrent pas et sont un don
de la nature, savoir : un goût irréprochable et un
sentiment élevé de l’art.


La dorure pour reliure forme deux branches qui,
à Paris, Vienne, Londres, Lyon et autres grandes
villes, sont exercées par des ouvriers spéciaux, ce
sont :
La dorure sur tranche,
Et la dorure sur le dos et la couverture.
Dans l’une et dans l’autre, on emploie exclusive-
ment lor au livret, qui est fourni par le batteur
d’or. Toutefois pour les reliures à bon marché et
surtout pour les emboîtages, on fait un usage cons-


266 DORURE ET GAUFRURE.

tant de feuilles de faux or, c’est-à-dire de laiton,
qui sont fabriquées en vue de cette application par
les mêmes procédés que celles d’or vrai. Cette dorure
au cuivre, comme on l’appelle, a tout le brillant de
l’or, au moment où l’on vient de l’exécuter, mais
la durée de ce luxe apparent est tout à fait éphé-
mère.

§.1. -- DORURE SUR TRANCHE.[modifier]

La dorure sur tranche se fait de plusieurs ma-
nières :
Sur tranche blanche,
Sur tranche marbrée,
Sur tranche antiquée,
Sur tranche peinte,
Sur tranche damassée, etc.
Avant de dire comment on procède dans chacun de
ces divers cas, donnons quelques détails sur les ou-
tils nécessaires au doreur sur tranche.
1. Outillage.[modifier]
L’outillage du doreur sur tranche comprend les
objets suivants :
1° Une presse à dorer ; elle se compose de deux
pièces de bois parallèles que l’on éloigne ou rappro-
che l’une de l’autre, en agissant sur deux grosses
vis à main. Tout se fait sur cette presse (fig. 67),
depuis les opérations préparatoires jusqu’au brunis-
sage, c’est-à-dire depuis le commencement jusqu’à la.
fin de la dorure. On la place, perpendiculairement
aux vis, sur une caisse ouverte, afin que les parcelles
d’or qui se détachent toujours ne puissent pas se
perdre ;
2° Plusieurs grattoirs  ; chacun de ces instruments
consiste en une lame d’acier mince comme un fort


DORURE ET GAUFRURE. 267.
ressort de pendule, et qui est arrondie à une extré-
mité et droite à l’autre. Le côté rond sert pour les
gouttières et le côté droit pour les deux bouts. On
l’affûte avec un fusil. Quant à sa largeur, elle est en
rapport avec celle de la tranche qu’on veut travail-
ler. Aussi, faut-il en avoir de différentes largeurs.
3° Plusieurs brunissoirs d’agate, les uns larges et
arrondis, les autres minces et pointus, mais tous
parfaitement polis. Les ouvriers les désignent sous
le nom de dents de loup, parce que certains d’entre
eux ont à peu près la forme d’une dent de loup ;
4° Un coussinet à placer l’or pour le couper ; il
est formé d’une planche rectangulaire, d’environ 30
centimètres sur 20, qui est recouverte d’une peau de
veau, le côté chair en dehors ; cette peau est bien
unie, fortement tendue et matelassée avec du crin
fin ou de la laine ;
5° Un couteau à couper lor  ; il a la forme d’un
couteau de table non fermant, avec cette différence
que le tranchant de la lame doit être sur une seule et
même ligne droite ; il a le manche court et la lame
longue de 23 à 24. centimètres ;
6° Un compas à coucher l’or ; il diffère du compas,
ordinaire en ce que ses deux branches sont pliées de
manière à former du même côté, une espèce d’angle
très-obtus ;
7° Deux boîtes pour contenir, l’une les cahiers d’or,
l’autre les fragments qu’on n’a pu employer immédia-
tement et qui doivent servir plus tard. La première
s’ouvre par dessus et par devant, comme les cartons
de bureau. La seconde est tapissée intérieurement de
papier très-satiné, parce que les morceaux d’or ne
peuvent s’attacher au poli de ce papier.

268 DORURE ET GAUFRURE.

2. Dorure sur tranche blanche.[modifier]
Le volume étant serré entre deux ais plus épais d’un
côté que de l’autre, on prépare la tranche pour re-
cevoir l’or et pour le retenir.
Pour cela, on l’encolle avec de la colle de pâte fraî-
che, qu’on laisse sécher, puis on la gratte avec un
grattoir, et on la brunit en frottant en travers avec la
dent, jusqu’à complète siccité.
On passe ensuite sur la tranche une couche de bol
d’Arménie, préalablement dissous dans de l’eau
additionnée de blanc d’œuf, puis on la brosse pour
la faire reluire. C’est alors qu’on applique une cou-
che légère de blanc d’œuf étendu de dix fois son
poids d’eau, ce qu’on appelle glairer ; le blanc d’œuf
joue ici le rôle d’assiette et retient l’or, qu’on a soin
de poser avant qu’il soit sec.
On laisse sécher imparfaitement, puis on fixe l’or
au moyen d’un pinceau lisse qu’on promène sur la
tranche, sur laquelle on frotte de nouveau avec la
dent à brunir. On laisse sécher entièrement, puis on
brunit encore une fois sur l’or même.
Pour dorer la gouttière, on commence par la ren-
dre bien plate en appuyant sur les mors des deux
côtés et en laissant tomber les cartons par derrière,
puis on met le volume en presse entre deux ais.
Pour appliquer l’or, on le coupe de la largeur du
volume à dorer avec un couteau de doreur et on le
dépose sur le coussinet ; on enlève ensuite l’or avec
un morceau de papier non lissé, ou avec une carte
dédoublée. La feuille d’or s’attache au duvet de ce
papier, ce qui permet de la transporter facilement
sur la tranche où elle se fixe ; on l’étend en souf-
flant dessus et on l’assujettit avec de l’ouate.


DORURE ET GAUFRURE. 269
On prend aussi quelquefois la feuille d’or avec le
compas à longues branches coudées, ou bien avec un
de ces pinceaux plats, qu’on nomme palettes.
La gouttière dorée, on dore de la même manière
la tête et la queue, après avoir fait descendre les
cartons au niveau de la tranche. On incline les volu-
mes dans la presse, du côté du dos ; on les serre
chacun entre deux ais qui garantissent les mors.
On laisse sécher la dorure à la presse (il faut six
heures environ), après quoi l’on brunit avec une
agate en travers du volume ; ce brunissage doit être
fait légèrement et avec précaution pour ne pas en-
lever l’or, et bien également pour ne pas faire de
nuances.
Quand le brunissoir a été promené partout, on
passe très-légèrement sur la tranche un linge très-fin
et enduit d’un peu de cire vierge, après quoi on bru-
nit de nouveau, mais un peu plus fort. On recom-
mence cette opération plusieurs fois, jusqu’à ce qu’on
n’aperçoive aucune onde faite par le brunissoir, et
que la tranche soit bien unie et bien claire.
Les ébarbures de l’or s’enlèvent avec du coton en
rame que l’on jette dans la caisse au-dessus de la-
quelle se font toutes les opérations de la dorure.
Au lieu de procéder comme ci-dessus, d’autres
préfèrent opérer de la manière suivante :
Après avoir serré le volume dans la presse, on le
glaire légèrement et on laisse sécher. On donne en-
suite une couche très-mince d’une composition obte-
nue en broyant à sec un mélange de parties égales
de bol d’Arménie, de sucre candi et d’une très-petite
quantité de blanc d’œuf. Quand cette couche est sèche


270 DORURE ET GAUFRURE.

on gratte et l’on polit, puis, avant d’appliquer l’or,
on mouille la tranche avec un peu d’eau pure, et l’on
appuie les feuilles d’or comme il a été dit. Enfin,
quand celles-ci sont sèches, on polit avec la dent
de loup.
Dans le système de Mairet, on procède comme il
suit :
« La première opération de la dorure se fait en
rognant le volume, sur la tranche duquel on passe,
au pinceau, avant de le sortir de la presse, une
bonne couche de décoction safranée. Ce liquide, qu’on
emploie tiède, se prépare en faisant bouillir dans un
verre d’eau une pincée de safran du Gâtinais ;
puis en ajoutant à la décoction retirée du feu, gros
comme une noisette d’alun de roche pulvérisé, et un
peu moins de crème de tartre. On met cette couleur
sur chaque côté du livre à mesure qu’on le rogne, et
avant de desserrer la presse, afin que la couleur ne
pénètre pas trop profondément, ce qui pourrait
tacher les marges.
« Quand la tranche est bien sèche, on la serre
entre deux ais étroits, dans la presse à endosser, en
faisant pencher la gouttière un peu du côté de la
queue, et les bouts du côté du dos. Cette précaution
est nécessaire pour que la couleur s’écoule de ma-
nière à ne rien gâter. Alors on gratte la tranche
pour la dresser et l’unir parfaitement, tout en ayant,
soin de ne pas la toucher avec les doigts, dans la
crainte de la graisser et d’empêcher l’or de tenir.
« On s’occupe ensuite d’une autre opération. On pile
dans un vase plusieurs oignons blancs, et l’on en
exprime le jus dans une grosse toile. Alors, sur la
tranche grattée et brunie à l’agate, on donne succes-
sivement trois ou quatre couches de jus d’oignon ;


DORURE ET GAUFRURE. 271
on frotte aussitôt fortement, et jusqu’à siccité, avec
une poignée de rognures bien douces, ne cessant que
lorsque la tranche fait glace partout et présente un
beau brillant.
« C’est alors qu’elle est prête à recevoir le blanc
d’œuf appelé mixtion pour attacher l’or, et obtenu
en battant un blanc d’œuf dans deux fois son volume
d’eau à laquelle on a ajouté huit gouttes d’alcool. Ce
mélange doit être battu avec une fourchette de bois
jusqu’à consistance d’œufs à la neige, puis reposé et
passé à travers un linge très-fin. La liqueur qu’il a
produite peut se garder quelques jours, à condition
d’être passée à travers un linge chaque fois qu’on
veut s’en servir.
« Cette mixtion doit être posée une première fois
sur la tranche avec un blaireau plat de poils de rat
ou de cheveux. Cette première couche sèche, on
frotte légèrement avec des rognures douces, puis on
souffle afin qu’il ne reste rien de sali. On donne en-
suite une seconde couche, de manière à ce que la
mixtion fasse glace partout, puis on pose immédia-
tement l’or avec la carte. On a dû éviter, en appli-
quant la mixtion, de passer le blaireau plusieurs
fois sur la même place, car cela ferait faire des bulles
et lor ne s’attacherait pas sur ces points.
« Le brunissage à l’agate a lieu ensuite après
siccité complète. On connaît que la tranche est
assez sèche quand lor a pris une teinte uniforme,
et brille partout également. On y passe alors à nu,
sur toute la surface, le gras de l’avant-bras pour
amortir l’or, et faire mieux glisser le brunissoir.
On passe l’agate, puis on termine comme précédem-
ment. »

272 DORURE ET GAUFRURE.

3. Dorure sur tranche après la marbrure.[modifier]
On choisit une marbrure dont le dessin soit peu
confus et qui ait les couleurs les plus saillantes pos-
sible.
Le volume étant dans ces conditions, et bien sec,
on gratte la tranche et on la brunit ; on y passe en-
suite du blanc d’œuf délayé dans l’eau, et l’on dore
comme nous l’avons indiqué, puis l’on brunit en tra-
vers. Quand le tout est sec, on aperçoit la marbrure
à travers l’or.
Cette dorure, fort en vogue autrefois, a été aban-
donnée depuis ; on y revient de nos jours. La mode
la fait reprendre de temps en temps.
4. Dorure sur tranches antiquées.[modifier]
Après que la dorure a été faite comme nous l’avons
dit dans le premier procédé, et qu’elle est brunie,
avant de sortir le volume de la presse, on passe
promptement et avec précaution une couche très-
légère de blanc d’œuf délayé dans l’eau, en évitant de
passer deux fois sur la même place pour ne pas déta-
cher l’or. On laisse sécher, puis on passe un linge fin
légèrement imbibé d’huile d’olive. On applique des-
sus une feuille d’or d’une autre couleur que la pre-
mière, on pousse à chaud des fers qui représentent
divers sujets, et l’on frotte avec du coton en rame.
L’or qui n’a pas été touché par le fer chaud ne tient
pas, il est enlevé et il ne reste que les dessins que les
fers ont imprimés, ce qui produit un très-joli effet,
mais dont la mode est passée.
Les albums photographiques avec tranche bleue,
verte, etc., décorée d’ornements en or, se font d’une
autre manière. Cette tranche ayant été préparée comme
pour la dorure, on la colore en vert avec le vert de


DORURE ET GAUFRURE. 273
Schweinfurt, en bleu avec l’outremer ou le bleu de
Prusse, en rouge avec le carmin. Avant d’être appli-
quées, ces couleurs sont broyées avec du blanc d’œuf.
Quand elles sont sèches, on les polit à la dent de
loup, et comme elles portent avec elles leur assiette,
on dore alors par place et à chaud avec des fers ap-
propriés, qu’on fait chauffer et qu’on applique sur
des feuilles d’or préalablement posées sur la tranche.
5. Dorure sur tranches damassées.[modifier]
Les procédés sont les mêmes que pour la dorure
sur tranches unies ; seulement on ne brunit pas, et
la tranche étant dorée, on la marbre au baquet à
deux couleurs :
1° On jette du bleu beaucoup plus collé au fiel
que pour les tranches ordinaires ;
2° On emploie le même bleu, mais encore plus
collé, et dans lequel on a mis une goutte d’essence
de térébenthine. Ces deux couleurs doivent être im-
perceptibles sur l’or.
Quand les trois côtés de la tranche sont marbrés,
on laisse sécher et l’on brunit avec les précautions
accoutumées.
6. Dorure sur tranches à paysages transparents.[modifier]
Lorsque la tranche est préparée comme pour la
marbrure, et qu’elle a été bien grattée et bien polie,
on y fait peindre à l'aqua-tinta un sujet quelcon-
que, tel qu’un paysage ; cela fait, on y passe une
couche de blanc d’œuf délayé dans l’eau, et l’on dore
immédiatement comme à l’ordinaire. Quand le vo-
lume est fermé, la dorure couvre le paysage, et on
ne le voit pas ; mais lorsqu’on courbe les feuilles,
on l’aperçoit facilement et on ne voit pas la dorure.
M. Mairet agit différemment. Il omet le safran


274 DORURE ET GAUFRURE.

qu’ordinairement il préfère, gratte bien la tranche,
l’enduit plusieurs fois de jus d’oignon, laisse sécher,
frotte avec des rognures douces, retire le livre de la
presse et le lie fortement entre deux planchettes de
même grandeur que le volume, et de telle sorte que
la tranche soit à découvert du côté de la gouttière.
En cet état, on y dessine à la mine de plomb un su-
jet quelconque, puis on le peint avec des couleurs
liquides, afin qu’il n’y ait pas d’épaisseur. Les encres
de couleur, excepté la gomme-gutte, conviennent pour
cet usage.
7. Tranches ciselées.[modifier]
Les tranches ciselées font aussi partie des tra-
vaux de l’art du doreur. Par tranche ciselée, on
entend une tranche qui a été dorée, et par-dessus
l’or de laquelle on a imprimé ou peint un dessin ou
un objet analogue à la matière traitée dans l’ou-
vrage. Parfois aussi ce sont des arabesques qui
s’harmonisent avec le style de la couverture. Le des-
sin, le sujet ou les arabesques sont découpés en pa-
trons dans des papiers épais taillés exactement de la grandeur de la tranche, et : après que cette tranche
dorée a été polie, on les imprime en couleur. Si le
dessin est peint ou est une vignette, le relieur confie
ce travail à un artiste. Toutes ces bizarreries n’ont
rien de commun avec l’art de la reliure.
8. Tranches caméléon.[modifier]
On connaît aussi, sous le nom de tranche camé-
léon ou tranche grecque, un mode d’ornementation
d’ailleurs peu usité, qui consiste, après que le livre
a été rogné et couvert, à l’ouvrir, en rabattant le
dos de manière que toutes les feuilles qui forment la
tranche se dépassent l’une l’autre, et constituent


DORURE ET GAUFRURE. 275
un escalier à degrés très-fins, Alors on met cette
tranche en couleur, et lorsque celle-ci est sèche, on
renverse le livre sur le plat opposé et l’on opère de
même, mais en une autre couleur. Enfin, quand le
tout est sec, on ferme le livre à l’état ordinaire ; et
on dore la tranche ou bien on la peint en une troi-
sième couleur. De cette façon lorsqu’on ouvre le
livre, la tranche parait tantôt rouge, tantôt bleue ou
dorée, ou mélangée de ces couleurs.
On fait aussi de cette manière des tranches où les
dessins, les paysages, etc., n’apparaissent que lors-
qu’on ouvre le livre.
Observations.[modifier]
On dore quelquefois les tranches avec de l’or im-
pur ou allié, ou bien on les argente. Dans l’un et
l’autre cas, on procède comme avec l’or pur ; seule-
ment l’albumine doit être bien plus épaisse, parce que
cet or et cet argent ne pouvant être battus aussi
mince que l’or pur, seraient cassants si l’assiette
n’avait pas plus de force d’adhérence.

§ 2. -- DORURE SUR LE DOS ET LA COUVERTURE.[modifier]

Quand on veut dorer la couverture d’un livre, on
fait deux opérations, qui consistent, l’une à cou-
cher l’or, l’autre à le fixer. La première est l’ou-
vrage du coucheur d’or, la seconde celui du doreur
proprement dit. L’un et l’autre commencent par le
dos, continuent par le dedans des cartons, puis pas-
sent au bord sur l’épaisseur de ces derniers, et ter-
minent par les plats.


276 DORURE ET GAUFRURE.

1° Opérations du coucheur d’or.[modifier]
1. Outillage.[modifier]
L’outillage du coucheur d’or, comprend tous les
outils et instruments du doreur sur tranche, notam-
ment les boîtes à renfermer l’or, le coussinet pour
le poser, le compas, les pinceaux et les tampons de
coton pour le transporter, le couteau pour le cou-
per, etc. On y trouve, en outre, les objets suivants :
1° Un huilier (fig. 72) ; c’est une petite boîte en
bois ou en fer-blanc, dont un côté A B est élevé, et
qui renferme un godet C dans lequel on met de l’huile
de noix bien limpide. Il est muni d’un couvercle D
que l’on tient constamment fermé lorsqu’on ne tra-
vaille pas, afin de garantir l’huile de la poussière ou
des ordures qui pourraient la salir. Cette boîte est
étroite et longue, sa largeur intérieure est suffisante
pour contenir le godet au milieu, et de chaque côté
un espace vide d’environ trois centimètres. Sa lon-
gueur est assez grande pour renfermer certains outils ;
2° Une éponge ; c’est un morceau d’éponge fine
fixé au bout d’un manche de bois que l’on fait plus
large du côté où doit être l’éponge que dans tout Ie
reste ;
3° Un bilboquet G (fig. 76) ; c’est une plaque de bois
de 1 centimètre et demi de large sur 8 centimètres de
long, qui est doublée en drap collé par dessus H, et
qui porte au milieu de sa longueur un manche I ;
4° Un couchoir J, en buis ; c’est une planchette
longue d’environ 16 centimètres sur 2 millimètres
d’épaisseur, dont la section présente à peu près la
forme d’un S (fig. 77).
5° Une carte ; ce n’est autre chose qu’un morceau
de papier pâte tel que nous l’avons décrit plus haut ;


DORURE ET GAUFRURE. 277
6° Des pinceaux doux de poils de blaireau ; on en
a de plusieurs formes, de ronds et de plats qu’on
nomme palettes (fig. 78) ;
Deux billots cubiques de même hauteur et de
même dimension ; on s’en sert pour étendre les deux
couvertures dessus, en faisant tomber, entre les
deux, les feuilles du volume. Par ce moyen, on a la
facilité de coucher l’or sur les plats sans danger d’en-
lever les parties déjà couchées (fig. 79) ;
9° Un petit compas (fig. 81) ;
Le bilboquet, le couchoir, la carte et le compas se
renferment dans le tiroir de l’huilier.
Il faut beaucoup de propreté dans le travail du
coucheur d’or ; son atelier ne doit avoir aucun cou-
rant d’air qui s’opposerait aux opérations et ferait
perdre beaucoup d’or.
2. Travail du coucheur d’or.[modifier]
Comme son nom l’indique, la @ travail du coucheur
d’or consiste à découper les feuilles d’or et à les dis-
poser sur les points qu’elles doivent occuper, et qui
ont été préalablement apprêtés par le doreur, c’est-
à-dire encollés et glairés.
Le coucheur prend un cahier d’or, l’ouvre à l’en-
droit où se trouve une feuille, passe le couteau par
dessous celle-ci, la soulève, la porte sur le coussin,
l’y pose, et l’étend parfaitement en dirigeant un
léger souffle sur son milieu. Cela fait, après avoir
pris avec un petit compas, la largeur et la lon-
gueur des places où il doit coucher l’or, il coupe la
feuille avec le couteau en tenant celui-ci par le man-
che, le tranchant sur les points marqués, ap-
puyant d’un doigt de la main gauche sur la pointe
Relieur. 16


278 DORURE ET GAUFRURE.

de la lame, et enfin en agitant légèrement son outil
comme s’il sciait.
Notons, en passant, qu’avant de prendre l’or, on
applique sur chaque endroit apprêté, et bien sec, une
couche imperceptible d’huile de noix avec l’éponge, ou
un pinceau à palette large et doux, ou un pinceau or-
dinaire selon les emplacements où l’on doit le poser.
Très-souvent, on doit se servir de suif, que l’on étend
sur un morceau de drap, et qui remplace l’huile avec
d’autant plus d’avantage, qu’il tache beaucoup
moins. On passe avec le bout du doigt le drap,
ainsi apprêté, sur toutes les places où cela est né-
cessaire. Il est même préférable pour le doreur, de
prendre des livres ainsi couchés, plutôt que s’ils
étaient préparés avec l’huile, puisqu’il doit compren-
dre que le cuir est moins imbibé avec le suif qu’avec
l’huile.
Après cette préparation, soit avec la carte dédou-
blée ou le morceau de papier pâte, soit avec le bilbo-
quet, on prend l’or et on le transporte immédiate-
ment, sans hésitation, sans trembler et avec assu-
rance, sur l’endroit que l’on a préparé. Il faut poser
l’or juste à la place où il doit rester, car il happe tout
de suite, et si l’on voulait le tirer pour le pousser
d’un côté ou de l’autre, on le déchirerait et la dorure
serait mauvaise.
Avant de prendre l’or, soit avec la carte, soit avec
tout autre instrument, on avait soin autrefois de
passer légèrement la carte ou l’instrument sur le
front à la naissance des cheveux, afin qu’il s’y char-
geat d’une humeur onctueuse dont la peau est tou-
jours un peu humectée dans cette partie, ce qui y fai-
sait attacher un peu la feuille d’or. Cette pratique
est inutile. Les ouvriers d’aujourd’hui sont même


DORURE ET GAUFRURE. 279
assez adroits pour coucher l’or sur le dos des livres
avec le couteau seulement. Pour y parvenir, ils
soulèvent la feuille avec la lame de cet instrument,
l’enportent avec, la posent sur le dos, puis la fixent
avec du coton en laine.
En couchant l’or sur le dos du livre, on le laisse
un peu plus long qu’il ne faut, en tête et en queue,
afin de pouvoir l’appliquer parfaitement sur les coif-
fes.
L’or se couche sur la bordure intérieure, soit avec
le couchoir, soit encore mieux avec le bilboquet.
Chaque fois qu’on a couché de l’or, on frotte l’ins-
trument dont on s’est servi sur un linge fin et propre,
qu’on a sur soi ou à côté de soi.


-----------------------------------------


On couche l’or pour les filets des plats de la même
manière, mais il est toujours nécessaire de tirer une
ligne droite du côté du mors, car si les trois autres
côtés ne présentent aucune difficulté, parce qu’on se
trouve fixé par le bord, il n’en est pas de même pour
celui-ci. On marque un trait avec le tranchant du
plioir que l’on dirige le long d’une règle. Lorsqu’on
couche à la main, on tient à pleine main les feuilles
du volume de la main gauche, les cartons libres ;
celui sur lequel on veut travailler est appuyé sur le
pouce de cette main, le dos tourné vers soi. Alors
on pose l’or sur le côté de tête ou de queue, qui se
trouve du côté du bras gauche ; on fait ensuite pi-
rouetter le volume de manière que la gouttière soit
vers le bras gauche, on couche ce côté ; on fait tour-
ner encore le volume pour terminer par l’autre petit
côté.
On peut aussi coucher l’or pour les filets sur les


280 DORURE ET GAUFRURE.

plats à la carte ou au bilboquet, sans tenir le livre.
Pour cela, on prend les deux billots cubiques, et on
les place sur la table l’un à côté de l’autre, à une
distance suffisante pour que toutes les feuilles du
volume puissent se loger entre eux. Enfin on ouvre
les deux cartons et on les fait reposer à plat sur
les deux faces des billots. Alors toute la couverture
est à plat et le volume pend entre les deux billots.
On a ainsi beaucoup de facilité pour coucher unifor-
mément et symétriquement les filets et tout ce qui
doit orner les plats.


On ne doit pas glairer, sur un volume en veau, les
places qu’on veut laisser sans brillant.
La moire et les autres étoffes de soie ne doivent pas
être glairées, lorsqu’on ne veut pas coucher de l’or
dessus, parce qu’elles portent avec elles leur brillant
naturel. En outre, elles se glairent avec du blanc en
poudre ou mieux, avec de la poudre de Lepage.
Quand c’est avec du blanc, on haleine dessus pour le
rendre humide ; ensuite on couche l’or, qui happe
tout de suite.
Opérations du doreur.[modifier]
Le doreur est l’ouvrier qui, avec des instruments
de cuivre gravés en relief par un bout et montés
dans un manche de bois par le bout opposé, fixe l’or
sur tous les points que touchent les saillies de la
gravure. Ces instruments s’appellent fers. Leurs
dimensions sont toujours très restreintes. Néanmoins
il y en a dont la petitesse est telle qu’on les désigne
spécialement sous le nom de petits fers.
C’est le doreur qui applique sur le dos des livres


DORURE ET GAUFRURE. 281
les titres et les ornements ; c’est également lui qui
exécute les enjolivements de tout genre qui enrichis-
sent les plats, et, ce que beaucoup de personnes igno-
rent, il obtient toutes ces merveilles en combinant et
ajustant ensemble un nombre infini de menus élé-
ments qui, pris isolément, ne représentent à peu près
rien. C’est de lui qu’on veut parler quand on dit que
la dorure des livres exige un goût irréprochable et
un sentiment élevé de l’art.
Le doreur opère toujours à chaud, c’est-à-dire qu’il
n’applique ses fers qu’après les avoir fait chauffer.
Quelquefois, au lieu d’un ornement doré, il veut sim-
plement produire une gaufrure. Dans ce cas, on ne
couche point l’or. Souvent on fait valoir la gaufrure
en y passant quelque encre de couleur. C’est ce genre
de travail qu’on appelle très-improprement dorure
à froid et dont le nom véritable est tirage en noir
ou tirage en couleur, suivant qu’on emploie une
encre noire ou une encre de couleur.
1. Outillage du doreur.[modifier]
L’outillage doit être rangé, sous la main de l’ou-
vrier, sur une table solide et placée de telle sorte
qu’il reçoive directement sur son ouvrage toute la
lumière du jour. Outre des collections de modèles et
ce qui est nécessaire pour écrire, calquer et dessiner,
il comprend les objets que voici :
1° Un fourneau pour chauffer les fers. Il est au-
devant du doreur, un peu sur la droite,.et se com-
pose de deux parties : le fourneau proprement dit,
qui occupe le derrière, et le laboratoire, qui est sur
le devant (fig. 82, pl. 4).
Le fourneau proprement dit renferme le corp A,
la hotte B et la cheminée C. A peu près à la moitié


282 DORURE ET GAUFRURE.

de sa hauteur intérieure, se trouve une grille en fer
sur laquelle on place le charbon. Sur le devant sont
pratiquées deux ouvertures qui peuvent être entière-
ment ouvertes ou fermées, vers le milieu de leur
hauteur, par deux portes G et H, qui se meuvent
sur des charnières verticales, selon que les parties
que l’on a à faire chauffer sont plus ou moins gran-
des. Au-dessous et sur le devant, est pratiquée une
large ouverture E, pour l’introduction de l’air néces-
saire à la combustion ; cette ouverture peut être fer-
mée par une porte, qu’on voit à travers les barreaux
de la partie antérieure, selon qu’on a besoin d’un
tirage plus ou moins fort. Sur le côté, on voit un
tiroir D qui sert à recevoir les cendres du charbon,
pour s’en débarrasser lorsqu’il est plein. Toutes les
parties de ce fourneau sont construites en tôle.
La partie antérieure a sa base F en tôle ; tout le
reste est construit en petites tringles en fer, comme
l’indique la figure ; ces tringles servent à supporter
les fers, les palettes et les roulettes dont se sert le
doreur ; elles reposent, par leur partie métallique,
sur les dents de la crémaillère que l’on aperçoit près
du fourneau, et par leur manche, sur les traverses
que l’on voit en avant.
Tel est l’ancien fourneau à charbon de bois, qui
était adopté par tous les relieurs, avant que le gaz
d’éclairage ait été employé au chauffage. Il sert en-
core dans les petits pays où le gaz n’existe pas, et il
rend les mêmes services qu’autrefois ; c’est pourquoi
nous le mentionnons ici.
Le nouveau fourneau à gaz (fig. 82 bis) a beau-
coup d’analogie avec l’ancien fourneau à charbon de
bois. Il se compose d’un petit rectangle en fonte,
monté sur quatre pieds également en fonte, et ouvert


DORURE ET GAUFRURE. 283
en partie sur sa face antérieure. Cette face est fermée
aux deux tiers par une plaque en fonte et quelque-
fois en tôle, pourvue à sa partie la plus élevée d’une
crémaillère, entre les dents de laquelle l’ouvrier do-
reur pose ses roulettes, ses palettes ou ses fers à
dorer, lorsqu’il veut les chauffer. Au centre de l’appa-
reil et dans sa longueur, existe un tube en fonte
percé en dessus de trois rangées de petits trous par
lesquels sort le gaz à brûler. Ce brûleur tient au
fourneau par ses extrémités au moyen de deux ren-
flements. L’un de ceux-ci est percé et reçoit un tuyau
d’un diamètre plus petit que le brûleur ; ce tuyau en
laiton est muni d’un robinet d’introduction ou d’ar-
rêt pour le gaz, qui y arrive par un tube en caout-
chouc, qu’on y adapte ou qu’on en retire à volonté.
Le renflement dans lequel est soudé le tuyau en
laiton est percé de trous qui permettent l’introduc-
tion de l’air nécessaire à la combustion du gaz.
On approche devant ce fourneau une tôle montée
sur quatre pieds, un peu plus basse que la crémail-
lère ; elle est destinée à recevoir les manches des ou-
tils que l’on y place à chauffer. Cette disposition per-
met de séparer les deux parties de ce fourneau, ce
qui le rend moins encombrant que s’il était d’une
seule pièce.
2° Un petit vase en terre vernissée ou en faïence,
d’une forme oblongue, de 20 à 23 centimètres sur
5 centimètres et demi de large environ ; il est plein
d’eau (fig. 83).
3° Deux petits billots en forme de parallélépipède
rectangle, contre lesquels on appuie le volume pour
pousser les palettes, les lettres et les fleurons sur le
dos de ce volume (fig. 84). Deux des faces contiguës
sont fortement inclinées, afin que, dans le mouvement

284 DORURE ET GAUFRURE.

circulaire que la main du doreur est obligée de
décrire pour poser les fers sur le dos du livre, elle
ne soit pas gênée. Ce plan incliné est sur la droite
de l’ouvrier, et le volume est appuyé contre le plan
à gauche, et repose par sa gouttière sur la table.
Afin d’empêcher les billots de remuer, car ils doivent
présenter un point inébranlable à l’effort du doreur
qui appuie le livre contre, on a placé deux chevilles
en bois à la surface inférieure, lesquelles entrent
dans deux trous pratiqués dans le dessus de la
table.
Les billots devant être moins épais que la lar-
geur du volume, on en a plusieurs appropriés à cha-
que format.
Les chevilles sont placées toutes à la même dis-
tance, afin de ne pas cribler la table de trous.
Tous les billots sont mobiles. Pour plus de sûreté,
on doit en avoir un de 5 à 6 centimètres de hauteur,
qui, fixé à demeure sur la table, sert à empêcher
les autres de pencher de côté, dans le cas où les
chevilles qui les retiennent viendraient à vaciller.
Il concourt ainsi à maintenir le volume bien verti-
calement ;
4° Une brosse plate, rude, comme une brosse à
souliers ou à frotter les appartements ; elle est pla-
cée près du fourneau et sert à passer les fers dessus
pour en nettoyer la gravure (fig. 85) ;
5° Un morceau de veau pour essayer la chaleur
des fers ; il est disposé à côté du vase long à l’eau ;
6° De nombreuses roulettes ; ce sont des disques
dont la tranche présente différents dessins, et qui
tournent sur un axe disposé à l’extrémité d’un
manche ou fût. Suivant le besoin, on les monte isolé-
ment ou plusieurs ensemble sur le même fût.


DORURE ET GAUFRURE. 285
La figure 86 représente une roulette ordinaire dans
son fût particulier. Ce fût a est en fer, et en forme
de fourchette à l’une de ses extrémités pour recevoir
la roulette b, qui y est fixée par une cheville qui la
traverse ainsi que les branches de la fourchette.
Cette cheville est à frottement dur dans les deux
branches de la fourchette, et libre dans le trou de
la roulette, qui peut tourner facilement sur son axe
et contre les deux joues de la fourchette. L’autre ex-
trémité du fût est pointue et s’engage solidement
dans le manche c qui, pour plus de solidité, est cerclé
en fer. Les roulettes sont gravées sur leur circonfé-
rence convexe.
Comme le doreur emploie beaucoup de roulettes
différentes, et qu’il était embarrassant de les avoir
toutes montées séparément chacune sur un fût parti-
culier, on a imaginé un fût commun qui pût les
recevoir toutes avec promptitude et facilité ; alors on
conserve toutes les roulettes en garenne dans une
boîte, et l’on ne monte sur ce fût que celle dont on a
besoin sur-le-champ. C’est un instrument de ce genre
que nous représentent les figures 87, 88.
La fig. 87 montre une roulette b montée sur le
fût commun a  ; on voit en c une partie du manche.
-- @ La figure 88 indique les détails de cet instru-
ment. La partie inférieure a du fût porte la jumelle
b et une traverse @ c. Ces trois pièces sont invariable-
ment unies ensemble et ne forment qu’un seul corps.
La traverse c entre dans une mortaise pratiquée dans
le bas de la jumelle d, qui, lorsqu’elle est rappro-
chée au point nécessaire pour laisser à la roulette la
liberté de rouler, est fixée par la petite vis à oreil-
les e, qui est taraudée dans l’épaisseur de la ju-
melle d ;


286 DORURE ET GAUFRURE.

Dans cette construction, l’axe de la roulette entre à
frottement dur dans la roulette, qui tourne librement
dans les trous des deux jumelles b et d. Il est, par
conséquent, nécessaire d’avoir autant d’axes que de
roulettes. Cependant il serait facile de n’avoir qu’un
seul axe commun, en lui donnant deux oreilles
comme à la petite vis e, le faisant entrer à vis dans
la jumelle b, faisant tout le reste de la tige cylindri-
que et uni ; cette partie traverserait librement la rou-
lette, et son extrémité entrerait juste dans le trou de
la jumelle d.
7° Un billot à dorer les bords (fig. 89) ; il a une
face fortement inclinée contre laquelle on appuie le
volume. L’ouvrier présente le volume par les bords,
tout près de l’angle a, et il appuie la roulette @ contre
cet angle, qui lui sert de règle pour ne pas s’écarter
de l’épaisseur du carton ;
8° Une collection aussi nombreuse que possible de
fers à dorer ; on a vu qu’on appelle ainsi des instru-
ments de cuivre dont l’un des côtés porte des orne-
ments en relief : le côté opposé est muni d’un manche
pour qu’on puisse les manier. Il y en a une infinité
d’espèces, auxquelles on donne des noms différents.
Ceux de dimensions très-restreintes, constituent,
on l’a vu, ce qu’on appelle les petits fers. Pour
reproduire, surtout sur les plats, avec rapidité et
économie, des dessins très - compliqués ou d’une
grande étendue, on remplace souvent les fers par des
plaques de cuivre également gravées en relief ; mais
ce moyen de décoration facile est plus particulière-
ment à l’usage de la reliure industrielle.
9° Un composteur (fig.90) et sa casse (fig. 91).
Le composteur sert à faire sur le dos des volumes
les titres et les tomaisons. Il consiste en deux pla-


DORURE ET GAUFRURE. 287
ques de laiton a disposées parallèlement entre elles
et retenues à une distance convenable pour recevoir
juste les lettres m dont on compose les mots qu’on
doit pousser sur les titres. Ces petites plaques a sont
solidement fixées dans une armature b, portant laté-
ralement une vis à oreilles d, qui sert à serrer les
lettres afin qu’elles ne ballottent pas. La queue de
l’armature est solidement enfoncée dans un manche
en bois c, cerclé d’une frette ou virole en fer g. Tout
cet instrument est en laiton, ainsi que les lettres.
La casse qui accompagne le composteur et qu’on
voit figure 91, est une boîte à compartiments qui ren-
ferme dans chacun d’eux : 1° toutes les lettres de
l’alphabet, et dont chacune est en nombre suffisant
pour tous les besoins ; 2° pareillement les caractères
des chiffres arabes pour le titre du tome. Cette boîte
qui se ferme par un couvercle à coulisse e, est assez
grande pour contenir aussi deux composteurs,
parce que souvent on en emploie deux à la fois.
Le doreur doit être pourvu de six à sept jeux de
lettres variés selon ses besoins, afin d’avoir de gros
et de petits caractères, selon que les formats sont
plus ou moins grands. Il est fort agréable, dans le
même titre, d’avoir deux sortes de grosseurs de let-
tres, de manière que les mots indispensables soient
en gros caractères, et les autres en plus petits.
Le composteur est assez grand pour recevoir la
composition de deux ou trois lignes, car on en a
rarement un plus grand nombre à pousser.
Le doreur compose la première ligne qu’il place sur
le composteur à gauche ; puis il met une espace, en-
suite il compose la seconde ligne qu’il place à la suite ;
puis une espace, et enfin la troisième ligne qu’il met à
la suite. Si le composteur n’est pas assez grand pour


288 DORURE ET GAUFRURE.

y placer le titre en entier, il met le reste sur le se-
cond composteur ; mais il doit avoir soin de ne pas
couper une ligne par le milieu en en plaçant une
partie sur un composteur, et l’autre sur l’autre. Il
faut qu’une ligne entière soit sur le même compos-
teur, sans cela il s’exposerait à pousser la ligne d’une
manière désagréable ou incorrecte ;
10° Une cloche à l’or (fig. 92) ; c’est un vase en grès
fermé, par un couvercle en carton et concave par sa
partie supérieure, sur laquelle on dépose les petits
chiffons et le coton en rame dont on se sert pendant
le travail de la dorure. On y conserve également les
mêmes chiffons jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment
chargés d’or ;
11° Une palette à pousser les coiffes (fig. 93) ; elle
est arrondie en forme de segment de cône creux ; de
plus elle est gravée en portions de rayon, se diri-
geant vers le sommet du cône dont elle serait sup-
posée faire partie ;
12° Des grattoirs, semblables à ceux que nous
avons décrits plus haut, et un fusil pour les af-
fûter ;
13° Des brunissoirs d’agate ou dents de loup ;
14° Des chiffons de linge fin et propre, et une
serge en laine pour reprendre tout l’or qui n’est
pas fixé, et que le linge blanc n’a pas enlevé.
2. Travail du doreur.[modifier]
Tous les outils dont il vient d’être question sont
étalés sur la table et par ordre, afin que l’ouvrier ne
soit pas obligé de chercher continuellement celui dont
il veut se servir. On n’atteindrait cependant pas ce
but, si, après avoir fini d’un fer, on le posait au pre-
mier endroit venu : il faut, au contraire, avoir le plus


DORURE ET GAUFRURE. 289
grand soin d’en former des tas différents selon leurs
usages, afin de les retrouver tout de suite sous la
main, lorsqu’on en a besoin : tels que les palettes ordi-
naires, les palettes à queue, les fleurons, les petits fers
qui servent à en composer de gros, etc.
Pendant que l’ouvrier disposé sur la table les divers
outils qui lui sont nécessaires, on allume un feu de
charbon dans le fourneau, afin qu’il puisse com-
mencer à travailler aussitôt que les fers sont chauds.
Le petit billot (figure 84) est placé devant lui.
Comme la coiffe du volume serait dans le cas de se
détériorer, si l’on ne commençait pas par elle, l’ou-
vrier prend le volume de la main gauche, le pose en
travers, par la queue, sur le billot, la coiffe en de-
hors, afin qu’elle ne touche à rien, et prenant de la
main droite la palette de la coiffe, il l’applique dessus
lorsqu’il s’est assuré qu’elle est au degré de chaleur
convenable.
Pour connaître si les fers sont suffisamment
chauds, il les trempe à plat par le bout, dans le petit
vase qui contient l’eau (fig. 83) ; au degré du bouil-
lonnement que fait l’eau, il juge si le fer a le degré de
chaleur convenable. Quelques ouvriers font cet essai
en touchant le fer avec le bout du doigt mouillé, ce
qui est préférable, parce qu’ils ne mettent de l’eau
que sur le côté du fer, et ne touchent pas à la gravure.
Par là, ils sont assurés qu’il n’entre pas d’humidité
dans le dessin, ce qui est d’une grande importance ;
car si, après avoir trempé le fer dans l’eau, on n’at-
tendait pas, pour s’en servir, assez de temps pour
que cette eau soit évaporée, l’or deviendrait gris, il
perdrait son brillant, l’eau ferait tache, ou bien l’or
pourrait être enlevé par le fer chaud. On fait la
même opération sur tous les fers ; on peut aussi les
Relieur. 17

290 DORURE ET GAUFRURE.

essayer sur la peau de veau que nous avons dit qu’on
plaçait sur la table. Un peu d’exercice et d’habitude
rendent maître dans cette partie. Si le fer était trop
froid, l’or ne prendrait pas.
Dès que les coiffes sont dorées, c’est-à-dire que le
fer a été poussé, et qu’on est alors assuré que l’or est
bien fixé, on en enlève l’excédant avec un linge pro-
pre qu’on ne fait servir qu’à cet usage, et qu’on jette
ensuite, lorsqu’il est suffisamment chargé, dans la
cloche à l’or, pour en tirer parti comme nous l’indi-
querons plus tard.


On place ensuite le volume contre le billot, la gout-
tière contre la table, comme le montre la figure 84 ;
on pousse les palettes qui doivent marquer les nerfs,
en commençant par celle de queue et allant et mon-
tant vers la tête. Il faut surtout avoir soin de les pIa-
cer sur les marques que nous avons indiquées, en
faisant bien attention de les pousser toujours bien
perpendiculairement au côté du volume.
Lorsqu’on pousse les fleurons sur les entre-nerfs,
on doit faire attention de les poser bien au milieu, et
qu’ils ne penchent d’aucun côté.
Si le fleuron n’est pas assez grand pour remplir
l’espace d’une manière bien agréable, on doit choisir
dans les petits fers des sujets qui puissent, en les
ajoutant au grand, présenter un ensemble qui plaise.
On ne peut fixer aucune règle à ce sujet ; nous don-
nerons ci-après un exemple qui aidera le relieur
intelligent, et pourra faciliter son travail.


Lorsque parmi les fers du relieur, il s’en trouvera
DORURE ET GAUFRURE. 291
qui soient particuliers à la nature de tel ou tel
ouvrage, il faut bien se garder de les pousser sur
des traités auxquels ils ne se rapporteraient en au-
cune manière. Si, par exemple, il y en avait qui
représentassent des poissons, ou des insectes, ou des
fleurs, on aurait soin de ne les pousser que sur des
ouvrages qui traiteraient de l’histoire naturelle des
poissons, ou de celle des insectes, ou de celle des
végétaux ; et on ne les pousserait pas sur des
livres de littérature, sur des romans, moins encore
sur des livres d’église, comme nous en avons vu des
exemples. De pareils défauts dénoteraient le mauvais
goût ou l’insouciance de l’ouvrier.


Pour le titre, l’ouvrier le compose dans le compos-
teur. Ce titre doit être aussi court que possible, mais
toujours parfaitement clair, et s’il renferme des abré-
viations, il faut qu’elles soient non-seulement immé-
diatement intelligibles, mais encore exemptes de tout
ce qui pourrait donner lieu à des interprétations
inexactes, à plus forte raison ridicules ou absurdes.
Si le volume est un ouvrage de science ou de litté-
rature, la première ligne doit être le nom de l’auteur,
avec un trait au-dessous ; le titre proprement dit
vient ensuite.
Habituellement, la grosseur des lettres est en rap-
port avec le format du volume. Toutefois cette règle
ne saurait être absolue. On conçoit, en effet, que si
un volume in-8° était mince, et qu’on voulût se servir
des lettres admises pour ce format, on ne pourrait en
employer que quelques-unes, ce qui exposerait à rac-
courcir le titre au point de le rendre inintelligible.
En thèse générale, il faut approprier le caractère non


292 DORURE ET GAUFRURE.

au format, mais à la longueur indispensable du titre
pour se faire bien comprendre.


Quand on a à dorer un ouvrage de beaucoup de
volumes, parmi lesquels il s’en trouve de différentes
épaisseurs, quoique, à la batture, on ait fait tout son
possible pour qu’ils soient égaux ; on prend un vo-
lume d’une épaisseur moyenne, sur lequel on place
le nom de l’auteur en caractères aussi gros que peut
le comporter la largeur du dos, au-dessous, après
avoir placé un filet droit, on pousse le numéro du
volume. Dans t’autre pièce, on place le titre du sujet
avec un plus petit caractère, auquel on ajoute par-
dessous, en plus petit caractère aussi, le numéro
d’ordre des volumes de cette division. Ces divers
caractères, une fois adoptés, ne doivent plus varier
pour toute la collection.
Lorsqu’on veut pousser le titre, on prend le vo-
lume par la tête, à pleine main, de la main gauche,
le pouce en l’air, contre le second entre-nerf ; ce
pouce sert à diriger le composteur, qu’on présente
sur le volume sans l’appuyer. Alors on voit le mot
on le place au milieu de la distance, et lorsqu’on est
bien fixé sur la place qu’il doit occuper, on appuie
suffisamment, et l’on décrit un arc de cercle sur le
dos, afin que toutes les lettres appuient sur toute sa
rondeur.
Lorsque le volume est très-épais, ou qu’il offre
quelque difficulté, comme, par exemple, d’être rempli
de cartes, ou de planches, ou de tableaux pliés, on le
met dans la presse à tranchefiler, ou mieux dans la
presse à gaufrer le dos. Celle-ci se compose de deux
vis comme la presse à tranchefiler, avec la seule diffé-


DORURE ET GAUFRURE. 293
rence que les jumelles sont épaisses de 11 à 14 centi-
mètres par le bas, et que la partie supérieure est en
plan incliné de chaque côté, ne réservant du côté de
l’intérieur qu’une épaisseur de quelques millimètres.
Cette disposition permet à l’ouvrier de tourner le
poignet en arc de cercle, afin de pousser la palette
depuis un mors jusqu’à l’autre.


Pour pousser des roulettes ou des filets sur le plat,
on place le volume entre les deux billots de forme
cubique, ainsi que nous l’avons indiqué (page 280)
pour coucher l’or, et l’on pousse ainsi la roulette
avec facilité, en appuyant le bout du manche sur
l’épaule, et tenant l’autre bout de ce même manche
à pleine main.
Si lon craint de ne pas aller droit, on peut diriger
la roulette contre une règle que l’on tient fixement sur
le carton de la main gauche ; on en fait de même pour
les pousser dans l’intérieur, mais on appuie la cou-
verture sur un ais qu’on pose sur la table, afin de ne
pas gâter le dos.
Il est important de ne pas oublier, avant de se ser-
vir de la roulette, de s’assurer si elle tourne libre-
ment dans sa chappe @, et si elle n’y a pas trop de jeu.
Si elle était trop gênée, on lui donnerait la liberté con-
venable en graissant le trou avec un peu de suif ; si
elle avait trop de jeu, on rapprocherait les deux
branches de la chappe, ou bien on changerait la
goupille.
Si l’on voulait pousser une roulette dans un enca-
drement, l’on pourrait se servir d’un passe-partout,
c’est-à-dire d’une roulette épaisse, qui porte seule-
ment un ou deux filets sur chacun de ses côtés, et

294 DORURE ET GAUFRURE.

dont le milieu est entièrement évidé. Mais le moin-
dre défaut devient très-sensible, en ce qu’il agit sur
les deux côtés à la fois : nous préférons faire cette
opération en deux fois, afin d’être plus sûr du tra-
vail. Voici comment on procède :
On compasse et l’on trace le carré de la dimension
qu’on désire, on le glaire et on couche l’or ; ensuite
on pousse les filets à la place qu’on a tracée, de sorte
qu’à chaque angle il se forme un petit carré, dans le
milieu duquel on pousse un fleuron. Aux quatre
coins de ce même carré, on pousse un point qui le
forme en entier. On essuie entièrement l’or de ce
carré, et on le couvre d’un morceau de papier double
qu’on tient appliqué par le pouce de la main gauche.
Alors on peut pousser la roulette gravée à égale dis-
tance des filets, et elle va s’arrêter vers le pouce qui
tient le papier, sans faire aucune marque sur la place
que ce papier occupe. Moyennant cette précaution la
roulette va d’un carré à l’autre sans l’outrepasser.
Les ouvriers qui travaillent sans attention et sans
goût, poussent les filets tout au bord du livre, parce
que c’est plutôt fait. Il vaut mieux laisser un inter-
valle entre le bord et le filet, intervalle que l’on rem-
plit agréablement d’une sorte de petite dentelle dorée.
Si la roulette gravée représente une arabesque, il
ne faut la pousser que des deux côtés en montant, et
en faisant attention que la roulette soit tournée du côté
convenable pour que les figures ne soient pas ren-
versées lorsque le volume est debout, la tête en haut.
On pousse une autre roulette insignifiante dans le
haut et dans le bas.
Pour les bords des cartons, on appuie la couver-
ture sur le plan incliné du billot à dorer les bords,
@ et, comme on le voit figure 89, l’on pousse la roulette


DORURE ET GAUFRURE. 295
contre le bord supérieur du billot, qui la dirige suf-
fisamment.
Quelquefois on veut seulement pousser de la
dorure sur la coiffe et sur les coins. On emploie
la palette ordinaire pour la coiffe, et on la termine
par un gros point ou une petite ligne. Pour les coins,
on prend une palette dans le même genre, mais droite,
et qui est ordinairement divisée en deux parties éga-
les par une éminence qui sert de guide, afin de ne pas
avancer plus d’un côté que de l’autre, et que les huit
côtés soient égaux. Chaque partie de la palette est
gravée d’un dessin particulier.



Après avoir doré, l’ouvrier s’aperçoit facilement
si son fer a été trop chaud, ou si le volume sur lequel
il l’a poussé présentait quelque humidité. Dans ces
deux cas, l’or devient gris.
Lorsque le doreur a tout terminé, il enlève l’or su-
perflu en frottant toutes les places avec un linge fin
et propre, comme nous l’avons dit pour la coiffe, et
il conserve à part ce linge, qu’on nomme drapeau à
l’or, jusqu’à ce qu’il soit suffisamment chargé de ce
métal ; il le jette alors dans la cloche à l’or (fig. 92),
ou bien dans un grand vase, où il le laisse en dépôt
jusqu’au moment qu’il aura choisi pour en séparer
le métal, comme nous l’indiquerons plus bas.


§ 3. -- COMBINAISON DES FERS.[modifier]

Savoir combiner entre eux les fers employés dans
la dorure sur cuir est un des points les plus impor-
tants de l’art du doreur. Il est facile à l’ouvrier intel-
ligent et que le goût dirige, de produire, avec un
petit nombre de fers, une série très nombreuse


296 DORURE ET GAUFRURE.

de fleurons extrêmement agréables et continuelle-
ment variés. Un exemple que nous allons prendre au
hasard suffira pour donner l’intelligence de ces pro-
cédés.
Le grand fleuron, fig. 101 est formé seulement des
deux fers fig. 101 x et z. Comme il s’agit non seule-
ment de faire sur le plat de la couverture un joli
fleuron dont on a conçu la composition mais encore
de le placer d’une manière agréable, et de façon qu’il
ne penche ni d’un côté ni de l’autre, pour cela l’ou-
vrier trace sur le plat, avec le tranchant d’un plioir,
deux traits AA, BB, à angles droits, qui partagent
la hauteur et la largeur du volume en deux parties
égales, et se croisent dans le milieu du plat.
Il pose ensuite son fer, fig. 101 z de manière à ce
qu’il remplisse un des angles droits que les deux li-
gnes présentent au milieu ; il pousse une fois ce
fleuron. Il en fait autant pour les trois autres angles
droits. Cela fait, il a obtenu un grand fleuron dési-
gné par les lettres a,a,a,a. Il ajoute ensuite sur cha-
cune des lignes tracées le fleuron 101 x aux places
marquées b,b,b,b, et il a obtenu le grand fleuron
qu’il avait déjà conçu dans son imagination.
Si l’emplacement ne lui avait pas permis de
placer sur les deux côtés le fleuron fig. 101 z il au-
rait pu le supprimer, n’y rien mettre, ou bien y
pousser un gros point, ou bien un fer à étoile, à gré-
netis à pointes de diamant, etc. ; le fleuron n’en au-
rait pas été moins agréable. Il aurait pu également
pousser aux points c,c,c,c,c,c,c,c le même fer : le
grand fleuron aurait été encore plus orné.
Il serait superflu de multiplier davantage les
exemples ; ce que nous venons de dire suffira aux
lecteurs intelligents pour concevoir toutes les res-


DORURE ET GAUFRURE. 297
sources que le goût peut leur donner, afin de former,
avec un petit nombre de fers bien choisis, une infi-
nité d’ornements plus agréables les uns que les
autres.

§ 4. -- CHOIX DES FERS.[modifier]

En parlant des fers, nous avons dit qu’ils doivent
être, autant que possible, appropriés à la nature des
matières traitées dans les ouvrages. Ce n’est pas
tout : il est encore indispensable qu’ils soient en rap-
port avec le style de l’époque où le livre a été im-
primé ou est censé l’avoir été. Rien ne serait plus
choquant que de voir un roman de nos jours décoré
avec des fers du quinzième siècle ou l’un des pre-
miers produits de l’art de Gutenberg avec des fers
de 1810 ou de 1830. Malheureusement, il n’est pas
rare de rencontrer des relieurs, même parmi ceux
qui jouissent d’une grande réputation, manquer en-
tièrement à ces principes, parce qu’ils ignorent l’his-
toire de leur art.
C’est pour les mettre en mesure de ne plus tomber
dans de semblables erreurs que nous avons jugé à
propos de joindre à la nouvelle édition de notre ma-
nuel quelques spécimens de fers, choisis parmi les
monuments les plus authentiques de la reliure du
quatorzième siècle à la fin du dix-huitième. Ils ont
été exécutés par MM. A. Lofficiau et Munzinger,
40, rue de Buci, à Paris, qui, véritables artistes, sont
au premier rang de nos graveurs de fers à dorer. Le
dessin de ces spécimens a été fait par M. Munzinger ;
ils ont été reproduits en photogravure par M. Miche-
let, de manière que les dessins ne subissent aucune
altération à la gravure.
Quelques mots maintenant sur nos modèles.
17.

298 DORURE ET GAUFRURE.

Page 299. Fers monastiques. Imitations des orne-
ments dont les premiers imprimeurs enjolivaient
leurs livres de piété, ils annoncent la seconde moitié
du quinzième siècle et le commencement du seizième.
Leur nom vient de ce qu’ils, sont comme la conti-
nuation des merveilleuses miniatures dont les moi-
nes du moyen âge enrichissaient leurs manuscrits.
On sait que l’imprimerie a été inventée par Gu-
tenberg à la suite d’essais et de tâtonnements sans
nombre, dont les premiers eurent lieu à Strasbourg,
vers 1436, et les derniers à Mayence vers 1450. On
sait aussi que le premier atelier typographique fut
établi dans cette dernière ville par l’inventeur lui-
même, et que, à partir de 1461 ou 1462, l’art nouveau se
répandit si promptement qu’en une dizaine d’années
il se trouva établi dans toutes les contrées de l’Europe.
Les premiers imprimeurs s’appliquèrent à imiter
les manuscrits, et ces imitations furent quelquefois
si parfaites que certains d’entre eux purent faire
passer les ouvrages sortis de leurs presses pour des
œuvres de calligraphie, et les vendre comme telles.
Cette supercherie ne cessa réellement que lorsque le
caractère romain, créé à Rome, en 1466, par Swen-
heym et Pannartz, eût été généralement adopté.
C’est à cause de l’usage dont il vient d’être ques-
tion, que les plus anciens livres imprimés ont leurs
caractères en gothique, c’est-à-dire semblables à l’é-
criture du temps, et qu’en outre ils présentent des
vignettes et des encadrements qui se rapprochent
plus ou moins des vignettes et des encadrements, des
manuscrits véritables, et, pour rendre la ressem-
blance encore plus frappante, on y faisait souvent
exécuter, après l’impression, des enjolivements à la
main par les plus habiles calligraphes.


DORURE ET GAUFRURE. 299
I. — FERS MONASTIQUES (XIVe ET XVe. SIÈCLES).[modifier]

Roret manuel du relieur p299.jpg


300 DORURE ET GAUFRURE.

Page 301. Fers italiens. Empruntés, comme les pré-
cédents, aux monuments de la typographie, plus par-
ticulièrement à ceux d’origine italienne. On les
appelle aussi aldins, parce que les éditions des Alde,
célèbres imprimeurs de Venise, en ont fourni de
nombreux motifs. Ils caractérisent également la fin
du quinzième siècle et, en outre, le commencement
du siècle suivant. Ils furent d’abord pleins ; mais si,
tirés en noir dans l’intérieur des livres, ils faisaient
un bel effet, on trouva bientôt qu’ils étaient lourds
sur la couverture, parce qu’ils donnaient en or des
masses trop grandes, et l’on chercha à les rendre
plus légers. Leurs contours furent respectés, mais on
les allégit en les remplissant de fines hachures.
Cette innovation produisit les fers azurés, qui abon-
dent dans les reliures contemporaines de Grolier,
dont ils sont une des marques distinctives. A la
même époque, d’autres artistes, ne la trouvant pas
suffisante, évidèrent complétement les fers, de
manière à n’en plus laisser que les contours. Ces
nouveaux fers reçurent le nom de fers à filets, et ils
partagèrent avec les précédents, la faveur des biblio-
philes.
C’est en Italie, à la fin du XVe siècle, c’est-à-dire : dès
les premiers développements de l’imprimerie, qu’est
née la reliure moderne. Nos bibliophiles en durent la
connaissance aux grandes guerres de Charles VIII,
Louis XII et François 1er. Jean Grollier, de Lyon,
celui d’entre eux qui contribua le plus à en répandre
le goût en France, était trésorier des guerres et in-
tendant de l’armée du Milanais à l’époque de ce der-
nier prince, et il profita de son séjour à Milan pour
commencer la formation de sa célèbre bibliothèque.


DORURE ET GAUFRURE. 301
II - FERS ITALIENS. (XVIe SIÈCLE).[modifier]

Roret manuel du relieur p301.jpg



302 DORURE ET GAUFRURE.

Page 303. Fanfares, fers de Legascon. A partir
du règne de Henri II, en France, la gravure des fers
ne s’inspire plus de l’imprimerie ; elle demande ses
motifs aux plus habiles dessinateurs. Alors parais-
sent les fanfares (moitié supérieure de la planche),
fers de petites dimensions dont la combinaison for-
mait des dessins de l’effet le plus heureux, et qui
doivent leur nom, tout moderne, à un volume de
Charles Nodier, appelé Fanfare, sur lequel Thouve-
nin avait reproduit un dessin de ce genre.
Au commencement du dix-septième siècle, Legas-
con, en inventant ou plutôt en généralisant l’emploi
des fers pointillés (moitié inférieure de la planche),
créa une ornementation d’une élégance infinie malgré
la prodigieuse abondance des détails. « Bien qu’il se
soit servi d’un canevas ancien, dit excellemment M.
Marius, l’aspect de ses reliures est tellement changé,
si nouveau par l’invention, ou, pour mieux dire, par
l’application des fers pointillés, que Legascon restera
pour toujours maître, et un maître qui est à la hau-
teur de ceux du XVIe siècle. Science solide dans l’en-
semble, richesse, élégance, abondance, sans lour-
deur dans les détails, il réunit toutes les qualités du
décorateur. » Notons, en passant, que c’est Legascon
qui a fait le premier usage, sur une grande échelle,
des petits fers.


DORURE ET GAUFRURE. 303
III. — FERS FANFARE. (XVIIe SIÈCLE).[modifier]

Roret manuel du relieur p303 1.jpg


IV. — FERS LEGASCON. (XVIIe SIÈCLE)[modifier]

Roret manuel du relieur p303 2.jpg



304 DORURE ET GAUFRURE.

Page 305. Fers à tortillons. Ils caractérisent le
dix-septième siècle. C’est également à cette époque
que l’usage des riches dentelles a commencé à deve-
nir général.
« Le plus grand mérite de Legascon est d’avoir su
garder, au milieu de sa prodigieuse richesse de dé-
tails, les savantes qualités d’ensemble des maîtres. Au
dix-septième siècle, on procède d’une autre manière :
c’est par la répétition des mêmes motifs, dans des
positions différentes, que l’on arrive à un ensemble.
Les belles reliures auxquelles Du Seuil a donné son
nom, ces reliures à filets, soit droits et courbes, avec
coins et milieux richement ornés, procèdent de cette
manière. A la même époque, les armoiries jouent
aussi un grand rôle dans la décoration du livre. On
les trouve soit seules, soit accompagnées d’une mar-
que, d’un emblème placé aux angles. Il y eut des
bibliothèques dont tous les volumes étaient ornés de
cette seule marque de leur propriétaire (M. Ma-
rius). »
Nous venons de nommer Du Seuil. Il s’appelait
Augustin et était né aux environs de Marseille, vers
1673. Après avoir travaillé chez Philippe Padeloup,
dont il épousa la fille, il devint, quelque temps avant
1714, relieur du duc et de la duchesse de Berry.


DORURE ET GAUFRURE. 305
V. — FERS A TORTILLONS. (XVIIe SIÈCLE).[modifier]

Fers-a-tortillons.png

306 DORURE ET GAUFRURE.

Page 307. Fers de la transition, fers mosaïques.
Ils marquent la fin du dix-septième siècle et le com-
mencement du dix-huitième. L’ornementation est un
peu moins élégante qu’à l’époque précédente. Les
fleurs, les oiseaux, etc., se montrent au milieu des
rinceaux les plus délicats.
Au commencement du dix-huitième siècle, les do-
reurs procèdent comme ceux du dix-septième ; mais
les fers ont déjà subi des transformations importan-
tes par l’introduction, comme il vient d’être dit, de
fleurs, d’oiseaux, etc., au milieu de leurs rinceaux.
En outre, à mesure qu’on avance, la décadence s’ac-
centue de plus en plus.
Les reliures dites de Padeloup, appartiennent à
cette époque ; elles doivent leurs « qualités décorati-
ves plutôt à l’heureux emploi des maroquins de dif-
férentes couleurs qu’au mérite du dessin ou de
l’exécution. » On compte treize relieurs portant le
même nom de Padeloup, et appartenant à la même
famille. Le plus ancien, Antoine, était établi bien
avant 1650. Celui dont les œuvres sont devenues cé-
lèbres, est probablement Antoine-Michel, né en 1685,
qui fut nommé relieur du roi en 1733, et qui le devint
peut-être aussi de madame de Pompadour ; il mourut
en 1758. Jean, un de ses fils, dut continuer les bon-
nes traditions de son père, car il fut nommé relieur
du roi de Portugal.


DORURE ET GAUFRURE. 307
VI. — FERS DE LA TRANSITION. (XVIIe ET XVIIIe SIÈCLE).[modifier]

Fers-de-la-transition.png




308 DORURE ET GAUFRURE.

Page 309. Fers du XVIIIe siècle. La gravure des
fers est en pleine décadence. Elle emprunte la plupart
de ses motifs aux imprimeries de bas étage et ne pro-
duit, sauf de très-rares exceptions, que des ornements
pâteux et sans caractère. Les reliures de De Rome,
qui sont les plus sérieuses de l’époque, n’approchent
pas, sous ce rapport, de celles de la période anté-
rieure. Nous allons faire ; pour la famille de ces ar-
tistes, ce que nous avons fait pour celle des Pade-
loups.
Il y a eu quatorze De Rome, et non@ Derome,
comme on écrit souvent ce mot, tous relieurs et de
la même famille, depuis le milieu du dix-septième
siècle jusqu’à la fin du dix-huitième. Quel est le célè-
bre, celui dont on veut parler quand, dans un Cata-
logue de vente, un livre est signalé comme relié par
De Rome ? On n’en sait positivement rien ; mais on
suppose que ce doit être Jacques-Antoine, né vers
1696, et mort le 22 novembre 1761 : il est qualifié,
dans son acte mortuaire, de « maître relieur et do-
reur de livres, ancien garde de sa communauté. »


DORURES ET GAUFRURE. 309
VII. — FERS DU XVIIIe SIÈCLE.[modifier]

Fers-du-xviii-siecle.png


310 DORURE ET GAUFRURE.

Page 311. Petits fers. On a vu ailleurs ce qu’on
entend par là. L’emploi de ces outils minuscules
parait remonter au seizième siècle, et c’est en les
répétant des milliers de fois sur le plat des livres
qu’on exécute ces compositions si gracieuses qui font
l’admiration des amateurs. D’après Marius Michel,
le doreur le plus renommé de notre époque, l’usage
de donner à ce genre le nom de dorure à petits fers,
a pris naissance du vivant de Legascon.


Nous arrêterons ici le nombre de nos modèles,
ceux que nous donnons nous paraissant suffire pour
guider, dans son choix, un ouvrier intelligent. Plus
tard, quand nous réimprimerons notre volume, nous
compléterons ce travail en offrant au lecteur une
collection de reliures entières, plats et dos. Nous en
trouverons des originaux, dont elles seront des spéci-
mens fidèles, dans les collections publiques les plus
riches et les cabinets particuliers les plus renom-
més.


DORURE ET GAUFRURE. 311
VIII. — PETITS FERS.

Petits-fers.png











DORURE ET GAUFRURE. 313

§ 5. -- OBSERVATIONS DIVERSES[modifier]

Dorure de la Soie.[modifier]
Nous n’avons parlé, à la page 280, de la manière de
dorer la soie que comme d’un procédé commun à toutes
les autres substances, parce qu’effectivement nous
savons, par expérience, que le procédé qu’on suit
pour appliquer l’or sur les peaux peut être également
employé avec succès sur la soie. Quelques détails
sur ce procédé nous paraissent indispensables.
On fait parfaitement dessécher le blanc d’œuf, afin
de pouvoir le piler et le réduire en une poussière im-
palpable qu’on passe au tamis de soie. On met cette
poudre dans une petite fiole qu’on coiffe d’un par-
chemin mouillé et bien tendu, comme les bouteilles
dans lesquelles on renferme de la sandaraque en pou-
dre pour l’usage des bureaux. On perce avec une
épingle, quelques trous dans ce parchemin lorsqu’iI
est sec, et c’est de cette poussière de blanc d’œuf qu’on
se sert pour l'assiette de l’or. On saupoudre ce
blanc d’œuf sur toutes les places où l’on veut poser
l’or ; on peut même se servir de sandaraque, cela
est plus @ usité, surtout en Angleterre. Ensuite on
prend une roulette d’un diamètre tel que sa circonfé-
rence convexe soit d’une étendue plus grande que la
longueur du filet que l’on veut poser ; c’est avec cette
roulette que l’on prend la feuille d’or laquelle a été
coupée d’avance de la largeur convenable.
Il est facile de concevoir que si la roulette ne pré-
sentait pas une circonférence assez longue pour con-
tenir, sans la doubler, une seule épaisseur d’or, le
premier bout de la bande qu’on aurait pris, et qui
se serait attaché à la roulette, serait recouvert par la
Relieur. 18


314 DORURE ET GAUFRURE.

fin de la bande ; il y aurait à ce point deux épais-
seurs qu’on ne pourrait pas détacher : il est donc
important que la roulette soit assez grande pour
qu’on n’ait qu’une seule épaisseur.
Tout cela ainsi disposé, et après avoir fait chauffer
la roulette plus fortement que pour le cuir et le ma-
roquin, on passe dessus un peu d’huile avec le bout
du doigt, on enlève avec elle l’or de dessus le coussin,
et on le pose tout de suite sur la place où l’on a mis
la poudre. On termine la dorure comme à l’ordinaire.
Lorsqu’on veut coucher l’or sur la soie après le
glairage, en suivant le procédé indiqué page 280, on
doit humecter les places glairées en dirigeant forte-
ment l’haleine dessus, afin de donner au blanc d’œuf
une certaine moiteur, et l’on pose l’or aussitôt. On
pourrait le coucher à l’huile, en usant des précautions
nécessaires pour ne pas tacher l’étoffe ; mais pour
le velours, par exemple, rien ne vaut le blanc d’œuf
en poudre et surtout la poudre de Lepage.
Quelques relieurs tracent d’abord l’ornementation,
puis saupoudrent la soie avec de la poudre de Le-
page et prennent l’or avec l’ornement dont ils se
servent pour dorer. Le graissage de ce fer doit être
très léger : une simple passe dans les cheveux suffit.
Dorure des milieux sur les plats.[modifier]
Qu’on veuille pousser, sur le plat des volumes, des
armoiries, des coins, des fleurons, il faut faire atten-
tion si tous les ornements doivent conserver ou non
des portions mates. On glaire avec le blanc d’œuf et
avec un pinceau, toutes les parties qui ne doivent
pas être mates ; puis, sans attendre que ce glairage
soit entièrement sec, car il doit conserver une légère
humidité, on couche l’or. Pour cela, on ouvre la cou-


DORURE ET GAUFRURE. 315
verture du volume, on place le carton sur le biIlot
qu’on a déjà mis sur la presse, exactement au-des-
sous de la vis, le restant du volume tombant en de-
hors. L’or étant couché, on pose par dessus la pla-
que gravée, chaude au point de pouvoir à peine la
tenir dans la main, lorsque la couverture est en veau,
et moins chaude pour le maroquin. Cela fait, on serre
la presse fortement, comme par un coup de balancier,
et l’on desserre sur-le-champ.
L’ouvrier ne saurait porter une trop grande
attention dans la manière dont il place les plaques
sur la couverture en les mettant à la presse. Comme
rien ne serait plus ridicule et plus désagréable à la
vue qu’une plaque mal disposée, il doit prendre les
précautions suivantes : Il doit se servir de l’é-
querre, d’un compas et de la règle, mesurer bien
les distances, afin que les armoiries ou les fleurons
soient bien au milieu du plat, que les distances aux
quatre bords soient bien égales entre elles, si la pla-
que le permet, ou au moins que les champs du haut
et du bas soient parfaitement égaux entre eux, ainsi
que les champs de côté. II faut de plus que le fleu-
ron, quel qu’il soit, ne penche ni d’un côté ni de l’au-
tre. Rien ne prouve plus I’ignorance ou la négli-
gence de l’ouvrier, que l’aspect d’un ornement mal
disposé sur la couverture d’un livre ; il vaudrait
beaucoup mieux qu’il n’y en eût pas.
Le meilleur guide est celui que l’on confectionne
soi-même en coupant un papier du format du volume.
On le plie en quatre pour avoir exactement le mi-
lieu ; les plis prolongent la mesure dans les deux
sens ; en multipliant ces plis, on obtient des points
de repère sur toute la surface.


316 DORURE ET GAUFRURE.

Il faut bien faire attention, quand on applique
une dorure au balancier, de ne pas frapper avec
celui-ci des coups trop violents qui ont l’inconvé-
nient, quand la peau ou le maroquin sont trop épais,
de donner une dorure baveuse et où la délicatesse
des lignes est gravement compromise par une pres-
sion trop forte. Le goût du relieur doit le guider
ici comme dans toutes les autres parties de son art.
Observations Rebec.[modifier]
Un habile relieur et doreur, M. A. Rebec, a publié
dans le Technologiste, une notice dans laquelle il a
décrit sommairement les procédés qu’il a eu l’occa-
sion de recueillir ou de pratiquer dans l’art de dorer
les livres, les albums, les portefeuilles, le cuir, la
toile, le papier, le parchemin, le velours et la soie.
On nous saura gré de reproduire une partie de sa
notice.
« De l’assiette en général @ pour cuir et papier
Une des manipulations principales de la dorure est
l’établissement de l’assiette qu’on néglige cependant
assez souvent. Les éléments de l’assiette sont, 1° la
dissolution de gélatine, 2° le blanc d’œuf.
« 1° Dissolution de gélatine. On prend un pot qui
puisse aller au feu, et on découpe en petits morceaux
du parchemin fait avec de la peau de cochon (et non
pas avec de la peau de mouton). On introduit dans
le pot, on fait bouillir jusqu’à évaporation de la moi-
tié du liquide, et la dissolution est prête. La propor-
tion des ingrédients est d’environ une partie en poids
de parchemin pour trois parties d’eau.
« 2° Blanc d’œuf. Beaucoup de relieurs étendent
leur glairage avec de l’eau et du vinaigre, mais je
préfère beaucoup laisser le blanc d’œuf d’abord en-


DORURE ET GAUFRURE. 317
tier et sans le battre, et verser dessus pour chaque
œuf, trois gouttes d’amoniaque @ puis battre avec
soin.
« J’indiquerai à chaque article la manière de se
servir de ces deux ingrédients.
« I. Cuir marbré ou à une seule teinte foncée.
La couverture en cuir ayant été appliquée au volume,
on la frotte avec de bonne huile de noix, on polit
au brunissoir, ou dent, on étend un peu de colle de
farine, on lave le tout avec de l’urine et on laisse
sécher. Alors on fait chauffer la dissolution de géla-
tine, on en enduit une fois la couverture ; on laisse
sécher, et enfin on glaire deux fois le tour au blanc
d’œuf.
« Lorsque cette assiette est sèche au point de pou-
voir passer impunément la main dessus, on la polit
au brunissoir, comme à l’ordinaire, mais non pas
aussi chaud, et l’on dore à l’huile de noix.
« La chaleur pour la dorure de l’écusson et des fi-
lets doit être modérée.
« II. Cuir apprêté anglais et allemand. Quand
on veut dorer ces sortes de cuir avec beaucoup de
propreté, il faut procéder avec un soin extrême.
parce que autrement ils perdent toute leur beauté et
leur mérite. Le volume ayant été couvert, on y im-
prime aisément le dessin à une chaleur modérée, on
frotte à l’huile de noix, on étend un peu de colle de
farine très-fluide, et on lave largement à l’eau seconde
étendue. Enfin le dessin imprimé est glairé à deux
reprises différentes avec un pinceau doux, et on dore
à l’huile de noix. La chaleur pour la dorure est mo-
dérée pour le noir, le vert, le violet et le rouge, et un
peu plus élevée, pour le brun.

318 DORURE ET GAUFRURE.

« III. Chagrin gros grain et Chagrin. Ces deux
sortes de cuirs exigent une attention et une propreté
toutes particulières, attendu qu’elles acquièrent faci-
lement des taches luisantes et graisseuses qu’il est
difficile et même impossible d’enlever.
« Ces cuirs sont particulièrement propres aux im-
pressions en noir et en or, et peuvent fournir de
fort beaux produits. Le dessin doit être préalable-
ment imprimé. On le décore en or ou en noir.
« Pour imprimer en or, on donne une seule couche
au blanc d’œuf pur ou deux couches en coupant le
blanc d’œuf ; il ne faut jamais en donner trois, ces
couches superposées formant trop d’épaisseur, ce qui
donne au cuir une teinte grise et sale.
« On doit huiler avec grand soin, autrement le
cuir prend des taches qui ne disparaissent plus, et
la dorure s’altère quand on veut les faire disparaître
par le lavage. Lorsque le dessin est doré, on procède
à l’impression en noir qui s’exécute à la cire blan-
che. La cire est étendue sur un petit morceau de
peau sur lequel on applique le fer qu’on imprime
aussitôt, puis on pinceaute avec le vernis des
relieurs pour qu’elle prenne un beau noir et de
l’éclat.
« La chaleur à la dorure et à l’impression en noir
doit toujours être modérée.
« IV. Gros grain ou marocain. Les apprêts an-
glais ne sont pas bons ; il faut employer ceux des
allemands.
« V. Encollage du veau. Quand le volume est re-
couvert de la peau, on mouille celle-ci avec de l’eau
au moyen d’une éponge propre, pour n’avoir pas de
taches. Quand elle est sèche, on l’enduit à deux cou-
ches avec de la gélatine claire ou de la colle d’amidon @


DORURE ET GAUFRURE 319
ou encore de trois couches avec du blanc d’œuf pur.
La chaleur doit être assez forte.
« Le veau ou la basane ne peuvent supporter
l’huile avant l’encollage. On doit éviter d’employer
les acides qui détruisent la peau, le vinaigre excepté.
« VI. Dorer mat le veau à la main. La peau sur
le volume étant lavée et bien séchée, on y trace le
dessin, on encolle une fois avec de l’eau de colle de
pâte, une fois avec du lait, une fois avec la dissolu-
tion de gélatine, et deux ou trois fois avec le blanc
d’œuf. Pour huiler avant de dorer, il faut procéder
avec beaucoup de précaution pour ne pas faire des
taches, qui ne disparaîtraient plus. L’assiette, lors de
l’impression, doit être encore un peu humide, Dans
cette opération, les fers doivent être très-chauds.
« VII. Imprimer le veau à la presse. Tout étant
disposé, on imprime à la presse son fer à froid ; on
enduit une fois avec du lait, puis deux à trois fois
avec le blanc d’ œuf. Dans cette dorure on laisse bien
sécher l’assiette, afin que les dégradations ou nuan-
ces du fer se détachent et soient bien pures. L’or s’ap-
plique sans huile, et on le fixe en le pressant avec
force avec du coton fin.
« VIII. Dorer le veau en couleur à la presse. Le
travail étant imprimé, il faut découper des papiers
un peu plus grands que le champ du fer ou de la pla-
que, les coller sur les bords en trois ou quatre dou-
bles et imprimer simultanément ceux-ci. Alors on
prend un couteau pointu et l’on pratique des décou-
pures en parties distinctes, suivant le goût ou le be-
soin. Ce découpage terminé, on en colle les diverses
parties à la colle de pâte, on laisse bien sécher le
papier, on l’imprime une seconde fois, puis on enlève

320 DORURE ET GAUFRURE.

celui qui est encore sur le dessin, On enduit une fois
avec du lait, deux fois avec le blanc d’œuf ; on laisse
bien sécher, et enfin on imprime à une chaleur
tiède, mais vivement.
« On dore comme précédemment. Bien entendu que
le papier fin satiné est ce qu’il y a de meilleur pour
cet objet.
« IX. Dorure sur cuir de Russie. On imprime le
cuir lorsqu’il est sec ; on y passe un pinceau chargé
de dissolution de gélatine, et on glaire deux fois. On
applique l’or à l’huile avec précaution. La chaleur
pour la dorure, doit être modérée.
« X. Velours. Quand on veut dorer sur velours,
il faut doubler cette étoffe avec du papier : @ autrement
l’or se détacherait promptement. Pour doubler, on
se sert indistinctement de colle de gélatine ou de
pâte, ou de gomme arabique dissoute dans de l’eau.
Cette dernière est ce qu’il y a de mieux. Lorsqu’on a
préparé son volume ou tout autre objet, on imprime
assez chaud le dessin avec le fer, afin de rabattre le
poil du velours, puis on saupoudre, sur une assez
forte épaisseur, le dessin avec de la gomme-gutte @
réduite en poudre très-fine ; on prend l’or avec le fer
et l’on applique une chaleur modérée et telle que la @
main puisse aisément la supporter, mais d’une ma-
nière vive et en passant partout également, seul
moyen de relever le fer parfaitement net.
« La gomme-gutte pulvérisée finement est intro-
duite dans un cylindre de carton fermé d’un bout et
sur l’autre extrémité duquel on colle un morceau d’é-
toffe de soie ou de gaze, et qu’on frappe avec le plioir.
Toute la portion fine se tamise ainsi, et lon broie de
nouveau le reste.


DORURE ET GAUFRURE. 321
« Le velours doit être constamment net et propre, @
attendu que la moindre malpropreté enlève l’or de
dessus le velours.
« Quand l’or s’attache au fer, on frotte celui-ci
avec un peu d’huile de noix qu’on verse sur un peu
de coton.
« XI. Dorure sur soie. Il faut infiniment d’atten-
tion pour dorer sur étoffes de soie, à cause de leur
faible épaisseur. Du reste, on procède absolument
comme pour le velours, sinon que la pression n’a pas
besoin d’être aussi considérable.
« XII. Dorure sur paper blanc et sur papier
marbré. On procède sur papier comme au n° VI.
« XIlI. Dorure et argenture des cartes de visite.
D’abord on fait une petite matrice en carton, puis on
y pratique un léger rebord de la même substance, de
manière à maintenir fermement les cartes pendant
limpression. Quand tout a été imprimé ainsi, on en-
duit le fer à deux reprises différentes avec du blanc
d’œuf épais, et l’on sèche jusqu’à ce qu’il n’y ait
presque plus d’humidité. On pose alors sur ce fer
l’or ou l’argent ; on l’y prese puis on donne au tout
un coup de presse seulement. Le fer ne doit pas être
trop chaud, mais imprimé presque à froid. Cela fait,
on enlève l’excédent d’or avec du coton.
« XIV. Papier maroquiné. — Le papier maroquiné
doit être glairé à deux reprises ; cette opération se
fait à une chaleur modérée.
« XV. Titres sur papier. On procède comme pour
le papier maroquiné.
« XVI. Dorure sur toiles anglaises. Ces toiles
sont enduites de colle-forte, bien séchées, puis char-


322 DORURE ET GAUFRURE.

gées, en une seule fois, d’une forte dissolution de
gélatine et parfaitement séchées. De cette manière on
parvient très-bien à les dorer. Cependant on peut, si
on le veut, les glairer une fois. On peut aussi em-
ployer très-bien pour cet objet la pommade à dorer,
mais alors il ne faut pas de blanc d’œuf.
« XVII. Dorure sur parchemin blanc. Le par-
chemin ayant été lavé à l’urine, le dorer à la graisse
de porc et imprimer tiède et presque froid.
« XVIII. Autre manière. On prend du parchemin
lavé comme ci-dessus, on le découpe en morceaux,
on le fait bouillir pour en faire une colle et l’on en-
duit s’on parchemin en une seule fois, puis on glaire
deux fois avec du blanc d’œuf frais et bien pur. Alors
on dore à la graisse de porc et à une chaleur très-
basse.
« Le parchemin coloré et mat peut être imprimé à
la gomme-gutte et à une chaleur très-modérée.
XIX. Pommade à dorer. Il vient d’être question
de la pommade dite à dorer. Pour faire cette com-
position, on prend :
Axonge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90 gram.
Graisse de cerf. . . . . . . . . . . . . . . . . 30
Le blanc d’un œuf.
Sucs d’oignons de seille. . . . . . . . . . 3 gouttes.
Huile de noix. . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 gram.
« On fait fondre l’axonge et la graisse de cerf dans
un pot, on bat les trois autres ingrédients ensemble
et avec soin, puis on les verse dans les matières gras-
ses, lorsque celles-ci sont légèrement figées. Alors on
bat vigoureusement ce mélange jusqu’à ce qu’il n’ad-
hère plus aux parois du pot. »
On prépare la pommade à dorer de bien d’autres


DORURE ET GAUFRURE. 323
manières qu’on a tenues secrètes, mais on en fait
actuellement moins d’usage. Voici toutefois une for-
mule plus simple et qui réussit très-bien :
Axonge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125 gram.
Suc de scille maritime. . . . . . . . . . . . . 30
Pommade à la rose. . . . . . . . . . . . . . . 30
Le blanc de 3 œufs
« On bat ensemble les blancs d’œufs et le suc de
scille jusqu’à les convertir en mousse, puis sur un
plat on manipule cette mousse avec la matière grasse
jusqu’à ce que le tout soit parfaitement incorporé. »

§ 6. -- DU MOYEN DE SÉPARER L’OR DES CHIFFONS QUI ONT SERVI A LA DORURE.[modifier]

Nous avons dit (page 266) que le doreur opère tou-
jours sur une caisse, afin d’y recueillir toutes les
parcelles d’or qui se détachent pendant son travail ;
et qu’il jette dans cette caisse tous les chiffons et le
coton en rame dont il se sert pour enlever l’or super-
flu, lorsque ces chiffons en sont suffisamment char-
gés, jusqu’à ce qu’il en ait une assez grande quantité
pour en extraire le métal précieux. Nous avons
ajouté qu’il jette et qu’il conserve dans la cloche à l’or
(fig. 92) les chiffons et le coton pendant le travail et
jusqu’à ce qu’ils soient assez chargés d’or ; il les
jette alors dans la caisse. Voici comment on s’y
prend pour en séparer l’or et le recueillir en entier.
On met les chiffons dans une terrine de grès ; on
introduit le tout dans un poêle, ou bien on place
cette terrine sur un feu doux pour bien dessécher les
chiffons ; on y met ensuite le feu et on laisse brûler,
en ajoutant de nouveaux chiffons au fur et à mesure
qu’ils se brûlent. Lorsque le tout est bien réduit en
cendre, ou y mêle une quantité suffisante de borax

324 DORURE ET GAUFRURE.

en poudre, selon la quantité de cendres qu’on a et l’on
plie le tout dans une feuille de papier qu’on lie avec
une ficelle. Pendant ce temps, on prépare un bon
creuset qu’on met dans un fourneau au milieu des
charbons ardents ; on fait rougir le creuset ; ensuite
on y jette le paquet de cendre tel qu’il est arrangé, on
couvre le creuset, et on pousse le feu jusqu’à rougir
le creuset à blanc. Le métal se fond et se rassemble
en culot au fond du creuset. Lorsque le tout est froid
on retire le métal.
Les laveurs de cendres agissent autrement. Dans
un petit moulin en pierre dure, de la forme de ceux
dans lesquels on broie l’indigo, on met les cendres
avec du mercure coulant et pur, on tourne la meule
supérieure, et l’on broie fortement. Le mercure s’em-
pare de tout l’or, et laisse les cendres à nu. Alors on
lave bien les cendres, l’amalgame de mercure et d’or
se précipite, et lorsque les cendres ont entièrement
disparu, le laveur met l’amalgame dans une cornue
dont le bec recourbé plonge dans un vase plein
d’eau. Après avoir ainsi préparé la cornue, et qu’elle
a été posée sur un fourneau, au bain de sable, on
allume le feu, qui n’a pas besoin d’ètre bien actif.
Aux premiers degrés de chaleur le mercure se vola-
tilise, et se dirigeant par le bec de la cornue dans
l’eau, il s’y condense et reparaît sous la forme et le
brillant métalliques, d’où on le retire pour servir
dans une autre opération. On trouve l’or en poudre
dans le fond de la cornue.
Si l’on a employé du mercure pur, comme nous l’a-
vons prescrit, l’or se trouve aussi dans la cornue à
l’état de pureté. On le fond dans un creuset avec du
borax, comme dans le premier procédé ; mais l’on n’a
pas besoin d’un creuset aussi grand et par consé-


DORURE ET GAUFRURE. 325
quent d’une aussi grande quantité proportionnelle de
charbon. Si l’or est allié, il faut en faire le départ.
Cette opération n’est pas dans les attributions du
relieur, ni dans celles du doreur.

§ 7. -- GAUFRURE.[modifier]

La GAUFRURE est une sorte d’ornement qu’on em-
ploie beaucoup aujourd’hui sur les plats et sur le dos
des volumes. On suppose qu’elle a été inventée par
Courteval, au siècle dernier. Dans tous les cas, elle
se fait avec des fers et des plaques comme la dorure,
mais sans y appliquer de l’or. On peut aussi gaufrer
avec des roulettes représentant divers dessins en
damier ou en mosaïque, mais cela ne se pratique
guère à raison de la lenteur et des difficultés. Entre-
mêlée assez avec de l’or, elle produit de forts jolis
effets. Enfin, elle fait partie de la dorure, et entre
dans les attributions du doreur sur cuir. C’est elle
qu’on désigne, comme nous l’avons déjà dit, sous le
nom tout-à-fait impropre de dorure à froid.
Gaufrer, c’est graver profondément en relief des
dessins plus ou moins compliqués. Lorsque ces der-
niers sont petits, ils sont poussés à la main avec des
fers et des roulettes semblables à ceux du doreur.
Quand ils sont grands, ils sont gravés sur des pla-
ques de cuivre doublées de plusieurs cartons lami-
nés, durs, collés ensemble, et ne formant qu’une
égale épaisseur, comme pour la dorure, et alors ils
se poussent à la presse.
Une presse, dans le genre de celles que représen-
tent les figures 25 et 30, est très-bonne pour cela.
Nous décrirons plus loin quelques-uns des appareils
puissants, balanciers et autres, au moyen desquels
on pousse les gaufrures dans les grands ateliers.
Relieur. 19


326 DORURE ET GAUFRURE.

En faisant son travail, le gaufreur doit prendre
certaines précautions que nous allons énumérer.
1° Si la gaufrure doit rester mate, et que le glai-
rage se soit extravasé sur des places qui ne doivent
pas avoir d’or, et qui ne doivent pas rester brillan-
tes, il faut les laver proprement avec le bout du doigt
enveloppé d’un linge fin et mouillé, afin d’enlever le
blanc d’œuf.
2° Les fers à gaufrer doivent être seulement tièdes,
surtout pour le maroquin. Sans cela, le trop de cha-
leur ferait brunir et même noircir la peau dans les
endroits de la pression.
3° Les coins, les milieux des plats, et surtout les
plaques doivent être poussés à la presse, comme
pour la dorure ; mais les petits fers se poussent à la
main.
Lorsqu’on veut, sur les plats, pousser des raies
noires, droites, plus ou moins larges, ce qui fait très-
bien, on se sert de plumes en fer, ou mieux de gros-
ses plumes de cigne @ dont le bec est de la largeur
nécessaire ; on les trace à l’aide d’une règle et en
employant une de ces encres spéciales qu’on trouve,
dans le commerce, toutes prêtes à être employées.
S’il était impossible de se procurer un de ces liqui-
des, on pourrait y suppléer en préparant une de ces
compositions pour la teinture en noir dont le nom-
bre est si grand, et, par exemple, celle dont voici la
recette :
On met à @ tremper dans l’acide pyroligneux trés-fort,
et pendant un temps suffisant, une certaine quantité
de clous neufs, jusqu’à ce que le liquide soit chargé
d’une bonne quantité de rouille (oxyde de fer) et que
l’acide soit d’un jaune foncé. On y mêle une quantité
de gomme arabique en poudre pour neutraliser une


DORURE ET GAUFRURE. 327
partie de l’action da l’acide et former une bouillie
claire. Alors on passe cette bouillie sur la peau avec
la plume, et en séchant, le trait noircit et acquiert
une certaine épaisseur. On peut se servir avec avan-
tage d’un tire-ligne qui donne la facilité de faire le
trait de la grosseur qu’on désire.
Pour faire ces filets noirs sur le dos du maroquin,
on se sert des palettes à filets en fer (on ne doit em-
ployer ni le cuivre, ni le laiton). On encre ces palet-
tes ou bien, suivant l’usage ancien, on les charge à
la chandelle de noir de fumée qui se dépose ensuite
sur le cuir et s’y fixe.
On peut aussi pousser sur le dos un fleuron ou des
palettes gaufrées ; mais il faut, avant de rien com-
mencer pour la gaufrure, que le dos soit humide
également ; ensuite on a un morceau de drap imbibé
de suif, on fait chauffer le filet, on le pose sur le drap
suiffé, et puis sur le dos du volume, à la place que
l’on a compassée ou tracée ; on recommence plu-
sieurs fois jusqu’à ce que ce filet soit bien noir et
bien marqué. Le fleuron se fait de même, et c’est tou- @
jours un malheur lorsqu’on est obligé d’y revenir à
plusieurs fois, car on court le risque de doubler le
dessin.
Il faut une grande habitude pour apprécier la cha-
leur que doivent avoir les fers, et beaucoup d’exer-
cice dans l’exécution. Si la peau est d’une couleur
claire, et qu’on veuille que le dessin paraisse noir,
c’est à la flamme d’une chandelle que l’on noircit
très-également un fer bien évidé et d’un dessin assez
délicat. Une fois ceci terminé, on prépare, avec des
petits pinceaux à plume, les places où il doit y avoir
de l’or. On peut aussi se servir de l’encre dont nous
avons parlé à la page précédente.


328 DORURE ET GAUFRURE.

La gaufrure exige donc les mêmes manipulations
que la dorure à la seule différence près que, pour
la gaufrure proprement dite, on n’emploie pas
d’or.

§ 8. -- EMPLOI DANS LA RELIURE DES PERCALINES GRENÉES OU GAUFRÉES.[modifier]

On fait actuellement beaucoup de reliures et sur-
tout de cartonnages de livres courants en toiles gau-
frées à l’avance, que le relieur n’a plus qu’à appliquer
sur les volumes. Le gaufrage des toiles a même pris
un développement si étendu qu’il est aujourd’hui
l’objet d’une industrie particulière dont les produits
sont infiniment variés et élégants. Les toiles gaufrées
imitent, en effet ; le chagrin, le galuchat, la peau de
truie, le maroquin, et peuvent recevoir une infinité
de dessins et de couleurs qui en rendent l’emploi très-
étendu et procurent à un prix modéré des reliures
élégantes et légères.
L’emploi de la toile percaline a été d’abord indi-
qué par l’industrie anglaise pour la reliure des
livres ; aujourd’hui elle est préparée, pour le même
objet, avec un grand perfectionnement en France.
Cette toile, après avoir été vernie, peut recevoir la
dorure sans les préparations qu’exige ordinairement
la dorure sur cuir. Elle offre donc, au point de vue
économique, un grand avantage sur la peau, dont le
prix est toujours plus élevé.
Nous allons décrire, d’après M. Berthe, les prépa-
rations qu’on lui fait subir pour la grener et pour la
rendre propre à être employée dans la reliure et
dans le cartonnage.


DORURE ET GAUFRURE. 329
On commence par préparer une colle composée de
pieds de mouton, qu’on fait bouillir pendant huit
heures dans de l’eau de rivière (1 demi-kilogramme
de pieds pour 4 litres d’eau), et auxquels on ajoute
peu à peu 9 décagrammes d’alun en poudre, en
ayant soin de bien remuer le mélange.
Pour les couleurs tendres ou faciles à se détériorer,
on remplace les pieds de mouton par de la colle de
peau et de la gomme arabique.
Ces préparations sont passées au tamis fin et
tenues constamment à un degré de chaleur conve-
nable ; on les applique sur les étoffes avec une
éponge, une brosse ou un pinceau. Lorsque l’apprêt
est sec, on le lisse par les mêmes procédés que ceux
qu’on emploie pour lisser le papier, ce qui lui donne
le lustre nécessaire. Au moment de grener ou gau-
frer les toiles, on les humecte au moyen d’une dis-
solution de gomme.
Le gaufrage s’opère, soit à l’aide d’une plaque de
cuivre grenée ou gravée, qu’on applique sur le tissu
et qu’on soumet ensuite à une forte pression, soit
avec un rouleau ciselé, guilloché ou grené, selon le
genre de dessin qu’on veut produire.
Les étoffes ainsi préparées se collent avec de la
colle de Flandre, de la gomme ou de l’empois fort
sur carton, bois, etc., pour recouvrir tous objets de
reliure, de cartonnage et autres, en remplacement
du papier et de la peau.


Nous terminons par ce chapitre les principales
opérations de la reliure qui sont exécutées à la
main ; nous allons nous occuper maintenant du tra-
vail fait au moyen des machines.