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Notes sur la Corée/08

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Henri Charles-Lavauzelle (p. 41-43).

SITUATION POLITIQUE DE LA CORÉE

Au point de vue politique, le peuple n’est rien, ne s’occupe de rien. Le pays est en ce moment divisé en deux partis : les anciens nobles, qui voudraient maintenir l’ancien régime, et les jeunes nobles, partisans du progrès et de la civilisation européenne. Les uns et les autres se disputent avec acharnement les dignités et l’influence dans les affaires.

Le moyen le plus souvent employé par les factions rivales consiste à s’accuser de conjuration contre la vie de l’empereur. La corruption des ministres, les faux témoignages, les pétitions, tout est bon. Aujourd’hui, un personnage puissant est dans les honneurs, demain en prison. Je connais des séquestrations révoltantes, entre autres celle de deux malheureux officiers de cavalerie condamnés à la prison perpétuelle pour avoir (étant au Japon à l’école militaire) parlé à un noble, compromis dans l’assassinat de la reine. Ce noble visitait l’école japonaise et, voyant quelques-uns de ses compatriotes, il leur adressa la parole pour les encourager au travail. Ces officiers étaient à peine de retour en Corée, que ce fait, bien insignifiant, parvint aux oreilles de l’empereur ; aussitôt ils furent arrêtés pour crime de lèse-majesté (vengeance des anciens contre les jeunes).

Pris entre ces deux camps, l’empereur ne sait souvent à qui répondre. C’est un homme intelligent et très partisan du progrès ; mais il est sans caractère et sans énergie, il n’a peur que d’une chose, c’est de finir comme la reine, c’est-à-dire d’être assassiné.

En ce moment, les anciens sont très en cour, et surtout les devins et sorciers, qui dictent à Sa Majesté ce qu’elle doit faire, les arrêts qu’elle doit rendre, les sacrifices à offrir.

Me trouvant à Séoul, j’entendis un jour un vacarme. épouvantable, casseroles, gongs, instruments de musique bizarres, sorciers, sorcières, etc. ; une foule abrutie, ayant à sa tête un général en grande tenue, des officiers et des soldats, se rendait à la rivière pour noyer l’esprit de la variole (le fils de l’empereur était atteint de cette maladie).

J’ai assisté, dans l’espace d’un mois, à plusieurs de ces cérémonies étranges qui finissent toujours par des fêtes et des repas dont l’État supporte les frais. On trouve de l’argent pour ces festins, on n’en trouve pas pour des travaux urgents.

Étant très lié avec le conseiller de Sa Majesté, un noble parlant français et aimant beaucoup la France, j’ai pu voir de très près et étudier ce que l’on est convenu d’appeler la cour coréenne. C’est un mélange hétéroclite d’individus des deux camps, n’ayant qu’un but, obtenir de l’empereur une place ou de l’argent ; et, comme je l’ai dit plus haut, pour arriver à leurs fins tous les moyens paraissent légitimes.

Il y a pourtant des Coréens sérieux qui voient tout cela avec peine et qui ne demandent qu’à marcher dans la voie du progrès. Le Coréen est intelligent, travailleur même ; aujourd’hui, on voit des nobles et des officiers suivre les cours des écoles européennes.

La Corée se relèvera-t-elle ? En admettant même que les jeunes prennent le dessus, il est permis d’en douter, surtout au point où en sont les affaires politiques aujourd’hui.

Tout en reconnaissant l’intelligente activité des Japonais en Corée, à mon avis, le parti le plus sage pour le Japon serait de restreindre ses intentions sur ce pays ; les Japonais ont obtenu du gouvernement de gros avantages commerciaux et politiques ; qu’ils n’oublient pas que le peuple coréen les déteste et qu’au contraire il aime le Russe.


FIN