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Notes sur la Corée/07

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Henri Charles-Lavauzelle (p. 38-41).

SITUATION GÉNÉRALE DES PUISSANCES


Russie.

La Russie et le Japon se disputent la Corée[1] ; à en juger d’après ce qui se passe en Mandchourie, où les Russes s’étendent petit à petit, il est probable que la Corée fera partie prochainement des possessions asiatiques du Tsar.

Les provinces septentrionales de la Corée sont entrées, depuis quelque temps, en relations amicales avec les Russes. Depuis 1863, les Coréens ont commencé à émigrer vers le territoire russe de l’Amour. Les Russes encouragent cette émigration ; ils reçoivent les Coréens avec beaucoup d’égards et d’humanité ; ils leur donnent des terres, les aident en tout. Peu à peu, les mœurs, les usages russes s’implantent chez eux ; ils apprécient bien vite la supériorité de la culture européenne. Aujourd’hui, ce ne sont plus des familles, mais parfois des villages entiers qui passent la frontière russe.

Les Coréens sont des hommes tranquilles, soumis, un bon peuple de paysans. La politique russe en Corée est très sage ; le Coréen aime le Russe, tandis qu’il hait le Japonais.

La politique japonaise emploie tous les moyens possibles pour créer des difficultés aux Russes. Les Russes ayant obtenu des concessions de forêts à la frontière chinoise, sur les bords du Ya-Lou, les Japonais leur contestent ce droit. En réponse à leurs réclamations, les Russes ont fait garder leurs travailleurs par des cosaques, sous prétexte que le pays était dangereux.

Ces complications ne peuvent manquer de se renouveler, et, un jour ou l’autre, elles se termineront par un conflit entre la Russie et le Japon.

Japon.

Depuis longtemps déjà, le Japon convoite la Corée ; il envahit progressivement les provinces et les ports du Sud. La ville de Fou-San est une colonie entièrement japonaise ; c’est de cette ville que se répandent, dans les provinces du Sud, les nombreux Japonais que l’on rencontre. Dans toute la partie de la Corée comprise entre Séoul et Fou-San, le commerce est à eux. Non contents d’avoir obtenu les chemins de fer, ils travaillent à accaparer le gouvernement coréen au détriment des Européens. Ils viennent de se faire céder la fabrication de la monnaie ; ils essaient même en ce moment de créer un arsenal.

Le Japonais fait en Corée la tache d’huile ; après avoir draîné tout le commerce, il refoule au nord les malheureux Coréens, qu’il traite à peu près en esclaves ; pour lui, la Corée c’est le Japon. Le Japon a besoin de terres pour l’extension de son peuple ; le Japonais une fois maître de la Corée, le Coréen n’existerait plus, il faudrait qu’il disparaisse. Le Coréen s’en aperçoit ; de là, sa haine bien naturelle contre le Japonais.

Influence française.

La colonie française de Corée se compose d’environ 120 Français, y compris les missionnaires. Il existe à Séoul une seule maison de commerce française, c’est la plus importante du commerce européen ; elle est dirigée par M. Rondon, avec succursale à Tchémoul-Po.

Une mission française, sous la direction de M. le capitaine d’artillerie Payeur, fut chargée de créer un arsenal. Depuis longtemps l’arsenal ne travaille pas, faute d’argent.

La ligne projetée Séoul, San-Do, Pieng-Yang, confiée à des ingénieurs français, est construite sur un trajet d’environ 4 kilomètres ; cette ligne est arrêtée pour le même motif que l’arsenal.

Quelques ingénieurs français ont été chargés par le gouvernement coréen d’étudier certaines régions au point de vue de l’exploitation minière. Les projets sont faits, le terrain étudié, mais toujours même réponse : pas d’exploitation faute d’argent. Il règne, parmi toute la colonie française, un grand mécontentement.

Le service des postes est dirigé par un Français ; il marche régulièrement, ainsi que l’École de droit, également tenue par un de nos compatriotes. L’administration des douanes opère très sérieusement ; le directeur est Anglais, le sous-directeur est Français ainsi que quelques employés. Cette administration vient de faire placer des phares dans les passages dangereux, qui sont nombreux sur les côtes de la Corée.

L’école française de Séoul, dirigée par M. Martel, a déjà fourni plus de 400 lettrés, répandus dans l’armée et les diverses administrations.

Le Coréen apprend très facilement le français ; il s’exprime très bien, presque sans accent ; la géométrie, l’arithmétique, les sciences, tout lui est facile. Faisant un jour passer des examens, j’ai été très étonné de voir des élèves de troisième année écrire sans faute et me donner la solution juste des problèmes posés.

De tous les Français habitant la Corée, M. Martel est celui qui travaille le plus à l’influence française ; très instruit, d’une intelligence remarquable, parlant couramment plusieurs langues, il est d’un dévouement sans bornes pour ses compatriotes et ses élèves. C’est l’Européen le plus influent auprès de l’empereur. Toutes les missions délicates lui sont confiées ; grâce à lui, l’empereur vient d’accorder une concession minière à une société française (M. Rondon).

Amérique, Allemagne et Angleterre.

Une société américaine est chargée du tramway et de la lumière électrique à Séoul. Il y a environ 80 Américains aux mines d’or de Ouen-San. On rencontre aussi à Séoul plusieurs missions américaines.

L’Allemagne et l’Angleterre, en dehors des fonctionnaires, ne sont représentées que par quelques ingénieurs dans leurs concessions minières.

  1. Ces notes ont été prises en juin 1903.