Moisson de souvenirs/9

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(Pseudo de Cécile Beauregard)
Le Devoir (p. 85-97).

IX


Nous avions à Boston, une vieille cousine inconnue, une demoiselle Sablé, dessinatrice au compte d’une maison de confection pour dames. Elle aimait la jeunesse, souffrait un peu de sa solitude et d’après la recommandation de grand’mère, elle offrit de m’adopter pour la durée des vacances. Sa proposition fut acceptée et c’est ainsi que je me retrouvai de nouveau en « Amérique ».

Je m’entendis à merveille avec ma délicieuse cousine ; elle m’enseigna les éléments du dessin et de la couture et prenant à cœur son rôle maternel, chaque matin et chaque midi, avant de partir pour l’ouvrage, elle avait soin de me laisser une tâche à accomplir. Mais j’agissais comme au couvent pour mes leçons et après m’être libérée en un rien de temps, je travaillais pour mon propre compte, ou bien, je m’abandonnais à mon indolence naturelle. Mais dans ce dernier cas, quelle intensité de vie intérieure ! Quels yeux aurait fait cousine, si elle avait pu voir le galop de ses pensées, derrière le front calme de la petite Marcelle !

Dès les premiers jours de mon arrivée à Boston, j’avais reçu une carte postale illustrée sur laquelle Jean me proposait d’en échanger avec lui. Cousine avait approuvé le projet et mis de l’argent à ma disposition. Les cartes illustrées commençaient alors leur vogue. Cousine s’intéressa fort à notre correspondance ; je lui soumettais mes achats qu’elle critiquait avec une gravité touchante. De même, invariablement, je lui montrais les missives de Jean, mais il faut bien le dire, elle ne se doutait pas des transports qui les avaient accueillies, en son absence.

Vers la fin d’août, un peu avant mon retour à Montréal, Jean m’adressa une carte représentant deux enfants, garçonnet frêle, fillette potelée, genre bébé, au pied d’une croix du chemin. La fillette avait une robe saumon et son jupon blanc dépassait un peu. Dans un moment de générosité, les deux enfants ont décidé de donner tous leurs sous aux pauvres.

Je demeurai grandement saisie en voyant cette carte et ne fis, cette fois, aucune démonstration extérieure. Jean l’avait-il choisie parce qu’elle lui rappelait des souvenirs ? Je l’enfermai avec les autres, dans l’album, mais un peu avant le retour de cousine, l’esprit toujours occupé de cette carte, je résolus subitement de ne pas la montrer et je courus la cacher dans ma valise.

Le lendemain, une autre carte m’arrivait. Cette fois, la petite fille était assise sur l’un des degrés de la croix et de son petit poing fermé, elle se frottait un œil en pleurant, tandis que le petit garçon, ému, se penchait vers elle, en un geste tendre et retenu — que je connaissais ! Sous l’image, deux méchants vers :

Plus de sous ! Nous pouvions avec,
Avoir meilleur que du pain sec.

Le doute devenait impossible : Jean avait choisi ces cartes, de propos délibéré et mal préparée à ces émotions, après être demeurée figée quelques minutes, je soupirai et sortant mon mouchoir, je pleurai convulsivement.

Le soir même, je répondais à Jean, en lui annonçant mon retour prochain ; mais quand cousine se fut éloignée, après avoir beaucoup hésité, j’ajoutai ceci en post-scriptum :

« Tes deux dernières cartes étaient bien jolies. J’ai trouvé que le petit garçon avait ton air, quand tu étais petit. »

Le surlendemain, nouveau message de Jean : une lettre, par laquelle il me conseillait de ne pas parler de notre échange de cartes, ni à chez nous, ni à grand’mère. — « On trouverait, disait-il, que c’est du gaspillage, mais moi, j’aime mieux mettre mon argent à cela qu’à autre chose. » Je ne fus pas dupe : d’après mes propres sentiments, je comprenais que Jean redoutait plutôt d’être mal compris.

Jean n’était pas chez lui, le jour de la rentrée, mais en grande fille, je m’informai de sa santé. Tante assura que sa santé était bonne, mais qu’il avait terriblement grillé.

— Un vrai sauvage, assura-t-elle en riant.

Cette réflexion m’ennuya au possible. Jean, un sauvage ? Ce n’était pas assez qu’il eût pris des allures d’homme et perdu sa mélodieuse voix d’ange ? Par quelles métamorphoses prétendait-il encore passer ?

La première personne que je rencontrai, au couvent, fut mère Saint-Blaise qui s’empressa de me demander si j’avais enfin obtenu de prendre des leçons de dessin. Plutôt que d’avouer notre pauvreté actuelle, la vanité aidant, je préférai un mensonge et racontai qu’ayant passé les vacances aux États-Unis, je n’avais plus pensé à rien, au retour. Devina-t-elle le fin fond des choses ? En tous cas, elle cessa d’insister et ce silence qui ressemblait à la fois à du mécontentement et à de l’indifférence, me punit durement de ma lâcheté.

Cependant, ayant appris que j’avais reçu des leçons de ma cousine, elle offrit de me guider et presque tous les jours, maintenant, je venais lui faire sa lecture à l’atelier. Elle me retenait quelque temps, ensuite, corrigeait mes travaux et tout doucement, aidait à l’épanouissement de mon âme.

J’étais montée de classe, cette année et mon unique voisine étant la plus discrète personne du monde et mon pupitre, de par sa situation, se trouvant à peu près invisible à mère Sainte-Lucie, ma belle nouvelle maîtresse, j’en profitais pour employer mes moindres loisirs à dessiner. Ne trouve-t-on pas toujours du temps pour faire ce qui nous plaît ? Lorsque, d’aventure, je rencontrais mère Sainte-Sabine, elle ne manquait pas de s’informer de mes études par le menu et elle concluait presque toujours plaisamment :

— Dites ce que vous voudrez, Marcelle, si je vous avais gardée avec moi, vous auriez fini votre cours, à l’heure qu’il est.

J’en aurais été trop fâchée, car mon couvent me devenait de plus en plus cher et j’en goûtais, parfois jusqu’au ravissement, la poésie diverse, les silences prolongés, les chers labeurs.

Nous passâmes encore le Jour de l’an en famille, chez grand’mère et… Jean ne vint pas. Si j’avais lu Longfellow, je me serais comparée à la malheureuse Évangéline si tragiquement et si longuement privée de son bien-aimé après la Dispersion.

Parmi les petites Américaines de cette année, s’en trouvait une de sept ans, que sa mère, veuve et obligée de travailler, avait confiée aux religieuses avec d’instantes recommandations, car elle ne possédait plus que cette enfant au monde. Après le Jour de l’an, la petite fille se plaignit de sa gorge. De loin, je lui faisais vis-à-vis, au réfectoire et je me rappelle l’avoir remarquée : appuyée au dossier de sa chaise, elle ne mangeait pas, et machinalement, avec une légère grimace, elle se tenait la gorge. Le docteur, appelé, déclara la diphtérie et qu’il fallait isoler l’enfant. Au bout de quelques jours, elle était morte, sans avoir revu sa mère. Elle se nommait Cora, était bonne, douce et avait un petit minois brun, grand comme la main.

En dépit des précautions, la contagion se répandit vite et les élèves tombant malades, les unes après les autres, le couvent ferma ses portes. Il eût été bien inutile de payer mon passage pour Montréal et grand-père vint me chercher. Je ne craignais pas la diphtérie. À six ans, j’en avais guérie, à l’aide du sérum, et grand-père affirmait que le sérum prévenait tout retour possible de la maladie ; mais je n’en souffris pas moins un terrible mal de gorge. On me soigna avec une tendresse et un dévouement inquiet que je ne pourrai jamais oublier. Grand’mère me composait des cataplasmes de soupe au lait épaisse, très chaude, dont je m’enveloppais comme d’une écharpe. Tous les matins, on m’inspectait aussi la gorge, en appuyant une petite cuiller sur ma langue, mais, grâce à Dieu, les funestes taches blanches n’apparurent pas.

La fièvre enfin tombée, je cessai de voyager de ma chaise à mon lit et mes idées s’éclaircirent. Maintenant, j’étais toujours sur pied, circulant sans bruit à travers la maison, et parlant peu, car je n’aurais pu le faire, qu’au prix de réelles souffrances. J’avais conservé une flanelle rose autour du cou et quand je passais devant une glace, je ne manquais jamais de m’y mirer, me trouvant très intéressante ainsi.

C’était la première fois que je prolongeais mon séjour à Saint-Claude. Tante partait chaque matin pour son école. Grand-père entrait et sortait, se chauffait auprès du poêle, échangeait quelque lente réflexion avec grand’mère, qui, elle, passait la majeure partie de son temps à confectionner des tapis. Elle possédait à cet effet, un métier, une sorte de table composée seulement de cadres sur lesquels, elle avait cloué une toile avec des broquettes. Il faut dire que la toile — une poche décousue — était agrémentée d’un dessin. Grand’mère avait tout un cahier de modèles. Depuis longtemps, grand’mère avait préparé ses pelotes de lisières, ces dernières, taillées dans du linge hors d’usage, puis cousues bout à bout et enroulées sur elles-mêmes. Le tissu de la toile étant très lâche, grand’mère enfonçait sans difficulté son crochet et retirait une bouclette de la lisière que sa main gauche présentait sous la toile. Il ne restait plus qu’à suivre les lignes et à remplir les espaces, en assortissant bien les couleurs. Lorsque grand’mère quittait le métier pour vaquer à ses occupations, je prenais sa place. C’était des plus amusants et grand’mère paraissait heureuse de mon intérêt. J’offris de lui dessiner à l’avance sa prochaine toile ; elle me consultait sur le choix des couleurs et la première fois que je la vis ensuite, au parloir du couvent, nous causâmes « tapis », étonnées de si bien nous entendre.

Il est probable que j’avais maigri durant mon séjour à Saint-Claude, mais ce qui contribuait davantage à me dégager la figure, c’est que j’avais laissé allonger mes cheveux, que maintenant, je réunissais au-dessus des oreilles, en deux minuscules torsades attachées par d’énormes nœuds de ruban. Aussi, me déclara-t-on très changée, au couvent, et lorsque j’appris à mère Saint-Blaise que j’avais eu mal à la gorge, elle me dit spontanément :

— Aussi, je le craignais. Je pensais à vous et je me disais : « Pourvu qu’elle s’en sauve ! » Et j’ai prié mon saint patron pour vous, ma petite fille.

Je me demandais si Jean savait, lui aussi, que j’avais été malade. Nous n’avions voulu inquiéter personne. Après ces courtes vacances en famille, je m’ennuyai très fort de Jean. Je n’ignorais pas qu’il grandissait beaucoup et je ne savais plus comment me le représenter. À l’église, j’étais si mal placée, qu’il me devenait impossible de le voir, lorsqu’il passait pour se rendre au jubé. Aussi, éprouvais-je un vrai besoin de déverser sur mère Saint-Blaise, le trop plein d’une affection que Jean paraissait fuir ; mais, comme par malice, cette dernière cessa bientôt de me réclamer sa lecture spirituelle. Elle conservait le même ton gracieux pour me dire bonjour lorsqu’elle me rencontrait, mais à cela près, se bornaient nos relations. Et je cherchais vainement en quoi j’avais pu lui déplaire. Était-elle fatiguée de m’aimer ou bien si elle découvrait enfin mes défauts ? Je devins très malheureuse et toute timide.

Le soir, les élèves couchées et les lumières fermées, à l’exception d’une veilleuse, une religieuse continuait de se promener lentement dans la grande allée, en égrenant son chapelet ; celui-ci terminé, elle regagnait sa cellule en passant par les petites allées, s’assurant ainsi que rien ne troublait l’ordre. Quand c’était mère Saint-Blaise qui surveillait, je me tenais éveillée de force, tant qu’elle n’avait pas disparu dans sa chambre ; au moment où elle allait longer mon lit, cependant, je feignais sagement de dormir, mais de l’avoir regardée longtemps, à la lueur indécise du lampion, me procurerait de beaux rêves, me semblait-il. Un soir, je m’oubliai et tandis qu’elle approchait, je la fixais de mes yeux grands ouverts, l’admirant de tout mon cœur. Elle eut un recul soudain, en me voyant, et angoissée :

— Vous êtes malade ?…

— Non, mère.

Aussitôt, elle comprit sa méprise et abaissant mes paupières, de sa main douce :

— Dormez, dormez, mignonne, fit-elle.

Cet incident me rendit toute ma confiance et le lendemain, prenant l’initiative, j’offris de lui faire sa lecture.

— C’est que, répondit-elle, je crains de vous fatiguer la gorge.

Et je n’avais pas soupçonné que ce pouvait n’être que cela !… Nous sommes ingénieux à nous faire souffrir.

Notre réentente fut délicieuse et tout en m’instruisant en art, mère cherchait de plus en plus à former mon être moral. Tâche ingrate, celle-là : saturée d’amour-propre, plus qu’aucune adolescente de mon âge, je lui glissais des mains ; je regardais et j’écoutais, sans voir ni entendre et lorsqu’après la lecture, mère Saint-Blaise voulait relever quelque réflexion pieuse, je laissais monter à mes lèvres, un sourire condescendant. Parfait pour elle, qui était une sœur, de rechercher ces subtilités, mais moi, une jeune fille du monde… Mon exquise amie, ne perdait pour cela, ni son affabilité, ni son dévouement d’apôtre ; humble, elle essayait alors quelques conseils à la païenne et collectionnait à mon intention, des paroles célèbres qui m’enthousiasmaient.

Et presque soudainement, ce fut juin et la fin de l’année. Notre distribution des prix avait toujours lieu l’après-midi ; le lendemain, c’était au tour des écoliers et j’attendais Gonzague pour prendre le train. Cette année, grand’mère se trouvant un peu souffrante, personne ne vint pour moi, de Saint-Claude ni de Montréal et le lendemain, je mettais la dernière main à ma valise, quand on m’appela au parloir. C’était marraine qui m’offrait de l’accompagner à la Salle académique du collège, mon oncle étant pris par un client. Je courus avertir et en mettant mon chapeau, je constatai avec satisfaction, qu’au moins, j’étais chic, grâce à ma chère cousine de Boston. À part le chapeau, tout me venait d’elle : mes bas et mes fins souliers bruns, mes beaux rubans de cheveux, pompadour, ma jolie robe vert d’eau, garnie d’une dentelle passe-ruban, elle-même enfilée d’un velours noir ; comme les manches bouffaient bien au-dessus du coude et que le corsage était largement décolleté, je la combinais avec une chemisette de mousseline blanche, à manches longues, celle-ci. En vérité, j’étais très chic.

Tout Maricourt se rendait à la Salle académique et tante saluait à chaque instant ; moi-même, je reconnaissais beaucoup de monde. Tante avait ses billets de sièges réservés et bientôt, il ne resta plus une seule place libre. Les écoliers entrèrent et montèrent à la galerie supérieure où leur conversation forma bientôt une voix dure, formidable et d’une vélocité extrême. Mais l’orchestre, magiquement, effaça tout ; j’écoutais avec le ravissement de ma joie, mais que j’avais hâte à la distribution proprement dite et surtout d’entendre appeler la classe de Versification : Jean et Gonzague en étaient.

Enfin, un prêtre s’approcha du cahier posé sur un lutrin, et l’ouvrant, comme s’il allait lire l’Évangile, il appela le Cours préparatoire : petits bonshommes aux têtes rondes, aux traits enfantins, qui, après avoir reçu la pile de volumes précieux, allaient s’immobiliser au fond du théâtre, par rang de mérite. Chaque nouvelle proclamation était applaudie à outrance, par les jeunes confrères de la galerie et lorsque les meilleurs de la classe eurent été ainsi récompensés, ils défilèrent par la porte, à leur gauche, et le prêtre fatigué, céda sa place à un grand écolier, à voix d’homme.

Je ne me tenais pas de hâte, tant je désirais la Versification et cependant, tout était bien intéressant. Les élèves grandissaient à chaque cours. Et quel délice que d’entendre se succéder les beaux noms canadiens, la plupart, tout simples à signification immédiate ou parés d’une pointe d’originalité, d’un tour archaïque : car ils sont vieux, les noms du pays, et ils se répètent souvent, le noyau de la population ayant été petit et les familles, nombreuses.

— Classe de Versification. Excellence, premier prix : Jean Sablé.

Mon Dieu ! Jean qui allait venir. Car on apporterait sa pile de livres à marraine, afin qu’elle eût le plaisir de la lui remettre elle-même. J’essayais de me composer un visage. Devais-je sourire ? Regarder ailleurs ? Rapprocher les sourcils et paraître fâchée ? Comme je cherchais à me décider, Jean me donna lui-même l’exemple de ce que je devais faire. Il s’avança, impassible, sourit discrètement à sa mère et s’en retourna, comme s’il ne m’avait pas vue. Gonzague arrivait troisième et lui me sourit franchement.

Le plus fort de l’intérêt était maintenant passé pour moi, quoiqu’il restât encore les prix spéciaux. À chaque nouvel énoncé, mon cœur battait la charge : serait-ce pour Gonzague ? Pour Jean ? Je n’ai pas conservé le programme et ne me rappelle plus l’ordre, mais je sais qu’en dernier lieu, les finissants vinrent se ranger sur le théâtre et l’un d’eux, se détachant de leur demi-cercle, commença le discours d’adieu. Ils avaient du chagrin, les pauvres finissants de quitter leur collège, après huit ou dix ans de fréquentation assidue et le jeune orateur citait le poète :

Objets inanimés, avez-vous donc une âme,
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?

Combien je sympathisais avec eux ! Le supérieur du collège, un vénérable prêtre à cheveux blancs, se leva de son siège d’honneur et se tournant tantôt vers eux, tantôt vers le public, répondit en termes émus à ces grands enfants qui parlaient de le quitter.

Dehors, la rue était encombrée, quand nous sortîmes et le soleil nous éblouit. Ni Gonzague ni Jean ne se présentant, après quelques minutes d’attente, nous nous rendîmes seules à la maison où Camille nous attendait. Tante nous garda à dîner, mon frère et moi et après dîner, Jean me fit voir ses prix, un à un. Qu’il était grand, mon cousin ! C’était sot, mais voici qu’il m’intimidait pour tout de bon. Aussi, nous ne nous voyions pas assez souvent. Malgré tout, je trouvai moyen de lui demander s’il m’avait reconnue à la Salle académique ?

— Je t’avais vue en entrant, répondit-il, laconique.

Puis, comme nous nous trouvions seuls, un peu plus tard, il voulut savoir si je passais mes vacances à Boston ? Je n’en savais rien du tout.

— Si tu vas à Boston, dit-il, avertis-moi et je t’écrirai encore.

Alors, comme un silence embarrassant menaçait de suivre, je questionnai, faute de mieux :

— Est-ce que cela me va bien, les cheveux relevés ?

— Oui, répondit-il, aussi bref que tout à l’heure, et sans me regarder, tu as maintenant l’air d’une jeune fille. C’est mieux.

Après être retournée au couvent, faire mes adieux aux religieuses, je prenais avec mon frère, le dernier train pour Montréal.