Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/102

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de grands moyens de causer beaucoup de mal. Un seul Caligula, un Néron, en ont fait plus qu’un tremblement de terre. Un mauvais homme se plaît à faire souffrir et à détruire, et il n’en trouve que trop d’occasions. Mais Dieu étant porté à produire le plus de bien qu’il est possible, et ayant toute la science et toute la puissance nécessaires pour cela, il est impossible qu’il y ait en lui faute, coulpe, péché ; et quand il permet le péché, c’est sagesse, c’est vertu.

27 Il est indubitable en effet qu’il faut s’abstenir d’empêcher le péché d’autrui, quand nous nous le pouvons faire sans pécher nous-mêmes. Mais quelqu’un nous opposera peut-être, que c’est Dieu lui-même qui agit, et qui fait tout ce qu’il y a de réel dans le péché de la créature. Cette objection nous mène à considérer le concours physique de Dieu avec la créature, après avoir examiné le concours moral qui embarrassait le plus. Quelques uns ont cru avec le célèbre Durand de Saint-Portien[1] et le cardinal Auriolus[2], scolastique fameux, que le concours de Dieu avec la créature (j’entends le concours physique) n’est que général et médiat ; et que Dieu crée les substances, et leur donne la force dont elles ont besoin ; et qu’après cela il les laisse faire, et ne fait que les conserver, sans les aider dan leurs actions. Cette opinion a été réfutée par la plupart des théologiens scolastiques, et il paraît qu’on l’a désapprouvée autrefois dans Pelage[3]. Cependant un capucin qui se nomme Louis Pereir de Dole, environ l’an 1630, avait fait un livre expès pour la ressusciter, au moins par rapport aux actes libres. Quelques modernes y inclinent, et M. Dernier la soutient dans un petit livre Du libre et du volontaire. Mais on ne saurait dire par rapport à Dieu ce que c’est que conserver, sans revenir au sentiment commun. Il faut considérer aussi que l’action de Dieu conservant doit avoir du rapport à ce qui est conservé, tel qu’il est, et selon l’état où il est ; ainsi elle ne saurait être générale ou indéterminée. Ces généralités sont des abstractions qui ne se trouvent point dans la vérité des choses

  1. Durand DE Saixt-Poiitien ou Saixt-Pouikjaix (Guillaume), des Frères prêcheurs, né en Auvergne, évoque du Puy en 1318, de Meaux en 1326, mort en 1333. On a de lui un Commentaire sur le Livre des sentences, 1503, in-fol.. ou 1515, 1569, 1586, in-fol. p. j.
  2. Auriolu3 ou Auriol (Pierre), né en Picardie au commencement du xmc siècle, professeur dans l’Université de Paris, mort en 132 ; ou 134 j. Il a fait des Commentaires sur h Lin re des sentences, Home, 1595-1G05. 2 vol. in-fol. P. J.
  3. Pelage, célèbre hérétique du ivc siècle, très hostile au péché origine) et favorable au libre arbitre. Il fut combattu par saint Augustin. On ne dit point qu’il ait écrit des ouvrages. P. J.