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Notes sur la Corée/06

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Henri Charles-Lavauzelle (p. 30-37).

ARMÉE ET MARINE CORÉENNES


Recrutement.

Troupe. — Le service militaire en Corée ne repose sur aucune base fixe pour la troupe. Le bas peuple seul fournit la totalité de l’armée coréenne. Quoique l’âge choisi pour l’entrée au service militaire soit de 21 ans, un bon tiers de l’armée est âgé de 15 à 20 ans : je m’en suis assuré moi-même plusieurs fois dans la garnison de Séoul et de certaines villes des environs.

Le Coréen est susceptible de faire un très bon soldat ; il est, en général, très entraîné à la marche ; les mafous font couramment 50 kilomètres par jour.

Les soldats s’engagent de bonne ou de mauvaise volonté, chaque province devant fournir à l’État un certain nombre d’hommes. Il suffit, pour être soldat, que le père ou la mère réponde de leur enfant, ou, à défaut, un membre de la famille ; ceci a pour but d’éviter les désertions. Dans le cas où un militaire déserte, la famille est frappée d’une amende et devient responsable.

Le soldat coréen sert pendant quinze à vingt ans ; on le conserve dans l’armée tant qu’il peut y rendre des services ; après quoi il est mis simplement à la porte. Malgré ces conditions assez dures, on trouve encore des engagés volontaires ou plutôt des malheureux qui préfèrent entrer dans l’armée que de mourir de faim.

Tous les soldats coréens sont mariés.

Officiers. — Depuis cinq ans, une école militaire a été créée à Séoul ; elle est sous la direction d’un général, d’un commandant et de plusieurs capitaines instructeurs.

La durée du service à l’école est de quatre ans ; les élèves passent un examen de sortie à la fin de leur quatrième année et sont, en général, tous promus sous-lieutenants.

Les élèves d’artillerie et de cavalerie passent en plus un examen spécial.

Les généraux sont nommés par l’empereur ; ils sont choisis en dehors de l’armée, de même que le ministre de la guerre.

Il y a cependant quelques exceptions, une entre autres pour le général qui commande l’école militaire ; cet officier général a fait une partie de ses études militaires au Japon, il est âgé de 27 ans et possède une instruction supérieure à celle de tous les officiers de l’armée coréenne.

Les meilleurs officiers sont ceux qui ont été instruits par les Russes, ou ceux qui ont fait un stage au Japon. Il n’y a ni médecins ni vétérinaires dans l’armée coréenne.

Une fête militaire aux environs de Séoul.

Solde.

Troupe. (La piastre coréenne a une valeur moyenne de 2 fr. 50.)
Sergent 10 piastres par mois.
Caporal 9 piastres par mois.
Lance-caporal 8 piastres par mois.
Soldat 6 piastres par mois.
Officiers.
Solde annuelle. Allocations.
Général 2.004 piastres. 2.992 piastres.
Lieutenant-général 1.500 piastres. 2.500 piastres.
Major-général 1.104 piastres. 1.092 piastres.
Colonel 756 piastres. 744 piastres.
Lieutenant-colonel 648 piastres. 648 piastres.
Major 552 piastres. 540 piastres.
Capitaine 384 piastres. 372 piastres.
Lieutenant 288 piastres. 264 piastres.
Sous lieutenant 228 piastres. 216 piastres.

Quelques rares officiers, ayant un service spécial, touchent des allocations supplémentaires.

Les premiers instructeurs de l’armée coréenne furent les officiers russes ; les vieilles troupes (gendarmes, gardes du palais) instruites par ces officiers ont une attitude très militaire, et sont les seules troupes un peu sérieuses que l’on rencontre dans la capitale.

Artillerie.

L’effectif de l’artillerie est de 300 hommes.

L’artillerie possède :

4 canons Wickers à tir rapide de 75mm de campagne.

6 canons Maxim à tir rapide de 75mm de montagne.

8 mitrailleuses Sons.

Quelques Krupp de différents modèles.

avec munitions.

8 canons en bronze Uchatius faits à Osaka.

Ces derniers sont en douane à Tchémoul-Po, le gouvernement ne les ayant pas encore payés.

L’artillerie possède des harnachements suffisants pour l’attelage de ses batteries ; reste à savoir où elle prendra les chevaux nécessaires. J’ai vu cependant à Séoul deux ou trois pièces attelées avec des chevaux japonais. Toutes les troupes d’artillerie sont concentrées à Séoul.

Les artilleurs sont armés d’un sabre japonais, de carabines Mauser de 7mm, et de carabines Colt.

Cavalerie.

La cavalerie comprend 200 chevaux, soit environ deux escadrons. Elle est remontée avec des chevaux japonais, achetés tout dernièrement au Japon. Ces chevaux ont une taille moyenne de 1m,40. Le Japon a trouvé là une belle occasion de se débarrasser de ses plus mauvais chevaux ; la plupart sont de qualité tout à fait inférieure et incapables de faire un service quelque peu pénible.

Ils ont été payés 1.200 francs chacun, rendus à Séoul ; c’est cher.

J’ai eu l’occasion d’en monter plusieurs ; ce sont de mauvais chevaux, dépourvus de force et d’allure.

La cavalerie a le même armement que l’artillerie, sabres japonais, carabines Mauser et Colt. Les harnachements proviennent du Japon.

Gendarmerie.

La gendarmerie est composée d’environ 200 hommes, pour la plupart tous anciens sous-officiers, c’est la meilleur troupe de Corée ; ils sont remontés en chevaux chinois et en chevaux du pays.

Comme armement, ils ont un sabre et le revolver (Smith et Wessons).

Infanterie.

D’après les règlements, l’infanterie devrait comprendre 20.000 hommes ; il y en a à peine 15.000. Ces troupes sont réparties sur tout le territoire.

La garnison de Séoul se compose de 6.000 hommes, qui ont pour principale mission de garder les palais impériaux et les tombeaux.

Tous les 50 mètres environ, autour de ces palais on trouve, non pas un factionnaire par guérite, mais au moins deux et assez souvent cinq ou six. Ces hommes, dans une tenue plus ou moins débraillée, passent leurs heures de faction à s’amuser. Si, par hasard, un officier vient à passer, un coup de sifflet (car tous les hommes possèdent un sifflet) prévient les factionnaires qu’ils aient à se tenir sur leurs gardes.

De temps en temps un bataillon fait une marche militaire ; il est rare de voir deux ou trois bataillons réunis. À part quelques mouvements, du maniement d’armes et le pas de parade, l’instruction militaire est à peu près nulle ; on prétend toutefois que les soldats coréens sont bons tireurs. Comme armement, l’infanterie a des fusils de tous les modèles et de tous les calibres.

Composition d’un bataillon : 1.000 hommes et 29 officiers, se répartissant ainsi :

Major 1
Officier payeur 1
Adjoint-payeur 1
Adjudant 1
Capitaines 5
Lieutenants 20
Total 29

Uniformes, équipement, musique.

L’habillement de l’armée coréenne est l’ancien costume de l’armée japonaise. Le Japon leur a passé toutes ses vieilles tenues ; on voit des hommes habillés d’une façon grotesque. L’infanterie a le col rouge et le turban du képi rouge ; l’artillerie, jaune.

Les cavaliers ont une veste verte, un pantalon noir avec une bande verte et le turban du képi vert. Les cavaliers et les artilleurs portent la botte.

La gendarmerie porte une tunique rouge, le pantalon noir avec deux bandes blanches, le turban blanc au képi.

L’équipement, comme l’habillement, provient du Japon ; toutefois, il n’est porté par l’infanterie que les jours de marche et de revue.

L’unique musique coréenne est bonne ; elle est dirigée par un Allemand.

Les compagnies possèdent des clairons et tambours.

Armement de l’armée coréenne.

Outre l’armement de l’artillerie, détaillé plus haut, l’armée coréenne possède :

10.000 fusils Gras et 1 million de cartouches ;

10.000 fusils japonais et 1 million de cartouches ;

3.500 Mausers de 11mm et 175.000 cartouches ;

450 Berdan no 1 de 10mm et 500.000 cartouches ;

1.500 Remington de 11mm et 20.000 cartouches ;

150 carabines Mauser de 7mm,5 et 5.000 cartouches ;

250 carabines Colt de 7mm,5 et 5.000 cartouches ;

200 revolvers Smith et Wessons pour la gendarmerie.

Au moment de mon passage à Séoul, les Coréens venaient de passer un marché pour acheter 30.000 fusils Gras et 1 million de cartouches.

Marine.

La marine coréenne n’existe pas. Une seule chaloupe à vapeur fait le service de la douane.

Les Japonais voulant, je pense, se débarrasser de leurs vieux navires, ont essayé de créer une marine coréenne. Un bateau vendu par eux au gouvernement est en litige depuis six mois à Tchémoul-Po, faute d’entente sur le prix, les Japonais voulant vendre comme cuirassé un vieux courrier anglais réparé et armé par eux.

Garnisons et postes militaires.

Séoul : 6.000 hommes d’infanterie, 300 artilleurs, 200 cavaliers, 200 gendarmes, les gardes du palais et la police de la ville.

Kieng-Ki-Tô : Sui-Son, 100 ; Pouk-Hau, 50 ; An-Sung, 100 ; Kang-Hoa (île), 400.

Kang-Ouen-Tô : Vou-Chu, 1.000.

Ham-Kieng-Tô : Pouk-Chong, 800 ; Chong-Sung, 800.

Pieng-An-Tô : Kang-Kye, 1.000 ; Eui-Tsiou, 600 ; Pieng-Yang, 3.000.

Hang-Haï-Tô : Vhung-Tsiou, Sang-Do, Haï-Tsiou, 400.

Tchang-Tsiou : Kong-Tsiou, 100 ; Cheung-Tsiou, 300.

Kieng-Sang-Tô : Iai-Ko, 400 ; An-Tong, 100 ; Ko-Sung, 400 ; Kieng-Tsiou, 200.

Tsien-La-Tô : Chun-Tsiou, 400 ; Kioang-Tsiou, 200.

Total, 16.350 hommes et 475 officiers.