Manuel-Roret du relieur - PII-chap7à9

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CHAPITRE VII Reliure mécanique.[modifier]

Au moyen de procédés mécaniques, on est parvenu
à diminuer notablement le prix de la main-d’œuvre
et la durée des opérations. L’application de ces pro-
cédés a donné naissance à la reliure dite indus-
trielle, qui, ne se préoccupant que d’une manière très-
secondaire, de la question de solidité, cherche sur-
tout, d’une part, à faire vite et à bon marché, d’autre
part, à donner à ses produits un extérieur riche et
élégant. On conçoit qu’elle n’est possible que là où
l’on a constamment des milliers de volumes sembla-
bles à relier à la fois. La reliure sérieuse lui emprunte
souvent quelques-uns de ses moyens d’action plus
particulièrement ceux qui servent à la dorure et
à la gaufrure.
Comme dans toutes les branches de l’Industrie, on
a cherché à remplacer la main d’œuvre par des ma-
chines, que l’on a perfectionnées avec le temps ; cette
partie de la reliure a pris, de nos jours, une impor-
tance considérable. Nous devons donc déclarer, avant
d’entrer en matière, que notre travail ne peut former
un ensemble complet ; à notre grand regret, nous
sommes obligé de nous borner à la description des
machines-types et des appareils les plus simples, d’a-
près lesquels les constructeurs ont établi des ma-
chines plus compliquées et plus parfaites, dont quel-
ques-unes ont été adoptées dans les grands ateliers.


MACHINES A BATTRE. 331
Nous comblerons, à une nouvelle édition, cette
lacune excusable dans un travail d’ensemble aussi
minutieux, tant au moyen des notes que nous avons
déjà prises dans ce but, que par les communications
que les industriels voudront bien nous adresser.

§ 1. -- MACHINES A BATTRE.[modifier]

Le battage est une opération trop longue pour
qu’on l’effectue dans la reliure industrielle ; on s’y
contente de cylindrer légèrement les volumes. On a cependant essayé : d’exécuter le battage mécanique-
ment. Tel a été l’intention de l’inventeur de la ma-
chine représentée en perspective par la figure 14. Tou-
tefois, dans l’idée de son auteur, elle était spéciale-
ment destinée à préserver les ouvriers du danger des
hernies, auquel ils sont exposés quand ils n’ont pas
la précaution de rapprocher suffisamment les jambes
l’une de l’autre.
« Cette machine, est toute entière en fonte et en
fer.
« Elle se compose d’un bâti très-solide sur lequel
s’élèvent, au milieu de sa longueur, deux jumelles
qui supportent les tourillons de deux forts cylindres
roulant sur des coussinets de bronze. Ce grand bâti
est désigné par les lettres a, a, etc. Les deux cyIin-
dres b b' sont supportés chacun séparément par de
doubles coussinets en bronze, de même que les
cylindres d’un laminoir.
« Ces cylindres ont un mètre de longueur, abs-
traction faite de leurs tourillons ; leur diamètre est
d’environ 27 centimètres ou un tiers de la longueur
du cylindre. La force motrice ne s’exerce directe-
ment que sur le cylindre inférieur ; le cylindre supé-


332 RELIURE MÉCANIQUE.

rieur n’est mis en mouvement que par le contact
médiat ou immédiat du cylindre inférieur, comme on
va le voir. dans un instant.
« Le cylindre supérieur est supporté par ses deux
coussinets à l’aide de deux vis o, o, qui s’engagent
par une de leurs extrémités dans les écrous taraudés
dans ses coussinets. Ces vis sont rivées par leurs
extrémités supérieures, au centre de deux roues f, f,
à dentures hélicoïdes, dans Iesquelles engrènent des
vis sans fin, à simple filet et du même pas, portées
toutes les deux par le même axe g. Une manivelle h,
qu’on tourne à la main, fait monter ou descendre de
la même quantité les deux tourillons à la fois, de
sorte que les deux cylindres s’approchent ou s’éloi-
gnent toujours parallèlement entre eux.
« L’ouvrier qui fait mouvoir la machine s’exerce
sur la manivelle i ; il fait tourner l’arbre m, m, en
entraînant le volant k, k. L’arbre m, m porte un
pignon n qui, engrenant dans la roue p, fait tourner
le pignon q, lequel, en même temps engrenant dans
la roue r, la fait tourner ; cette roue étant fixée sur le
tourillon du cylindre inférieur b, lui imprime un
mouvement de rotation très-lent.
« Rarement on a besoin d’employer plus d’un
homme pour force motrice, mais dans le cas où un
second serait nécessaire, on a ménagé à gauche, au
bout de l’arbre m, m une tige carrée sur laquelle on
place la manivelle additionnelle l, fig. 15 ; alors on a
une force double ; mais jusqu’à présent on n’a pas eu
besoin de l’employer.
« Vers le milieu de la grosseur du cylindre inférieur
b', environ à la hauteur du trait s, est solidement
fixée sur le bâti, une planche ou tablette que la fi-
gure ne représente pas, afin de ne cacher aucune des


MACHINES A BATTRE. 333
pièces qui se trouvent dessous, mais que le lecteur
concevra facilement. Cette tablette sert de table à
l’ouvrier, qui se place de ce côté pour introduire les
feuilles entre les deux cylindres, comme on va le
voir. Cette planche, qui a 2 1/2 centimètres d’épais-
seur, couvre en entier, et excède même de quelque
chose toute la surface supérieure du bâti. C’est de-
vant cette table que se place, sur une chaise suffi-
samment élevée, l’ouvrier qui introduit les feuilles de
papier entre les deux cylindres. Cet ouvrier est, par
conséquent, placé en X, la face tournée vers les
cylindres.
« Sur le côté opposé est fixée, immédiatement au-
dessus du bâti, une autre table de même dimension
que la première, devant laquelle se place un enfant
de dix à douze ans, la face tournée vers les cylin-
dres. Cet enfant, assis en Y, sur une chaise suffisam-
ment élevée, n’est occupé qu’à recevoir les feuilles au
fur et à mesure qu’elles s’échappent de dessous le
laminoir, et à les entasser dans le même ordre qu’el-
les tombent.
« La machine bien comprise, voici comment on
opère.
« Nous désignerons les deux ouvriers par X et Y.
« L’ouvrier X, à qui l’on remet les volumes l’un
après l’autre, dont les feuilles sont bien pliées selon
leur format, et collationnées, et par conséquent en
cahiers, prend un cahier l’un après l’autre, et l’intro-
duit par l’angle du dos entre les deux cylindres, en
commençant vers sa droite, et le soutient jusqu’à ce
qu’il soit engagé.
« On conçoit qu’avant d’introduire le premier ca-
hier, on a réglé l’écartement des deux cylindres, en
tournant plus ou moins la manivelle h, et que cet
19.

334 RELIURE MÉCANIQUE.

écartement varie selon l’épaisseur à laquelle on veut
réduire le papier.
« Aussitôt que l’ouvrier X a introduit le premier
cahier, il en engage un second sur la gauche, puis un
troisième, etc., toujours en continuant sur la gauche,
jusqu’à ce qu’il ait parcouru et couvert tout le cylin-
dre. Alors le premier cahier qu’il avait introduit est
tombé du côté de l’ouvrier Y, dont nous allons bien-
tôt nous occuper. L’ouvrier X continue toujours de
même jusqu’à ce qu’il ait terminé ce volume, puis il
en commence un autre, et continue toujours de
même.
« Pendant ce temps, le petit ouvrier Y ramasse les
cahiers au fur et à mesure qu’ils tombent sur la
table, et les entasse dans le même ordre, c’est-à-dire
en renversant les cahiers sens dessus dessous, afin
qu’ils soient dans l’ordre naturel lorsqu’on les
retourne. Il sépare les volumes et les pose sur une
table à côté de lui.
« La roue r a soixante-douze dents, et pendant
qu’elle fait un tour, le pignon q, qui a douze dents,
fait six tours.
« Le pignon q porte la roue p, qui a quatre-vingt-
dix dents, laquelle engrène dans le pignon n, de dix-
huit dents, auquel elle fait faire par conséquent cinq
tours. Ainsi cinq tours de manivelle font faire un
tour à la roue p, mais chaque tour de la roue p fait
faire, par le pignon q, de douze dents, six tours à
la roue r, et cette dernière roue, de même que le
cylindre b' ait un tour par chaque trente tours de
manivelle.
« Les ouvriers battent à la main deux exemplaires
par heure, et la machine en lamine quatorze. Le bat-
teur est payé à raison de 3 francs 25 centimes par


MACHINES A BATTRE 335
jour, et la mécanique emploie trois personnes qui
coûtent ensemble 4 francs 50 centimes. Il résulte de
là que la mécanique fait pour 4 francs 50 centimes
l’ouvrage qui nécessiterait sept ouvriers coûtant en-
semble 22 francs 75 centimes ; elle procure donc
chaque jour un bénéfice de 18 francs 25 centimes.
« La machine anglaise à battre opère plutôt un
satinage qu’un battage proprement dit, et il est pré-
sumable que cet effet n’échappe pas à un œil exercé.
Dans tous les cas, elle peut très-bien servir à battre
des ouvrages courants et où l’on ne cherche pas la
beauté du travail, ou bien à accélérer le travail du
battage qu’on reprend ensuite à la main pour les
objets soignés.
« Dans l’état actuel de la mécanique, rien ne serait
plus facile que de construire une machine sur le mo-
dèle des marteaux-pilons des forges, ou semblable à
celle dont se servent actuellement plusieurs batteurs
d’or à Paris, et qui servirait à battre les livres par
un procédé tout à fait semblable à celui qui se prati-
que à la main, avec une perfection remarquable et
sans fatigue ni danger pour l’ouvrier.
« Une machine de ce genre expédierait moins dou-
vrage que la machine anglaise, mais aussi le travail
en serait plus parfait, elle coûterait moins de pre-
mière acquisition et ne nécessiterait pour son service
qu’un seul ouvrier qui la ferait mouvoir avec le
pied.
« Dans les grands établissements de reliure ou
dans des ateliers spéciaux de battage, la machine
serait manœuvrée par la vapeur, et alors, comme
avec le marteau-pilon, on pourrait la faire battre en
commençant avec une extrême légèreté, et à mesure


336 RELIURE MÉCANIQUE.

que le travail avancerait, augmenter la force des
coups jusqu’à ce qu’on aurait atteint le but désiré. »

§ 2. -- MACHINES A GRECQUER.[modifier]

Ces machines se composent de deux parties prin-
cipales supportées, l’une et l’autre, par un bâti.
L’une consiste en un étau dont les mâchoires peu-
vent être rapprochées ou écartées au moyen d’une
pédale ou autrement. L’autre est formée d’un axe
horizontal tournant sur lequel sont montées un nom-
bre de petites scies circulaires égal à celui des grec-
ques que l’on veut produire. Cet arbre peut tourner
en dessus, en dessous ou sur les côtés de l’étau.
Dans tous les cas, les choses sont combinées de teIle
sorte qu’une fois le volume placé dans l’étau, et l’ar-
bre tournant mis en mouvement, les scies pratiquent
dans le dos du livre, en un temps souvent inappré-
ciable, tant il est court, des grecques d’une régularité
absolue et dont la profondeur ne dépasse jamais les
limites qui ont été tracées. Il est inutile d’ajouter
que le nombre et l’écartement des scies varient,
suivant les formats, à la volonté du conducteur de la
machine.

§ 3. -- MACHINES A COUDRE.[modifier]

Sauf pour les ouvrages communs, la couture se
fait à la main, sur le cousoir.
Parmi les machines, en assez petit nombre, imagi-
nées pour effectuer cette opération, celle de Th. Ri-
chards, relieur anglais, présente quelques disposi-
tions ingénieuses. En l’inventant, cet industriel a
voulu atteindre plusieurs buts :
Réunir ensemble par une sorte de tissage des fils
de la couture, des feuilles ou des cahiers, pour en
former un livre au lieu de les coudre à la main ;


MACHINES A COUDRE. 337.
Etablir une combinaison pouvant permettre à une
table animée d’un mouvement de va-et-vient, d’ali-
menter, de feuilles ou de cahiers, les organes cou-
seurs à mesure qu’ils travaillent ;
Disposer des mécanismes propres à mettre en
mouvement les aiguilles portant le fil qu’on destine à
la couture des feuilles ou des cahiers à mesure que
ceux-ci sont présentés ; établir une série de doigts ou
pinces pouvant avancer et saisir les aiguilles, les
faire passer à travers les cahiers, et les rendre à
leurs mécanismes respectifs après la couture de ces
cahiers ;
Enfin, établir des espèces de bras ou des leviers
pouvant déposer chaque feuille régulièrement sur la
pile ou le tas de celles qui ont été assemblées précé-
demment pour former un volume.
« La figure 17 représente la machine en élévation,
vue par devant. La figure 18 en est une section trans-
versale prise par la ligne A B de la figure 17, et la
figure 19, une vue en élévation de l’extrémité sur
laquelle sont placés les organes de mouvement.
« Deux joues on poupées a, a, boulonnées à une
hauteur convenable sur les montants b b du bâti,
servent de support aux coussinets des arbres respec-
tifs c, d et e. Parmi eux, c est l’arbre moteur à l’ex-
trémité duquel est calée une poulie f mise en action
par une courroie sans fin provenant d’une roue pla-
cée à la partie inférieure ou autrement.
« Sur cet arbre sont fixés à clé deux excentriques
g, g qui ont pour fonction de lever et de baisser le
châssis h, h qui glisse dans des coulisses verticales
en V, i, i pratiquées dans les poupées a, a. A ce châs-
sis h est attachée la barre longitudinale k, k sur
laquelle sont fixés à vis les ressorts l, l, l qui for-


338 RELIURE MÉCANIQUE.

ment ensemble une série de doigts ou pinces lorsque
ces ressorts sont pressés et repoussés sur la barre k,
ce qui s’effectue par l’entremise de la came m (fig.18)
lorsque l’arbre d fait tourner le rail demi-cylindri-
que en forme de D, n, n d’une portion de tour par
l’entremise des bielles o, o. Ce rail est porté par le
châssis h et maintenu en contact parfait avec les
doigts à ressort l par les presses p, p.
« Sur l’arbre aux cames e, il y a trois sortes d’or-
ganes de ce genre, savoir : les cames q et r qui ont
pour fonction de faire travailler les barres aux ai-
guilles s et s', suivant un mouvement alternatif dé-
terminé par la nature du travail, en agissant sur les
queue t, t' attachées respectivement à ces barres à
aiguilles qui glissent dans les coulisses en V hori-
zontales u, u pratiquées dans les poupées a, a, et
les lames indiquées par v, v qui ont pour but de le-
ver et abaisser la presse w, w dans laquelle on a
découpé des entailles pour permettre aux aiguilles de
passer, et qui sert à presser les feuilles sur les poin-
tes des aiguilles, et à les conduire ensuite plus bas
par une combinaison de leviers x et x'.
« Un bouton de manivelle y (fig. 19), fixé sur une
grande roue dentée z qui tourne sur un bout d’arbre
établi sur une des poupées a, fait manœuvrer la ta-
ble 1, sur laquelle est placée la feuille qu’il s’agit
de coudre, suivant un mouvement de va-et-vient sur
les rails 2 2, avec l’assistance d’un système de leviers
3, 3, 3 en forme de parallélogramme.
« Tous ces mouvements sont coordonnés symétri-
quement entre eux, et avec la poulie motrice, au
moyen de pignons d’angle 5,5 et de l’arbre diago-
nal 6.
« Chacune des feuilles qu’on veut coudre pour for-


MACHINES A COUDRE. 339
mer un volume étant pliée suivant le format, on in-
troduit longitudinalement sur la marge de fond un fil
gommé dont les extrémités sont ensuite passées à
travers le pli et ressortent par le dos à peu de dis-
tance du haut et du bas, ainsi que le représente la
ligne 7,7, fig. 20.
« La couture alterne @ que doit exécuter la machine
se fait ensuite de la manière suivante.
« Supposons que la courroie fasse tourner la poulie
f dans la direction de la flèche fig. 19. A mesure que
cette poulie tourne, le pignon extérieur 4 monté sur
l’arbre c, étant en prise avec la roue dentée z, oblige
la manivelle y à amener la table 1, avec un cahier
contenant dans le pli le fil longitudinal dont il a été
question, jusqu’à ce qu’elle rencontre un arrêt, ce
qui permet à cette table de placer le dos du pli du
papier exactement au-dessus de la série des aiguil-
les de l’une des barres à aiguilles s (l’autre barre ou
série d’aiguilles n’étant pas alors en prise et se trou-
vant repoussée en arrière), pour qu’en s’abaissant
sur le cahier, la barre fixe en même temps le fil lon-
gitudinal du pli, ainsi que les fils verticaux piqués
par les aiguilles.
« Les cames v, v, en tournant, ont abaissé les le-
viers verticaux xx, qui sont en contact avec elles,
et élevé aussi, par l’entremise des leviers x’ x', la
presse w w exactement au-dessus de la feuille pliée,
ainsi qu’on le voit dans la figure 17 ; puis fait
descendre cette même presse, et par conséquent pres-
ser le cahier sur la pointe des aiguilles et le mainte-
nir fortement sur la barre s, de façon que les aiguil-
les percent au travers du papier. Au même instant,
les excentriques g, g que porte l’arbre c, ont fait des-
cendre le châssis h, h jusqu’à ce que les doigts


340 RELIURE MÉCANIQUE.

à ressort l, l viennent saisir les aiguilles. La came
m, au moyen du levier o, o, faisant alors tourner le
rail demi-cylindrique n, n, celui-ci presse sur les
doigts à ressort, les ferme sur les aiguilles, en main-
tenant toute la série de celles-ci entre les doigts et la
barre postérieure x.
« L’action continue des excentriques g, g entraîne
alors le châssis h, h avec les doigts qui tiennent fer-
mement les aiguilles, et les soulève ainsi que les fils
qui sont passés à travers le cahier, tandis que les
ressorts 8, 8, agissant sur les queues t, t, repoussent
légèrement en arrière la barre aux aiguille s et la
mettent hors de prise avec la presse w. Cette presse
descend alors par l’entremise des leviers x, x, en
échappant à la grande levée des cames v, v, et par
conséquent presse ou abaisse la feuille cousue, en la
déposant sur le tas déjà cousu placé au-dessous. La
table 9, sur Iaquelle sont ainsi réunis les uns sur les
autres les cahiers cousus, est disposée de telle sorte
qu’on peut l’ajuster à la longueur des fils à mesure
que les feuilles s’accumulent.
« Le diamètre extérieur des lames r, r ramène
alors la barre aux aiguilles s, puis les excentriques
g, g abaissant de nouveau le châssis h, h, remettent
en place les aiguilles ; le levier o s’échappant de la
came m, tourne alors la face aplatie du rail n, n
vers les doigts à ressort l, l, leur permettant ainsi
de s’ouvrir et de lâcher les aiguilles à mesure que le
châssis h, h descend.
« On voit qu’il y a deux barres à aiguilles s et s',
avec une série distincte d’aiguilles pour chacune
d’elles, et disposées de telle façon que les aiguilles
alternent réciproquement. Cette disposition a été ima-
ginée pour qu’il n’y ait que chaque cahier alterne


MACHINES A COUDRE. 341
qui soit cousu au même endroit, et que le cahier
intermédiaire soit piqué dans les intervalles. En con-
séquence, l’une des séries de fils verticaux passe à
l’intérieur du fil longitudinal dans le cahier, et l’au-
tre série passe à l’extérieur ou du côté du dos de ce
même cahier, et alternativement ainsi pour la cou-
ture de tous les cahiers.
« Ce point étant le caractère principal de ce mode
de couture, et s’effectuant entièrement par l’action
alternative des barres à aiguilles s et s', on s’en for-
mera une idée plus exacte à l’inspection de la figure
21, dans laquelle a a a indiquent les feuilles pliées
de papier, dans le pli desquelles le petit point rond
représente le fil longitudinal tel qu’on le verrait en
coupe, et qui a été préalablement placé au fond de ce
pli, les traits à points longs, la marche de l’un des
fils introduits par l’un des systèmes d’aiguilles s, et
enfin les traits pleins, la marche de l’autre fil, con-
duit par l’autre système s', qui complète une couture
altene ou tissée où chaque feuille se trouve assujet-
tie séparément.
« A mesure que la table 1 s’avance avec une autre
feuille de papier pliée qu’il s’agit de coudre, les ca-
mes q et la queue t' poussent en avant l’autre sys- :
tème de barre aux aiguilles s', et alors les mêmes
opérations s’exécutent sur cette feuille comme sur la
première, à l’exception seulement que la série des
fils est cousue ou piquée au travers du nouveau ca-
hier dans les intervalles laissés par les piqûres fai-
tes dans le précédent, par suite du changement de
système de la barre aux aiguilles.
« Lorsque la série d’opérations semblables a été
exécutée par la machine sur un certain nombre de
cahiers, et que ceux-ci, accumulés sur la table infé

342 RELIURE MÉCANIQUE.

rieure 99 sont en assez grande quantité pour former
un volume, ce volume est enlevé et soumis aux autres
opérations du cartonnage ou de la reliure, en laissant
les fils d’une longueur suffisante pour remplacer les
bouts de ficelle qui, dans la couture ordinaire, ser-
vent à assembler le dos du livre avec les cartons de
la couverture. »
Une autre couseuse, due à l’allemand Brehmer,
coud avec du fil de fer étamé ou du fil de laiton, qui
est fourni par une bobine. En pénétrant dans la ma-
chine, le fil subit un laminage qui le change en
un ruban infiniment mince et flexible, après quoi des
organes spéciaux s’en emparent et le découpent en
tronçons. Ces tronçons sont repris aussitôt par d’au-
tres organes qui les convertissent en des espèces
d’agrafes, lesquelles s’accrochant entre elles finis-
sent par former plusieurs chaînettes dont les mail-
lons emprisonnent tout à la fois des nerfs en ruban
de fil et une bande de canevas qu’une couche de
colle forte fixera plus tard sur le dos du volume.

§ 4. -- MACHINES A ENDOSSER.[modifier]

Nous avons décrit ailleurs une petite machine ou
presse à endosser. Parmi celles dont on a encore
signalé les bons offices, nous citerons d’abord celle
de M. Pfeiffer, mécanicien à Paris.
Cette machine consiste en une large table ou pla-
teau rectangulaire dont on peut régler la hauteur à
volonté à l’aide de vis placées à chaque extrémité et
qui le supportent, le tout disposé dans un solide bâti
en fer.
A la partie supérieure de ce bâti est attaché par des
charnières un cadre ou châssis dont les dimensions
sont les mêmes que celles du plateau. Ce cadre est lui-


MACHINES A ENDOSSER. 343
même pourvu d’une vis à chaque extrémité, en sorte
qu’il forme une espèce de presse dans laquelle les
livres à endosser sont soumis à une pression.
Pour faire l’endossage, on place entre chaque vo-
lume une plaque en tôle de fer, en ayant soin, s’ils
sont de dimensions différentes, de faire supporter les
plus petits par des cales en bois. On met ensuite le
tout en presse, et l’on endosse avec le marteau
comme à l’ordinaire.
Le cadre qui contient les livres en presse est muni
de charnières, afin qu’on puisse lui faire exécuter un
demi-tour et renverser ainsi le système pour présen-
ter tous les dos des livres à un feu léger, dans le
but d’obtenir que le collage sèche plus rapidement.



La machine Pfeiffer, malgré tous ses mérites, n’a
pas eu le succès pratique de celle des Américains
Sauborn et Carter, dont l’invention doit être consi-
dérée comme un véritable progrès dans l’art de la
reliure, et qui est généralement désignée sous le nom
d'endosseuse américaine, @
Cette machine (figure 30, planche II) consiste prin-
cipalement en une presse ou plutôt un étau à longues
mâchoires, soutenues par un bâti. Au-dessus de l’étau
est un cylindre de fer qui se rapproche ou s’éloigne
de lui au moyen de vis, et qui peut obéir à un mou-
vement d’arrière en avant et d’avant en arrière que
lui imprime une poignée verticale.
Quand le premier encollage du volume est sec, le
livre est placé dans l’étau, le dos dépassant au-des-
sus des mâchoires de toute sa hauteur, plus celle
qu’on veut donner au mors. Lorsqu’il est fortement
serré, le cylindre en est rapproché par les vis, et
l’ouvrier saisissant la poignée lui donne deux ou

344 RELIURE MÉCANIQUE.

trois mouvements d’arrière en avant. La pression
opérée par ce cylindre sur le dos du livre l’arrondit,
et, en même temps, écrase suffisamment les bords
sur les arrêtes des mâchoires, pour former des mors
bien prononcés et bien nets.

§ 5. -- MACHINES A COUPER LE CARTON.[modifier]

Dans les grands ateliers, le débitage du car-
ton est une opération qui ne manque pas d’impor-
tance et pour l’exécution rapide de laquelle on a
senti le besoin de machines spéciales. Ces machines
sont très-nombreuses et leur construction appartient
à différents systèmes. Toutefois, en ne considérant
que la disposition de leur outil tranchant, les unes
sont des cisailles de dimensions très-variables, tan-
dis que les autres sont des combinaisons de scies
circulaires.
Dans tous les cas, une fois qu’on les a mises en
mouvement, soit à la main, au moyen d’une mani-
velle, soit à l’aide de la vapeur, il suffit de leur pré-
senter successivement les feuilles de carton pour
qu’elles les coupent pour ainsi dire instantanément
et avec une netteté que le travail manuel serait inca-
pable d’obtenir.
Nous décrirons, à titre d’exemple, celle que pré-
sente la figure 22, pl. 2 ; elle est tout en fer.
« Sur les deux flasques a, a, qui sont maintenues
entre elles par les traverses b et c, @ est bou-
lonnée une table d, sur le devant de laquelle la
presse e est maintenue sur les guides par deux
ressorts à boudin disposés sur les côtés et qu’on
peut faire descendre au moyen de la tringle g et de la
pédale h.
« Sur la traverse c est montée à vis la lame fixe en
MACHINES A COUPER LE CARTON. 345
acier i @ qui, avec la lame courbe mobile k, dont le
point de centre est placé en l, constitue la
cisaille ; m est un contrepoids qu’on peut ajuster
pour donner plus de mobilité à la lame k et moins
de fatigue à l’ouvrier. La traverse b forme coulisse
pour recevoir le coulisseau n, qui peut être mu dans
un sens ou dans l’autre par la tige o et la roue à ma-
nivelle p.
« Sur le coulisseau n s’élève le portant q qui, lors-
qu’on tourne la roue à manivelle p, peut se rappro-
cher ou s’éloigner de la coulisse. Afin de pouvoir
disposer bien parallèlement ce portant, on a monté
dessus une règle r qu’on peut ajuster à l’aide de
vis s.
« Sur la table d sont établies des équerres tt,
glissant dans des coulisses qui se croisent à an-
gle droit pour pouvoir ajuster de grandeur le mor-
ceau de carton qu’on veut détacher. Enfin les équer-
res t portent des vis u qui, par un quart de tour,
serrent les écrous qui retiennent ces équerres sur les
coulisses.
« Pour faire usage de cette presse, on ajuste la
feuille de carton sur la table, on élève le portant de
manière que ce carton appuie bien exactement sur sa
règle, puis on rabat la lame mobile dans l’espace
laissé libre entre la lame fixe et la règle, et on sépare
ainsi une plaque de carton de la grandeur détermi-
née par l’ajustement des équerres.



« Nous donnerons encore, mais sans la décrire
(fig. 23) tant elle est facile à comprendre, la figure d’un
autre modèle de machine à couper le carton cons-
truite par MM. Heim, et qui est également toute
en fer.

346 RELIURE MÉCANIQUE.

« Les machines à couper le carton sont surtout
destinées à couper les cartons épais ; mais comme
elles sont d’un prix assez élevé, on peut les rempla-
cer, quand il s’agit de cartons peu épais, par une
pointe à rabaisser représentée dans la figure 24.
« Cet outil se compose d’une planche aa sur l’un des
côtés de laquelle est vissée une coulisse h travaillée
avec soin. Dans cette coulisse se meut un coulisseau
qui s’y adapte très-exactement, et sur lequel est vis-
sée la pièce c qui est percée d’un trou carré dans
lequel glisse une règle d, graduée si l’on veut. A l’une
des extrémités e de cette règle, est insérée une lame
ou une pointe f qui, au moyen d’une vis de pression

i, peut être arrêtée à la distance où l’on veut opérer

la section.
« Supposons que le carton doive avoir une hauteur
de 15 centimètres, on porte la pointe f à cette dis-
tance du bord h de la coulisse, et on l’arrête en ce
point par la vis g ; puis on pose le carton sur la
planche, un des côtés appuyé sur le bord de la cou-
lisse, on l’y maintient avec la main gauche, tandis
que de la main droite on presse sur la pièce c en
même temps qu’on la fait glisser dans la coulisse h,
ce qui marque, à une profondeur suffisante, la ligne
où le carton doit être coupé, et même, en remplaçant
la pointe par une lame tranchante, sert à le cou-
per de la grandeur exactement voulue pour en cou-
vrir un livre, lorsque ce carton n’est pas trop
épais. »

§ 6. -- MACHINES A ROGNER.[modifier]

Anciennement, dans toutes les industries qui ont
besoin de rogner le papier, on n’employait pas d’au-
tre instrument que le rognoir du relieur. On a vu


MACHINES A ROGNER. 347
que, pour se servir de cet outil, le papier est placé
verticalement dans une presse, et que l’ouvrier est
obligé de tourner à la main le manche de la vis du
fût afin de faire avancer le couteau progressivement,
de sorte qu’il peut, faute d’habitude ou par distrac-
tion, avancer le couteau plus qu’il ne devrait, et qu’a-
lors la résistance que présente le papier est trop
grande, ce qui produit des déchirures ou d’au-
tres graves inconvénients.
Dans le rognoir mécanique dont nous allons don-
ner la description, tous ces défauts ont disparu, et le
travail se fait avec plus de régularité.
« Les figures 38, 39, 41, 42 et 43) montrent l’instru-
ment dans tous ses détails. Les mêmes lettres indi-
quent les mêmes objets dans toutes les figures. Sur
une table très-épaisse A A, montée sur quatre forts
pieds B B, assemblés à tenons et mortaises, sont
fixés à pattes, par derrière, deux montants C C, D D,
en fer forgé, épais de la moitié de leur largeur.
« Ces deux montants servent de support à la ma-
chine. Sur le devant de ces deux montants est soli-
dement fixée une plaque de fonte E E, ouverte de
deux grands trous F F, dans la vue de la rendre plus
légère.
« En G G et H H, sont rivées deux bandes de fer
forgé, parallèlement entre, elles, et présentant sur la
plaque E E, une coulisse pour y recevoir le fût (fig.
38), dont nous allons parler dans un instant.
« Au-dessus de cet appareil est une forte pièce de
bois J J, dont on voit l’épaisseur (fig. 41), mêmes
lettres J J. Cette pièce de bois est traversée, à droite,
par le montant D D, boulonné de ce côté ; elle est
traversée sur la gauche par un autre montant en fer
K L, avec lequel elle est boulonnée.

348 RELIURE MÉCANIQUE.

« Il faut faire attention à la description des pièces
qui vont suivre, et qui servent à fixer le papier ou
les volumes à rogner. On voit que le montant K L
est boulonné d’abord avec la pièce de bois J J, ensuite
avec la pièce de fer forgée M N, et enfin avec le levier
en fer R, S, I. Ces trois boulons permettent aux trois
pièces un petit mouvement de rotation, comme une
charnière.
« Le levier R, S, l a son point d’appui sur le boulon
l. Il est formé en fourche au point I, et dans l’inté-
rieur de cette fourche, et sur le même boulon, se meut
la pièce T l,qui n’est autre chose qu’un cliquet, comme
on va le voir. Avant de passer à la description d’au-
tres pièces, voici comment on parvient à fixer le pa-
pier ou les livres.
La barre de fer M N, que la figure 42 représente
à part, est formée en fourche au point M, et embrasse
la pièce K L ; de même que la pièce K L embrasse en
L Ie levier R, S, I. On aperçoit que cette barre de fer
MN a en O (fig. 39 et 42), une saillie intérieurement :
cette saillie est destinée à appuyer fortement, par le
milieu de l’appareil, sur une plaque de bois dur P P,
fig. 43, précisément au point Q qui est plus épais,
et dont les extrémités Q P, sont en plan incliné, afin
que l’effort se distribue sur toute l’étendue de l’objet
pressé.
« Lorsqu’on a placé le papier ou les livres sur la
table AA, au-dessous du point O, et sur une feuille
de carton épais, on met dessus la pièce de bois P, Q,
P ; on appuie fortement sur l’extrémité R du levier
R S ; il fait descendre tout à la fois la barre J J et la
barre de fer M, dont l’autre extrémité N appuie
contre le dessous du boulon V. On fait descendre le
point M jusqu’à ce que la barre MN soit parfaitement


MACHINES A ROGNER. 349
horizontale, et que, par le point 0, elle appuie forte-
ment sur le point Q de la pièce de bois P, Q, P (fig.
43). Alors, en appuyant toujours sur le bras du levier
R, sans lui permettre un retour en arrière, on pousse
avec l’autre main, le cliquet T I, et on l’engage dans
une des dents de la crémaillère S I, qui le retient
parfaitement, de manière que rien ne peut bouger.
« Dans le cas où l’on n’aurait pas assez de papier
pour remplir l’intervalle entre le point O et la table
A A, on y suppléerait par des plateaux de bois plus
ou moins épais, de la largeur et de la longueur de la
planche P, Q, P, afin d’obtenir une pression suffi-
sante, comme nous l’avons expliqué.
« Voyons actuellement l’action du rognoir :
« Au-devant de la plaque E E est placé le rognoir
(fig. 38), dans les coulisses G G, H H. Il est dessiné à
part dans cette figure, afin de rendre la figure 39
moins confuse. Les lettres a a indiquent deux anses
cylindriques en bois, portées par des armatures en fer
m m, dont un seul ouvrier se sert pour faire
marcher la machine, en prenant d’une main celle qui
lui est la plus commode.
« L’effort à faire est si faible, qu’il ne faut jamais
qu’un ouvrier. Au milieu de cette pièce est fixée une
boite b, qui contient le couteau f, semblable à celui
du relieur, et qui reçoit un mouvement vertical par la
vis d, qui est à sa partie supérieure. Le rognoir est
retenu dans les coulisses G G, H H (fig. 39) par les
parties g g, h h (fig. 38).
« La vis d du rognoir est surmontée d’un chapeau
c triangulaire, tel qu’on le voit en c (fig. 41). Au-des-
sous de la pièce J J (fig. 39) sont fixés deux petits
liteaux de bois r s, l’un plus long que l’autre, portant
chacun une cheville en fer t, u, qui engrènent avec
Relieur. 20

350 RELIURE MÉCANIQUE.

les trois dents du chapeau alternativement aux deux
extrémités opposées du même diamètre, de sorte
qu’elles font tourner ce triangle dans le même sens,
afin de faire avancer le couteau d’un tiers de pas de
la vis, à chaque mouvement de va-et-vient.
« On conçoit actuellement avec quelle régularité
s’opère cet enfoncement progressif, et combien de
précision et de célérité doit présenter cet instrument,
dont le relieur intelligent peut tirer un grand avan-
tage
« M. Cotte a perfectionné cette machine qui travaille
avec une célérité étonnante : il fait marcher le cou-
teau à l’aide d’un engrenage. Une roue placée verti-
calement à côté de la machine, engrène dans un
pignon qui porte un excentrique, et imprime au ro-
gnoir un mouvement de va-et-vient. La première
roue porte un volant, et est mue par une manivelle ;
le pignon porte aussi un volant. Cette machine n’exige
qu’une très-faible force. »


Mais la presse à rogner, malgré les perfectionne-
ments de détail qu’on a pu y apporter, ne répond pas
aux besoins de la grande industrie. Il a donc fallu
imaginer des appareils autrement puissants, et ce
sont ces appareils qu’on appelle proprement machi-
nes à rogner.
Parmi les machines de ce genre, une des plus po-
pulaires en France est celle de M. Massiquot, méca-
nicien à Paris, dont le nom est même devenu celui
des coupeuses construites sur le même principe. In-
diquons sommairement en quoi consiste un massi-
quot. Il se compose des parties essentielles sui-
vantes :


MACHINES A ROGNER. 351
1° Une table en bois sur laquelle glisse un plateau
mobile. On fait avancer ou reculer ce plateau au
moyen d’une chaîne de Galle fixée en dessous à ses
deux extrémités, et venant engrener avec un pignon
denté que porte un arbre disposé sur la table et qu’on
met en mouvement en tournant une manivelle ;
2° Un bâti en fonte établi à demeure sur la table.
Ce bâti se compose de deux pièces symétriques et
verticales qui laissent entre elles un espace vide,
dans lequel est placé un couteau en fonte garni à sa
partie inférieure d’une lame d’acier tranchante. Ce
couteau porte deux coulisses inclinées dans lesquelles
sont engagés des galets dont les tourillons sont fixés
dans le bâti. Ce couteau porte à sa partie supérieure
une crémaillère inclinée parallèlement aux coulisses,
et avec laquelle vient engrener un pignon qui est
actionné par une manivelle montée sur un volant, et
par l’intermédiaire de deux pignons et de deux
roues.
On multiplie ou diminue le nombre des engrenages
selon les dimensions de la machine et la résistance
des objets qu’on veut couper.
Au-dessus du plateau mobile se trouve une forte
règle en fonte, qui peut recevoir, par le moyen d’un
volant, un mouvement de haut en bas ou de bas en
haut. Elle sert à presser et à maintenir le papier ou
les volumes à couper.
Sur les côtés de la table sont placées deux règles
divisées, qui portent, à leur partie inférieure une cré-
maillère dans laquelle viennent engrener des pignons
qu’on met en mouvement avec une manivelle.
Aux extrémités de ces deux règles est fixé un arrêt
qu’on peut soulever et mettre de côté quand on le dé-
sire, car il est mobile autour de deux articulations.

352 RELIURE MÉCANIQUE.

Cet arrêt est indépendant du plateau mobile ; il a
pour destination de régler la grandeur des feuilles à
couper, grandeur que donnent deux petits indices,
et qu’on peut faire varier à volonté en avançant ou
reculant les règles.
La manière de se servir du massiquot est des pIus
simples. On place le papier on les volumes à couper
sur le plateau ; on fixe avec l’arrêt la dimension des
feuilles qu’on veut obtenir, après quoi on fait avan-
cer le plateau. Le papier vient appuyer contre l’ar-
rêt, on abaisse la règle, on fait descendre le couteau,
et l’on relire le papier coupé en faisant tourner la
règle autour de ses articulations. Le papier enlevé,
on remet l’arrêt en place, et l’on recommence comme
on vient de le dire.
Nous allons maintenant décrire les machines à
rogner qui figurent sur les planches.
1° Machine Perkins.[modifier]
« M.J. Th. Perkins est inventeur d’une machine
à rogner qui coupe, selon lui, avec une telle perfec-
tion et donne une tranche si unie et si nette qu’on
peut procéder immédiatement à la marbrure ou à la
dorure.
« La figure 44, pl. 2, est une vue en élévation de
cette machine. La figure 45, même pl., en est une
vue en élévation latérale.
« A, A, deux flasques en fonte, reliées entre elles
par des traverses horizontales a  ; B, B, mon-
tants venus de fonte sur les flasques A A. Au centre
de ces montants existe une coulisse b pour recevoir
les extrémités du plateau mobile C ; lequel est pourvu
d’une vis c, fonctionnant dans un écrou d, établi
dans le chapeau ou traverse supérieure D. Un ba-


MACHINE A ROGNER. 353
lancier, monté sur la tête de la vis c, sert, en lui
imprimant un mouvement de rotation, à faire des-
cendre le plateau C, afin de presser et maintenir en
place avec fermeté sur le sommier de la machine le
livre qu’on veut rogner.
« EE, consoles boulonnées sur le côté du bâti et
destinées à porter l’arbre horizontal F et la mani-
velle G. Sur l’une des extrémités de cet arbre sont
enfilées deux poulies ee, l’une fixe, l’autre folle, et
sur l’autre un bras de manivelle f. On peut de cette
manière communiquer le mouvement à la Machine
soit à l’aide de la vapeur ou de tout autre moteur,
soit à bras d’homme.
g, roue dentée, calée sur l’arbre F qui engrène dans
le pignon h monté sur l’arbre à manivelle G ; i, vo-
lant sur cet arbre pour régulariser les mouvements
de la machine.
« L’arbre à manivelle G, au moyen de la bielle K,
communique un mouvement horizontal à la scie ou
au couteau H, qui fonctionne entre des guides dans
les montants BB. De chaque côté de ces guides sont
insérées à vis des tiges qui s’avancent dans les cou-
lisses et viennent buter sur la scie ou le couteau H,
afin de lui donner un mouvement ferme et régu-
lier.
« I, sommier sur lequel est placée une table pour
porter le papier ; ce sommier repose en outre sur
un chariot qui glisse sur les deux côtés du bâti. En
avant de ce bâti et fonctionnant dans ses appuis pro-
pres, est un arbre horizontal k, portant deux seg-
ments dentés Il qui engrènent dans des crémaillères
verticales qq, glissant sur des barres de guide pp
et reliées dans le bas par la traverse rr, aux deux
bouts de laquelle sont articulées les bielles ss qui


354 RELIURE MÉCANIQUE.

l’assemblent avec le couteau. Au milieu de la Ion-
gueur de l’arbre k, est calée une poulie à poids m ;
sur ce même arbre, il existe une roue à rochet n
dans les dents de laquelle tombe, à certaines époques
de l’opération, le cliquet n et enfin le levier o pour
le service indiqué ci-après.
« Voici comment on fait fonctionnel la machine :
« Avant de placer le livre qu’il s’agit de rogner
dans la machine, il faut d’abord relever le couteau H,
ce que l’on fait en abaissant le levier o sur l’arbre k
qui agit sur les segments l et relève les crémaillères
q, la barre r et les bielles verticales, et par consé-
quent le couteau qui s’y trouve articulé. Le livre est
alors placé sur la table, en position convenable sous
le couteau ; on abaisse le plateau C sur ce livre et on
serre. En cet état, on imprime un mouvement de ro-
tation à la roue dentée g au moyen du bras f ou de la
poulie e, et le pignon h engrenant dans cette roue g,
fait agir la manivelle G qui communique le mouve-
ment alternatif nécessaire au couteau H.
« Si l’on trouve que le poids de la lame du couteau
et des pièces qui en dépendent ne suffit pas
pour produire la pression nécessaire pour couper
la matière sur laquelle on opère, comme par exem-
ple quand on veut couper du carton, on applique un
poids à la poulie m, ainsi qu’on Ie voit dans les deux
figures.
« Lorsque la lame a pénétré jusqu’au fond de la
masse de papier, on suspend son mouvement alter-
natif en rejetant la courroie de transmission sur la
poulie folle, ou en cessant de tourner le bras f. On
relève alors le plateau C en faisant tourner la vis c
en sens contraire, on soulève la lame, ainsi qu’il a
été expliqué ci-dessus, et on la maintient dans cette


MACHINES A ROGNER. 355
position à l’aide du cliquet n* qu’on met en prise
avec l’une des dents de la roue à rochet m.
« Pour faire avancer le livre ou le papier pour
qu’il soit rogné en tête ou en queue ou sur l’autre
rive bien parallèlement à la première, on se sert de
l’appareil représenté dans la figure 46 et qui consiste
en une tringle t montée sur le côté extérieur du bâti,

portant à l’une de ses extrémités une petite mani-

velle u, et légèrement conique à l’autre sur une cer-
taine longueur, afin de pouvoir glisser dans une

douille mobile v.

« A cette douille est attachée une barre w qui s’é-
tend sur toute la largeur de la machine et est
pourvue à son autre bout d’une autre douille x,
au travers de laquelle passe une seconde tringle y
fixe sur le bâti et servant de guide pour assurer la
marche ferme et correcte de la barre w dans ses
mouvements en avant et en arrière.
« A cette barre w est attachée une planchette qui,
amenée en avant quand on fait tourner la mani-
velle sur la tringle t, pousse le livre u le papier
vers la partie antérieure de la machine en la mainte-

nant constamment paralléle au couteau. Arrivé dans

la position convenable sur la table, on abaisse le
plateau C sur l’objet et ou fait fonctionner le cou-
teau.
« On peut aussi construire la machine, comme
l’indique la figure 47, c’est-à-dire monter les mon-
tants BB séparément du bâti en les y fixant à char-
nière. Alors le couteau fonctionne dans des guides
distincts des montants et la partie supérieure de la
machine, qu’on appelle la presse, peut être rabattue
dans une position horizontale aprés que le livre ou
le papier a été rogné, afin de pouvoir en marbrer ou


356 RELIURE MÉCANIQUE.

dorer la tranche sans l’enlever de dessus la ma-
chine.
« La figure 48 représente le couteau le plus propre
à rogner le papier ou couper le carton, et la figure
49 celui à tranchant droit qui convient davantage
pour couper les peaux ou les matières en laine ou en
coton, car la machine peut servir à ces divers
usages. »
2° Machine Delamarre.[modifier]
« La machine à rogner le papier de M. Delamarre,
qui a reçu successivement plusieurs perfectionne-
ments, se distingue par plusieurs dispositions heu-
reuses, et en ce que le coupage ou le rognage du pa-
pier ou du livre s’y opère non plus dans le sens
horizontal, mais dans le sens vertical et par un mou-
vement angulaire du couteau. Elle est représentée
dans son état actuel dans les figures suivantes : fig.
50, vue en élévation de face ; fig. 51, vue en coupe
par les lignes 1 et 2 de la figure 50 ; fig. 52, vue en
plan du couteau ; fig. 53, vue en coupe verticale de
ce couteau, toutes pl. III.
« L’appareil se compose du couteau A fixé par des
vis dans un châssis en fonte ou en fer B, lequel se
trouve assujetti dans trois de ses points par trois
leviers de manœuvre ; le premier C, monté sur l’ar-
bre D, est celui qui reçoit le mouvement ; les deux
autres C’C’ sont ajustés sur des goujons aa placés
sur une même ligne horizontale. Le bâti en fonte se
compose de deux jumelles E.E supportant à la fois
le mécanisme du couteau et de la commande qui se
trouvent suffisamment élevés par un banc ou éta-
bli GG en bois ou en fonte.
« Les. feuilles à rogner reposent sur le bloc H et y
sont pressées par un plateau en fonte I. On peut ma-


MACHINES A ROGNER. 357
nœuvrer ce plateau de la partie inférieure, soit par
une vis à volant J, faisant monter ou descendre le
balancier K et les tringles bb qui le retiennent, soit
par une pédale.
« Voici comment s’effectue le coupage ou le rognage
des feuilles ou des livres soumis à l’action de la ma-
chine de M. Delamarre :
« Supposons que ce soient des livres. Ces livres
sont placés sur le bloc en bois qui surmonte l’établi,
puis, au moyen de deux ou trois tours du volant J,
sont serrés au degré convenable par le plateau I qui
est solidaire avec les tringles bb et guidé dans son
ascension par les rainures d. On comprend que la
vis de ce volant, butant contre le socle ou écrou L,
ne peut pas changer de place et par conséquent
qu’il force le balancier, dont il a été question, à mon-
ter ou descendre et à produire le résultat qui vient
d’être annoncé.
« Le serrage des livrés étant ainsi effectué, on fait
agir le couteau, qui descend toujours perpendi-
culairement en affleurant le bord du plateau, On
obtient ce résultat en agissant sur la manivelle
M, qui commande par son pignon N, la roue P et
son pignon Q, montés sur le même axe e ; ce dernier
pignon engrenant dans un secteur denté R monté
sur l’arbre central D, tend à faire décrire à celui-
ci un espace angulaire d’autant plus grand que
l’épaisseur des matières est plus considérable, et par
suite à entraîner les trois leviers C C’ et C". C’est
le jeu de ce mécanisme qui produit la coupe trés-
régulière du papier, car ces leviers se mouvant par
leur partie supérieure autour d’un axe fixe, décrivent
à leur partie inférieure et font, par conséquent,
décrire au couteau un arc de cercle qui est, comme

358 RELIURE MÉCANIQUE.

on sait, utile et même indispensable à un rognage
propre et satisfaisant.
« la cheville g, qui relie le châssis B et le levier C,
fait saillie sur le devant de la machine, pour s’enga-
ger dans une coulisse h qui dépend du secteur R et
mener le couteau d’une manière plus régu1ière et plus
invariable. .
« Afin de pouvoir affûter ou rentrer et fixer la lame
A à son châssis B ; on a rapporté sur ce dernier des
vis fff qui permettent de la manœuvrer et de la
serrer à volonté, suivant l’usure, les cassures ou
le gauche qui surviennent assez habituellement. »
3∞ Machine Pfeiffer.[modifier]
" La machine à rogner de M. Pfeiffer est très-ex-
péditive. Elle se distingue des autres appareils de ce
genre, en ce qu’elle peut aussi rogner la gouttière
des livres, en lui donnant la forme concave qu’on a
l’habituçle d’appliquer à la tranche, opération assez
délicate que peu de relieurs pratiquent avec un plein
succès, et que cette machine au contraire exécute,
d’une manière parfaite et avec célérité. En voici la
descriptiqn, toutes les figures se trouvant sur la
même pl. et les mêmes lettres désignant les mêmes
parties.
« Fig. 54. Vue de face de la machine.
« Fig. 55. Vue de profil.
« Fig : 56. Profil et vue de face partielle du couteau
à lame courbe.
« Fig. 57. Détail relatif au mouvement du couteau
à lame courbe.
« Fig. 58. Vue debout de la machine.
« Fig. 59. Section verticale perpendiculaire au plan
de la figure 54.


MACHINES A ROGNER. 359
« Fig. 60. Profil du couteau à lame droite.
« Fig. 61. Détail relatif au mouvement du couteau
à lame droite.
« Cette machine accomplit deux operations distinc-
tes, celle qui consiste à rogner les tranches planes des
livres et celle qui a pour but de rogner circulaire-
ment la tranche longitudinale, c’est-à-dire de prati-
quer ce qu’on nomme la gouttière.
« Chacune de ces opérations étant faite au moyen
d’organes spéciaux, entièrement séparés, bien que
portés par les mêmes bâtis, il est important de les
décrire séparément.
« Les dessins montrant la machine disposée pour
la seconde opération, nous décrirons celle-là la pre-
mière.
« Rognage circulaire. — X X, bâtis en fonte
parallèles, supportant tous les organes de la ma-
chine ; ils sont reliés par trois tirants boulonnés y.
A, table principale sur laquelle se font les opéra-
tions ; elle est boulonnée sur les bâtis X. Vπ est le
volume sur lequel doit être pratiquée la gouttière ; on
voit sa position fig. 59. B B, mâchoires entre les-
quelles on place plusieurs volumes lorsqu’il s’agit de
rogner des tranches planes ; mais, lorsqu’il s’agit ;
comme ici, de rogner circulairement, opération qui
ne permet d’agir que sur un seul volume à la fois,
on ajoute aux mâchoires BB, qui occupent toute la lar-
geur de la table A, de petites mâchoires mobiles bb
moins larges, qui s’y adaptent au moyen de goujons
se logeant dans des trous correspondants. Pour sou-
tenir la petite mâchoire supérieure ’b’, on opère un
serrage au moyen de deux petites vis à poignées o,o,
fig.58,.
« Les mâchoires BB sont montées sur des vis verti

360 RELIURE MÉCANIQUE.

cales C à filets opposés, disposées de l’un et de l’au-
tre côté de la table A (fig. 56, 57 et 58) et dont le
mouvement permet d’éloigner ou de rapprocher à
volonté les mâchoires suivant l’épaisseur sur laquelle
le serrage doit être opéré. DD, roues d’angle fixées à
la partie inférieure des vis C. dd, pignons coniques
engrenant avec les roues D et calés sur l’arbre E
porté par les bâtis. C’est à l’aide du volant à
poignées F qu’on communique le mouvement au
système.
« G (fig. 59) est le couteau à@ lame courbe qui sert
à pratiquer la gouttière ; la figure 56 en donne à une
plus grande échelle une section verticale et une vue
partielle de face. La lame, qu’on peut changer à vo-
lonté, forme une portion de cylindre dont le rayon
est égal à celui que doit avoir la concavité de la tran-
che, suivant la dimension du volume. H est le porte-
couteau auquel le couteau est solidement vissé
(fig. 59). I, secteur denté au centre duquel est fixé
le porte-couteau, et servant à imprimer à la lame
courbe un mouvement de rotation de haut en bas. j,
pignon transmettant le mouvement au secteur I. K,
grand volant à poignées commandant le pignon j au
moyen des engrenages 1 et 2.
« Le mouvement circulaire n’est pas le seul que le
couteau G reçoive ; il doit être animé en même temps
d’un mouvement de glissement horizontal, en sorte
que la résultante des deux mouvements est, pour
ainsi dire, une hélice suivant laquelle le rognage est
opéré, condition essentielle pour éviter les bavures.
Or, ce second mouvement est obtenu de la manière
suivante : Le porte-couteau H, se prolongeant du
côté du volant K, est relié à un système indiqué en
coupe longitudinale, fig. 57, qui se compose d’un ar-


MACHINES A ROGNER. 361
bre L enfermé dans un manchon et forcé de se dépla-
cer horizontalement par suite d’un artifice produisant
un mouvement excentrique. Cet artifice est obtenu
au moyen d’une vis v, dont la queue est engagée
dans une rainure hélicoïdale r. Enfin, l’arbre L porte
un engrenage 3 qui reçoit son mouvement de la roue
l calée sur l’axe du volant K.
« Par suite de ces dispositions, lorsque le volant K
est mis en mouvement, le couteau G est animé à la
fois d’un mouvement circulaire et d’un mouvement
de translation alternatif horizontal.
« Tout le système que nous venons de décrire est
porté par un chariot M pouvant glisser à volonté sur
la table A, qu’on approche du volume lorsqu’il s’agit
de pratiquer la goultière, et qu’on recule à l’extrè-
mité de la table lorsqu’on doit procéder au rognage
des tranches planes. Les dessins représentent l’ap-
pareil au moment où la gouttière venant d’ètre faite,
le volume est encore en place et le chariot M a été
reculé. Ce charriot est mis en mouvement au moyen,
de deux pignons d’angle ii placés à droite et à gau-
che (fig, 54, 55 et 59), et à l’axe desquels il est relié.
Les pignons i engrènent avec d’autres pignons n ca-
lés sur un même arbre et commandés par le volant
à manivelle SS'.
« Rognage des tranches planes. — Supposons
maintenant qu’il s’agisse de rogner les tranches pla-
nes : ici l’opération peut être pratiquée facilement sur
plusieurs volumes à la fois.
« N est une table mobile qui est relevée, ainsi que
l’indiquent les dessins (fig. 55 et 59), lorsque le
couteau à lame courbe opère et qu’on abaisse, aprés
avoir reculé le chariot M, pour venir recevoir les
volumes qu’on serre en nombre quelconque entre les
Relieur. 91


362 RELIURE MÉCANIQUE.

mâchoires BB. (Pour cette opération les petites mâ-
choires bb doivent être enlevées.).
« gg sont deux tringles horizontales placées à droite
et à gauche, et qu’on pousse, lorsque la table N est
abaissée, jusqu’à ce qu’elles viennent loger leurs
extrémités dans des trous correspondants ménagés
dans cette table.
« La plaque verticale de fond de la table N est
mobile et, par conséquent, peut être avancée ou re-
culée, suivant la dimension des volumes qui vien-
nent y appuyer la tranche opposée à celle qui doit
être rognée. hh (fig. 54 et 58), règles verticales
mobiles servant à équerrer les volumes.
« @ Le mouvement vertical de la table N est obtenu
au moyen de deux crémaillères PP qui y sont
fixées, et engrènent avec deux pignons pp, placés sur
un même axe horizontal. Ces pignons pp sont com-
mandés par un petit volant Q, au moyen des roues
d’angle 4 et 5 (fig. 58 et 59). G est une roue à rochet @
calée sur l’axe du volant Q, avec levier d’enclique-
tage R, et servant à maintenir la table N à son point
d’arrêt lorsqu’elle a été remontée.
« T, couteau à lame droite occupant horizontale-
ment toute la largeur de la machine. Il se compose
d’une partie fixe et d’une partie mobile, la lame, la-
quelle pouvant être changée à volonté, s’adapte dans
une rainure de la partie fixe, et y est serrée au moyen
de quatre boulons (fig. 54 et 60).
« V V, coulisses jumelles en fonte, assemblées
verticalement sur la table A, réunies en une seule
arcade, et entre lesquelles glisse le couteau T dans
son mouvement de montée ou de descente : Ce mou-
vement est en outre guidé au moyen de deux règles
obliques xx, formant parallélogramme, et reliées,


MACHINES A ROGNER. 363
d’une part, à l’arcade V V, et d’autre part, au couteau
lui-même.
« Bien qu’il opère toujours dans un plan vertical,
ce couteau n’agit pas perpendiculairement à la tran-
che des livres qu’il doit rogner ; mais il descend
obliquement et opère, en quelque sorte, un sciage.
Ce résulat est obtenu à l’aide des dispositions sui-
vantes :
« Z est une vis à direction oblique, dont l’axe fait
avec l’horizon un angle égal à celui que décrit le
couteau T dans sa course. Elle est reliée à ce cou-
teau par deux bras en fonte. Sur l’axe de la vis Z
est un écrou u visible, fig. 61, lequel est enfermé
dans un manchon qui porte une roue d’angle 7.
« W est un volant à manivelle à l’aide duquel on
imprime le mouvement à la roue 7, et par consé-
quent à l’écrou u par l’intermédiaire des engrenages
8,9,10 et 11 (fig,. 55). Il suffit donc de tourner ce
volant dans un sens ou dans l’autre, pour faire des-
cendre ou monter obliquement le couteau. »
4° Machine à rogner la gouttière.[modifier]
« On doit à MM. G. Trink et L. Heitkamp, de New-
York, l’invention, en 1862, d’une machine à rogner
la gouttière des livres dont le croquis, fig. 62, suffira
pour donner une idée suffisante.
« cette machine se compose d’un établi a sur la
surface duquel repose une table b qu’on cale au
moyen de vis dd, pour lui donner une position bien
horizontale. C’est sur cette table qu’on dispose le
volume dont on veut faire la gouttière. Une petite
presse à vis e qui surmonte la table, maintient fer-
mement ce volume à sa place, et un ais à gorge f
qu’on place derrière le dos, et que serrent anssi les

364 RELIURE MÉCANIQUE.

vis de calage, contribuent à le rendre immobile.
« Dans cet état, on en approche le couteau g, qui
a une structure particulière. Ce couteau se compose
d’une lame dont le biseau est placé dessous, et dont
le dos est arrondi, suivant la courbure qu’on veut
donner à la gouttière. Cette lame est arrêtée par des
vis sur une monture dont les extrémités présentent
la même courbure que le dos de la lame, ou plutôt
en sont la continuation.
« En outre le tranchant de ce couteau a une forme
un peu courbe d’une extrémité à l’autre, et le dos
en est poli avec beaucoup de soin. Ce couteau avec
sa monture peut tourner sur un axe qui forme le
point de centre de sa courbure, et est manœuvré par
un levier h. Enfin il est mobile et en coulisseau,
comme le couteau ordinaire, dans des coulisses de
la table parallèles à la longueur du volume.
« Pour opérer avec cetle presse, on place le vo-
lume sur la table, le couteau touchant le point où
doit commencer la gouttière. On l’arrête un moment
à ce point, comme il a été dit, puis on fait voyager
en va-et-vient devant soi le couteau qui commence à
en couper les feuillets. Aussitôt que l’ouvrier sent que
le couteau ne mord plus, il le fait tourner doucement
au moyen du levier h, ou à l’aide d’un autre moyen
plus délicat, et continue ainsi jusqu’à ce que le cou-
teau, dans son mouvement partiel de rotation, ait
rogné la gouttière sous la forme qu’elle doit rece-
voir.
« On fera remarquer que non-seulement le couteau
rogne la gouttière, mais que, de plus, par son dos
parfaitement lisse et uni, il la polit à l’intérieur et
lui donne de l’éclat et du brillant.
« Cette machine est fort, ingénieuse et mérite qu’on


MACHINES A ROGNER. 365
en fasse l’essai en France ; seulement, quand on
voudra lui donner toute la précision et l’utilité con-
venable, il sera peut-être nécessaire d’en compliquer
un peu le mécanisme.
« Nous ferons en outre remarquer qu’un seul cou-
teau ne peut pas rogner correctement les gouttières
de livres d’épaisseurs différentes, et qu’on est peut-
être obligé d’avoir une série de couteaux à lames et
montures de courbures diverses pour ces différentes
épaisseurs : mais dans les cas assez fréquents où
l’on a à relier un grand nombre de volumes de même
format et de même épaisseur, la machine à un seul
couteau peut faire un bon service.
« Il serait possible, il est vrai, de rendre mobile
au besoin le point de centre autour duquel tourne le
couteau, et de l’ajuster à la courbure qu’on veut
donner à la gouttière, et déjà une vis i sert à le met-
tre de hauteur ; il faudrait en outre qu’on pût faire
varier la longueur du bras de levier du couteau.
Dans tous les cas, la courbure de la gouttière ne
correspondrait plus avec celle du dos, et celui-ci ne
lisserait plus bien cette gouttière.
« L’affûtage de ce couteau doit aussi être fait avec
un certain soin, pour ne pas altérer la courbure ou
le poli du dos.
« Enfin, il nous semble, quoique l’inventeur garde
le silence à ce sujet, qu’on peut rogner aussi avec
cet appareil le volume en têle et en pied, et qu’il suf-
firait pour cela, avec quelques légères modifications,
de pouvoir rendre le couteau fixe dans une position
déterminée, et, au contraire, le volume, bien mainte-
nu, mobile dans deux sens, l’un transversal devant le
couteau, et l’autre d’élévation, à mesure que le ro-
gnage ferais des progrès. »

366 RELIURE MÉCANIQUE.

§ 7. -- MACHINES A DORER ET A GAUFRER.[modifier]

Les machines de cette catégorie sont, pour la plu-
part, des presses à genou ou à balancier, d’une
construction particulière, du moins quant aux dé-
tails, et qui, suivant les dimensions, sont mues par
des manivelles ou par la vapeur. C’est avec elles et
des plaques de cuivre gravées en relief, que s’obtien-
nent ces ornements dorés ou simplement gaufrés,
qui décorent la couverture, plats et dos, des ouvra-
ges d’étrennes ou de fantaisie, dont la mode est au-
jourd’hui si répandue, et qui, presque toujours,
seraient d’une exécution radicalement impossible, si
l’on en était réduit au travail si lent et si coûteux du
doreur aux petits fers.
Quelle que soit la disposition, quant à certains
détails, des machines à dorer, la plaque gravée est
toujours fixée à la partie inférieure de la vis, sous
une boîte creuse dans laquelle circule un courant de
vapeur fourni par le générateur de l’atelier. Inutile
d’ajouter que lorsqu’on tire à froid, le courant de
vapeur est supprimé. Dans ce dernier cas, pour im-
primer, en noir ou en couleur, des dessins gaufrés,
on se sert d’une machine semblable, mais dont le
dessous de la vis est encré par un système de rou-
leaux encreurs qui, animés d’un mouvement de va-
et-vient, vient frotter dessus au moment conve-
nable.
En enlevant la plaque gravée et mettant à la place
des fers appropriés, on produit avec la même facilité
les nerfs et les titres des livres, et toujours avec une
pureté et une précision mathématique. On parvient
aussi, en ajustant à la vis une plaque polie, exécuter,
dans les conditions les plus favorables, l’opération


MACHINES A DORER ET A GAUFRER. 367.
de la polissure, la pression se trouvant ainsi substi-
tuée au frollement.
--------------------
La figure 101 représente une machine à dorer et
gaufrer à balancier. Comme le montre le dessin, elle
« repose sur une plaque de fondation boulonnée sur
un gros bloc de bois. Sur celle plaque de fondation s’é-
lèvent deux colonnes massives en fonte H H, reliées
entre elles dans le haut par une traverse C renflée en
son milieu qui est percé et taraudé pour recevoir
la vis B qu’on manœuvre à l’aide du balancier AA.
« Cette vis roule dans le bas dans une crapaudine
D et porte sur la platine EE, à laquelle elle trans-
met l’action du balancier. Des tiges FF, qui por-
tent sur cette platine sont, par un écrou e, assem-
blées avec la vis et le balancier de manière que leur
mouvement est solidaire de celui de ce balancier, et
pour être certain que la pression sera ferme et s’exé-
cutera bien verticalement, l’inventeur a disposé sur
la platine deux guides GG, appliqués très-exacte-
ment sur les colonnes H H, et qui, par conséquent,
pendant que cette platine monte ou descend, ne lui
permettent pas de se déverser soit à droite, soit à
gauche, et, au contraire, d’appliquer une pression
bien uniforme dans toute son étendue.
« La platine de pression EE opère sur une pla-
que ou table en fer I, sur laquelle on place l’objet
qu’on veut dorer ou gaufrer, et pour fixer cet objet,
c’est-à-dire pour pouvoir le placer d’une manière in-
variable déterminée sur la table I, celle-ci porte de
nombreuses chevilles sur lesquelles on arrête les
objets au moyen des plaques ou matrices, disposi-
tion fort utile, surtout lorsqu’on a un grand nombre
de pressions ou de dorures à appliquer les unes


368 RELIURE MÉCANIQUE.

après les autres. D’ailleurs, la presse étant établie
pour pouvoir tirer en avant la table I, après chaque
pressèe, sur les coulisses KK et les guides ff, puis la
remettre en place, on conçoit qu’on doit prendre des
précautions pour que cette table revienne toujours
exactement à sa place.
« Quand on fait usage de cette presse, on introduit
dans la platine par les bouches LL, fermées par des
tampons, des boulons ou barres de fer rougies au
feu, et pour entretenir la température convenable, il
suffit de remplacer ces corps chauds toutes les
15 ou 20 minutes. Toutefois, ce moyen de chauffage
est aujourd’hui complètement abandonné dans tous
les ateliers bien montés. Comme nous l’avons dit plus
haut, c’est par un courant de vapeur qu’on chauffe
les machines à dorer et à gaufrer.


« La presse de la figure 102 est organisée d’après
le même système que la précédente et appliquée plus
particulièrement à la dorure et au gaufrage des
grandes pièces ; elle en diffère en ce qu’elle est pour-
vue d’un volant AA qu’on fait tourner à la main au
moyen des poignées BB pour donner le coup de
balancier, de manière qu’un seul ouvrier peut, sans
développer un grand effort, donner une pression
très-énergique.


« On fait aussi usage pour la dorure ou le gaufrage
de presses à levier établies à peu près sur le modèle
de la presse typographique. Nous en avons repré-
senté un modèle, dù à M. Queva, d’Erfurth, dans la
figure 103.
« On peut faire sur cette presse, dont il est inutile
de donner une description détaillée, les travaux les
RELIURES DIVERSES. 369
plus variés en dorure et gaufrage, avec un faible dé-
ploiement de force et une précision remarquable. La
platine inférieure peut, par une disposition com-
mode, être ramenée aisément et remise en place de
manière à enlever la plaque qui la couvre et la rem-
placer par une autre. Celle du haut ou de pression
peut de même être changée d’une manière prompte
et simple, et l’on parvient ainsi à dorer ou à gaufrer
soit de simples cartons, soit des plats de livres plus
ou moins épais. »

CHAPITRE VIII Reliures diverses[modifier]

§ 1. -- RELIURE DITE ARRAPHIQUE.[modifier]

Tandis que de nombreux et importants perfection-
nements ont successivement amélioré plusieurs
branches de la reliure, la partie spécialement relati-
ve à la réunion des feuilles, à la confection du dos
et à l’ouverture des livres et des registres, est restée
stationnaire. En effet, dans la reliure, même la
mieux soignée, les livres et les registres, en s’ou-
vrant, forment une sorte de gouttière au milieu, et
ont besoin d’être fortement retenus pour rester ou-
verts. Cela provient de ce que jusqu’à présent les
feuilles étant réunies par cahiers, il faut de toute né-
cessité les coudre ensemble. Ces cahiers étant réu-
nis entre eux et attachés au dos du livre, empêchent
celui-ci de s’ouvrir.
21.

370 RELIURES DIVERSES.

Par la nouvelle méthode proposée, tous ces incon-
vénients disparaissent, puisque les livres et les
registres, même les plus épais et du plus grand for-
mat s’ouvrent sur une surface tellement plane, que
l’on peut écrire sur un grand livre d’un côté à l’au-
tre avec autant de facilité que l’on écrirait sur une
simple feuille. On conçoit, en effet, que chaque
feuille étant réunie séparément une à une, on obtient
un seul plan pour les deux pages, et comme le dos
est fait sans fil ni couture, on évite la gouttière for-
mée par la marge intérieure de toute espèce de livres
ou de registres reliés d’après l’ancien système.
Ce procédé de reliure convient, d’après l’inventeur,
aux albums de dessins, aux atlas de géographie ou
à ceux qui accompagnent des volumes, aux volumes
ou aux partitions de musique, enfin aux collections
de lettres, de journaux, de manuscrits, même en
feuillets séparés, qui n’auraient pas de marges inté-
rieures, et à tous les documents qu’il faudrait rogner
pour les relier d’après la méthode ordinaire.
La matière employée a, en outre, l’avantage de dé-
truire les insectes produits par l’humidité et les
changements de température, bien différente en cela
de la colle, qui engendre les vers. Dans les latitudes
les plus élevées, on parvient ainsi, suivant l’inven-

teur, à préserver les registres et les livres des ra-

vages auxquels ils sont sujets. Enfin, les change-
ments de température n’ayant aucun effet sur cette
matière, on ne craindra pas de déformer un Iivre en
lisant près du feu.
Dans ce mode de reliure, les feuillets ne sont pas
réunis par cahiers au moyen d’une couture appro-
priée, suivant la reliure ordinaire ; ils sont collés
l’un à l’autre par la tranche à l’aide d’une dissolu
RELIURES DIVERSES. 371
tion de gomme élastique ou caoutchouc, on en forme
une couche fort tenace et assez épaisse par des appli-
cations successives. @
On conçoit dès lors que les deux feuillets ainsi
collés ne forment aucune gouttière et s’étendent à
volonté sur une surface plane. On conçoit aussi que
la matière agglutineuse ne soit pas du tout suscep-
tible d’engendrer des insectes et des vers.
On conçoit également que cette méthode est excel-
lente pour relier ainsi des cartes ou des gravures,
qu’elle a le grand avantage de ne pas exiger qu’on
les unisse par cahiers au moyen d’un surjet, que la
marge se conserve, de cette façon, bien large, bien
nette, et que toutes les tranches étant bien saisies
par la matière agglutinative, il y a en même temps
solidité, propreté, élasticité complètes.
Mais il se présente une importante difficulté quand
il s’agit d’appliquer le procédé arraphique à un livre
ordinaire. En effet, les feuilles dont il devra se com-
poser, sont pliées en cahiers, et ce sont ces cahiers
qu’il faut réunir par la gomme élastique. Il est clair
qu’alors le centre du cahier ne serait pas fixé ou le
serait du moins d’une manière très-imparfaite. Pour
obvier à ce grave inconvénient, il n’est qu’une res-
source qui est elle-même une sujétion et un nouvel
inconvénient. En effet, il est indispensable de cou-
per la feuille d’impression en feuillets pour réunir
ceux-ci deux à deux à l’aide du caoutchouc, tenu en
dissolution. Or, cette disposition qui oblige à mettre
ainsi les feuilles en morceaux, a quelque chose d’é-
trange et d’extrêmement désagréable, quoiqu’en
définitive dans la reliure ordinaire, la feuille soit
bien coupée forcément sur toutes les tranches,
excepté celle qui est cousue, et qu’il importe peu


372 RELIURES DIVERSES.

qu’elle soit aussi coupée sur cette tranche s’il est,
impossible de le soupçonner, et si ce sacrifice ajoute
à la solidité et à l’agrément de la reliure.
Les procédés à l’aide desquels on dissout le caout-
chouc sont trop connus pour qu’il soit nécessaire de
les décrire ici. Nous terminerons donc en disant que
le froid doit donner une espèce de raideur aux reliu-
res arraphiques, ainsi qu’il rend raides et dures tou-
tes les préparations en gomme élastique. Nous ajou-
terons enfin qu’un livre relié par cette méthode,
d’ailleurs assez ingénieuse, ne peut plus être relié
par les anciens procédés, et que Lesné, si fort indi-
gné contre Delorme, qui rognait les livres par le
dos, et remplaçait la couture par la colle forte, au-
rait tonné contre la reliure arraphique, laquelle,
quoiqu’en dise l’inventeur, est un véritable vanda-
lisme et n’a été, que nous sachions, pratiquée par
aucun relieur intelligent.

§ 2. -- APPAREIL DE RELIURE, PAR M. GIRARD, DE BORDEAUX.[modifier]

« La boîte en métal 1, fig. 104, peut être faite en
toile mince ou tout autre métal ; sa profondeur est
de 11 millimètres.
« Les deux coulisses 2 servent à presser les écrous
en cuivre 6.
« Deux arbres ronds, en fer ou en cuivre 3, sont
maintenus à leurs extrémités par un épaulement, et
rivés à un trou pratiqué dans le bord de la boîte ; ils
sont percés dans leur épaisseur d’une coulisse assez
longue pour laisser mouvoir la bascule en fer qui les
traverse et garnis chacun d’un ressort à pompe formé
d’un fil en acier trempé. Ces deux ressorts servent
de Moteurs à tout la machine.


RELIURES DIVERSES. 373
« Les deux bascules en fer 4 ont 1 millimètre d’é-
paisseur ; elles sont tenues à la boîte par les vis 5,
et s’appuient en glissant à l’autre extrémité dans la
rainure pratiquée sur les écrous 6.
« Les écrous 6 sont en cuivre ou épaulés carré-
ment, de manière à entrer juste dans les coulisses 2,
jusqu’à la face extérieure de la boîte ; une rainure y
est aussi pratiquée pour recevoir le bec des bascu-
les 4 ; les mêmes écrous reçoivent aussi les vis 22
et 23, fig. 105.
« Le ressort à paillette 7 est coudé carrément à
son extrémité supérieure, de manière à former un
mentonnet qui sort au dehors de la boîte par la
mortaise 15, fig. 105. Il est aussi percé pour recevoir
le pied-de-biche de la détente ; il est tenu à sa base,
au corps de la boîte, par deux rivures.
« Le coulisseau 8 est sondé au bord de la boîte, et
sert à empêcher la tête de la détente de dévier de sa
mortaise.
« La détente 9 forme à sa base un pied-de-biche
qui remplit juste la fente pratiquée dans le ressort à
paillette où elle est tenue par son extrémité ; sa queue
s’élève jusqu’à la surface du bord de la boîte où elle
se termine par une tête carrée de la grandeur de
l’intérieur du coulisseau.
« L’intérieur de la boite est parfaitement uni et
d’équerre en tous sens ; il n’a qu’un seul rebord in-
diqué par 16.
« Le mentonnet 15 sert à agrafer la tringle mou-
vante 20, en entrant dans la mortaise 23.
« Le rebord extérieur 16 est adhérent à la boîte ;
sa largeur est de 10 millimètres ; il est percé de deux
trous pour recevoir les deux vis 19.
« La tringle en fer 17 a 9 millimètres de largeur ;


374 RELIURES DIVERSES.

elle est percée de sept trous dont neuf servent à la
tenir au rebord 16, par le moyen des deux vis 19, et
les autres servent à y fixer les cinq broches 18.
« Les broches 18 servent à coudre le papier ; elles
sont percées sur le côté, à leur extrémité : supérieure,
de manière que les trous se trouvent placés hori-
zontalement vis-à-vis l’un de l’autre, pour recevoir
l’épingle 25 qui sert à clore le volume achevé.
« La tringle mouvante 20 est en fer plat et coudée
d’équerre dans sa longueur ; elle a deux trous à sa
partie supérieure, pour la fixer à la boite par les
deux vis 22 qui se vissent dans l’écrou en cuivre 6.
Le rebord intérieur de cette tringle est percé de cinq
trous, dans lesquels passent les broches 18 ; les deux
bouts 21 sont placés à ses extrémités pour servir à
la soulever.
« Les six trous indiques par 24 sont ainsi prati-
qués à chaque bord dans la longueur de la boite, et
servent à coudre et à fixer le mécanisme entier au
dos du livre.
« L’enveloppe du livre est conforme à celle des
registres ordinaires, à l’exception que le dos inté-
rieur est en bois mince et non en carton, et que les
bords de la boîte à mécanisme s’y placent dans une
rainure pratiquée à cet effet ; ladite boîte y est, en
outre, cousue par les trous 24, à deux bandes en
toile qui sont collées moitié sur le dos en bois, et
moitié au carton qui forme la couverture.
« Pour se servir de cet appareil, il faut le placer,
fermé sur une table, de manière que le dessous du
livre soit en dessus, le dos devant soi, et e haut du
livre à droite ; appuyant ensuite les deux pouces sur
les extrémités du côté du dos, qui est en dessus, on
place l’index de chaque main sous les deux bouts en


RELIURES DIVERSES. 375
cuivre de la tringle mouvante ; on élève ainsi.ladite
tringle jusqu’à ce qu’elle s’agrafe, par sa mortaise
23, au mentonnet du ressort à paillette 15. On relève
ensuite devers soi la couverture de manière que le
livre reste ouvert ; prenant le papier que l’on veut
relier, on met le commencement de l’écriture en des-
sous et le haut à droite, et on place ainsi le bord
dans l’espace qui se trouve entre le bout des bro-
ches 18 et le dessous de la tringle mouvante, en ayant
soin d’en faire toucher le haut au talon du bout en
cuivre de droite, afin que chaque papier soit tou-
jours à la même hauteur. Pesant ensuite légèrement
avec le pouce sur la tête de la détente 14, la tringle,
chassée par les ressorts à pompe, descend alors avec
force, entraînant avec elle le papier qu’elle coud, par
le moyen des broches qui passent dans les cinq trous
de ladite tringle.
« Plaçant ensuite le livre dans sa position natu-
relle, on peut numéroter l’écrit que l’on vient de cou-
dre, et le classer au répertoire qui est au commen-
cement dudit livre.
« On continue à l’occasion, comme il vient d’être
expliqué, jusqu’à ce que le nombre de feuilles gar-
nisse entièrement les broches. Pour clore alors le
volume, il suffit d’agrafer la tringle mouvante, de
passer dans les trous des broches l’épingle 23, de
relever, sur le côté non couvert dudit volume, le
deuxième côté de sa couverture qui, déjà, est placée
la première dans les broches, et après l’avoir piquée
par le bout des broches, en laissant libres les trous
qui y sont placés, d’y passer de nouveau l’épingle 25,
et tout est terminé pour un volume.
« Pour en recommencer un autre les tringles à bro-
ches, conformes à 17-18, seraient disposées à bien

376 RELIURES DIVERSES.

peu de frais, avec couverture et répertoire, et se re-
placeraient comme la première par les deux vis 19 ;
ces nouveaux volumes se feraient comme le premier.

§ 3. -- RELIURE MOBILE, PAR MADAME FRICHET.[modifier]

Cette reliure, où tout le mécanisme se trouve dans
le dos, permet de relier provisoirement toute espèce
de recueils périodiques, journaux, musique, etc., et
même des livres brochés ou réunion de gravures,
qu’on voudrait lire ou feuilleter avant de les faire
relier définitivement. On évitera ainsi le froissement
de ces recueils, dont la couverture en simple papier
n’offre jamais aux feuilles qui les composent un sou-
tien capable d’empêcher qu’elles ne soient bientôt
cassées ou chiffonnées.
Le dos se compose de deux baguettes en fer mé-
plat : les angles du côté intérieur sont abattus
en chanfrein, et diminuent d’autant, surtout vers
le milieu, la largeur de la baguette, qui présente alors
un angle ; ces deux baguettes retiennent ainsi plus
facilement les feuillets qu’elles sont destinées à ser-
rer ; l’action de ces baguettes sur le bord de ces feuil-
lets en fait même relever un peu la partie, qui dé-
passe et va se loger dans le dos, de sorte que cette
partie, en buttant contre les baguettes, donne une
solidité de plus à la reliure en retenant davantage
les feuillets qui composent le recueil. Les baguettes
tiennent à chacune des deux feuilles de carton qui
complètent la reliure par des toiles formant char-
nières, et collées sur le papier qui recouvre la ba-
guette de fer, lequel papier est préparé de manière à
pouvoir adhérer à ladite baguette ; ces toiles permet-
tent ainsi aux baguettes d’avoir un mouvement qui
produit le même effet qu’un dos brisé. La toile peut


RELIURES DIVERSES. 377
aisément se remplacer par du parchemin, de la
peau, etc.
Chaque baguette est arrondie à ses extrémités,
dont l’une porte un canon en cuivre fraisé dans toute
sa longueur, et l’autre est percée d’un œil fraisé à
demi-épaisseur pour recevoir le collet de la vis de
pression ; cette vis sert à diminuer ou à augmenter
l’écartement ou la largeur du dos, selon la nécessité
imposée par la plus ou moins grande épaisseur du
recueil qu’on veut introduire dans cette reliure.
Toutefois, comme la longueur du canon pourrait être
un obstacle à ce qu’on pût employer cette reliure
pour des quantités peu considérables de feuillets,
l’addition d’une ou de deux baguettes en bois, évi-
dées de manière à pouvoir s’appuyer sur les baguet-
tes en fer, vient remplir l’espace non occupé par les
feuillets.
Pour garantir le dos des feuillets introduits, une
bande de papier, de peau, etc., est collée il l’une des
baguettes de fer ; elle vient rabattre sur le dos des
feuillets, qu’elle garantit du frottement, et se trouve
ainsi fixée par la même pression que celle qui agit
sur les feuillets pour les retenir.
La tête des deux vis se trouve évidée pour l’intro-
duction d’une clef destinée au service de pression ;
ces évidements peuvent être remplacés par des
trous, ainsi que cela se pratique aux têtes des
compas.
La clef dont il est question est faite comme celles
qui servent à ce dernier objet.
Les baguettes, ainsi que la couverture, les canons,
les vis, etc., peuvent subir des modifications, soit
dans le choix de la matière, soit dans leur coupe ou
leurs entailles, selon les différentes applications de


378 RELIURES DIVERSES

cette reliure qui peut s’appliquer à tous les formats
de n’importe quel genre de publication imprimée,
gravée, lithographiée et même aux manuscrits ; mais l’économie de : l’invention sera toujours la même puis-
qu’elle réside dans l’emploi des baguettes, ainsi qu’il
vient d’être dit, dans leur réunion par un canon tra-
versé par une vis de pression, et dans l’assemblage
de ces pièces à une couverture.

§ 4. -- RELIURE DE M. GAGET.[modifier]

Cette reliure se compose :
1° D’une suite de réglettes, dont on peut augmen-
ter ou diminuer le nombre à volonté ;
2° De crampons, dont une partie, traversant la
feuille qu’il s’agit de fixer, va s’accrocher dans les
réglettes ;
3° De deux feuilles de carton fixées par une bande
de toile, l’une à la réglette de tête et l’autre à la ré-
glette de queue, et qui sont destinées à former cou-
verture.
Des réglettes. - Toutes les réglettes s’adaptent
l’une à l’autre sur leur longueur, au moyen d’une
coulisse : chaque réglette porte avec elle, par consé-
quent et dans toute sa longueur, moins l’extrémité
supérieure, d’un côté, une partie saillante dite la

queue, et de l’autre côté une partie creuse dite la rai-

nure. La queue, la rainure et la partie pleine, en
tête de chaque réglette, sont disposées de telle façon
que, si l’on glisse de bas en haut, la queue de la se-
conde réglette, dans la rainure de la première, et
ainsi de suite jusqu’à la fin, toutes les réglettes se
tiennent ensemble par leur largeur et butent l’une
contre l’autre par le même bout, dans leur hauteur.
La partie droite et pleine, qui existe à l’extrémité


RELIURES DIVERSES. 379
supérieure de chaque réglette, est munie d’un cro-
chet qui, se tournant à volonté pour s’engager d’une
réglette dans l’autre, en commençant par la pre-
mière, empêche les réglettes de se séparer, en glis-
sant dans leur longueur de tête en bas.
Ces réglettes, ainsi réunies et assujetties de ma-
nière à ne pouvoir se déranger, si l’on ne tourne pas
les crochets, forment le dos de la reliure mobile.
La réglette de tête n’a qu’une rainure et celle de
queue qu’une queue ; ni l’une ni l’autre n’ont de cro-
chets. La première réglette est fixée à celle de tête
par une vis, et le crochet de la dernière réglette s’en-
gage dans la réglette de queue au moyen d’une en-
taille pratiquée dans celle-ci.
Entailles des réglettes. Toutes les réglettes
moins celles de tête et de queue, ont, sur champ et
dans la partie intérieure du dos qu’elles forment par
leur réunion, une, deux ou trois entailles destinées à
recevoir la partie saillante ou queue des crampons
qui vont être décrits, Le nombre de ces entailles à
chaque réglette est subordonné au nombre de cram-
pons nécessaires pour fixer solidement chaque feuille
au dos de la reliure, et le nombre de ces crampons
dépend lui-même de la grandeur du format, dans
lequel la reliure mobile peut être exécutée.
Chaque entaille est faite en forme de queue d’a-
ronde ; elle est garnie, d’un côté, d’une joue en métal
fixée à demeure, et, de l’autre côté, d’un crochet mo-
bile, de façon que la queue des crampons passés
dans les feuilles, étant placée dans l’entaille et le
crochet fermé, ces queues ne puissent plus sortir,
même lorsque chaque réglette serait isolée.
Des crampons. Chaque crampon, fait en métal
ou autre matière résistante, est droit dans toute sa

380 RELIURES DIVERSES.

longueur, pour bien plaquer sur le pli des feuilles
qu’il doit fixer. Il est armé au milieu, et d’un seul
côté, d’une partie saillante, ou queue, découpée en
queue d’aronde.
Cette partie, qui traverse les feuilles, est destinée
à se loger dans les entailles ci-dessus décrites de
chaque réglette.
De la couverture. Une moitié de la couverture
est attachée à la réglette de tête et l’autre moitié à la
réglette de queue ; elle est faite dans la forme ordi-
naire des couvertures des livres.
Indications pour l’usage de la reliure. Toutes
les réglettes étant déplacées, moins la première, qui
doit rester fixée à celle de tête, on pose devant les
entailles de cette première réglette les feuilles qu’on
veut fixer, et on les marque avec un poinçon ou la
pointe d’un canif en face du milieu des entailles : on
fait ceci de façon que la piqûre pénètre jusqu’au
milieu du cahier. On ouvre ensuite les feuilles ou le
cahier, puis on les perce dans le pli avec un canif, à
l’endroit indiqué par la première piqûre, et l’on intro-
duit dans cette couverture la partie saillante, ou
queue des crampons.
On place enfin la queue des crampons dans les en-
tailles des réglettes, puis, quand les entailles d’une
réglette sont suffisamment remplies par la superposi-
tion des crampons, on ferme le crochet, qui empêche
les queues des crampons de s’échapper, et l’on conti-
nue de procéder de même avec une seconde réglette
et une troisième, selon le besoin, et d’après le nom-
bre de feuilles ou cahiers qu’on veut fixer de suite.
En dernier lieu, et quand on n’a plus de feuilles à
poser, on glisse, sur la dernière réglette employée, la
réglette de queue, portant la seconde partie de la


RELIURES DIVERSES. 381
couverture, et l’on tourne les crochets de tête pour
assujettir le tout ensemble.
Lorsqu’au lieu d’un cahier, ou d’une simple feuille,
on n’a que des demi-feuilles, ou dos gravures à réu-
nir, on fait à la première un onglet dans un sens, à
la seconde un autre onglet en sens inverse, puis on
met les deux onglets l’un dans l’autre, et l’on place
ensuite le crampon dans le double pli, comme s’il
s’agissait de deux feuilles entières mises l’une sur
l’autre, ou d’un cahier plié in-4°.
Quand plusieurs réglettes sont réunies et portent
des feuilles, on peut détacher l’une, d’elles et en ôter
les feuilles, sans être obligé de tout démonter : pour
ce faire, il suffit de tourner les deux crochets de tête
qui lient la réglette à ôter avec les réglettes voisines
de droite et de gauche, puis à faire glisser cette ré-
glette dans sa longueur de haut en bas.

§ 5. -- RELIURE DES LIVRES, PAR M. NICKELS.[modifier]

Le mode dont il s’agit consiste dans l’emploi de la
gutta-percha sous différents états, au lieu des ma-
tières dont on se sert ordinairement pour cet objet.
Il y a cinq moyens différents de faire entrer la
gutta-percha dans l’art du brocheur et dans celui du
relieur.
1° On s’en sert en solution, au lieu de colle, pour
réunir les feuilles des ouvrages imprimés, au lieu de
coudre et endosser, en opérant comme on le fait déjà
avec le caoutchouc. Pour cela, on coupe les feuilles
en pages ou bien on impose par demi ou par quart
de feuille ; on bat, on passe une râpe sur le dos, et
l’on donne une ou plusieurs couches d’une solution
de gutta-percha, en ajoutant, si cela est nécessaire,
une bande de toile collée également à la gutta-per-


382 RELIURES DIVERSES.

cha, ou enfin opérant comme dans la reliure ordi-
naire.
La solution de gutta-percha est, dans la plupart
des cas, appliquée chaude, et l’on n’ajoute une nou-
velle couche que lorsque la précédente est sèche ou
qu’on a interposé une substance.
2° On fait usage de la solution de gutta-percha au
lieu de colle, de blanc d’œuf, de, gomme, etc., toutes
les fois qu’on emploie ces dernières substances dans
la reliure.
3° La solution de gutta-percha est également em-
ployée comme véhicule des couleurs, pour marbrer
les tranches, colorer les couvertures, etc.
4° On se sert encore de la gutta-percha en feuilles,
au lieu de vélin, basane, veau, toile, etc., dans la
reliure des livres, en imprimant dessus des orne-
ments ou en coulant une solution de cette substance
sur des surfaces gravées en creux ou en relief. On
peut aussi grainer les feuilles ou les étendre en une
couche mince à l’état plastique sur des tissus, des
matières quelconques, ou enfin en faire un enduit en
la faisant dissoudre.
5° Enfin, on substitue au carton, pour relier et cou-
vrir, des lames formées d’un mélange de gutta-per-
cha et de pulpe de papier, de tontisse de laine, de
coton ou de toute autre matière fibreuse.
Si l’on désire un degré de flexibilité un peu plus
grand que celui que possède la gutta-percha, on peut
y mélanger une petite quantité de caoutchouc dans la
proportion d’une partie de ce dernier pour quatre de
la première.
Nous n’avons pas besoin d’ajouter que le procédé
de reliure du § 1 est aussi barbare que la reliure arra-
phique décrite plus haut et ne doit pas être pratiqué.


RELIURES DIVERSES. 383

§ 6. -- RELIURE DE M. LEVYS.[modifier]

M. Levys a indiqué une reliure métallique, ou en
partie métallique, et qui s’applique au livre, soit fixée
comme les reliures ordinaires, soit indépendante
du livre ; dans ce dernier cas, c’est une boîte dans
laquelle on enferme le livre.
Les reliures métalliques ou en partie métalliques
sont du reste fort anciennes, et elles sont appliquées
encore aujourd’hui pour certains livres d’église ou de
prières d’un haut prix, pour des registres, etc.

§ 7. -- RELIURES MOBILES DE M. WEDER.[modifier]

La mobilité de la reliure de M. Weber ne consiste
que dans la disposition de certaines pièces de l’inté-
rieur, toute la partie extérieure étant fixe et ayant
l’avantage de pouvoir être assimilée, tant pour la
forme que pour la solidité, aux reliures ordinaires.
On monte d’abord, sur les onglets d’un papier
mince et nerveux, les feuilles simples et doubles que
l’on veut collectionner, puis on les assemble et l’on
serre la masse des onglets entre deux languettes pla-
cées à l’intérieur et contre le dos de la reliure. La
première de ces languettes, taillée à gorge, est fixée à
demeure ; la seconde, dont la face comprimante se
trouve légèrement arrondie, est entièrement libre. On
les serre l’une contre l’autre au moyen de vis tour-
nant dans des écrous métalliques et qui traversent
les onglets entaillés préalablement à des distances
convenables.
La simplicité de cette opération permet, comme on
peut le voir, de mettre aisément en reliure telle quan-
tité de feuilles qu’on voudra depuis une seule jus-
qu’à une limite marquée par la grosseur du volume.

384 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

On voit combien il est facile d’en ajouter, d’en ôter,
d’en déplacer, sans dommage ni perte sensible de
temps. On comprend surtout combien ce genre de
reliure est utilement applicable aux collections des-
tinées à être chaque jour examinées, feuilletées, étu-
diées et augmentées.


Nous terminons ici ce chapitre sans avoir épuisé
le sujet que nous avons entrepris de traiter ; il est
tellement vaste qu’il pourrait fournir à lui seul la
matière d’un volume spécial accompagné de nom-
breuses figures. Le cadre de ce Manuel nous impose
l’obligation de ne parler que des machines princi-
pales ; quant aux autres, nous sommes forcé de
renvoyer nos lecteurs aux Albums illustrés des con-
structeurs-mécaniciens, dans lesquels ils en trouve-
ront un choix considérable.


CHAPITRE IX Renseignements divers[modifier]

RELIURE DES GRANDS JOURNAUX.[modifier]

La reliure des grands journaux est une opération
trés coûteuse et surtout assez difficile, quand on
l’exécute par les procédés ordinaires, c’est-à-dire au
moyen de la couture. Pour la rendre plus simple et
plus économique, on ne coud pas les feuilles entre
elles et l’on s’y prend de la manière suivante :


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 38
Aussitôt après l’assemblage, on fixe solidement le
volume dans la presse à rogner en ayant soin de lais-
ser dépasser le dos d’une quantité égale à la largeur
des marges intérieures, ou un peu moins. Cela fait,
avec une scie quelconque, on pratique dans la partie
du dos qui est en saillie, un certain nombre de fen-
tes obliques, puis on glisse dans chacune de ces
fentes, un ruban de fil préalablement enduit de colle
forte et dont on laisse dépasser les bouts d’environ
quatre on cinq centimètres. Il ne reste plus alors qu’à
passer une couche ou deux de la même colle sur toute
la longueur du dos, et l’on termine comme à l’ordi-
naire, les rubans jouant le rôle de nerfs pour fixer les
cartons de la couverture.


RELIURE DE QUELQUES GROS LIVRES.[modifier]

Les gros volumes d’église qu’on place sur les lutrins,
pour servir aux choristes à chanter l’office, et les
grands registres de bureaux, présentent quelques
différences dans la reliure. Nous devons les faire
connaître, afin de ne rien négliger de ce qui peut
compléter cet ouvrage. En 1820, Naissant s’était fait
une juste réputation pour la reliure de ces gros livres.
On doit observer que, comme ces volumes sont ex-
trêmement grands et très-lourds, on est obligé, pour
les rendre solides, de faire une couture très-soignée.
En outre, comme ils ont besoin de s’ouvrir parfaite-
ment, il faut les faire à dos brisé, et par la même
raison, les coudre à la grecque. Toutefois, comme
cette couture n’offre pas toute la solidité qu’ils exi-
gent, il vaut mieux les coudre sur de forts lacets de
soie, ou au moins sur de forts lacets étroits de fil.
On ne devrait pas regarder à une légère dépense de
Relieur. 22

386 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

plus pour employer le lacet de soie : le volume en
serait incomparablement plus solide.
On met à ces gros livres, à l’imitation des relieurs
anglais, des nerfs d’environ 1 centimètre de largeur,
et deux ou trois fois plus épais que les nerfs ordinai-
res. Les nerfs se décollent facilement lorsqu’un arron-
dit le faux dos, à moins qu’on n’ait la précaution de
placer celui-ci sur le livre, de l’y fixer entre les ner-
vures, et d’y coller les nerfs. Alors les faux-dos et
les faux-nerfs prennent justement la forme du dos,
et ne courent pas le risque de se décoller en ouvrant.
On ne saurait apporter trop de solidité à de pareils
livres ; aussi convient-il d’imiter à leur égard les pro-
cédés des anciens relieurs, qui garnissaient le dos
de chaque cahier d’une bande de parchemin, afin que
le grattoir et le frottoir n’altérassent pas le papier.
Grollier faisait même rouler du parchemin sur la
corde dont il se servait comme d’un nerf. Cette corde
excédait la largeur de la tranchefile de 3 centimètres
par chaque bout, et ce bout de corde, appointé comme
un nerf, était collé sur le carton en dedans. Cela serait
très-bon pour les gros livres.
On couvre les antiphonaires en entier avec du bon
veau noir, et les registres de bureau avec du mouton
vert chamoisé, le côté de la chair en dehors. Quelque-
fois le dos seulement de ces derniers est en parchemin
vert, mais le plus souvent on les couvre en entier
avec de la peau chamoisée.
Nous avons fait observer qu’après la rognure, et au
moment de coller la peau sur le dos, on met une
carte, qui est collée sur le dos, mais n’est point collée
sur le volume, ce qui permet à celui-ci de se détacher
du dos pour s’ouvrir parfaitement. Le procédé est
ici le même ; la seule différence consiste à substituer
RENSEIGNEMENTS DIVERS. 387
à la carte une tôle battue, à laquelle on a donné aupa-
ravant la forme du dos et l’on en couvre cette tôle de
peau ou de parchemin. Pour les registres de bu-
raux, on emploie une feuille de laiton ayant égale-
ment la forme du dos, mais qu’on laisse à décou-
vert. Inutile d’ajouter qu’avant de placer la feuille
métallique, il faut coller solidement sur le dos du vo-
lume une forte toile.
On fait la coiffe en tête et en queue en cuivre jaune
ou laiton, qu’on attache sur la tôle, après qu’elle est
couverte en peau ou en parchemin, avec des petits
clous du même métal, dont la tête est en dehors, que
l’on rive par derrière.
Autrefois on faisait les couvertures en bois, mais
il y a longtemps qu’on a abandonné cette Méthode,
parce que les vers s’y mettaient, et les feuillets du
volume étaient souvent rongés. Aujourd’hui on em-
ploie le carton battu et laminé, dont on colle plusieurs
épaisseurs l’une sur l’autre, jusqu’à ce qu’on lui ait
donné une consistance suffisante.
On arme tous les angles de coins en cuivre
jaune ou laiton. De plus, lorsqu’on veut donner en-
core plus de solidité à la couverture, on en enchâsse
les bords, tout autour, dans de doubles bandes du
même métal, ce qui forme un cadre métallique par-
fait. Ces bandes se placent d’abord et se fixent avec
des clous aussi de cuivre. Les coins se posent après
et couvrent les bouts des bandes ; ils sont également
assujettis avec des clous semblables, dont les têtes
sont toujours en dehors et à rivures en dedans.
On met encore sur les plats de la couverture, à
égale distance des coins, ce qui forme un carré long,
quatre plaques carrées qui sont emboîtées dans le
milieu, et présentent une bosse demi-sphérique de


388 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

3 cent. de diamètre. Ces plaques qui s’appellent bosses,
se fixent sur les plats comme les coins, par des clous
dont la rivure est en dessous. C’est sur ces bosses
que les gros livres d’église reposent et frottent sur le
lutrin ; de sorte que la couverture est garantie par
elles. Elles servent aussi a arrêter les bandes de cuir
garnies de laiton au moyen desquelles on tient le livre
fermé, lorsqu’il ne sert pas.
Les registres de bureaux n’ont jamais de bosses
et assez rarement des bandes sur les bords des car-
tons ; mais ils ont des coins en laiton. Ces garni-
tures sont unies et sont fixées aux couvertures de la
même manière que ci-dessus.
L’on voit que, par cette construction, la tranchefile
est inutile, aussi l’a-t-on supprimée ; cependant pour
ne rien laisser à désirer, nous allons indiquer les pro-
cédés qu’on employait autrefois pour garantir les dos
de ces livres.
La tranchefilure des antiphonaires ne ressemble nul-
lement à celle que nous avons décrite ; elle se divise
en simple et en double. On se sert de lanières de
peau passée en mégie, qu’on coupe, autant qu’il se
peut, assez longues pour pouvoir tranchefiler avec
une seule lanière sans être obligé d’en ajouter ; on
enfile cette lanière a dans une aiguille b, fig. 64 ; on
place le volume dans la presse à tranche filer qu’on
pose devant soi, la gouttière tournée de ce côté. On
perce, avec un fort poinçon, le dos de dedans en
dehors, et le plus près qu’on peut du mors ; on retire
le poinçon, et dans ce même trou on substitue l’ai-
guille, qu’on fait sortir au point c ; on laisse pendre
un haut de la lanière en dedans ; on pique, avec le
poinçon, un second trou à côté du premier en d, on
ramène la lanière, de c en f, en lui faisant couvrir le
RENSEIGNEMENTS DIVERS. 389
bout qu’on a laissé pendre, et qu’on a rabattu sur le
dos en dehors ; on fait entrer son aiguille dans un
second trou d, en la faisant sortir de dedans en
dehors au point d ; on croise l’aiguille sous la pre-
mière passe c, comme on le voit en b, pour lui faire
former le nœud ou chaînette c ; on ramène la lanière
de d en h, pour la faire sortir par le point i ; on forme
un nouveau nœud ou chaînette, et ainsi jusqu’à ce
qu’on soit arrivé à l’autre mors du livre. Alors on
fait entrer le bout de la lanière en dedans, et on l’y
colle contre le carton. On recouvre les nœuds ou
chaînettes, du bout de la lanière qui sort par un
mors, embrasse le livre dans l’épaisseur du dos, et
est collé en dedans du carton à l’autre mors.
Toute la différence de la tranchefilure double, con-
siste dans la seconde chaînette, qui se fait de même
que la précédente, mais qui est placée de manière
qu’elle touche la tranche des feuillets.
Cette construction n’a plus lieu aujourd’hui, parce
qu’on les relie à la grecque ; elle serait utile seule-
ment pour soutenir la tête et la queue du volume, et
garantir les ornements du dos, qui s’useraient bien
vite par le frottement. Depuis qu’on a imaginé de se
servir des bosses, elles soutiennent suffisamment le
dos en l’air pour qu’on n’ait pas besoin de ces sortes
de tranchefiles, qui, quoi qu’en aient dit les anciens,
et quoi qu’en disent quelques modernes, déparaient
plutôt le volume qu’elles ne l’ornaient. Ces orne-
ments étaient placés après que la reliure était entiè-
rement terminée, le dos doré et poli, de sorte que
l’ouvrage était toujours sali avant d’être rendu.



390 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

DÉMONTAGE DES LIVRES.[modifier]

Celle opération ne peut être faite que par un véri-
table artiste, connaissant à fond son métier. Un re-
lieur qui rétablit ainsi des chefs-d’œuvre s’honore
et honore la nation à laquelle il appartient.
Lorsqu’un livre précieux survit à sa reliure, et
qu’un amateur veut le conserver ; lorsqu’on veut
aussi faire remplacer une reliure défectueuse ou
mesquine par une reliure meilleure, le relieur doit
commencer par démonter l’ouvrage, en observant
préalablement comment il a été confectionné.
Il reconnaît d’abord que les anciens livres sont à
cet égard d’un bien plus facile travail que des livres
infiniment plus modernes. Car alors on garnissait le
dos de chaque cahier d’une bande de parchemin, afin
que le grattoir et le frottoir n’altérassent pas le pa-
pier ; puis en collant la garde de papier sur le carton,
on y collait aussi la partie de parchemin qui passait en
dedans, ce qui donnait aux reliures une telle solidité,
que lorsque les nerfs se cassaient, les cartons tenaient
encore et même fort longtemps après les livres.
De nos jours c’est bien différent. Les quelques ou-
vriers qui passent en parchemin le font seulement à
la tête, à la queue, au milieu peut-être, puis ils cou-
pent ce qui passe en dedans des cartons au moment
où ils coupent les gardes. D’autre part, certains re-
lieurs grattent, piquent et frottent si bien les dos,
où ils réduisent le papier en une espèce de pâte, et
de cette manière usent si pernicieusement les cahiers,
qu’on aperçoit les fils de la couture. Quand on dé-
monte de tels livres, quelques précautions que l’on
prenne, ils sont bien près d’être perdus.


           RENSEIGNEMENTS DIVERS.                   311
Manière de découdre un livre relié. On com-
mence par déchirer les gardes dans les mors, sans
attaquer la partie du cahier contre laquelle est collée
la garde ; puis on lève le veau ou la basane, ou l’étoffe
de la couverture. Cela fait, on coupe soigneusement
tous les fils qui se trouvent sur le dos, surtout les
chaînettes (parties du fil de la couture qui paraît aux
deux bouts, sur le dos du volume) de tête et de
queue, ainsi que les ficelles qui tiennent les cartons ;
on sépare ensuite les cahiers, en commençant par le
premier, et tenant le volume à plat sur la table, le
recto en dessus, on appuie la main droite sur les
cahiers qui suivent celui qu’on veut détacher. Lors-
que les cahiers sont séparés, on les ouvre l’un après
l’autre, pour en ôter les fils et les ordures qui se
trouvent entre chaque feuille, et l’on nettoie celle-ci
avec de la mie de pain rassis. On termine par enlever
s’il y a lieu, par les moyens indiqués précédemment,
les taches qui peuvent s’y rencontrer.
En résumé, pour bien démonter un livre et et le
remonter avec intelligence, il faut ménager le dos,
enlever doucement les nerfs, détacher légèrement
cahier par cahier, défriser les pages cornées, enlever
les taches, et s’il s’agit d’un ouvrage ancien et qui
ait été lavé, collationner par les chiffres et non par
la signature, car ces anciens livres fourmillent de
fautes de pagination.
Il faut en outre bien examiner l’état des marges
qu’une reliure défectueuse oblige souvent à rogner
il faut du moins ménager les marges le plus possible
puis appliquer à ces vieux ouvrages les procédés les
plus propres à les soutenir.
Tout cela exige beaucoup de soin, d’intelligence
et de patience.


392 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

NETTOYAGE DES LIVRES.[modifier]

On rencontre souvent des volumes couverts de cer-
taines taches très-désagréables, qui fatiguent l’œil
de celui qui est jaloux de la propreté, et un relieur
ne doit pas ignorer l’art de les faire disparaître.
La blancheur du papier s’altère de deux manières
différentes, ou par la vétusté, surtout lorsqu’il est
exposé au grand air et à la poussière comme les car-
tes géographiques, qui ne sont pas ordinairement
sous verre ; ou par des taches d’huile, de graisse ou
d’encre. Dans le premier cas, le papier devient roux,
il prend une teinte plus ou moins jaunâtre, il est
comme enfumé ; dans le second cas, tout le monde
connaît l’impression désagréable que causent les
trois sortes de taches que nous avons signalées.
Les papiers écrits sont ou manuscrits ou impri-
més : nous ne connaissons aucun moyen assuré pour
enlever sur les manuscrits la teinte jaunâtre que la
vétusté leur communique ; on s’apercevra que les
procédés que nous ferons connaître pour blanchir
les papiers imprimés, tendent tous, ou à faire dispa-
raître l’encre ordinaire, ou à la dissoudre de manière
à former sur le papier des nuances partielles plus
désagréables que n’était, avant l’opération, la couleur
jaunâtre dont il était teint.
Le seul moyen qui nous ait quelquefois réussi, c’est
le soufrage. Nous disons quelquefois, car il nous
est souvent arrivé, ou qu’il a été impuissant, ou
qu’il a affaibli considérablement la teinte de l’encre,
quoique nous ayons opéré de la même manière.
Quant au papier blanc ou au papier imprimé, soit
livres, estampes ou cartes géographiques, le procédé


RENSEIGNEMENTS DIVERS 393
qui nous a le mieux réussi et que nous recomman-
dons à nos Iecteurs, pour nettoyer ces objets, con-
siste dans l’emploi judicieusement fait de l’acide
oxalique qui enlève parfaitement les taches des en-
cres à base de gallate de fer. Cet agent est surtout
précieux pour les livres dont les marges sont char-
gées d’écritures qu’on désire enlever, parce qu’il
n’attaque pas l’encre d’imprimerie.
On place la feuille tachée sur une feuille d’étain, du
côté de la tache, et on l’humecte abondamment avec
une forte dissolution de sel d’oseille, puis on relève
le papier, qu’on lave ensuite à grande eau pour éviter
les cernes ou cercles qui se produiraient à l’endroit
qui a été traité. On étend le papier, on le laisse sé-
cher puis on le satine entre des cartes ou des zincs,
par les procédés ordinaires.
Il arrive quelquefois que le papier est sali par des
taches de rouille. On les enlève en leur appliquant
d’abord une solution d’un sulfure alcalin, qu’on
lave bien ensuite, puis une solution d'acide oxalique.
Le sulfure enlève au fer une partie de son oxygène,
et le rend soluble dans les acides affaiblis.
Presque tous les acides enlèvent les taches d’encre
sur le papier ; mais il faut choisir de préférence
ceux qui attaquent le moins son tissu. L’acide chlor-
hydrique, étendu de cinq à six fois son poids d’eau,
peut être appliqué avec succès sur la tache ; on la
lave au bout d’une ou deux minutes, et l’on répète
l’application jusqu’à ce que la tache ait disparu.
L’emploi du chlore, sous forme dacide chlorhy-
drique, de chlorure de potasse ou de chaux, est
toujours une opération très délicate parce qu’il dé-
truit les fibres du papier et le brûle. Aussi doit-on
en neutraliser l’effet, autant que possible, en lavant

394 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

le papier à grande eau, pour n’en laisser subsister
aucune trace.
On se sert encore, pour détacher les papiers, d’une
combinaison liquide de chlore et d’alcali caustique,
très connue sous le nom d'eau de javelle (chlorure de
potasse), étendue d’eau dans la proportion d’une
partie sur neuf parties d’eau ; mais ce procédé, mal-
heureusement trop employé à cause de sa simplicité,
n’est pas à recommander. On peut atténuer les effets
destructeurs de l’eau de javelle en immergeant le pa-
pier traité dans un nouveau bain dhyposulfite de
soude, puis en le passant dans un troisième bain
d’eau de pluie. La mauvaise qualité des papiers fa-
briqués actuellement les rend peu propres à sup-
porter ces lavages successifs.
Le seul avantage sérieux que présente l’emploi du
chlore, c’est de blanchir le papier et de le détacher,
en une seule opération. On peut donc utiliser cette
double action, pourvu qu’on agisse avec prudence et
qu’on l’élimine entièrement par les lavages que nous
venons d’indiquer.
Dès 1860, on a appliqué avec succès l’ozone à l’état
de gaz saturé de vapeur d’eau ou d'eau oxygénée au
nettoyage des livres et des vieilles gravures.
L’encre d’impression n’est pas sensiblement atta-
quée par l’ozone quand on ne prolonge pas le trai-
tement ; il est sans action sur les taches de graisse
et de moisissure. Les couleurs métalliques n’éprou-
vent pas de modification, tandis que les couleurs vé-
gétales sont complètement détruites. Par contre les
encres à écrire sont presque toutes effacées par
l’ozone. Il suffit d’un traitement très peu prolongé
pour enlever l’écriture et pour rendre au papier
toute sa blancheur.


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 395
Il est vrai de dire qu’après quelque temps l’encre
ainsi enlevée reparaît d’une couleur jaune pâle et
qu’on peut la fixer de nouveau sur le papier par les
réactions de l’oxyde de fer. Mais si après avoir traité
par l’ozone le papier taché, on le passe dans une eau
acidulée par quelques gouttes d’acide chlorhydrique,
on empêche entièrement la réapparition de l’encre.
M. J. Imison a indiqué un procédé facile à exécuter
pour enlever les taches de graisse sur les livres et
les estampes. Après avoir légèrement chauffé le
papier taché de graisse, de cire, d’huile, ou de tout
autre corps gras, ôtez le plus que vous pourrez de
cette graisse avec du papier brouillard ; trempez en-
suite un pinceau dans l’huile de térébenthine presque
bouillante (car froide elle n’agit que faiblement), et
promenez-le doucement des deux côtés du papier,
qu’il faut maintenir chaud. On doit répéter l’opéra-
tion autant que la quantité de graisse ou l’épaisseur
du papier l’exige. Lorsque la graisse a disparu, on a
recours au procédé suivant, pour rendre au papier
en cet endroit, sa première blancheur. On trempe un
autre pinceau dans l’esprit-de-vin très-rectifié, et on
le promène de même sur la tache, et surtout vers
ses bords, pour enlever tout ce qui paraît encore. Si
l’on emploie ce procédé avec adresse et précaution
la tache disparaîtra totalement, le papier reprendra
sa première blancheur ; et si la partie du papier
sur laquelle on a travaillé était écrite ou impri-
mée, les caractères n’en auront nullement souffert.
La benzine et le sulfure de carbone sont égale-
ment d’un bon usage.
Une faible dissolution de potasse ou de soude caus-
tique enlève avec facilité les taches huileuses ou
graisseuses sur les papiers, les estampes, les livres ;


396 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

mais il faut que ces derniers soient en feuilles, sans
cela on aurait beaucoup de peine à les dégraisser
parfaitement, et l’opération ne se ferait jamais avec
propreté.
Il nous suffit de dire que la dissolution de potasse
ou de soude doit marquer un degré et demi à l’aréo-
mètre de Baumé. Le procédé de M. Imison doit être
préféré lorsque les taches ne sont pas considérables,
et qu’on peut les enlever sans découdre le volume.
Le relieur est quelquefois sujet, en faisant ses
marbres, de tacher les feuilles avec les couleurs
nommées écailles, que beaucoup d’entre eux croient
qu’il est impossible de faire disparaître. L’eau de ja-
velle les enlève entièrement, de même que le chlorure
de chaux. Il suffit de plonger la feuille dans un de ces
deux liquides, jusqu’à disparition de la tache, ce qui
n’existe que peu de temps ; ensuite de la plonger dans
l’eau ordinaire, pendant un temps double à peu près

qu’elle n’est restée immergée dans le liquide.

Il arrive quelquefois qu’on laisse tomber de l’en-
cre sur un feuillet d’un volume relié, et qu’on craint
de ne pas l’enlever proprement par les moyens que
nous avons indiqués, parce que la tache est près de
la couture. Voici le procédé que nous avons vu em-
ployer avec succès par M. Berthe : cet artiste mouille
un gros fil plus long que le volume ; il le passe sous
le feuillet près de la couture, et le promène dans sa
longueur. Le papier d’impression, qui est ordinaire-
ment sans colle, est bientôt humecté dans cette place,
en sorte qu’il cède au moindre effort. Alors on détache
le feuillet, on le nettoie, on passe un peu de colle sur
son épaisseur, on le remet en place adroitement et la
réparation ne paraît pas du tout.


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 397


MOYENS DE PRÉSERVER LES LIVRES DES INSECTES ET DES VERS.[modifier]

Chacun sait combien les rats et les souris peuvent
causer de dégâts dans une bibliothèque ou dans une
librairie ; mais chacun connaît aussi les moyens de
se délivrer de ces animaux incommodes, qui sont
peut-être plus redoutables, parce que, malgré tous les
soins, ils s’introduisent et se multiplient avec une
extrême facilité.
Les vers, ces autres ennemis des livres, ne sont
pas aussi faciles à attaquer. Aussi, le relieur qui
connaîtrait des moyens éprouvés pour les écarter ou
les détruire, qui les emploierait avec discernement
et les ferait connaître à l’amateur de livres, complé-
terait son art, rendrait de grands services et verrait
ses produits recherchés avec empressement, con-
fiance et considération.
La chaleur, le voisinage d’un jardin ou de planta-
tions d’arbres multiplient les insectes et les vers. En
abaissant la température, en éloignant les bibliothè-
ques des jardins, il y a presque impossibilité d’évi-
ter complétement les ravages des vers. Néanmoins,
il existe plusieurs préservatifs et moyens de destruc-
tion que l’expérience a sanctionnés.
Le premier et le meilleur consiste dans une pro-
preté constante et presque minutieuse. Il ne faut
jamais laisser séjourner la poussière, même dans les
coins les plus cachés ; il faut battre tous les volumes,
au printemps et à l’automne, ou au moins une fois
par an, dans le mois de juilIet et d’août, car les
papillons recherchent, pour déposer leurs œufs, la
poussière qui en favorise le développement. Pendant
toute l’année, d’ailleurs, on doit placer derrière les :
Relieur. 23

398 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

livres des morceaux de drap fortement imbibés d’es-
sence de térébenthine, de benzine, de camphre ou
d’une infusion de tabac à fumer, et les renouveler
dès que l’odeur s’en affaiblit. L’acide phénique est
encore préférable.
Le choix du bois employé au corps de bibliothèque
contribue aussi pour beaucoup à les préserver des
vers. Plus il est dur et serré, moins il les attire, et
le chêne bien sain et bien sec est préférable, sous
tous les rapports, aux autres bois de nos climats.
Le genre de la reliure a aussi une grande influence.
Les anciennes reliures en bois, même quand elles
sont couvertes de peau ou d’étoffe, sont les berceaux
des vers et des insectes ; aussi convient-il de les
reléguer, sans nulle exception, dans l’endroit le plus
écarté de la bibliothèque. Le même danger est à
craindre des reliures pour lesquelles on a employé
la colle de pâte, qui est une sorte de nourriture recher-
chée par les vers. Les relieurs entendus préfèrent se
servir de colle forte, à laquelle ils ajoutent une quan-
tité convenable d’alun. Ils ajoutent aussi du sel am-
moniac au blanc d’œuf dont ils se servent avant de
polir la dorure. Au contraire, les reliures en cuir de
Russie ou en parchemin, celles dont les cartons sont
faits de vieux cordages de vaisseau imprégnés de
goudron, ont non-seulement le mérite d’une solidité
pareille à celle du bois, mais encore l’avantage d’écar-
ter les vers pour de longues années. Une autre reliure
peu élégante, mais presque impénétrable aux vers,
est celle qui est en usage dans.les anciennes biblio-
thèques d’Espagne, de Portugal et d’Italie. Elle con-
siste seulement en une couverture de parchemin sans
carton, et recourbé sur la tranche. Ce n’est à vrai
dire, qu’une brochure battue, cousue sur nerfs et re-


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 399
couverte de parchemin. L’expérience de quatre siècles
a prouvé que, sans le voisinage de reliures en bois
ou en carton, aucun des livres reliés de la sorte n’eut
été attaqué des vers.

MOYENS DE PRÉSERVER LES LIVRES DE L’HUMIDITÉ.[modifier]

Sans qu’il soit besoin de le dire, on sait que l’air et
la chaleur sont les moyens par excellence de combat-
tre l’humidité. On aura donc soin d’en procurer aux
bibliothèques autant que la saison, la température et
le local le permettront. A cet effet, on ouvrira les fe-
nêtres toutes les fois qu’il fera un temps sec et vif,
en ayant bien soin de les refermer avant le coucher du
soleil parce que les papillons déposent leurs œufs
après cette heure.
Un excellent préservatif de l’humidité, est d’élever
les corps de bibliothèque d’au moins 16 à 17 centi-
mètres du parquet, et de les éloigner des murs d’en-
viron 6 centimètres, afin de faciliter partout la circu-
lation de l’air. Dans le cas où cette disposition pré-
servatrice serait impossible, et qu’on serait forcé de
placer les rayons prés d’un mur, on diminuera beau-
coup le danger en donnant au mur plusieurs couches
d’huile bouillante, et en le recouvrant ensuite, à l’aide
de petits clous, de feuilles de plomb laminé.
Il est également nuisible de trop serrer ou de trop
écarter les livres sur les rayons. L’une de ces deux
méthodes les déforme et favorise l’introduction des
vers et de la poussière dans I’intérieur, au moyen
des faux plis ; l’autre empêche l’air de pénétrer, et
permet ainsi à l’humidité d’attaquer les reliures.
Quand on trouve la trace de ces dégradations
sur les livres, soit par l’aspect terni et moite de la
reliure, soit par des moisissures plus ou moins mar

400 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

quées, il faut sur-le-champ les nettoyer avec grand
soin, les frotter avec un morceau de drap ou de toute
autre étoffe de laine, puis les exposer à la chaleur et
à l’àir jusqu’à ce qu’ils soient tout à fait secs.
De tous ceux dont l’exécution typographique de-
mande des précautions particulières contre l’humi-
dité, les livres imprimés sur parchemin ou sur vélin
exigent le plus de précautions. Le Relieur ne les tra-
vaillera donc que lorsque l’impression et la peau
seront d’une siccité parfaite, et encore il aura soin de
mettre du papier joseph entre chaque feuillet, pour
empêcher que l’encre ne tache. De son coté, le biblio-
phile aura soin, lorsqu’il se servira de livres de cette
sorte, de ne les laisser exposés à l’air que le temps
nécessaire aux recherches ; car le vélin perd son
lustre et jaunit avec une rapidité fâcheuse, et se
crispe à la moindre humidité, ou à la trop grande
chaleur.
Le vélin proprement dit n’est autre chose que la
plus belle qualité du parchemin ; on l’emploie très
rarement de nos jours et on le réserve pour les ou-
vrages de grand luxe. On le confectionne avec les
peaux de veaux et surtout avec celles des vélots ou
veaux mort-nés, qu’on extrait du ventre des vaches
pleines, mortes de maladie ou égorgées dans les abat-
toirs. Le parchemin est fabriqué avec les peaux de
moutons ou de chèvres, qui sont plus petites que
celles des veaux. Le parchemin vierge, qui se rap-
proche le plus du vélin, est fait avec les peaux des
agneaux morts-nés extraits du ventre des brebis.
Ces peaux sont chères, ce qui en limite l’emploi
dans l’impression aux ouvrages de grand prix ; le
relieur a donc bien rarement l’occasion de les tra-
vailler.


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 401

IMITATION DES RELIURES ÉTRANGÈRES.[modifier]

Il serait sans doute désirable d’appliquer les reliu-
res étrangères à leurs livres respectifs, mais il ne
faudrait point, par exemple, s’engouer des reliures
anglaises de manière à en imiter les défauts. Ainsi
les Anglais ne parent point ou très-peu leurs peaux
en général. Au travers de la garde collée sur Ie car-
ton, on aperçoit souvent les contours inégaux qu’elle
y empreint, et ces bosses formées par le cuir produi-
sent l’effet le plus désagréable. Quand les amateurs
remarquent cette défectuosité dans les ouvrages des
relieurs français, ceux-ci croient répondre, sans lais-
ser de réplique, par ces paroles : « C’est le genre an-
glais. »
Les reliures étrangères diffèrent entre elles, pour
la plupart, par la dorure, les marbres ; d’autres se
distinguent par l’endossure, les mors, la division des
nerfs ou filets, si ce sont simplement des reliures à
la grecque. Il faudrait être bien peu connaisseur
pour ne pas reconnaître les reliures anglaises, hol-
landaises, allemandes, italiennes et espagnoles, à la
seule inspection des dos. Un véritable amateur s’y
trompe rarement. Quant aux cartonnages, les Alle-
mands négligent d’amincir sur les bords et de battre
la portion de carte qui forme le faux dos, et qui est
collée en dedans des cartons. Le cartonnage terminé
présente tout le long du mors en dedans une épais-
seur surabondante, déjà très-disgracieuse, et qui le
devient davantage en ce qu’elle se loge dans celle du
livre, et parait souvent à trois ou quatre cahiers. En
revanche, les Allemands forment une jolie rainure en
dehors du livre le long du mors. Sa profondeur doit
être égale à l’épaisseur du carton, le papier doit y être

402 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

collé jusqu’au fond, et non pas, comme dans la plu-
part de nos cartonnages, courir le risque d’être crevé
lorsqu’on y appuie la moindre chose.
En copiant trop servilement les étrangers on
s’égare. Delorme d’abord, puis Bozerian jeune, et
Courteval l’ont bien prouvé. Simier et Thouvenin
eux-mêmes, sont tombés trop souvent dans le gothi-
que, dit Lesné, pour avoir trop cherché à calquer les
doreurs anglais. La seule chose bonne à copier dans
leurs reliures, c’était la bonne façon des mors, la
justesse des filets, et celle des encadrements.
Les Anglais couvrent leurs livres classiques d’une
toile enduite de colle forte, ou plutôt d’une espèce de
cirage. Cette reliure, assez laide d’ailleurs, est solide,
économique ; elle convient bien aux livres de classe
qu’elle soutient suffisamment, car elle est souple et
peut facilement supporter tous les efforts des enfants.
On l’a adoptée dans quelques collèges, en coupant
les angles des cartons. De cette manière, la reliure
s’écorne moins en tombant. Il vaudrait peut-être
mieux que les coins fussent arrondis en quart de
cercle ; mais cette reliure n’est bonne qu’autant que
le livre est cousu solidement. Ce perfectionnement,
conseillé par Lesné, est trop onéreux, dit-il, pour
tous les livres classiques, et convient particulièrement
aux dictionnaires.
Les Anglais rétrécissent généralement les titres,
qu’allongent outre mesure les Allemands.
L’époque de l’introduction des dos brisés en France
est très-incertaine. Mais il y a fort à croire qu’elle
s’est établie il y a cent ans. Les reliures de Hollande
en auront probablement donné l’idée. Les bons ou-
vriers du temps, tels que De Rome, ne firent ces reliu-
res qu’avec répugnance, parce qu’ils voyaient com-


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 403
bien il était facile de supprimer une infinité d’opéra-
tions, et de passer légèrement sur les autres ; qu’en-
fin ils prévoyaient que ce genre, une fois adopté,
entraînerait la ruine de l’art. Ils en firent toutefois,
mais avec des modifications solides. Ils continuèrent
à passer la tête et la queue en parchemin fort, et le
milieu en parchemin très mince, et revêtirent les dos
de toile à la hollandaise. Les ouvriers du 2e ordre
supprimèrent la toile ; ceux du 3e les parchemins et
la colle forte, et ces derniers plurent malheureuse-
ment beaucoup au public.


PROCÉDÉ MM. V. PARISOT ET J. GIRARD POUR DONNER AUX RELIURES L’ODEUR ET L’ASPECT DU CUIR DE RUSSIE.[modifier]

On fabrique aujourd’hui en France les cuirs par-
fumés qu’on importait autrefois de Russie. L’odeur
particulière de ces cuirs, qui les fait rechercher, est
due à une huile essentielle contenue dans l’écorce du
bouleau, à laquelle on a donné le nom de bétuline.
Nous allons en indiquer la préparation, bien que ce
ne soit pas le relieur qui l’extraie et qui s’en serve
pour donner à son cuir l’odeur et l’apparence du vé-
ritable cuir de Russie.
On Prend 1,500 grammes d’écorce externe de bou-
leau. Après l’avoir séparée de l’écorce interne et
l’avoir divisée convenablement avec des ciseaux, on
la place dans un alambic avec 10 litres d’alcool à 33°.
On laisse macérer pendant deux heures, on fait
ensuite chauffer au bain-marie jusqu’à ce qu’on retire
deux litres d’alcool ; on arrête le feu, puis on laisse
refroidir, mais incomplétement ; on filtre la liqueur
encore un peu chaude, et l’on traite le résidu à trois


404 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

reprises différentes de la même manière ; la quatrième
fois on fait macérer l’écorce avec l’alcool chaud pen-
dant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, on
chauffe de nouveau, et l’on filtre comme dans les opé-
rations précédentes.
« Les liqueurs provenant de ces diverses opérations
étant rassemblées, une grande quantité de bétuline
se précipite par le refroidissement, la liqueur surna-
geante est introduite dans un alambic et soumise à la
distillation au bain-marie jusqu’à ce qu’on retire la
plus grande partie de l’alcool ; le résidu est versé
immédiatement dans un vase en porcelaine. Par le
refroidissement, la liqueur se prend en une masse
semblable à la gelée. Cette masse est une nouvelle
quantité de bétuline ; le tout est placé sur un filtre,
afin de séparer les dernières portions du liquide
qu’elle peut contenir, et ensuite placée à l’étuve pour
en déterminer la dessiccation. Des 1,500 grammes
d’écorce employée, on obtient 350 grammes de bétu-
line.
« Nous avons vu, comme MM. Duval-Duval l’avaient
déjà remarqué, qu’on ne pouvait extraire compléte-
ment toute la bétuline contenue dans l’écorce de bou-
leau.
« On emploie, pour préparer les 350 grammes de
bétuline, 10 litres d’alcool ; et l’on retire 7 litres et
demi, ce qui fait un quart de perte.
« On a dépensé, pour combustible, 1 franc, ce qui
fait revenir les 350 grammes de bétuline à 6 francs
65c. Toutefois, nous devons faire observer que si l’on
opérait en grand, le prix de la bétuline serait
moindre.
« On a pris 15 grammes de bétuline, qu’on a intro-
duit dans une cornue à laquelle on avait adapté un


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 405
récipient ; ceci fait, on a porté la cornue à une cha-
leur modérée qu’on a augmenté successivement ; la
bétuline a commencé par se liquéfier, puis la chaleur
augmentant, elle s’est décomposée. Il a passé à la
distillation, sous forme de vapeurs d’un jaune clair,
une huile d’abord fluide qui est devenue plus épaisse
à la fin de l’opération, les vapeurs étaient plus jaunes
et plus abondantes.
« Il resta dans la cornue un produit charbonneux.
« Le produit obtenu de cette distillation pesait 10
grammes ; il avait une consistance oléagineuse, il
était d’un brun foncé, d’une odeur forte et insuppor-
table, insoluble dans l’eau, dans l’alcool ; mais soIu-
ble en très-grande quantité dans l’éther sulfurique.
« Le prix de ces 10 grammes obtenus se composait
ainsi qu’il suit :
15 grammes de bétuline, à 10 c. le gram. 1 fr. 50
Cornue et récipient. . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
Combustible. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Total. . . . . . . . . . . 2 fr. 40
« Nous avons fait dissoudre 2 grammes de cette huile
de bétuline dans 20 grammes d’éther sulfurique, puis,
avec cette liqueur, nous avons opéré de la manière
suivante pour enduire la reliure de cette substance.
Lorsque le livre est relié et qu’on va appliquer sur
le carton la peau qui doit le couvrir, on enduit ce
carton des deux côtés au moyen d’un pinceau avec
l’huile de bétuline dissoute dans l’éther ; on laisse
évaporer l’éther, puis on recouvre avec la peau comme
dans la reliure ordinaire, on colle les gardes. Plu-
sieurs livres ainsi reliés ont une odeur agréable de
cuir de Russie : 2 grammes ont suffi pour un volume
in-8°.
                                                          23.


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 406
« Voulant nous assurer si nous pouvions employer
l’huile empyreumatique d’écorce de bouleau, nous
avons agi de la manière suivante :
« Nous avons pris 100 grammes d’écorce externe de
bouleau, divisée convenablement ; nous les avons
introduits dans une cornue à laquelle nous avons
adapté un récipient pour recueillir les produits vola-
tils nous avons placé cette cornue ainsi disposée
dans un fourneau à réverbère, puis nous avons
chauffé ; elle se décomposa et fournit des vapeurs
blanches, épaisses, qui vinrent se condenser dans le
récipient que l’on avait fait plonger dans un vase
contenant de l’eau froide.
« Peu à peu ces vapeurs devinrent plus épaisses, plus
colorées ; la liqueur qui s’écoulait dans le récipient
était plus dense. Au bout de deux heures, la décom-
position était complète ; il restait dans la cornue un
charbon volumineux. Le produit de la distillation
pesait 64 gram. ; mais il était formé de deux couches,
une supérieure épaisse, ayant l’odeur d’huile de bétu-
line, odeur altérée par l’acide pyroligneux provenant
de la décomposition du bois qui sert de support à la
bétuline : la couche inférieure était colorée en jaune
foncé, pesant 4 grammes : elle était formée par de
l’eau contenant une petite quantité d’acide pyroli-
gneux en dissolution.
« Cette seconde couche fut séparée de la première qui
fut conservée pour nous servir dans les opérations
suivantes. Une certaine quantité de cette huile em-
pyreumatique fut saturée par la craie (carbonate de
chaux) délayée dans une petite quantité d’eau, puis
laissée en contact pendant un jour, en ayant soin
d’agiter de temps en temps. Au bout de ce laps de
temps, on laissa déposer et l’on décanta de manière à


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 407
séparer les deux couches. La couche supérieure fut
conservée. Nous avons pris 2 grammes de cette huile
saturée et 2 grammes d’huile non saturée ; nous avons
fait dissoudre chacune de ces huiles dans 20 grammes
d’éther, comme nous l’avons fait pour l’huile de bétu-
line pure, puis fait relier des livres avec chaque Ii-
queur. Nous avons alors reconnu qu’avec l’huile
empyreumatique saturée par le carbonate de chaux,
on obtenait une reliure dont l’odeur se rapprochait de
celle fournie par l’huile de bétuline pure. Quant à la
reliure faite avec l’huile empyreumatique, elle avait
une odeur désagréable d’acide pyroligneux Comme
on le voit, on pourra se procurer des reliures qui
auront l’odeur de cuir de Russie, à un prix peu élevé,
avec l’huile empyreumatique de l’écorce de bouleau
saturée par la craie.
« On pourra, si l’on veut, se servir de l’huile pure
de bétuline pour obtenir une reliure qui aura une
odeur plus agréable de cuir de Russie. On pourra
aussi, de cette manière, conserver les livres sans
allération.
« Cette huile peut non-seulement s’appliquer sur les
livres reliés en peau, mais encore en papier ; elle ne
tache pas la reliure et n’empêche en aucune façon le
travail du relieur. »
La peau qui convient le mieux pour fabriquer le
cuir de Russie artificiel est celle de la vache, bien
tannée puis lavée à plusieurs reprises et enfin teinte
en rouge. Cette peau acquiert un aspect très agréa-
ble quand, au moyen d’une éponge, on l’humecte, du
côté coloré, avec de la gélatine dissoute dans l’eau.
Seulement, cette eau gélatineuse ne doit pas être
trop concentrée, et l’on ne doit pas l’appliquer sur
le cuir dans une trop forte proportion.


408 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

CHOIX DES RELIURES ET CONSERVATION DES LIVRES.[modifier]

Nous considérons, dans cet article, le relieur comme
l’associé du bibliophile, ou même comme le guide des
amateurs qui veulent se former une bonne biblio-
thèque. Les sages conseils qui suivent sont presque
tous empruntés au Manuel de Bibliothéconomie (1).
1. Assortiment et qualités des diverses reliures.
La reliure est à la fois pour les livres un moyen de
conservation matérielle et d’ornement ; mais il im-
porte qu’elle soit choisie et graduée d’après la nature
et l’importance des ouvrages ; car il serait aussi dé-
placé de couvrir en beau maroquin enrichi de doru-
res, un pamphlet éphémère, que de revêtir de basane
ou de cartonnage un chef-d’œuvre de la science ou
des arts. Qu’un riche amateur ait dans sa bibliothè-
que un certain nombre de volumes décorés des plus
belles ou des plus élégantes reliures, mais que ce
soit des livres dignes de cette décoration, et que tout
le reste de la bibliothèque soit relié d’une manière
solide.
2. Quand l’amateur de livres n’a pas assez de fonds
pour faire que la richesse de la reliure réponde au
mérite de certains ouvrages, il doit se contenter, pour
toute sa bibliothèque, d’une reliure très-simple. Cela
vaut infiniment mieux que d’avoir quelques livres
précieusement reliés et les autres à l’état de bro-
chure, car ceux-ci sont, en quelque sorte, des livres
sacrifiés, et cela fait en outre le plus mauvais effet à
l’œil.
(1)Bibliothéconomie, arrangement, conservation et administra-
tion des bibliothèques, par L.-A. CONSTANTIN. 1 vol. orné de figures,
faisant partie de l'Encyclopédie-Roret.


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 409
3. La reliure la plus ordinaire est la basane ; elle
convient à toutes les fortunes et à tous les ouvrages.
La reliure en veau, en maroquin ou en cuir de Rus-
sie convient aux beaux ouvrages et aux biblio-
thèques riches. On n’exécute que dans des cas ex-
ceptionnels les reliures en moire, en velours, en
ivoire ou en parchemin.
4. Un genre très-convenable et adopté par beau-
coup d’amateurs, est celui de la demi-reliure à dos
de veau ou de maroquin, non rogné, avec marges.
Posés sur les tablettes, des volumes ainsi reliés sont
aussi élégants que les livres reliés en plein ; ils sont
d’ailleurs aussi solides. Cette reliure a de plus l’a-
vantage de la modicité du prix, et de la grandeur des
marges ; chose si importante aux yeux des bibliophi-
les qui la paient si cher, et prennent tant de soin
pour l’obtenir. Quelques-uns d’entre eux ont si fort
à cœur cette conservation des marges, qu’ils font
quelquefois recouvrir de la plus belle reliure un
livre non rogné et même non ébarbé. C’est au relieur
à respecter, à servir cette prétention fort naturelle
au fond, malgré l’espèce de ridicule qui parfois s’y
attache.
5. La connaissance technique de la reliure (dit en
insistant beaucoup sur ce point l’estimable auteur de
la Bibliothéconomie) est utile pour ne pas s’exposer
à des dommages réels. Il faut savoir choisir un bon
relieur, pouvoir apprécier son travail et lui en indi-
quer les défectuosités, sinon on aura des livres mal
reliés, ornés sans goût, confectionnés sans solidité ;
et tandis que ces reliures défectueuses perdront cha-
que jour, de bonnes reliures qui n’auront pas coûté
davantage se maintiendront, malgré les années, dans
toute leur valeur. Une preuve que le travail bien fait


410 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

est toujours estimé, c’est que les anciennes reliures
des Du Seuil, des De Rome, des Padeloup et autres
sont encore aujourd’hui aussi recherchées que les
plus beaux chefs-d’œuvre des fashionnables relieurs
de Paris et de Londres.
6. Jusqu’au XVle siècle, on se servait, pour la reliure
des livres, de planchettes de bois en place de carton ;
mais la manière de les couvrir était, comme et plus
qu’aujourd’hui, variable et fort dispendieuse. On y
employait des étoffes précieuses brochées d’or et d’ar-
gent, ou chargées de broderies : on les enrichissait de
perles, de pierres fines, d’agrafes d’or et d’argent ; on
garnissait les plats et les coins de plaques et de gros-
ses têtes de clous en même métal, pour empêcher le
frottement. Depuis, on a remplacé le bois par le car-
ton, ce qui est plus léger, et préserve mieux les livres
des vers ; on a aussi généralement renoncé aux cou-
vertures d’étoffes, comme trop coûteuses et peu soli-
des. Les reliures en moire, en velours, ne sont, comme
nous venons de le dire, relativement aux autres,
qu’une chose exceptionnelle.
7. On emploie communément, ainsi que nous
l’avons vu, trois sortes de reliures : la reliure pleine,
la demi-reliure (l’une et l’autre en veau, basane, ma-
roquin, cuir de Russie, parchemin) et le cartonnage
(couvert en papier, en toile, en percale de couleur).
La demi-reliure a sur la première, l’avantage de
l’économie jointe à la solidité, à condition d’être bien
faite ; et, sur le cartonnage, I’avantage de la durée.
Cependant les volumes minces, et dont le contenu
n’annonce pas un usage très fréquent, peuvent rece-
voir un simple cartonnage ; mais il importe qu’il soit
bien fait.
8. Le besoin d’économiser, besoin qui parfois com-


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 411
mande en maître dans la bibliothèque comme dans
les autres parties de la maison, force souvent à met-
tre en oubli les meilleures règles à suivre pour la
reliure des livres. Alors cette reliure, qui est toujours
une dépense considérable, doit être soumise à cette
nécessité, mais elle doit l’être avec ordre, avec intel-
ligence, et le relieur et le bibliophile doivent, d’un com-
mun accord, repousser toute économie mal entendue
qui compromet l’existence des livres et la facilité du
travail. Or, l’économie la plus mal entendue, là plus
déplorable, est de faire relier plusieurs ouvrages en
un seul volume, quand même leur contenu serait de
même nature. Les subdivisions de la classification
des livres en peuvent souffrir, la lecture d’un tel livre
est incommode, la copie de divers passages en est
difficile ; enfin, s’il s’agit d’une bibliothèque publique,
on est souvent obligé de priver plusieurs lecteurs
pour en contenter un seul.
Le meilleur moyen d’éviter les inconvénients de ce
genre de réunions, consiste à donner à ces minces
volumes une brochure solide, et de les réunir dans
des boites en forme de gros volumes, comme celles
dont on se sert dans les grandes bibliothèques pour
classer les catalogues en feuilles ou brochés. Si néan-
moins on est obligé de laisser ces volumes tels qu’ils
sont, on les place suivant le titre du premier ; mais
on a bien soin d’inscrire, dans le catalogue et à leur
place respective, tous les ouvrages qu’ils contiennent.
On adapte, en outre, pour faciliter les recherches, au
titre de chacun d’eux, une languette ou canon en
parchemin. On nomme canon un petit signet collé
sur la marge, et la dépassant de quelques lignes.
9. Quoique nous ayons indiqué, dans le cours de
l’ouvrage, toutes les qualités d’une bonne reliure, en


412 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

détaillant les diverses manœuvres indispensables à
sa confection, nous reproduirons volontiers l’espèce
de résumé ou de nomenclature que donne M. Cons-
tantin, des nombreuses opérations d’une bonne
reliure. Cette récapitulation ne sera pas inutile au
bibliophile et au relieur.
Une reliure réunissant toutes les qualités désira-
bles, est, dit-il, chose bien rare, car cette enveloppe si
nécessaire à l’usage, à la conservation des livres, est
soumise à tant de manipulations, qu’il y en a presque
toujours, au moins quelques-unes, de négligées. Il ne
suffit pas qu’un volume soit plié avec précision, bien
battu, cousu et endossé avec soin, il faut encore que
les tranchefiles soient arrêtées à tous les cahiers ; que
la gouttière soit bien coupée, le dos arrondi conve-
nablement à la grosseur du volume ; le carton d’une
force proportionnée au format, et coupé bien juste
d’équerre ; la peau dont il est recouvert, parée de ma-
nière à ne pas faire d’épaisseur sur les coins, et sans
être trop mince, afin qu’ils ne s’écorchent pas au
moindre frottement ; il faut en outre que les côtés
soient bien évidés pour que l’ouverture du livre ait
lieu facilement, sans risquer de casser ou de défor-
mer le dos ; que les ornements et les dorures soient
brillants, nets et de bon goût, les marges conser-
vées aussi grandes que possible ; les pages préser-
vées de tout maculage, replis, inversions ; les plan-
ches et les gravures placées avec intelligence ; les
titres convenablement réduits ou composés avec grâce, suivant les cas : tel est : le but auquel doit atteindre
tout relieur, afin d’acquérir une réputation honorable
et de livrer de bons produits aux connaisseurs.
Faute d’avoir visité les ateliers de reliure, d’avoir
bien étudié, bien comparé tous les détails, les ama-


RENSEIGNEMENTS DIVERS. 413
teurs de livres ne pourront examiner les diverses
parties d’une reliure ; ils ne sauront point en appré-
cier les mérites ni les défauts, et se trouveront ainsi
à la merci d’un ouvrier de mauvaise foi ou mal
habile.
10. Parmi les reproches qu’il est si facile de faire
au reliures, on adresse avec raison, aux reliures
anglaises, et plus encore à celles qui sont faites à
leur imitation, les dos brisés trop plats et à faux
nerfs, la façon des mors, la surcharge des ornements.
Deux autres défauts du plus grand nombre de reliu-
res sont de s’ouvrir difficilement et de fermer mal ;
l’un empêche de bien lire, et plus encore de travailler,
si l’on consulte plusieurs volumes à la fois ; l’autre
laisse pénétrer dans l’intérieur du livre la poussière
et les vers.
11. Les dos ronds, sont, sans doute, moins agréa-
bles à l’œil que les dos plats, quand les livres sont
rangés sur les tablettes ; mais ils sont plus durables,
surtout pour les grands formats. Quant aux in-8° et
aux petits volumes, les dos plats peuvent être faits
assez solidement, et permettent une plus grande éga-
lité dans la dorure, ce qui flatte la vue quand plu-
sieurs volumes uniformes, et dont les filets sont d’ac-
cord, se suivent bien en ligne droite.
12. Il en est de même des nerfs ; les faux nerfs sont
seulement un objet de parade, tandis que les nerf
véritables conservent la reliure, et sont aussi néces-
saires par leur solidité à un gros et grand volume
qu’ils soutiennent en l’ornant, qu’ils sont utiles à sa
décoration par le genre de dorure qu’ils permettent.
II faut toutefois que le nombre et la grosseur des
nerfs soient en rapport avec le format et la force du
livre.


414 RENSEIGNEMENTS DIVERS.

13. Les mors, quand ils sont trop carrés, produi-
sent des plis désagréables au fond des cahiers, et
prennent une partie de la marge intérieure ; quelque-
fois même ils sont cause que les premières et les der-
nières feuilles s’usent et se brisent promptement,
surtout aux livres d’un fréquent usage. Il est donc
essentiel de sacrifier l’élégance de ces mors carrés
aux mors en biseau ou en chanfrein, qui conservent
bien mieux les volumes.
14. La dorure, les chiffres, les titres et autres indi-
cations réclament les soins d’un relieur intelligent,
et l’attention d’un amateur éclairé, car toutes ces
choses contribuent singulièrement, les unes à la
beauté d’une bibliothèque, les autres à son bel ordre,
à sa bonne organisation. Aussi combien est-il à dési-
rer, d’une part, que la bonne composition des fers,
qu’un mélange harmonieux d’ornements en rapport
avec le contenu des livres, et, d’autre part, que l’en-
tente judicieuse des titres, du nom de l’auteur, de la
date de l’édition, du nom de la ville ou de l’imprimeur,
viennent fournir les plus nobles embellissements, et
procurer la plus grande facilité pour les recherches.
15. Un relieur soigneux auquel on confie des ou-
vrages précieux, et qui ne peut tout faire par lui-
même, ne se contente pas de la collation faite avant
la reliure ; il ne laisse point passer un livre nouvel-
lement relié des mains de ses ouvriers, dans celles du
bibliophile ; mais il le collationne de nouveau. Il exa-
mine s’il n’y a pas de feuilles déplacées ; si toutes
les gravures s’y trouvent, si elles sont garanties par
un papier joseph, si les cartes et les grandes feuilles
sont collées sur onglet et pliées de manière que l’on
puisse les développer facilement et sans crainte de
les déchirer.