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Notes sur la Corée/02

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Henri Charles-Lavauzelle (p. 10-18).

LA CORÉE AGRICOLE, INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE


Agriculture.

La Corée est avant tout un pays agricole ; son sol fertile, bien cultivé en général, est la véritable source d’où elle tire ses revenus.

Parmi les richesses agricoles, il faut citer le riz qui est un des plus estimés. Le riz, qui sert de base à l’alimentation du peuple, fait aussi l’objet d’un commerce important d’exportation. Il est surtout cultivé dans le Centre et dans le Sud.

On trouve également le blé, l’orge, l’avoine, le sorgho, le millet, les haricots que l’on rencontre en quantité appréciable, les choux, les navets, les oignons et presque tous les légumes d’Europe.

Les fruits sont nombreux et variés : cerises, pêches, abricots, pommes, poires, kakis, châtaignes, noix, etc. ; mais leur saveur, faute de culture soignée, est très inférieure à celle des fruits d’Europe.

Il faut encore mentionner, comme production spéciale du pays, la plante médicinale appelée gen-seng dont le gouvernement a monopolisé la culture dans la région de Son-Dô, et qui, grâce à son prix élevé, fournit chaque année des revenus importants au Trésor impérial.

Le gen-seng rouge coûte de 40 à 60 francs la livre ; le gen-seng blanc est inférieur et moins cher. Le gen-seng sauvage est le plus apprécié ; il se vend des prix exorbitants.

Le gen-seng est employé comme tonique ; ses effets sont bien supérieurs à ceux du quinquina. La racine seule est en usage ; on la coupe en morceaux que l’on fait infuser dans du vin blanc pendant un mois au moins. On prend ce vin à petites doses. Il est employé par les Chinois comme remède contre l’opium.

Village coréen.

La culture de cette plante est très délicate ; la première année, on sème la graine ; la deuxième année, on repique, ainsi de suite jusqu’à la sixième ou septième année, où la plante rapporte. Au bout de six ou sept ans, elle produit un fruit semblable à la fraise. La plante a cinq feuilles semblables à la feuille du chanvre ; l’hiver, la plante est mise en serre.

Industrie.

L’industrie est presque nulle en Corée, sauf pour quelques produits de consommation locale (nasses, papiers, chapeaux, poterie, etc.).

Tout objet de luxe, tout ce qui sert de distinction ou de parure vient de la Chine.

Les tissus de chanvre et de coton sont confectionnés d’une manière solide, mais grossière. Les soieries sont beaucoup moins fines qu’abondantes.

On trouve encore quelques fabriques de poterie et de porcelaine. Autrefois, cette industrie était très florissante ; le Japon a copié la Corée et a fait venir chez lui des ouvriers coréens ; Chinois et Japonais ont été initiés par eux à la connaissance de la céramique.

Les armes de la Corée étaient renommées autrefois ; les Chinois appréciaient les sabres et les poignards coréens.

La plus grande industrie est le papier. On en fait des chapeaux, des parapluies, des sacs et même des manteaux qui résistent parfois aussi bien que la toile. Le papier sert de vitres ; les portes ne sont aussi que du papier collé sur un châssis ; mais ce papier est fait de coton et aussi fort que de la toile.

La Chine reçoit de Corée des quantités considérables de papier, moins pour écrire que pour une foule d’usages auxquels il est approprié par sa très grande résistance.

Bois.

Les forêts du Nord de la Corée fournissent de magnifiques pièces de bois qui servent à la construction et à différents usages.

Les arbres les plus répandus en Corée sont : le pin, le sapin, le chêne, le châtaignier, le saule, le frêne, le bouleau. Mais la consommation du bois pour le chauffage est telle que le Centre et le Sud du pays sont à peu près déboisés.

Le gouvernement a donné des ordres sévères pour empêcher de couper les arbres.

Minéraux.

Les produits minéraux, encore peu connus et peu exploités, sont nombreux en Corée. On y trouve de l’or un peu partout ; plusieurs sociétés étrangères ont obtenu des concessions de territoire pour l’exploitation des mines d’or (mines américaines à Oun-San, dans le Pieng-An-Pouk-Tô ; mines anglaises à Eun-San, dans le Pieng-An-Nam-Tô ; mines allemandes à Kim-Sing, dans le Kang-Ouen-Tô).

On trouve des gisements de houille assez considérables aux environs de Pieng-Yang, des mines de cuivre non suffisamment exploitées, et cependant très riches dans les environs de Kop-San (Ham-Kieng-Tô).

Animaux.

Parmi les animaux domestiques, on remarque :

1o Les chevaux, petits, mais vigoureux, impropres à la cavalerie, mais très utiles comme bêtes de somme ;

2o Les bœufs, dont la race est fort belle.

Cheval. — Le gouvernement coréen avait fait acheter à Tien-Tsin, en novembre 1901, une centaine de chevaux et mulets. Parmi ces chevaux, il y en avait une trentaine d’australiens, autant de chinois, et le reste du lot en mules françaises et chinoises.

Le général commandant le corps expéditionnaire français avait fait cadeau à l’empereur de quatre étalons barbes provenant des escadrons de chasseurs d’Afrique. En principe, tous ces animaux devaient servir à des expériences de croisement et d’acclimatement.

Parmi les australiens, plusieurs furent donnés à des officiers ; les autres envoyés à la ferme impériale. Les barbes, plus heureux, furent conservés au palais impérial.

Croisement. — Au point de vue croisement, il n’a rien été fait de sérieux : les chevaux, juments et mulets de toutes races vivent en liberté dans cette ferme, n’ayant pour toute nourriture qu’un peu d’herbe pendant la belle saison, et crevant de faim en hiver.

Chevaux coréens.

Les plus durs ont résisté ; quant aux produits, ils ont été bizarres et il serait impossible de retrouver soit le père, soit la mère d’un poulain. La ferme doit entretenir 250 chevaux de toutes races. Les bons produits sont vendus en sous-main par les gardiens. De cette façon, l’effectif n’augmente jamais et la race se bonifie encore moins.

Le climat de la Corée étant sain, tous les animaux s’y portent à merveille ; il s’agit seulement de les nourrir. J’ai monté les australiens et les barbes du palais ; ils sont en parfait état.

On trouve de l’orge presque partout, quelquefois de l’avoine. En tout cas, le cheval européen ne peut être qu’un luxe dans un pays accidenté comme la Corée ; le vrai cheval pratique est le cheval chinois, et mieux encore le cheval du pays.

Le cheval chinois se rencontre dans toutes les provinces ; il a l’énorme avantage de vivre de n’importe quelle nourriture. La gendarmerie coréenne est en partie remontée en chevaux chinois.

Le cheval coréen est autochtone ; sa taille varie de 1m,30 à 1m,35 ; j’en ai cependant rencontré plusieurs de 1m,38, voire même de 1m,40. Presque tous sont de couleur foncée, alezans, noirs, bais ; on en rencontre aussi quelques gris. Les plus beaux sont ceux des cultivateurs ; ils sont mieux soignés et en meilleur état que ceux de la ville. Une des particularités du cheval coréen, c’est qu’il a les naseaux fendus à leur partie supérieure. Les Coréens prétendent que cette opération leur facilite la respiration.

Le cheval coréen porte facilement 80 kilos. Bien souvent il porte davantage. J’ai vérifié plusieurs fois, sur le marché de Séoul, le poids porté par ces animaux ; j’ai rarement trouvé moins de 50 kilos.

Presque tous les transports en Corée se font au moyen des chevaux. Le cheval coréen chargé fait de 5 à 6 kilomètres à l’heure.

L’étape coréenne est de 100 lys, soit 50 kilomètres par jour.

Nourriture. — Le cheval fait trois repas par jour : le premier de grand matin avant de partir, le second à midi, le troisième une heure environ après l’arrivée à l’étape.

La nourriture se compose d’une soupe de haricots à raison de 2 litres de grains par repas (soit 6 litres par jour). La soupe, une fois cuite, est servie presque chaude ; après la soupe, une ration de paille hachée, c’est tout.

Le cheval coréen peut manger du grain autre que le haricot, j’en ai fait l’expérience pendant les routes.

Le mafou soigne très bien son cheval ; une fois dessellé ou débâté, l’animal est couvert avec une couverture de feutre et une seconde en paille. Tous les mafous savent ferrer un cheval ; le fer a huit étampures, il est très léger, un peu plus épais en pinces qu’en éponges.

Le prix du cheval coréen varie de 40 à 50 dollars.

Entraînement. — Voulant me rendre compte du fond et de la qualité du cheval coréen, j’ai choisi au hasard vingt chevaux : quatre nous ont servi de montures ; les autres portaient les bagages.

Le poids porté par les chevaux montés était de 88, 60, 67 et 72 kilos, poids des cavaliers, harnachement non compris. Les chevaux portant les bagages portaient en moyenne 60 kilos. À notre petite troupe s’étaient joints deux officiers montés sur des chevaux chinois, un ingénieur français monté sur un australien, enfin le conseiller particulier de l’empereur monté sur un barbe.

Nous avons marché pendant cinq jours à raison de 100 lys par étape, tantôt en plaine dans des rizières, tantôt grimpant sur des montagnes ou traversant des cours d’eau.

J’ai toujours tenu la tête de la colonne. L’allure était le pas ; la vitesse moyenne a été de 6 kilomètres à l’heure ; mon cheval s’en allait gaiement, je n’ai jamais été obligé de le pousser. Le cinquième jour, l’australien suivait difficilement, les chevaux chinois étaient fatigués ; seul le barbe et les chevaux coréens étaient aussi frais et dispos que le jour du départ.

Au point de vue militaire, ce cheval peut rendre des services, soit comme porteur, soit pour l’infanterie montée. La Corée étant un pays très accidenté, privé de routes carrossables, les rares plaines que l’on y rencontre sont transformées en rizières ; il serait difficile de faire manœuvrer de gros effectifs : l’artillerie de montagne seule pourrait circuler. À part le service de reconnaissance, la cavalerie est inutilisable.

Bœuf coréen.

Bœuf. — Le bœuf est aussi un des moyens de transport le plus usité en Corée. C’est un animal de belle taille, très fort, très robuste. Il porte facilement de 120 à 160 kilos, à une vitesse de 5 kilomètres à l’heure, vitesse normale même à travers les plus mauvais sentiers.

J’ai vu de ces animaux porter des fardeaux de bois. considérables ; malgré cela, ils marchaient à bonne allure.

C’est un animal très doux, très tranquille. Parfois il est attelé seul à un chariot rustique ; on rencontre ce genre de véhicule aux environs des villes et particulièrement à Séoul.

Divers. — Le pays produit également des volailles de toutes espèces : poules, canards, oies, etc.

Les animaux sauvages sont nombreux et variés : tigres, panthères, ours, loups, renards, blaireaux, loutres, lynx, chats sauvages.

Les faisans, les canards, les oies sauvages, les chevreuils, les cerfs fournissent un gibier apprécié.

Enfin, la pêche des poissons qui vivent dans les fleuves et rivières ou dans les eaux de mer qui entourent de trois côtés ce pays est une source de revenus très régulière, la population consommant ou exportant une grande quantité de poissons frais, secs ou salés.