Nuit au jardin (Iwan Gilkin)

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Parnasse de la Jeune BelgiqueLéon Vanier, éditeur (p. 74-75).


Nuit au Jardin


Connais-tu la douceur des beaux jardins nocturnes
Où, sous les baisers blancs de la lune, les fleurs
Voluptueusement froides et taciturnes
Versent leurs parfums lourds dans la lumière en pleurs ?
Connais-tu la douceur des beaux jardins nocturnes ?

Comme une fleur qui chante, en la vasque d’eau vive
Sur sa tige s’élance et tinte le jet d*eau,
Et, lys surnaturel, sa corolle plaintive
Monte en désirs mourants vers l’astre jeune et beau,
Comme une fleur qui chante en la vasque d’eau vive.
 
Viens ! la brise épuisée a des saveurs étranges.
Viens ! Je sais le secret d’un amour singulier
Dont le charme interdit étonnerait les anges ;
C’est un fruit oublié sur l’antique espalier.
Viens ! la brise épuisée a des saveurs étranges.


Une virginité douloureuse et divine
S’évapore dans l’air comme un encens très doux.
Ô bonheurs incréés qu’un cœur souffrant devine !
Voici, voici qu’expire éperdûment en nous
Une virginité douloureuse et divine.

— Aux paradis gelés, où la neige et le givre
Se pâment sur les flancs exsangues des glaciers,
La volupté du froid et du silence enivre
Comme un léthé cruel les cœurs émaciés
Aux paradis gelés de la neige et du givre.