Monographie ou Histoire Naturelle du Genre Groseillier/Chapitre II

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CHAPITRE II.

DESCRIPTION DES ESPÈCES ET VARIÉTÉS DE GROSEILLIER.


PREMIÈRE DIVISION.

GROSEILLIERS SANS ÉPINES, À FLEURS ET À FRUITS EN GRAPPES.


1. GROSEILLIER ROUGE OU DES JARDINS.
RIBES RUBRUM.
Fig. 2.

R. inerme, racemis glabris pendulis, floribus planiusculis.

Linn. Spec. 290. D. C. Flore fr. 4. 5642. Englich. Bot. tab. 1289. Willd. Spec. 1153. Lois. Fl. gall. 139. Le Groseillier rouge, Bosc. Nouv. Cours, 2e édit. vol. vii. 546. Groseillier à grappes, Poit. et Turp. Arb. fruit. tab. 23.

α. Macrocarpa baccis duplo-majoribus.

β. Baccis roseis. Poit. et Turp. Arb. fruit, p. 222.

γ. Baccis albidis. Poit. et Turp. ibid. tab. 221.

δ. Baccis margaritis similis.

ε. Foliis variegatis.

ζ. Albinervium.

η. Floribus spicatis.

ϑ. Rufescens.

Cet arbrisseau, droit, très rameux, s’élève à la hauteur de quatre à six pieds ; son écorce est brune, cendrée, et recouverte d’un épiderme qui se fendille dans la longueur des branches. Les rameaux sont glabres et pendans. Les feuilles, vertes en dessus, plus pâles et à nervures saillantes en dessous, un peu ridées, palmées à trois ou cinq lobes, sont supportées par un pétiole long souvent de plus de deux pouces, creusé à l’intérieur, et muni à la base de quelques petits poils très fins.

Les fleurs sont disposées sur des grappes latérales, solitaires ou nombreuses. Elles sont d’un vert sale ou un peu jaunâtre, très évasées, planes et alternes. Elles sont portées sur de petits pédicelles courts, munis de bractées, lesquels sont eux-mêmes attachés à un pédoncule commun, long souvent de deux à quatre pouces. Les pétales sont extrêmement petits, quelquefois entiers, plus souvent échancrés à leur sommet. Les baies sont petites, lisses, hémisphériques, d’un beau rouge, et d’une saveur excellente, quoiqu’un peu acide, quand les fruits sont mûrs.

OBSERVATIONS.

Ce Groseillier se trouve sauvage dans les vallées des montagnes de la Suisse méridionale, sur les Basses-Alpes, et dans d’autres parties de l’Europe. On le rencontre communément aux environs de Paris, dans les bois à Saint-Cloud, Meudon, Montmorency, aux environs du Château de la chasse, etc. C’est là qu’on trouve le type de l’espèce. Il y est plus petit dans toutes ses parties, et les baies sont très acides.

Les feuilles se montrent dès la fin de février, et les fleurs se développent presque en même temps, On nomme communément ce Groseillier, Groseillier rouge, Groseillier commun, raisin de mars, Groseillier des jardins ; on nomme aussi ses fruits des Ribettes, des Castilles ; en patois toulousain, des Coulindrons. Dans le département du Lot, raisin de Coulindre, etc.

Le Groseillier rouge des jardins a donné les variétés que nous allons décrire sommairement.


α. GROSEILLIER À GROS FRUITS ROUGES.
Ribes rubrum, varietas macrocarpa.
Fig 2.

R. baccis duplo-majoribus.

Cet arbrisseau donne des groseilles souvent aussi grosses que les grains du petit raisin. Madame Adanson dit que pour obtenir ce résultat, il suffit de supprimer les dernières fleurs de la grappe. Nous croyons que les curieux doivent aussi, pour avoir le fruit dans toute sa beauté, retrancher quelques grappes, lorsque les baies commencent à nouer.


β. GROSEILLIER À FRUITS ROSES.
Ribes rubrum, varietas baccis roseis.

Cette variété n’est pas commune. Elle est cependant connue des botanistes. On la cultive dans les jardins de M. le comte Dubois, à Ivry, et dans ceux de M. Michaux (l’auteur des Chênes d’Amérique), à Vauxréal, près Pontoise, et dans plusieurs jardins de curieux. Le fruit a tout le goût et la saveur de l’espèce. Les grains sont petits et d’une jolie couleur rose.


γ. GROSEILLIER À FRUITS BLANCS.
Ribes, varietas baccis albidis.
Fig. 3.

Groseillier à grappes, fruit blanc. Poit, et Turp. Arb. fruit. tab. 221.

Les branches de cet arbrisseau sont divergentes, et les feuilles, grandes, blanchâtres ou d’un vert clair, sont portées sur de longs pétioles. Ses fleurs sont disposées en grappes pendantes. Ses baies sont transparentes et blanchâtres. Leur saveur est plus douce que celle des baies du Groseillier rouge. On le cultive dans tous les jardins. Les nervures principales et les nervures confuses, sur les feuilles de ce Groseillier, sont souvent blanchâtres.


δ. GROSEILLIER À FRUITS PERLÉS.
Ribes, varietas baccis margaritis similis.

C’est une sous-variété du précédent. Ses baies sont également transparentes et luisantes comme des perles ; elles sont en général plus petites, mais elles n’ont presque pas d’acide. On trouve l’arbrisseau dans les jardins confondu avec le Groseillier à fruits blancs. On la connaissait du temps de Bauhin, qui l’a mentionnée dans son Historia plantarum, vol. Ier, pag. 98.


ε. GROSEILLIER À FEUILLES PANACHÉES.
Ribes, varietas foliis variegatis.

Les feuilles de ce Groseillier se panachent de jaune et de vert plus foncé que celui du limbe de la feuille. Nous avons vu des Groseilliers à baies rouges et à baies blanches ainsi panachés. Mais c’est un accident qui, souvent, ne se renouvelle pas d’une année à l’autre ; on peut dire aussi qu’il naît et disparaît dans la même année. Cet accident se rencontre souvent, à l’automne, sur le rosier des Alpes.


ζ. GROSEILLIER À NERVURES BLANCHES.
Ribes, varietas albinerviis.

Ce Groseillier (foliis abbreviatis acutè lobatis glabriusculis, nervis albidis, Persoon, 251), que Michaux a rapporté du Canada, est encore une variété de notre espèce à baies glabres et rouges. Persoon a fait une espèce de cette variété, fondée sur les nervures blanches des feuilles ; ùais cet accident est fréquent, il se rencontre surtout à l’automne, sur une grande partie des feuilles des Groseilliers sans épines.


η. GROSEILLIER À FLEURS EN ÉPI.
Ribes, varietas floribus spicatis.

La variété η a été présentée par Smith et autres auteurs comme une espèce, mais ce n’est que le Ribes rubrum dont les grappes fleuries sont à peu près disposées en épi, comme dans le Groseillier des Alpes ; elles prennent la direction de toutes les autres lorsqu’elles sont chargées de leurs grains, qui sont rouges comme ceux du Ribes rubriun. Cette variété, qu’on trouve dans les forêts du nord de l’Angleterre, est figurée dans les Transactions de la Société Linnéenne de Londres, vol. III, pag. 140, et décrite par M. Robson.


ϑ. GROSEILLIER À FRUITS ROUX.
Ribes rtifescens.
Fig. 4.

R. inermis, foliis erectis, acuminato-lobatis, glabris, racemis floriferis suberectis, fructiferis pendulis. Flores viridulæ ; bracteæ minimæ, vix pedicellum superantes. Fructus subrufus. Thy.

C’est un arbrisseau qui s’élève à la hauteur d’environ trois pieds. Ses feuilles, un peu plus petites que celles du Groseillier rouge, sont d’un vert clair en dessus, plus pâles en dessous. Elles sont glabres et portées sur un pétiole allongé. Les grappes florifères sont presque droites, mais elles deviennent pendantes quand elles sont chargées de leurs grains. Les fleurs sont vertes, portées par des pédicelles munis à leur base de deux petites bractées colorées, à peine plus longues que le pédicelle. Les baies mures sont petites, lisses, de couleur rousse, et comme vernissées.

OBSERVATIONS.

Ce Groseillier se trouve dans les haies et les jardins, à Croissy près Paris. Il est cultivé dans la campagne, et les habitans en font un commerce assez étendu. Les confiseurs de Paris préfèrent son fruit à celui des autres Groseilliers, parce qu’il est moins acerbe et plus propre à faire des gelées. On appelle communément, dans les marchés, cette groseille, la petite Rousse de Croissy. Elle ne diffère de la variété à fruit blanc, que par sa stature, qui est plus petite, ses feuilles beaucoup moins grandes, et la couleur de ses baies.

Cet arbrisseau ne diffère du R. rubrum que par ses feuilles plus petites, ses grappes presque droites et ses baies de couleur rousse, petites et vernissées.


2. GROSEILLIER DE ROCHE.
RIBES PETRÆUM.

R. inerme, racemis pilosiusculis erectis, floribus planiusculis, foliis acuminato-lobatis, inciso-dentatis, caule erecto. Willd. Spec. 2. 1153.

R. Petræum, L. Spec. Plant. Desf., Hist. Arb. 87. n° 2. Englich. Bot. tab. 705.

Groseillier de roche, D. C. Nouv. Fl. franç. 4. 3643.

Cet arbrisseau s’élève à trois pieds ou un peu moins. Ses tiges sont grises et comme fendillées. Les rameaux florifères, un peu velus, sont droits, peu rameux. Les feuilles, peu échancrées à leur base, sont assez grandes, à trois lobes, d’un vert foncé et noirâtre en dessus, plus pâle en dessous.

Le pétiole qui les supporte, chargé de poils assez longs, est un peu plus court que celui des feuilles du Groseillier rouge.

Les fleurs sont d’un rouge brun, et forment de petites grappes, droites pendant la floraison, et un peu penchées à l’époque de la maturité de ses baies, qui sont de couleur rouge.

OBSERVATIONS.

On trouve ce Groseillier dans les forêts de la Silésie et de la Bohême. Nous l’avons observé au mont d’Or et dans les haies aux environs de Clermont, en Auvergne ; on le trouve aussi dans les Alpes, dans les Pyrénées et ailleurs.

Il n’est cultivé que dans les jardins botaniques et ceux des curieux. Jacquin en a donné une bonne figure dans ses Ie. 1, Tab. 49.

Le fruit n’est pas bon ; sa saveur est acerbe.

On l’appelle indifféremment le Groseillier de roche ou des rochers. « On cultive beaucoup ce Groseillier dans le département du Pas-de-Calais, où on le nomme le Groseillier-Corinthe, à cause de ses petits fruits, de leur goût vineux et de l’emploi qu’on en fait dans les puddings, où ils remplacent, quoique imparfaitement, le raisin de Corinthe. » Dum. de Cour. vol. V, p. 305.


3. GROSEILLIER À TIGES TOMBANTES.
RIBES PROCUMBENS.

R. inerme, racemis crectis, floribus planiusculis, foliis obtusè lobatis, caule procumbente. Willd. Spec. 1154, n°3. Persoon, Syn. 251 n° 6.

R. polycarpos grossulariæ fructu. Ruth. Germ. 197.

Les tiges de cet arbrisseau sont étalées sur la terre. Leurs rameaux divergens sont pendans et disposés sans ordre. Les grappes sont munies de fleurs nombreuses un peu aplaties. Les feuilles sont à cinq lobes presque obtus ; elles sont portées sur un pétiole allongé, et nous ont paru avoir quelque rapport avec celles de notre ribes rubrum. Les baies manquaient sur l’exemplaire sec de ce Groseillier qui nous a été communiqué. Ce Groseillier se trouve dans les lieux ombragés et couverts de mousse, dans les provinces septentrionales de la Russie. (Davurle.)

OBSERVATIONS.

C’est à Pallas que nous devons la découverte de cet arbrisseau. Il en a donné la description et la figure dans sa Flora rossica, p. 35, t. 65.

Selon lui, les grappes florifères sont droites, et elles deviennent pendantes à la maturité des grains.

Quelques botanistes ont cru que cet arbrisseau n’était qu’une variété du R. rubrum. Mais la différence du port des deux individus les distingue suffisamment.


4. . GROSEILLIER COUCHÉ.
RIBES PROSTRATUM.

R. inerme, ramis reclinato-prostratis, racemis subcrectis, baccis hispidis. Lam. Ency. 3. p. 48. L’Her. Sterp. 1. Tab. 2. Pérsoon, Syn. p. 251. n° 7.

R. glandulosum, inerme, racemis erectis, piloso-glandulosis, floribus planiusculis, foliis acuminato-lobatis, dentatis ; caule adscendente, radicante. Willd. Spec. 1154. Aiton, Kew. p. 279.

Petit arbrisseau dont les rameaux, bas et tombans, sont parfois couchés jusqu’à terre, et assez longs pour y prendre racine. Ses feuilles, grandes, un peu ridées, d’un vert clair en dessus, plus pâles et velues en dessous, sont divisées en cinq lobes découpés inégalement dans leur contour, et chaque découpure est munie d’une petite pointe ; elles sont portées par de longs pétioles légèrement cilicés à leur base. De petits bourgeons donnent naissance à de très longues grappes de fleurs purpurines attachées à de courts pédicelles munis de bractées ; les pétales sont tellement rapprochés, qu’ils donnent à ces fleurs l’aspect de petites cloches. Le pédoncule commun, les pédicelles, les divisions du limbe et l’ovaire sont couverts de poils surmontés d’une petite glande verdâtre. Les baies sont globuleuses, d’un rouge clair, et hérissées de petites pointes.

OBSERVATIONS.

On cultive ce Groseillier au Jardin du Roi. C’est le seul, parmi les Groseilliers sans épines, qui présente des fruits hérissés. Sa patrie est l’île de Terre-Neuve. Ses baies sont très acides. Persoon dit que les feuilles de ce Groseillier sont en cœur à leur base, et qu’on le trouve au Chili dans les collines des bois. Voyez cet auteur, l. c.


5. GROSEILLIER DES ALPES.
RIBES ALPINUM.
Fig. 24.

R. inerme, racemis erectis ; bracteis flore longioribus. L. Spec. Plant. 291. Leers, Fl. herb. p. 66. n°71. Willd}. Species. R. Persoon, Synop. n° 8. Fl. Danica, Tab. 968. Jacq. Austriaca, T. 47. D. C. Fl. fr. 3644.

R. Alpinus dulcis. J. B. Hist. 2. p. 98.

R. Dioicum. Moench. Meth. 683.

On cultive cet arbrisseau au Jardin du Roi, où la plupart des individus sont stériles. Ses tiges sont hautes de six à sept pieds, très rameuses et blanchâtres. Ses feuilles, les plus petites de toutes celles des espèces sans épines, sont solitaires sur les branches de l’année, fasciculées sur le vieux bois. Elles sont petites, portées sur un pétiole assez long, glabres, à trois lobes incisés, vertes et luisantes en dessus, plus pâles en dessous. Les fleurs, comme aplaties, sont disposées en petites grappes verdâtres, herbacées, redressées, et les pédicelles qui les supportent sont munis de deux bractées aussi longues, et souvent plus longues que les fleurs, qui sont presque toujours dioïques. Les baies sont d’un rouge pâle, peu nombreuses et presque sans saveur. Leers dit que les pétales sont jaunes dans l’individu mâle, et d’un rouge vif dans l’individu femelle, ce que nous n’avons jamais remarqué.

OBSERVATIONS.

On trouve cet arbrisseau dans les haies des pays montagneux, dans les Cévennes, les Pyrénées, l’Auvergne et ailleurs. Il produit assez d’effet dans les bosquets des jardins paysagers ; il orne les fabriques, et se plaît aux expositions du nord où les autres arbrisseaux existent à peine. On le reconnaît facilement, non seulement à ses tiges élevées, mais à ses feuilles beaucoup plus petites que celles des autres Groseilliers. On le multiplie par les mêmes procédés que ceux indiqués pour les autres espèces de ce genre. Nous avons souvent trouvé les grains sans pépins sur des grappes entières. Il fleurit en avril et mai. Ses fruits sont mûrs en juillet.

Ce Groseillier, dit M. de Lamarck, est hermaphrodite dioïque, c’est-à-dire que certains individus de cette espèce sont constamment stériles quoique fleurissant abondamment (on peut les nommer hermaphrodites mâles, puisque leurs pistils avortent), tandis que d’autres sont fertiles, et pourront être regardés comme hermaphrodites femelles, si leur fertilité dépend du voisinage d’un hermaphrodite mâle, leurs propres étamines étant infécondes.

Il croît spontanément dans l’Alsace, la Provence, en Angleterre, dans la Suisse, etc., et encore dans la Suède et la Sibérie, parmi les haies.

Ses baies sont assez douces, mais sans saveur.


6. GROSEILLIER ODORANT.
RIBES FRAGRANS.

R. inerme, racemis erectis, corollis campanulatis, foliis obtusè trilobis, caule ascendante. Willd. Sp. 1155. R. fragrans, inerme, surculis ramosis erectis, foliis subquinquangulo-trilobatis, racemis fructiferis erectis. Pallas, Nov. Act. acad. Petrop. 10, p. 377. T. 9.

Arbrisseau sans épines, haut de six pieds, d’un port agréable, à rameaux dirigés d’abord horizontalement, et reprenant ensuite la direction verticale, couverts d’une écorce écailleuse qui exsude une lésine très jaune et très suave. Ses feuilles, alternes, verticales, portées sur un pétiole très allongé, sont dures au toucher, à trois ou cinq lobes un peu dentés, glauques, munies d’un assez grand nombre de veines confuses en dessous, vertes à la surface supérieure ; ces mêmes veines sont couvertes, en dessous, de glandes qui exsudent également une résine d’une odeur analogue à celle de la mélisse.

Les fleurs sont petites, blanches, très odorantes, campanulées, disposées en petites grappes courtes, rapprochées, droites, à bractées caduques. Le fruit a la forme, la grosseur et la couleur de notre Groseillier rouge. Pallas le dit excellent.

OBSERVATIONS.

Ce Groseillier a été observé par Pallas, et figuré dans les Actes de l’Académie de Saint-Pétersbourg, id., p. 377, Tab. 9. Il croît sur les plus hautes montagnes de la Sibérie. Nous l’avons vu sec dans l’herbier de M. Hédoin.


7. GROSEILLIER OBSCUR.
RIBES TRISTE.

R. inerme, racemis pendulis ; corollis planiusculis ; foliis quinque lobis. Willd. Spec. 1155, n° 7. Persoon, Syn. 1, 251, n° 10.

R. (triste) inerme, surculis simplissimis virgatis superiùs foliiferis, racemiferisque ; racemis pendulis. Pall. Nov. act. Petrop. 10. p. 578.

C’est Pallas qui nous a fait connaître ce Groseillier, que je n’ai vu ni vivant ni desséché. Je présenterai donc ici la description qu’en a fournie ce savant voyageur ; je ne la place dans cette monographie que comme renseignement.

C’est un arbrisseau qui croît sur les plus hautes montagnes de la Sibérie.

Du collet de sa racine sortent, en rampant, plusieurs rameaux simples et très effilés, qui se redressent à la hauteur de deux à trois pieds. Les feuilles naissent à l’extrémité de ces surgeons, sur lesquels elles sont rares, et en tout pareilles à celles du R. rubrum de nos jardins. Les rameaux produisent des grappes pendantes et des fleurs portées par des pédicelles glabres. Les cinq pétales de la corolle sont renversés, aplatis, rouges à l’extérieur, et jaunes intérieurement. Les baies sont petites, noires, et insipides. On en retire par expression un suc d’un pourpre noirâtre, dont les gens du pays se servent pour donner de la couleur à leurs vins.


8. GROSEILLIER NOIR, CASSIS.
RIBES NIGRUM.
Fig. 5.

R. inerme, folüs subtùs punctatis ; racemis Iaxis ; floribus campanulatis, bracteis pedicellis brevioribus. Lam. Ency. p. 295. Willd. Spec. 1156. n° 8.

R. inerme, racemis pilosis, floribus oblongis. Œder, Fl. Dan. Tab. 556. Blactvelle, Tab. 285. Halle, Helv. 819. Dalibart, Paris. 74. Baich. Hist. 2. Bauh. Pinax, 455. Dod. Pempt. 749. D. C. FI. franç, éd. 3, 3645. Loiseleur, Fr. gallica, 1, 159.

R. olidum. Moench. Meth. 683. Cassis. Poit, et Turp. Arb. fruit. Tab. 2.

Arbrisseau qui s’élève de trois à six pieds. Ses tiges sont brunes et fendillées comme celles des précédens. Ses feuilles, glabres, vertes en dessus, plus pâles en dessous, sont grandes, larges de près de trois pouces, à cinq lobes, dont les découpures sont munies de dents presque aiguës ; elles sont couvertes en dessous de poils entremêlés de glandes jaunâtres et résineuses. Les calices sont un peu rougeâtres sur les bords, et les divisions sont réfléchies. La fleur est verdâtre, à cinq pétales obtus ; et les bractées, qui se trouvent à la base des pédicelles, sont très courtes. Les baies sont noires, globuleuses, pendantes, et tachetées, comme les feuilles, de petits points jaunes glanduleux : elles ont une odeur particulière.

OBSERVATIONS.

Cet arbrisseau est cultivé de temps immémorial dans nos jardins, sous le nom de cassis ou de cassier. Son fruit, comme toutes les parties de l’arbrisseau, répand une odeur forte que quelques personnes trouvent agréable. Cependant Haller dit, en parlant de ce prétendu parfum, in totâ plantâ odor urinæ felinæ. (Fl. Helvet., 1, p. 136.)

Les jardiniers, du temps de Bauhin, appelaient ce Groseillier poivrier, à cause de la couleur noire de ses baies, qu’ils comparaient à celle des grains du poivre noir. Ils lui trouvaient même un peu de sa saveur. Ses feuilles servaient autrefois d’assaisonnement ; et selon C. Gesner, dans certains pays, les baies passaient pour vénéneuses.

On compose avec ses fruits un très bon ratafia, qu’on nomme vulgairement le ratafia de cassis. On le débite encore aujourd’hui dans une petite échoppe près du pont de Neuilly.

On doit se garder de confondre les fruits du Ribes nigrum avec ceux du Ribes triste, qui sont noirs, insipides, et donnent un jus très rouge qui, ainsi que nous l’avons dit, sert dans la Sibérie, et les lieux où il croît, à la teinture des vins.

Selon Leers, il croît spontanément dans le terreau qui se forme dans les troncs d’arbres abandonnés dans les forêts. On le trouve, en France, dans les bois et les vallées des montagnes, en Auvergne, au mont Cénis, dans le Piémont, la Suède, la Suisse, l’Allemagne, la Sibérie, et sans doute dans d’autres lieux encore.


9. GROSEILLIER DE PENSYLVANIE.
RIBES PENSYLVANICUM.
Fig. 22.

R. inerme, foliis utrinque punctatis ; floribus ramosis subcylindricis ; bracteis pedicellis longioribus. Lamarck, Dict. 3, p. 47.

R. floridum inerme, foliis utrinque punctatis, racemis pendulis, floribus cylindricis, bracteis germine longioribus. Willd. Spec. 1156. n° 9. Persoon, Syn. p. 251. n° 17.

R. inerme, racemis pendulis, floribus cylindricis, bracteis flore vix brevioribus. Kher. Stirp. nov. 1. p. 4. Willd. ar. 269.

R. Americanum nigrum. Moench. Weisensth. 104, T. 7. Dill. Elth. 324, T. 244, f. 315.

Cet arbrisseau est cultivé au Jardin du Roi. Il est droit ; ses rameaux sont épars et s’élèvent à deux ou trois pieds. Ses feuilles, lobées, à lobes inégalement découpés, et légèrement velus en leur bord, sont glabres, vertes en dessus, plus pâles en dessous. Le pétiole qui les supporte est muni dans la jeunesse de poils très fins qui disparaissent lorsqu’il grandit. Les grappes sont droites, solitaires, latérales, fort lâches et parfois longues de près de trois pouces. Le pédoncule commun est muni de petits pédicelles, à chacun desquels est attachée une fleur d’un blanc presque jaune. Les bractées sont étroites et plus longues que ce pédicelle. Les pétales sont plus longs que les étamines. Le style est terminé par deux stygmates. Les baies qui succèdent aux fleurs sont un peu ovoïdes-allongées et noires.

OBSERVATIONS.

Les grains résineux et jaunes qui recouvrent les feuilles de cet arbrisseau, le font rentrer dans l’espèce précédente, dont, au premier coup d’œil, il paraîtrait n’être qu’une variété. Mais on distinguera toujours le Groseillier de Pensylvanie à ses feuilles inodores, et aux longues bractées qui accompagnent les fleurs.

Il a été rapporté de la Pensylvanie par Michaux.

Ne doit-on pas considérer comme une simple variété de ce Groseillier le R. recurvatum de Persoon, p. 251, n° 15, lequel se trouve décrit dans la Flore de Michaux, 1, p. 110. Ses feuilles, un peu plus larges que celles de l’espèce, sont couvertes de points glanduleux. Les baies sont noires. Il a été rapporté de la baie de Hudson.


10. GROSEILLIER DORÉ.
RIBES AUREUM.

R. racemis abbreviatis ; bractcis pedicellos superantibus ; calycibus tubulosis ; petalis dentatis ; foliis trilobis, obtusis, parcè dentatis, villosiusculis, basi attenuatis. Spreng. Sp. pl. 1. p. 811.

Arbrisseau formant une touffe de rameaux simples, droits, roides, hauts de quatre à six pieds. Feuilles trilobées à lobes incisés, luisantes des deux côtés, plus vertes en dessus.

Fleurs tubuleuses, d’un beau jaune, à pétales petits, rapprochés par le haut, pourpres, disposées en petites grappes pendantes, munies de bractées foliacées, plus longues que les pédicelles.

Les fruits sont jaunâtres, petits, globuleux, d’une saveur fade, et toujours peu nombreux.

Ce Groseillier, originaire de l’Amérique septentrionale, est cultivé depuis long-temps pour l’ornement des jardins paysagers. On le voit au Jardin du Roi et ailleurs.


11. GROSEILLIER À FEUILLES PALMÉES.
RIBES PALMATUM.

R. racemis elongatis, cernuis ; pedunculis villosis ; bracteis foliaceis, pedicellos superantibus ; calycibus tubulosis ; pctalis integris ; foliis trifido-palmatis, lobis incisis, utrinque glabris. Hort. Par.

Cette espèce est la plus agréable de tous les Groseilliers, par son port, par l’élégance de ses feuilles, par la grandeur et la bonne odeur de ses fleurs. Elle a été introduite dans les jardins vers 1820, et quelques personnes la confondent avec le Groseillier doré, dont elle diffère cependant beaucoup. Elle forme un buisson plus élevé ; ses rameaux sont plus gros et moins roides ; ses feuilles sont palmées, plus grandes, plus découpées, et leur pétiole est légèrement soyeux ; ses grappes sont plus longues, inclinées ou pendantes ; le pédoncule commun est velu ; les fleurs sont jaunes, longues de huit ou dix lignes, à pétales courts, entiers, d’un beau rouge, et répandent une odeur très suave. Les bractées sont foliacées et plus longues que les pédicelles.

Les fruits sont noirs, allongés en ovale, de la grosseur et de la saveur de ceux du cassis.

Ce Groseillier est un des plus beaux ornemens des jardins paysagers, au printemps, par l’abondance, la grandeur et la bonne odeur de ses fleurs jaunes.


12. GROSEILLIER VISQUEUX.
RIBES VISCOSUM.

R. inerme, racemis brevibus, fol. cordatis 5-lobis, serratis, asperis, viscosis. Flor. peruv. 3, p. 103. Hab. in Peruviæ præruptis. Calyx flavus. Bacca dilutè purpurca.

Dum. de Courcel, vol. V, p. 304.

Cette espèce forme un arbrisseau d’environ deux pieds, en buisson très rameux. Tiges droites, dont l’écorce est cendré-jaunâtre sur les jeunes pousses, qui sont chargées, ainsi que la surface des feuilles, de poils glanduleux et visqueux. Feuilles cordiformes à la base, trilobées, à lobes égaux régulièrement dentés, velues et d’un assez beau vert. Fleurs jaunâtres, en grappes courtes. Lorsqu’on touche les jeunes feuilles, elles collent aux doigts, et répandent une odeur résineuse qui a quelque rapport avec celle du cassis, mais qui est moins désagréable. Baies d’un pourpre léger. Dum. de Cour. l. c.


13. GROSEILLIER À SÉPALES TRIFIDES.
RIBES TRIFIDUM.

R. inerme, foliis glabriusculis ; racemis pendentibus ; floribus parvis, petalis spathulatis ; baccis hirsutis ; calycibus laciniatis subtrifidis. Mich. Fl. p. 110. Pers. Syn. p. 251.

Arbrisseau dont les feuilles sont à peu près glabres et les rameaux pubescens. Les fleurs sont petites (rouges selon Persoon). Les divisions du calice sont trifides et les pétales spatules. Les baies sont velues.

OBSERVATIONS.

J’ai vu ce Groseillier desséché ; et la description qu’en a donnée Michaux paraît incomplète, car il n’a parlé ni de la dimension de l’arbrisseau, ni de la couleur de ses baies, etc. Il croît aux environs de Quebec et à la baie de Hudson, d’où il l’a rapporté.


Groseilliers à tiges sans épines, peu connus.
14. GROSEILLIER À TIGES ROIDES.

Ribes rigens, inerme, racem. erectis, fol. reticulato-rugosis, subtùs pubescentibus, racemis (etiam fructiferis) rigescente-erectis, bac. hispidulis. Michaux, l. c. Hab. in Canadâ, ad amnem Mistassin.

Dans cette espèce les rameaux sont érigés, et les grappes florifères, droites, conservent la même direction lorsqu’elles sont chargées de leur fruit.


15. GROSEILLIER À FEUILLES DE VIGNE.

Ribes macrobotrys, inerme, racemis longissimis pendulis hirsutis, fol. cordatis lobatis inciso-serratis, petiolis basi ciliatis. FI. peruv. 3, p. 12, T. 202. Hab. in Peruviæ, Andium nemoribus. Fol. vitis vinifaræ habitu. Bacca hirsuta viridis.

Cette espèce est remarquable en ce que ses feuilles ressemblent à celles de la vigne. Elle croît au Pérou, dans les forêts.


16. GROSEILLIER À FEUILLES BLANCHES.

Ribes albifolium, inerme, racemis folio duplo longioribus, pendulis ; foliis subcordatis trilobis inciso-serratis, petiolis ciliatis. Flor. peruv. l. c. f. b. Hab. in nemoribus Munna locis frigidis. Flor. purpurascentes.

Celui-ci vient encore au Pérou. Ses feuilles sont blanchâtres. C’est à peu près le seul caractère dont on s’est servi pour le séparer des autres.


17. G. À FEUILLES PONCTUÉES.

Ribes punctatum, inerrne, racemis pendulis brevibus, fol. trilobis serratis subtùs punctatis. Flor. peruv. T. 253. f. a. In Chile collibus (collines du Chili). Bac. rubra, punctata.

Les baies de celui-ci, ainsi que ses feuilles trilobées et dentées, sont couvertes de glandes, comme dans le ribes nigrum ; mais ses fruits sont rouges. Sa patrie est le Pérou.

18. G. À FEUILLES CUNÉIFORMES.

Ribes cuneifolium, inerme, pedunc. 2-3-floris, foliis cuneiformibus incisis. Hab. in Peruv. alpib. Folia fasciculata. Bracteæ duæ ad basin singuli floris. Habitas Grossulariæ, fruct. magni. Flor. peruv. l. c.

Ce Groseillier n’est remarquable que par ses feuilles terminées en forme de coin ; elles sont réunies en faisceau. Il croît au Pérou. Ses fruits sont gros, et il a le port d’un Groseillier épineux.

DEUXIÈME DIVISION.

GROSEILLIERS ÉPINEUX À GRAPPES CHARGÉES DE BEAUCOUP DE FLEURS ET DE FRUIT.


19. GROSEILLIER À DEUX ÉPINES.
RIBES DIACANTHA.

R. foliis incisis, aculeis geminis ad gemmas. L. Supp. p. 157.

R. axillis bispinosis, racemis erectis, foliis cuneiformibus incisis. Pall. Ross. 2, p. 36, Tab. 66. Idem, Itin. 3. App. n° 79, Tab. 2. fig. 2.

Grossularia Davurica, montana, uvæ crispæ foliis et fascie, fructu rubro in ramulis conglobatis, rubro minore subdulci. Ruth. Germ. 198.

Ce Groseillier a les feuilles et tout le port du ribes uva-crispa. Les rameaux et les ramuscules sont droits et blanchâtres. L’arbrisseau est presque aussi élevé que le Groseillier des Alpes. Ses feuilles, vertes en dessus, plus pâles en dessous, à trois lobes à peines incisés, terminées à leur base en forme de coin, sont supportées par un pétiole vertical et allongé. Les épines sont courtes, disposées au nombre de deux, quelquefois mais rarement, trois sous chaque faisceau de feuilles. Les grappes latérales sont droites et multiflores. Les fleurs sont petites, d’un vert jaunâtre. Les divisions du limbe sont indifféremment ovales ou oblongues. Les grappes dont nous avons parlé sont comme rapprochées en boules parmi les feuilles. Les bractées sont plus longues que les pédicelles. Ce Groseillier n’a jamais montré ses baies en France. Selon Ruth et Pallas elles sont petites, rougeâtres et presque sans acide.

OBSERVATIONS.

Cet arbrisseau lient le milieu entre les Groseilliers sans épines et les Groseilliers épineux. On le trouve sur les montagnes dans la Sibérie. Depuis long-temps on le cultive au Jardin du Roi, et dans celui d’Upsal. Il y fleurit tous les ans, mais il n’a pas encore donné de fruits.


20. GROSEILLIER DES PIERRES.
RIBES SAXATILE.

R. aculeis sparsis, foliis cuneiformibus obtusè trilobis, racemis erectis. W. Spec. 1157, n° 11.

R.. saxatilis, ramis sparsè spinosis ; racemis fructiferis erectis. Pallas, Nov. Act. acad. Petrop. 10, p. 376.

Arbrisseau presque droit, ayant le port du Groseillier épineux et les fruits du Groseillier sans épines. Les branches sont presque droites et munies d’épines solitaires, horizontales, roides et comme soyeuses sur le jeune bois, caduques sur les vieilles branches. Les feuilles sont portées sur un long pétiole, à trois lobes obtus alternativement incisés. Les grappes florifères et fructifères sont droites. Les Heurs sont soutenues par de petits pédicelles qui sont attachés à un pédoncule commun fort allongé, et munis de petites bractées linéaires et de la longueur du pédicelle. Les pétales, très petits, sont écartés et d’une couleur verte et livide. Les haies sont globuleuses, rouges à leur maturité, acides, et ressemblant assez aux baies du Groseillier rouge. (Traduit sur la Description de Pallas. Loc. cit.)

OBSERVATIONS.

Cet arbrisseau a été découvert par Pallas, sur les montagnes granitiques de la Sibérie. Il considère aussi cette espèce comme intermédiaire entre le R. alpina et le R. diacantha, à cause de ses fleurs disposées en grappes, comme dans le Ribes rubrum.

TROISIÈME DIVISION.

GROSEILLIERS ÉPINEUX À GRAPPES PORTANT PEU DE FLEURS ET DE FRUITS.


21. GROSEILLIER ÉPINEUX.
RIBES UVA CRISPA, vulgaris.
Fig. 20.

R. racemis aculeatis, baccis, glabris, pedicellis bractea monophylla, Œder, Dan. 546. Blachw. Tab. 277. Hoff. Germ. 81. W. Arb. 297. Lam. Dict. 3, p. 50. D. C. FI. fr. éd. 3, vol. 4, 3646. FI. Dan. T. 546. Duham. Arbr. editio nova. 3, Tab. 58. Uva Spina. Mathiol, p. 167. Uva Crispa, Fuchs, 187. Dodon. Pempt. 748. Petite verte ronde hérissée. Poit, et Turp. Arb. fruit. Tab. 164.

α. Ribes uva crispa, var. culta, Fig. 12.

β. R. grossularia.

γ. R. subalba.

δ. R. ovata.

ε. R. rosea.

ζ. R. carnea.

η. R. vittata.

θ. R. virescens.

ι. R. spinis rubris.

κ. R. violacca.

λ. R. succinca.

μ. R. subnigra.

ν. R. sanguinolenta.

ξ. R. discolor.

ο. R. longi-pedata.

Le Groseillier épineux, Fig. 20, regardé comme le type des variétés rapportées ci-dessus, est un arbrisseau touffu qui s’élève à la hauteur de deux à cinq pieds ; ses branches rameuses, comme ses épines, sont couvertes d’un épiderme blanchâtre. Les épines sont droites, roides, disposées par deux ou trois ensemble. Ses feuilles, un peu velues, sont petites, à trois ou cinq lobes arrondis, crénelés, incisés ; elles sont portées, sur les branches adultes, par des pétioles pendans : ces mêmes pétioles sont redressés sur les branches de l’année. Les fleurs, d’un blanc sale, naissent, solitaires ou par deux, de petits bourgeons insérés dans l’aisselle des pétioles ; elles sont attachées à un petit pédicelle muni d’une ou deux bractées, lequel est lui-même adhérent et comme soudé à un petit appendice, qui n’est autre chose qu’un pédoncule avorté, absolument semblable au pédoncule qui supporte les pédicelles des fleurs des Groseilliers à grappes. Ce pédoncule avorté est parfois très long. À ces fleurs succèdent une ou deux baies, rondes, verdâtres, couvertes, quand elles sont jeunes, de petits poils mous qui tombent à leur maturité. Les divisions du calice et le style sont persistans et couronnent les baies.

OBSERVATIONS.

Ce Groseillier croît partout dans les haies, et dans les vallées des montagnes. Linné a séparé cette espèce d’après les baies lisses, et d’après la considération des baies hérissées, ou presque épineuses. Mais on a reconnu que cette dernière circonstance n’est pas un caractère spécifique, et qu’elle se retrouve indifféremment sur le Ribes uva crispa et sur le Ribes grossularia.

On cultive le Groseillier épineux depuis plusieurs siècles, en Angleterre et en Écosse, où on a obtenu par la culture plus de trois cents variétés, remarquables par leur forme, leur couleur ou leur grosseur.

Nous avons vu vivantes dans notre jardin, ou dans ceux de quelques amateurs, les variétés que nous allons décrire, et dont nous donnons les figures exactes. Les fruits qui sont énumérés sans description dans les ouvrages d’horticulture, seront mentionnés à la suite ; nous n’avons pas eu occasion de les observer.


Variétés du Groseillier épineux.

Toutes ces variétés, quant au port, aux épines, aux fleurs, à leur disposition, sont semblables, à quelques modifications près, au Ribes uva crispa, dont nous avons traité. Il n’y a de différence que dans la forme, la couleur des feuilles, et dans la grosseur des fruits. Ainsi, nos descriptions seront courtes, et amont principalement ces organes pour objet.


α. GROSEILLIER À MAQUEREAU,
Ribes uva crispa, sativa.
Fig 12.

R. foliis latioribus subglabris, nitidulis, baccis nudis majoribus. Delam. Dict. p. 50. Grossudaria spinosa sativa. Bauh. Pin. 455. Tourn. 639. Black. Tab. 277.

Cet arbrisseau, très rameux, s’élève en buisson, dans les jardins, à la hauteur de trois à quatre pieds. Les feuilles sont un peu plus larges que dans l’espèce sauvage que nous venons de décrire. Les baies sont aussi plus grosses, de couleur verdâtre, lisses, et quelquefois chargées de poils.

C’est cette variété qu’on cultive depuis longtemps aux Prés Saint-Gervais et dans d’autres lieux aux environs de Paris, enfin dans tous les jardins.

C’est son fruit qu’on porte sur les marchés généralement avant sa maturité, et qui, à cette époque, peut tenir lieu de verjus pour assaisonnement des maquereaux, et aciduler les sauces.


β. GROSEILLIER À FRUIT LISSE,
Ribes grossularia.
Fig 21.

La différence la plus notable qui existe entre cette variété et l’espèce, consiste dans la présence de poils plus ou moins longs, plus ou moins rapprochés, qui recouvrent les baies ; encore en trouve-t-on de parfaitement lisses sur le même arbrisseau. Ses rameaux sont droits et très épineux. Linné l’a présenté comme une espèce, Sist. 3. pag 299 ; mais c’est évidemment une variété de l’uva crispa. Consultez Smith, Flora brit., 1, p. 266.

Cet arbrisseau habite les mêmes lieux que le précédent.


γ. G.BLANCHE LISSE,
Ribes uva crispa, subalba.
Fig 6.

R. baccis albidis subhemisphæricis, Thory. Poit. et Turp. Arb. fruit. Tab. 176.

Dans cette variété, les fleurs sont solitaires et d’un vert blanchâtre. Les rameaux sont armés d’épines roides. Les feuilles, vertes en dessus, plus pâles en dessous, sont supportées par un pétiole allongé. Elles sont plus souvent découpées à trois qu’à cinq lobes.

Le fruit, de forme ronde un peu allongée, est couronné au sommet par les divisions du calice, qui sont persistantes. Sa couleur est d’un blanc lavé de vert.

Le fruit de cette variété mûrit en juillet, et passe promptement. Sa saveur est un peu vineuse. Il est moins bon que celui des autres variétés.


δ. G. GROSSE VERTE LONGUE,
Ribes uva crispa, ovata.
Fig 7.

R. baccis elongato-ellipticis, atro virescentibus. Tfory. Poit. et Turp. Arb. fruit. Tab. 174.

Les branches, dans cette variété, sont d’une teinte un peu plus grisâtre que dans les précédentes. L’arbrisseau est muni de longues épines, noirâtres sur les tiges adultes, d’un vert gai sur les pousses de l’année. Ses feuilles sont à cinq lobes, vertes en dessus, plus pâles en dessous, portées sur un pétiole assez long. Les fleurs sont solitaires, supportées par un petit pédicelle muni de deux bractées persistantes, attaché à un court appendice ou pédoncule qui naît des bourgeons qu’on voit dans l’aisselle des feuilles.

Le fruit est gros, fort allongé, et reste vert dans la maturité ; il est l’un des plus remarquables par sa beauté, son diamètre, et l’élégance des ramifications du placenta qu’on voit à travers l’épicarpe. On le cultive, aux environs de Paris, dans plusieurs jardins d’amateurs. Depuis quelques années on le vend, au mois de juin, dans les marchés publics et chez les marchands de comestibles. Chevet a la gloire d’avoir, le premier, exposé ces belles groseilles à la curiosité des amateurs, qui se sont empressés d’en orner leurs desserts.

Cette variété se trouve parmi les groseilles qu’on présente aux dames, au spectacle, en Angleterre et en Écosse. Elle y est assez commune.

Le fruit est excellent, mais il faut le manger un peu avant son entière maturité.


ε. G. PETITE ROSE,
Ribes uva crispa, rosea.
Fig 9.

R. baccis hemisphæricis lævibus roseis. Thory.

Cette variété ne s’élève guère qu’à un pied ou un pied et demi, et reste beaucoup plus petite que les précédentes dans toutes ses parties. Ses tiges sont couvertes, ainsi que ses épines, d’un épiderme blanchâtre. Ses feuilles, vertes et luisantes sur les deux faces, sont portées par un pétiole muni à la base de quelques petites soies. Elles sont à cinq lobes assez profondément incisés, chaque lobe muni d’une petite pointe.

La fleur est portée sur un pédicelle très court, muni de deux bractées persistantes.

Sa baie, assez petite, ronde ou un peu oblongue sur le même arbrisseau, est lisse, d’un rose foncé, couleur qu’elle conserve jusqu’à sa maturité, et même lorsqu’elle est desséchée.

Le fruit n’est pas agréable au goût.


ζ. G.COULEUR DE CHAIR,
Ribes uva crispa, carnea.
Fig 8.

R. baccis ellipticis carneis, Thory. Poit. et Turp. Arb. fruit. Tab. 179.

Cet arbrisseau est fort et vigoureux ; ses branches sont armées d’épines fortes, brunes, droites ou horizontales. Ses feuilles, portées par un long pétiole, sont grandes, d’un vert obscur, luisantes en dessus, plus pâles en dessous, divisées en cinq lobes découpés. Les fleurs, solitaires ou géminées, sont supportées par un pédicelle muni de bractées. Les baies, grosses et ovales, sont velues, et d’une couleur carnée très agréable à l’œil. Elles mûrissent en juillet, et leur saveur est très agréable.

Est-ce la couleur de chair ronde, hérissée, de Noisette, n° 8 ?


η. G. RUBANNÉE,
Ribes uva crispa, vittata.
Fig 10.

R. baccis purpureis vittatis. Thory.

Cet arbrisseau est semblable au précédent, quant au port, à la couleur du bois, la longueur et la disposition des épines. Ses feuilles sont vertes, vernissées sur les deux faces, à trois ou cinq lobes obtus, profondément incisés. Ses fleurs, portées par des pédicelles munies de deux bractées, sont d’un vert lavé de rouge, et leurs étamines sont de la longueur des pétales.

La baie est très remarquable dans cette variété.

On sait que les divisions du placenta, qui garnissent la peau interne de ces baies, sont apparentes sur l’épicarpe ou la peau extérieure du fruit, dans le Ribes uva crispa et ses variétés ; mais qu’elles s’effacent à mesure qu’elles approchent de leur maturité, et finissent par disparaître.

Dans notre vittata, au contraire, non seulement ces divisions sont visibles sur les baies après leur maturité, mais encore elles sont rangées symétriquement et par bandelettes longitudinales, lorsque dans les autres variétés elles paraissent, à l’extérieur, confuses et ramifiées. Le fruit est un peu violet et allongé. Il mûrit en juillet, dure long-temps, et l’on peut encore offrir ses baies au mois de septembre ; elles sont excellentes.


θ. G. GROSSE VERTE RONDE,
Ribes uva crispa, virescens.
Fig 11.

R. baccis hemisphæricis viridulis. Thory. Poit. et Turp. Arb. fruit. Tab. 173.

Groseillier à gros fruit verdâtre, feuilles luisantes. Bosc, vol. 7, p. 546, var. n° 4 ? Verte grosse lisse. Nois. Man. n° 26 ?

Ce Groseillier s’élève, en un buisson touffu, à la hauteur de plus de deux pieds. Ses épines, solitaires, géminées ou ternées, sont fortes et très acérées. Su fleur est verdâtre, portée sur un pédicelle très court, muni de bractées et suspendu au rudiment d’une grappe avortée. Ses feuilles sont grandes, d’un vert obscur en dessus et plus pâle en dessous, vernissées des deux côtés, et portées par un pétiole assez court, eu égard à l’étendue du limbe de la feuille. Ce pétiole est velu à sa base.

La baie est lisse, ronde, d’un vert clair ; elle est d’une saveur très sucrée. L’arbrisseau fleurit avec le Ribes ovata (la verte longue), et donne ses fruits dans le même temps.


ι. G. À ÉPINES ROUGES,
Ribes uva crispa, spinis rubris.

R. baccis roseis, setis purpureo-tinctis hirsutis. Thory.

L’arbrisseau s’élève un peu moins que le précédent. Ses épines sont droites, noires sur le vieux bois, jaunes sur les branches de l’année. Les feuilles, d’un vert glauque, sont portées sur des pétioles velus. Les cinq pétales de la fleur sont un peu rougeâtres. Le pédicelle qui la supporte est muni de deux bractées rougeâtres aussi longues que la fleur, qui est solitaire, quelquefois géminée. La baie est d’une couleur de rose un peu plus foncée que celle qu’on remarque sur le Ribes varietas rubra (la petite rose) ; elle est couverte de pointes d’un rouge assez vif qui se détache de la couleur du fond, et présente à la vue un fruit charmant et d’une saveur excellente.

κ. G. GROSSE VIOLETTE ANGLAISE,
Ribes uva crispa, violacea magna.
Fig 14.

R. baccis ellepticis purpureo-violaceis. Thory.

M. Launoy Delacreuse, horticulteur distingué, et qui cultive notre arbrisseau avec succès dans ses jardins, au château de Plaisance, près Paris, a bien voulu nous communiquer le beau fruit dont nous donnons la figure. Nous ne décrirons pas l’arbrisseau, parce que la baie, comme les branches qui nous ont été envoyées, proviennent d’un sujet greffé, et que ce genre de multiplication a pu le dénaturer plus ou moins dans quelques unes de ses parties. Nous nous contenterons de donner un extrait de la lettre qu’il a bien voulu nous écrire le 9 juillet 1827, en nous faisant passer plusieurs exemplaires de ce fruit. On y verra ce que les auteurs d’ouvrages d’agriculture ne nous ont jamais dit en parlant de la multiplication des Groseilliers : c’est qu’on peut employer la greffe en écusson pour fixer les belles variétés, expérience que nous avons faite depuis long-temps.

« Je cultive, il est vrai, depuis quatre ou cinq ans, la belle espèce de groseilles à maquereau dont vous me parlez dans votre lettre.

« J’en possède trois variétés : la rouge, la blanche, la jaune.

« Je les ai toutes rapportées de Londres au mois de novembre 1822 : voici à quelle occasion. Je fis rencontre, dans ce pays, d’un cuisinier qui avait été soutenir à Londres l’honneur français dans l’art culinaire, au repas qui fut donné à l’occasion du mariage de Charlotte d’Angleterre. Il me parla avec tant d’enthousiasme de la beauté et de la supériorité de goût de cette magnifique variété dont il avait usé dans ses sauces, qu’il m’inspira un grand désir de l’avoir. Il eut la complaisance de me procurer lui-même les trois arbustes que je possède encore.

« Ils étaient fort gros pour leur espèce ; ils avaient au moins six lignes de diamètre, et me parurent avoir été greffés en fente.

« Ils végétèrent d’abord assez péniblement ; je fus obligé de les faire arracher au bout de quelque temps pour les replacer dans une terre mieux préparée : ils ont alors repris, et depuis deux ans ils poussent avec force.

« J’ai essayé de faire greffer la variété rouge en écusson sur un Groseillier de notre pays ; cette opération, faite avec soin par mon jardinier, il y a trois ans, a complètement réussi. Les six groseilles que je vous envoie proviennent de cet écusson ; je vous en aurais donné un plus grand nombre si elles eussent été mûres. Vous remarquerez que celles que je vous adresse ne sont pas tout-à-fait à leur grosseur.

« L’arbre écussonné végète avec force ; ses branches latérales ont, cette année, poussé de deux pieds. Je vais faire marcotter celles qui sont le plus près de terre ; les autres sont un peu moins grandes, et elles vont en décroissant à mesure qu’elles approchent du faîte, en sorte que le port total de l’arbre compose une pyramide qui, dans ce moment, a de trois pieds à trois pieds et demi de haut : je lui laisse prendre cette forme. Les branches chargées de fruits que je vous adresse, ont été détachées des individus venus d’Angleterre ; je les ai fait prendre sur la branche principale, ne pouvant remplir la condition que vous m’imposiez de les couper au collet, à leur sortie de terre, puisque mes sujets ne produisent aucun jet, et que, s’ils en produisaient, le fruit serait d’une autre variété que celui de la greffe. »

La baie, dans cette variété, est de forme elliptique d’un diamètre encore plus grand que celui de notre figure, et d’une couleur pourpre violette. Elle mûrit au commencement de juillet. Sa saveur et sa beauté la feront rechercher.

λ. G. BELLE AMBRÉE,
Ribes uva crispa, succinea.

R. baccis succineis, glabris hispidisve. Thory.

Groseillier jaune hérissé ? Nois. l. c. n° 13. Grosse ambrée lisse ? Le même n° 29. Ambrée lisse. Poit. et Turpin, Arb. fruit. Tab. 177.

Fig 15.
A. Baies lisses. B. Baies hérissées.

Dans ces deux Groseilliers le vieux bois est grisâtre, muni d’épines un peu colorées et moins longues que celles du bois de l’année. Les feuilles, luisantes en dessus, glabres en dessous, d’un vert clair, sont portées sur d’assez longs pétioles munis de petites soies ; elles sont à trois ou à cinq lobes profondément incisés. Les fleurs, solitaires ou géminées, sont jaunâtres ; elles ont les pétales un peu plus courts que les divisions du calice. Le pédicelle qui les supporte, muni de deux petites bractées, est comme soudé à l’extrémité du rudiment d’une petite grappe.

Les fruits sont hérissés ou lisses, de couleur d’ambre. Quelques personnes leur trouvent une odeur un peu ambrée.

La variété hérissée est d’une forme à peu près arrondie.

Celle qui est lisse est un peu oblongue.

Ces baies mûrissent des premières, et sont préférées à toutes les autres par leur saveur particulière. Elles ne durent pas long-temps.


μ. G. NÉGRESSE,
Ribes uva crispa, subnigra.
Fig 16.

R. baccis subhæmisphæricis, atro-purpucis, glabris hispidisve. Thory.

A. Baie lisse. B. Baie hérissée.

Les branches de ces deux variations de la Négresse sont armées d’épines longues et robustes. Les feuilles, dans le Groseillier qui produit les baies lisses, sont petites, à cinq lobes profondément incisés, lisses et d’un vert blanchâtre en dessus, glabres et plus pâles en dessous, portées sur un long pétiole entièrement couvert de duvet.

L’arbrisseau qui produit la variété hérissée est plus vigoureux dans toutes ses parties. Les feuilles sont grandes, lobées, et portées sur un pétiole presque glabre. Dans les deux individus, les fleurs et les bractées sont d’un vert légèrement coloré ; elles sont solitaires ou géminées. La baie qui leur succède est, quand le fruit commence à mûrir, d’un pourpre presque noir (atro-purpurea), couleur que ces fruits conservent jusqu’à leur parfaite maturité ; c’est à cette époque qu’elles paraissent parfaitement noires, et se distinguent très bien des groseilles pourpres ou violettes, dont la couleur devient plus foncée à l’époque de la maturité.


ν. G. SANGLANTE,
Ribes uva crispa, sanguinolata.
Fig 17.

R. baccis lacteis, sanguineo-maculatis. Thory.

L’arbrisseau, qui s’élève un peu moins que le précédent, est armé de longues épines jaunâtres. Ses feuilles, d’abord d’une couleur verte, claire, se couvrent en partie, à l’automne, d’une teinte rougeâtre. Elles sont à trois ou cinq lobes assez profondément incisés, découpés au sommet. Le pétiole qui les supporte est cilié à la base. Les fleurs sont solitaires, d’un blanc sale, attachées à un pédicelle muni de bractées un peu colorées. La baie, d’un jaune assez clair, est panachée de taches couleur de sang qui s’étendent irrégulièrement sur toutes les faces de la groseille.

Ce Groseillier, que nous avons obtenu de semis il y a quelques années, nous a donné, les deux premières, des baies assez petites ; mais une culture assidue, le retranchement d’une partie des fleurs et des fruits les ont perfectionnées, et, cette année, nous avons eu les beaux fruits dont nous offrons la figure exacte.


ο. G. À LONG PÉDONCULE,
Ribes uva crispa, longipedata.
Fig 18.

R. baccis lutescentibus pedonculis elongatis. Thory.

Cet arbrisseau est en tout semblahle aux précédens, quant aux tiges et aux épines. Les feuilles sont d’un vert foncé en dessus, plus pâles en dessous ; elles sont portées sur de longs pétioles couverts de duvet. La fleur est encore d’un blanc sale ; il lui succède des baies longues jaunâtres, supportées par un pédicelle muni de bractées persistantes, attaché et comme soudé à un pédoncule qui semble tiré et allongé par une force supérieure ; ce pédoncule est long de près de quinze lignes.

La groseille est toujours solitaire. Sa saveur est excellente. Elle reste sur les branches jusqu’à la fin d’août.


ξ. G. À DEUX COULEURS,
Ribes uva crispa, discolor.
Fig 19.

R. baccis albidis, hemisphæricis, fulvo-maculatis. Thory.

Les branches adultes de l’arbrisseau sont grisâtres et munies d’épines de la même couleur ; celles de l’année sont jaunâtres, avec des épines longues et fortes. Les feuilles, à trois ou cinq lobes, sont de couleur glauque en dessus, plus pâles en dessous. Les fleurs, solitaires ou géminées, sont portées par un pédicelle muni de deux petites bractées de la couleur des cinq pétales qui sont petits et verdâtres ; ce pédicelle est suspendu à un pédoncule très court. La baie est ronde, blanchâtre, ornée, sur l’un de ses côtés, de taches jaunâtres irrégulières, qui lui donnent l’aspect d’un fruit de deux couleurs. Cet accident est constant, et nous l’avons remarqué, pendant plusieurs années, sur un arbrisseau venu de nos semis.

La groseille mûrit au mois de juillet, et se montre avec les mêmes maculatures jusqu’à la fin d’août, moment de sa blétissure. La baie est très sucrée et d’un goût excellent.


22. G. À FEUILLES D’AUBÉPINE.
RIBES OXYACANTHOIDES..

R. aculeis majoribus, et subsolitariis ad gemmas, minoribus undique sparsis ; baccis glabris bigeminis. Delam. Dict. p. 51. Dill. Elth. T. 139. Fig. 166.

R. ramis undique aculcatis. Hort. ups. 51. Grossularia, oxyacanthæ foliis amplioribus, e sinu hudsonis. Pluk. amalth. 212.

Cet arbrisseau, très rameux, s’élève à deux ou trois pieds. Il est armé d’aiguillons nombreux très fins, inégaux, un peu mous. Les feuilles, grandes, divisées en trois lobes découpés au sommet et sur la bordure, sont glabres, vertes, et portées sur un pétiole velu et muni de quelques petites épines. Les fleurs, solitaires ou géminées, sortent des bourgeons qui se trouvent dans l’aisselle des feuilles ; elles sont penchées et d’un jaune clair. Les baies, de la forme et de la grosseur de celles du Ribes rubrum, sont d’un pourpre bleuâtre, et légèrement acides.

OBSERVATIONS.

Les feuilles de cette espèce sont plus grandes qu’elles ne le sont ordinairement sur les Groseilliers épineux. Elle croît au Canada, d’où Michaux l’a rapportée. Elle est cultivée en France dans les jardins de botanique. Elle fleurit en avril et mai.


23. GROSEILLIER À FRUIT PIQUANT.
RIBES CYNOSBATI.
Fig. 23.

R. aculeis sub axillaribus, baccis aculeatis racemosis. Mill. Dict. n°5. Jacq. Hort. T. 123. D. C. Bot. cult. 5, 306.

Arbrisseau de quatre à cinq pieds, ayant tout le port du précédent. Les feuilles sont à trois ou cinq lobes, d’un vert blanchâtre et peu découpés ; on remarque une petite épine jaunâtre et caduque à leur insertion. Le tube du calice est seulement hispide, et non pas épineux au moment de l’anthèse. Les fleurs parfois solitaires, mais souvent ternées, sont d’un jaune verdâtre, supportées par de petits pédicelles munis de bractées, attachés à un pédoncule commun. Les baies, verdâtres, de la grosseur d’une noisette, sont armées de petites épines qui résistent au toucher.

OBSERVATIONS.

Ce Groseillier, fort rare en France, est cultivé dans les jardins des amateurs de botanique. On le trouve au Canada et à la baie de Hudson. Sa baie a beaucoup de rapport avec celle de notre Ribes subnigra, variété épineuse. Voyez fig. 1, B.


Groseilliers épineux moins connus que les précédens.
24. GROSEILLIER RENVERSÉ.
RIBES RECLINATUM.

R. (reclinata) ramis subaculeatis reclinatis, pedunc. bractea triphylla. Linn. Hab. in Germania, Helvetia. .

Les branches de celui-ci sont renversées, les bractées triphylles. On le trouve en Suisse et en Allemagne.


25. GROSEILLIER GRÊLE.
RIBES GRACILE.

R. spina subaxillari ; fol. petiol. gracilibus, utrinque pubescentibus, lobis acutis dentato-incisis ; pedunc. capillarib. subbifloris ; cal. tubulato-campanulatis glabris. Michaux, l. c. Habit, in montibus Tennassée.

Ses feuilles et leurs pétioles sont munis de poils fins et longs : les pédoncules sont biflores, et les calices glabres et turbinés.


26. GROSEILLIER HISPIDE.
RIBES HIRTELLUM.

R. spinula subaxillari, ram. subhispidis ; fol. parvis semitrifidis, lobis subdentatis ; pedimc. 1-floris, bac. glabra rubra. Michaux, in Amer, boreal, saxosis, ad amnem Sagney. .

Dans celui-ci, les lobes des feuilles sont à peine dentés. Les pédoncules sont uniflores et la baie rouge.


27. GROSEILLIER À FEUILLES RONDES.
RIBES ROTUNDIFOLIUM.

R. spina subaxillari ; fol. suborbiculatis, lobis subrotundo oblusis ; pedunc. 1-floris, limbe calye. tubuloso, bacca glabra. Michaux, p. 111. Hab. in Carolinæ montib. excelsis.

Dans ce Groseillier, les épines sont subaxillaires, à pédoncules uniflores et à baies glabres. Michaux l’a trouvé dans l’Amérique septentrionale.


Groseilliers épineux que les auteurs ont indiqués par des noms, sans description.
Tournefort, Institutions de Botanique.
(Extrait de ses instituts.)

Les espèces de Groseilliers sont :

1. Le Groseillier à baie simple ou Groseillier épineux, sauvage. C.B. Pin. 455. (Uva crispa sive Grossularia. J. B. 1, 47. Uva crispa. Dod. Pempt. 748.)

2. Le G. épineux cultivé. C. B. Pin. 455. (Grossularia majore fructu. Clus. hist.)

3. Autre G. épineux cultivé, à feuilles plus larges. C. B. Pin. 455. (Grossularia spinosa, fructu obscurè purpurascente. J. B. 1, 48. Grossularia fructu obscurè purpurascente. Clus. hist. 120.)

4. Le G. non épineux à baie simple, bleue. C. B. Pin. 455.

5. Le G. ou raisin crépu, les baies blanches, rondes, très grandes. H. Edimb.

6. Le G. à fruit quasi géminé. H. Edimb.

7. Le G. à baies multipliées ou G. non épineux lieux, ou G. des boutiques. C. B. Pin. 455. (Ribes vulgaris, acidus, ruber. J. B. 2, 97. Ribesium fructu rubro. Dod. Pempt. 749.)

8. Le G. des jardins à grand fruit rouge. C. B. Pin. 455. (Ribes flore rubente. J. B. 2, 98. Ribes ij., genus amplioribus foliis et majore fructu. Clus. hist. 119.)

9. Le G. des jardins, à grand fruit blanc. H. R. Par.

10. Le G. à baies distinctes. C. B. Pin. 455. (Ribes monocarpos. J. B. 2, 98.)

11. Le G. des jardins à fruits semblables à des perles. C. B. Pin. 455. (Ribes vulgaris, acidus ; albas baccas ferens. J. B. 2, 98. Ribes vulgaris albo fructu. Clus. hist. 120.)

12. Le G. vulgaire à fruit doux. C. B. Pin. 455. Clus. hist. 120. (Ribes nigrum vulgo dictum, folio olente. J. B. 2, 98. Ribesium fructu nigro. Dod. Pempt. 749.)

13. Le G. non épineux à petit fruit noir. C. B. Pin. 455. Cassis.

14. Le G. d’Amérique à feuilles très grandes du plantain. Plum.

15. Le G. d’Amérique à feuilles larges du plantain, à fruit très petit et bleu. Plum.

16. Le G. d’Amérique à feuilles glabres et fleurs roses. Plum.

17. Le G. oriental, à feuilles glutineuses et comme hérissées, à fruit doux en grappe.

18. Le G. oriental non épineux, fétide, à fruit rouge en grappe.

19. Le G. d’Amérique à feuilles de plantain, étroites, hérissées. Plum.

N.B. Les quatre plantes rapportées ici par Tournefort comme étant des Groseilliers, d’après Plumier, sont des Mélastomes.


Jardins d’Horticulture de Londres.

Cette collection nous a été généreusement envoyée en 1827. Les sujets sont tous repris, excepté le n° 11.

Plants of Gooseberries for M. Thory.
Red.
1. Erly Black.
2. Red Champagne.
3. Raspberry.
4. Wilsmot, Early Red.
5. Brathertons, Huntsman.
6. Brathertons, Over-All.
7. Wards, Richmond Hill.
8. Graves’s Smolensko.
9. Lomas’s Victory.
10. Brathertons, Pastime.
11. Boardmans British croron.
Yellow.
12. Golden Ball.
13. Yellow Champagne.
14. Rumbullion.
15. Hill, Golden Gourd.
16. Lay’s Golden Queen.
17. Andrew’s Nelson, Wave.
18. Heywood, invincible.
Green.
19. Masseys Heart of Oak.
20. Wainmans, Green Ocean.
21. Briggs independant.
22. Edward, Jolly Far.
25. Gregory’s perfection.
White.
24. White chrystal.
25. Woodward, whitesmith.
26. Cheshire Lass.
27. Beaumont, Smiling Beauty.
28. Semson, Queen-Anne.
29. Peer’s Queen-Charlotte.
30. Large Early white.


Bosc, Nouveau Cours complet d’Agriculture, vol. VII, p. 546.
groseilliers épineux

1. Le commun à fruit blanc.

2. Le commun à fruit rouge.

3. À gros fruit rouge, couvert de duvet.

4. À gros fruit verdâtre, feuilles luisantes.

5. À fruit blanc moyen, feuilles vernissées.

6. À fruit moyen et à feuilles gluantes.

7. À fruit rouge et à feuilles légèrement velues.

8. À gros fruit violet, hérissé de courtes pointes roides.

9. À gros fruits jaunâtres et à feuilles luisantes.

10. À gros fruit oblong, blanchâtre, et à feuilles luisantes.

11. À gros fruit blanchâtre, hérissé de pointes roides.

12. À gros fruit violet, hérissé de pointes roides.


Noisette, Manuel du Jardinier.
GROSEILLIER À MAQUEREAU.

Cette espèce a fourni un grand nombre de variétés, dont la plupart ont été obtenues de graines dans notre établissement. En voici le tableau :

A. Fruits verts ou jaunes.
A. Fruits hérissés.

1. Des bois, à fruits verts.

2. Des bois, à fruits ambrés.

3. Grosse blanche, à nervure pâle.

4. Petite, hérissée.

5. Jaune, hâtive.

6. Petite jaune, tardive.

7. Grosse verte ronde, hérissée.

8. Couleur de chair ronde, hérissée.

9. Verte blanche.

10. Verte longue, légèrement hérissée.

11. Blanche, hérissée.

12. Blanche ronde, hérissée.

13. Jaune, hérissée.

14. Jaune longue, hérissée.

15. Verte longue, très hérissée.

16. Calebasse couleur de chair, superbe.

17. Cornichon.

B. Fruits lisses.

18. Des bois.

19. Auriculée.

20. Grosse verte longue, lisse.

21. Verte longue, lisse.

22. Verte commune, lisse.

25. Verte ronde, lisse.

24. Verte blanche, lisse.

25. Verte grosse, lisse.

26. Grosse blanche, lisse.

27. Blanche, lisse.

28. Grosse olive, superbe espèce.

29. Grosse ambrée, lisse.

30. Petite jaune, tardive.

B. Fruits rouges ou violets.
A. Fruits hérissés.

31. Couleur de chair ronde, hérissée.

32. Couleur de chair longue, hérissée.

33. Violette ronde, tardive, hérissée.

34. Violette ovale, hérissée.

35. Violette longue, hérissée.

36. Violette très longue, hérissée.

37. Violette hérissée.

38. Petite violette ronde, très hérissée.

39. Petite pourpre, hérissée.

40. Grosse pourpre, hérissée.

B. Fruits lisses.

41. Rouge commune, lisse.

42. Très grosse ronde, lisse.

43. Petite musquée, lisse.

44. Très grosse violette nouvelle d’Angleterre.

45. Violette ronde, lisse.

46. Violette ovale, lisse.

47. Violette turbinée, lisse.

48. Couleur de chair longue, lisse.

49. Grosse lobée.

50. Mignonne.

Les Anglais comptent plus de trois cents variétés de Groseilliers épineux ; nous en avons fait venir la plus grande partie en mars 1825, mais nous n’avons pas encore vu les fruits. Pages 576-578. Vol. II. Manuel complet du Jardinier. Noisette (Louis), vol. in-8°, 1825.