Noel-Chapsal - Nouveau dictionnaire/2e éd., 1832

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Nouveau dictionnaire

de la langue française,
par François Noël
et

Charles-Pierre Chapsal
1832



PRÉFACE[modifier]

On désirait depuis long-temps un Dictionnaire de la Langue française, qui, sans être aussi volumineux que ceux della Crusca en Italie, et de Johnson en Angleterre, déterminât, à leur exemple, par des autorités irrécusables, la juste valeur des mots de la langue et leurs acceptions, tant propres que figurées. C’est, sans aucun doute, une autorité respectable que celle du Dictionnaire de l’Académie ; mais, pour l’ordinaire, on n’y doit chercher, et l’on n’y trouve en effet que les phrases usuelles qui sont dans le génie de la langue, ou qui rentrent dans le domaine de la conversation, dont l’habitude amis l’intelligence à la portée d’un grand nombre de lecteurs. Le problème à résoudre était donc de composer un nouveau Dictionnaire, qui, dans le cadre resserré d’un seul volume in-8°, pût suppléer, par la modicité du prix et par la réunion de leurs avantages, au Dictionnaire de l’Académie et à l’ouvrage important de M. Laveaux, tous les deux en deux volumes in-4°, et, par conséquent, d’une acquisition coûteuse.

Celui qu’on publie aujourd’hui aura-t-il résolu ce problème. C’est au public à en juger. Pour éclairer son jugement, nous demandons qu’il nous soit permis d’entrer dans quelques détails sur le plan que nous nous sommes fait, sur la marche que nous avons suivie, et sur les obligations que nous nous sommes imposées.

Et d’abord, nous nous sommes fait une loi de n’omettre aucun de mots qui se trouvent dans les lexiques antérieurs, et d’en marquer soigneusement la prononciation. On a contesté, dans les derniers temps, la nécessité de cette méthode, sous prétexte que c’est grossir artificiellement un ouvrage qui, par sa nature, est déjà assez volumineux. Sans vouloir élever une controverse à ce sujet, nous nous contenterons de faire observer que ce Dictionnaire étant destiné spécialement à la jeunesse des deux sexes, tant française qu’étrangère, cette destination a paru un motif déterminant, et probablement cette omission trouverait plus de censeurs que d’apologistes.

Quant aux étymologies dont sont accompagnés les mots qui en sont susceptibles, l’un des deux auteurs (M. Noël) est le premier qui les ait fait entrer dans la composition de ses Dictionnaire classiques. Cette innovation qu’on peut appeler une amélioration, a été justifiée par l’approbation publique ; et l’on sait assez que son exemple a té généralement suivi. On n’attribuera donc pas à l’esprit d’imitation le soin qu’il a pris, de concert avec son collaborateur, de placer, au-

(*) M. Noël. I

2 PREFACE

tant qu’il a été possible, après chaque mot l’étymologie, non seulement grecque et latine, mais quelquefois orientale, et souvent tirée des langues modernes, de manière cependant à n’en admettre aucune de bizarre ni de forcée.

Pour les définitions, nous ne nous sommes pas bornés à transcrire servilement celles de nos devanciers ; toutes les fois qu’il s’en est présenté, soit à nos recherches, soit à nos méditations, qui nous ont paru plus justes, plus claires, plus précises, nous n’avons point hésité à les adopter, et l’on sent combien cette justesse, cette clarté, cette précision sont propres à faire contracter insensiblement à l’esprit l’habitude d’une logique pratique, sans le rebuter par l’appareil dogmatique de la science.

Mais la plus grande difficulté, sans doute, est de placer les acceptions des mots dans un ordre qui fasse au moins soupçonner le passage des sens propres aux sens figurés, qui en indique la filiation, pour ainsi dire, en suivant en idée, les progrès de la civilisation, et quoi poursuive un terme jusque dans ses plus grandes extensions, et dans les ramifications qui paraissent les plus éloignées du tronc primitif. Cette classification peut, au premier coup d’œil, sembler arbitraire ; mais on peut assurer qu’on a suivi, pour ce Dictionnaire, celle dont un des auteurs a donné le premier exemple, et qui a été généralement approuvée.

Il y avait un moyen de diminuer cet arbitraire apparent ; c’était de justifier, non-seulement les acceptions tranchantes et déterminées, mais encore les nuances les plus délicates, et pour ainsi dire les dégradations de couleur, les sens détournés, les tours neufs, les alliances de mots, les hardiesses heureuses, par autant d’exemples appropriés et décisifs. Dans un idiome enrichi, assoupli sous la main de tant d’excellents auteurs, ces exemples ne manquaient pas ; mais il fallait choisir, et le choix était une nouvelle difficulté. Nous avons cherché à la vaincre, en attachant à chacune de ces acceptions, tant ancienne que nouvelle, une phrase qui pût faire autorité. Et pourquoi dissimulerions-nous que nous nous sommes efforcés de sauver d’une injuste proscription des mots, des idiotismes qu’une superbe délicatesse frappe d’une réprobation qui ne peut tourner qu’à l’appauvrissement d’une langue déjà trop dédaigneuse ? Nous avouons que nous avons le plus souvent mis à contribution ces auteurs du siècle de Louis XIV, dont le nom seul est un éloge, comme capables de nous fournir la plus riche moisson ; et, quant au dernier siècle, ceux qui ont le plus suppléé à leur défaut, et dont nous avons fait le plus grand usage, sont leurs plus dignes héritiers, c’est-à-dire, Massillon, Vertot, d’Aguesseau, Montesquieu, Buffon, Barthélémy, et quelquefois Voltaire et J. J. Rousseau ; encore le hasard n’a-t-il pas présidé à ce choix : on a tâché que chacun de ces exemples fût une leçon religieuse ou morale, rappelât un trait historique, ou contînt quelque instruction.

Nous n’avons admis qu’avec une extrême réserve les mots nouveaux, dont Balzac disait : « Vous en userez trois fois la semaine. »

PREFACE 3

Mais, considérant que le temps amène de nouvelles formes qui entraînent de nouvelles exigences, nous nous sommes arrêtés à ceux dont il nous a assemblé que la langue ne pouvait plus se passer, et le lecteur est averti de leur importation nouvelle par cette abréviation : néol (néologisme) ou m. nouv. (mot nouveau).

L’orthographe adoptée par l’Académie nous a servi de règle, car elle seule peut faire autorité à cet égard.

L’exemple de nos prédécesseurs nous imposait la loi d’ajouter aux mots de la langue usuelle et à ceux de la langue oratoire et poétique, le plus grand nombre possible de termes de sciences et d’arts. Sans sortir des bornes que nous devions nous prescrire, nous sommes parvenus à rendre cette partie de notre travail aussi étendue qu’on pent le désirer. Elle est complétée par un Vocabulaire géographique, dans lequel se trouvent, outre toutes les villes de France avec leur situation, les grandes divisions du globe, les provinces, les mers, les îles, les fleuves, les montagnes, etc. ; les capitales, les villes importantes, et tous les lieux où se rattache quelque évènement mêmerable, soit en Europe, soit dans les autres parties du monde.

Des notions élémentaires de grammaire, placées en tète du Dictionnaire, lui servent en quelque sorte d’introduction.

Aussi nous nous sommes efforcés de donner au nouveau Dictionnaire les différens genres d’utilité qu’on peut désirer dans un livre de cette nature. Nous ne nous flattons pas de les avoir réunis tous. Cependant le succès a passé nos espérances : Les deux premières éditions, bien que tirées chacune à un nombre fort considérable, ont été enlevées rapidement, et l’ouvrage a été successivement adopté pour l’enseignement des collèges, des écoles militaires, et de la maison royale de Saint-Denis. Un succès si flatteur, des suffrages si honorables nous imposaient l’obligation de redoubler d’efforts pour améliorer notre ouvrage : toutes les parties, nous ne craignons pas de l’affirmer, en ont été revues avec une attention scrupuleuse ; il n’en est aucune qui n’ait subi des améliorations ou des augmentations considérables, dont nous nous bornerons à signaler les plus importantes :

1° L’addition d’un grand nombre de mots du langage scientifique, oratoire, poétique ou familier ;

2° De nombreux exemples d’auteurs ajoutés à l’appui des définitions ;

3° La suppression des termes et des explications qui peuvent réveiller des idées inconvenantes ;

4° Les synonymes ;

5° La conjugaison de tous les verbes irréguliers, et des verbes réguliers qui peuvent embarrasser ;

6° Lepluriel des substantifs et des adjectif en al, ainsi que des substantifs empruntés des langues étrangères, tels sont duo, opera, te-deuin, etc. ; celui de tous les substantifs composés, comme avant-coureur, abat-jour, chef-d’oeuvre, tête-à-tête, etc.

7° Enfin toutes les règles du langage applicables à chacun des mots qui donnent lieu à quelque difficulté, sous le rapport de la

4 PRÉFACE.

syntaxe. Cette dernière partie de notre travail a reçu des augmentations non moins importantes que nombreuses.

Au moyen de toutes ces améliorations, le nouveau Dictionnaire de la langue française a acquis sans contredit un genre d’utilité qu’on chercherait en vain dans les autrés Dictionnaires, celui d’offrir tout à la fois un Vocabulaire extrêmement complet et une grammaire où se trouvent résolues d’une manière claire, précise, et dans l’ordre alphabétique, toutes ces difficultés dont on ne peut trouver la solution que dans une multitude d’ouvrages souvent obscurs, difficiles à consulter, et presque toujours d’un prix élevé.

De cette manière notre nouveau Dictionnaire devient un livre indispensable non-seùlement pour celui qui ne sait pas, mais encore pour les gens (lu monde, pour l’homme de cabinet, pour l’écrivain, pour l’orateur qu’un doute arrête, qu’une difficulté embarrasse ; enfin pour tous les Français jaloux de connaître le génie et les principes de notre langue.

N. B. Pour représenter la terminaison féminine des adjectifs, nous avons placé, à côté de l’adjectif masculin, la lettre ou les deux lettres qui doivent être ajoutées à cet adjectif masculin pour former le féminin. Ainsi nous avons écrit : SENSÉ, E, PETIT, E attendu qu’en ajoutant un e muet à sensé et à petit, on forme les féminins sensée, petite. Par la même raison nous avons mis BON, NE ; ÉTERNEL LE, attendu que les féminins bonne, éternelle se forment des masculins bon, éternel, par l’addition de la dernière consonne et de l’e muet. A l’égard des adjectifs qui forment le féminin irrégulièrement, c’est-à-dire, autrement que par une simple addition de lettres, tels sont doux, heureux, neuf, etc, nous avons cru devoir exprimer en toutes lettres l’adjectif féminin immédiatement après le masculin.