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Monographie du château de Salses/Introduction

La bibliothèque libre.
Ch. Tanera éditeur (p. Intro).


INTRODUCTION.



En commençant son Essai sur l’architecture militaire au moyen âge, M. Viollet-Leduc s’exprime ainsi :

« Écrire une histoire générale de la fortification depuis l’antiquité jusqu'à nos jours est un des beaux sujets livrés aux recherches des archéologues, et nous ne devons pas désespérer de le voir entreprendre ; mais on doit convenir qu’un pareil sujet exigerait des connaissances très variées, car il faudrait réunir à la science de l’historien la pratique de l’art de l’architecte et de l’ingénieur militaire. Pour qu’un ouvrage de la nature de celui que nous espérons voir entreprendre fût complet, il faudrait qu’il fût fait par un homme à la fois versé dans l’art moderne de la défense des places, architecte et archéologue… Une pareille étude ne pourrait manquer d’avoir un grand intérêt, peut-être même un résultat utile et pratique, car il y a toujours quelque chose à gagner à connaître les efforts tentés par ceux qui nous ont précédés dans la voie, à suivre la marche du travail de l’homme depuis ses premiers et informes essais jusqu’aux plus remarquables développements de son intelligence et de son génie. »

Ces quelques lignes nous avaient frappé à la première lecture ; nous n’avions ni la force ni la capacité nécessaires pour tenter l’entreprise dont parle M. Viollet-Leduc ; mais nous nous sommes dit que, si des travaux partiels existaient sur les fortifications exécutées à différentes époques, surtout à celles de transition, parce qu’on y voit l’esprit humain luttant contre de nouvelles difficultés, leur réunion rendrait ensuite plus facile le travail général. Quelle magnifique série de documents ne réunirait-on pas, si l’on s’occupait en France de recueillir ces vieux restes du passé, souvent si intéressants et qui vont diminuant chaque jour sous la main du temps ou par celle des hommes ! Nul n’est plus à même de les dessiner et de les décrire que l’ingénieur militaire, qui retrouvera dans ces constructions la trace des anciens moyens défensifs et les comparera avec les modes d’attaque alors en usage. Une étude historique accompagnerait les dessins et descriptions, de sorte que ces différents mémoires auraient, en outre, l’avantage de donner sur l’histoire particulière du pays des renseignements qui, enfouis dans les bibliothèques privées ou dans les archives militaires, sont perdus trop souvent pour l’historien. Le travail aurait encore plus de valeur à nos yeux, si l’on pouvait joindre à une exacte description une appréciation critique des moyens de défense, eu égard à l’époque de leur construction.

C’est ce programme que nous avons essayé de remplir dans l’étude qui va suivre. Sans la juger digne de servir de modèle à des études semblables, nous serions heureux cependant si nous pouvions nous flatter d’avoir des imitateurs dont les travaux fourniraient la base du monument à élever en l’honneur de l’architecture militaire, et sauveraient de l’oubli les vieux débris de nos luttes nationales ou intestines.