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Note sur l'enseignement agricole en France et à l'étranger/France

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FRANCE


En France, pendant tout le moyen âge, la science agricole, comme beaucoup d’autres, semble être reléguée dans les couvents.

Occupés à s’entre-déchirer et à se détrôner les uns les autres, nos pères, à cette époque, comme dans l’antiquité, méprisaient le travail des champs qui, cependant, les faisait vivre : de là une opinion fausse sur la carrière agricole, opinion qui devait durer des siècles et qui pèse encore sur l’esprit de bien des gens aujourd’hui.

Au XVIe siècle, on voit paraître les travaux de Bernard Palissy, le théâtre d’agriculture d’Olivier de Serres, puis successivement, les œuvres de Le Nôtre, de La Quintinie, etc… Trois chaires de botanique avec jardins d’expériences créés sous Henri IV, l’une à la Faculté de Montpellier, l’autre à la Faculté de Paris et la troisième instituée au Jardin des Plantes en 1640, résument pendant près de deux cents ans tout l’enseignement agricole. Lavoisier avait voulu former un vaste champ d’expériences avec tous ses accessoires scientifiques ; mais ce ne fut qu’en 1798 que l’ancienne Société royale d’agriculture commença à rédiger des instructions dans le petit journal : La Feuille du Cultivateur.

Chaptal s’efforça ensuite d’organiser l’enseignement de l’Agriculture dans les écoles primaires et les écoles spéciales ; mais toutes ces tentatives furent presque sans suite ; on ne comprenait pas dans ces temps de guerres et de conquêtes les avantages que les agriculteurs peuvent tirer d’une instruction professionnelle.

L’un des premiers, Mathieu de Dombasle, fonda en 1822 à Roville, près de Nancy, une école spéciale et une fabrique d’instruments aratoires perfectionnés ; puis vint l’école de Grignon, fondée par Bella en 1827 et reprise par l’État en 1830 ; enfin l’école de Grand-Jouan fondée par Rieffel, et celle de la Saulsaie dans l’Ain.

Malheureusement un Institut agronomique, établi à Versailles en 1848, pourvu de fermes étendues et de professeurs distingués, fut supprimé en septembre 1852, et remplacé seulement en 1876 par l’Institut actuel.

De son côté, l’État fondait, en 1861, l’école de drainage et d’irrigation de Lézardeau (Finistère), puis l’école de Bergers du Haut-Tingry (Pas-de-Calais). N’oublions pas les applications de la Chimie à l’agriculture déjà proposées par Lavoisier et réellement mises au jour par l’illustre Boussingault à Bechelbroun.

Après lui vint la station de Rothamstead, en Angleterre ; celle de Moëckern, en Allemagne, enfin celle de M. Ville à Vincennes en 1860 et celle de M. Grandeau à Nancy, en 1868.

Vers la même époque, s’ouvrait à Montpellier l’école d’agriculture qui devait remplacer celle de la Saulsaie et devenir le centre de recherches et d’expérimentations plus particulières à l’agriculture méridionale. Enfin, en 1874, se fonda, à Versailles, notre École nationale d’horticulture dans l’ancien potager royal du Château.

À partir de 1875, plusieurs lois et décrets, dont le dernier est de M. Hervé-Mangon pour les prix d’honneur de la petite culture, et celui de M. Gomot, pour l’établissement des champs de démonstration[1], règlent notre enseignement agricole sous toutes les formes. Nous allons l’esquisser à grand traits pour en faire comprendre toute l’importance[2].

Citons, en premier lieu, l’Institut agronomique créé par la loi du 9 août 1876, auquel est adjoint un établissement de recherches et d’expérimentation à Joinville-le-Pont. C’est, à proprement parler, l’école Polytechnique de l’Agriculture.

Là, l’enseignement d’un ordre supérieur est donné par les notabilités du monde scientifique pendant deux ans ; il est complété par vingt-quatre stations agronomiques subventionnées par l’État, et on lui a joint, le 15 avril 1884, une station d’essai de semences agricoles et forestières sous la direction de M. Schribaux.

Après l’Institut agronomique viennent trois écoles nationales d’agriculture, à Grignon, à Grand-Jouan et à Montpellier.

Les élèves sont environ au nombre de 250. Le régime est facultatif pour l’internat ou l’externat, et le prix de la pension est de 4200 francs pour Grignon, de 1000 francs pour les deux autres. La durée des études est de deux ans et demi.

Comme écoles nationales d’un ordre différent, il faut citer nos trois écoles vétérinaires à Alfort, à Lyon, et à Toulouse, puis l’école d’irrigation de Lézardeau, l’école forestière de Nancy, enfin l’école d’horticulture de Versailles. Cette dernière ne reçoit malheureusement que des élèves externes ; l’instruction y est donnée gratuitement et la durée des études est de trois années.

L’enseignement comprend tous les travaux théoriques et pratiques relatifs au jardinage.

En outre des bergeries du Haut-Tingry et de Rambouillet destinées à l’enseignement, la conduite et la bonne tenue des troupeaux, nous avons la vacherie nationale de Corbon ; puis l’école d’agriculture et de viticulture de Beaune inaugurée le 22 janvier 1885.

À leur suite, il nous faut mentionner douze écoles d’agriculture pratique à Saint-Bon (Haute-Marne), au château de Tomblaine (Meurthe), à Merchines (Meuse), à Saint-Remy (Haute-Saône), à la Brosse (Yonne), à Valabre (Bouches-du-Rhône), à Nubourg (Eure), à la Molière (Puy-de-Dôme), à Avignon (Vaucluse), à Saulxures (Vosges), à Ecully (Rhône) et à Rouiba (Algérie).

Il vient de s’en ouvrir une dirigée par M. de Roosmalen, à Bertonval (Pas-de-Calais).

Il existe aussi à Beauvais une excellente école d’Agriculture, dite Institut agricole, sous la direction du frère Eugène-Marie.

Enfin, nous avons 75 chaires départementales d’agriculture et 25 fermes-écoles dans divers départements pour l’instruction pratique des fils de fermiers ; ces fermes-écoles sont confiées à des directeurs agissant sous leur propre responsabilité.

Dans toutes ces écoles, l’enseignement, à tous les degrés, est nécessairement limité à un petit nombre d’élèves ; mais les notions agricoles doivent être mises à la portée de tous et faire partie de l’enseignement primaire : de tous côtés on travaille dans ce but parla création de chaires départementales d’agriculture, par des conférences nomades, par l’obligation imposée aux instituteurs de modifier le programme de leurs cours suivant le sol, le climat et les besoins du département qu’ils habitent : un pays voué aux cultures industrielles comme le Nord, exigera d’autres connaissances qu’un pays vignoble, et ce même pays vignoble nécessitera pour l’Ouest de la France des notions qui ne seront pas celles qu’on donnera en Algérie.

Cette importante colonie a une école à Rouiba, mais il lui manque une école de viticulture pour diriger et développer l’une des plus grandes ressources du pays dans l’avenir.

Pour compléter le tableau de notre enseignement agricole, il me faudrait citer l’école des haras du Pin (Orne), fondée en 1874, pour enseigner tout ce qui regarde la science hippique, puis les orphelinats et les colonies agricoles destinés à recevoir les enfants pauvres ou abandonnés afin de les élever et de les diriger vers les travaux des champs.

Pour tous les esprits éclairés, il est hors de doute que c’est vers les campagnes qu’il faut aller retremper toutes ces races résultant des vices et des misères des grandes villes où le tiers des naissances est illégitime.

Je n’ai pas besoin de mentionner ici l’influence si précieuse qu’exercent les concours régionaux qui, dans ces dernières années, ont acquis tant d’importance pour développer et populariser l’usage des machines agricoles et pour faire connaît les meilleures races d’animaux propres à chaque partie France.

En tête de ces concours doit se placer celui qui a lieu à Paris, au palais de l’Industrie, au printemps, et où on trouve, en outre de l’outillage agricole, les animaux de ferme de tous genres, les semences et les plantes fourragères, industrielles et alimentaires, les fruits frais et conservés, les vins d’Algérie et les expositions scolaires.

Tous les ans, ce concours général prend une plus grande importance.

En outre des prix ordinaires, un arrêté récent institue des prix d’honneur pour la petite culture et pour les journaliers ruraux : enfin, on aura rendu justice à cette masse de travailleurs modestes, de serviteurs à gages, de petits vignerons et maraîchers qui contribuent pour une si large part à la richesse publique. Ce que l’on est heureux de voir surtout s’étendre, ce sont ces associations agricoles ou syndicats devant servir d’intermédiaires gratuits pour l’acquisition des engrais et des instruments utiles à l’agriculture, pour favoriser l’emploi des bonnes semences et développer l’instruction.

Jusqu’à présent, on n’avait guère fait de syndicats que pour l’irrigation et l’entretien des canaux : on a multiplié d’abord les syndicats pour la défense des vignes contre le phylloxéra ; aujourd’hui les agriculteurs doivent plus que jamais s’unir et se fortifier par l’association qui a centuplé les forces de l’industrie.

Si maintenant nous recherchons dans le budget du ministère de l’agriculture ce que coûte à l’état l’enseignement agricole, nous ne pourrons nous empêcher de trouver ce budget bien maigre en comparaison de celui de la guerre :

Pour 1886, l’intérêt de la dette publique est de 1 857 200 974 francs. Le budget du ministère de la guerre et de la marine est de 811 911 050 francs ; celui de l’agriculture de 23 686 370 fr. seulement. Ainsi, sur un budget total de 1886, soit 3 815 474 836 francs, nous avons à payer 1 357 200 974 francs pour les folies guerrières de nos pères et de plus, nous payons pour la guerre, (je ne parle pas du temps donné par la fleur de notre jeunesse) nous payons près de 812 millions, tandis que l’industrie qui occupe les 2/3 des populations et qui est la mère de toutes les autres n’a que 23 686 470 francs ! Le crédit accordé pour le personnel de l’enseignement agricole et les établissements d’élevage n’est que de 741 570 francs dont 180 000 francs sont alloués aux chaires départementales d’agriculture et aux cours nomades. À l’Institut agronomique il est alloué 281 050 ; aux écoles d’agriculture 808 330 ; enfin à l’école d’horticulture de Versailles, 94 950 francs.

Pour 1886, 22 fermes-écoles et 16 écoles pratiques d’agriculture obtiennent 652 400 francs pour environ 850 élèves, et nos stations agronomiques 85 000 francs.

Nous avons chez nous 51 colonies agricoles et Orphelinats contenant 2500 orphelins qui reçoivent 70 000 francs de l’État. Le plus important de ces asiles est celui de Meltray.

Je rappellerai ici que le budget accorde 132 300 francs pour le personnel de l’enseignement forestier qui comprend trois degrés : renseignement supérieur à l’école de Nancy, l’enseignement secondaire dans les trois écoles de Toulouse, Villers-Cotterets et Grenoble, où se forment les gardes forestiers, enfin l’enseignement primaire à l’école des Barres, pour les enfants des préposés forestiers qui se préparent à l’emploi de gardes.

Une loi du 25 mars 1872 a créé dans chaque arrondissement une chambre consultative d’agriculture, destinée à présenter au Gouvernement ses vues sur toutes les questions qui touchent aux intérêts agricoles, aux douanes, aux octrois, à la police des eaux, aux foires et marchés. Au-dessus de ces Chambres, plane la Société nationale d’agriculture de France, dont le siège est à Paris et dont le but est de répondre aux demandes du Gouvernement sur tout ce qui intéresse le progrès et le développement de l’industrie agricole. Elle a, en outre, pour mission d’étudier toutes les questions se rattachant à l’économie rurale, aux maladies des plantes et des animaux etc., etc. Nous avons enfin dans les départements :

146 sociétés d’agriculture,
90 sociétés d’horticulture,
607 comices agricoles.

Parmi les sociétés libres vient en première ligne la société des Agriculteurs de France, dont le siège est à Paris et qui compte plus de 6000 membres ; la société d’encouragement à l’agriculture ; enfin la Société nationale d’Horticulture.

Rappelons à ce sujet que la ville de Paris fait fait faire depuis longtemps un cours d’arboriculture par un professeur spécial et que d’habiles jardiniers font aussi des cours pratiques gratuits à Montreuil et dans plusieurs communes environnantes.

Quelle armée de travailleurs et que de savants nous venons de passer en revue pour n’arriver en somme à ne produire que de 15 à 16 hectolitres de blé à l’hectare, c’est-à-dire, à être les avant-derniers sur la liste des producteurs de céréales en Europe !

On voit par les détails qui précèdent qu’en France on a déjà fait beaucoup pour l’Agriculture, mais qu’en présence de la concurrence formidable des pays étrangers il reste encore beaucoup à faire.

Voyons maintenant les établissements scientifiques de nos voisins.



  1. M. Gomot, imitant chez nous ce qui se fait à l’étranger, voudrait mettre partout, sous les yeux des cultivateurs, toutes les améliorations dont le sol est susceptible, toutes les découvertes de la science et de la pratique agricole. Le cultivateur français n’obtient que de petits rendements, 70 hectolitres par laboureur, tandis que la production atteint jusqu’à 100 hectolitres ailleurs. Par les champs d’expériences, on constate la valeur comparative de différentes semences, l’effet de la plantation à différentes époques et à diverses profondeurs, la valeur et le mode d’emploi des différents engrais, l’étude de l’hybridation, des moyens de lutter contre les parasites végétaux et animaux, l’inoculation du bétail, l’usage des machines perfectionnées, etc., etc.
  2. Annuaire du Ministère de l’Agriculture pour 1882. — Paris. Imprimerie Nationale.
    En France, l’administration des services de l’Agriculture a appartenu successivement à plusieurs ministères. En premier lieu, en 1828, au Ministère du Commerce, en 1829, au Ministère de l’Intérieur ; puis, de 1834 à 1836, au Ministère du Commerce, de 1836 à 1839, au Ministère des Travaux publics ; de 1839 à 1852, au Ministère de l’Agriculture et du Commerce ; de 1853 à 1869, au Ministère du Commerce et des Travaux publics ; enfin, en 1871, il y a eu le ministère de l’Agriculture. Espérons qu’on s’en tiendra là !