Marie (Auguste Brizeux)/La Chanson de Loïc

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MarieAlphonse Lemerre, éditeur1 (p. 87-89).


La Chanson de Loïc


 
Dès que la grive est éveillée,
Sur cette lande encor mouillée
Je viens m’asseoir
Jusques au soir ;
Grand’mère, de qui je me cache,
Dit : « Loïc aime trop sa vache. »
Oh ! nenni-da !
Mais j’aime la petite Anna.

A son tour, Anna, ma compagne,
Conduit derrière la montagne,
Près des sureaux,
Ses noirs chevreaux ;
Si la montagne, où je m’égare,
Ainsi qu’un grand mur nous sépare,
Sa douce voix,
Sa voix m’appelle au fond du bois.

Oh ! sur un air plaintif et tendre,
Qu’il est doux au loin de s’entendre,
Sans même avoir
L’heur de se voir !

De la montagne à la vallée
La voix par la voix appelée
Semble un soupir
Mêlé d’ennuis et de plaisir.

Oui, retenez bien votre haleine,
Brise étourdie, ou dans la plaine,
Parmi les blés,
Courez, volez !
Ah ! La méchante est la plus forte,
Et dans les rochers elle emporte
La douce voix
Qui m’appelait au fond du bois.

Encore ! Encore ! Anna, ma belle !
Anna, c’est Loïc qui t’appelle !
Encore un son
De ta chanson !
La chanson que chantent tes lèvres,
Lorsque pour amuser tes chèvres,
Petite Anna,
Tu danses ton gai ta-ra-la !

Oh ! Te souvient-il de l’yeuse
Où tu montas, fille peureuse,
Quand tout à coup
Parut le loup ?
Sur l’yeuse encor, ma mignonne,
Que parmi les oiseaux résonne
Ta douce voix,
Ta voix qui chante au fond du bois !


Mais quelle est derrière la branche
Cette fumée errante et blanche
Qui lentement
Vers moi descend ?
Hélas ! cette blanche fumée,
C’est l’adieu de ma bien-aimée,
L’adieu d’amour,
Qui s’élève à la fin du jour.

Adieu donc ! — contre un vent farouche
Au travers de mes doigts ma bouche
Dans ce ravin
L’appelle en vain ;
Déjà la nuit vient sur la lande ;
Rentrons au bourg, vache gourmande !
Ô gui-lan-la !
Adieu donc, ma petite Anna !